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Full text of "Revue critique d'histoire et de littérature"

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REVUE  CRITIQUE 


D'HISTOIRE   ET   DE    LITTÉRATURE 


NOGENT-LE-ROTROU,  IMPRIMERIE  DE  A.  GOUVERNEUR. 


REVUE  CRITIQUE 


D'HISTOIRE   ET   DE   LITTÉRATURE 


PUBLIEE  SOUS  LA    DIRECTION   DE 


MM.  C.   DE  LA  BERG.E,   M.  BRÉAL,  G.  MONOD,  G.  PARIS. 


Secrétaire  de  la  Rédaction  :  M.  Stanislas  Guyard. 


NEUVIÈME     ANNÉE 

PREMIER   SEMESTRE. 


PARIS 

LIBRAIRIE    A.     FRANCK 

F.  VIEWEG,  PROPRIÉTAIRE 
RUE  RICHELIEU,  67 

1875 


"2L 

1007 
R-4S- 

i.l7 


ANNÉE   1875 


TABLE  DU   PREMIER  SEMESTRE 


Art.     Pages 
Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres.  Voy.  Sociétés  savantes. 

Africa.  Voy.  Pétrarque. 

Agenais  (Architecture  religieuse  de  V).  Voy.  Tholin. 

Alciphron,  Lettres,  tr.  p.  De  Rou ville  (A.  Boucherie) 47     150 

Alcuin.  Voy,  Jaffé. 

Alexandre  III  (Lettre  du  pape)  à  Prêtre  Jean.  Voy.  Zarncke. 

Allemagne  (Géographie  de  P).  Voy.  Kuhff. 

—  (Le  premier  Conflit  de  la  Pologne  avec  1').  Voy.  Merwart. 

—  (Sources  de  l'histoire  d').  Voy.  Dahlmann. 
Allemande  (Littérature).  Voy.  Hillebrand  (J.). 
Alsace.  Voy.  Chansons,  Curiosités. 

Ammon-Ra.  Voy.  Hymne. 
Anglais  (Vieil).  Voy.  Zupitza. 
Anglaise  (Origines  de  la  nation).  Voy.  Yeatman. 
Angleterre  (Histoire  de  la  Philosophie  en).  Voy.  Rémusat. 
Annuaire  géographique.  Voy.  Variétés. 
Architecture  religieuse  de  l' Agenais.  Voy.  Tholin. 
Archives  (Les)  de  Simâncas.  Voy.  Romero  de  Castilla. 
Argonautes.  Voy.  Stender. 

Aristote,  Poétique,  p.  et  tr.  p.  Susemihl,  2*  éd.  ;  Baumgart,  Pa- 
thos et  Pathema  (Charhs  Thurot) 36     115 

—  p.  p.  Vahlen,  2^  éd.  (Charles  Thurot).  ...      40     129 

Aryabhatîya  (L'),  p.  p.  Kern  (A.  Barth) 72     242 

Asie-Mineure  (Voyage  en).  Voy.  Davis. 

Assézat.  Voy.  Fail  (Noël  Du). 

AuBiGNÉ  (D'),  Œuvres  complètes,  p,  p.  Réaume  et  De  Caussade, 

t.  III;  D'AuBiGNÉ,  Le  printemps,  p.  p.  Read  (T.  de  L.) 48     15  j 

Auvergne  (Histoire  des  Institutions  de  1').  Voy.  Rivière. 


VJ  TABLE    DES   MATIÈRES. 

Art      PâÊfcs 
Backer  (De),  Bidasari,  poème  malais 120     293 

Barreau  (L'éloquence  et  le)  dans  la  première  moitié  du  xvi^s.  Voy. 

Froment. 
Bartrihari.  Voy.  Stances. 
Bartsch,  Chrestomathie  provençale ,  5"  éd 103     248 

—  Voy.  Chanson  de  Roland. 

Baschet,  Histoire  du  dépôt  des  Archives  des  Affaires  étrangères  (A.).       39     120 

Baumgart.  Voy.  Aristote. 

Beaux-arts  (Bibliographie  des).  Voy.  Vinet. 

Bégon  (Michel).  Voy.  Duplessis. 

Behm.  Voy.  Variétés. 

Bernhardi.  Voy.  Milton. 

Bezsonoff.  Voy.  Chansons. 

Bhagavad-Gîtâ.  Voy.  Hurrychund  Chintamon.     ,  .  \  ,/,....;. .;:i,. 

Bible  (La),  tr.  p.  Reuss  (A.  Carrière) .;....,...         7       20 

Erratum 64 

Bibliographie  méthodique  et  raisonnée  des  beaux-arts.  Voy.  Vinet. 

Bidasari.  Voy.  Backer. 

Blaisois  (Dialecte).  Voy.  Talbert. 

Boissier,  La  Religion  romaine  d'Auguste  aux  Antonins  (C.  de  la 

Berge) 1 0 1     337 

Errata 384 

BoNAVENTURE  DES  PÉRIERS,  Le  Cymbalum  Mundi,  p.  p.  F.  Frank.     123     398 

Bons  mots  (Recueil  de).  Voy.  Recueil. 

Boucher  de  Molandon,  La  Salle  des  thèses  de  l'Université  d'Orléans 

(R.  L-) 24      75 

Brandebourg  (Acquisition  par  Charles  IV  de  l'Électorat  de).  Voy. 

SCHOLZ. 

Brandes,  Mémoires  sur  l'histoire  ancienne  de  l'Orient 125     406 

Brugsch,  Histoire  d'Egypte,  i''''p.j  2^  éd.  (G.  Maspero) 119     390 

•Bulgares  (Chants)  du  Rhodope.  Voy.  Variétés. 
Busson,  Contribution  à  l'histoire  de  la  ligue  de  paix  conclue  entre 
plusieurs  villes  allemandes  en  1254  (Rod.  Reuss) 67     214 

Catalans  (Contes  populaires).  Voy.  Contes. 
Caussade  (De).  Voy.  Aubigné. 

Chanson  de  Roland  (La),  p.  p.  Bartsch 32       98 

Chansons  russes  contemporaines,  p.  p.  Kirejevsky  et  Bezsonoff  (A. 

Kirpitchnikoff) 100     331 

—  (Deux)  sur  le  passage  en  Alsace  de  l'armée  de  Navarre,  en 

1587,  p.  p.  Reuss  (X.  Mossmann) 44     141 

Chants  bulgares  du  Rhodope.  Voy.  Variétés. 

Charles  IV  (Acquisition  par)  de  l'Électorat  de  Brandebourg.  Voy. 

SCHOLZ. 


TABLE    DES   MATIÈRES.  VÎj 

Art.     Pages 
Charles  VII  (Les  Écorcheurs  sous).  Voy.  Tuetey, 
Châtelains  (Les)  de  Lille.  Voy.  Leuridan. 
Chrestomaîliie  paléo-anglaise.  Voy.  Zupitza. 

—  provençale.  Voy.  Bartsch. 

—  védique.  Voy.  Delbrûck. 
Chrétienne  (Littérature  latine-).  Voy.  Ebert. 

Christ,  Métrique  des  Grecs  et  des  Romains  (Henri  Weil)  ....      46     146 

Chronique  de  Robert  de  Torigni,  p.  p.  Delisle,  t.  II  ......  .       14      40 

Chroniques  de  Saint-Martial  de  Limoges,  p.  p.  Duplès-Agier  (A. 

Molinier) 15       45 

Civilisation  musulmane.  Voy.  Kremer. 

Claretie.  Voy.  Pibrac. 

Concile  tenu  en  836  à  Jérusalem.  Voy.  Lettre. 

Contes  populaires  catalans,  p.  p.  Maspons  y  Labros,  je  série  (Th.  de 

Puymaigre) 99     3  5° 

CooMARA  Swamy.  Voy.  Sutta  Nipâta. 

Correspondance  :  Remarques   supplémentaires  sur  le  Dictionnaire 
étymologique  latin,  etc.  -sanscrit  de  Zehetmayr 

(Th.  N.) 120 

—  Lettre  de  M.  G.  d'Eichthal  à  M.  Vidal-Lablache  .  363 

Cortambert,  Histoire  des  progrès  de  la  géographie  de  1 8  5  7  à  1 874.     1 07     350 
Courbet.  Voy.  Magny. 
Courrière,  Histoire  de  la  littérature  contemporaine  en  Russie  (Louis 

Léger) 117     379 

Création  (Mémoire  sur  le  texte  primitif  du  i*""  récit  de  la)  Voy.  EiCH- 

thal. 
Croisades.  Voy.  Rœhricht. 

Curiosités  de  voyages  en  Alsace,  p.  p.  Stœber  (R.) 59     181 

Cymbalum  Mundi.  Voy.  Bonaventure  des  Périers. 

Dahlmann,  Sources  de  l'histoire  d'Allemagne,  p.  p.  Waitz,  2^  éd.      86     294 
Dantès,  Tableau  chronologique  et  alphabétique  des  principaux  évé- 
nements de  l'histoire  du  monde 105     349 

Daremberg.  Voy.  Dictionnaire. 

Davis,  Journal  d'un  voyage  en  Asie-Mineure  (G.  Perrot) 127    407 

De.  Voy.  à  leur  lettre  initiale  les  noms  précédés  de  cette  particule. 
Delbrûck,  Chrestomathie  védique  (Abel  Bergaigne) 6       17 

—  Le  Verbe  dans  la  langue  védique  (Abel  Bergaigne)  .  .       11       33 
Delisle.  Voy.  Chronique. 

Delitzsch  ,  Poésies  juives-arabes  antéislamiques  (St.  Guyard)  .  .         i         3 

Erratum 32 

Derenbourg  (h.).  Voy.  Djawaliki,  Recherches  orientales. 
Dialecte  blaisois.  Voy.  Talbert. 
Dialectes  germaniques.  Voy.  Heyne, 


Viîj  TABLE    DES    MATIÈRES. 

Art.    Pages 
Dialogues  (de  Sénèque).  Voy.  Gertz. 

Dictionnaire  des  antiquités  grecques  et  romaines,  p.  p.  Daremberg 

et  Saglio  (C.  de  la  Berge) 5        8 

• —        étymologique  latin,  etc.  -sanscrit  de  Zehetmayr.  Voy. 

Correspondance. 
Dissertations  philologiques  de  Halle.  Voy.  Variétés. 

Dîwân  de  Moslim,  p.  p.  De  Goeje  (Barbier  de  Meynard) 89     305 

Djawaliki,  Le  livre  des  locutions  vicieuses,  p.  p.  H.  Derenbourg 

(Barbier  de  Meynard) 75     257 

—        (M.-J.  de  Goeje) 291 

Documents  inédits  pour  servir  à  l'histoire  de  la  Réforme  et  de  la  Ligue, 

p.  p.  LouTCHiTZKY  (T.  de  L.) 116     377 

DoNiOL,  La  Révolution  française  et  la  Féodalité  (H.  Lot) 34     101 

Erratum 128 

Drdimg  (Le)  populaire  de  Faust,  p.  p.  Engel  (***) 106     349 

Du.  Voy.  à  leur  lettre  initiale  les  noms  précédés  de  cette  particule. 
DuHN  (De),  Examen  critique  de  l'épisode  de  ['Odyssée  relatif  au 

voyage  en  Egypte  de  Ménélas  (H.  Weil) 57     177 

Dùmmler.  Voy.  Jaffé. 

Duplès-Agier.  Voy.  Chroniques. 

Duplessis,  Michel  Bégon  (T.  de  L.) ;  .  .  .       33       99 

Ebert,  Histoire  de  la  littérature  latine  chrétienne  (Gaston  Boissier).     109     3  56 

Économie  politique.  Voy.  Mesnil-Marigny. 

Ëcorcheurs  (Les)  sous  Charles  VIL  Voy.  Tuetey. 

Egger,  Notions  élémentaires  de  grammaire  comparée,  7^  éd.;  Les 

substantifs  verbaux,  2'' éd.  (M.  B.) 65     209 

Egypte  (Épisode  de  VOdyssée  relatif  au  voyage  en)  de  Ménélas.  Voy. 

Duhn. 

—    (Histoire  d').  Voy.  Brugsch. 
Egyptologiques  (Études).  Voy.  Pierret. 
EiCHTHAL  (D'),  Le  site  de  Troie;  Perrot,  Excursion  à  Troie  (P. 

Vidal-Lablache) 80     273 

—  Voy.  Correspondance. 

—  Mémoire  sur  le  texte  primitif  du  i"  récit  de  la  création.  I 

(J.  Derenbourg) 124    402 

II  (Michel  Bréal) »       4^4 

Ellis,  Peruvia-Scythica 126    407 

Éloquence  (L')  judiciaire  en  France.  Voy.  Froment. 

ÉNÉE,  Poliorcétique,  p.  p.  Hug  (Charles  Graux) 18       $4 

Engel,  Voy.  Drame. 

Erasme.  Voy.  Feugère. 

Érinyes  (Les).  Voy.  Rosenberg. 

Ethé,  Le  poète  épique  Jules  Grosse  (C.  J.)  . 16      47 


TABLE    DES    MATIÈRES.  ÏX 

Art.    Pages 

—  Voy.  Recherches  orientales. 
EucLiDE.  Voy.  Proclus. 

Fables  de  Phèdre.  Voy.  Muller  (L.). 

Fabre-D'Envieu,  Méthode  pour  apprendre  le  dictionnaire  de  la 

langue  grecque  (M.  B.) 2         6 

Fail  (Noël  Du),  Œuvres  facétieuses,  p.  p.  Assézat  (C.  Defrémery).       60     182 
Faust.  Voy.  Engel. 

Feugère,  Erasme  (Th.  Gerold) 7^     267 

Fierville,  Le  Cardinal  Jean  Joufïroy  et  son  temps  (A.  Molinier)  .      42     13? 

Frank.  Voy.  Bonaventure  des  Périers. 

Friedlein.  Voy.  Proclus. 

Froment,  Essai  sur  l'éloquence  judiciaire  en  France  avant  le  xyii^s.  ; 

l'Éloquence  et  le  Barreau  dans  la  première  moitié  du  xvi«  s. 

(Léonce  Couture) 82     280 

Gantrelle,  Grammaire  et  style  de  Tacite  (Max  Bonnet) 37     116 

Géographie  de  l'Allemagne  en  allemand.  Voy.  Kuhff. 

—  (Histoire  des  Progrès  de  la).  Voy.  Cortambert. 

—  (Nouvelle).  Voy.  Reôlus. 
Géographique  (Annuaire).  Voy.  Variétés. 

—  (L'année).  Voy.  Variétés. 
Germaniques  (Dialectes).  Voy.  Heyne. 

Gertz,  Études  critiques  sur  les  Dialogues  de  Sénèque  (Ch.  Thurot).  22  68 

Gevaert,  Histoire  et  théorie  de  la  musique  de  l'antiquité,  t.  I  (E.).  83  282 

GoEJE  (De),  Contributions  à  l'histoire  des  Tsiganes  (E.  Fagnan).  .  93  321 

—  Voy.  Dîwân. 

Grammaire  comparée  (Notions  élémentaires  de).  Voy.  Egger. 

—  des  dialectes  germaniques.  Voy.  Heyne. 

—  et  style  de  Tacite.  Voy.  Gantrelle. 
Grébaut.  Voy.  Hymne. 

Grecque  (Méthode  pour  apprendre  le  dictionnaire  de  la  langue). 
Voy.  Fabre  d'Envieu. 

—  (Métrique).  Voy.  Christ. 

Grecques  (Antiquités)  et  romaines.  Voy.  Dictionnaire. 

—  (Honneurs  qu'on  rendait  aux  fondateurs  des  cités).  Voy. 
Lampros. 

Greville,  Mémoires,  p.  p.  Reeve  (Francis  de  Pressensé) 64     203 

Grosse  (Jules).  Voy.  Ethé. 

Gubernatis  (De),  Lectures  sur  la  Mythologie  védique  (Abel  Ber- 

gaigne) -.       17      49 

—  Suite  et  fin 21       65 

Hehn,  Introduction  en  Europe  des  Plantes  cultivées  et  des  Animaux 


X  TABLE    DES   MATIÈRES. 

Art.     Pages 

domestiques,  2"  éd.  (F.  Baudry) 73     255 

Heller,  Études  critiques  sur  le  texte  de  la  Républitjue  de  Platon 

(Charles  Graux) 85     294 

Henri  V  (d'Angleterre).  Voy.  Lenz. 

Herbert  de  Cherbury.  Voy.  Rémusat. 

Heyne,  Courte  grammaire  des  anciens  dialectes  germaniques,  3^  éd. 

(C.  J.) 12       36 

HiLLEBRAND  (J.),  La  Littérature  nationale  allemande  auxviii^etau 

xix®s.,  ?«éd.,  p.  p.  K.  Hillebrand  (C.  J.) 92     317 

—         (K.).  Voy.  HiLLEBRAND  (J,),  Variétés. 
Histoire  ancienne  de  l'Orient.  Voy.  Brandes. 

—  critique  de  la  fable  de  l'expédition  des  Argonautes.  Voy. 
Stender. 

—  (Contribution  à  1')  de  la  ligue  de  paix  conclue  entre  plusieurs 
villes  allemandes  en  1254.  Voy.  Busson. 

—  (Contributions  à  1')  de  la  Nouvelle  en  Italie.  Voy.  Landau. 

—  (Contributions  à  1')  des  Tsiganes.  Voy.  Goeje. 

—  (Introduction  à  1')  de  la  littérature  slave.  Voy.  Krek. 

—  (Source  de  1')  d'Allemagne.  Voy.  Dahlmann. 

—  d'Egypte.  Voy.  Brugsch. 

—  de  la  civilisation  musulmane.  Voy.  Kremer. 

—  de  la  littérature  contemporaine  en  Russie.  Voy.  Courriére. 

—  de  la  littérature  latine  chrétienne.  Voy.  Ebert. 

—  de  la  littérature  nationale  allemande  au  xviii^  et  au  xix"^  s. 

Voy.  HiLLEBRAND  (J.). 

—  de  la  littérature  romaine.  Voy.  Teuffel. 

—  de  la  Philosophie  en  Angleterre.  Voy.  Rémusat. 

—  de  la  Réforme  et  de  la  Ligue.  Voy.  Documents. 

—  de  l'économie  politique  des  anciens  peuples.  Voy.  Mesnil- 
Marigny. 

—  de  l'écriture  runique.  Voy.  Wimmer. 

—  de  l'Inde.  Voy.  Talboys  Wheeler. 

—  de  l'Union  évangélique.  Voy.  Ritter. 

—  de  saint  Louis.  Voy.  Joinville. 

—  des  Croisades.  Voy.  Rœhricht. 

—  des  Idées  Messianiques.  Voy.  Vernes. 

—  des  Institutions  de  l'Auvergne.  Voy.  Rivière. 

—  des  progrès  de  la  géographie  de  1857  à  1874.  Voy.  Cor- 

TAMBERT. 

—  des  troubles  des  Pays-Bas  au  xvi^s.  Voy.  Paillard. 

—  des  troubles  religieux  de  Valenciennes.  Voy.  Paillard. 

—  et  critique  des  Prolégomènes  sur  Homère.  Voy.  Volkmann. 

—  et  théorie  de  la  musique  de  l'antiquité.  Voy.  Gevaert. 

—  populaire  des  Saxons  de  Transylvanie.  Voy.  Teutsch. 


TABLE    DES   MATIÈRES.  XJ 

Art.    Pages 
Histoire  romaine.  Voy.  Tite-Live. 

—     Voy,.  aussi  Dantès,  Lenz,  Merwart. 
HoDGSON,  Essai  sur  les  langues,  la  littérature  et  la  religion  du  Népal 

et  du  Tibet 56     177 

Homère.  Voy.  Volkmann. 

HuG.  Voy.  Enée. 

HuRRYCHUND  Chintamon,  Commentaire  sur  la  Bhagavad-Gità  (A. 

Barth) 50     162 

Hymne  à  Ammon-Ra,  tr.  p.  Grébaut  (Paul  Pierret) \2î     )6ç) 

Ibérique  (Les  races  historiques  de  la  péninsule).  Voy.  Vilhena.    • 

Idylle  (Première)  de  Théocrite.  Voy.  Krumbholz. 

Inde  (Histoire  de  1').  Voy.  Talboys  Wheeler. 

Italia,  p.  p.  HiLLEBRAND.  Voy.  Variétés. 

Italie  (Histoire  de  la  Nouvelle  en).  Voy.  Landau. 

Jacob.  Voy,  Œuvres  de  Tacite. 

Jaffé,  Monuments  Alcuiniens,  p.  p.  Wattenbach  et  Dùmmler  (F.).       52     168 

Jean,  précurseur  de  Prêtre  Jean.  Voy.  Zarncke. 

—   (Prêtre).  Voy.  Zarncke. 
Jérusalem  (Concile  tenu  en  836  à).  Voy.  Lettre. 

Jeux  de  l'enfance,  recueillis  p.  Maspons  y  Labros 104     ^48 

Jimenez  de  la  Espada.  Voy.  Voyages. 

JoiNViLLE  (De),  Histoire  de  saint  Louis,  p.  et  tr.  p.  De  Wailly 

(Léopold  Pannier) 23       72 

Jouffroy  (Le  Cardinal  Jean).  Voy.  Fierville. 

Keil.  Voy.  Variétés. 

Kern.  Voy.  Aryabhalîya. 

KiREJEVSKY.  Voy.  Chansons. 

Krek,  Introduction  à  l'histoire  de  la  littérature  slave  (Louis  Léger),       28      87 

Kremer  (De),  Histoire  de  la  Civilisation  musulmane,  t,  I  (Barbier 

de  Meynard) 108     353 

Krumbholz,  Recherches  sur  la  première  Idylle  de  Théocrite  (Charles 

Graux) 113     372 

KuHFF,  Géographie  de  l'Allemagne  en  allemand  (H.  Gaidoz)  ,  .  .     130    414 

Lamentations  de  la  Vierge.  Voy.  Schœnbach. 

Lampros,  Des  honneurs  qu'on  rendait  aux  fondateurs  des  cités 

grecques  (***) 8       21 

Landau,  Contributions  à  l'histoire  de  la  Nouvelle  en  Italie 98     330 

Latine  (Métrique).  Voy,  Christ. 

Laun.  Voy.  Molière. 

Lenz,  Le  roi  Sigismond  et  Henri  V  d'Angleterre  (Rod.  Reuss)  -  .      70    235 


Xlj  TABLE    DES    MATIÈRES. 

Art      PscÉ^s 

Lettre  adressée  à  l'empereur  Théophile  par  les  Pères  d'un  concile 

tenu  en  836  à  Jérusalem,  p.p.  Sakkélion  (L.  Duchesne).  .      95     325 
Erratum ,^8 

—  de  Prêtre  Jean  à  Manuel  I.  Voy.  Zarncke. 

—  du  pape  Alexandre  III  à  Prêtre  Jean.  Voy.  Zarncke. 
Lettres  du  rhéteur  Alciphron.  Voy.  Alciphron. 

Leuridan,  Les  Châtelains  de  Lille  (A.  Giry) 19       58 

Ligue.  Voy.  Documents. 
Lille  (Les  Châtelains  de).  Voy,  Leuridan. 
Littérature  allemande.  Voy.  Hillebrand  (J.). 
. —      du  Népal  et  du  Tibet.  Voy.  Hodgson. 

—  latine-chrétienne.  Voy.  Ebert. 

—  romaine.  Voy.  Teuffel. 

—  russe.  Voy.  Courrière. 

—  slave.  Voy.  Krek. 
Livre  du  Voir  dit.  Voy.  Machaut. 

Locutions  vicieuses  (Le  livre  des).  Voy.  Djawaliki. 

Loth.  Voy.  Recherches  orientales. 

Louis  (de  Bavière).  Les  Adversaires  littéraires  des  Papes  en  son 

temps.  Voy.  Riezler. 
Loutchitzky.  Voy.  Documents. 

Machaut  (Guillaume  De),  Le  Livre  du  Voir  dit,  p.  p.  Paris  (T.  de  L.).     121      394 
Madvig.  Voy.  Tite-Live. 

Magny(De),  Les  Souspirs,  p.  p.  Courbet  (T.  de  L.) 71     237 

Manuel  I  (Lettre  de  Prêtre  Jean  à).  Voy.  Zarncke. 

Manuel  du  vieil  anglais.  Voy.  Zupitza. 

Maspons  y  Labros.  Voy.  Contes,  Jeux. 

Max  Mùller.  Voy.  Rig-Veda-Sanhitâ. 

Mayhoff,  Nouvelles  Études  sur  le  texte  de  Pline  l'Ancien  (Emile 

Châtelain) 102     345 

Ménélas  (Épisode  de  VOdyssée  relatif  au  voyage  en  Egypte  de). 

Voy.  DuHN. 
Merwart,   Le  premier  conflit  de  la  Pologne  avec  l'Allemagne 

(Ernest  Lavisse) 128     410 

Mesnil-Marigny  (Du),  Histoire  de  l'économie  politique  des  anciens 

peuples,  etc.,  2eéd.  (E.  Caillemer) 41      132 

Messianiques  (Histoire  des  Idées).  Voy.  Vernes. 

Méthode  pour  apprendre  le  dictionnaire  de  la  langue  grecque.  Voy.  Fabre 

d'Envieu. 
Métrique  des  Grecs  et  des  Romains.  Voy.  Christ. 

MlCHELET.  Voy.  MONOD. 

Miklosich,  Théorie  des  formes  en  Paléoslovène  (J.  Martinov,  S.  J.).      62     1 97 
Minon,  Œuvres  politiques,  ir.  p.  BEKîiHkRDi  {A.  Slern) 25       76 


TABLE    DES    MATIÈRES.  Xllj 

Art.     Pages 

Molière,  Le  Misanthrope,  Les  Femmes  savantes,  Les  Précieuses  ridi- 
cules, Le  Tartuffe,  Le  Bourgeois  gentilhomme,  p.  p.  Laun  (C.  J.)  .     129    41  ? 

MoNOD,  Jules  Michelet 35     107 

Monuments  Alcuiniens.  Voy.  Jaffé. 
Morel-Fatio.  Voy.  Variétés. 
MosLiM.  Voy.  Dîwân. 
MÛLLER  (A.).  Voy.  Recherches  orientales. 

—  (L.),  Supplément  à  son  édition  des  Fables  de  Phèdre.  .  .       94     324 
Musique  de  l'antiquité.  Voy.  Gevaert. 

Musulmane  (Civilisation).  Voy.  Kremer. 
Mythologie  védique.  Voy.  De  Gubernatis. 

Népal.  Voy.  Hodgson. 

Nietzsche,  Schopenhauer  éducateur 20      63 

Nouvelle  (Histoire  de  la)  en  Italie.  Voy.  Landau. 

Odyssée  (Épisode  de  T)  relatif  au  voyage  en  Egypte  de  Ménélas. 

Voy.  DuHN. 
Œuvres  complètes  de  D'Aubigné.  Voy.  ce  nom. 

—  de  Jean  Rus.  Voy.  ce  nom. 

—  de  Tacite,  p.  p.  Jacob  (Gantrelle) 61     193 

—  facétieuses.  Voy.  Fail  (Noël  Du). 

—  poHtiques.  Voy.  Milton. 

Orient  (Histoire  ancienne  de  1').  Voy.  Brandes. 
Orléans  (La  Salle  des  thèses  de  l'Université  d').  Voy.  Boucher  de 
Molandon. 

Paillard,  Considérations  sur  les  causes  générales  des  troubles  des 
Pays-Bas  au  xvi*  siècle  ;  Histoire  des  troubles  religieux  de  Valen- 
ciennes,  1 560-1  $67  (T.  de  L.) 54     171 

Paléoanglais.  Voy.  Zupitza. 

Paléoslovène.  Voy.  Miklosich. 

Papanti.  Voy.  Recueil. 

Papes  (Les  adversaires  littéraires  des).  Voy.  Riezler. 

Paris.  Voy.  Machaut. 

Pascal,  Pensées  {A.  Molinier) 30      91 

Pathema.  Voy.  Aristote. 

Pathos.  Voy.  Aristote. 

Pays-Bas.  Voy.  Paillard. 

Peiper.  Voy.  Querolus. 

Pensées.  Voy.  Pascal. 

Pero  Tafur.  Voy.  Voyages. 

Perrot.  Voy.  Eichthal. 

Peruvia-Scythica.  Voy.  Ellis. 


Xiv  TABLE    DES    MATIÈRES. 

Art.    Pages 
PÉTRARQUE,  Africd,  p.  p.  PiNGAUD  (Léoncc  Couturc) 77     26$ 

Phèdre.  Voy.  Mûller  (L.). 

Philippi.  Voy.  Recherches  orientales. 

Philologiques  (Dissertations)  de  Halle.  Voy.  Variétés. 

Philosophie  (Histoire  de  la)  en  Angleterre.  Voy.  Rémusat. 

PiBRAC  (De),  Quatrains,  p.  p.  Claretie  (T.  de  L.) 29       89 

Pierret,  Études  égyptologiques,  2*  livr.  (Eugène  Grébaut) ....       26      81 

PiNGAUD.  Voy.  Pétrarque. 

Platon.  Voy.  Heller. 

Pline  (l'Ancien),  Voy.  Mayhoff. 

Poésies  juives-arabes.  Voy.  Delitzsch. 

Poétique.  Voy.  Aristote. 

Poliorcétique.  Voy.  Enée. 

Pologne  (Le  premier  conflit  de  la)  avec  l'Allemagne.  Voy.  Merwart. 

Printemps  (Le).  Voy.  Aubigné. 

Proclus,  Commentaire  sur  le  i^' livre  des  Éléments  d'Euclide,  p.  p. 

Friedlein  (Charles  Thurot) 31       97 

Provençale  (Chrestomathie).  Voy.  Bartsch. 

Quatrains.  Voy.  PmKkC.  .,;,:    ;.-.• 

Querolus,  p.  p.  Peiper  (G.  P.)  .  .  .  .  ,,-:-^;.  .  i'  * 115     374 

Races  historiques  de  la  péninsule  ibérique.  Voy.  Vilhena. 

READ.Voy.  Aubigné. 

Réaume.  Voy.  Aubigné. 

Recherches  orientales ,  p.  p.  Derenbourg,  Ethé,  Loth,  Mûller, 

Philippi,  Stade  et  Thorbecke  (M. -J.  de  Goeje) 84    289 

Errata 368 

Reclus,  Nouvelle  Géographie  universelle,  fasc.  i  et  2  (H.  Gaidoz).     m     361 

Recueil  de  bons  mots  du  xv^  et  du  wf  s.,  p.  p.  PAPPiUri 97     329 

Réforme.  Voy.  Documents. 

Regnaud.  Voy.  Stances. 

Religion  (La)  romaine.  Voy.  Boissier. 

—  du  Népal  et  du  Tibet.  Voy.  Hodgson. 

RÉMUSAT  (De),  Lord  Herbert  de  Cherbury;  Histoire  de  la  Philoso- 
phie en  Angleterre  (Y.) 97     269 

République  de  Platon.  Voy.  Heller. 
Reuss  (E.).  Voy.  Bible. 

—  (R.).  Voy.  Chansons. 

Riese,  L'Idéalisation  des  peuples  du  Nord  dans  les  littératures 
grecque  et  latine  (T.) 114     373 

Riezler,  Les  adversaires  littéraires  des  Papes,  au  temps  de  Louis 

de  Bavière  (Th.  Gerold) 87     29$ 

Rig-Veda-Sanhitâ,  p.  p.  Max  Mûller,  t.  VI  (A.  Barth) 68     225 


TABLE    DES   MATIÈRES. 

RiTTER,  Histoire  de  l'Union'évangélique,  t.  II  (Rod.  Reuss).  .  . 
Rivière,  Histoire  des  Institutions  de  l'Auvergne  (A,  Molinier) .  . 
Rœhricht,  Contribution  à  l'histoire  des  Croisades,  1. 1. 1  (G. M.) 

—  —  II  (C.  Defrémery) 

Romaine  (Histoire).  Voy.  Tite-Live. 

—  (Littérature).  Voy.  Teuffel. 

—  (Religion).  Voy.  Boissier. 

Romaines  (Antiquités  grecques  et).  Voy.  Dictionnaire. 

ROMERO  DE  Castilla  Y  Perosso,  Les  Archives  de  Simâncas  (Alfred 

Morel-Fatio) 91 

Rosenberg,  Les  Erinyes  (p.  Decharme) 27 

Rouville  (De).  Voy.  Alciphron. 

Runes.  Voy.  Wimmer. 

Rus  (Jean),  Œuvres,  p.  p.  Tamizey  de  Larroque  (G.  P.)  .  .  .  .     122 

Russes  (Chansons).  Voy.  Chansons. 

Russie  (Littérature  contemporaine  en).  Voy.  Courrière. 


XV 

88 

Pages 
296 

76 

260 

10 

25 

» 

27 

312 

84 


397 


Saglio.  Voy.  Dictionnaire. 

Saint  Louis.  Voy.  Joinville. 

Saint  Martial  (de  Limoges).  Voy.  Chroniques. 

Sakkélion.  Voy.  Lettre. 

Salle  des  thèses  de  l'Université  d'Orléans.  Voy.  Boucher  de  Molandon. 

Saxons  de  Transilvanie.  Voy.  Teutsch. 

ScHŒNBkCH,  Sur  les  Lamentations  de  la  Vierge 38     119 

ScHOLz,  Acquisition  par  Charles  IV  de  l'Électorat  de  Brandebourg  ■-•* 

(R-)  • 5  3     170 

Schopenhauer.  Voy.  Nietzsche. 

Scyîhica  (Peruvia-).  Voy.  Ellis. 

SÉNÈQUE.  Voy.  Gertz. 

Sigismond  (Le  roi).  Voy.  Lenz. 

Simdncas  (Les  Archives  de).  Voy.  Romero  de  Castilla. 

Slave  (Littérature).  Voy.  Krek. 

Société  des  anciens  textes  français.  Voy.  Variétés. 

Sociétés  savantes  :  Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres,  2  3  déc. 

1874  (Julien  Havet).  .  .  15 

—  —  j  G  décembre         »...  31 

—  —  8  janvier  1 87  5     »       ...  48 

—  —  1 5         »  »...  64 

—  —  22         »  »...  78 

—  —  29         »  »...  9  s 

—  —  Erratum 112 

—  —  5  février  »       ...  mi 

—  —  12         »  »...  126 

—  —  19         »  »...  142 


XV) 


TABLE 

DES   MATIÈRES. 

— 

26 

» 

;) 

— 

5 

mars 

)) 

— 

12 

» 

» 

— 

19 

» 

» 

— 

24 

» 

» 

— 

2 

avril 

)) 

■  — 

9 

» 

)) 

— 

16 

» 

» 

— 

23 

» 

» 

. — 

30 

)j 

)) 

— 

7 

mai 

)) 

— 

14 

» 

» 

— 

21 

» 

» 

— 

28 

)) 

» 

— 

4  juin 

» 

— 

1 1 

» 

» 

—  —  18  »  » 

Souspirs  (Les).  Voy.  Magny. 
Stade.  Voy.  Recherches  orientales. 

Stances  de  Bhartrihari,  tr.  p.  Regnaud,  2"  éd.  (A.  Barth) 

Stender,  Histoire  critique  de  la  fable  de  l'expédition  des  Argonautes 

(P.  Vidal-Lablache) 

Stœber.  Voy.  Curiosités. 

Style  de  Tacite.  Voy.  Gantrelle. 

Substantifs  verbaux  (Les).  Voy.  Egger. 

SusEMiHL.  Voy.  Aristote. 

Sutta  Nipâta,  tr.  p.  Coomara  Swamy 


Art.    Pages 
158 

17$ 
206 
207 
225 
258 

255 
270 
286 
302 
318 
33$ 
351 
367 
383 
399 
4'5 


118     385 
66    211 


45     MS 


Tacite.  Voy.  Gantrelle,  Œuvres. 

Talbert,  Du  dialecte  blaisois  fArsène  Darmesteter) 13 

Talboys  Wheeler,  Histoire  de  l'Inde  .  n^^.rt.  V;er<,';..M^î*f,iïîM^;ifr      49 
Tamizey  de  Larroque.  Voy.  Rus.  - 

Teuffel,  Histoire  de  la  littérature  romaine  (L,  Havet) 74 

Teutsch,  Histoire  populaire  des  Saxons  de  Transilvanie  (Edouard 

Sayous) 58 

Théocrite.  Voy.  Krumbholz. 

Théophile  (Lettre  adressée  à  l'empereur)  par  les  Pères  d'un  concile 

tenu  en  836  à  Jérusalem.  Voy.  Lettre. 
Tholin,  Études  sur  l'architecture  religieuse  de  l'Agenais  (R.  L.)  . 
Thorbecke.  Voy.  Recherches  orientales. 
Tibet.  Voy.  Hodgson. 
Tite-Live,  Histoire  romaine ,  p.  p.  Madvig  et  Ussing,  t.  I,  p.  i 

(Charles  Thurot) 

Torigni  (Robert  de).  Voy.  Chronique. 


37 
161 


2$4 


179 


96     327 


1 1 


TABLE    DES    MATIÈRES.  Xvij 

Art.    Pages 
Transilvanie  (Saxons  de).  Voy.  Teutsch. 

Troie.  Voy.  Eichthal. 

Tsiganes  (Contributions  à  l'histoire  des).  Voy.  Goeje. 

TuETEY,  Les  Écorcheurs  sous  Charles  VII  (Rod.  Reuss) 81     276 

Union  évangéliqne.  Voy.  Ritter 

Université  d'Orléans.  Voy.  Boucher  de  Molandon. 

UssiNG.  Voy.  T1TE-L1VE. 

Vahlen.  Voy.  Aristote. 

Valenciennes  (Troubles  religieux  de).  Voy.  Paillard. 

Variétés  :  Société  des  anciens  textes  français 1 07 

—  Italia,p.  p.  Hillebrand,  t.  II 157 

—  Les  Chants  bulgares  du  Rhodope  (Louis  Léger) 216 

—  Annuaire  géographique,  p.  p.  Behm,  t.  V;  Vivien  de  Saint- 

Martin,  L'ia/zne'e  geogra;7/î/^ue,  t.  XII  (H.  Gaidoz).  .  .  218 

—  Dissertations  philologiques  de  Halle,  p.  p.  Keil,  t.  I  (G. 

Perrot) 298 

—  Sur  deux  relations  de  voyageurs  espagnols  (Alfred  Morel- 

Fatio) 380 

Védique  (Chrestomathie).  Voy.  Delbrûck. 

—  (Le  Verbe  dans  la  langue).  Voy.  Delbrûck. 

—  (Mythologie).  Voy.  Gubernatis. 

Vernes,  Histoire  des  Idées  messianiques  (X.) 90     ?io 

Vidal-Lablache.  Voy.  Correspondance. 

Vilhena(De),  Les  races  historiques  de  la  péninsule  ibérique  (G.  P.).        9      22 

Vinet,  Bibliographie  méthodique  et  raisonnée  des  beaux-arts  (Eug. 

Mûntz) , .^^  %iV*  :'  •  •       ^^     '"^^ 

Vivien  de  Saint-Martin.  Voy.  Variétés. 

VoLKMANN,  Histoire  et  critique  des  Prolégomènes  sur  Homère,  de  Wolf 

(Henri  Weil) 51     165 

Voyage  en  Asie-Mineure.  Voy.  Davis.  W'.>if..'i  ./cu.iitHv'^ 

Voyages  de  Pero  Tafur,  p.  p.  Jimenez  de  la  Espada  (Alfred  Morel- 

Fatio) •  •  •. 4?     ni 

—  Voy.  Variétés.         -f-?"»'''' 

—  en  Alsace.  Voy.  Curiosités. 


Wailly  (De).  Voy.  Joinville. 

Waitz.  Voy.  Dahlmann. 

Wattenbach.  Voy.  Jaffé. 

Wimmer,  Histoire  de  l'écriture  runique  dans  le  Nord  (K.  Maurer)  .       69     227 

Wolf.  Voy.  Volkmann. 

WÙLCKER.  Voy.  ZUPITZA. 

Yeatman,  Origines  de  la  nation  anglaise  (Alphonse  Rivier)  .  .  ,„,.,.       5       i? 


XViij  TABLE    DES    MATIÈRES. 

Art.    Pages 

Zarncke,  Dissertation  sur  la  lettre  de  Prêtre  Jean  à  Manuel  I  ;  Dis- 
sertation sur  la  lettre  du  pape  Alexandre  III  à  Prêtre  Jean;  Dis- 
sertation sur  le  patriarche  Jean,  précurseur  de  Prêtre  Jean  ...       6j     202 

Zehetmayr.  Voy.  Correspondance. 

ZupiTZA,  Manuel  du  vieil  anglais;  Wûlker,  Chrestomathie  paléo- 
anglaise, l'^p.  (C.  J.) 110     360 


PERIODIQUES     ETRANGERS 

ANALYSÉS  SUR  LA  COUVERTURE. 

Academy  (The).  New  séries,  N"'  1 36-161 N"' 1-26 

Anzeiger  fur  Kunde  der  deutschen  Vorzeit.  1 874. 

N»"!! I 

12 7 

1875.         1 9 

2 14 

3 n 

4 24 

Athenseum  (The).  N"' 2459-2484 1-26 

Bibliographia  critica  de  Historia  e  Litteratura.  Fasc.  XI-XII.  ...  22 

Geographical  Magazine  (The).  Janvier  1875 4 

Germania.  Neue  Reihe,  siebenter  Jahrg.  Heft  IV 8 

achter  Jahrg.  Heft  I 19 

Indian  Antiquary  (The).  Part  XXXVI 3 

XXXVII 7 

XXXVIII 9 

XXXIX 15 

XL 18 

Jenaer  Literaturzeitung.  1874,  N"' 46-47 i 

48-49 2 

50-52 3-5 

1875           I 6 

5-10 18-21 

1 1-14 23-25 

Literarisches  Centralblatt,  N"' 51-52  de  1874. 1-2 

1-24  de  1875 3-26 

Mittheilungen  aus  der  historischen  Litteratur.  IIF  année.  N**  i.  .  .  8 

2.  .  .  21 


TABLE    DES   MATIÈRES.  xix 

Nordisk  Tidskrift  for  Filologi  og  Paedagogik.  Ny  Raeke,  2  Bd., 

Haefte  1 N'"  22 

Nuove  Effemeridi  Siciliane.  Série  terza,  vol.  1 21 

Philosophische  Monatshefte.  XI  Band.  Livr.  i  et  2 16 

3 22 

4 25 

Propugnatore  (II)  1 874.  N"'  4,  5  et  6 6 

1875.         1-2 21 

Revue  d'Alsace.  1875.  Janvier-Mars 10 

Revue  de  l'Instruction  publique  (supérieure  et  moyenne)  en  Belgique. 

Nouv.  série,  t.  XVII,  G^  livr 2 

XVIII,  iMivr 10 

2^  livr 18 

3^  livr 26 

Rivista  Europea  (La),  1874,  décembre 4 

1875,  janvier 7 

février 8 

mars 22 


jg»  ±  Neuvième  année  2  Janvier  1875 


REVUE  CRITIQUE 

D'HISTOIRE   ET  DE  LITTÉRATURE 

RECUEIL  HEBDOMADAIRE  PUBLIÉ  SOUS  LA  DIRECTION 

DE  MM.  C.  DE  LA  BERGE,  M.   BRÉAL,  G.  MONOD,  G.   PARIS. 
Secrétaire  de  la  Rédaction:  M.  Stanislas  Guyard. 


Prix   d'abonnement  : 

Un  an,  Paris,  20  fr.  —  Départements,  22  fr.  —  Etranger,  le  port  en  sus 

suivant  le  pays. 


PARIS 

LIBRAIRIE    A.    FRANCK 

F.    VIEWEG,    PROPRIÉTAIRE 
67,  RUE  RICHELIEU,  6j 


Adresser  toutes  les  communications  à  M.  Stanislas  Guyard,  Secrétaire  de  la 
Rédaction  (au  bureau  de  la  Revue  :  67,  rue  Richelieu). 


MM.  les  Souscripteurs  qui  ne  veulent  pas  éprouver  de  retard  dans 
la  réception  de  la  Revue  sont  priés  de  renouveler  de  suite  leur 
abonnement.  Pour  les  départements,  envoyer  un  mandat  de  poste 
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ANNONCES 


En  vente  à  la  librairie  A.  Franck,  F.  Vieweg  propriétaire, 
67,  rue  de  Richelieu. 

F|->w  1  T~^  rjr   Grammaire  des  langues  romanes.  3<=  édition  refondue  et 
•     L^  1  CjZ^   augmentée.  Tome  II  traduit  par  A.  Morel-Fatio  et  G. 
Paris.  2e  fascicule  (complément  du  volume).  6  fr. 

ATV/r  A  D  T  ITT^T^  17     D  r?\/ Monuments  divers  recueillis 
.  IVlArvl  EL   I     1    EL"  D  EL  Y  en    Egypte   et   en  Nubie. 
Livraisons  9  à  11 .  Chaque  6  fr. 

En  vente  à  la  librairie  Hinrichs,  à  Leipzig,  et  se  trouve  à  Paris,  à  la  librairie 
A.  Franck  (F.  Viev^eg  propriétaire),  67,  rue  de  Richelieu. 

HOpTTr'QPl-T-RT?V    "'^^^^'■^  d'Egypte,  i  ''  par- 
•      OlXLJvjro^n      DELI      tie:  Introduction-Histoire 
des  dynasties  I  à  XVII.  Seconde  édition.  In-8°.  6  fr. 


PERIODIQUES. 

The  Academy,  N*  136,  new  séries,  12  décembre.  A  lost  Chapter  in  the 
History  of  Mary  Queen  of  Scots  recovered.  By  John  Stuart,  Edinburgh,  Ed- 
monston  and  Douglas  (Allan  J,  Crosby  :  dissertation  sur  les  événements  qui 
se  rattachent  à  la  dispense  de  mariage  entre  Bothwell  et  Lady  Jane  Gordon; 
M.  Stuart  a  découvert  l'original  de  la  dispense).  —  Diary  of  H.  M.  the  Shah  of 
Persia.  A  Verbatim  Transi,  by  Redhouse.  London,  Murray  (A.  Lang  :  n'a  de 
curieux  que  son  insignifiance).  — Registrum  Palatinum  Dunelmense  :  The  Regis- 
ter  of  Richard  de  Kellawe,  Lord  Palatine,  and  Bishop  of  Durham,  1^14-1316. 
Vol.  II.  Ed.  by  Sir  Thomas  Duffus  Hardy.  In  the  Master  of  the  Rolls'  séries 
(James  Raine  .  importante  publication).  —  Notes  and  News.  —  Notes  of  Travel. 

—  The  Palestine  Exploration  Fund  (W.  Besant  :  identifications  de  noms  de  lieu 
proposées  par  M.  Conder).  —  John  Douglas,  Bishop  of  Salisbury,  and  his 
Correspondents  (J.  J.  Cartwright).  —  Oxford  Letter  (A.  H.  Sayce)  —  Corres- 
pondence.  The  Moabite  forgeries  (Ad.  Neubauer  :  affirme  de  nouveau  que  les 
poteries  moabites  sont  fausses,  comme  l'a  démontré  M.  Clermont-Ganneau  ;  il 
est  surprenant  que  M.  Schlottmann  s'obstine  à  publier  des  traductions  des 
inscriptions  fantaisistes  qui  chargent  ces  poteries).  —  The  Barhut  Sculptures 
(Jas.  Fergusson  :  réfute  MM.  Childers  et  Beal;  M.  Childers  réplique),  — 
Shakspere  and  Marlowe  (F.  J.  Furnivall).  —  Meetings  of  Societies  (Soc.  de 
philologie  de  Cambridge,  asiatique,  d'anthropologie). 

The  Athenseum,  N"  2459,  1 2  décembre.  The  Last  Journals  of  David  Living- 
stone.  Ed.  by  the  Rev.  H.  Waller.  2  vols.  Murray  (cette  relation  offre  un 
double  intérêt,  car  elle  n'est  pas  seulement  un  récit  d'aventures,  mais  encore 
une  confession).  —  Th.  Martin,  The  Life  of  His  Royal  Highness  the  Prince 
Consort.  Vol.  I.  Smith,  Elder  and  Co.  (écrit  avec  beaucoup  de  tact  et  d'habileté). 

—  J.  Thomson,  The  Straits  of  Malacca,  Indo-China,  and  China;  or  Ten  Years' 
Travels,  Adventures  and  Résidence  Abroad.  Sampson  Low  and  Co.  —  Hans 
Conon  von  der  Gabelentz  (notice  nécrologique).  —  The  Survey  of  Palestine 
(cf.  ci-dessus  VAcademy').—  Literary  Gossip.  —  Hebrev^  Metrology  (réponse  de 
M.  Conder  à  la  lettre  de  M.  Madden,  Athen.,  n°  2457).  — Societies  (Soc.  asia- 
tique, d'archéologie  britannique,  de  l'institut  archéol. ,  de  philologie  de  Cambridge). 

—  Illustrations  of  the  Life  of  Shakespeare.  Part  I.  Longmans  and  Co.  (impor- 
tante publication). 

Literarisches  Ceutralblatt,  N'  51,  19  décembre.  Schmid,  Der  heilige 
Meinrad.  Sigmaringen,  Liehner'sche  B.  In-8",  vj-74  p.  (essai  sur  la  parenté  du 
fondateur  du  cloître  d'Einsiedeln  avec  la  maison  de  Hohenzollern). — Von  Reu- 
MONT,  Lorenzo  de'  Medici  il  Magnifico.  2  Bde.  Leipzig,  Duncker  u.  Humblot. 
In-8",  xxiv-606;  xviij-604  p.  (ouvrage  considérable,  mais  dépourvu  des  qualités 
littéraires  qu'on  aime  à  rencontrer  dans  un  travail  de  ce  genre).  —  Herodotos. 
Fur  den  Schulgebrauch  erkl.  v.  Abicht.  i.  Heft.  3.  Aufl.  Leipzig,  Teubner. 
In-8°,  x-234  p.  (ne  présente  aucune  modification).  —  Ammiani  Marcellini  rerum 
gestarum  libri  qui  supersunt.  Rec.  etc.  Gardthausen.  Vol.  prius.  Leipzig, 
Teubner.  In-S",  xxvj-339  p.  (cette  édition  marque  un  progrès  sensible  dans  la 
critique  du  texte).  —  Ein  altladinisches  Gedicht  in  Oberengadiner  Mundart. 
Herausg.,  ûbers.  und  erkl.  v.  Rochat.  Zurich,  Schabelitz.  In-8°,  56  p.  (sans 
grande  valeur).  —  Duntzer,  Charlotte  v.  Stein,  Gœthe's  Freundin.  i .  Bd. 
Stuttgart,  Cotta.  In-8'',  x-386  p.  —  Brandes,  Die  Hauptstrœmungen  der  Lite- 
ratur  des  19.  Jahrh.  Uebers.  und  eingel.  v.  Strodtmann.  5.  Bd.  Die  Reaktion 
in  Frankreich.  Berlin,  Duncker.  In-8'',  364  p.  (traduction  magistrale  de  ce  nou- 
veau volume  qui  ne  le  cède  en  rien  à  ses  aînés). 

Jenaer  Literaturzeitung,  1874,  "M^,   14  novembre.  Ewald,  Die  Lehre 
der  Bibel  von  Gott.  Bd.  III,  Haslfte2.  Leipzig,  Vogel.  In-S",  504p.  (Schrader). 


REVUE  CRITIQ^UE 

D'HISTOIRE    ET    DE    LITTÉRATURE 

N°  1  —  2  Janvier  —  1875 

Sommaire:  A  nos  lecteurs.  —  i.  Delitzsch,  Poésies  juives-arabes  antéislamiques. 

—  2.  Fabre  d'Envieu,  Méthode  pour  apprendre  le  dictionnaire  de  la  langue  grecque. 

—  3.  Dictionnaire  des  antiquités  grecques  et  romaines,  p.  p.  Daremberg  et  Saglio. 

—  4.  TiTE-LiVE,  Histoire  romaine,  p.  p.  Madvig  et  Ussing,  t.  I,p.  i.  —  5.  Yeat- 
MAN,  Origines  de  la  nation  anglaise.  —  Sociétés  savantes  :  Académie  des  inscriptions. 

A  NOS  LECTEURS. 

Nous  devons  encore  annoncer  une  modification  dans  la  direction  de  la  Revue. 
M.  Charles  Morel,  l'un  des  fondateurs  de  notre  recueil,  ne  pouvait  depuis 
longtemps  lui  consacrer  qu'une  collaboration  bien  intermittente  ;  établi  mainte- 
nant à  Genève,  il  aura  plus  de  loisir,  et,  tout  en  n'étant  plus  un  des  directeurs 
de  la  Revue,  il  en  deviendra  un  collaborateur  plus  assidu.  Nous  avons  fait  appel 
pour  le  remplacer  à  M.  Camille  de  la  Berge,  dont  nos  lecteurs  connaissent  la 
compétence  en  fait  d'histoire  ancienne  et  d'archéologie  :  nous  espérons  que  son 
concours  nous  aidera  à  donner  à  cette  partie  de  notre  tâche  toute  l'importance 
qu'elle  mérite. 

Nous  avons  d'ailleurs  peu  de  chose  à  dire  cette  année  à  nos  abonnés.  Us 
apprendront  avec  plaisir  que  l'existence  matérielle  de  la  Revue  est,  grâce  à  eux, 
mieux  assurée  qu'elle  ne  l'a  été  jamais.  L'esprit  qui  la  dirige  est  toujours  celui 
qui  a  présidé  à  sa  fondation,  et  qui  arrive  à  se  faire  de  plus  en  plus  accepter:  on 
reconnaît  généralement  que  la  Revue  rend  de  véritables  services.  Nous  avons 
répondu  plus  d'une  fois  aux  diverses  objections  qui  nous  ont  été  faites  quant 
à  notre  façon  d'entendre  la  critique;  nous  n'y  reviendrons  pas.  Parmi  les 
personnes  qui  nous  sont  sympathiques,  plusieurs  nous  adressent  des  observations 
dont  nous  reconnaissons  la  justesse,  mais  dont  il  ne  dépend  pas  de  nous  de  pro- 
fiter. On  appelle  notre  attention,  par  exemple,  sur  le  manque  de  proportions 
dans  la  place  accordée  aux  diverses  branches  des  études  historiques;  on  se 
plaint  de  trouver  des  articles  trop  fréquents  et  trop  longs  sur  telle  science, 
trop  rares  ou  trop  courts  sur  telle  autre;  on  signale  les  disparates  de  ton 
et  d'étendue  qui  régnent  entre  les  articles,  les  uns  étant  de  simples  annonces 
ou  de  brèves  appréciations ,  les  autres  constituant  quelquefois  de  véritables 
analyses  critiques ,  ou  même  des  suppléments  aux  ouvrages  examinés  ; 
ceux-ci  s'étonnent  qu'un  livre  important  soit  expédié  en  quelques  lignes,  ceux-là 

qu'une  brochure  sans  grande  valeur  soit  l'objet  d'un  long  article  ;  tous  regrettent 
XV  1 


2  REVUE   CRITIQUE 

que  les  publications  nouvelles  attendent  d'ordinaire  trop  longtemps  le  compte- 
rendu  qui  leur  est  consacré,  et  que  plusieurs  des  plus  intéressantes  soient  com- 
plètement omises.  Tous  ces  griefs  sont  fondés  :  nous  ne  voyons  dans  leur  ex- 
pression qu'une  preuve  de  l'intérêt  que  nous  portent  nos  lecteurs,  et  nous  sentons 
mieux  qu'eux-mêmes  tout  ce  qui  manque  à  la  Revue  pour  réaliser  l'idée  que  nous 
nous  faisons  d'un  parfait  journal  de  critique.  Mais  nous  ne  sommes  pas  encore 
en  état  de  nous  rapprocher  autant  que  nous  le  voudrions  du  but  que  nous  aperce- 
vons clairement.  Pour  réaliser  ce  que  nous  désirons  autant  que  nos  abonnés, 
il  nous  faudrait  au  moins  trois  choses  :  avoir  à  notre  disposition  tous  les  livres 
de  notre  ressort  qui  sont  publiés  et  choisii"  ceux  dont  nous  voulons  rendre 
compte;  disposer  de  deux  fois  plus  d'espace;  recruter  pour  toutes  les  branches 
de  nos  études  des  collaborateurs  à  la  fois  habiles  et  zélés,  qui  donneraient  à  leurs 
articles  des  proportions  calculées  en  vue  d'un  ensemble  homogène.  Actuellement 
ces  trois  conditions  nous  font  défaut  :  le  choix  des  Hvres  dont  nous  parlons  est 
souvent  déterminé  par  le  fait  que  tel  ouvrage  nous  est  ou  ne  nous  est  pas  envoyé; 
nos  collaborateurs  sont  trop  peu  nombreux  et  font  défaut  pour  plus  d'une  spé- 
cialité :  il  en  résulte  que  nous  cherchons  avant  tout  à  remplir  la  Revue  de  bons 
articles,  sans  pouvoir  prétendre  à  être  ni  complets  ni  très-bien  proportionnés, 
et  surtout  sans  songer  à  augmenter  l'espace  dont  nous  disposons.  Enfin  comment 
exiger  des  articles  absolument  conformes  à  un  plan  méthodique ,  et  surtout 
livrés  rapidement,  de  personnes  qui  travaillent  bénévolement  pour  notre  recueil 
et  qui  souvent  même  n'ont  pas  reçu  de  nous  les  livres  dont  nous  leur  devons  le 
compte-rendu  ?  Nous  espérons  bien  que  nous  arriverons  quelque  jour  à  faire 
mieux,  que  nous  pourrons  rétribuer  largement  nos  collaborateurs,  leur  distribuer 
tous  les  livres  intéressants  et  ne  leur  distribuer  que  ceux-là,  et  imprimer  à  leur 
activité  une  direction  plus  uniforme.  Alors  peut-être  trouverons-nous  aussi  plus 
facilement  à  compléter  notre  phalange  de  travailleurs,  et  pourrons-nous,  en 
agrandissant  nos  colonnes,  satisfaire  successivement  les  vœux  de  toutes  nos 
catégories  de  lecteurs.  Mais  ils  ont  déjà  compris  que  ce  qui  nous  manque  pour  le 
moment,  ce  n'est  ni  la  bonne  volonté  ni  le  sentiment  de  nos  lacunes,  c'est  la 
puissance  de  les  combler.  A  eux  de  nous  aider  en  continuant  à  soutenir  notre 
entreprise  et  en  lui  gagnant  des  sympathies,  Nous  avons  aujourd'hui  quatre  cents 
abonnés;  le  jour  où  nous  en  aurons  cinq  cents,  nous  pourrons  déjà  réaliser  bien 
des  progrès;  si  nous  en  avions  mille,  nous  leur  fournirions  un  journal  qui  satis- 
ferait, pensons-nous,  les  plus  exigeants. 


d'histoire  et  de  littérature.  3 

I .  —  Jûdisch-arabische  Poesien  aux  vormuhammedischer  Zeit.  Ein  Spé- 
cimen aus  Fleischers  Schule  als  Beitrag  zur  Feier  seines  Jubileums  von  Franz  Delitzsch. 
Leipzig,  Dœrffling  und  Franke,  1874.  In-S",  40  p.  —  Prix  :  2  fr.  25. 

M.  Delitzsch  a  voulu  montrer  à  son  maître,  M.  Fleischer,  que  depuis  1836 
il  n'a  pas  oublié  les  excellentes  leçons  qu'il  en  a  reçues,  alors  que  sous  sa  direc- 
tion il  expliquait  le  Hamâsah^  ce  beau  recueil  d'anciennes  poésies  arabes  dont 
nous  devons  à  Freytag  l'édition  complète  avec  le  commentaire  de  Tébrîzî.  M.  D. 
a  donc  choisi,  dans  le  Hamâsah,  comme  se  rapportant  le  plus  à  ses  études,  une 
pièce  attribuée  à  un  prince  juif  Samaw'al  (Samuel)  fils  de  'Adiyâ,  contemporain 
du  fameux  Imro'ol-qaïs,  il  l'a  traduite  avec  le  commentaire  qui  l'accompagne,  et 
l'a  fait  précéder  de  quelques  détails  biographiques  sur  Samuel.  Il  a  terminé 
sa  brochure  par  un  petit  nombre  de  réflexions  sur  l'authenticité  de  ce  morceau, 
sur  l'origine  des  noms  propres  Samaw'al  et  'Adiyâ,  enfin  par  quelques  notes  sup- 
plémentaires. Chemin  faisant,  M.  D,  distribue  avec  un  visible  plaisir  force 
horions  à  Freytag,  à  Rûckert  et  à  quelques  autres  encore,  il  se  donne  la  satis- 
faction de  terrasser  Schultens,  Reiske,  Michaelis  et  Bernstein  qui  n'en  peuvent 
mais,  et  c'est  sur  un  monceau  de  victimes  qu'il  dépose  son  offrande  au  vénérable 
doyen  des  arabisants. 

Je  reconnais  volontiers  que  M.  D.  a  déployé  beaucoup  d'érudition  et  de  saga- 
cité dans  son  petit  travail,  qu'en  plusieurs  endroits  il  apporte  une  correction 
heureuse  au  texte  de  Freytag,  qu'en  plusieurs  autres  sa  traduction  est  préférable 
à  celle  de  ce  laborieux  orientaliste.  Mais  je  déplore  les  airs  de  triomphateur 
qu'il  prend  à  l'égard  de  celui  qui  lui  a  facilité  la  tâche  en  lui  fournissant  un  bon 
texte  et  une  excellente  traduction  latine  qu'il  aurait  souvent  pu  mieux  utiliser. 
M.  D.  se  croit-il  donc  lui-même  à  l'abri  de  l'erreur  par  ce  fait  seul  qu'il  marche 
sous  la  bannière  d'un  homme  illustre?  J'espère  lui  prouver  qu'il  se  fait  illusion 
et  qu'il  a  pu,  lui  aussi,  se  tromper,  même  en  40  pages,  si  Freytag,  qu'il  taxe  de 
légèreté  (p.  3  5),  ne  s'est  pas  toujours  montré  infaillible  dans  les  2,330  pages  qui 
représentent  son  édition  et  sa  traduction  du  Hamâsah. 

Pour  commencer,  M.  D.  nous  apprend  (p.  1-2)  que  dans  la  préface  du  com- 
mentaire publié  par  Freytag,  Tébrîzî  dit  avoir  composé  successivement  trois 
commentaires  du  Hamâsah  :  1°  un  commentaire  circonstancié,  renfermant  tous 
les  morceaux  de  poésie,  dans  lequel  toutefois  Tébrîzî  avait  expliqué  séparément 
chaque  membre  de  phrase;  2°  un  commentaire  sommaire,  dans  lequel  les  scholies 
n'étaient  pas  non  plus  distribuées  après  les  distiques;  3°  un  commentaire  qui 
intercale  entre  chaque  distique  l'interprétation  qui  s'y  rapporte  (comme  c'est  le 
cas  dans  l'édition  de  Freytag).  «  Sur  ce  point,  ajoute  M.  D.,  Freytag  est  tombé 
»  dans  une  telle  confusion,  qu'il  ne  sait  pas  lequel  des  trois  commentaires  il  a 
»  publié.  Sans  aucun  doute  c'est  le  dernier,  continue  M.  D.,  cela  ressort  des 
«  paroles  de  Tébrîzî.  » 

Je  regrette  d'avoir  à  le  constater,  M.  D.  s'est  absolument  mépris  sur  le  sens 
du  passage  de  la  préface  qu'il  invoque;  qui  plus  est,  il  ne  s'est  pas  douté  de  la 
petite  difficulté  apparente  que  soulève  la  question  des  trois  commentaires. 
Dans  la  préface  du  commentaire  imprimé  du  Hamâsah ,  Tébrîzî  ne  parle  en 


4  REVUE   CRITIQUE 

réalité  que  de  deux  commentaires  qu'il  a  composés,  dont  le  premier,  que  j'ap- 
pellerai A,  présentait  chaque  pièce  de  vers  transcrite  au  long,  sans  interruption, 
un  commentaire  général  venant  à  la  suite,  et  dont  le  second,  au  contraire',  —  celui 
que  Tébrîzî  présente  au  lecteur,  que  Freytag  a  édité,  et  que  je  nommerai  B,  — 
intercale  après  chaque  vers  les  explications  qui  s'y  rapportent'.  Mais  Ibn 
Khallikân,  dans  la  notice  biographique  qu'il  consacre  à  Tébrîzî,  et  Hâdji 
Khalfa  attribuent  trois  commentaires  à  Tébrîzî  :  i  °  un  Petit  commentaire,  dans 
lequel  chaque  pièce  est  transcrite  au  long,  sans  interruption  ;  2"  un  Commentaire 
moyen,  dans  lequel  chaque  vers  est  séparé  par  l'explication  qui  s'y  rapporte  ; 
3°  un  Commentaire  développé^.  Comment  concilier  ces  données?  D'une  façon 
toute  simple.  Il  résulte  de  la  comparaison  entre  le  passage  de  Tébrîzî  et  le  pas- 
sage de  Hâdji  Khalfa  que  le  commentaire  A  et  le  Petit  commentaire  ne  font  qu'un, 
que  le  commentaire  B  et  le  Commentaire  moyen  sont  un  seul  et  même  ouvrage. 
Si  donc,  comme  l'affirment  Ibn  Khallikân  et  Hâdji  Khalfa,  Tébrîzî  a  encore 
composé  un  troisième  commentaire  C,  c'est  qu'il  l'a  rédigé  postérieurement  à 
B,  que  nous  offre  l'édition  de  Freytag,  puisqu'on  n'en  trouve  aucune  mention 
dans  la  préface  de  B. 
Je  demande  à  présent  de  quel  côté  est  la  confusion,  de  quel  côté  la  légè- 

1 .  Voici  la  traduction  de  ce  passage,  c'est  Tébrîzî  qui  parle  :  «  J'avais  composé  sur  le 
»  livre  du  Hamâsah  un  commentaire  intégral  ;  seulement  j'y  avais  fait  entrer  chaque  pièce 
»  de  vers  en  totalité  (c'est-à-dire  les  vers  se  suivant  sans  interruption) ,  et  ensuite  j'expli- 
»  quais  en  bloc  (en  résumant  le  sens  général  du  morceau)  chaque  poésie,  sans  séparer  les 
»  vers  par  leur  commentaire  respectif.  Je  m'aperçus  que  là  plupart  de  ceux  qui  étudiaient 
»  ce  livre  sous  ma  direction  désiraient  que  l'interprétation  de  chaque  vers  vint  à  la  suite, 
»  et  qu'ils  souhaitaient  cela  pour  que  la  connaissance  fou  l'intelligence)  des  passages  dif- 
»  ficiles  de  chaque  vers  leur  fût  facilitée,  et  que  l'intention  du  poète  leur  apparût  claire- 
»  ment  par  l'explication  que  j'en  donnerais.  Alors,  implorant  l'aide  de  Dieu,  je  résolus  de 
»  commenter  le  livre  du  Hamâsah  d'un  bout  à  l'autre,  d'une  manière  complète,  et  vers 
»  par  vers,  etc.  »  —  C'est  ainsi  que  Freytag  a  compris.  Voyons  maintenant  comment 
M.  D.  a  pu  trouver  dans  ce  passage  la  mention  de  3  commentaires.  D'abord  il  ne  s'est 
pas  aperçu  que  lorsque  Tébrîzî  parle  du  livre  du  Hamâsah,  il  se  sert  du  pronom  maso. 
ho  (lui,  le  livre),  que  là  où  on  rencontre  le  pronom  fém.  hâ,  ce  pronom  s'applique  aux 
pièces  de  vers  qiVah;  ensuite,  il  a  cru  que  ^/t'^/z  signifie  membre  de  phrase  «  Redeglied,  » 
il  n'a  pas  vu  que  modjmllan  indique  ici  la  manière  dont  était  interprétée  chaque  pièce  (en 
gros,  en  donnant  le  sens  général);  puis,  il  substitue  gratuitement  afradto  à  awradto;  il 
s'imagine  que  djamî'ahâ  signifie  toutes  les  pièces  de  vers,  quand  cela  veut  dire  chaque  pièce 
transcrite  en  entier,  sans  séparation  entre  les  vers.  Rencontrant  scharahtoho  (je  l'avais 
commenté,  lui  le  livre  du  Hamâsah)  et  un  peu  plus  loin  thomma  scharahtohd  (et  ensuite  je 
les  expliquais,  elles,  les  pièces  de  vers  transcrites  sans  interruption  dans  le  premier  com- 
mentaire), il  prend  le  second  scharahto  comme  une  indication  d'un  second  commentaire. 
De  la  sorte,  quand  il  arrive  à  la  mention  du  véritable  deuxième  commentaire,  il  en  fait 
un  troisième. 

2.  Cf.  Hâdji  Khalfa,  t.  III,  p.  115:  «  Tébrîzî  écrivit  d'abord  sur  le  Hamâsah  un 
»  petit  commentaire,  dans  lequel  il  fit  entrer  chaque  morceau  de  poésie  en  totalité 
»  (les  vers  se  suivant  sans  interruption).  »  Ensuite  il  écrivit  un  second  commentaire, 
vers  par  vers  (l'explication  venant  entre  chaque  vers).  Enfin,  il  composa  un  long  com- 
mentaire circonstancié.  Les  premiers  mots  du  commentaire  moyen  (le  second)  sont  : 
«  Après  la  louange  rendue  à  Dieu,  dont  les  attributs  ne  peuvent  être  décrits,  etc.  »  On 
remarquera  que  c'est  par  ces  mots  que  commence  la  préface  de  Tébrîzî  dans  l'édition  de 
Freytag.  Le  commentaire  moyen  de  Hâdji  Khalfa  est  donc  celui  que  Tébrîzî  présente  en 
dernier  lieu  aux  lecteurs,  dans  sa  préface  précitée.  Cela  ressort  d'ailleurs  de  la  description 
qu'en  donne  Hâdji  Khalfa. 


'  d'histoire  et  de  littérature,  5 

reté  !  Freytag  sait  si  bien  que  le  commentaire  qu'il  édite  est  le  dernier  cité  par 
Tébrîzî  et  le  second  cité  par  Ibn  Khallikân  et  Hâdji  Khalfa,  que  voici  comment 
il  s'exprime  à  ce  sujet  :  «  Ibn  Khallikân  rapporte  que  Tébrîzî  a  composé  trois 
»  commentaires  sur  le  Hamâsah,  et  dans  la  préface  latine  que  j'ai  placée  en  tête 
»  du  texte,  j'ai  dit  que  le  commentaire  de  Tébrîzî  que  j'édite  est  le  second  des 
»  trois.  Ce  que  j'ai  avancé  est  corroboré  par  ce  qu'on  lit  dans  la  préface  de 
»  Tébrîzî,  dans  laquelle  il  est  question  de  deux  commentaires  seulement'.  » 

Freytag  aurait  pu  être  plus  explicite,  sans  doute,  principalement  en  ce  qui 
concerne  le  troisième  commentaire;  mais  il  faudrait  être  aveugle  pour  ne  pas 
reconnaître  qu'il  savait  très-bien  à  quoi  s'en  tenir  sur  l'ouvrage  qu'il  publiait,  et 
que  si  quelqu'un  s'est  embrouillé  dans  les  trois  commentaires  c'est  à  coup  sûr 
M.  D. 

Cet  exemple  suffirait  pour  établir  que  M.  D., aussi  bien  que  tout  autre  savant, 
peut  avoir  quelquefois  besoin  d'indulgence,  mais  je  ne  puis  à  mon  tour  résister 
au  plaisir  de  lui  signaler  les  endroits  où  il  aurait  mieux  fait  de  consulter  la  tra- 
duction de  Freytag  que  de  se'  confier  à  ses  propres  forces.  P.  1 3,  M.  D.  prétend 
que  lam  yathbot  signifie  :  le  mot  «  n'a  pas  été  incorporé  dans  les  anciens  diction- 
>)  naires  ».  Je  ne  surprendrai  aucun  arabisant  en  constatant  avec  Freytag  que 
le  vrai  sens  de  cette  expression  est  :  «  cela  n'est  pas  fondé.  »  —  P.  1 5,  M.  D. 
fait  dire  à  Tébrîzî  que  le  mot  4Mm  signifie  penchant  d'une  montagne  parce  qu'il 
désigne  «  un  endroit  vers  lequel  on  se  dirige  en  s'écartant  de  la  route.  » 
Freytag  fait  rapporter  avec  raison  ta'dilo  à  nâhiyah,  et  traduit  :  «  endroit  qui 
»  incline  vers  la  montagne,  «  ce  qui  est  tout  naturel  de  la  part  d'une  montée. 
—  Ibid.,  lisez  'Adî,  si  vous  voulez  bien,  au  lieu  de  'Ada.  —  P.  17,  note  3. 
Ce  n'est  pas  le  vers  ajouté  entre  crochet  qui  prouve  que  dans  le  vers  précédent 
il  faut  substituer  manV  à  monîf,  c'est,  comme  l'a  fait  observer  Freytag,  le  passage 
même  du  commentaire  où  Tébrîzî  interprète  le  mot  manî',  sans  parler  de  la 
leçon  monîf,  élevé,  laquelle  d'ailleurs  s'accorderait  très-  bien  aussi  avec  le  sens 
du  vers  placé  entre  crochet.  —  P.  20.  Pourquoi  M.  D.  traduit-il  :  «  denn  es 
»  verschmâht  sie  der  Tod  ?  »  le  vrai  sens  est  celui  que  donne  Freytag  :  «  parce 
»  qu'ils  ont  horreur  de  la  mort.  »  —  Ihid.,  M.  D.  n'a  pas  compris  le  vers  qu'il 
rend  ainsi  :  «  Es  verschmâhen  den  Schlachtentod  nur  Simma's  Mânner  nicht  :  sie 
;)  verschmâhen  jeden  andern,  wie  denn  die  Grosse  der(ihrentsprechenden)  Grosse 
))  zueilt.»  Freytag  l'a  également  mal  rendu  à  cet  endroit,  mais  ensuite  il  s'est  corrigé 
en  traduisant  plus  loin  le  même  vers  qui  revient,  cette  fois  commenté,  à  la  page  3  8 1  du 
texte,  ce  dont,  par  parenthèse,  M.  D.  ne  s'est  pas  avisé.  Le  sens  est  :  «  La  mort 
»  refuse  de  prendre  d'autres  guerriers  que  ceux  de  Simmah,  et  ceux-ci,  de  leur 
»  côté,  refusent  toute  chose  autre  que  la  mort.  Ils  courent  d'eux-mêmes  au- 
;)  devant  de  leur  destin.  »  —  P.  22.  Quel  sens  forcé  M,  D.  prête  à  l'expression 
li  'annaho  minho  yataqadhdha  'r-ramaqo  :  «  weil  von  ihr  (der  Nase)  die  letzte 

I.  Voici  le  texte,  trad.,  t.  I,  p.  xx-xxj  :  «  Ebn  Chaliikanus  Tebrisium  très  commen- 
»  tarios  in  Hamasae  opus  composuisse  narravit  et  in  praefatione  Latina  textui  praeposita 
»  a  me  editum  Tebrisii  commentarium  iilorum  médium  esse  dixi.  Quae  mea  sententia  ver- 
»  bis  Tebrisiij  in  quibus  in  praefatione  de  duobus  commentariis  sermo  est,  adiuvatur.  » 


6  REVUE   CRITIQUE 

»  Athemzug  gleichsam  als  eine  Schuld  eingefordert  wird  !  »  La  phrase  signifie  : 
«  parce  que  c'est  par  le  nez  que  s'exhale  le  dernier  souffle.  »  —  P.  23,  M,  D. 
emploie  treize  mots  pour  rendre  tafkhîm,  emphase,  redondance.  —  P.  24,  note  3, 
M.  D.  prétend  que  le  vers  commençant  par  'alawnâ  manque  dans  Tébrîzî.  C'est 
une  erreur  :  le  vers  s'y  trouve,  mais  sans  commentaire  ;  et  il  signifie,  comme 
l'a  bien  vu  Freytag  :  «  Nous  avons  d'abord  été  portés  par  les  plus  nobles  des 
»  reins  (ceux  de  nos  pères),  et  au  moment  voulu,  nous  avons  été  lancés  (litt.  une 
))  descente  nous  a  fait  descendre)  dans  les  plus  nobles  des  matrices.  »  M.  D.  a 
transformé  les  reins  en  hauteurs  fertiles  que  gravissent  parfois  les  héros  dont  il 
s'agit,  les  matrices  en  vallées  fleurissantes  dans  lesquelles  ces  mêmes  héros 
aiment  parfois  à  camper.  —  Ibïd.,  la  parenthèse  :  «  weil  helles  nicht  dunkles 
»  Gewôlk  sich  schnell  und  unvermuthet  entladet  »  est  parfaitement  inutile,  car 
le  commentateur  n'oppose  pas  l'eau  qui  tombe  d'un  nuage  blanc  à  celle  qui 
tombe  d'un  nuage  noir,  mais  l'eau  de  la  pluie  à  toutes  les  autres  eaux  :  «  son 
))  eau  (celle  de  la  pluie)  est  la  plus  pure  des  eaux,  parce  qu'elle  n'a  encore  servi 
»  à  aucun  usage.  «  —  Ibid.,  nokhlifo  'l  matara  n'est  pas  :  «  wir  lassen  hinter 
»  uns  einen  Regen  (von  Wohlthaten)  zurùck,  »  mais  bien  :  «  nous  remplaçons 
))  la  pluie;  j)  c'est-à-dire,  quand  il  y  a  disette,  par  suite  de  la  sécheresse,  nous 
remplaçons  la  pluie  en  répandant  nos  bienfaits  sur  les  pauvres. 

Je  n'irai  pas  plus  loin  dans  cette  énumération.  La  brochure  de  M.  D.,  je  le 
répète,  contient  beaucoup  de  bonnes  choses  et  contribue  pour  une  très-large 
part  à  l'interprétation  du  poème  de  Samaw'al.  Elle  témoigne  des  fortes  études 
arabes  qu'a  faites  son  auteur  et  montre  que,  bien  que  détourné  par  d'autres 
occupations,  il  n'a  cessé  de  s'entretenir  dans  ses  connaissances  acquises.  Mais 
d'autre  part,  elle  amène  à  la  conclusion  que  fût-on  élève  de  M.  Fleischer  on 
n'en  est  pas  moins  sujet  à  l'erreur,  même  là  où,  pour  l'éviter,  il  suffisait  pour 
ainsi  dire  de  se  baisser  et  de  ramasser  la  vérité. 

St.  GUYARD. 


2.  —  Méthode  pour  apprendre  le  dictionnaire  de  la  langue  grecque  et 

les  mots  primitifs  de  plusieurs  autres  langues  anciennes  et  modernes. — Onomatologie 
de  la  géographie  grecque  ou  l'art  d'apprendre  le  dictionnaire  grec  en  étudiant  la 
géographie  de  la  Grèce  ancienne  et  de  ses  colonies,  par  l'abbé  J.  Fabre  d'Envieu,  pro- 
fesseur à  la  Faculté  de  théologie  de  Paris.  1874.  Paris,  Thorin.  In-8'. 

Dans  le  premier  de  ces  ouvrages,  qui  est  une  introduction  à  l'autre,  M.  l'abbé 
J.  Fabre  fait  la  critique  des  moyens  employés  pour  apprendre  la  langue  grec- 
que. Il  se  plaint  avec  raison  qu'on  ne  fasse  pas  la  part  assez  grande  à  l'étude  du 
vocabulaire.  Le  Jardin  des  racines  grecques  de  Port-Royal  avait  été  composé  dans 
cette  intention  :  mais  «  les  enfants  s'habituent  à  répéter  les  vers  sans  songer  aux 
idées  ;  ils  apprennent  les  racines  par  cœur  machinalement,  et  ne  les  reconnais- 
sent plus  quand  ils  les  trouvent  détachées  du  groupe.  »  D'autres  hellénistes  ont 
essayé  de  condenser  le  dictionnaire  grec  dans  quelques  pages  écrites  en  vers  ou 
en  prose.  «  Mais  cette  méthode  décourage  les  enfants,  parce  que,  arrêtés  sans 
cesse  par  de  nouvelles  difficultés,  ils  n'ont  jamais  la  satisfaction  de  voir  que  les 


d'histoire  et  de  littérature.  7 

mots  déjà  appris  servent  pour  Pintelligence  de  ceux  qui  leur  succèdent.  »  M.  F. 
passe  ensuite  aux  recueils  de  racines  tels  que  celui  de  M.  Bailly.  «  Nous 
avouerons  que  pour  quelques  groupes  de  mots  cette  méthode  peut  offrir  certains 
avantages...  Mais  il  faut  beaucoup  de  temps,  beaucoup  de  travail,  pour  donner 
aux  élèves  la  clef  qui  leur  serait  indispensable  pour  pénétrer  dans  la  grammaire 
et  dans  la  lexicologie  comparées.  »  L'auteur  s'est  donc  avisé  d'un  autre  moyen, 
qui  consiste  à  prendre  les  mots  grecs  déjà  connus  des  élèves,  soit  par  la  géogra- 
phie, soit  par  l'histoire,  soit  par  la  littérature  ou  les  sciences  mathématiques  ou 
naturelles,  et  à  les  décomposer  en  leurs  éléments,  ces  éléments  resteront  plus 
facilement  dans  la  mémoire,  puisqu'ils  sont  donnés  par  des  mots  déjà  familiers 
à  l'enfant.  «  On  ne  pourra,  par  exemple,  penser  à  Tclémaque,  on  ne  pourra 
exprimer  le  mot  télégraphe,  sans  remettre  devant  l'esprit  et  sans  enfoncer  plus 
avant  dans  la  mémoire  le  sens  de  quelques  radicaux  grecs  Qzrike  loin,  au  loin,  de 
loin;  \myyi  combat,  f^iyo\jm  je  combats;  Ypaçw,  j'écris).  »  M.  F.,  qui  a  déjà 
appliqué  cette  méthode  aux  langues  sémitiques  en  un  ouvrage  resté  manuscrit, 
et  qui  se  propose  de  l'appliquer  plus  tard,  si  son  travail  est  bien  accueilli,  à 
l'allemand,  à  l'anglais,  au  russe,  au  sanscrit,  au  turc,  au  persan,  au  chinois, 
fait  la  première  épreuve  publique  de  son  système  sur  le  grec.  Il  se  borne 
d'ailleurs  aux  seuls  mots  tirés  de  la  géographie. 

On  ne  peut  nier  qu'il  n'y  ait  une  part  de  vérité  dans  les  idées  de  M.  l'abbé  F. 
Mais  le  procédé  qu'il  recommande,  et  qui  d'ailleurs  a  été  plus  ou  moins  prati- 
qué de  tout  temps  par  beaucoup  de  professeurs,  ne  peut  donner  de  bons 
résultats  qu'à  la  condition  d^une  grande  sévérité  en  matière  étymologique. 
Autrement  l'étymologie  fait  place  aux  artifices  mnémoniques.  M.  F.  n'est  pas 
toujours  resté  en  deçà  des  justes  limites,  et  ce  qui  est  plus  fâcheux,  il  les  a 
franchies  sciemment.  «  Je  ne  me  dissimule  en  aucune  façon  que  quelques-unes 
des  étymologies  indiquées  sont  plutôt  des  conjectures  que  des  inductions  légi- 
times. On  peut  leur  appliquer  ce  mot  d'Homère  relatif  à  Ulysse  :  tj^euBéa  r^oWà 
Xlysiv  èT6[ji,oiaiv  ct;.oia.  Aussi  me  garderai-je  bien  de  donner  ces  opinions  sous 
forme  de  thèse.  Je  les  présente  comme  des  homophonies  destinées  à  établir  une 
liaison  entre  certains  noms  propres  et  des  noms  communs,  dont  on  retiendra, 
de  la  sorte,  la  signification  beaucoup  plus  aisément.  Je  rapporte  donc  des  étymo- 
logies enfantines  imaginées  par  les  anciens  géographes,  mais  je  ne  les  adopte  pas 
et  je  m'approprie  à  cet  égard  le  mot  de  Pollux  :  -rà  Se  Tciaura  h6^.axa  [xvjvuetv 
[AS  y.ai  [j.Yj  xpiveiv  voij^t^e.  Je  cite  ces  étymologies  et  je  laisse  aux  professeurs  et 
aux  élèves  le  soin  d'appliquer  les  principes  de  critique  qui  ont  été,  dans  cette 
matière,  très-souvent  méconnus.  «  Nous  trouvons,  en  effet,  dès  les  premières 
pages,  des  étymologies  que  le  savant  professeur  de  la  Faculté  de  théologie  ne 
considère  certainement  pas  comme  sérieuses  :  mais  elles  n'appartiennent  pas 
toutes  aux  anciens.  Je  citerai,  par  exemple  (p.  21),  les  deux  (ou  plutôt  les  cinq) 
étymologies  de  l'Afrique,  entre  lesquelles  le  choix  nous  est  laissé  :  le  phénicien 
jaraq  «  couper  »  d'oili  ha-friqah  «  la  séparée  »;  le  grec  p'^Yvuj;/.,  en  htm  frango; 
le  grec  çpiccw  avec  à  privatif;  le  verbe  ûctito)  «  je  brûle,  je  rôtis,  »  d'où  un 
substantif  inusité  fjçpoç;  le  verbe  çpÙYw  «  je  fais  frire,  je  fais  sécher  »  avec  à 


8  -  REVUE  CRITIQUE 

augmentatif.  La  ville  de  Larisse  (p.  93)  tire  son  nom  du  radical  Lar  qui 
signifie  «  prince  »  dans  l'ancien  toscan  d'après  Vossius.  On  retrouve  ce  mot 
dans  l'anglais  lord,  qui  est  pour  lared  «  celui  qui  possède,  le  propriétaire.  » 
Cette  étymologie,  ajoute  hauteur,  pourrait  être  préférée  à  celle  qui  tire  lord  de 
hlaf-ord  ou  hlaf-vard  «  donneur  de  pain.  »  Quant  à  la  seconde  partie  de  Larisse, 
c'est  le  radical  hys,  en  allemand  haus,  en  hollandais  ou  en  flamand  huis,  en 
slave  hisha  «  maison.  «  Sur  la  page  i,  Fauteur  nous  prévient  que  la  choro- 
GRAPHiE  ne  doit  pas  être  confondue  avec  la  chorégraphie  :  toutefois  xwpoç 
«  pays  »  et  /opoç  «  danse  »  se  rattachent  à  un  même  radical  khor  qui  signifie 
la  rondeur  :  cf.  les  danses  ou  rondes  et  les  ar-ROND-issements. 

Ces  extraits  suffisent  pour  donner  une  idée  de  l'ouvrage  :  nous  croyons  que 
les  intentions  de  M.  F.  sont  excellentes,  mais  les  moyens  qu'il  emploie  soulèvent 
beaucoup  d'objections.  Comment  l'élève  saura-t-il  faire  entre  plusieurs  étymo- 
logies  un  choix  dont  l'auteur  n'a  pas  voulu  prendre  la  responsabilité  ?  Ou  croit- 
il  qu'au  fond  l'étymologie  soit  indifférente,  pourvu  que  l'élève  retienne  les  mots  ? 
C'est  sans  doute  là  sa  pensée.  Mais  l'enseignement  est  chose  sérieuse,  non  pas 
seulement  par  l'objet  qu'il  a  en  vue,  mais  par  les  habitudes  d'esprit  qu'il  doit 
donner,  et  l'utilité  du  résultat,  en  supposant  qu'on  pût  l'atteindre  par  cette 
voie,  ne  rachèterait  pas  le  caractère  équivoque  des  procédés  employés  pour  y 
parvenir. 

M.  B. 


3 .  —  Dictionnaire  des  antiquités  grecques  et  romaines  d'après  les  textes 
et  les  monuments,  ouvrage  rédigé  par  une  société  d'écrivains  spéciaux  d'archéologues 
et  de  professeurs  sous  la  direction  de  MM.  Ch.  Daremberg  et  Edm.  Saglio.  Paris, 
librairie  Hachette.  ^-4°.  Fascicules  I-III.  —  Prix  du  fascicule  :  5  fr. 

On  vient  de  distribuer  le  troisième  fascicule  du  Dictionnaire  des  antiquités 
grecques  et  romaines  rédigé  sous  la  direction  de  MM.  Ch.  Daremberg  et  Edm. 
Saglio.  La  publication  régulière  de  ce  grand  ouvrage,  la  valeur  soutenue  des 
articles  qu'il  renferme,  confirment  l'opinion  favorable  qu'on  en  avait  conçue 
quand  parut  le  premier  fascicule ,  et  légitiment  le  bon  accueil  qu'il  reçut  dès 
ce  moment. 

Pour  exprimer  ici  un  jugement  d'une  suffisante  compétence,  il  faudrait  consti- 
tuer une  réunion  de  critiques  pareille  à  celle  des  auteurs  qui  ont  travaillé  au 
Dictionnaire  :  le  domaine  de  l'antiquité  classique,  bornée  si  l'on  veut  à  ce  qui 
concerne  la  vie  publique  et  la  vie  privée  des  anciens,  s'est  tellement  agrandi,  que 
l'homme  le  plus  intelligent  et  le  plus  actif  ne  songe  ordinairement  à  en  cultiver 
ou  même  à  en  visiter  qu'un  petit  coin.  Nécessairement  tous  les  collaborateurs 
de  M.  Saglio  ont  quelque  chose  à  apprendre  les  uns  des  autres.  Le  critique  le 
mieux  pourvu  d'Adversaria  ne  pourrait  de  même  aborder  que  quelques  points 
d'une  œuvre  aussi  vaste,  et  il  la  ferait  involontairement  mal  apprécier  en  n'atta- 
chant qu'à  quelques  points  ses  éloges  ou  ses  corrections. 

Nous  ne  devons  pas  néanmoins  laisser  plus  longtemps,  sans  le  saluer  de  nos 
encouragements,  s'avancer  un  ouvrage  que  son  étendue  et  son  importance 


d'histoire    et    de   LITTÉRAIURE.  9 

recommandent  si  hautement  aux  antiquaires  et  aux  humanistes.  Nous  pourrons 
d'ailleurs,  et  nous  devrons  même,  quand  nous  aurons  à  rendre  compte  de  quel- 
que livre  nouveau  sur  l'antiquité,  revenir  sur  les  articles  publiés  et  sur  les  opi- 
nions émises  dans  cette  encyclopédie  qui  représente,  d'une  manière  satisfaisante, 
l'état  actuel  des  questions.  Ajoutons  que  certains  articles  sont  de  véritables 
mémoires  et  doivent  être  étudiés  et  jugés  comme  tels.  Ainsi  l'article  Alphabe- 
TUM,  qui  comprend  57  colonnes  et  plusieurs  tableaux,  où  M.  Fr.  Lenormant  a 
condensé  les  faits  développés  dans  son  travail  couronné,  il  y  a  quelques  années, 
par  l'Académie  des  inscriptions,  mérite  évidemment  un  examen  approfondi  et  une 
critique  détaillée. 

Pour  prendre  une  idée  du  Dictionnaire,  comparons-le  à  un  ouvrage  analogue, 
bien  connu  et  justement  estimé,  qui  a  probablement  suggéré  l'idée  première  de 
la  publication  présente.  Nous  voulons  parler  du  Dictionary  of  Greek  and  Roman 
Antiquities  publié  par  W.  Smith.  Notre  troisième  fascicule  s'arrête  au  milieu  de 
l'article  Asîronomia,  et  nous  avons  déjà  $78  figures.  Dans  le  dictionnaire  anglais, 
jusqu'au  même  point,  je  n'en  ai  relevé,  en  comptant  les  plus  petites,  que  97  '. 
Ici  elles  sont,  on  le  voit,  incomparablement  plus  nombreuses  et  elles  offrent,  vu 
le  choix  du  format,  une  dimension  beaucoup  plus  favorable  à  l'étude.  Au  mot 
Amphitheatrum  les  deux  dictionnaires  donnent,  comme  on  s'y  attend,  le  plan 
du  Colysée  :  dans  l'ouvrage  anglais  le  grand  axe  de  l'ellipse  n'a  que  1 1  centi- 
mètres, dans  l'ouvrage  français  il  en  a  18.  Au  mot  As  je  ne  trouve  dans  le  dic- 
tionnaire anglais  que  ^  figures  de  monnaies;  ici  j'en  vois  14,  et  la  plupart  (y 
compris  un  decussis  de  1 1  centimètres  de  diamètre)  sont  figurées  en  vraie  gran- 
deur. Au  mot  Apotheosis  Smith  n'offre  que  le  dessin  réduit  d'un  camée  de  la 
Bibliothèque  nationale  représentant  l'apothéose  de  Germanicus;  ici  nous  avons 
6  médailles  et  2  bas-reliefs  de  la  colonne  Antonine  dont  l'un  (représentant  une 
decursio)  occupe  sur  la  page  325  un  rectangle  de  172  milHmètres  sur  112. 

Ces  exemples  suffisent  pour  faire  apprécier  la  valeur  du  dictionnaire  au  point 
de  vue  des  figures.  Nous  comptons  bien  que  le  dernier  fascicule  donnera  une 
table  complet^  et  méthodique  des  gravures,  qui  rendra  facile  l'usage  de  cet 
immense  et  utile  répertoire,  tenant  lieu,  à  bien  des  égards,  de  mainte  publication 
coûteuse. 

Les  figures  sont  souvent  empruntées  aux  monuments  céramographiques.  Un, 
bon  nombre  reproduit  les  célèbres  peintures  du  Virgile  du  Vatican,  et  ce  ne 
sont  pas  les  moins  bien  choisies,  car  très-peu  de  personnes  possèdent  la  repro- 
duction qu'en  a  donnée  Aug.  Mai  et  peu  même  l'ont  vue  2. 

Les  gravures  sur  bois  du  Dictionnaire,  dues  à  M.  P.  Sellier,  sont  habilement 
exécutées  et  reproduisent  assez  heureusement  le  caractère  des  monuments.  Tou- 
tefois la  figure  5  5  {Achille  Citharède)  est  censée  représenter  une  magnifique 

1.  Asîronomia  dans  le  D'°  de  Smith  n'a  pas  de  figures,  et  ici  nous  avons  déjà  trois  re- 
présentations d'Atlas  soutenant  le  globe  céleste. 

2.  Virglid  pictura  antiqua  ex  codicibus  Vaticanis.  Roma.  1835.  f».  Cet  ouvrage,  dont 
les  figures  passent  pour  supérieures  à  celles  de  Bellori,  manque  à  la  Bibliothèque  natio- 
nale. 


ÏO  REVUE  CRITIQUE 

améthyste  du  Cabinet  des  Médailles,  mais  elle  a  été  copiée  sur  quelque  mauvaise 
gravure  où  l'aspect  du  monument  original  est  absolument  défiguré;  en  outre  la 
dimension  a  été  agrandie,  sans  qu'on  en  soit  prévenu,  La  hauteur  du  dessin 
dans  le  Dictionnaire  est  de  42  millimètres  ;  la  hauteur  de  la  pierre  n'est  que  de  17. 

Passons  au  texte.  On  trouve  ici  bien  des  articles  (Achilles,  vEsculapius, 
Apollo  qui  manquent  dans  le  Dictionary  of  Anîiqiiiîies  et  que  les  lecteurs  anglais 
vont  chercher  dans  une  autre  publication  de  Smith ,  le  Dictionary  of  Greek  and 
Roman  Biography  and  Mythology,  où  les  dieux  et  les  héros  coudoient  les  gens  de 
lettres  et  les  princes.  Ce  nivellement  évhémériste  offre  deux  inconvénients  graves. 
D'abord  il  froisse,  au  plus  haut  point,  les  mythologues.  En  second  lieu  il  sépare, 
de  la  façon  la  plus  illogique,  deux  idées  manifestement  corrélatives  :  le  dieu  et 
son  culte  ;  en  effet  ce  dernier  est  nécessairement  classé  dans  les  antiquités  de  la 
vie  publique.  On  approuvera  les  directeurs  du  Dictionnaire  de  n'avoir  pas  disjoint 
deux  choses  aussi  bien  liées. 

La  disposition  matérielle  du  livre  nous  paraît  heureuse  :  les  articles  sont  bien 
coupés,  les  figures  judicieusement  placées.  L'air  et  la  lumière  circulent  dans  ces 
colonnes  énormes.  Les  notes,  en  quantité  très- rassurante,  sont  rejetées  au  bas 
des  pages.  Par  là  est  évité  ce  fourmillement  de  parenthèses  qui,  joint  à  l'absence 
d'alinéas,  rend  si  pénible  l'usage  de  V Encyclopédie  de  Pauly,  et  oblige  à  repasser 
tout  un  article  pour  retrouver  le  moindre  détail.  Ici,  au  contraire,  prenons  l'ar- 
ticle Apollo  dû  à  la  plume  élégante  de  M.  L.  de  Ronchaud.  Les  21  colonnes, 
que  remplit  ce  travail  complet,  précis,  bien  distribué,  pondéré  avec  sagesse, 
offrent  une  lecture  instructive,  attrayante  et  facile.  Mais  n'est-il  pas  vrai  que  les 
éditeurs  nous  auraient  gâté  tout  notre  plaisir  s'ils  nous  eussent  forcés  à  enjamber 
les  deux  cent  trente-sept  pièces  de  l'échafaudage  au  moyen  duquel  M.  R.  a 
reconstruit  la  légende,  les  caractères,  les  fonctions  et  le  culte  du  dieu  de 
Délos  '  ? 

Parmi  les  articles,x[ue  recommande  leur  importance,  leur  étendue  ou  la  signa- 
ture des  auteurs,  nous  citerons  : 

Ammon  par  M.  Blondel;  Apothéose  par  M.  Boissier;  Aqua  par  M.  Briau; 
Amnestia,  Anacrisis,  Archai,  Archontes,  Areopagus  par  M.  Caillemer;  Am- 
PHYCTiONES,  Apeleutheroi  par  M.  Foucart;  Adoptio,  Antidosis  par  MM.  Gide 
et  Caillemer;  Arcus  par  M.  Guadet;  Acropolis  Agora  par  M.  Guillaume;  Accu- 
SATOR,  Acta,  Advocatio,  ./Ediles,  .Erarium,  Ager  (publicus,  romanus), 
AGRARîyE  leges,  Ambitus,  Annales  Leges,  Annona,  Argentarm,  Artifices 
(romani)  par  M.  Humbert;  Amuletum  Aqu-îiductus  (administration)  par 
M.  Labatut;  Alphabetum  As  par  M.  Lenormant;  Agmen  par  M.  Masquelez; 
Asiarcha  par  M.  Perrot;  ^Esculapius  par  M.  Robiou;  ^Eneas,  Apollo  par 
M.  de  Ronchaud;  Arithmetica  par  M.  Ruelle;  Abacus,  Acroama,  Acus,  Adonis, 
Mois,  Agger,  Amentum,  Annulus,  Ara,  Arbores  Sacr^,  par  M.  Saglio; 
Amphitheatrum,  Antefixa,  AQUyEDUCTUs  (construction)  par  M.  Thierry; 
Achilles,  Amazones,  Amphiaraus  par  M.  Vinetr 


On  les  retrouve,  soigneusement  rangées  et  numérotées,  au  pied  du  monument. 


d'histoire  et  de  littérature.  I  I 

On  voit  que  le  Dictionnaire  sera,  pour  l'intelligence  des  auteurs  classiques,  un 
puissant  auxiliaire.  Nous  devons  dire  cependant  que  nous  n'entrerons  dans  la 
pleine  connaissance  de  l'antiquité  qu'au  moyen  d'ouvrages  tels  que  ceux  de 
Preller,  de  Schœman,  de  Marquardt,  d'Overbeck,  où  la  mythologie,  la  vie 
publique,  l'art  conservent  leur  rapport  harmonieux  et  complet,  où  les  rapports 
historiques  ou  logiques  des  éléments  qui  les  composent  sont  respectés  et  mis  en 
lumière,  et  non  rompus  au  hasard  de  l'ordre  alphabétique.  Mais  en  attendant  que 
nous  possédions  en  français  de  pareils  livres,  le  Dictionnaire  des  Antiquités  va  jeter 
immédiatement  dans  le  public  un  nombre  infini  de  faits  bien  contrôlés,  rectifier 
une  bonne  quantité  d'idées  fausses,  multiplier  les  représentations  de  monuments 
de  tout  âge  et  de  toute  nature,  et  rendre  ainsi  d'incontestables  services. 

C.  DE  LA  Berge. 


4.  —  Titi  Livii  historiarum  romanorum  libri  qui  supersunt.  Ex  recensione  lo. 
Nie.  Madvigii.  Iterum  ediderunt  lo.  Nie.  Madvigius  et  lo.  L.  Ussingius.  Vol.  I, 
pars  I.  libres  quinque  primes  centinens.  Havniae,  1873,  Gyldendal.  In-8°,  xxxiij-31 1  p. 

L'illustre  latiniste  danois,  M.  Madvig,  avait  publié  d'abord  un  volume  d'obser- 
vations critiques  sur  le  texte  de  Tite-Live  '  ;  puis  il  a  donné,  avec  le  concours 
de  M.  Ussing,  une  édition  du  texte,  en  plusieurs  parties,  qui  ont  paru  en  1861 
et  les  années  suivantes.  L'ouvrage  dont  nous  rendons  compte  ici  est  une  seconde 
édition  des  cinq  premiers  livres. 

M.  M.  est  resté  fidèle  aux  principes  qu'il  avait  posés  avec  une  grande  sûreté 
de  jugement.  Il  a  évité  d'introduire  dans  le  texte  des  formes  rares,  parce  qu'elles 
se  trouvent  dans  d'anciens  manuscrits,  où  elles  peuvent  provenir  d'une  erreur 
de  copiste,  et  il  a  suivi  l'orthographe  commune,  telle  que  les  grammairiens 
latins  nous  l'ont  transmise  ;  l'autorité  de  manuscrits  copiés  dans  des  temps  de 
barbarie  et  d'ignorance  n'est  ici  d'aucune  valeur, 

M.  M.  a  eu  à  sa  disposition,  pour  cette  seconde  édition,  l'espèce  de  fac- 
similé  du  manuscrit  palimpseste  de  Vérone  que  M.  Mommsen  a  publié  en  1868 
dans  le  recueil  des  mémoires  de  l'Académie  de  Berlin  (p.  31-206)  et  qu'il  a 
accompagné  d'observations  intéressantes,  où  l'on  reconnaît  sa  profonde  con- 
naissance des  antiquités  romaines. 

M.  Mommsen  a  vu,  ce  que  M.  M.  n'avait  pu  qu'entrevoir  dans  la  première 
édition  (p.  IV),  que  les  fragments  étendus  des  livres  III,  IV,  V,  VI  de  la  pre- 
mière décade  contenus,  dans  ce  palimpseste  offrent  une  récension  très-ancienne 
et  différente  de  celle  des  autres  manuscrits  qui  nous  sont  parvenus  et  qui  ont 
conservé  la  mention  de  ses  auteurs,  Victorianus,  Nicomachus  Flavianus  et 
Nicomachus  Dexter.  Le  manuscrit  de  Vérone  est  à  beaucoup  d'égards  très-pré- 
cieux. Ainsi  on  lisait  dans  les  autres  manuscrits  (IV,  25,  4)  «  Magna...  clades  in 
»  urbe  agrisque  promiscua  hominum  pecorumque  pernicie  accepta.  Famem 
»  cultoribus  agrorum  timentes  in  Etruriam...  frumenti  causa  miserunt.  »  Crevier, 

I.  lo.  Nie.  Madvigii,  professons  Havniensis,  Emendatienes  Livianas.  Havniae,  Gylden- 
dal, 1860.  In-8'. 


12  REVUE    CRITIQUE 

dont  le  travail  sur  Tite-Live  est  estimé  de  M.  M.  ',  avait  compris  que  ce  n'était 
pas  pour  les  cultivateurs  que  la  famine  était  particulièrement  à  craindre; 
comme  il  est  question  d'une  peste  dans  ce  qui  précède  immédiatement,  il  avait 
conjecturé  qu'un  mot  comme  absumptis  manquait  devant  cultoribus,  et  M.  M. 
avait  conjecturé  deficientibas  après  cultoribus  pour  que  l'omission  fût  paléographi- 
quement  plus  vraisemblable.  Le  palimpseste  de  Vérone  montre  qu'il  manquait 
,«  quoque  ex  pestilentia  morbo  implicitis  «,  devant  cultoribus,  omission  qui, 
comme  tant  d'autres,  ne  s'explique  pas  du  tout  paléographiquement.  Dans  le 
discours  de  Camille  (V,  53,  i)  on  lisait  :  «  Veiosne  haec  [c.-à-d.  comitia) 
»  transferemus,  an  comitiorum  causa  populus  tanto  incommode  in  desertam  hanc 
»  ab  diis  hominibusque  urbera  conveniet  ?  Sed  res  ipsa  cogit  vastam  incendiis 
»  ruinisque  relinquere  urbem...  hanc  autem  jactari  magis  causam  quam  veram 
»  esse...  apparere  vobis  puto.  »  Personne  n'avait  soupçonné  et  ne  pouvait 
soupçonner  qu'après  conveniet  il  manquait  «  at  enim  apparet  quidem...  ^  nia  nec 
»  ullis  piaculis  expiari  posse.  »  Cette  omission  ne  s'explique  pas  mieux  que  la 
précédente.  Il  en  est  autrement  de  celle  qui  a  été  comblée  par  le  manuscrit  de 
Vérone  dans  IV,  26,  12  :  «  Ab  eo  L.  Iulius  magister  equitum  est  dictus.  Simul 
))  edicitur  et  justitium.  »  Il  manquait  dilectus  devant  simul.  Il  était  impossible  de 
deviner,  sans  le  manuscrit  de  Vérone,  qu'il  faut  lire  le  nom  obscur  et  rare 
Folio  au  lieu  de  Fabio  dans  V,  41,  3  :  «  Sunt  ^ui  M.  Fabio  pontifice  maximo 
»  praefante  carmen  devovisse  eos  se  pro  patria...  tradant.  » 

Le  manuscrit  de  Vérone  a  confirmé  un  certain  nombre  de  conjectures,  en 
particulier  de  M.  M.  Ainsi  dans  IV,  56,  13,  les  tribuns  du  peuple  refusent 
d'intervenir  pour  forcer  les  tribuns  militaires  d'obéir  au  Sénat  et  disent  dans  le 
texte  qu'on  avait  autrefois  qu'ils  n'interviendront,  que  quand  les  honneurs  seront 
accessibles  aux  plébéiens  :  «  intérim  patricii,  soluti  legum  magistratuumque 
»  verecundia,  per  se  quoque  tribuniciam  potestatem  agerent.  «  M.  M.  avait 
remarqué  {Emendationes  Livianae,  p.  107)  que  agere  potestatem  trib.  pour  exercere 
était  d'une  latinité  suspecte,  que  quoque  qui  devait  tomber  sur  tribuniciam  potes- 
tatem était  mal  placé  et  surtout  qu'il  n'y  avait  pas  de  rapports  entre  5o/un/ggum... 
verecundia  et  l'exercice  de  la  puissance  tribunitienne,  qui  était  elle  aussi  une 
magistrature.  Il  conjectura  qu'il  fallait  lire,  après  quoque,  et  qui  avait  bien  pu 
être  omis  entre  quoque  et  tribuniciam  ;  et  on  avait  ainsi  un  sens  tout-à-fait  satis- 
faisant :  «  Que  les  patriciens  vivent  sans  respect  des  lois  et  des  magistrats  ;  ce 
»  n'est  pas  eux  (les  tribuns  du  peuple)  ni  la  puissance  tribunitienne  qui  les  en 
))  empêcheront.  »  Per  s'emploie  souvent  avec  ce  sens  «  sans  obstacle,  empêche- 
«  ment  de,  »  et  Tite-Live  dit  (IX,  20)  «  sine  legibus  certis,  sine  magistratibus 
))  agere.  »  Le  manuscrit  de  Vérone  confirme  cette  correction  non  moins  bril- 
lante par  la  sagacité  qui  avait  découvert  l'altération  du  texte  que  par  la  simpli- 
cité et  l'évidence  de  la  restitution. 

1.  «  Creverius recti  elegantisque  iudicii  home non  ita  pauca  acute  emendavit, 

»  subsidiorum,  quac  Lutetia  ei  subministrare  poterat ,  nimis  incuriosus.  »  Emendationes 
Liviana,  p.  3  5. 

2.  Ces  points  indiquent  quelques  lettres  qui  n'ont  pu  être  lues;  M.  M.  suppose  «  pollui 
»  om.  » 


d'histoire  et  de  littérature.  13 

Une  autre  conjecture  de  M.  M.,  qui  est  confirmée,  mérite  d'appeler  l'attention 
parce  qu'elle  est  fondée  sur  l'emploi  judicieux  d'un  moyen  dont  les  philologues 
sont  trop  portés  à  se  servir  aujourd'hui.  On  lisait  dans  IV,  21,  7  «  Fidenates, 
»  qui  se  primo  aut  oppido  aut  montibus  aut  mûris  tenuerant.  »  Duker  s'était 
demandé  quelle  différence  il  pouvait  y  avoir  entre  oppido  et  maris  et  entendait 
le  dernier  mot  de  châteaux  forts  ou  de  villages  fortifiés.  M.  M.  avait  fait  la  remar- 
que suivante  [Emend.  Liv.  p.  97)  :  «  Sed  neque  muros  sic  quisquam  absolute 
»  dixit,  praesertim  oppido  in  eadem  sententia  appellato,  neque  huius  modi  cas- 
)>  tella  mûris  munita  in  Fidenati  agro  aut  commemorantur  unquam  a  Livio  aut 
))  esse  potuerunt.  Addidit  aut  oppido  aliquis,  qui  oppidum  murorum  appellatione 
»  contineri  non  videbat.  »  Le  manuscrit  de  Vérone  ne  donne  pas  en  effet  aut 
oppido.  La  conjecture  de  M.  M.  était  très-plausible  parce  que  les  mots  qu'il 
proposait  de  supprimer  nuisaient  au  sens  et  que  leur  intercalation  s'expliquait 
avec  quelque  probabilité.  Il  faut  que  ces  deux  raisons  se  réunissent  pour  qu'une 
intercalation,  faute  infiniment  plus  rare  que  les  omissions,  soit  admissible. 
M.  Mommsen,  qui  ne  se  fait  d'ailleurs  aucune  illusion  sur  la  valeur  du  manuscrit 
de  Vérone,  qui  est  très-fautif,  a  peut-être  admis  trop  facilement  comme  probable 
l'intercalation  de  mots  omis  parle  manuscrit.  Ainsi  III,  44,  5  «  ratoa  Veronensi 
))  abest;  recte  puto.  »  65,  i  (cf  M.  M.  p.  xxiii).  67,  10  «  ecquando  unam 
))  urbem  liabere  abest  a  Veronensi  fortasse  recte.  »  IV,  11,  7  c  coloni  adscripti 
»  ...iam  admoniti  ab  antiquissimo  libro  omnino  ejiciemus.  ».  14,  6  «  obtran- 
»  cati...  eleganter  Veronensis  omittit.  «  17,  i  «  regem  ac  Veientes...  eo  libenter 
))  carebimus.  »  V,  3,  7  «  nisi  forte  hoc  dicitis  Veronensis  non  habet...  quod  apte 
»  omitti  pauci,  opinor,  negabunt.  »  8,  3  «  per  agros  vicinasqae  urbes  ab  Livio 
»  aliéna  esse  intelliguntur  ex  Veronensi.  »  M.  M.  n'a  adopté  aucune  de  ces 
suppressions;  et  il  me  semble  avoir  eu  raison  :  pour  supprimer  des  mots  omis 
par  un  manuscrit,  il  ne  suffit  pas  qu'ils  soient  inutiles  à  l'intelligence  de  la 
pensée  ;  il  faut  encore  montrer  pourquoi  ils  ont  été  intercalés. 

Le  Tite-Live  de  M.  Madvig  ne  saurait  être  trop  recommandé  dans  notre  pays, 
où  cet  auteur  tient  une  place  si  importante  dans  l'enseignement  classique. 

Charles  Thurot. 

5.  —  The  History  of  the  Common  La°w  of  Great  Britain  and  Gaul  from  the 
earliest  period  to  the  time  of  english  légal  memory,  by  John  Pym  Yeatman,  of  Lin- 
coln's  Inn,  Esquire,  Barrister-at-Law ,  author  of  «  An  Outline  of  the  practice  of  the 
»  Mayor's  Court  of  London,  »  etc.  Part  I.  Second  titre  :  A  Revie-w  of  the  Com- 
mon La-w  of  Great  Britain  and  Gaul.  Historical  Introduction.  Part  I.  The  pre- 
historic  period.  Londres,  Stevens  et  fils.  1874.  In- 12,  xii-200  p. 

Sous  prétexte  d'Introduction  historique,  l'auteur  fait  une  prétendue  histoire, 
extrêmement  diffuse,  des  origines  de  la  nation  anglaise  jusqu'à  Guillaume  le 
Conquérant. 

Cette  histoire  est  surtout  une  diatribe  contre  les  Saxons.  M.  Y.  les  déteste, 
au  moins  autant  que  les  Allemands  d'aujourd'hui,  auxquels  il  reproche  entr'autres 
d'être  dépourvus  de  sens  musical  !  Il  n'est  d'ailleurs  point  sûr  que  ces  barbares 
fussent  de  race  germanique  ou  Scandinave  :  peut-être  venaient-ils  directement 
des  steppes  asiatiques;  plus  probablement,  ils  n'avaient  pas  de  nationalité  propre 


14  REVUE   CRITIQUE 

(p.  199,  200).  Leur  nom  signifie  assassins;  ils  n'avaient  point  de  chants  natio- 
naux; ils  n'avaient  pas  même  de  langue;  absolument  illettrés,  ils  étaient  en  outre 
incivilisables...  Pour  caractériser  ce  ramassis  de  sauvages,  avec  lequel  le  peuple 
anglais  d'aujourd'hui  ne  peut  avoir  aucun  rapport,  M.  Y.  renchérit  sur  les 
lamentations  de  Gildas.  Us  n'avaient  ni  foi  ni  loi.  Ce  qu'on  a  donné,  plusieurs 
siècles  après,  pour  du  droit  anglo-saxon,  n'est  que  le  fruit  d'impostures  gros- 
sières, comme  ce  qu'on  donne  aujourd'hui  pour  de  la  littérature  saxonne.  Et 
l'on  a  créé  une  chaire  à  Cambridge  pour  enseigner  le  jargon  de  ces  misérables  ! 
Au  reste,  leur  funeste  domination  ne  s'est  étendue  que  sur  une  partie  minime 
de  la  Grande-Bretagne,  partie  reconnaissable  encore  maintenant  à  la  stupidité 
de  ses  habitants.  Leur  roitelet,  le  trop  fameux  Alfred,  dit  le  Grand  depuis  la 
Réformation,  n'était  qu'un  ignorant  grossier  qui  a  volé  les  actes  mémorables 
d'Arthur.  Au  surplus,  il  n'était  probablement  pas  Saxon,  mais  Romain  d'origine. 
Les  récits  attribués  à  Asser  ont  été  forgés  sous  les  Normands  par  un  imposteur 
(177-181).  Edouard  le  Confesseur  était  beaucoup  plus  Normand  que  Saxon. 
Le  nom  à'Anglo-Saxon  a  été  imaginé  par  les  écrivains  modernes  (p.  18). 

Les  Saxons  avaient  tous  les  vices,  sauf  l'incontinence;  les  Bretons,  en 
revanche,  étaient  doués  de  presque  toutes  les  vertus.  Supérieurs  par  leur  droit 
aux  Romains  mêmes,  ils  avaient  surtout  des  rapports  moraux,  intellectuels  et 
religieux  avec  les  Grecs.  César  les  a  calomniés;  la  polyandrie  et  les  cruautés  du 
culte  druidique  sont  de  pures  inventions.  Diodore  est  plus  digne  de  foi.  Les 
Bretons  sont  des  Angles,  les  Angles  ou  Llogrians  des  Ligures,  les  Ligures  sont 
des  Celtes,  les  Celtes  des  Pelages,  les  Pelages  des  Cimmériens  (p.  19-22).  Les 
Romains,  qui  appelaient  la  Grande-Bretagne  Anglia,  ne  les  ont  pas  latinisés,  et 
ils  les  faisaient  probablement  gouverner  de  préférence  par  des  Ligures  (p.  i8, 
27,  76).  Les  Grecs  appelaient  les  Bretons  Angeloi,  peut-être  parce  qu'ils 
voyaient  en  eux  les  messagers  des  Dieux  (p.  26).  Ce  nom  peut  aussi  se  ratta- 
cher aux  Angeles  de  la  tribu  Pandionis  d'Athènes,  d'oil  Prydain  serait  venu 
(p.  25).  Enfin  Angeloi  se  rapproche  de  Leleges,  équivalent  de  Ligures  (p.  25). 
Le  gallois  actuel  est  encore  plein  de  mots  grecs  (23,  36).  L'origine  grecque  ou 
thrace  de  l'anglais  est  encore  attestée  par  le  th,  que  jamais  Germain  n'a  su  pro- 
noncer (26,  27).  L'angle,  ou  ogrien,  ou  ligure,  est  encore  l'anglais  actuel  : 
«  Why  should  we  hesitate  to  admit  that  English  and  Ligurian  are  identical  ?  » 
(p.  27-31,  35).  C'est  de  la  Hnguistique  selon  la  méthode  de  M.  Granier  de 
Cassagnac.  Plutarque  rapporte  que  les  Ligures  de  l'armée  de  Marius  s'appe- 
laient entre  eux  Ambiones  (sic)  :  c'est  peut-être  une  corruption  de  Umbriones^ 
alors  cela  rappelle  VHumber  britannique;  peut-être  aussi  est-ce  une  corruption 
d'Albion.  Naturellement  M.  Y.  croit  à  l'authenticité  du  Cosmos  d'Aristote.  —  En 
somme,  l'Angleterre  a  été  peuplée  par  des  descendants  de  Gomer,  de  Tubal,  de 
Javan,  de  Meseck,  de  Tiras,  et  de  Gog.  C'était  probablement  déjà  du  temps  de 
Noé  un  établissement  d'une  certaine  importance  (p.  38-40). 

En  voilà  bien  assez,  je  pense,  pour  faire  juger  des  connaissances  et  de  la 
compétence  de  M.  Y.  en  matière  ethnographique  et  philologique.  On  a  quelque 
peine  à  se  persuader  que  son  livre  est  imprimé  en  la  présente  année  1 874. 

M.  Y.  traite  les  Romains  avec  une  certaine  bienveillance,  et  les  Danois  aussi, 


d'histoire  et  de  littérature.  15 

qu'il  estime  très-supérieurs  aux  Saxons.  Il  ne  tient  nul  compte  de  la  parenté 
originaire  des  Saxons  avec  les  Danois  et  les  Normands  ;  il  ne  met  en  relief  que 
les  différences. 

Le  droit  ne  tient  qu'une  place  modeste  dans  ce  fastidieux  fatras.  La  thèse  que 
M.  Y.  entend  soutenir  est  annoncée  par  l'épigraphe  :  «  Currat  lex  communis 
sicut prias  currere  consueviî  »,  et  résumée  dans  le  premier  chapitre  sous  le  titre  de 
The  pedigree  of  the  Common  law.  La  voici  :  Le  Common  law  n'est  autre  chose,  au 
fond,  que  le  droit  préromain,  le  droit  des  anciens  Bretons.  Il  y  a,  sans  doute, 
quelques  infiltrations  romaines,  mais  il  faut  se  garder  de  voir  des  infiltrations 
partout  où  il  y  a  similitude  ;  en  effet,  il  peut  et  il  doit  y  avoir  plus  d'un  trait 
commun  au  droit  breton  et  au  droit  romain,  l'origine  de  tous  deux  étant  la 
même.  M.  Y.  a  l'air  de  croire  que  cette  origine  est  grecque  (p.  13-15).  Les 
modifications  postromaines  ont  été  graduelles  et  partielles.  Les  Saxons  n'ont 
rien  su  créer;  l'aptitude  leur  faisait  défaut  non  moins  que  le  pouvoir.  Guillaume, 
héritier  naturel  des  rois  danois,  n'a  pas  voulu  faire  de  changement.  Il  y  a  donc 
eu  continuité  dès  les  plus  anciens  temps  jusqu'à  nos  jours.  M.  Y.  attribue  cette 
stabilité  du  droit  national  à  sa  grandeur  intrinsèque  qui  commandait  à  tous  le 
respect  (p.  11).  —  Cette  thèse  est  intéressante  et  je  crois  qu'elle  contient  un 
noyau  de  vérité  générale  trop  longtemps  méconnue.  Je  suis,  en  effet,  disposé  à 
croire  qu'il  y  a  dans  les  divers  droits  des  nations  indo-européennes  plus  de 
traits  communs  qu'on  ne  pense,  et  que  dans  les  institutions  juridiques  la  perma- 
nence est,  plus  qu'on  ne  pense  aussi,  la  règle,  et  le  changement  l'exception. 
Mais  pour  mener  à  bonne  fin  des  investigations  d'une  nature  aussi  complexe  et 
aussi  délicate,  il  faut  une  méthode  sévère  et  une  préparation  scientifique  quasi- 
universelle.  Je  ne  puis  voir  ni  l'une  ni  l'autre  dans  le  petit  volume  de  M.  Y. 
Cependant,  il  ne  serait  pas  équitable  de  prononcer  un  jugement  définitif  avant 
d'avoir  étudié  les  autres  parties  de  l'ouvrage, 

Alphonse  Rivier. 


SOCIÉTÉS  SAVANTES. 

ACADÉMIE    DES    INSCRIPTIONS    ET    BELLES-LETTRES. 

Séance  du  2^  décembre  1874. 

On  annonce  que  M.  Naudet  a  fait  une  chute  ces  jours  derniers,  mais  cet 
accident  n'a  pas  eu  de  suites  fâcheuses  ;  les  nouvelles  qu'on  a  de  lui  sont  rassu- 
rantes. —  Les  nouvelles  de  la  santé  de  M.  d'Avezac  sont  au  contraire  peu 
satisfaisantes. 

M.  de  Sainte-Marie  envoie  la  photographie  d'une  statue  qu'il  a  trouvée  à  Car- 
ihage  ;  elle  est  conservée  presque  tout  entière;  c'est,  selon  lui,  une  statue  de  Junon. 

M.  Desnoyers  présente  de  la  part  de  l'auteur  un  ouvrage  intitulé  Antiquités 
préhistoriques,  gauloises  et  romaines,  du  Cheylonnet  {Haute-Loire),  par  M.  Aymard, 
Le  Puy  1874,  8°.  —  M.  Pavet  de  Courteille  offre  de  la  part  de  M.  Barbier  de 
Meynard  une  publication  intitulée  :  Le  seïd  himyarite,  recherches  sur  la  vie  et  les 
œuvres  d'un  poète  hérétique  du  deuxième  siècle  de  l'hégire.  —  M.  Maury  dépose  de 
la  part  de  l'auteur  L'archipel  indien,  par  M.  L.  de  Backer. 


l6  REVUE    CRITIQUE    D'hISTOIRE    ET    DE   LITTÉRATURE. 

M.  Jourdain  lit  un  mémoire  intitulé  :  Nicolas  Oresme  et  les  astrologues  de  la 
cour  de  Charles  V.  Mémoire  sur  les  ouvrages  de  N.  Oresme  contre  l'astrologie.  Il 
expose  qu'on  a  exagéré  le  nombre  des  écrits  de  Nicolas  Oresme  contre  l'astro- 
logie, parce  qu'on  a  pris  pour  des  ouvrages  différents  les  titres  divers  d'un 
même  ouvrage  ou  les  différents  chapitres  qui  le  composaient.  M.  F.  Meunier, 
dans  l'étude  qu'il  a  consacrée  à  Nicolas  Oresme,  a  corrigé  une  partie  de  ces 
erreurs,  mais  il  en  a  encore  laissé  subsister  quelques-unes.  Après  avoir  rétabli 
la  vérité  sur  ce  point,  M.  Jourdain  indique  le  caractère  des  écrits  en  question 
et  l'esprit  qui  y  règne.  Il  signale  des  observations  d'une  sagacité  remarquable 
sur  les  erreurs  auxquelles  l'homme  est  exposé  par  ses  sens  et  dont  la  cause 
principale  est,  selon  Oresme,  la  puissance  de  l'imagination,  et  sur  la  complexité 
réelle  des  perceptions  sensuelles  qui  nous  paraissent  les  plus  simples.  C'est  un 
développement  des  doctrines  d'Aristote,  mais  on  doit  remarquer  combien  le 
commentaire  qu'il  en  donne  est  ]ud\c\eux.L'ouvrage  Contra  iudiciariosastronomos 
est  écrit  pour  détourner  les  rois  de  s'adonner  à  l'astrologie.  Cette  étude  était 
alors  en  grande  vogue,  et  elle  était  spécialement  en  faveur  à  la  cour  de 
Charles  V,  qui,  dit-on,  s'en  occupait  lui-même.  Un  chapitre  spécial  est  consacré 
à  rappeler  les  malheurs  dont  ont  été  frappés  les  rois  qui  s'occupaient  d'astrologie. 
Le  prince,  dit  Oresme,  a  assez  à  faire  de  s'occuper  du  gouvernement  de  l'état. 
Toutefois  il  distingue  entre  l'astrologie  judiciaire  et  la  science  que  nous  appelons 
aujourd'hui  plus  particulièrement  astronomie.  Pour  celle-ci,  il  trouve  bon  qu'on 
la  cultive,  que  le  prince  l'encourage,  et  qu'il  en  acquière  lui-même  des  notions 
par  les  leçons  des  savants,  pourvu  qu'il  ne  perde  pas  son  temps  en  recherches 
personnelles  ;  ce  qu'il  proscrit,  ce  sont  les  horoscopes  tirés  de  l'astrologie. 

M.  Jourdain  fait  ressortir  ce  qu^il  y  a  de  remarquable  dans  ces  attaques  diri- 
gées par  Oresme,  qui  avait  été  l'un  des  maîtres  de  Charles  V,  et  qui  vivait  à  la 
cour,  comblé  de  ses  bienfaits,  contre  un  art  qui  jouissait  alors  d'une  telle  faveur 
auprès  du  roi  lui-même.  Il  en  conclut  que  Charles  V  ne  devait  pas  être  si  adonné 
à  cet  art  qu'on  l'a  rapporté  :  c'était  sans  doute  la  science  astronomique,  plutôt 
que  l'astrologie  judiciaire,  qu'il  aimait  et  cultivait. 

M.  Duruy  donne  une  seconde  lecture  de  son  mémoire  sur  la  distinction  des 
honestiores  et  des  humiliores  dans  l'empire  romain.  Ce  travail  est  destiné  aux 
mémoires  de  l'académie. 

M.  de  Longpérier  lit  une  note  sur  la  statue  dont  la  photographie  a  été  envoyée 
par  M.  de  S^"  Marie.  Cette  statue  est  du  temps  de  Trajan.  Le  visage  est  certai- 
nement celui  d'une  femme  de  la  famille  impériale.  En  comparant  la  coiffure 
de  la  statue  aux  diverses  coiffures  qu'on  sait  avoir  été  à  la  mode  à  la  cour  impé- 
riale en  ce  temps-là,  M.  de  Longpérier  suppose  que  la  personne  représentée  est 
peut-être  Sabina,  femme  d'Hadrien  :  la  statue  aurait  été  faite  au  moment  de  son 
mariage,  en  l'an  loo.  Mais  la  photographie  envoyée  ne  permet  pas  d'en  juger 

suffisamment  :  une  vue  de  profil  aurait  été  utile. 

Julien  Havet. 


Le  propriétaire-gérant  :  F.  VIEWEG. 


Nogent-le-Rotrou,  imprimerie  de  A.  Gouverneur. 


—  Sewin,  Chronologie  des  Lebens  Jesu.  2.  Aufl.  Tùbingen,  Laupp'sche  B. 
In-S",  iij-169  p.  (Lipsius). — Von  Amira,  Erbenfolge  und  Verwandtschafts- 
Gliederung  nach  den  altniederdeutschen  Rechten.  Mùnchen,  Ackermann.  In-8°, 
x-225  p.  (0.  Stobbe).  —  Venetianer,  Der  Allgeist.  Berlin,  Duncker's  Verl. 
In-S",  iv-279  p.  (Fritz  Schulze).  —  Bùnger,  Theopompea.  Argentorati, 
Trùbner.  In-S",  71  p.  (Ed.  Wœlfflin).  —  Bûcher,  Die  Aufstaende  der  un- 
freien  Arbeiter  143-129  v.  Chr.  Frankfurt  a.  M.,  Sauerlaender.  In-S",  132  p. 
(C.  Peter).  —  A.  L.  Ewald,  Die  Eroberung  Preussens  durch  die  Deutschen. 
2.  Buch.  Halle,  Buchh.  d.  Waisenhauses.  In-8°,  ix-357  p.  (G.  Hertzberg). 

—  Dantis  Alligherii  de  monarchia  libri  III,  codicum  mss.  ope  emendati  per  C. 
WiTTE.  Ed.  altéra.  Vindob.,  Brauraûller.  In-8%  lxxxiij-144  p.  (Wegele).  — 
Verhandlungen  ûber  Thomas  von  Absberg.  Hrsg.  v.  Baader.  Tùbingen.  In-8°, 
576  p.  (H.  Ulmann),  —  Fischer,  Geschichte  der  auswsertigen  Politik  und 
Diplomatie  im  Reformationszeitalter  1485-1556.  Gotha,  Perthes.  In-8°,  V-269P, 
(Varrentrapp).  —  Hostmann,  Der  Urnenfriedhof  bei  Darzau.  Braunschweig, 
Vieweg.  In-8",  vj-129  p.  (J.  H.  Mùller).  —  Ewald,  Hebrseische  Sprachlehre 
fur  Anfsenger.  IV.  Ausg.  Gœttingen,  Dieterich'sche  B.  In-8",  iv-235  p.  Vosen, 
Kurze  Anleitung  zum  Erlernen  der  hebrseischen  Sprache.  12.  Aufl.  v.  Kaulen. 
Freiburg  im  Breisgau,  Herder'sche  Verlagsh.  In-8°,  iij-124  P-  (Schrader).  — 
Seeliger,  De  Dionysio  Halicarnassensi  Plutarchi  qui  vulgo  fertur  in  vitis  X  ora- 
torum  auctore  (F.  Blass).  —  Dr^eger,  Historische  Syntax  der  lateinischen 
Sprache.  Bd.  I.  Leipzig,  Teubner.  In-8°,  xxxij-626  p.  (Lùbbert).  —  T.  Lu- 
creti  Cari  de  rerum  natura  libri  sex,  redigirt  und  erkl.  v,  Bockemùller.  I.  IL 
Strade,  Verl.  v.  Steudel  Sen.  In-8",  255  p.  (W.  Hœrschelmann).  —  M  Tullii 
Ciceronis  Orationes  selectae  XVIII  in  usum  schol.  edd.  Eberhard  et  Hirsch- 
FELDER.  Lipsiae,  Teubner.  In-8",  xix-668  p.  (Frey). — DieMurbacher  Hymnen. 
Herausg.  v,  Sievers.  Halle,  Buchh.  des  Waisenhauses.  In-8°,  vj-105  p.  (Stein- 
meyer).  —  Laur,  Zur  Geschichte  der  franzœsischen  Litteratur,  Mannheim, 
Schneider.  In-8°,  iij-119  p.  (G.  Grœber). 

N°  47,  2 1  novembre.  Riehm  ,  Handwœrterbuch  des  biblischen  Alter- 

thums.  Lief.  i.  Bielefeld  und  Leipzig,  Velhagen  und  Klasing.  In-8",  iv-96  p. 
(C.  Siegfried).  —  Des  Magisters  Petrus  de  Ebulo  liber  ad  honorem  Augusti. 
Hrsg,  v,  WiNKELMANN.  Leipzig,  Duncker  u.  Humblot.  In-8°,  x-96  p.  (W. 
Arndt).  — Wecklein,  Der  Areopag,  die  Epheten  und  die  Naukraren;  Lange, 
De  ephetarum  Atheniensium  nomine;  Ders.,  Die  Epheten  und  der  Areopag  vor 
Solon;  Philippi,  Der  Areopag  und  die  Epheten;  Ders.,  Der  Athenische  Volks- 
beschluss  von  409/8;  Ders.,  Das  Amnestiegesetz  des  Solon  und  die  Prytanen 
der  Naukraren  zur  Zeit  des  Kylonischen  Aufstandes  (R.  Schœll).  —  Weber, 
Disputatio  de  M.  Valerii  Messalse  qui  dicitur  libello  de  progenie  Augusti.  Edidit 
Julius  C^ESAR.  Pars  i.  2.  Marburgi,  typis  acad.  Elwerti.  In-4",  xix;  xxiv  p. 
(Emil  ByEHRENs).  —  Von  Friesen  ,  Altengland  und  William  Shakspere.  Wien, 
ÇraumûUer.  In-S",  viij-452  p.  (Richard  Wûlcker).  j 

Anzeiger  fijr  Kunde  der  deutschen  Vorzeit,  1874,  n°  il.  Buntglasierte 
Thonwaaren  des  1 5.-18.  Jahrh.  im  germ.  Muséum.  IX.  (A.  Essenwein).  — 
Summarische  Beschreibung  deren  im  fùrstlichen  Schloss  zu  Marpurg  am  22  De- 
cember  Ao.  1625  angestellten  Déposition  etc.  (Dr.  Baur).  —  Vorbereitungen 
zur  Taufe  des  erstgebornen  Prinzen  Albert's  VII.  (Stifters  des  schwarzb.-rudolst. 
Linie),  Cari  Gùnther  1 576  (B.  Anemùller).  —  Ueber  die  Vernichtung  und 
Verschleppung  der  verschiedenen  Archive  zu  Mainz  vor  der  franzœsischen  Oc- 
cupation und  waehrend  derselben  (Dr.  Nolte).  —  Zur  Geschichte  des  Àugsburger 
Reichstages  vom  Jahr  1 5  30  (Dr.  Wilhelm  Vogt).  —  Berichtigung  (W.  Watten- 
bach).  —  Beilage  zum  n°  11.  Chronik  d.  germ.  Muséums.  — Chronik  der  histo- 
rischen  Vereine.  —  Nachrichten. 


BULLETIN    BIBLIOGRAPHIQUE 
DES  PRINCIPALES   PUBLICATIONS   FRANÇAISES   ET    ÉTRANGÈRES. 


AVIS.  —  On  peut  se  procurer  à  la  librairie  A.  Franck  tous  les  ouvrages 
annoncés  dans  ce  bulletin ,  ainsi  que  ceux  qui  font  l'objet  d'articles  dans  la 
Revue  critique.  Elle  se  charge  en  outre  de  fournir  très-promptement  et  sans 
frais  tous  les  ouvrages  qui  lui  seront  demandés  et  qu'elle  ne  posséderait  pas  en 
magasin. 

Beaumont  Vassy  (De),  Histoire  intime 
du  second  empire.  In- 18  jésus,  421  p. 
Paris  (Sartorius).  j  fr.  50 

Chapman  (G.).  Works  of:  Plays.  Edited 
with  Notes,  by  R.  H.  Shepherd.  In-8', 
550  p.  cart.   London  (Chatto  et  W.). 

7  fr-  50 

Clément  (P.).  Histoire  de  Colbert  et  de 
son  administration.  Précédée  d'une  pré- 
face par  M.  A.  Geffroy.  2  vol.  in-8*, 
XX-1080  p.  Paris  (Didier  et  C*).     16  fr. 

Colonna  Geccaldi  (G.).  Nouvelles  ins- 
criptions grecques  de  Chypre.  In-8*, 
19  p.  et  pî.  Paris  (Franck). 

Confucius.  Essai  historique  par  un  mis- 
sionnaire. In- 16,  128  p.  Rome  (imp. 
Polyglotte). 

Con-way  (M.  D.).  TheSacred  Anthology  : 
a  Book  of  Ethnical  Scriptures.  2d  Edit. 
In-S",  480  p.  cart.  London  (Trùbner). 

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Dauphin  (H.).  Quelques  fragments  d'une 

traduction  en  vers  du  second  chant  de 

l'Enéide.    In-8%    20    p.    Amiens    (imp. 

Yvert). 
Delaporte  (H.).  Vie  de  Mahomet,  d'après 

le  Coran  et  les  historiens  arabes^  ^-8°, 

272  p.  Paris  (Leroux).  10  fr. 

Die2(F.).  Grammaire  des  langues  romanes. 

y  éd.,  refondue  et  augmentée.  T.   2. 

Traduit  par  A.  Morel-Fatio  et  G.  Paris. 

In-8*,  460  p.  Paris  (Franck).         12  fr. 
Dodsley's  Select  Collection  of  Old  Eng- 

iish  Plays.  4th  Edit.,  by  W.  C.  Hazlitt. 

Vol.  V.  In-8*,  410  p.    cart.    London 

(Reeves  et  T.).  15  fr.  15 

Elzas(El.).  The  Minor  Prophets.  Trans- 

lated  from  the  Hebrew  Text.  Vol.   2. 

In-8*  cart.  London  (Trûbner).     3  fr.  7J 
Fragment  of  a  Samaritan  Targum.  With 

Introduction  by  J.  W.  Nutt.  In-8°  cart. 

London  (Trùbner).  18  fr.  75 

Furness  (H.  H.).  Concordance  toShaks- 

peare's  Poems.  Gr.  in-8''  cart.  London 

(Trùbner).  22  fr.  50 


Lebas  (H.)  et  V^addington  (W.  H.). 
Voyage  en  Grèce  et  en  Asie-Mineure  fait 
par  ordre  du  gouvernement  français  pen- 
dant les  années  1843  et  1844  et  publié 
sous  les  auspices  du  ministère  de  l'instruc- 
tion publique,  avec  la  coopération  d'E. 
Landon,  architecte.  Gravure  de  Lemaître. 
81*  et  82e  livraisons.  Inscriptions.  T.  2. 
Gr.  in-4°  à  2  col.  481-512  p.  et  6  pi. 
Paris  (Didot  frères  fils  et  C*). 

Philippi  (A.).  Der  Areopag  u.  die  Ephe- 
ten.  Eine  Untersuchg.  zur  athenischen 
Verfassungsgeschichte.  In-8*,  xx-367  s. 
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Reynolds  (J.).  Catalogue  Raisonné  of  the 
Engraved  Works  of  Sir  J.  Reynolds. 
With  Short  Biographical  Sketches  of 
each  Engraver.  Gr.  in-8*  cart.  London 
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Sievers  (E.).  Paradigmen  zur  deutschen 
Grammalik.  Gotisch,  Altnordisch,  Angel- 
saechsich,  Altsaechsisch,  Althochdeutsch, 
Mittelhochdeutsch.  Zum  Gebrauch  bei 
Vorlesgn.  zusammengestellt.  In-4'',  5  s. 
mit  30  Taf.  Halle  (Buchh.  d.  Waisenh.). 

4fr. 

Spencer  (H.).  Descriptive  Sociology. 
N*  3.  Div.  I.  In-fol.  London  (Williams 
et  N.).  22  fr.  $0 

Veniero  (S.).  Relazione  :  ritornato  da 
potestà  di  Verona.  MDLXVIII.  In-4*, 
28  p.  Venezia  (Antonelli). 

Vielge"wandt's  Sprucheu.  Groa's  Zau- 
bersang  (Fiœlvinnsmal-Grongelder).  Zwei 
Norraenische  Gedichte  der  Saemunds-Edda 
kritisch  dargestellt,  ùbersetzt  u.  erkiaert 
v.  F.  W.  Bergmann.  In-8*,  186  s. 
Strassburg  (Trùbner).  6  fr. 

"Walcott  (M.  E.  C).  Scoti  Monasticon; 
the  Ancient  Church  of  Scotland  :  a  His- 
tory  of  the  Cathedrals  etc.  of  Scotland. 
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"Wasserschleben  (H.).  Die  irische  Ka- 
nonensammlung.  In- 8°,  xij-274  s.  Gies- 
sen  (Ricker).  8  fr. 


Nogent-le-Rotrou,  Imprimerie  de  A.  Gouverneur. 


X*  2  Neuvième  année.  9  Janvier  1875 


REVUE  CRITIQUE 

D'HISTOIRE   ET  DE  LITTÉRATURE 

RECUEIL  HEBDOMADAIRE  PUBLIÉ  SOUS  LA  DIRECTION 

DE  MM.  C.  DE  LA  BERGE,  M.  BRÉAL,  G.  MONOD,  G.  PARIS. 


Secrétaire  de  la  Rédaction  :  M.  Stanislas  Guyard. 


Prix    d'abonnement  : 

Un  an,  Paris,  20  fr.  —  Départements,  22  fr.  —  Étranger,  le  port  en  sus 

suivant  le  pays. 


PARIS 

LIBRAIRIE    A.    FRANCK 

F.    VIEWEG,    PROPRIÉTAIRE 
67,  RUE  RICHELIEU,  67 


Adresser  toutes  les  communications  à  M.  Stanislas  Guyard,  Secrétaire  de  la 
Rédaction  (au  bureau  de  la  Revue  :  67,  rue  Richelieu). 

MM.  les  Souscripteurs  qui  ne  veulent  pas  éprouver  de  retard  dans 
la  réception  de  la  Revue  sont  priés  de  renouveler  de  suite  leur 
abonnement.  Pour  les  départements,  envoyer  un  mandat  de  poste 
au  nom  de  M.  F.  Vieweg. 


ANNONCES 


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En  vente  à  la  librairie  A.  Franck,  F.  Vieweg  propriétaire, 

67,  rue  de  Richelieu.  .    ;    "\ 

BIBLIOTHÈQUE  DE  l'ÉCOLE  DES  HAUTES  ÉTUDES 

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langue  française  comparée  aux  autres  langues  romanes  et  au  latin.  12  fr. 


CC^  Tj  A  O  A  TVT  tr  A  T  T    ^''^S^^^ts  d'un  mystère  proven- 
•     V-<  il  A.  t)/\  IN   EL  A.LJ     cal     découverts    à     Périgueux , 
;publiés,  traduits  et  annotés.  Gr.  in-8°.  i  fr.  50 


PERIODIQUES. 

Revue  de  Tlnstruction  publique  (supérieure  et  moyenne)  en  Belgique. 
Nouv.  série.  T.  XVIL  6^  livr.  Un  mot  sur  la  question  des  humanités.  —  Un 
axiome  de  M.  Jules  Simon.  —  De  quelques  parisianismes  populaires  et  d'autres 
locutions  non  encore  ou  mal  expliquées  (Ch.  Nisard;  ^^  suite).  —  Comptes- 
rendus.  —  Actes  officiels.  —  Varia. 

The  Academy,  N"  i  ^7,  new  séries.  The  Greville  Memoirs.  A  Journal  of  the 
Reigns  of  King  George  IV.  and  King  William  IV.  By  the  late  Charles  C.  F. 
Greville.  Ed.  by  H.  Reeve.  London,  Longmans  and  Co.  (T.  E.  Kebbel  :  ces 
mémoires  offrent  un  intérêt  soutenu). — Gregorovius,  Lucrezia  Borgia.  2,  Bde. 
Stuttgart,  Cotta  (M.  Creighton  :  appréciation  très-favorable).  —  Notes  and 
News  (on  annonce  pour  paraître  prochainement  deux  manuels,  Pun  sur  la  science 
du  langage,  l'autre  sur  la  mythologie,  d'après  Max  MùUer;  une  histoire  de  la 
famine  en  Asie-Mineure;  M.  Thibaut  vient  d'être  nommé  professeur  de  sanskrit 
à  Bénarès).  —  Notes  of  Travel.  —  Boston  Letter  (T.  S.  Perry).  —  Corres- 
pondence.  Shelley  and  Peter  Finnerty  (W.  M.  Rossetti).  —  An  Allusion  in 
«  Hamlet  »  (Richard  Simpson).  —  Menant,  Annales  des  Rois  d'Assyrie.  Paris, 
Maisonneuve  (A.  H.  Sayce  :  recommande  chaudement  cet  ouvrage).  —  Univer- 
sities  Commission  Report.  Vols.  II  and  III  (James  S.  Cotton). —  The  Washington 
Academy  of  Science  (James  C.  Welling).  —  Notes  and  News  (analyse  du 
mémoire  de  M.  Halévy  sur  les  prétendus  touraniens  de  la  Babylonie). —  Meetings 
of  Societies  (Soc.  de  philologie,  d'anthropologie,  de  géographie). 

The  Athenseum,  N"  2460,  19  décembre.  Tomlinson,  The  Sonnet  :  its  Ori- 
gin,  etc.  Murray.  —  Blanc,  L'art  dans  la  parure.  Paris,  Renouard.  —  The  last 
Journals  of  Livingstone.  Ed.  by  Waller.  2  vols.  Murray  (2*  article).  —  Spéci- 
mens of  the  Languages  of  India,  including  those  of  the  Aboriginal  Tribes  of 
Bengal,  the  Central  Provinces,  and  the  Eastern  Frontier.  With  a  Préface  by  sir 
G.  Campbell.  Calcutta,  Bengal  Secrétariat  Press  (l'article  dit  que  cet  ouvrage 
est  «  un  tissu  de  bévues  »).  —  The  Diary  of  H.  M.  The  Shah  of  Persia.  Transi, 
by  Redhouse.  Murray.  (article  développé),  —  Professor  von  Tischendorf  (notice 
nécrol.).  —  Bishops  and  Curâtes  in  the  Sixteenth  Century.  —  Literary  Gossip 
(on  annonce  que  M.  Fausbœll  travaille  à  une  édition,  qui  sera  complète  en  cinq 
volumes,  des  Jâtakas  bouddhiques;  la  traduction  sera  faite  par  M.  Childers).  — 
African  exploration  (exploration  des  bords  occidentaux  du  lac  Tanganyika  par 
le  lieut.  Cameron).  —  Societies  (Soc.  royale,  des  arts,  d'anthropologie).  —  La- 
croix (Bibliophile  Jacob),  Military  and  Religious  Life  in  the  Middle  Ages  and  at 
the  Period  of  the  Renaissance.  Chapman  and  Hall  (art.  très-favorable).  — 
Miscellanea.  Jéricho  (Edward  Peacock).  —  Glamour  (Alexander  J.  Ellis).  — 
Gower's  Epitaph  (J.  W.  Hales). 

Literarisches  Centralblatt,  N' 52,  26  décembre.  An  Unsere  Léser.  -- 
Verzeichniss  der  Mitarbeiter  aus  den  Jahren  1850  bis  1874.  —  Ratzel,  Die 
VorgeschichtedeseuropaeischenMenschen.  Mùnchen,  Oldenbourg.  In-8*',  300  p. 
(ouvrage  très-recommandable  :  forme  le  1 1*  vol.  de  la  bibliothèque  populaire 
des  sciences  naturelles).  —  Dimitz,  Geschichte  Krains.  i.  Th.  Von  der  Urzeit 
bis  zum  Tode  Kaiser  Friedrich's  III  (i49?)-  i-  "•  2.  Lief.  Laibach,  Kleinmayr 
u.  Baraberg.  In-S",  p.  1-198  (ouvrage  devant  être  pris  en  considération,  bien 
qu'il  ne  soit  pas  très-scientifique).  —  Zwiedineck-Sùdenhorst,  Fùrst  Christian 
der  Andere  von  Anhalt.  Graz,  Leuschner  u.  Lubensky.  In-S",  84  p.  —  K^emmel, 
Johannes  Hass.  Dresden,  Burdach.  In-8°,  246  p.  (bonne  contribution  à  l'histoire 
de  la  Réforme).  —  Delbrûck,  Vedische  Chrestomathie  (note  favorable;  on 
regrette  seulement  l'absence  d'une  esquisse  de  grammaire).  —  Hehn,  Kultur- 
pflanzen  und  Hausthiere.  2.  umgearb.  Aufl.  Berlin,  Borntraeger.  In-8%  xij-jjj 


REVUE  CRITIQ^UE 

D'HISTOIRE    ET    DE    LITTÉRATURE 

N*  3  —  9  Janvier  —  1875 

Sommaire  :  6.  Delbruck,  Chrestomathie  védique.  —  7.  La  Bible,  tr.  p.  Reuss.  — 
8.  Lampros,  Des  honneurs  qu'on  rendait  aux  fondateurs  des  cités  grecques.  —  9. 
De  Vilhena,  Les  races  historiques  de  la  péninsule  ibérique.  —  10.  Rœhricht, 
Contribution  à  l'histoire  des  Croisades,  t.  l.  —  Sociétés  savantes  :  Académie  des 
inscriptions. 


6.   —  Vedische  Chrestomathie  mit  Anmerkungen  und  Glossar  von   B. 

Delbruck.  Halle,  Buchhandlung  des  Waisenhauses.  1874.   i  vol.  in-S",  128  p.  — 
Prix  :  4  fr. 

La  publication  de  la  Chrestomathie  védique  de  M.  D.  répond  à  un  véritable 
besoin  de  l'enseignement.  Nous  savons  par  expérience  combien  il  était  difficile 
jusqu'à  présent  d'introduire  dans  un  cours  élémentaire  l'explication  du  Rig-Veda. 
Après  avoir  traduit  les  quelques  hymnes  que  renferme  la  Chrestomathie  de 
M.  Benfey,  il  fallait  avoir  immédiatement  recours  à  l'édition  complète  de 
M.  Aufrecht  (ou  à  celle  qu'a  récemment  publiée  M.  Max  Mûller)  et  au  diction- 
naire de  Pétersbourg,  c'est-à-dire  à  deux  ouvrages  qui  ne  pouvaient  guère  être, 
le  second  surtout,  à  la  disposition  de  tous  les  étudiants.  Grâce  au  secours  qui 
nous  vient  si  à  propos  de  M.  D.,  ils  trouveront  dans  un  livre  d'un  usage  com- 
mode et  d'un  prix  peu  élevé  la  matière  d'exercices  qui  pourront  les  mettre  en 
état,  non  pas  sans  doute  de  comprendre  le  texte  entier  du  Rig-Veda,  mais  au 
moins  d'en  aborder  l'étude  pour  leur  propre  compte.  La  nouvelle  Chrestomathie 
fournira  en  un  mot,  avec  la  partie  védique  de  la  Chrestomathie  de  M.  Benfey 
dont  elle  ne  reproduit  qu'un  seul  morceau  (l'hymne  I,  48),  un  texte  suffisant 
aux  premières  leçons  du  maître. 

Dans  le  choix  des  morceaux,  l'auteur  paraît  s'être  proposé  surtout  de  faire 
connaître  aux  élèves  les  principales  divinités  du  Rig-Veda,  et  de  les  leur  faire 
connaître  dans  des  hymnes  offrant  quelque  intérêt  littéraire.  Il  a  cependant  omis 
les  Maruts  qui  ne  figurent  qu'accidentellement  dans  son  recueil,  particulièrement 
dans  un  hymne  à  Rudra  (11,33).  Peut-être  aurait-on  pu  souhaiter  en  général 
l'introduction  d'un  plus  grand  nombre  d'hymnes  tout  à  fait  faciles  dans  un  livre 
naturellement  destiné  à  des  commençants. 

Le  texte  est  très-correct.  Nous  n'avons  relevé  dans  un  examen  à  la  vérité 
fort  superficiel  qu'un  nombre  insignifiant  de  fautes  :  une  apostrophe  indûment 
placée  dewanl  jahur  (II,  24,  7),  'catru  pour  'çatru  (V,  2,  12),  sânkâh  pour 
sdnkâh  (VI,  75,  5).  Le  seul  défaut  du  texte  que  nous  donne  M.  D.,  mais  il  est 
grave  à  nos  yeux,  c'est  d'être  transcrit  en  caractères  romains.  Autant  nous 
approuvons  pour  les  publications  qui  s'adressent  aux  savants  l'usage  de  la 
transcription  qui  diminue  les  frais  d'impression,  et,  ce  qui  n'est  pas  à  dédaigner 
non  plus,  la  fatigue  de  la  vue,  autant  nous  jugeons  indispensable  de  maintenir 

XV  2 


l8  REVUE    CRITIQUE 

l'emploi  des  caractères  indiens  dans  les  livres  destinés  aux  étudiants,  La  lecture 
courante  de  l'écriture  Devanâgarî  est  trop  difficile  à  apprendre  et  à  retenir  pour 
qu'il  soit  prudent  de  les  en  dispenser  trop  tôt.  Il  peut  moins  encore  venir  à  la 
pensée  d'un  maître  ayant  quelque  pratique  de  l'enseignement  de  les  en  dispenser 
dès  l'abord,  et  de  différer,  sous  le  prétexte  de  ne  pas  rebuter  des  commençants, 
une  étude  qui  est  naturellement  liée  à  celle  de  la  première  partie  de  la  gram- 
maire, c'est-à-dire  de  PEuphonie.  M.  D.  est  probablement  du  même  avis  que 
nous  là-dessus,  et  peut-être  a-t-il  dû  reculer  devant  des  difficultés  d'impression. 
L'usage  des  caractères  romains  dans  sa  Chrestomathie  n'en  est  pas  moins 
regrettable. 

L'absence  du  Pada-pâtha,  même  sous  la  forme  abrégée  donnée  dans  l'édition 
de  M.  Aufrecht,  se  justifie  mieux.  Quoique  l'euphonie  des  hymnes  védiques,  un 
peu  plus  arbitraire  que  celle  des  livres  écrits  en  sanscrit  classique^  offre  des 
difficultés  qui  ne  peuvent  pas  toujours  être  tranchées  par  la  connaissance  des 
règles,  il  n'est  pas  mauvais  d'imposer  à  l'élève  un  effort  de  plus. 

Nous  ne  pourrons  naturellement  bien  juger  qu'^  l'user  la  valeur  du  glossaire 
adjoint  à  la  Chrestomathie.  M.  D.  lui  a  d'ailleurs  donné  pour  base,  comme  il 
l'annonce  dans  sa  préface,  le  dictionnaire  de  Pétersbourg,  et  la  partie  actuelle- 
ment publiée  du  lexique  de  M.  Grassmann.  Nous  y  avons  remarqué  l'absence 
du  mot  vâhishtha  (V,  2$,  7). 

Les  notes,  placées  au  bas  des  pages,  dans  lesquelles  l'auteur  cite  à  l'occasion 
les  traductions  déjà  données  des  hymnes,  communique  les  faits  et  les  idées 
nécessaires  à  leur  intelligence,  et  enfin  cherche  à  résoudre  les  difficuhés  sérieuses 
qu'ils  peuvent  présenter,  donnent  naturellement,  au  moins  celles  du  dernier 
ordre,  plus  de  prise  à  la  critique.  Nous  serons  pourtant  très-sobre  d'observa- 
tions sur  ce  sujet,  parce  que  le  travail  de  M.  D.,  exécuté  avec  une  parfaite 
compétence,  et  un  soin  scrupuleux,  ne  nous  laisse  guère  à  relever  d'erreurs 
évidentes,  et  que  la  discussion  de  tous  les  points  qui  peuvent  donner  matière  à 
controverse  nous  entraînerait  beaucoup  trop  loin. 

Il  lui  a  échappé  pourtant  en  proposant  pour  le  vers  II,  23,  16  la  réunion  des 
deux  mots  abhl  drnhâs  d'écrire  abhidruhàh  sans  songer  que  l'accent  ne  tomberait 
pas  alors  sur  la  désinence  (cf.  abhldràhe,  II,  27,  16).  Les  corrections  qu'il 
propose  pour  plusieurs  autres  passages  du  texte  sont  nécessairement  hypothé- 
tiques, mais  de  plus,  la  nécessité  ou  même  l'utilité  n'en  est  pas  toujours  bien 
démontrée.  En  pareil  cas,  la  hardiesse  du  critique  ne  vient  quelquefois  que  d'une 
timidité  excessive  du  grammairien  ou  du  traducteur.  Ainsi  il  propose  de  substi- 
tuer dans  le  vers  i ,  48,  14  ydt  (conjonction)  à  yé,  et  dans  le  vers  V,  i ,  9  eîi  à 
eshi,  faute  d'avoir  voulu  reconnaître  dans  ces  deux  passages  une  construction 
hardie  du  pronom  relatif  sans  antécédent  exprimé,  ni  facile  à  sous-entendre  dans 
la  proposition  principale,  construction  dont  il  a  cependant  signalé  lui-même  dans 
un  autre  ouvrage  {Der  Gebrauch  des  Conjuncîivs  und  Optativs,  p.  49)  un  exemple 
emprunté  au  sanscrit  classique.  Le  relatif  nous  semble  avoir  dans  une  construc- 
tion de  ce  genre  un  sens  indéfini  analogue  à  celui  du  latin  quicumque  :  «  Quelques 
»  Rishis  anciens  qui  t'aient  invoquée  (mais  dans  le  sens  de  comme,  et  non  de 


d'histoire  et  de  littérature.  19 

))  quoique),  agrée  nos  louanges,  etc.  «  et  «  A  quelque  homme  que  tu  sois 
»  apparu  dans  toute  ta  beauté,  aussitôt  ô  Agni  tu  surpasses  les  autres  (feux  pour 
))  cet  homme  »  cf.  1,59,  i)'.  Ailleurs  c'est  le  traducteur  qui  nous  semble  avoir 
été  trop  timide.  Ainsi  dans  le  vers  IV,  56,  2  M.  D.  ne  propose  sans  doute  de 
réunir  en  un  seul  les  deux  mots  pdri  dhydyâ  qu'à  cause  de  l'étrangeté  apparente 
du  sens  :  «  ils  ont  fait  un  char  de  (en  le  tirant  de)  leur  esprit  »  (mânasas  pàri). 
Nous  croyons  cependant  cette  traduction  très-admissible,  parce  que  le  char  fait 
par  les  Ribhus,  conçus  comme  d'anciens  sacrificateurs,  nous  semble  être  la 
prière  avec  laquelle  ils  amènent  les  dieux  sur  l'autel. 

M.  D.  nous  paraît  avoir  abusé  de  l'interprétation  pittoresque  à  propos  du 
vers  V^  2,  4  où  il  propose  pour  pâlikmr  id  yuvaîdyo   bhavanti  la  traduction  : 
<(  Les  jeunes  deviennent  vieilles  »  ce  qui  signifierait  selon  lui  que  les  deux 
morceaux  de  bois  avec  lesquels  on  allume  Agni  deviennent  gris  de  fumée.  Mais 
le  pluriel  semble  bien  indiquer  que  les  mères  d'Agni  dont  il  s'agit  ici  sont,  non 
les  deux  morceaux  de  bois  qui  servent  à  l'allumer  sur  l'autel,  mais  les  eaux  au 
sein  desquelles  il  naît  dans  l'atmosphère,  et  nous  traduirions  plutôt  le  passage 
en  question  :  «  Les  vieilles  deviennent  jeunes.  »  Agni  rajeunit  ici  ses  mères 
comme  ailleurs  il  les  engendre.  —  L'idée  que  la  prière  à  Varuna  qui  forme 
l'hymne  VII,  89  est  adressée  à  ce  dieu  par  un  hydropique  peut  sembler  ingé- 
nieuse. Mais  il  paraît  pourtant  bien  naturel  de  laisser  un  sens  moral  à  ce  vers  : 
«  La  soif  lia  cupidité)  s'est  emparée  de  ton  chantre  alors  qu'il  était  au  milieu 
»  des  eaux,  »  placé  entre  deux  autres  où  le  dévot  confesse  ses  péchés.  Quant  à 
la  comparaison  :  «  Je  vais  bondissant  (plutôt  que  tremblant),  en  quelque  sorte, 
»  comme  une  outre  enflée,  »  toute  bizarre  qu'elle  est,  ne  peut-elle  convenir  à 
la  marche  désordonnée  du  pécheur  qui  a  quitté  le  droit  chemin  .>*  —  Le  vers  X, 
14,  16  dont  M.  D.  trouve  la  première  moitié  obscure  nous  paraît  signifier  : 
«  Il  vole  (va)  par  les  trois  coupes  (les  trois  mondes)  :  les  six  terres  (ou  plutôt 
»  les  six  mondes,  trois  ciels  et  trois  terres)  et  le  grand  unique  (le  septième 
»  monde),  la  trshtubh,  la  gâyaîfi,  les  mètres,  toutes  choses  sont  comprises  en 
»  Yama.  »  Sur  les  six  mondes  et  le  septième  monde  qui  est  le  monde   du 
mystère,  «  la  place  cachée  de  la  vache  ou  de  l'oiseau,  »  on  peut  comparer  les 
vers  I,  164,  6  et  VIII,  41,  9.  —  M,  D.,  d'après  le  sens  qu'il  donne  à  la  racine 
sphnr  dans  son  glossaire  pour  le  vers  9  de  l'hymne  sur  les  dés  (X,  34),  en  com- 
prend le  premier  pâda,  comme  l'a  traduit  M.  Muir,  c'est-à-dire  à  peu  près 
ainsi  :  «  Ils  roulent  en  bas  et  bondissent  en  haut.  »  Or  le  reste  du  vers  ne  con- 
tient que  des  jeux  d'esprit  sous  forme  de  paradoxes  :  «  Étant  sans  mains  ils 
»  triomphent  de  celui  qui  a  des  mains;   charbons  divins  jetés  dans  la  fosse 
»  (où  l'on  fait  rouler  les  dés,  le  mot  signifie  aussi  source),  quoique  froids  ils 
»  brûlent  le  cœur.  »  Il  nous  semble  naturel  de  chercher  un  paradoxe  du  même 
genre  dans  le  premier  pâda,  et  l'on  voit  par  ceux  que  nous  venons  de  traduire 
qu'il  n'est  pas  indispensable  d'en  trouver  un  d'un  goût  bien  délicat.  La  racine 
sphuT  «  bondir  »  paraît  signifier  activement  «  bondir  sur,  écraser  «  dans  un 
passage  où  il  est  question  de  la  victoire  d'Indra  sur  les  démons  (II,  12,  12)  et 
surtout  dans  un  autre  où  elle  est  accompagnée  de  l'instrumental  padà  «  avec  le 


20  REVUE   CRITIQUE 

»  pied  »  (I,  84,  8).  Nous  croyons  donc  que  le  passage  en  question  signifie  : 
«  ils  roulent  en  bas  (dans  la  fosse),  ils  écrasent  en  haut  (le  joueur),  n 

Là  ne  se  bornent  pas  les  discussions  que  nous  pourrions  entamer  à  propos 
soit  des  notes  de  M.  D.,  soit  de  son  glossaire.  Mais  il  ne  nous  est  naturellement 
pas  permis  de  prendre  occasion  d'une  Chrestomathie  pour  soulever  toutes  les 
questions  auxquelles  peut  donner  lieu  l'interprétation  des  morceaux  qu'elle  ren- 
ferme, et  il  ne  nous  reste  qu'à  renouveler  nos  remerciements  à  l'auteur  pour  le 
livre  dont  il  vient  d'enrichir  notre  bibliothèque  scolaire. 

Abel  Bergaigne. 


7.  —  La  Bible;  traduction  nouvelle  avec  introductions  et  commentaires,  par  Edouard 
Reuss,  professeur  à  l'Université  de  Strasbourg.  —  Préface  et  introduction  générale. 
—  Paris,  Sandoz  et  Fischbacher.  1874.  In-8*,  64  p.  —  Prix  :  1  fr.  25  ^. 

C'est  avec  une  vraie  satisfaction  que  nous  annonçons  aujourd'hui  le  premier 
fascicule  d'une  publication  longtemps  attendue  et  vivement  désirée.  Tous  ceux 
qui,  en  France,  se  préoccupent  d'études  bibliques  ou  s'intéressent  aux  résultats 
de  la  critique  historique  appliquée  aux  livres  de  l'Ancien  et  du  Nouveau  Testa- 
ment, savaient  que  M.  le  professeur  Reuss,  de  Strasbourg,  avait  consacré  une 
partie  de  sa  vie  si  laborieuse  à  une  traduction  française  de  la  Bible;  ils  savaient 
aussi  que  cette  traduction  devait  être  accompagnée  d'introductions,  de  commen- 
taires, de  notes,  en  un  mot  de  tout  ce  qui  peut  contribuer  à  faciliter  l'intelli- 
gence des  livres  sacrés  du  peuple  hébreu  et  de  la  littérature  primitive  du 
christianisme.  Le  nom  de  l'auteur  disait  assez  comment  la  tâche  serait  conçue  et 
exécutée.  Le  savant  professeur  qui  avait  écrit  l'Histoire  de  la  théologie  chrétienne 
au  siècle  apostolique  2  et  l'Histoire  du  canon  des  Ecritures  saintes  dans  l'Eglise  chré- 
tienne 5,  ne  pouvait  produire  qu'une  œuvre  sévèrement  scientifique,  exclusive  de 
toutes  préoccupations  ecclésiastiques  ou  dogmatiques. 

Un  travail  de  ce  genre  était  devenu,  pour  notre  public  lettré,  d'une  néces- 
sité absolue.  Non  pas  que  les  traductions  de  la  Bible  en  langue  française  fassent 
défaut;  nous  en  avons  beaucoup,  quelques-unes  même  dignes  d'éloges  :  par 
exemple,  les  versions  de  l'Ancien  Testament  dont  nous  sommes  redevables 
à  Perret-Gentil  et  à  M.  le  professeur  Segond4,  de  Genève,  peuvent  supporter 
la  comparaison  avec  tous  les  travaux  analogues  publiés  à  l'étranger.  Mais 
ces  traductions  ne  présentent  qu'un  texte  nu,  sans  notes  ni  commentaires.  Ce 
qui  nous  manque,  ce  qui  constitue  la  lacune  que  va  combler  la  publication  de 
M.  Reuss,  c'est  un  exposé,  joint  à  la  traduction  de  chaque  livre,  des  grands 
résultats  obtenus  depuis  trois  quarts  de  siècle  par  la  critique  et  l'exégèse 
biblique.  A  quelle  époque  fut  écrite  telle  partie  de  la  Bible  ?  Par  quel  auteur .? 

1.  Le  prix  de  l'ouvrage  complet  ne  dépassera  guère  la  somme  de  100  francs  pour  les 
souscripteurs. 

2.  3*  édition.  Strasbourg,  1864,  2  vol.  in-S». 

3.  2'  édition.  Strasbourg,  1864,  1  vol.  in-8°. 

4.  Genève,  1873.  2  vol.  in-8*. 


d'histoire    et   de   littérature.  21 

Quelle  en  est  la  valeur  historique  ?  Dans  quel  rapport  se  trouve  tel  livre  avec  tel 
autre  ?  Quelle  est  l'interprétation  scientifique  de  tel  ouvrage  controversé  ?  Autant 
de  questions  que  se  pose  à  chaque  instant  le  lecteur  intelligent  et  qu'il  ne  peut 
guère  résoudre  avec  les  seules  ressources  de  notre  littérature.  Dès  aujourd'hui 
nous  sommes  en  mesure  d'affirmer  que  bientôt,  grâce  à  la  Bible  de  M.  Reuss, 
la  patrie  des  Bochart,  des  Cappel  et  des  Richard  Simon,  fondateurs  de  la 
science  biblique,  sera  en  possession  d'un  véritable  Bibelwerk  et  n'aura  plus  rien 
à  envier  sous  ce  rapport  aux  autres  pays. 

Nous  n'avons  encore  sous  les  yeux  que  le  premier  fascicule  de  ce  grand 
ouvrage  qui  se  composera  de  I2à  1 5  volumes  in-8°.  L'auteur  y  expose  à  grands 
traits  l'histoire  du  recueil  sacré  et  la  manière  dont  il  entend  le  présenter  aux 
lecteurs  français.  Dès  les  premières  pages,  on  se  sent  en  face  d'un  des  maîtres 
de  la  science,  mais  cet  exposé,  ou  plutôt  ce  programme,  est  conçu  en  termes 
généraux  qui  ne  laissent  guère  prise  à  une  critique  de  détail.  Une  véritable 
appréciation  de  la  méthode  suivie  par  l'auteur  ne  sera  possible  que  lorsque 
plusieurs  livres  auront  été  publiés.  Tout  ce  que  nous  avons  à  faire  en  atten- 
dant, c'est  de  signaler  la  classification  nouvelle  à  laquelle  M.  Reuss  a  soumis 
les  livres  bibliques,  classification  beaucoup  plus  rationnelle  que  celle  qui  est 
vulgairement  adoptée.  Les  diverses  parties  de  l'Ancien  et  du  Nouveau  Testa- 
ment seront  rangées  dans  l'ordre  suivant  : 

I.  Ancien  Testament.  I.  Résumé  de  l'histoire  des  Israélites  depuis  la  conquête  de 
la  Palestine  jusqu'à  l'Exil  (Livres  des  Juges,  de  Samuel  et  des  Rois).  —  IL  Les 
Prophètes  (d'après  l'ordre  chronologique).  —  IIL  L'histoire  sainte  et  la  loi  (Pen- 
tateuque  et  Josué).  —  IV.  Chronique  ecclésiastique  de  Jérusalem  (Chroniques, 
Esdras,  Néhémie).  — V.  Poésie  lyrique  (Psaumes,  Lamentations,  Cantique).  — 
Vl.  Poésie  didactique,  philosophique,  morale  (Job,  Proverbes,  Jonas,  Ecclésiaste, 
Tobie,  Ecclésiastique,  Sapience).  —  VII.  Littérature  politique  et  polémique  (Ruth, 
Daniel,  Esther,  Baruch,  Judith). 

II.  Nouveau  Testament.  I.  L'histoire  évangélique  (Synopse  des  trois  premiers 
évangiles).  — II.  L'histoire  apostolique  (Actes  des  Apôtres).  —  III.  Les  épîtres 
pauliniennes.  —  IV.  L'Apocalypse.  —  V.  Les  épîtres  aux  Hébreux,  de  Jacques,  de 
Pierre  et  de  Jude.  —  VL  La  théologie  johannique  (Évangile  et  Épîtres). 

Au  seul  examen  de  ce  plan,  tout  lecteur  un  peu  au  courant  de  l'état  actuel 
des  questions  bibliques  pourra  entrevoir  les  principaux  résultats  critiques  aux- 
quels l'auteur  a  été  conduit  par  ses  études.  Nous  nous  croyons  autorisé  à  ajouter 
que  certaines  conclusions  défendues  par  M.  Reuss  au  sujet  de  l'histoire  du 
peuple  hébreu  seront  nouvelles  pour  ceux-là  mêmes  qui  se  consacrent  spéciale- 
ment à  cette  branche  de  la  science. 

A.  Carrière. 


8.  —  De  conditorum  coloniarum  Greecarum  indole  prsemiisque  et  hono- 

ribus.  Dissertatio  inauguralis  historica  quam  scripsit  Spyridion  P.  Lampros, 

epirota.  Lipsiae.  1873.  In-8*  (en  grec).  —  Prix  :  2  fr. 

Cette  dissertation  ne  mérite  pas  de  retenir  longtemps  la  critique  ;  c'est  un 


22  REVUE   CRITIQUE 

devoir  d'élève.  Le  plan  en  est  clair;  les  faits  connus  y  sont  distribués  avec 
ordre,  mais  elle  ne  contient  ni  un  fait  nouveau,  ni  une  idée  qui  soit  personnelle 
à  l'auteur.  Nulle  part  celui-ci  n'a  essayé  d'indiquer  à  quel  fonds  d'idées  primi- 
tives et  d'antiques  croyances  religieuses  se  rattachaient  les  honneurs  rendus  aux 
fondateurs  des  cités;  nous  le  renvoyons  à  un  excellent  chapitre  de  M.  Fustel  de 
Coulanges,  dans  la  Cité  antique;  c'est  le  cinquième  du  livre  III. 


9.  —  As  Raças  historicas  da  peninsula  iberica  e  a  sua  influencia  no  direito 
portuguez  por  Julio  de  Vilhena.  Coimbra.  1873.  Impr.  da  Universidade.  In-8°,  141p. 

Cet  opuscule  a  principalement  pour  but  de  combattre  la  théorie  de 
M.  Th.  Braga,  qui  attribue  dans  la  formation  de  la  nationalité  portugaise  et 
notamment  dans  le  développement  du  droit  une  part  prépondérante  à  l'élément 
germanique  et  «  mosarabe  »,  Nous  avons  dit  ici  même  tout  ce  qu'il  y  avait  en 
effet  d'exagéré  et  parfois  de  hasardé  dans  le  système  de  l'ingénieux  historien  de 
la  littérature  portugaise.  Malheureusement  M.  de  Vilhena,  qui  signale  sans  ménage- 
ment les  brillants  défauts  de  son  adversaire,  est  loin  d'être  exempt  de  torts  en 
partie  identiques,  en  partie  plus  graves  encore.  Les  deux  écrivains  parlent  trop 
doctoralement,  d'après  des  ouvrages  de  seconde  main,  de  choses  qu'ils  connais- 
sent fort  mal;  chez  l'un  et  chez  l'autre,  l'esprit  de  système  nuit  d'ailleurs  à  la 
juste  appréciation  des  faits. 

Dans  le  ch.  I,  après  avoir  parlé  en  général  de  M.  Braga,  M.  de  V.  le  réfute 
en  ce  qui  touche  son  assertion  la  plus  risquée,  à  savoir  que  les  Romains  auraient 
conquis  et  administré,  mais  non  assimilé  l'Espagne.  Ici  il  a  pleinement  raison, 
mais  les  textes  sur  lesquels  il  s'appuie,  et  qui  sont  cités  sans  méthode,  auraient 
pu  être  très-augmentés  et  rapportés  plus  exactement. 

Le  ch.  II  traite  des  habitants  primitifs  de  l'Espagne;  il  est  excessivement 
faible.  L'auteur  se  figure  être  au  courant  des  travaux  et  des  résultats  de  la  lin- 
guistique moderne,  parce  qu'il  accumule  les  citations  empruntées  à  des  ouvrages 
—  généralement  à  des  ouvrages  de  vulgarisation  ~  de  la  valeur  la  plus  inégale. 
Chaque  page  pourrait  servir  de  texte  à  un  commentaire  rectificatif  aussi  long 
que  fastidieux.  Bornons-nous  à  dire  que  M.  de  V.  rattache  les  Ibères  à  la 
famille  aryenne,  répète,  d'après  je  ne  sais  quel  compilateur  belge,  les  rêve- 
ries qu'on  croyait  à  jamais  oubliées  sur  la  proche  parenté  des  Celtes  et  des 
Mèdes  et  la  séparation  des  Mages  d'avec  les  Druides,  prouve  (p.  40)  la  parenté 
du  latin  avec  l'allemand  par  les  mots  Bischof,  Kopf,  Pfund  et  Pfeffer,  etc. ,  etc. 
Ce  chapitre  serait  simplement  à  rayer  si  l'auteur  n'appuyait  pas  la  suite  de  la 
démonstration  sur  l'origine  aryenne  des  Ibères,  qui  explique,  d'après  lui,  leur 
fusion  prompte  et  facile  avec  les  Romains. 

Le  ch.  III  traite  de  l'influence  des  Allemands  non  pas  sur  la  race  portugaise 
(car  ce  côté  de  la  question  n'est  pas  même  abordé),  mais  sur  le  droit  portugais. 
M.  Braga  a  peut-être  exagéré  cette  influence;  M.  de  V.  la  restreint  au-delà  de 
toutes  limites  raisonnables.  Ainsi  quand  il  veut  prouver  que  les  cojurateurs,  le 


d'histoire  et  de  littérature.  a 5 

combat  judiciaire  et  le  wergeld  ne  sont  pas  des  institutions  d'origine  germani- 
que, il  a  recours  aux  raisonnements  les  plus  vains.  Le  serment  se  retrouvant 
dans  la  législation  romaine,  les  cojurateurs  peuvent  bien,  d'après  lui,  en  provenir; 
mais  ce  qui  fait  des  cojurateurs  une  institution  si  originale,  c'est  qu'ils  jurent 
non  pour  eux,  mais  pour  un  autre,  non  pour  attester  un  fait  qu'ils  connaissent, 
mais  pour  ajouter  à  l'affirmation  d'un  tiers  le  poids  de  leur  autorité  ' .  —  De 
même  le  duel  de  David  et  de  Goliath,  le  combat  des  Horaces  et  des  Curiaces, 
ne  prouvent  aucunement  que  le  combat  judiciaire  ait  existé  ailleurs  que  chez  les 
Germains,  non  plus  que  des  rapprochements  avec  l'Inde  ou  la  Grèce  ne  prouvent 
que  les  épreuves  judiciaires  proviennent  du  droit  romain.  —  L'idée  la  plus 
bizarre  de  M.  de  V.  est  de  voir  dans  le  vi'ergeld,  ce  trait  si  spécial  et  si  caracté- 
ristique des  lois  barbares,  le  produit  de  l'influence  du  christianisme  et  de  l'Église 
sur  la  législation  romaine  !  —  On  voit  combien  cette  argumentation  est  systé- 
matique et  superficielle. 

Le  ch.  IV  est  consacré  à  une  appréciation  du  moyen-âge,  que  l'auteur  ne 
veut  considérer  ni  comme  un  recul,  ni  comme  un  arrêt,  ni  comme  une  crise 
dans  le  «  développement  de  l'humanité  »,  et  qui,  d'après  lui,  n'est  qu'une 
phase  normale  de  l'évolution  continue.  Au  point  de  vue  juridique  notamment, 
l'auteur  montre  que  les  plus  anciennes  ordonnances  des  rois  de  Portugal  sont 
empreintes  de  l'esprit  du  droit  romain  et  en  reproduisent  parfois  littéralement  la 
disposition.  Mais  il  ne  voit  pas  que  le  droit  royal,  appuyé,  en  Portugal  comme 
ailleurs,  sur  la  législation  romaine,  est  en  grande  partie  une  innovation  et  même 
une  réaction  contre  la  période  précédente.  Il  laisse  presque  entièrement  de  côté 
les  chartes  de  commune  (Joraes)  sur  lesquelles  M.  Braga  s'était  surtout  appuyé, 
et  qui  présentent  un  caractère  bien  différent  des  constitutions  faites  par  les  rois. 
Avec  de  bonnes  parties,  ce  chapitre  est  donc  loin  d'être  complet  et  conforme  à 
la  vérité. 

Enfin,  dans  le  ch.  V,  l'auteur  parle  des  Arabes,  et  montre  sans  grande  diffi- 
culté que  leur  domination,  toute-puissante  à  la  surface,  n'a  pas  jeté  de  racines  dans 
le  sol  national,  que  leurs  institutions  juridiques  et  sociales,  par  exemple,  n'ont 
exercé  aucune  influence  sur  celles  des  vaincus.  Il  conclut  que,  malgré  les  inva- 
sions des  Carthaginois,  des  Allemands  et  des  Arabes,  la  race  ibérique,  aryenne 
d'origine  et  complètement  romanisée,  est  restée  romaine  dans  tous  ses  traits 
essentiels. 

Malgré  ses  nombreux  défauts,  cet  ouvrage  contient,  comme  on  le  voit,  une 
part  notable  de  vrai.  L'auteur,  comme  beaucoup  d'autres  aujourd'hui,  aime  à 
s'emplir  la  bouche  des  grands  mots  de  «science  moderne»,  «critique  moderne», 
«philosophie  de  l'histoire»,  «anthropologiescientifique»,  etc.,  et  passe  beaucoup 
trop  de  temps  à  proclamer  solennellement  un  programme  qui  est  ensuite  bien 
maigrement  réalisé.  La  science  et  la  critique  «  modernes  »,  comme  celles  de 

1.  Autre  chose  est  de  savoir  si  M.  Braga,  dont  je  n'ai  pas  le  livre  sous  la  main,  a  eu 
raison  de  retrouver  des  cojurateurs  dans  le  droit  portugais  du  moyen-âge.  Il  est  sou- 
vent arrivé  qu'on  a  confondu  l'institution  des  cojuratorcs  avec  celle  du  jury,  absolument 
différente. 


24  REVUE  CRITIQUE 

tous  les  temps,  reposent  sur  quelques  principes  bien  simples,  qui  ne  prêtent  pas 
aux  belles  phrases,  mais  qui  doivent  toujours  être  présents  à  l'esprit  de  ceux 
qui  prétendent  travailler  dans  le  grand  atelier  scientifique  :  ne  pas  aborder  un 
sujet  sans  avoir  essayé  de  connaître  tout  ce  qui  s'y  rapporte  ;  —  ne  jamais 
avancer  un  fait  sans  s'être  assuré  s'il  est  exact,  dans  quelle  mesure  il  est 
certain  et  sous  quelle  forme  précise  on  le  connaît;  —  ne  jamais  tirer  des  faits 
que  les  conclusions  qui  en  ressortent  naturellement,  etc.  M.  de  Vilhena,  qui  paraît 
avoir  un  esprit  judicieux  et  le  goût  du  travail,  pourra,  en  se  conformant  plus 
strictement  à  ces  règles,  rendre  de  grands  services  à  l'histoire  de  son  pays. 

G.  P. 


10.  —  R.  Rœhricht.  Beitrœge  zur  Geschichte  der  Kreuzzûge.  I  Bd.  In-8*, 

x-346  p.  Berlin,  Weidmann.  1874.  —  Prix  :  10  fr,  75. 


Depuis  les  grands  ouvrages  de  Michaud  et  de  Wilken,  l'Histoire  des  Croisades 
n'a  été  l'objet  de  presque  aucun  travail  important.  L'histoire  de  la  première 
croisade  par  Sybel  est  un  essai  tout  à  fait  isolé;  essai  de  jeunesse  d'ailleurs,  et 
qui  ne  satisfait  pas  les  exigences  actuelles  de  la  science.  Le  peu  d'empressement 
qu'on  a  mis  à  étudier  des  événements  aussi  considérables  s'explique  par  ce  fait 
que  les  orientalistes  sont  d'ordinaire  peu  versés  dans  la  connaissance  des  docu- 
ments historiques  du  moyen-âge  occidental  ;  et  que  les  médiévistes  de  leur  côté 
sont  le  plus  souvent  incapables  de  consulter  directement  les  sources  arabes. 
Celles-ci  d'ailleurs  sont  encore  en  majeure  partie  inédites;  la  collection  française 
des  historiens  orientaux  des  croisades  procède  nécessairement  à  ses  publications 
avec  une  grande  lenteur,  et  son  plan  l'oblige  à  commencer  par  rééditer  des 
œuvres  dont  nous  possédons  déjà  non-seulement  le  texte,  mais  parfois  même  la 
traduction.  Dans  de  telles  conditions,  les  travaux  de  longue  haleine  sur  les  croi- 
sades sont.presque  impossibles.  On  doit  se  contenter  d'élucider  des  points  de 
détail  dans  l'intérêt  des  historiens  de  l'avenir. 

C'est  là  le  but  que  se  propose  M.  R.  Rœhricht  dans  ses  Beiîr£ge  zur  Geschichte 
der  Kreuzziïge,  dont  le  premier  volume  vient  de  paraître.  Il  s'ouvre  par  un  essai 
sur  la  croisade  de  Frédéric  H.  Bien  que  M.  R.  ne  paraisse  pas  connaître  lui- 
même  l'arabe,  il  a  pu,  grâce  au  concours  de  savants  orientaHstes,  contrôler  et 
compléter  les  unes  par  les  autres  les  sources  occidentales  et  les  sources  orien- 
tales. Aussi  nous  donne-t-il  un  récit  beaucoup  plus  complet  que  ceux  que  nous 
possédions  jusqu'ici  sur  les  négociations  de  l'empereur  avec  le  sultan  Al-Kâmil, 
et  nous  fait-il  parfaitement  comprendre  comment  les  querelles  d'Al-Kâmil  avec 
son  frère  Al-Moazzam  et  son  neveu  Al-Nazir  l'ont  amené  à  consentir  à  la  cession 
de  Jérusalem.  La  qualité  qui  distingue  le  travail  de  M.  A.  est  une  précision 
rigoureuse.  Il  n'avance  pas  une  assertion  qui  ne  soit  appuyée  par  un  renvoi  aux 
sources  et  souvent  même  expliquée  par  des  notes  assez  développées  et  toujours 
très-instructives.  Rapide,  net,  lumineux,  son  récit  est  néanmoins  complet  jusqu'à 
la  minutie. 


d'histoire  et  de  littérature.  2) 

Au  premier  abord  M.  R.  semble  s'être  borné  au  rôle  de  narrateur  et  s'être 
abstenu  de  toute  appréciation  et  de  toute  idée  générale.  Mais  on  découvre  bientôt 
sous  cette  apparente  objectivité  une  thèse  soutenue  avec  habileté  et  avec  passion. 
M.  R.  est  convaincu  que  Frédéric  II  n'a  différé  son  départ  pour  la  Terre-Sainte 
de  121 5  à  1228  que  pour  les  motifs  les  plus  légitimes,  que  la  conduite  de  Gré- 
goire IX  envers  lui  a  été  un  tissu  de  mensonges  et  d'iniquités,  et  que  l'empereur 
avait  mérité  par  son  expédition  et  son  traité  avec  Al-Kâmil  la  reconnaissance  et 
l'admiration  de  la  chrétienté.  Si  l'on  devait  juger  les  événements  historiques 
d'après  nos  idées  contemporaines,  l'opinion  de  M.  R,  serait  parfaitement  justifiée. 
Frédéric  II  avait  de  très-bonnes  raisons  pour  ne  pas  s'en  aller  en  Terre-Sainte 
et  ne  pas  sacrifier  pour  une  expédition  probablement  inutile  la  tranquillité  de  ses 
Etats  et  sa  propre  santé;  il  a  montré  une  intelligence  supérieure  en  ne  cherchant 
pas  à  rien  arracher  aux  infidèles  par  les  armes,  mais  en  profitant  de  leurs  dissen- 
sions intestines  pour  obtenir  par  la  voie  sûre  de  la  diplomatie  ce  que  la  violence 
n'aurait  peut-être  pas  réussi  à  conquérir.  Enfin  Grégoire  IX  a  lancé  contre  Fré- 
déric des  accusations  certainement  calomnieuses  et  peut-être  consciemment 
mensongères.  Mais  tout  cela  ne  suffit  pas  à  légitimiter  le  jugement  de  M.  R.  — 
Au  point  de  vue  moral  du  xiii®  siècle,  Frédéric  II  était  coupable,  et  c'était  le 
pape  qui  représentait  la  vérité  et  la  justice.  Le  devoir  de  Frédéric  II  était  de 
sacrifier  et  son  royaume  et  sa  personne  à  l'accomplissement  de  son  vœu  :  c'est 
ainsi  qu'agit  S.  Louis.  Les  négociations  amicales  de  Frédéric  avec  Al-Kâmil 
étaient  des  sacrilèges  aux  yeux  des  vrais  chrétiens,  et  le  traité  par  lequel  l'em- 
pereur laissait  aux  musulmans  non-seulement  la  presque  totalité  de  la  Palestine, 
mais  deux  mosquées  dans  la  ville  sainte,  était  une  trahison  des  intérêts  de  la 
foi  '.  M.  R.  objecte  que  d'autres  traités  ont  été  conclus  avec  les  musulmans  sans 
que  l'Eglise  s'en  soit  indignée.  Sans  doute;  mais  ces  traités  suivaient  des  batailles 
et  n'étaient  que  la  ratification  de  ce  qu'avaient  décidé  les  armes;  tandis  que 
Frédéric  traitait  sans  avoir  combattu.  M.  R.  dit  avec  beaucoup  de  justesse  (p.  11) 
que  l'empereur  n'avait  point  fait  une  croisade,  mais  une  négociation  diplomatique 
appuyée  par  une  démonstration  militaire.  Il  a  donné  en  cela  une  preuve  de  la 
supériorité  de  son  esprit  sur  celui  des  hommes  de  son  temps;  mais  vouloir  que 
les  contemporains  approuvassent  cette  manière  d'agir,  c'est  ne  pas  comprendre 
les  mœurs  et  les  idées  de  l'époque.  C'est  un  malheur  pour  un  chef  d'Etat  d'être 
trop  supérieur  par  l'intelligence  au  temps  dans  lequel  il  vit  ;  il  se  trouve  comme 
dépaysé,,  dépourvu  de  règle  fixe  et  de  but  pratique.  C'est  la  raison  pour  laquelle, 
malgré  ses  hautes  capacités,  Frédéric  II  s'est  montré  durant  tout  son  règne  in- 
décis, faible  et  finalement  impuissant.  S.  Louis^  au  contraire,  quilui  était  intel- 
lectuellement inférieur  et  qui  partageait  tous  les  préjugés  de  ses  contemporains, 
a  eu  un  règne  fécond  et  utile.  Il  était  venu  à  l'heure  propice,  dans  le  milieu 
pour  lequel  il  était  fait,  tandis  que  Frédéric  II  était  en  avance  de  plusieurs  siècles 

I .  M.  R.  a  eu  le  tort  de  raconter  en'  bloc  les  négociations  de  Frédéric  avec  Al-Kâmil 
après  le  récit  de  l'excommunication  lancée  par  Grégoire  IX.  Ces  négociations  commencées 
avant  la  maladie  et  rexcommunication  de  l'empereur  expliquent  en  partie  l'indignation  du 
pape. 


26  REVUE   CRITIQUE 

sur  ceux  qui  l'entouraient.  Il  ne  pouvait  qu'inspirer  de  l'iiorreur  aux  croyants; 
quant  aux  armes  employées  contre  lui,  aux  mensonges,  aux  calomnies  dont  on 
l'accablait,  qu'importait  aux  yeux  des  hommes  de  ce  temps  ?  Frédéric  à  son  tour 
employait  les  mêmes  armes  contre  le  pape.  Dans  ces  temps  violents  et  troublés, 
on  croyait  tout  possible  de  la  part  d'un  ennemi,  et  l'on  ne  distinguait  pas  entre 
le  possible  et  le  réel.  Il  suffit  pour  s'en  convaincre  de  lire  les  écrits  des  papes  et 
des  empereurs  pendant  leur  grande  lutte.  On  ne  peut  les  juger  d'après  les  mêmes 
règles  morales  que  nous  appliquons  à  nos  contemporains. 

M.  R,  donne  une  preuve  bien  frappante  de  sa  partialité  en  faveur  de  Fré- 
déric II,  Quand  l'empereur,  poursuivi  par  les  anathèmes  du  pape  et  du  patriarche 
Gerold,  se  rembarqua  pour  l'Italie,  il  ordonna  à  tous  les  croisés  de  le  suivre,  au 
grand  désespoir  et  à  la  grande  indignation  des  chrétiens  de  Palestine.  M.  R. 
trouve  leurs  plaintes  illégitimes  et  la  conduite  de  Frédéric  pleine  de  sagesse,  car 
il  savait  par  expérience  que  les  chrétiens  ne  respectaient  les  traités  avec  les 
musulmans  que  quand  ils  étaient  trop  faibles  pour  les  violer.  C'était  dans  leur 
propre  intérêt  et  pour  leur  conserver  Jérusalem  qu'il  leur  enlevait  le  plus  grand 
nombre  possible  de  troupes  (p.  46).  Même  en  admettant  que  ce  fût  là  le  motif 
de  la  conduite  de  l'empereur,  on  ne  pouvait  vraiment  exiger  que  les  habitants 
de  la  Palestine  comprissent  l'excellence  de  ces  raisons.  Il  est  d'ailleurs  bien  plus 
vraisemblable  de  croire  que  Frédéric  a  cédé  à  son  ressentiment,  qu'il  ne  tenait 
pas  à  rien  faire  pour  les  chrétiens  de  Syrie,  qu'il  voulait  les  affaiblir  pour  les 
empêcher  de  troubler  ses  relations  amicales  avec  Al-Kâmil  et  de  contrarier  ses 
projets  de  traité  de  commerce  avec  le  sultan.  S'il  faut  en  croire  les  historiens 
orientaux,  il  n'aurait  réclamé  la  cession  de  Jérusalem  que  pour  pouvoir  retourner 
la  tête  haute  parmi  les  princes  d'Europe.  Il  est  peu  probable  qu'il  ait  exprimé 
explicitement  sa  pensée  à  ce  sujet,  mais  les  musulmans  comme  les  chrétiens  l'ont 
comprise,  et  c'en  est  assez  pour  expliquer  les  colères  qu'il  a  soulevées. 

M.  R.  croit  que  néanmoins  la  croisade  de  Frédéric  a  produit  une  impression 
grandiose  sur  une  partie  des  contemporains,  que  les  âmes  naïves  ont  trouvé 
merveilleuse  cette  expédition  de  dix  mois  qui  avait  rendu  sans  coup  férir  à  la 
chrétienté  la  ville  sainte,  perdue  depuis  quarante  et  un  ans.  Ce  fait  serait  devenu 
dans  l'imagination  populaire  le  point  de  départ  de  légendes  où  le  souvenir  de 
l'empereur  est  resté  comme  celui  d'un  héros  de  la  foi.  M.  R.  rappelle  à  ce  sujet 
les  poétiques  paroles  consacrées  par  Jean  de  Winterthur  à  Frédéric  II,  réforma- 
teur de  l'Eglise  et  sauveur  de  l'empire.  M.  R.  oublie  d'ajouter  que  le  moine 
franciscain  traite  cette  légende  de  «  magna  dementia  et  fatuitas,  »  et  l'on  a 
prouvé  que  la  légende  de  Frédéric  a  pour  unique  base  le  double  fait  qu'il  a  passé 
pour  l'antéchrist  et  qu'il  était  considéré  comme  le  dernier  empereur.  Le  De  Vita 
Antechrisîi  d'Adson  a  été  l'origine  de  tous  ces  récits,  et  l'admiration  des  contem- 
porains de  Frédéric  II  n'y  est  entrée  pour  rien  '. 

I.  Voy.  un  art.  de  M.  Riezier,  Zur  deutschen  Kaisersage,  dans  l'Historische  Zeitschrift 
de  Sybel.  1874.  3'fasc.  p.6^  M.  Rœhricht,  citant  les  paroles  du  chroniqueur  thuringien 
Rothe  qui  annonça  pour  la  fin  des  temps  la  venue  d'un  puissant  empereur  qui  établira 
la  paix  parmi  les  princes  et  s'appellera  Frédéric  «  umbe  fredis  willen,  den  her  machit  », 


d'histoire  et  de  littérature.  27 

A  la  suite  de  l'essai  sur  la  croisade  de  Frédéric  II,  M.  R.  donne  en  appendice 
la  traduction  allemande  d'extraits  des  auteurs  arabes,  empruntés  à  Amari,  Biblio- 
îheca  arabo-sicula,  et  de  deux  passages  de  Makrisi;  2 1  des  fragments  d'Amadi  et 
de  Florio  Bustron,  et  une  note  sur  la  légende  de  l'arbre  desséché  auquel  Frédéric 
suspend  son  bouclier  et  qui  alors  reverdit  et  porte  des  fruits. 

Le  second  essai  a  pour  sujet  la  lutte  de  Saladin  avec  les  chrétiens  en  1 187  et 
1 1 88.  C'est  un  récit  détaillé  des  événements  arrivés  depuis  la  rupture  de  la  trêve 
de  II 87  par  Renaud  de  Chatillon  jusqu'au  siège  d'Acre  par  Gui  de  Lusignan  en 
août  1 189.  La  bataille  de  Hattin  (^-4  juillet  1 187)  qui  anéantit  en  deux  jours 
de  combat  la  puissance  militaire  des  chrétiens  de  Palestine  et  la  prise  de  Jéru- 
salem par  Saladin  forment  naturellement  la  partie  la  plus  importante  du  travail. 
Mais  ces  faits  étaient  déjà  suffisamment  connus.  M.  R.  a  seulement  mis  en 
lumière,  mieux  encore  qu'on  ne  l'avait  fait  jusqu'ici,  la  magnanimité  de  Saladin 
envers  les  habitants  de  Jérusalem,  magnanimité  d'autant  plus  frappante  qu'elle 
contraste  avec  la  férocité  dont  il  fit  preuve  après  la  bataille  de  Hattin.  M.  R. 
nous  raconte  aussi  avec  la  plus  minutieuse  exactitude  la  campagne  faite  par 
Saladin  contre  tous  les  châteaux-forts  de  la  Syrie.  Il  montre  la  même  rigueur  de 
méthode  et  de  preuves  que  dans  son  premier  essai.  Il  lui  échappe  cependant 
aussi,  mais  bien  plus  rarement,  de  juger  les  personnages  d'après  les  idées  modernes 
et  non  d'après  celles  de  leur  temps.  Il  s'étonne  que  Renaud  de  Chatillon  qui  viola 
la  trêve  de  11 87,  en  pillant  une  caravane  musulmane,  ait  été  loué  par  certains 
chroniqueurs  et  même  vénéré  comme  un  saint,  après  qu'il  eût  été  tué  par  Saladin 
(p.  175,  n.  68).  Rompre  une  trêve  conclue  avec  des  infidèles  ne  paraissait  point 
un  crime  aux  yeux  des  chrétiens  du  xii*  s.^  et  Renaud  était  mort  martyr  de  sa 
foi,  puisque  Saladin  lui  avait  offert  la  vie  sauve  s'il  voulait  embrasser  l'islamisme. 
L'appendice  du  2^  essai  contient  deux  fragments  d'Ibn-Khallikan  tirés  de  la 
traduction  anglaise  par  M.  de  Slane  et  une  lettre  de  l'évêque  Guillaume  (nous 
ne  savons  quel  était  son  évêché)  sur  la  ruine  de  Jérusalem.  Cette  lettre,  fort 
curieuse,  signalée  par  M.  Riant  (de  Haymaro  monacho,  p.  33)  d'après  un  ms. 
de  Copenhague,  est  donnée  en  entier  d'après  l'original  conservé  à  Leipzig. 

G.  M. 
II. 

Les  128  dernières  pages  du  volume  de  M.  R.,  en  ne  comptant  pas  un  court 
index  géographique,  sont  occupées  par  un  long  et  intéressant  extrait  de  l'histoire 
d'Alep,  de  Kémâl-Eddin,  traduit  en  français  par  le  baron  Silvestre  de  Sacy,  et 
publié  pour  la  première  fois.  Il  s'agit  ici  d'un  travail  de  la  jeunesse  de  notre 
grand  orientaliste,  travail  qu'il  entreprit  à  la  demande  d'un  savant  bénédictin  de 
l'abbaye  de  Saint- G ermain-des- Prés,  dom  Berthereau,  et  dont  il  confia  plus  tard 
le  manuscrit  à  Frédéric  Wilken,  qui  l'a  mis  à  contribution  dans  sa  grande  histoire 
des  croisades.  L'ouvrage  de  Kémâl-Eddin  (Abou-Hafs  Omar)  est  une  des  chro- 
niques arabes  qui  renferment  le  plus  de  renseignements  neufs  et  curieux  sur 
l'époque  des  croisades,  et  notamment  sur  la  principauté  d'Antioche  et  les  comtés 

dit  que  ces  paroles  méritent  d'être  rappelées  dans  l'état  actuel  de  l'Allemagne.  Est-ce  parce 
que  le  prince  royal  s'appelle  Frédéric^  On  sourit  de  rencontrer  de  pareilles  puérilités  dans 
un  ouvrage  sérieux. 


28  REVUE  CRITIQUE 

d'Edesse  et  de  Tripoli,  que  leur  position  mettait  plus  directement  en  contact 
avec  les  souverains  d'Alep.  L'auteur  parle  souvent  en  témoin  oculaire  ou  d'après 
des  témoins  oculaires,  et  pour  les  faits  relatifs  aux  premières  croisades  il  a,  en 
général,  puisé  aux  meilleures  sources.  Il  était  né  en  l'an  de  l'hégire  $88  (1192 
de  J.-C),  dans  la  ville  d'Alep,  oii  son  père,  son  aïeul  et  son  bisaïeul  avaient  été 
revêtus  de  la  dignité  de  kadhi;  il  fut  lui-même  employé  soit  dans  l'enseignement, 
soit  dans  diverses  négociations,  et  mourut  au  Caire,  où  l'invasion  des  Mongols 
l'avait  obligé  de  chercher  un  refuge,  en  660  (1261).  Comme  l'a  dit  S.  de  Sacy, 
l'histoire  d'Alep  «  est  une  des  meilleures  histoires  particulières  composées  par 
»  les  Musulmans;  et  nous  ne  craignons  pas  d'assurer  que,  parmi  les  historiens 
»  orientaux,  Kémâl-Eddin  est  un  de  ceux  dont  l'ouvrage  mériteroit  le  mieux  de 
»  voir  le  jour'.  » 

L'extrait  traduit  par  S.  de  S.  commence  avec  l'année  488  de  l'hégire  (1095 
de  J.-C.)  et  avec  le  récit  de  l'expédition  de  Tadj-Eddaulah  Toutouch,  prince 
seldjoukide  de  la  Syrie,  contre  son  neveu  le  sultan  Barkiarok.  Il  finit  à  la  mort 
de  l'atabek  Nour-Eddin  (i  $  mai  1 174),  et  comprend  ainsi  un  espace  d'environ 
quatre-vingts  ans.  Le  commencement  de  cet  extrait  correspond  à  peu  près  à  un 
morceau  publié,  il  y  a  vingt  ans,  par  l'auteur  de  la  présente  note,  qui  n'avait 
pas  eu  connaissance  du  travail  de  son  illustre  devancier  2.  La  traduction  faite  par 
nous  s'arrête  à  la  mort  de  Tancrède  ;  sur  quelques  points  elle  est  plus  complète 
que  celle  de  S.  de  S.,  dans  d'autres  endroits  elle  donne  un  sens  différent,  et 
M.  R.  a  eu  soin  de  signaler  la  plupart  de  ces  divergences.  Il  a  reproduit  aussi 
en  tout  ou  en  partie  un  assez  grand  nombre  de  nos  notes,  en  les  faisant  suivre 
du  nom  ou  de  l'initiale  de  l'auteur.  Il  est  à  regretter  que  le  savant  allemand 
n'ait  pu  recourir  à  l'original  arabe,  pour  corriger  et  compléter  la  traduction  de 
S.  de  S.  Car  dans  un  assez  grand  nombre  de  passages  ce  travail  ne  peut  être 
considéré  que  comme  une  ébauche,  et  il  nous  paraît  très-probable  que  l'auteur 
n'a  pas  relu  son  manuscrit,  ou  du  moins  ne  l'a  pas  soumis  à  une  dernière  révi- 
sion. De  plus,  quoique  l'écriture  de  S.  de  S.,  même  vers  la  fin  de  sa  longue  et 
laborieuse  carrière,  fût  très-nette  et  très-facile  à  lire,  M.  R.  n'est  point  toujours 
parvenu  à  la  transcrire  exactement.  C'est  ainsi  qu'il  a  imprimé  (p.  214)  que  les 
habitants  d'Apamée  députèrent  en  Egypte  pour  demander  au  gouverneur  un 
calife  fatimite,  au  lieu  de  :  demander  un  gouverneur  au  calife;  qu'il  fait  émettre 
par  un  des  chefs  musulmans  confédérés  contre  les  croisés,  à  Antioche,  cet  avis 
qu'on  les  mît  enfermés  dans  Antioche,  au  lieu  de  qu'on  les  tînt  (p.  224).  Ailleurs 
(p.  246)  le  moueddin  (crieur  chargé  d'appeler  les  fidèles  à  la  prière)  d'Ezaz  est 
transformé  en  Mouin-ed-din;  souffrirez-vous,  en  suffirez-vous  (p.  2 50);  le  nom 
propre  Amina,  en  celui  d'Anna,  et  cela  à  deux  reprises  différentes  (p.  229  et  250); 
la  grande  (citadelle  d'Alep),  en  la  garde  (p.  251);  le  taux  (des  impôts),  en 
temps  (p.  263);  il  n'éprouva  point  de  soulagement,  en  il  n'aprouva  (sic)  point 
son  logement  (p.  271),  etc. 

1 .  Notice  des  manuscrits  de  D.  Berthereau  (extraite  du  Magasin  encyclopédique),  p.  1 3.  Cf. 
la  Biographie  universelle,  t.  XXII,  p.  284. 

2.  Récit  de  la  première  croisade  et. des  quatorze  années  suivantes,  etc.,  dans  les  Mémoires 
d'histoire  orientale,  etc.,  par  M.  C.  Defremery,  Paris,  F.  Didot,  1854,  p.  3J  à  6j. 


d'histoire  et  de  littérature.  29 

Je  vais  indiquer  maintenant  une  partie  des  changements  dont  la  traduction 
me  paraît  susceptible.  En  donnant  à  ces  observations  une  plus  grande  extension, 
j'aurais  craint  de  fatiguer  la  patience  du  lecteur.  Mais  si  l'éditeur  continue  son 
recueil  et  qu'il  veuille  y  insérer  des  additions  et  corrections  pour  le  morceau 
emprunté  à  l'histoire  d'Alep,  je  suis  tout  disposé  à  lui  communiquer  des  remar- 
ques qui  n'ont  pas  trouvé  place  dans  les  pages  suivantes. 

Page  212,  les  mots  Djénah-Eddaulah  ont  été  oubliés  devant  le  nom  propre 
Hosein,  et  le  mot  fils  entre  Behrâm  et  de  Toutousch.  Même  page,  au  lieu 
de  :  jusqu'au  moment  où  Tadj-Eddoula  s'étant  rendu  maître  de  Rey,  ils  vinrent 
ensemble  le  trouver  dans  cette  ville,  le  texte  arabe  dit  :  jusqu'à  ce  qu'il  se  mît 
en  marche  vers  Rey  et  qu'ils  l'accompagnassent  dans  cette  expédition  {ila  an  sâra 
ila'rreyyi  fésârâ  maahou).  Page  2 1 3  il  faut  lire  Adhb-Eddaulah  (le  glaive  de  l'em- 
pire) Abak,  fils  d'Abd-Errezzak,  et  non  Abad-Eddoula  Ibek,  fils  de  Rezzak,  et 
partout  où  il  y  a  Abad  (p.  214,  215,  etc.),  il  faut  substituer  Adhb  '.  Page  215, 
le  nom  de  la  ville  de  Bozaa  a  été  estropié  en  Bazaga.  P.  217,  il  est  question 
d'un  personnage  qui  fut  pris  dans  un  combat,  et  conduit  à  Alep,  où  il  fut  ren- 
fermé dans  la  prison  et  s'évada  ensuite.  Mais  1°  l'orthographe  donnée  au  nom 
de  ce  personnage,  Asbara,  n'est  pas  conforme  au  manuscrit,  où  on  lit  clairement 
Asbaoua  (fol.  1 18  v°).  Il  s'agit  de  l'individu  nommé  ailleurs  Sabaoua.  Ensuite 
le  chroniqueur  dit  qu'il  fut  remis  en  liberté  (tsoumma  ouîhlika),  et  non  qu'il 
s'évada.  Le  manuscrit  appelle  la  princesse,  épouse  de  Rodhouân,  Djendjec,  et 
non  Djourdic.  Page  219,  il  est  fait  mention  de  deux  fils  du  prince  d'Antioche, 
nommés  l'un  Chems-Eddaulah  et  l'autre  Mohammed.  S.  de  S.  ajoute  au  nom  de 
ce  dernier  le  mot  Asfar.  Mais  cette  addition  est  le  résuhat  d'une  inadvertance 
provenant  de  ce  que  le  nom  de  Mohammed,  mis  à  l'accusatif,  a  été  joint  au  mot 
suivant,  qui  n'est  autre  chose  qu'un  verbe  à  la  troisième  personne  du  singulier 
du  prétérit,  précédé  d'une  conjonction  (Mohammedann  fésâra;  ms.  fol.  1 19  v°). 
A  la  même  page  il  faut  lire  avec  le  texte  vingt-deux  vaisseaux  et  non  28. 

Page  228,  Kémâl-Eddin  dit  que  les  Francs  restèrent  33  jours  en  possession 
de  Maarra,  à  partir  de  l'assaut  qui  les  avait  rendus  maîtres  de  cette  place  (ouéma- 
lacouha  tsalatsaîann  oué  tsalaîsyna  yaumann  bad'alhadjmati);  et  non  pas  qu'ils 
«  employèrent  3  3  jours  au  siège  de  cette  place.  »  En  réformant  la  traduction  de 
S.  de  S.,  ainsi  que  je  viens  de  l'indiquer,  les  difficultés  que  ce  savant  avait  cru 
voir  dans  le  récit  de  Kémâl-Eddin  disparaissent  complètement,  et  l'on  n'est  pas 
obligé  de  supposer  avec  lui  une  lacune  d'un  feuillet  dans  le  manuscrit,  supposi- 
tion d'ailleurs  qui  n'était  point  partagée  par  dom  Berthereau.  En  effet,  le  docte 
religieux  a  tracé  en  cet  endroit  sur  notre  manuscrit  de  Kémâl-Eddin  une  note 
ainsi  conçue  :  cette  page  paraît  être  la  suite  immédiate  de  la  précédente.  Page 
228, 1.  1 5 ,  il  y  a  une  phrase  de  l'original  omise  dans  la  traduction.  Il  faut  suppléer 
ainsi  cette  lacune  :  Djénah-Eddaulah  consentit  à  la  demande  de  Rodhouân,  et 

I.  P.  309,  vers  le  milieu,  on  trouve  le  nom  d' Abad-Eddoula,  donné  à  Modjyr-Eddin 
Abak,  prince  de  Damas.  Le  manuscrit  porte  encore  ici  Adhb  et  non  Abad  (f.  166  r*, 
ligne  anté-pénultième).  Mais  dans  cet  endroit  les  mots  Adhb-Eddaulah  nous  paraissent 
avoir  été  introduits  à  tort,  sans  doute  par  suite  d'une  réminiscence  de  l'auteur  ou  d'un 
copiste. 


JO  REVUE   CRITIQUE 

celui-ci  revint  à  Alep,  en  compagnie  du  premier,  P.  229  et  ailleurs,  le  nom  du 
vizir  Abou'lfadhl  ibn-Almaoussoul  est  changé  en  Ibn-el-Mansour.  Dans  cette 
même  page,  le  nom  de  Sermyn  a  été  omis  devant  celui  de  Maarra.  Page  233,  le 
prince  de  Tripoli  est  appelé  Ibn-Omar,  au  lieu  de  Ibn-Ammâr. 

Page  235,  note  i,  M. R.  dit  par  inadvertance  que  Cotlough  était  gouverneur 
de  Moussoul,  confondant  ainsi  ce  personnage  avec  Djaouély  Sékaou,  dont  il  est 
parlé  sept  lignes  plus  bas.  P.  239,  il  est  question  de  soixante  maisons  ruinées 
que  Rodhouân  vendit  en  un  même  jour,  et  l'auteur  ajoute  :  «  Ce  sont  les 
soixante  masures  désignées  encore  aujourd'hui  dans  les  registres  de  la  chancel- 
lerie d'Alep  »  (/y  déouaouyni  Haleta)  et  non  «  que  l'on  nomme  aujourd'hui 
Déouaouin-Haleb  »  (les  douanes  d'Alep).  P.  261 ,  il  est  dit  que  Baudouin  II,  roi 
de  Jérusalem,  ayant  fait  une  incursion  dans  les  environs  d'Alep,  prit  des  hommes 
et  des  bestiaux  dans Elganadek.  Au  lieu  de  ce  mot  le  manuscrit  porte  dis- 
tinctement (fol.  142  v°,  1.  I®)  Alfanadik,  pluriel  du  mot  fondouk^  synonyme  de 
khan  ou  caravansérail.  P.  266,  les  mots  à  Mardin  Çila  Maridyna)  doivent  être 
suppléés  après  les  mots  arriva  sain  et  sauf  (cf.  le  ms.  fol.  143  r°,  l.  4).  Page 
267,  dans  la  réponse  de  Baudouin  au  messager  de  Soleïmân,  les  mots  ouéouka- 
tilou  dounahou  signifient  «  et  je  combattrai  pour  sa  défense  »,  et  non  :  «  et  à 
porter  mes  armes  ailleurs.  »  Page  268,  les  mots  ouédakhala  biha  bihaleba  signi- 
fient «  il  consomma  son  mariage  avec  elle  à  Alep,  »  et  non  «  l'amena  avec  lui  à 
Alep.  «  Page  271,  l.  5,  le  mot  vertes  doit  être  ajouté  après  noix.  Ibidem,  d'après 
le  texte  arabe,  Galeran  était  cousin-germain  (littéralement  fils  de  la  tante  mater- 
nelle, ibna  khaleîihi),  et  non  neveu,  de  Josselin.  Vers  le  bas  de  la  même  page,  la 
phrase  signalée  comme  obscure  ne  présente  aucune  difficulté  :  il  suffit  de  consi- 
dérer comme  une  sorte  de  parenthèse  les  mots  relatifs  à  la  conquête  de  Harrân 
par  Balac,  et  l'on  aura  le  sens  que  voici  :  Balac  fit  sortir  de  la  citadelle  d'Alep 
Sultanchah,  fils  de  Rodhouân,  et  le  fit  conduire  à  Harrân,  dont  il  s'était  emparé 
dans  le  mois  de  rébi  second.  Il  agissait  ainsi  à  cause  de  la  crainte  que  lui  inspi- 
rait ce  prince. 

Page  273  et  p.  279,  au  lieu  de  Scheikhtân,  il  faut  lire  Schébakhtân,  ainsi  qu'il 
est  écrit  plus  haut  (p.  239).  A  la  page  279,  vers  le  milieu,  après  les  mots  le  mit 
en  fuite,  il  faut  ajouter  avec  le  texte  (fol.  149  v")  et  le  tua  (puékaîalahou).  Page 
283,  1.  $,  en  place  de  la  porte  d'Elgazak,  il  faut  sans  doute  lire  avec  le  ras.  la 
porte  d'Alirak  ou  de  l'Irak.  Page  294,  1.  4,  au  lieu  de  la  forteresse  de  Siz,  il 
faut  lire  avec  le  ms.  Assinn.  Page  298,  les  mots  djobbata  athlasa  et  imamata 
cherbinn  sont  rendus  peu  exactement  par  un  manteau  de  satin  et  une  tiare  de 
couleur  écarlate.  Il  vaut  mieux  dire  :  une  tunique  de  satin  et  un  turban  d'étoffe 
de  lin,  ou  plutôt  de  soie  '.  Page  299,  le  vrai  nom  du  personnage  cité  à  la  1.  3, 
est  Sédyd-Eddaulah  ibn-alanbâry,  et  non  Seïf-Eddoula  ibn-al-Anbazi,  et  le  titre 
de  catïb  Alincha,  dont  il  était  revêtu,  signifie  secrétaire  pour  les  dépêches,  et  non 
secrétaire  pour  les  arrêts.  Page  300,  la  fin  du  message  du  prince  de  Damas, 
Chems-el-molouc,  à  l'Atabec  Zengui  est  inexactement  traduite.   Le  sens  est 

I.  Cf.  le  Glossaire  des  mots  espagnols  et  portugais  dérivés  de  l'arabe,  par  R.  Dozjf  et  W. 
H.  Engelmann;  Leyde,  1869,  in-8',  p.  260,  261. 


d'histoire  et  de  littérature.  jt 

celui-ci  :  «  J'appellerai  les  Francs  et  leur  livrerai  Damas  »  (istadaïtou'l  frendja 
oué  sallamtou  Dimachka  ileihim).  Page  ^07,  au  lieu  de  Boufmis,  il  faut  lire  Bou- 
kobaïs',  nom  d'un  château-fort  situé  vis-à-vis  de  Chaïzer  (l'ancienne  Larissa). 
Page  508,  le  nom  de  Barni  doit  être  changé  en  Baryn,  et  le  nom  suivant  se  lit 
dans  le  ms.  (fol.  16$  r")  Allacma,  au  lieu  de  Elkelma.  P.  309,  il  ne  peut  être 
question  de  la  célèbre  ville  de  Dara,  en  Mésopotamie;  aussi  faut-il  lire  Daréya, 
avec  le  ms.  (fol.  166  r°). 

Page  311,  dans  le  récit  du  siège  d'Ëdesse  par  Zengui,  il  est  dit  que  «  l'armée 
d'Alep  commença  à  creuser  des  mines  en  différents  endroits  dont  le  local  leur 
était  parfaitement  connu.  »  Le  texte  porte  Al-Halébiyoun,  mot  qui  signifie  bien 
les  Alépins,  mais  qui,  comme  son  synonyme  Halébiya,  est  quelquefois  employé 
pour  désigner  des  mineurs ,  des  sapeurs.  Actuellement  encore,  ainsi  que  S.  de 
Sacy  l'a  fait  observer,  dans  son  admirable  commentaire  sur  Abd-Allatif,  «  l'es 
Alépins  ont  la  réputation  d'être  des  plus  experts  dans  l'architecture  en  pierre  et 
dans  la  construction  des  caves  2.  »  Page  514,  c'est  à  Yaghra,  et  non  à  Bagras, 
que  Nour-Eddin  battit  les  Francs.  Le  ms.  (fol.  170  v°,  ligne  dernière)  porte 
bibaghra  {sic).  Page  320,  il  est  dit  que  Nour-Eddin  donna  la  ville  de  Harrân  à 
Zeyn-Eddin,  et  S.  de  S,  ajoute  dans  une  note  :  c'est  vraisemblablement  Ali 
Kondjek  (lisez  Kutchuc,  c.-à-d,  en  turc,  le  Petit;  cette  faute  d'impression,  pro- 
venant sans  doute  d'une  faute  de  lecture,  revient  très-souvent  dans  le  cours  de 
l'ouvrage).  Le  fait  n'est  pas  douteux,  car  le  ms.  porte  distinctement  les  mots 
Aly  Koudjuc,  et  ajoute  que  ce  personnage  était  le  lieutenant  de  Kotb-Eddin, 
frère  de  Nour-Eddin.  Page  325,  au  lieu  de  Albeni,  prince  de  Mardin,  il  faut  lire 
Alby.  Page  330,  il  est  dit  que  Chircouh  choisit  vingt  mille  cavaliers  dans  l'armée 
de  Nour-Eddin  et  en  enrôla  60,000  {sic).  Ces  chiffres  doivent  être  changés  en 
2000  et  6000.  Page  335,  les  mots  Kitâbann  maa  neddjabinn  signifient  «une  lettre 
portée  par  un  courrier  monté  sur  un  dromadaire  3,  »  et  non  «  une  lettre  très- 
respectueuse.  ))  Enfin,  p.  336,  au  lieu  de  Hesnay,  il  faut  lire  avec  le  ms.  (foh 
1 84,  v°)  Béhesna,  nom  d'un  château-fort,  situé  non  loin  de  Mérach  et  de  Sou- 
maïçât,  et  qui  est  inscrit  sur  la  carte  de  Kiepert  {Klein-Asien  und  Syrien,  1 860), 
sous  la  forme  Béhesni.  C.  Defrémery. 


SOCIÉTÉS  SAVANTES. 

ACADÉMIE    DES    INSCRIPTIONS   ET    BELLES-LETTRES. 

Séance  du  30  décembre  1874. 
Le  ministre  de  l'instruction  publique  transmet  à  l'académie  un  décret  qui 
approuve  l'élection  de  M.  G.  Perrot  en  remplacement  de  M.  Guizot.  M.  Perrot 
est  introduit  et  prend  place. —  Une  lettre  de  M.  J.  Leblanc,  bibliothécaire  et  con- 
servateur du  musée  de  Vienne  (Isère),  annonce  la  découverte  qui  a  été  faite  en 

1 .  Cf.  les  Nouvelles  recherches  sur  les  Ismaéliens  ou  Bathiniens  de  Syrie,  plus  connus  sous 
le  nom  d'Assassins,  etc.,  par  M.  C.  Defrémery.  Paris,  1855,  in-S",  p.  60,  n.  i. 

2.  Relation  de  l'Egypte,  par  Abd-Allatif,  etc.,  p.  224,  note  (32). 

3.  Cf.  sur  le  mot  neddjâb,  les  Mémoires  d'histoire  orientale  déjà  cités,  2^  partie,  Paris, 
1862,  p.  370,  note;  Boha-Eddin,  Saladini  Vita  et  res  gesta,  p.  146,  1.  9;  les  Historiens 
orientaux  des  croisades,  t.  I",  p.  583  et  le  Kitâb  Alincha,  apud  Quatremère,  Hist.  des  sultans 
mamlouks  de  l'Egypte,  t.  I,  i"  partie,  p.  196,  n. 


^2  REVUE   CRITIQUE    D'hISTOIRE    ET    DE    LITTÉRATURE. 

cette  ville  d'une  statue  romaine  en  bronze  brisée  en  un  très-grand  nombre  de 
fragments.  Deux  inscriptions  l'accompagnaient,  et  M.  Leblanc  s'occupe  à  en 
rassembler  les  fragments  pour  les  reconstituer.  L'une  est  du  3^  s.  et  porte  le  nom 
de  C.  Julius  Pacatianus,  l'autre  mentionne  un  hommage  des  charpentiers  vien- 
nois à  L.  Aquilius  Severianus.  —  M.  Jourdain  présente  de  la  part  de  M.  Garcin 
de  Tassy  une  publication  intitulée  La  langue  et  la  littérature  de  rHindoustan. 

M.  Hauréau  lit  un  mémoire  Sur  quelques  maîtres  du  douzième  siècle.  Il  examine 
un  poème  en  vers  latins  rimes  qui  a  été  publié  par  M.  Thomas  Wright  sous  ce 
titre  Metamorphosis  Golu  episcopi.  L'auteur  y  décrit  un  rêve  dans  lequel  lui  sont 
apparus  les  dieux  et  les  grands  hommes  de  l'antiquité  et  les  principaux  de  ses 
contemporains.  On  y  remarque  une  grande  admiration  pour  Abailard  et  des  in- 
vectives violentes  contre  S.  Bernard  et  les  moines  de  son  ordre.  Ce  texte  a  été 
attribué  par  M.  Wright  avec  assez  de  vraisemblance,  malgré  quelque  difficulté 
pour  faire  concorder  les  données  chronologiques,  à  l'archidiacre  d'Oxford  Walter 
Mapes.  Il  paraît  avoir  été  écrit  en  11 41.  L'intérêt  de  ce  poème  est  dans  les 
détails  qu'il  fournit  sur  plusieurs  des  principaux  maîtres  de  cette  époque. 
M.  Hauréau  discute  les  identifications  proposées  par  M.  Wright  pour  les  per- 
sonnages qui  y  sont  désignés  plus  ou  moins  clairement,  et  les  corrige  en  partie. 

M.  de  Longpérier  lit  une  note  de  M.  Chabas  intitulée  Hebr£o-£gyptiaca. 
M.  Chabas  a  déjà  signalé  des  textes  qui  montrent  que  les  Hébreux  et  les  Égyptiens 
ont  eu  un  fonds  commun  de  traditions  et  de  règles  concernant  la  morale  et  la 
religion.  Il  signale  au  même  point  de  vue  le  texte  déjà  connu  du  papyrus  Prisse, 
puis  celui  des  maximes  du  scribe  Ani,  qui  a  été  publié  par  M.  Mariette,  et  dont 
il  a  fait  un  examen  spécial.  Les  principes  exposés  dans  ce  dernier  texte  présentent 
suivant  M.  Chabas  des  ressemblances  frappantes  avec  ceux  de  l'ancien  et  du 
nouveau  testament.  Il  annonce  une  étude  détaillée  de  ces  maximes,  dans  laquelle, 
après  en  avoir  examiné  le  texte  philologiquement,  il  en  donnera  la  traduction  et 
mettra  en  évidence  les  analogies  qu'il  se  contente  maintenant  de  signaler. 

M.  Brunet  de  Presle  lit  un  mémoire  Sur  deux  inscriptions  de  Mile.  A  propos 
des  questions  qui  ont  été  soulevées  au  sujet  de  la  Vénus  de  Milo,  M.  Brunet  de 
Presle  pense  qu'il  y  a  lieu  de  rappeler  l'attention  sur  deux  inscriptions  qui  avaient 
été  trouvées  dans  le  voisinage,  et  que  l'on  a  cru  être  sans  rapport  avec  la  statue. 
Elles  sont  aujourd'hui  perdues,  mais  des  éditions  en  avaient  été  données. 
M.  Brunet  de  Presle  cherche  à  en  restituer  le  texte.  Si  l'on  adoptait  la  lecture 
qu'il  propose  pour  l'une  de  ces  inscriptions,  il  en  résulterait  que  la  Vénus  aurait 
été  l'objet  d'une  consécration  nouvelle  à  l'époque  romaine,  ce  qui  n'empêcherait 
pas  d'en  faire  remonter  l'exécution  à  un  âge  plus  ancien. 

M.  Guérin,  poursuivant  sa  communication  sur  la  géographie  historique  de  la 
Palestine,  indique  ce  qu'on  rencontre  en  continuant  de  suivre  la  vallée  du  Jour- 
dain du  S.  au  N.,  et  expose  particulièrement  ce  qui  concerne  les  ruines  de 
Phasaélis,  d'Archélais  et  du  mont  Sarthaba.  Julien  Havet. 

ERRATUM.  —  N°  i,  p.  3,  1.  i,  au  lieu  de  aux,  lisez  aus. 

Le  propriétaire-gérant  :  F.  VIEWEG. 
Nogent-le-Rotrou,  imprimerie  de  A.  Gouverneur. 


p.  (cet  important  ouvrage  est  maintenant  augmenté  de  loo  pages  et  d'un  index). 
—  Dante  Alighierî,  La  divina  Commedia.  Riv.  e  comm.  da  Scartazzini.  Vol. 
I.  L'Inferno.  Leipzig,  Brockhaus.  In-S",  xij-444  p.  (malgré  ses  défauts,  cette 
édition  peut  être  comptée  au  nombre  des  meilleures).  —  Hamann's  Schriften 
und  Briefe  in  4  Theilen.  Herausg.  v.  Pétri,  Hannover,  Meyer.  4  Th.  In-S", 
548  p.  —  Chappell,  The  History  of  Music.  Vol.  L  London,  Chappell  and  Co. 
In-S",  xc-400  p.  (contient  de  nouvelles  vues  sur  la  musique  dans  l'antiquité). 

Jenaer  Literatarzeitung,  1874,  n'48,  28  novembre.  Ritschl,  Die  christ- 
liche  Lehre  von  der  Rechtfertigung  und  Versœhnung.  Ed.  IL  Bonn,  Marcus. 
In-8°,  v)-377  p.  (Wilh.  Bender).  —  Brandes,  Der  Kanzler  Kreil.  Leipzig, 
Barth.  In-S",  viij-199  p.  (G.  Graue).  —  Endemann,  Studien  in  der  Romanisch- 
kanonistischen  V^^irthschafts-  und  Rechtslehre.  Bd.  L  Berlin,  Guttentag.  In-S", 
xij-471  p.  (Stintzing).  —  WoLF,  Lucas  Geizkofler  und  seine  Selbstbiographie 
1 550-1620.  Wien,  BraumûUer.  In-8°,  iv-2n  p.  (Th.  Muther).  —  Simson, 
Jahrbûcher  des  frsenkischen  Reichs  unter  Ludv^'ig  dem  Frommen.  Bd.  I  (Meyer 
v,  Knonau;  cf.  Rev.  crit.  1874,  ^h  P-  5  0-  —  D'Arneth  et  Geffroy,  Marie- 
Antoinette  (M.  Philippson;  cf.  Rev.  crit.,  1874,  II,  p.  22).  — Adam,  De  l'har- 
monie des  voyelles  dans  les  langues  ouralo-altaïques.  Paris,  Maisonneuve.  In-8*', 
76  4.  (Bœhtlingk).  —  Rœnsch,  Itala  und  Vulgata.  2.  Ausg.  Marburg, 
Elv^ert'sche  Verl.  In-S",  xvj-5 26  p.  '^Wilh.  Schmitz). 

N"  49,   5   décembre.   Hausrath,    Neutestamentliche  Zeitgeschichte. 

Th.  III.  Heidelberg,  Bassermann.  In-8°,  vij-644  P-  (Holtzmann).  —  Kayser, 
Das  vorexilische  Buch  der  Urgeschichte  Israels.  Strassburg,  Schmidt's  Univ.- 
Buchh.  In-S",  vj-198  p.  (Schrader).  —  Luthardt,  Der  johanneische  Ursprung 
des  vierten  Evangeliums.  Leipzig,  Dœrffling  u.  Franke.  In-8*',  viij-223  P-  C^- 
Grimm).  —  Maurer,  Island  von  seiner  ersten  Entdeckung  bis  zum  Untergange 
des  Freistaats.  Mûnchen,  Kaiser.  In-8",  ix-480  p.  (K.  v.  Amira).  —  De  Bun- 
sen, The  chronology  of  the  bible.  With  a  préface  by  Sayce.  London,  Longmans 
and  Co.  In-8'',  xiv-i  58  p.  (Schrader).  —  Menant,  Annales  des  rois  d'Assyrie. 
Paris,  Maisonneuve.  In-8'*,  xii-312  p.  (Schrader).  —  Hopf,  Chroniques  gréco- 
romanes.  Berlin,  Weidmann.  In-8",  xlviij-538  p.  (B.  Kugler).  —  Baumgart, 
vElius  Aristides.  Leipzig,  Teubner.  In-8°,  viii-24op.  (R.  Volkmann).  —  Deutsche 
Rundschau,  herausg.  v,  Rodenberg.  Jahrg.  I,  Heft  i,  October  1874.  Berlin, 
Gebr.  Pastel.  In-8°  (Walter). 


BULLETIN    BIBLIOGRAPHIQUE 

DES  PRINCIPALES   PUBLICATIONS   FRANÇAISES   ET    ÉTRANGÈRES. 


AVIS.  —  On  peut  se  procurer  à  la  librairie  A.  Franck  tous  le.s  ouvrages 
annoncés  dans  ce  bulletin ,  ainsi  que  ceux  qui  font  l'objet  d'articles  dans  la 
Revue  critique.  Elle  se  charge  en  outre  de  fournir  très-promptement  et  sans 
frais  tous  les  ouvrages  qui  lui  seront  demandés  et  qu'elle  ne  posséderait  pas  en 
magasin. 


Berger  (B.).  Cours  de  langue  française 
avec  de  nombreux  exercices  empruntés 
aux  meilleurs  écrivains.  I.  Degré  élémen- 
taire. In-12,  144  p.  Paris  (Delagrave). 

Bernardakis  (A.  N.).  Le  papier-monnaie 
dans  l'antiquité.  In-8%  22  p.  Paris  (Guil- 
laumin). 


Boissier  (G.).  Cicéron  et  ses  amis.  Étude 
sur  la  société  romaine  du  temps  de  César, 
3*  éd.  In-i8jésus,4i9  p.  Paris  (Hachette 
et  C-).  3  fr.  jo 

Chardon  (H.).  Les  Noëls  de  Jean  Daniel, 
dit  maître  Mitou,  organiste  de  Saint- 
Maurice   et    chapelain    de    Saint-Pierre 


d'Angers.  1520-1530.  Précédés  d'une 
étude  sur  sa  vie  et  ses  poésies,  ln-8*, 
lxx-65  p.  Le  Mans  (imp.  Monnoyer). 

Chautard  (J.).  Imitations  de  quelques 
types  monétaires  propres  à  la  Lorraine 
et  aux  pays  limitrophes  (avec  planches). 
In-8'  192  p.  Nancy  (imp.  Crépin-Le- 
blond), 

Dallet  (C).  Histoire  de  l'Église  de  Corée, 
précédée  d'une  introduction  sur  l'histoire, 
les  institutions,  la  langue,  les  mœurs  et 
coutumes  coréennes ,  avec  carte  et  pi. 
2  vol.  in-8%  ccij-982  p.  Paris  (Palmé;. 

Decroos  (P.).  Histoire  générale  de  la 
France  du  Nord,  Flandre-Artois-Picar- 
die, depuis  les  temps  les  plus  reculés 
jusqu'en  1871.  In-8*,  302  p.  Paris  (Aur 
bry}. 

Hagen  (H.).  Catalogus  codicum  Bernen- 
sium    (Bibliotheca    Bongarsiana).    Pars 
prior.  Addita  est  Bongarsii  imago.  In-8* 
320  S.  Bern  (Haller).  12  fr 

Helfert  (J.  A.  v.).  Der  Rastadtèr  Gesand 
tenmord.  Studie.  Mit  e.  Uebersichts 
kartchen.  In-8°,  xj-361  S.  Wien  (Brau 
muiler).  12  fr 

Hirn  (J.).  Rudolf  v.  Habsburg.  In-8^  x 
188  S.  Wien  (Braumùller).        5  fr.  3$ 

Islendigadrâpa  Hauks  Valdisarsonar, 
e.  islsnd.  Gedicht  d.  XlII.  Jahrh.  hrsg. 
V.  D'  T.  Mœbius.  In-4»,  66  S.  Kiel 
(Univ.  Buchh.).  2  fr.   15 

Jungfer  (H.).  Untersuchung  d.  Nach- 
richten  ùb.  Friedrichs  L  Griechische  und 
normannische  Politik  bis  zum  Wormser 
Reichstage  (3 1  Mserz  1 1 57).  In-8°,  46  S. 
Berlin  (Weber).  •  fr-  3  S 

Kerviler  (R.).  Le  Chancelier  Pierre  Sé- 
guier,  second  protecteur  de  l'Académie 
française.  Études  sur  sa  vie  privée,  poli- 
tique et  littéraire  et  sur  le  groupe  aca- 
démique de  ses  familiers  et  commensaux. 
In-8»,  xv-672  p.  Paris  (Didier  et  C). 

7  fr.  50 

Kruse  (H.).  Quaestiones  Aristophaneae. 
In-4°,    30    S.    Berlin   (Calvary  et  C'). 

1  fr.  7  5 

Ludorfif(F.).   Ueb.   die  Sprache  d.  alt- 

englischen  Lay   Havelok  pe  Dane.   Ein 

•     Beitrag  zur  Kenntniss  d.  altengl.  Gram- 

matik.  In-8*,   31   S.   Miinster  (Asschen- 

dorff).  75  c. 

Malherbe.  Poésies  complètes  avec  pré- 


face, notes  et  glossaire  par  M.  P.  Jannet. 
In- 16,  viij-224  p.  Paris  (Lemerre).  2  fr. 

Mayhofif  (C).  Novae  lucubrationes  P!i- 
nianaï.  In-8*,  104  S.  Leipzig  (Teubner). 

3  fr.  25 

Mussafia  (A.).  Zur  Katharinenlegende. 
L   Gr.    in-8'',    80    S.    Wien   (Geroldj. 

I  fr.  75 

Otte  (H.).  Geschichte  der  deutschen  Bau- 
kunst  v.  der  Rœmerzeit  bis  zur  Gegen- 
wart.  Mit  zahlreichen  Holzschn.  u.  an- 
deren  Abbildgn.  5.  (Schluss-)  Liefg.  Gr. 
in-8*,  viiju.  S.  617-752.  Leipzig  (T.  O. 
Weigel).  3  fr-  25 

Complet.  24  fr. 

Pfizmaier  (A.).  Zur  Geschichte  Japans 
in  dem  Zeitraume  Bun-Jei.  Gr.  in-8', 
84  S.  Wien  (Gerold).  1  fr.  75 

Procksch  (A.).  Die  Consecutio  temporum 
beiCaesar.  In-8°,  36  S.  Leipzig  (Teubner). 

I  fr.  10 

Sanders  (D.).Vorschlasgezur  Feststellung 
e.  einheitlichen  Rechtschreibung  fur  All- 
deutschland.  2.  Hft.  In-8°,  viij-242  S. 
Berlin  (Guttentag).  2  fr,  75 

Schmidt  (A.).  Shakespeare-Lexicon.  A 
complète  dictionary  of  ail  the  english 
words,  phrases  a.  constructions  in  the 
Works  of  the  Poet.  Vol.  L  A-L.  Gr. 
in-8',  viij  u.  S.  1-678  Berlin  (G.  Reimer). 

16  fr. 

Schmidt  (R.).  Kritik  der  C^ellen  zur 
Geschichte  der  Gracchischen  Unruhen. 
^-8",  35  S.  Berlin  (Weber).       i  fr.  3  5 

Schriften  der  Universitaet  zu  Kiel  aus  d. 
J.  1873.  20.  Bd.  In-4*,  iv-652  S.  mite. 
Steintaf.  Kiel  (Universitasts-Buchh.).  6  f . 

Schuessler  (0.).  De(^.  CurtiRuficodice 
Oxoniensi  A.  In-4"',  29  S.  Leipzig 
(Teubner).  i  fr.  10 

Secretan  (E.).  La  langue  allemande  com- 
parée à  la  langue  française  au  point  de 
vue  de  la  prononciation,  de  l'orthographie 
et  l'étymologie  et  des  flexions.  In-8°,  viij- 
77  p.  Lausanne  (Benda).  2  fr. 

Seyfifert  (0.).  Studia  Plautina.  ^-4», 
31  S.  Berlin  (Calvary  et  C«).      i  fr.  65 

Simon  (J.).  Souvenirs  du  4  Septembre. 
Origine  et  chute  du  second  empire.  In-8', 
440  p.  Paris  (Michel  Lévy  frères).  6  fr. 

Wahl  (P.  M.).  De  grscas  radicis  *EP 
vario  usu  et  verbali  et  nominali.  In-8', 
38  S.  Leipzig  (Hinrichs).  i  fr.  50 


Nogent-le-Rotrou,  Imprimerie  de  A.  Gouverneur. 


N*  3  Neuvième  année.  16  Janvier  1875 

REVUE  CRITIQUE 

D'HISTOIRE   ET  DE  LITTÉRATURE 

RECUEIL  HEBDOMADAIRE  PUBLIÉ  SOUS  LA  DIRECTION 

DE  MM.  C.  DE  LA  BERGE,  M.  BRÉAL,  G.  MONOD,  G.  PARIS. 


Secrétaire  de  la  Rédaction:  M.  Stanislas  Guyard. 


Prix   d'abonnement  : 

Un  an,  Paris,  20  fr.  —  Départements,  22  fr.  —  Etranger,  le  port  en  sus 

suivant  le  pays. 


PARIS 
LIBRAIRIE    A.    FRANCK 

F.    VIEWEG,    PROPRIÉTAIRE 
67,  RUE  RICHELIEU,  67 


Adresser  toutes  les  communications  à  M.  Stanislas  Guyard,  Secrétaire  de  la 
Rédaction  (au  bureau  de  la  Revue  :  67,  rue  Richelieu). 

ANNONCES 


En  vente  à  la  librairie  A.  Franck,  F.  Vieweg  propriétaire, 
67,  rue  de  Richelieu. 

A1\4A  R  T  PrT"TFr-"RtrV    ^^"""'^"^s   divers  re- 
•      iVl/ArvlILl     lELi     DILI      cueillis  en  Egypte  et  en 
Nubie.  i2Mivraison.  In-fol.  6  fr. 


BIBLIOTHÈQUE  DE  L'ÉCOLE  DES  HAUTES  ÉTUDES 

18®  et   19e  FASCICULES. 

ROFr      î     AQTÎT'VRÎFr     ^^"^^  ^"^  ^^^  comtes  et 
•      L'I-^     i-i/\ollLIr\lLl<     vicomtes     de     Limoges 

antérieurs  à  Pan  1000.  5  fr. 

AO  A  R  1\/T  t7  Q  T*  t7  T^  ÏhT  T^     traité  de  la  formation  des 
•    L-'ArviVl  lliO   1    lL   1    Cilv    mots    composés  dans  la 
langue  française  comparée  aux  autres  langues  romanes  et  au  latin.  12  fr. 


f^  r^ï-IARANIFTATÎ  ^'■^S"^^"^^  ^'""  mystère  proven- 
^*  V^iIAdAINIlLAU  çal  découverts  à  Périgueux , 
publiés,  traduits  et  annotés.  Gr.  in-80.  i  fr.  50 


PERIODIQUES.  ..™. 

The  Academy,  N*  n8,  new  séries,  26  décembre  1874.  Roland  Phillips, 
Memoirs  of  the  Civil  War  in  Wales  and  the  Marches,  1642- 1649.  ^  vols.  Lon- 
don,  Longmans  and  Co.  (J.  J.  Cartwright  :  importante  contribution  à  l'histoire 
du  pays  de  Galles).  —  Bass  Mullinger,  The  University  of  Cambridge  from  the 
Earliest  Times  to  the  Royal  Injunctions  of  1 5  3  5 .  University  Press  (C.  W.  Boase  : 
excellent  ouvrage  contenant  des  détails  entièrement  nouveaux  sur  les  origines  de 
l'enseignement  universitaire  anglais).  —  Sir  Samuel  Write  Baker,  Ismailïa  ;  A 
Narrative  of  the  Expédition  to  Central  Africa  for  the  suppression  of  the  Slave 
Trade  organised  by  Ismail  Khédive  of  Egypt.  London,  Macmillan  and  Co. 
(EuAN  Smith  :  art.  analytique).  —  Notes  and  News.  —  Notes  of  Travel.  —  New 
York  Letter  (J.  L.  Gilder  :  revue  littéraire).  —  Correspondence.  Bactrian  Coins 
and  Indian  dates  (Edward  Thomas).  —  An  Allusion  in  «  Hamlet  »  (F.  J.  Fur- 
nivall).  —  Flint,  The  Philosophy  of  History  in  France  and  Germany.  Edin- 
burgh  and  London,  Blackwood  (W.  Wallace  :  art.  analytique). 

The  Athenseum,  N''246i,  26  décembre.  Continental  Literature  in  1874. 
Belgium  (E.  de  Laveleye  —  Paul  Fredericq_).  —  Bohemia  (Dr.  J.  Durdik). 

—  Denmark  (E.  Jessen).  —  France  (Gustave  Masson).  —  Germany  (Robert 
Zimmermann).  —  Greece  (S.  Comnos).  —  Holland  (A,  C.  Loffelt).  —  Hun- 
gary  (A.  Vambéry).  —  Italy  (Angelo  de  Gubernatis).  —  Servia  and  Croatia 
(G.  Popovic).  —  Spain  (J.  F.  RiAÎio).  —  J.  R.  Phillips,  The  Civil  War  in 
Wales  and  in  the  Marches.  —  The  Public  Libraries  of  London.  Dr.  Williams's 
Library.  —  The  Authorship  of  the  anti-Martinist  Tracts.  L  Pap  with  a  Hatchet 
(Brinsley  Nicholson).  —  Literary  Gossip.  —  Hebrew  Metrology  (Barclay  V. 
Head).  —  Societies  (Soc.  royale,  de  numismatique). 

Literarisches  Centralblatt,  N*  i ,  2  janvier.  Brentano,  Psychologie  vorn 
empirischen  Standpunkte.  i.  Bd.  Leipzig,  Dunckeru.  Humblot.  In-8°,  XVJ-350P. 

—  The  Jade  Chaplet  in  24  beads.  A  collection  of  songs,  ballads,  etc.  (from  the 
Chinese)  by  Carter  Stent.  London,  Trùbner.  In-S",  viij-i 66  p.  (on  ne  peut 
juger  cette  traduction  qu'au  point  de  vue  littéraire).  —  Destinon,  De  codicum 
Cornificianorum  ratione.  Comm.  L  Kiel,  Haeseler,  In-S",  83  p.  —  Quellen  und 
Forschungen  zur  Sprache-  und  Culturgeschichte  der  germanischen  Vcelker. 
Herausg.  v.  Brink  und  Scherer.  II.  Ungedruckte  Briefe  von  und  an  Johann 
Georg  Jacobi,  herausg.  v.  Martin.  Strassburg,  Trùbner.  In-8°,  viij-90  p.  — 
C0MOENS,  Os  Lusiadas.  Herausg.  v.  Reinhardtstœttner.  Strassburg,  Trùbner. 
ln-8°,  xlj-96  p.  (article  sévère).  —  Scaenicse  Romanorum  poesis  fragmenta 
secundis  curis  recens.  Ribbeck.  Vol.  IL  Comicorum  fragmenta.  Leipzig,  Teubner. 
In-8°,  cxxxvj-508  p.  (art.  favorable;  on  reproche  seulement  à  l'auteur  l'âpreté 
de  son  ton  lorsqu'il  parle  de  ses  émules). 

Jenaer  Literaturzeitung,  1874,  n*  50,  12  décembre.  KôSTLIN,  Martin 
Luther.  Sein  Leben  und  seine  Schriften.  Bd.  i.  2.  Eingel.  v.  Nitzch.  Elberfeld, 
Friderichs.  In-S",  viij-8i  i  ;  iv-679  P-  C^-  Holtzmann).  —  Weingarten,  Zeit- 
tafeln  zur  Kirchengeschichte.  2.  Aufl.  Leipzig,  Hartung.  In-8°,  vj-171  p.  (Nip- 
pold).  —  Sauter,  Diplomatisches  ABC.  Schlùssel  zum  Verstaendniss  und  Lesen 
alter  Handschriften,  etc.  Stuttgart,  Bruchmann.  Tn-folio,  15  Tafeln.  Arndt, 
Schrifttafeln  zum  Gebrauche  bei  Vorlesungen  und  zum  Selbstunterricht.  Berlin, 
Kœnigliche  Hof-Steindr.  In-folio,  25  Taf.  (Wilh.  Schum).  —  Capasso,  Historia 
diplomatica  Regni  Siciliae  inde  ab  anno  12 50-1 266.  Neapoli.  In-4'',  376  p. 
(Wilhelm  Bernhardi).  —  Ritter,  Die  Union  und  Heinnch  IV  1607-1609. 
Mùnchen,  Rieger'sche  Univ.-Buchh.  In-8%  vj-627  p.  (G.  Droysen).  —  Otto, 
Johannes  Cochlaeus  der  Humanist.  Breslau,  Aderholz.  In-8%  viij-199  p.  (C 


REVUE  CRITIQ^UE 

^D'HISTOIRE    ET    DE    LITTÉRATURE 

N*  3  —  16  Janvier  —  1875 

Sommaire  :  1 1.  Delbruck,  le  Verbe  dans  la  langue  védique. —  12.  Heyne,  Courte 
grammaire  des  anciens  dialectes  germaniques,  3*  éd.  —  13.  Talbert,  Du  dialecte 
blaisois.  —  14.  Chronique  de  Robert  de  Torigni,  p.  p.  Delisle,  t.  II.  —  15.  Chro- 
niques de  Saint-Martial  de  Limoges,  p.  p.  Duplès-Agier.  —  16.  Ethé,  Le  poète 
épique  Jules  Grosse.  —  Sociétés  savantes  :  Académie  des  inscriptions. 

t; 

^\.  -r-  Das  altindische  Verbum  aus  den  Hymnen  des  Rigveda  seinem  Baue  nach 

dargestellt  von  B.  Delbruck.  Halle,  Buchhandlung  des  Waisenhauses.  1874.  i  vol. 
-  in-8%  248  p.  —  Prix  :  8  fr. 
I 

La  nouvelle  publication  de  M.  D.  offre  un  double  intérêt.  A  défaut  d'un  tra- 
vail d'ensemble  sur  la  grammaire  védique  que  nous  attendons  toujours  de 
M.  Benfey,  elle  traite  du  moins,  d'une  façon  aussi  complète  que  possible,  l'un 
des  plus  importants  chapitres  de  cette  grammaire,  le  chapitre  de  la  structure  du 
verbe,  et  rend  ainsi  un  service  signalé  aux  études  indiennes.  Mais  en  même 
temps  elle  fournit  à  la  grammaire  comparée  des  matériaux  indispensables  pour 
l'étude  des  origines  de  la  conjugaison  dans  les  langues  indo-européennes,  M.  D. 
est  lui-même  avant  tout  un  linguiste  dont  les  différents  travaux  sur  les  textes 
védiques  ont  toujours  été  des  contributions  à  la  science  des  Bopp,  des  Schleicher 
et  des  Curtius,  le  plus  souvent  d'ailleurs  à  une  partie  encore  peu  étudiée  de  cette 
science,  nous  voulons  dire  la  syntaxe  comparée.  C'est  encore  à  ce  dernier  ordre 
d'études  que  se  rattache  indirectement  le  livre  dont  nous  rendons  compte  : 
M.  D.  nous  annonce  en  effet  que,  dans  sa  pensée,  un  exposé  de  la  formation  du 
verbe  védique  n'est  qu'un  travail  préparatoire  à  l'étude  des  temps. 

L'auteur  a  ordonné  son  ouvrage,  non  selon  le  plan  ordinaire  des  grammaires 
sanscrites,  mais  d'après  les  principes  de  la  grammaire  comparée,  et  nous  ne 
pouvons  que  l'en  louer  :  car  les  catégories  des  grammairiens  hindous,  particu- 
lièrement la  division  des  verbes  en  dix  classes,  appropriées  seulement  à  la  langue 
sanscrite  classique  dont  elles  n'embrassent  pas  même  toutes  les  formes,  paraissent 
tout  à  fait  insuffisantes  quand  on  essaie  de  les  appliquer  au  Rig-Veda.  Un  court 
résumé  de  la  table  des  matières  sera  la  meilleure  recommandation  du  livre  auprès 
de  nos  lecteurs. 

Après  une  introduction  consacrée  à  des  généralités  sur  le  texte  du  Rig-Veda 
et  les  travaux  dont  il  a  fait  l'objet  (p.  1-20),  M.  D.  traite  d'abord  des  désinences 
et  de  l'augment,  c'est-à-dire  des  éléments  distincts  du  thème  (p.  23-80).  Il 
étudie  les  désinences  en  rapprochant  successivement  toutes  celles  d'une  même 
personne  dans  les  différents  temps,  d'abord  à  l'actif,  ensuite  au  moyen  :  cet  ordre 
a  l'avantage  de  réunir  tous  les  éléments  qui  remplissent  une  fonction  iden- 
tique, ridée  de  la  personne  restant  la  même  dans  quelque  temps  du  verbe  qu'elle 
soit  exprimée.  Puis  vient  (p.  8j-i88)  la  revue  des  thèmes  de  temps.  M.  D., 


34  'TX    \lfyl'      REVUE    CRITIQUE      [    f  \J  Ti   fj 

remarquant  que  la  caractéristique  a  par  exemple  n'est  pas  plus,  en  principe,  le 
signe  du  présent  que  celui  de  l'aoriste,  que  le  redoublement  n'est  pas  propre  au 
parfait,  mais  se  rencontre  aussi  au  présent,  etc.,  adopte  avec  raison  une  classi- 
fication générale  uniquement  fondée  sur  la  contexture  matérielle  des  thèmes.  Il 
étudie  successivement  les  thèmes  identiques  à  la  racine  nue;  les  thèmes  identiques 
à  la  racine  redoublée  ;  ceux  en  a  non  renforcés,  i  "  avec  l'accent  sur  la  racine, 
2°  avec  l'accent  sur  la  caractéristique;  ceux  en  a  renforcés;  ceux  de  la  classe 
nasale  formant  les  5%  7^  et  9*  classes  des  grammairiens  hindous  et  en  outre 
une  partie  de  la  i""*  et  de  la  6%  ceux  en  ya,  y  compris  les  thèmes  de  passif; 
enfin  ceux  en  cha.  Ici  se  place  un  appendice  sur  les  verbes  qui  forment  leur  pré- 
sent de  plusieurs  manières.  M,  D.  passe  ensuite  aux  thèmes  d'aoriste  en  s,  en 
distinguant  naturellement  ceux  qui  sont  entés  en  quelque  sorte  sur  un  thème  de 
présent  (ex.  grnîsh-e),  puis  aux  thèmes  de  futur  en  sya,  et  enfin  aux  désidératifs. 
Un  appendice  est  ensuite  consacré  au  prétendu  /  de  liaison.  De  la  page  191  à  la 
page  198,  l'auteur  traite  des  modes  :  subjonctif,  optatif  et  précatif,  impératif. 
Ensuite  viennent  (p.  201-218)  les  thèmes  de  verbes  dénominatifs,  au  nombre 
desquels  il  range  les  causatifs,  et  enfin  (218-238)  les  formes  non  personnelles, 
c'est-à-dire  les  infinitifs  et  les  participes.  L'ouvrage  se  termine  par  un  index  des 
formes  les  plus  difficiles. 

Sous  chacune  des  divisions  principales  que  nous  venons  de  reproduire,  et  de 
leurs  subdivisions,  M.  D.  donne  l'énumération  complète  des  formes  qui  s'y  rap- 
portent dans  les  hymnes  du  Rig-Veda,  en  y  joignant  les  formes  curieuses  que 
peuvent  présenter  les  autres  textes  védiques.  Il  ne  cite  pas  les  passages  du  Rig- 
Veda  où  se  rencontrent  les  différentes  formes,  se  contentant  de  renvoyer  ses 
lecteurs  à  l'index  de  M.  Max  Mûller  et  surtout  à  celui  de  M.  Grassmann  oili  elles 
sont  méthodiquement  classées.  Nous  ne  saurions  blâmer  M.  D.  d'avoir  diminué 
le  volume  de  son  ouvrage  en  supprimant  les  indications  qui  auraient  fait  double 
emploi  avec  celles  d'un  autre  livre,  et  nous  ne  pouvons  que  regretter  le  retard 
apporté  à  la  publication  des  derniers  fascicules  de  M.  Grassmann,  Quanta  l'énu- 
mération des  formes,  nous  n'avons  pu  encore  l'étudier  d'assez  près  pour  affirmer 
qu'il  ne  s'y  remarque  aucune  omission.  De  plus  la  classification  de  ces  formes 
d'après  leur  fonction,  que  M.  D.  n'a  pas  négligée,  tout  en  la  subordonnant  à  la 
classification  fondée  sur  leur  contexture  matérielle,  dépend  trop  étroitement  de 
la  traduction  du  texte,  pour  que  les  listes  qu'il  a  dressées  ne  soient  pas  destinées 
à  subir  certaines  modifications  avec  le  progrès  de  l'interprétation  védique.  Mais 
dès  aujourd'hui  nous  pouvons  dire  qu'elles  paraissent  présenter  toute  l'exactitude 
dont  un  tel  travail  était  susceptible  dans  l'état  actuel  de  la  science. 

En  même  temps  qu'il  énumère  les  formes,  l'auteur  pose  et  discute  les  questions 
d'origine  soulevées  par  la  comparaison  de  celles  qui,  différentes  matériellement, 
sont  équivalentes  quant  à  la  fonction.  Son  livre  en  effet  n'est  pas  seulement  un 
recueil  de  matériaux  pour  une  grammaire  scientifique;  il  est  lui-même  une  œuvre 
considérable  de  linguistique.  Nous  sommes  loin  d'ailleurs  d'accepter  toutes  les 
solutions  de  M.  D.  qui  souvent  ne  les  présente  lui-même  que  sous  forme  dubi- 
tative. En  général,  dans  cette  partie  de  son  ouvrage,  comme  dans  les  autres 


d'histoire  et  de  littérature.  35 

travaux  qu'il  a  déjà  publiés,  l'auteur,  sans  suivre  servilement  sur  les  questions 
déjà  traitées  les  opinions  généralement  reçues,  se  montre  plutôt  conservateur 
que  novateur,  et  le  caractère  général  de  ses  analyses  linguistiques  est  une  sorte 
d'éclectisme,  mêlé  de  vues  originales,  mais  toujours  fidèle  à  certains  dogmes 
(qu'il  nous  pardonne  cette  expression  dont  il  semble  reprocher  l'usage  à 
M.  Westphal  p.  5 1),  à  certaines  solutions  qui,  pour  être  consacrées  par  un  long 
et  presque  universel  assentiment,  ne  peuvent  cependant  à  notre  avis  passer 
pour  définitives.  Nous  voulons  parler  surtout  de  la  théorie  des  désinences  per- 
sonnelles, et  de  la  répugnance  de  M.  D.  à  admettre  sur  ce  domaine  une  diver- 
sité d'éléments  analogue  à  celle  qu'il  reconnaît  volontiers  quand  il  s'agit  de  la 
formation  ou  de  la  dérivation  des  thèmes.  Ainsi  tandis  qu'il  revendique  avec 
raison  les  droits  d'une  caractéristique  indépendante  u  dans  karoti  contre  l'hypo- 
thèse d'une  chute  inexplicable  de  l'n  de  krnoti  (p.  1 56),  il  aime  mieux  au  con- 
traire supposer  la  chute  tout  aussi  inexplicable  d'un  /  (p.  66-67)  qu'une  multi- 
plicité des  désinences  de  la  3*  personne  qui  tendrait  à  assimiler  la  conjugaison  à 
la  formation  et  à  la  dérivation  ordinaires.  Il  nous  semble  en  un  mot  que  M.  D., 
qui  d'ailleurs  ne  nie  pas  l'adaptation  tardive  de  certaines  formes  telles  que  le 
thème  du  causal  (p.  109)  à  la  fonction  qu'elles  ont  prise  dans  les  périodes  histo- 
riques du  langage,  tient  trop  à  l'idée  d'une  extrême  simplicité  primitive  des 
désinences  personnelles,  et  l'ardeur  avec  laquelle  il  a  défendu  contre  l'attaque 
selon  nous  mal  dirigée,  et  pourtant  victorieuse  sur  plus  d'un  point,  de  M.  Ludwig 
(cf.  Revue,  1873,  ^  P-  387)  la  théorie  de  Vagglutination,  c'est-à-dire  de  la  créa- 
tion des  formes  par  l'adjonction  aux  racines  d'éléments  pronominaux  revêtus 
déjà  à  l'état  isolé  de  la  fonction  qu'ils  remplissent  après  l'agglutination,  nous  fait 
supposer  qu'il  ménage  surtout  dans  les  explications  consacrées  de  la  flexion 
verbale  le  dernier  refuge  de  cette  théorie.  Nous  doutons  encore  que  M.  D.  fût, 
sans  cette  préoccupation,  aussi  prompt  à  admettre  le  changement  de  f  en  5  dans 
les  troisièmes  personnes  du  pluriel  en  us  rapprochées  de  celles  en  an  pour  ant 
(p.  5 1),  qui  sans  être  impossible  en  soi  n'est  pas  suffisamment  prouvé,  et  qu'on 
ne  peut  guère  accepter  sans  glisser  bien  vite  sur  la  pente  dangereuse  de  l'identi- 
fication des  suffixes  nominaux  ant,  an,  as,  etc.  Sous  le  bénéfice  de  ces  réserves, 
nous  reconnaissons  que  les  analyses  de  M.  D.  sont  en  général  fines,  ingénieuses, 
appuyées  de  rapprochements  empruntés  à  une  érudition  sûre  et  étendue,  et 
nous  n'ajouterons  plus  qu'un  très-petit  nombre  d'observations  sur  des  points  de 
détail. 

Il  ne  semble  pas  que  le  vers  i ,  48, 3  puisse  être  invoqué  (p.  1 1 9)  en  faveur  d'une 
forme  dadharire  pour  dadhrire,  la  prononciation  de  asyâs  en  trois  syllabes  (cf.  a^ya 
dans  Grassmann)  rétablissant  seule  la  forme  métrique  parfaite  du  pâda  qui  dans 
l'hypothèse  de  la  lecture  i^^Aar/ren'auraitni  le  double  iambe  final,  ni  la  8^  syllabe 
longue.  —  Nous  réclamerions  à  la  p.  91  une  place  pour  l'aoriste  âvas  de  la  racine 
vas  «  briller  «  que  nous  avons  cru  reconnaître  dans  trois  passages  au  moins  du 
Rig-Veda,  I,  113,  13,  1 57,  i;  VII,  75,  i  ÇMém.  de  la  Société  de  linguistique,  II, 
p.  37).  —  L'opinion  de  Bopp  d'après  laquelle  la  désinence  ati  de  la  3^  personne 
du  pluriel  serait  une  abréviation  de  anti,  n'est  pas  restée,  comme  le  croit  (p.  51) 


36  REVUE   CRITIQUE 

M.  D.,  à  l'abri  de  toute  contestation,  et  MM.  Bréal  et  Louis  Havet  ont  eu  au 
contraire  l'idée,  selon  nous  très-plausible,  que  la  seconde  pourrait  bien  n'être 
qu'une  nasalisation  de  la  première  (ibid.  II,  p.  193).  —  Sur  Ve  des  désinences 
du  duel  ethe,  eîe  dans  la  conjugaison  en  a,  M.  Ludwig  a  présenté  une  hypothèse 
qui  peut  être  dégagée  de  sa  théorie  générale,  et  qui,  ce  semble,  aurait  mérité 
une  mention  à  la  page  45.  Il  est  difficile  en  effet  de  n'être  pas  frappé  de  l'ana- 
logie de  cet  e  avec  celui  qui  dans  la  déclinaison  en  a  est  le  résultat  de  l'élargis- 
sement du  thème  par  un  /.  —  L'identification  de  la  désinence  des  impératifs  en 
si  avec  celle  de  l'indicatif  présent  (2*  personne)  nous  semble  être  une  manière 
d'éluder  plutôt  que  de  résoudre  la  question  soulevée  par  ces  formes  si  intéres- 
santes. Nous  renvoyons  sur  ce  sujet  à  l'hypothèse  que  nous  avons  présentée  dans 
la  Revue  (1873,  I,  p.  338).  —  Le  changement  de  yeno  que  suppose  le  rappro- 
chement du  grec  86va|xat  et  de  la  racine  sanscrite  yu  «tirer  à  soi,  s'emparer  de» 
(p.  78),  nous  semble  difficilement  admissible  depuis  que  M.  Bréal  a  ramené, 
avec  la  plus  grande  vraisemblance,  à  un  thème  pronominal  da  les  suffixes  de 
formation  où  M.  Curtius  avait  cru  observer  ce  phénomène  phonétique  {Mémoires 
etc.  I,  p.  193  et  suivantes).  —  Enfin  nous  avons  quelque  peine  à  comprendre 
la  formule  par  laquelle  M.  D.  cherche  à  expliquer  le  rapport  phonétique  des 
lettres  sanscrites  h  et  j  (la  muette  sonore  palatale).  «  Il  n'y  a  pas  de  doute,  » 
dit-il,  «  que  le  h  indien  n'ait  été  une  spirante  sonore  comme  le/.  »  M.  D.  croi- 
rait-il donc  que  le  ;  avait  dès  l'origine  la  prononciation  du  g  italien  devant  un  i 
ou  un  e,  c'est-à-dire  celle  d'une  lettre  double,  d'un  d  suivi  du  /  français  ?  Mais 
les  classifications  des  grammairiens  hindous  ne  nous  permettent  pas  de  voir  dans 
le  ;',  tel  qu'il  était  prononcé  de  leur  temps,  autre  chose  qu'un  son  simple  et 
explosif. 

Abel  Bergaigne. 

12.   —  Kurze  Laut-  und  Flexionslehre  der  altgermanischen  Dialecte, 

von  Moritz  Heyne.  j*  éd.  revue  et  corrigée.  1874.  Paderborn,  Druck  von  F.  Schœ- 
ningh.  In-S",  X-4Î4  p.  —  Prix  :  6  fr. 

On  attendait  avec  impatience  cette  troisième  édition  d'un  ouvrage,  jugé  si 
sévèrement  à  son  apparition  par  Schleicher,  et  qui  malgré  d'inévitables  défauts 
n'en  a  pas  moins  réussi,  et  a  été  depuis  douze  ans  si  utile  en  Allemagne  et  à 
l'étranger  à  tous  ceux  qui  étudient  les  anciens  idiomes  germaniques.  Mais  on 
pensait  aussi  que  le  retard  prolongé  apporté  à  la  publication  de  sa  grammaire 
aurait  permis  à  l'auteur  de  nous  la  donner  enrichie  des  derniers  résultats  de  la 
science.  Malheureusement  les  nombreux  travaux  qui  occupent  depuis  longtemps 
M.  Heyne  ne  lui  ont  pas  permis  cette  fois  plus  qu'il  y  a  quatre  ans  de  remanier  et 
de  refondre  son  ouvrage.  Le  seul  changement  apporté  à  cette  édition  se  borne  à 
l'indication  entre  crochets  des  publications  nouvelles  dont  les  dialectes  germa- 
niques ont  été  l'objet  depuis  1870.  C'est  sans  doute  trop  peu.  Mais  quoiqu'il  en 
soit,  nous  n'annonçons  pas  moins  avec  une  vive  satisfaction  la  publication  d'un 
livre  indispensable  à  quiconque  veut  s'initier  rapidement  à  la  connaissance  des 
anciens  idiomes  allemands.   Toutefois  nous   espérons  que  M.  H.   tiendra   à 


d'histoire  et  de  littérature.  37 

honneur  de  nous  donner  dans  la  quatrième  édition,  ce  qu'il  n'a  pu  faire  jusqu'ici: 
une  refonte  et  un  remaniement  complet  de  son  travail  primitif.  Il  serait  à  sou- 
haiter aussi  qu'il  y  joignît,  comme  seconde  partie,  un  abrégé  de  la  syntaxe 
allemande,  dont  sont  privés  les  germanisants,  qui  ne  possèdent  que  la  seconde 
édition  de  la  grammaire  de  Grimm. 

C.  J. 


13.  —  Du  dialecte  blaisois  et  de  sa  conformité  avec  rancienne  langue 
et  rancienne  prononciation  française,  thèse  présentée  à  la  faculté  des  lettres 
de  Paris,  par  F.  Talbert,  professeur  de  rhétorique  au  prytanée  militaire  de  La  Flèche. 
Paris,  Thorin.  1874.  i  vol.  in-S",  xv-338  p.  —  Prix:  7  fr.  50. 

Le  titre  qui  précède  annonce  une  étude  sur  le  dialecte  de  Blois  et  des  rappro- 
chements entre  ce  dialecte  et  la  vieille  langue  française.  On  s'attend  donc  à 
trouver  d'un  côté  une  description  exacte  et  méthodique  de  la  phonétique,  de  la 
grammaire  et  de  la  syntaxe  de  ce  patois,  de  l'autre  une  étude  comparative  éta  - 
blissant  rigoureusement  en  quels  points  il  a  conservé  des  traces  de  l'ancien 
français,  en  quels  points  il  a  innové.  Mais,  en  ouvrant  le  livre,  on  est  quelque 
peu  déçu.  L'ouvrage  de  M.  T.  ne  contient  qu'un  essai  de  description  plus  ou 
moins  précis  du  patois  ou,  comme  dit  de  préférence  l'auteur,  du  dialecte  blaisois, 
accompagné,  quand  l'occasion  s'en  présente,  de  digressions  étendues  sur  la  vieille 
langue,  depuis  la  fin  du  moyen-âge,  jusqu'au  xviii^  siècle.  Ce  n'est  pas  une 
étude  méthodique  sur  un  point  spécial  et  nettement  déterminé  de  la  philologie 
française;  c'est  un  ensemble  d'observations  rentrant  dans  un  cadre  plus  ou 
moins  large.  Il  ne  serait  pas  juste  de  demander  à  l'auteur  plus  qu'il  n'a  voulu 
nous  offrir.  Voyons  comment,  le  plan  de  son  livre  ainsi  compris,  il  l'a  exécuté. 

On  n'a  qu'à  jeter  un  coup  d'œil  au  hasard  sur  l'ouvrage  de  M.  T.  pour  se 
convaincre  que  l'auteur  n'est  nullement  au  courant  des  questions  de  la  philologie 
française.  Il  ne  connaît  ni  les  méthodes  ni  les  travaux  de  Diez  et  de  son  école. 
Il  paraît  ignorer  l'ouvrage  de  M.  Gaston  Paris  sur  Vaccenî  latin,  qui  est  Vabc 
dans  la  science  de  la  philologie  française.  La  seule  autorité  à  laquelle  il  se  réfère 
volontiers  est  Burguy,  dont  il  fait  son  guide  habituel,  et  c'est  là  un  guide  peu 
sûr,  comme  on  sait.  Bien  que  l'ouvrage  paraisse  fait,  à  en  juger  par  la  table  des 
matières,  sur  un  plan  correct  (I  Voyelles;  II  Diphthongues ;  III  Triphîhongiies ; 
IV  Consonnes;  V  Article,  substantif  et  verbe  ;  VI  Textes  blaisois)  l'ordre  suivi  dans 
le  détail  n'est  rien  moins  que  scientifique.  D'abord,  on  chercherait  vainement 
soit  une  carte  soit  une  description  géographique  du  dialecte  dont  l'auteur 
entreprend  l'étude.  Les  quelques  mots  qu'il  dit  dans  V Avant-propos  ne  sont  pas 
suffisants.  En  dehors  de  Blois,  quels  sont  les  environs  qu'a  exploités  M.  T.  et 
jusqu'où  s'étendent-ils  ?  Si  nous  entrons  dans  l'examen  du  livre,  nous  voyons 
dans  la  cinquième  partie,  une  section  (p.  243-259)  consacrée  aux  substantifs 
qui  ne  diffèrent  du  français  que  par  la  prononciation,  autrement  dit,  qui  sont  soumis 
à  des  lois  de  phonétique  spéciale.  L'auteur  n'a  pas  vu  que  cette  question  devait 
rentrer  dans  l'étude  de  la  prononciation  des  voyelles  et  des  consonnes.  M.  T. 
n'a  qu'unis  vague  idée  du  rôle  de  l'accent  latin  en  roman,  et  il  ignore  l'histoire 


38  REVUE  CRITIQUE 

du  vieux  français  et  des  lois  de  sa  formation.  Dès  les  premières  lignes,  consta- 
tant ce  fait  que  le  dialecte  blaisois  allonge  Va  long  français  et  tend  à  en  faire 
un  0  (sable  =  sâbe),  il  cite  à  l'appui  de  cette  prononciation  nasale  (sic)  les 
formes  de  l'anglo-normand  aun,  le  changement  de  al  en  au,  faits  d'ordre 
entièrement  différent;  il  en  rapproche  d'autres  formes  blaisoises  telles  que 
papa,  maman  oh  c'est  Va  atone  initial  qui  devient  0  bref  ou  long.  Comme  exemple 
du  changement  de  a  en  e,  il  cite  (p.  1 1)  almena,  bremer  qui  contiennent  un  e 
féminin,  à  côté  de  chercutier,  catherre  qui  renferment  un  é  ouvert.  «E  sonne  é  dans 
»  dehors,  fainéant,  lézard,  lécher,  jeter,  etc.  »  (p.  18).  Ici  sont  rapprochées  des 
formes  dissemblables,  1'/  de  diors,féegniant  est  dû  à  un  adoucissement  de  l'hiatus; 
celui  de  lizard,  licher,  jiter,  à  l'action  de  la  gutturale  avoisinante.  Dans  les 
exemples  de  changement  de  i  en  e  ou  é,  ou  ai  ou  ei  (c'est  tout  un  pour  l'auteur), 
on  trouve  pêle-mêle  réunis  des  mots  ayant  un  /  atone,  ou  un  i  en  position,  ou 
un  i  devant  un  consonne  palatale  (p.  24).  M.  T.  affirme  que  les  rimes  Othon, 
semun  de  la  Chronique  des  ducs  de  Normandie  (v.  18144-45)  sonnaient  oun,  et 
il  tranche  la  question  de  Vo  en  vieux  français  d'après  les  assertions  de  Burguy, 
sans  se  douter  de  la  complexité  des  problèmes  que  soulève  l'étude  de  cette 
voyelle.  Il  démontre  que  Vu  s'est  jadis  prononcé  eu.  «  Telle  a  été,  en  effet,  non 
»  pas  la  seule  prononciation  de  la  voyelle,  mais  une  des  plus  communément 
»  employées  depuis  l'origine  de  la  langue  (!)  »  (p.  49).  Il  fonde  cette  étonnante 
affirmation  d'un  côté  sur  des  exemples  établissant  la  prononciation  eu  pour  des 
mots  qui  depuis  ont  eu  un  u,  mais  qui  se  prononçaient  d'abord  eu  et  plus  ancien- 
nement eu,  ce  qui  ne  prouve  rien;  de  l'autre  sur  le  témoignage  de  Palsgrave  qui 
note  par  eu  notre  u,  ce  qui  n'est  pas  plus  étrange  que  la  notation  allemande  du 
même  son  par  ue  {ueber).  Pour  prouver  que  de  tout  temps  ai  en  v.-fr.  sonnait 
é,  noté  par  é  ou  par  ei  (p.  62),  il  cite  les  imparfaits  normands  en  eit,  comme  si 
l'imparfait  français  avait  toujours  été  en  ait,  les  participes  bourguignons  en  eit 
(de  aîus)  et  des  formes  en  e  réduites  de  ai  qu'il  accentue  à  son  gré  en  é;  parmi 
ces  formes  en  e  qu'il  donne  comme  issues  de  ai,  on  trouve  des  mots  tels  que  per 
(aujourd'hui  pair  de  parem),  qui  n'a  jamais  été  en  v.-fr.  que  per  et  ne  doit  son 
orthographe  par  ai  qu'à  une  erreur  des  lettrés  de  la  Renaissance.  Entre  autres 
exemples  de  l'affaiblissement  de  ai  en  a  (p.  70)  il  cite  des  mots  comme 
vrâment,  pâment  ce  qui  est  exact,  ou  comme  agu,  aguser,  claron,  char  (carnem), 
que  j'aimasse  (affaiblissement  de  que  j'aimaisse,  dit  M,  T.,  p.  246);  il  ne  remar- 
que pas  que  dans  ces  derniers  mots  1'^  est  étymologique.  Il  partage  l'opinion 
des  grammairiens  qui  voient  des  diphthongues  dans  des  sons  simples  tels  que 
ou,  au,  eu  (p.  i  $7);  aussi  écrit-il  que  «  la  diphthongue  ou  sonne  0  dans  un 
»  certain  nombre  de  mots  :  tourment,  poumon,  nourrir,  etc.,  prononcez  tor- 
»  ment,  etc.  «  Il  fait  dater  la  diphthongue  iau  des  origines  de  la  langue  et 
comme  preuve  à  l'appui,  il  cite  des  vers  d'Eust.  Deschamps,  d'Adam  de  la 
Halle,  c'est-à-dire  des  textes  de  la  fin  du  xiii'=  siècle  ou  du  xiv*.  Ayant 
remarqué  que  le  normand  a  une  affection  spéciale  pour  Ve  et  le  bourguignon 
pour  Va,  et  admettant  la  théorie  surannée  qui  voit  dans  le  français  un  mélange 
de  deux  dialectes,  il  reconnaît  du  normand  dans  le  v.-fr.  amere,  avère  (amara, 


d'histoire  et  de  littérature.  î9 

avara),  serchent  (circant)  et  du  bourguignon  dans  parcevoir,  mrrai,  damier,  larme, 
gendarme!  Combattant  Chevallet,  Ampère,  etc.  qui  voient  dans  'f aurais  soit 
haherem,  soit  habuero,  il  penche  à  faire  venir  ce  temps  de  fiabere  habeam  (p. 294), 
ne  se  doutant  pas  que  depuis  longtemps  l'étymologie  habere  habebam  est  hors  de 
conteste.  On  peut  prolonger  sans  fin  cette  énumération  de  rapprochements 
inexacts,  d'erreurs  de  faits,  d'assertions  téméraires.  Presqu'à  chaque  page  on  se 
heurte  à  des  fautes  de  ce  genre,  et  il  n'est  pas  besoin  d'un  bien  long  examen 
pour  se  convaincre,  comme  nous  le  disions  au  commencement,  que  M.  T.  est 
étranger  aux  questions  de  la  philologie  française. 

Cependant  cet  ouvrage  est-il  sans  valeur .?  Loin  de  là.  La  description  du  dialecte 
blaisois  laisse  plus  qu'à  désirer;  on  n'en  trouve  pas  moins  des  formes  curieuses, 
dignes  d'être  notées;  les  textes  blaisois  cités  à  la  fin  de  l'ouvrage,  quoique  peu 
nombreux,  sont  intéressants.  Les  affirmations  de  M.  T.  sur  le  vieux  français 
sont  plus  que  téméraires;  mais  ses  observations  sur  la  langue  du  xvi*  et  du 
xvii®  siècle  sont  en  partie  neuves.  C'est  surtout  dans  ces  observations  que  con- 
siste l'intérêt  de  son  livre,  dans  les  témoignages  qu'il  cite  des  grammairiens  et 
des  littérateurs,  dans  l'étude  intelligente  qu'il  fait  des  rimes  des  poètes.  Il  y  a  là 
bien  des  faits  curieux  qu'il  réunit,  qui  ne  sont  pas  tous  nouveaux  comme  il  se 
l'imagine,  mais  qui  le  sont  du  moins  pour  le  grand  public.  Je  signalerai  spécia- 
lement le  chapitre  consacré  à  l'histoire  de  la  diphthongue  0/,  et  dans  lequel  il 
montre  bien,  contre  M.  Quicherat,  que  le  son  oua  de  cette  diphthongue  a  été 
précédé  d'un  son  oué  (et  même  ouè)  lequel  à  son  tour  dérive  de  oe.  Là  encore, 
sans  parler  d'erreurs  de  détail  et  de  sa  facilité  à  se  contenter  de  certains  argu- 
ments bons  en  soi,  mais  insuffisamment  développés,  l'auteur  n'a  pas  vu  que  oe 
dérive  d'un  6i  (prononcez  comme  dans  le  grec  jxoi) ,  qui  provient  lui-même 
d'un  ei  antérieur  commun  à  toute  la  langue  d'oil  et  issu  le  plus  souvent  d'un  é 
ou  d'un  i  latin.  Au  xii^  siècle,  la  Picardie  change  cet  ei  en  oi;  la  Bourgogne 
l'imite;  l'Ile-de-France  aussi  mais  partiellement;  la  Normandie  refuse  de  suivre 
dans  cette  voie  les  provinces  de  l'Est  et  garde  son  ei.  Je  signalerai  encore  le 
chapitre  consacré  à  l'histoire  de  la  finale  er  dans  les  verbes.  Là  encore  M.  T.  a 
raison  contre  l'auteur  du  Traité  de  versification  française.  Je  noterai  aussi  les  obser- 
vations sur  la  prononciation  des  nasales  au  xvi*  siècle,  sur  la  distinction  du  passé 
défini  et  du  passé  indéfini  au  xvii«  s.  Ces  diverses  observations,  d'autres  encore 
que  je  ne  puis  signaler  ici,  prouvent  un  esprit  judicieux  et  perspicace.  Elles 
forment,  malgré  les  nombreuses  erreurs  qui  les  déparent  et  qui  sont 
dues  à  l'ignorance  de  la  vieille  langue,  la  partie  solide  du  livre  de  M.  T.  Ceux 
qui  s'intéressent  à  l'histoire  du  français  tireront  profit  des  renseignements  utiles 
qu'il  y  a  réunis. 

L'ouvrage  de  M.  T.  nous  montre  une  tendance  nouvelle  qui  porte  les  esprits 
curieux  vers  l'étude  scientifique  de  notre  langue.  C'est  ce  qui  a  été  compris  en 
Sorbonne,  et  on  ne  peut  qu'approuver  la  Faculté  des  Lettres  d'avoir  donné  ses 
encouragements  à  de  pareilles  tentatives  en  recevant  comme  thèse  de  doctorat 
un  travail  sur  un  patois.  Si  l'on  ne  peut  aborder  sans  études  préliminaires, 
longues  et  difficiles  en  somme,  des  travaux  sur  le  vieux  français  ou  même  sur 


4©  .:•!«!!!       REVUE   CRITIQUE 

les  patoisj  il  reste  toujours  un  champ  ouvert  aux  recherches  des  hommes 
studieux.  L'étude  de  la  langue  du  xvi"  et  du  xvii"  siècle  demande  moins  de 
connaissances  spéciales  ;  il  suffit  de  lire  avec  attention  les  ouvrages  du  temps  : 
grammaires,  observations  littéraires,  etc.  En  recueillant  et  coordonnant  avec 
soin  et  critique  les  documents  de  ce  genre  qui  abondent  du  reste,  on  peut 
apporter  beaucoup  de  faits  nouveaux  à  l'histoire  de  notre  langue.  Si  l'ouvrage 
de  M.  T.  était  le  signal  de  recherches  de  ce  genre,  nous  ne  pourrions  que  nous 
en  féliciter. 

Arsène  Darmesteter. 
tit}hnQîiqnozsi>Râ  M'  :-J2o  3^sivîjo  j3")  Jr 

14.  —  Ghronlqiie  de  Robert  de  Torigni,  abbé  dii  Mont-Saint-Miéhel ,  suivie  de 

divers  opuscules  historiques publiée  d'après  les  mss.  originaux  par  L.  Delisle. 

T.  II.  Coll.  de  la  Société  de  l'Histoire  de  Normandie.  Rouen,  Le   Brument.    1874. 
I  vol.  in-8",  xix-415  p.  —  Prix  :  12  fr. 

Ce  volume  complète  l'excellente  édition  de  la  chronique  de  Robert  de  Torigni 
entreprise  par  M.  E.  Delisle  pour  la  Société  de  l'Histoire  de  Normandie  '.  Il 
contient  une  préface  sur  la  vie  et  les  oeuvres  de  l'historien  normand  ;  la  fin  de  sa 
grande  chronique  de  1 1 68  à  1 1 86  ;  les  additions  que  cette  chronique  a  reçues 
dans  les  monastères  de  Fécamp,  de  Lire,  de  Savigny  et  du  Valasse;  la  conti- 
nuation ajoutée  par  un  moine  du  Bec  pour  les  années  1 1 57-1 160  à  la  première 
rédaction  de  la  chronique  s'arrêtant  à  11 56  ;  l'opuscule  intitulé  :  De  immutaîione 
ordinis  monachorum.  De  abbatibus  et  abbaîiis  Normannorum  et  xdificationibus 
earum;  des  Annales  du  Mont  Saint-Michel  s'étendant  de  la  naissance  de  Jean- 
Baptiste  à  l'année  1291  et  dont  une  panie  de  1135  à  1173  est  l'œuvre  de 
Robert;  d'autres  courtes  annales  de  506  à  1 1 54  et  de  876-1087;  enfin  les 
actes  de  Robert  de  Torigni  conservés  en  majeure  partie  dans  le  cartulaire  du 
Mont  Saint-Michel  et  aux  archives  de  la  Manche  et  commençant  par  le  récit  de 
l'administration  du  monastère  pour  les  années  ii  $5-1 159.  Un  index  très- 
complet  termine  l'ouvrage.  Nous  possédons  par  conséquent  dans  les  deux 
volumes  de  M.  Delisle  les  œuvres  complètes  de  Robert,  à  l'exception  du  hui- 
tième livre  ajouté  à  Guillaume  de  Jumièges  qui  ne  peut  pas  être  séparé  des  livres 
précédents  et  qui  sera  publié  par  M.  Lair  dans  l'édition  de  Guillaume  qu'il  pré- 
pare en  ce  moment  pour  la  Société  de  l'Histoire  de  France.  Une  partie  de  ces 
œuvres  était  inédite.  Les  Annales  les  plus  développées  du  Mont  Saint-Michel 
(ms.  d'Avranches,  n°  211)  n'avaient  jamais  été  publiées;  il  en  était  de  même  des 
courtes  Annales  de  876-1087  (Paris,  ms.  lat.  1 180);  les  actes  de  Robert  étaient 
également  inédits,  à  l'exception  des  dernières  pièces,  la  lettre  à  Gervais  prieur 
de  Saint-Céneri  pour  l'inviter  à  écrire  l'histoire  de  Geoffroi  le  Bel  duc  de  Nor- 
mandie et  comte  d'Anjou,  la  lettre  écrite  à  l'abbé  du  Bec  en  lui  envoyant  la 
seconde  partie  de  sa  chronique,  et  un  prologue  à  une  collection  d'extraits  de 
saint  Augustin.  Les  actes  relatifs  à  l'administration  du  Mont  Saint-Michel  pen- 
dant les  années  11 55-1 159  sont  en  particulier  du  plus  haut  intérêt;  ils  nous 
offrent  un  tableau  de  l'activité  de  l'abbé  d'un  grand  monastère  normand  au 


i,  Voy.  sur  le  i"  vol.  Rev.  ait.  1873,  n*  4,  art.  21. 


i;;^  î;3I 


d'histoire  et  de  littérature.  41 

milieu  du  xii*  siècle  et  peuvent  être  rapprochés  du  livre  si  intéressant  de  Suger  : 
de  rébus  sua  administratione  gestis.  L'opuscule  sur  les  monastères  normands  avait 
déjà  été  publié  à  plusieurs  reprises  par  D.  Luc  d'Achery  en  165 1  (à  la  fin  des 
œuvres  de  Guibert  de  Nogent),  par  D.  Brial  (dans  le  t.  XIV  du  Recueil  des 
Historiens  de  Fr.),  et  dans  le  Monasticon  anglicanum  (t.  VI,  p.  1061-1065). 
M.  Delisle  le  premier  a  indiqué  la  différence  entre  les  deux  rédactions  de  l'œu- 
vre :  il  donne  comme  ses  prédécesseurs  le  texte  de  la  seconde,  mais  il  met  en 
note  les  variantes  que  fournit  la  première. 

C'est  la  chronique  qui  forme  naturellement  la  partie  la  plus  importante  du 
travail  de  M.  D.  Nous  la  possédons  pour  la  première  fois  dans  un  texte  vraiment 
correct  et  complet,  avec  l'indication  de  toutes  les  modifications  que  Robert  a 
apportées  à  son  œuvre  lors  de  chacune  des  rédactions  successives.  Jusqu'à  l'année 
1 147  il  suit  la  chronique  de  Henri  de  Huntingdon,  et  M.  D.  note  avec  soin  tous 
les  rapports  entre  les  deux  ouvrages.  A  partir  de  1 147,  Robert  écrit  d'une  ma- 
nière tout  à  fait  indépendante  et  originale,  au  fur  et  à  mesure  des  événements, 
d'abord  au  monastère  du  Bec,  puis  au  Mont  Saint-Michel.  M.D.,  dans  les  notes 
vraiment  excellentes  qui  accompagnent  le  texte,  ne  laisse  passer  aucun  nom  de 
personnage  ou  de  lieu  sans  l'expliquer,  souvent  par  des  documents  inédits  ;  il 
renvoie  aux  passages  des  autres  chroniqueurs  anglais  contemporains  qui  peu- 
vent éclaircir  et  compléter  les  renseignements  que  nous  fournit  Robert,  J'avais 
déjà  signalé  à  propos  du  premier  volume  les  annotations  de  M.  D.  Je  ne  puis 
que  répéter  ici  ce  que  j'avais  déjà  dit  :  il  est  impossible  d'être  plus  complet,  plus 
sobre  et  plus  précis.  Aussi  ne  pouvons-nous  nous  empêcher  de  regretter  que 
M.  D.  ait  cru  devoir  borner  ses  annotations  à  la  chronique  et  n'en  point  donner 
aux  autres  écrits  contenus  dans  cette  édition.  L'opuscule  sur  les  abbayes  nor- 
mandes en  particulier  nécessiterait  des  éclaircissements  presque  à  chaque  ligne, 
et  ces  éclaircissements  eussent  été  surtout  désirables  dans  une  publication  qui 
n'est  pas  exclusivement  destinée  aux  érudits,  mais  encore  aux  membres  très- 
divers  d'une  société  d'histoire  provinciale.  Je  reconnais  toutefois  que  ce  commen- 
taire eût  été  très- difficile  à  exécuter  et  qu'il  aurait  augmenté  d'une  manière 
disproportionnée  le  travail  déjà  si  considérable  de  M.  D. 

C'est  le  désir  de  ne  pas  trop  dépasser  les  limites  qui  lui  étaient  prescrites  qui 
a  imposé  à  M.  D.  dans  sa  préface  une  sobriété  que  nous  serions  disposé  à 
trouver  excessive.  Il  dit  tout  ce  qui  est  essentiel  ;  et  il  le  dit  avec  une  précision 
qui  ne  laisse  rien  à  désirer.  Pour  un  livre  destiné  aux  savants,  il  n'y  aurait  rien 
à  demander  de  plus  ni  de  mieux;  pour  le  grand  nombre  des  souscripteurs  de 
la  Société,  quelques  pages  sur  le  caractère  de  l'œuvre  de  Robert,  sur  ses 
sources,  sur  son  autorité,  sur  le  groupe  d'historiens  auxquels  il  se  rattache 
n'eussent  pas  été  sans  utilité.  —  Continuateur  de  Sigebert  de  Genebloux,  il  fait 
partie  en  effet  de  cette  série  d'auteurs  d'histoire  universelle  qui  ont  pour  source 
primitive  la  Chronique  d'Eusèbe  traduite  par  saint  Jérôme  et  qui  écrivent 
pour  la  plupart  sous  l'influence  de  l'Empire  d'Allemagne,  héritier  de  l'empire 
rom.ain;  continuateur  de  Henri  de  Huntingdon,  il  peut  être  considéré  comme  un 
chroniqueur  anglo-normand.  H  a  lui-même  très-bien  indiqué  la  nature  de  son 


4i  REVUE    CRITIQUE 

travail  dans  sa  lettre  à  l'abbé  du  Bec  (p.  540-341  de  la  présente  édition)  dont 
M.  D,  eût  pu  faire  remarquer  l'importance,  et  qui  détermine  parfaitement  sa  place 
dans  l'Historiographie  du  moyen-âge  où  les  chroniques  se  relient  les  unes  aux 
autres  et  semblent  s'engendrer  naturellement. 

Quant  à  l'autorité  de  Robert,  M.  D.  n'en  dit  qu'un  mot,  mais  ce  seul  trait  a 
une  importance  capitale,  et  l'habile  éditeur  aurait  pu  y  insister  davantage.  Il 
montre  comment  les  fonctions  d'abbé  du  Mont  Saint-Michel  mirent  le  chroni- 
queur en  rapport  avec  un  grand  nombre  de  personnages  importants,  et  en  parti- 
culier avec  le  roi  d'Angleterre  Henri  II,  et  il  nous  indique  toutes  les  occasions 
où  le  roi  et  l'abbé  se  trouvèrent  réunis.  Nous  voyons  donc  que  Robert  était 
dans  une  position  exceptionnellement  favorable  pour  l'exécution  de  son  ouvrage. 
Mais  en  même  temps  M.  D.  nous  fait  remarquer  que  Robert  glisse  sur  les 
démêlés  de  Thomas  Becket  et  de  Henri  II.  Ce  n'était  pas  dire  assez.  A  l'année 
nyi,  Robert  passe  entièrement  sous  silence  l'assassinat  de  l'archevêque  de 
Cantorbery  et  ne  parle  que  de  sa  canonisation  par  le  pape.  Les  quatre  vers  qui 
indiquent  la  mort  de  Thomas  ont  été  ajoutés  postérieurement  par  une  autre 
main  dans  le  manuscrit  autographe  de  Robert. 

La  biographie  du  chroniqueur  était  déjà  assez  bien  connue  dans  ses  traits 
généraux.  Néanmoins  M.  D.  a  tiré  des  actes  de  Robert  des  détails  nombreux 
relatifs  à  sa  vie  au  Mont  Saint-Michel  et  il  a  rectifié  une  erreur  assez  grave 
accréditée  depuis  longtemps.  On  croyait  que  Robert  avait  été  à  Rome  en  1 1 6  3 . 
M.  D.  réduit  à  néant  cette  hypothèse,  montre  que  Robert  et  Alexandre  III  se 
sont  vus  à  Tours  au  concile  de  1 165  et  non  à  Rome,  et  replace  à  sa  vraie  date 
(30  sept.  12  59)  une  lettre  d'Alexandre  IV  qu'on  attribue  d'ordinaire  à  Alexan- 
dre III  et  qu'on  date  du  30  sept.  1163. 

Les  additions  faites  à  la  chronique  de  Robert  dans  divers  monastères  nor- 
mands n'avaient  jamais  été  publiées  à  part  sous  leur  forme  authentique  et  séparées 
du  texte  primitif  comme  elles  le  sont  aujourd'hui.  La  plus  importante  est  celle 
que  M.  D.  appelle  Continuatio  Beccensis,  qui  a  été  prise  par  les  précédents  édi- 
teurs pour  une  des  formes  de  la  chronique  de  Robert,  et  qui  est  en  réalité  une 
continuation  tout  à  fait  indépendante.  M.  Bethmann  s'y  était  trompé  et  avait 
reproduit  dans  les  Monumenta  Germaniae  l'édition  des  Bénédictins,  tout  en  pré- 
tendant avoir  coUationné  deux  mss.  l'un  de  Rouen  et  l'autre  de  Paris  dont 
l'examen  attentif  lui  aurait  certainement  fait  reconnaître  le  vrai  caractère  de 
l'œuvre  ' . 

On  peut  juger  par  ce  que  nous  venons  de  dire  de  l'importance  de  l'édition  de 
M.  D.  C'est  une  bonne  fortune  pour  la  Société  d'Histoire  de  Normandie  d'avoir 
pu  à  ses  débuts  offrir  aux  amis  des  études  historiques  une  publication  aussi 
remarquable. 


1.  Bethmann,  un  des  meilleurs  collaborateurs  des  Monumenta,  était  malheureusement 
assez  sujet  à  des  négligences  de  ce  genre. 


d'histoire  et  de  littérature.  45 

15.  —  Chroniques  de  Saint-Martial  de  Limoges,  publiées  pour  la  Société  de 
l'Histoire  de  France  par  H.  Duplès-Agier.  Paris^  Renouard.  1874.  In-8*,  lxvij-429  p. 
—  Prix  :  9  fr. 

Parmi  les  monastères  de  la  France  au  moyen-âge,  l'un  des  plus  brillants  fut 
certainement  l'abbaye  de  Saint-Martial  de  Limoges.  L'importance  de  sa 
bibliothèque,  le  soin  avec  lequel  la  plupart  des  abbés  se  plurent  à  l'augmenter  et 
à  la  conserver,  enfin  l'existence  d'un  grand  nombre  de  fragments  de  chroniques 
manuscrites,  tout  concourt  à  le  prouver.  Ces  chroniques,  restées  pour  la  plupart 
inédites  jusqu'à  la  publication  dont  nous  rendons  compte,  sont  d'une  grande 
importance,  non-seulement  pour  l'histoire  de  l'Aquitaine,  mais  encore  pour  celle 
de  toute  la  France  ;  on  y  trouverait  nombre  d'indications  nouvelles  sur  l'histoire 
des  démêlés  des  rois  de  France  et  d'Angleterre  aux  xii^  et  xnf  siècles,  et  quand 
elles  deviennent  tout-à-fait  locales  aux  xiv*  et  xv«,  elles  ne  laissent  pas  pour 
cela  de  présenter  encore  un  grand  intérêt.  Avant  d'adresser  à  M.  Duplès-Agier 
les  quelques  reproches  que  nous  croyons  pouvoir  lui  faire,  nous  devons  rendre 
hommage  au  talent  qu'il  a  déployé,  à  la  patience  avec  laquelle  il  a  su  retrouver 
dans  près  de  200  manuscrits  les  fragments  qu'il  nous  donne  aujourd'hui.  En 
effet,  il  n'est  pour  ainsi  dire  pas  une  seule  de  ces  chroniques  qui  forme  corps 
dans  les  manuscrits;  elles  sont  éparpillées  par  fragments  de  quelques  lignes  sur 
leurs  marges,  sur  leurs  feuillets  blancs;  il  a  fallu  les  réunir,  les  reconnaître,  com- 
parer les  écritures  et  retrouver  l'auteur  probable  de  chaque  morceau.  Aussi 
n'y  a-t-il  rien  d'étonnant  si  dans  une  publication  aussi  difficile  certains  détails 
laissent  à  désirer.  La  difficulté  et  le  mérite  du  travail  doivent  nous  disposer  à 
l'indulgence. 

Le  volume  de  M.  D.-A.  se  compose  de  trois  parties,  l'introduction,  les  textes 
et  une  table  copieuse.  Les  textes  eux-mêmes  se  divisent  en  textes  historiques 
et  en  textes  archéologiques. 

Dans  l'introduction,  M.  D.-A.  fait  l'histoire  des  œuvres  qu'il  édite,  en  s'ap- 
pesantissant  surtout  sur  Adémar  de  Chabannais  ou  de  Chabannes  et  sur  Bernard 
Itier.  Sur  le  premier  auteur,  il  faut  avouer  qu'il  est  tout-à-fait  insuffisant,  il 
n'ajoute  aucun  détail  à  ceux  que  nous  connaissions  déjà  et  ne  semble  pas  s'être 
servi  de  la  notice  des  éditeurs  des  Monumenîa  Germaniae  (SS.,  t.  IV);  tout  au 
moins  ne  la  cite-t-il  pas  parmi  les  auteurs  qui  ont  parlé  d'Adémar  (Jntroduct. , 
p.  IV,  note  3).  De  plus,  page  v,  il  semble  oublier  qu'Adémar  était  moine  de 
Saint-Cybar  d'Angoulême  et  non  pas  de  Saint-Martial,  et  que  malgré  un  assez 
long  séjour  dans  cette  abbaye,  avec  laquelle  il  eut  de  fréquents  rapports  de 
voisinage,  jamais  il  n'y  exerça  aucune  fonction.  M.  D.-A.  n'est  pas  éloigné 
de  lui  attribuer  une  restauration  du  tombeau  de  ce  saint,  qui  eut  lieu  à  son 
époque  ;  il  s'appuie  sur  une  inscription  qui  orne  le  tranchant  de  la  pierre  tombale 
du  martyr  :  Ademari  miserere  lui.  Mais  comment  un  moine  de  Saint-Cybar  eût-il 
pu  faire  exécuter  des  travaux  à  Saint-Martial  .>*  et  pourquoi  se  livrer  à  cette 
supposition  invraisemblable,  alors  qu'au  xi®  siècle  il  y  eut  à  Saint-Martial  même 
un  abbé  du  nom  d'Adémar .''  un  peu  de  réflexion  eût  pu  convaincre  M.  D.-A. 
que  cette  seconde  supposition  était  la  seule  admissible. 


44  REVUE   CRITIQUE 

La  notice  qui  suit  immédiatement  celle  d'Adémar  de  Chabannes  est  un  peu 
confuse  ;  elle  se  rapporte  à  Hélie  de  Ruffec  et  à  ses  continuateurs,  et  notamment 
pour  l'examen  et  pour  l'histoire  du  manuscrit  de  Taillefer,  le  raisonnement  de 
M.  D.-A.  quoique  juste,  est  assez  difficile  à  suivre. 

Il  n'en  est  pas  de  même  de  la  notice  sur  Bernard  Itier,  qui  nous  a  semblé 
excellente  de  tous  points,  claire,  bien  étudiée,  infiniment  plus  complète  que 
tout  ce  qui  a  encore  été  écrit  sur  cet  auteur;  M.  D.-A.  a  tiré,  croyons-nous, 
tout  le  parti  possible  des  textes  qu'il  publiait.  Nous  y  trouvons  nécessairement 
la  biographie  de  cet  écrivain,  l'histoire  et  l'analyse  de  ses  ouvrages,  la  descrip- 
tion des  manuscrits  qui  les  contiennent,  une  étude  détaillée  sur  leur  valeur,  enfin 
des  indications  intéressantes  sur  la  bibliothèque  du  couvent  au  commencement 
du  xiii^  siècle. 

L'auteur  termine  cette  notice  en  donnant  une  copieuse  analyse  des  diverses 
œuvres  de  Bernard  Itier,  étrangères  à  l'histoire;  ici  nous  lui  adresserons  un 
petit  reproche;  nous  estimons  qu'il  s'est  laissé  entraîner  à  donner  une  trop 
grande  importance  au  personnage  dont  il  faisait  l'histoire,  et  qu'il  a  attribué  à 
B.  Itier  des  théories  philosophiques  et  morales,  qui  ne  lui  sont  pas  propres, 
car  il  n'a  fait  qu'emprunter  aux  auteurs  scolastiques  de  son  temps  la  matière  de 
la  plupart  de  ces  essais,  qui  n'ont  d'ailleurs  aucun  intérêt  ni  pour  le  fond  ni  pour 
la  forme,  et  sont  en  général  imités  de  Sénèque  et  deCicéron.  On  peut  même  se  de- 
mander si  ces  morceaux  sont  bien  de  B.  Itier,  car  ils  n'ont  rien  d'assez  original 
pour  empêcher  de  les  attribuer  à  un  auteur  plus  ancien,  dont  le  bibliothécaire  de 
Saint-Martial  n'aurait  fait  que  recopier  les  travaux  '.  Dans  tous  les  cas,  on  peut 
regretter  que  M.  D.-A.  ait  cru  devoir  comprendre  ces  traités  dans  sa  publica- 
tion ;  il  aurait  pu  alléger  son  volume  en  les  omettant  et  consacrer  utilement  la 
place  qu'ils  y  occupent  à  une  annotation  plus  complète  de  la  dernière  partie  2. 

Après  la  notice  sur  Bernard  Itier  en  vient  une  autre  sur  ses  continuateurs, 
Etienne  de  Salvaniec  et  Hélie  Dubreuil,  compilateurs  inhabiles  et  incomparable- 
ment moins  intelligents  que  leur  prédécesseur,  mais  dont  les  chroniques  ont 
toujours  l'avantage  d'être  absolument  contemporaines  ;  toutefois,  comme  intérêt 
et  comme  valeur,  on  ne  peut  les  mettre  en  balance  avec  celle  du  premier 
rédacteur. 

Vient  ensuite  une  étude  sur  une  vaste  compilation  faite  à  la  fin  du  xiii®  siècle 
par  un  moine  de  St-Martial,  qui  tenta  de  composer  avec  tous  les  fragments  histo- 
riques laissés  par  ses  prédécesseurs  un  ouvrage  analogue  à  celui  de  M.  D.-A. 
lui-même;  il  les  réunit  dans  un  ordre  à  peu  près  méthodique,  sans  toutefois 
distinguer  les  auteurs,  en  y  insérant  tous  les  renseignements  qu'il  put  trouver 
ailleurs  sur  l'histoire  de  son  couvent  ;  ce  travail  remplit  le  manuscrit  latin  1 1 0 1 9 
de  la  Bibl.  Nat.  Il  fut  recopié  à  la  fin  du  xiV  siècle  par  un  moine  de  S.  Martin 
de  Limoges  et  cette  copie  forme  aujourd'hui  le  manuscrit  latin  J452.  C'est 

1.  Remarquons  que  B.  Itier  a  fait  d'autres  travaux  de  copie  analogues;  il  avait  no- 
tamment copié  la  vie  du  philosophe  Secundus  (v.  Introd.,  p.  xxx). 

2.  Nous  en  dirons  autant  des  traités  de  théologie  et  de  physique,  qu'il  attribue  à  B. 
Itier. 


d'histoire  et  de  littérature.  45, 

du  moins  ce  que  cherche  à  prouver  M.  D.  A.;  son  argumentation  est  fondée 
sur  ce  fait  que  dans  la  transcription,  le  style  indirect  est  toujours  remplacé  par 
le  style  direct,  toutes  les  fois  qu'il  s'agit  du  monastère  de  S.  Martin  et  sur 
quelques  mots  qui  prouvent  chez  le  copiste  une  certaine  aversion  pour  les  moines 
de  Saint-Martial.  Les  raisons  qu'il  donne  à  l'appui  de  son  opinion  nous  parais- 
sent concluantes. 

Dans  cette  compilation  et  dans  les  fragments  historiques  recueillis  soit  sur  les 
marges  des  manuscrits  originaux,  soit  dans  les  copies  de  D.  Estiennot,  M.  D.  A. 
essaie  de  reconnaître  le  travail  des  différents  rédacteurs  qui  se  succédèrent.  La 
première  chronique  qu'il  tente  de  reconstituer  va  de  l'an  1207  à  l'an  1320; 
il  donne,  p.  lv-lvi,  d'assez  bons  arguments  à  l'appui  de  son  opinion.  Mais  il 
nous  semble  errer  en  essayant  de  l'attribuer  à  Simon  de  Châteauneuf,  chantre 
et  moine  de  Saint-Martial,  sur  lequel  on  n'a  qu'une  courte  notice  assez  élogieuse, 
il  est  vrai,  des  écrivains  postérieurs;  d'ailleurs  cette  mention  nécrologique  sur 
laquelle  s'appuie  M.  D.A.  n'autorise  aucunement  une  telle  supposition;  la  mort 
d'un  dignitaire,  tel  que  le  chantre,  vu  le  rôle  qu'il  pouvait  avoir  joué  dans  les 
affaires  intérieures  du  monastère,  était  un  événement  assez  important  pour 
que  les  annalistes  anonymes  jugeassent  bon  d'en  marquer  exactement  l'année  et 
le  jour. 

Dans  les  pages  suivantes,  M.  D.  A.  combat  l'opinion  qui  soutient  que  nous 
possédons  une  grande  chronique  limousine  rédigée  tantôt  par  les  moines  de  S. 
Martial,  tantôt  par  ceux  de  S.  Martin;  il  prouve  que  ce  que  l'on  a  pris  pour 
cette  grande  chronique  n'est  qu'une  compilation  historique  allant  jusqu'en  1284. 

Si  de  l'introduction  nous  passons  aux  textes  publiés  dans  le  volume,  nous 
serons  obligés  de  faire  à  M.  D.  A.  plusieurs  reproches  ;  ayant  voulu  collationner 
sur  les  manuscrits  originaux  quelques  passages  choisis  au  hasard,  nous  avons  pu 
constater  qu'ils  n'avaient  pas  toujours  été  transcrits  avec  assez  de  fidélité.  Nous 
avions  choisi  les  pages  117  et  1 18  du  volume,  qui  font  partie  de  la  chronique 
de  Bernard  Itier,  et  voici  le  résultat  de  notre  travail  :  P.  117,  ligne  lo,  après 
de  Sancto  Marciate,  le  manuscrit  ajoute  et.  —  Même  page,  1.  15,  au  Heu  de 
id  est  presbiterum^  le  manuscrit  porte  I  presbiîeruin  ;  la  leçon  donnée  par  M,  D.A. 
se  comprendrait  mal.  —  Même  page,  1.  22,  à  la  place  de  rogaî,  rogavit,  le  ms. 
porte  rogav.  —  P.  118,  1.  1 1,  à  la  place  de  promisisset,  qui  n'a  pas  de  sens,  il 
faut  lire  permisisset. 

De  plus,  les  renvois  ne  nous  semblent  pas  toujours  parfaitement  exacts  ;  ainsi 

Kpage  1 18,  les  paragraphes  2,  3,  4  sont  indiqués  comme  étant  aux  feuillets  224 

et  225  du  ms.  latin  4281;  ce  ms.  n'a  que  137  f.  ;  évidemment,  l'éditeur  a 

oublié  de  donner  de  nouveau  le  numéro  du  manuscrit,  qui  devait  ne  plus  être  le 

même. 

Enfin,  nous  ferons  à  ce  sujet  à  M.  D.  A.  une  dernière  objection;  il  a  voulu 
distinguer  les  noms  de  langue  vulgaire  du  contexte  latin  et  les  a  mis  en  italiques; 
l'idée  est  bonne,  mais  il  fallait  en  poursuivre  l'application  jusqu'au  bout;  p.  119, 
nous  trouvons  en  caractères  romains  des  noms  tels  que  ceux-ci  :  La  Concha, 
Trobat;  p.  1 20,  Chauchagma,  etc. 


46  REVUE   CRITIQUE 

La  plupart  des  textes  à  proprement  parler  historiques  que  nous  trouvons  dans 
ce  volume  présentent  un  certain  intérêt  ;  ils  fournissent  des  faits  nouveaux  sur 
l'histoire  de  l'Aquitaine  et  donnent  souvent  de  curieux  renseignements  sur  l'état 
des  mœurs  et  des  esprits  aux  différentes  époques  du  moyen-âge.  A  ce  point  de 
vue,  la  chronique  factice  composée  par  M.  D.  A,  de  fragments  anonymes 
retrouvés  sur  les  marges  des  manuscrits  de  S.  Martial  renferme  nombre  de 
faits  intéressants;  tel  est,  entre  beaucoup  d'autres, le  récit  du  séjour  du  dauphin 
Louis  à  Limoges  en  1438  (p.  203  et  suiv.).  De  plus,  la  plupart  du  temps,  les 
textes  que  M.  D.  A.  donne  des  chroniques  déjà  publiées  sont  meilleurs,  par 
exemple  pour  Bernard  Itier,  et  pour  la  Commemoraîio  d'Adémar  de  Chabannes  ; 
ce  dernier  morceau,  publié  d'après  un  manuscrit  du  Vatican,  fournit  dans  un 
passage  célèbre  une  variante  importante  et  qui  semble  donner  raison  aux  der- 
nières hypothèses  sur  le  lieu  de  naissance  du  chroniqueur  Adémar  ;  au  lieu  de 
Campanense,  que  portait  le  texte  de  Labbe,  le  manuscrit  de  Rome  donne 
Capannense,  ce  qui  est  bien  Chabannes,  près  Château-Ponsac  (p.  4).  Ailleurs 
(p.  182),  il  fournit  une  variante  de  nom  de  lieu  assez  importante  au  texte  donné 
par  les  Historiens  de  France;  les  éditeurs  de  ce  recueil  auraient  vu  un  mot 
de  basse  latinité  là  où  se  trouve  le  nom  d'un  prieuré. 

M.  D.  A.  a  annoté  les  textes  qu'il  publiait  d'une  manière  sérieuse  et 
avec  une  connaissance  très-réelle  de  cette  partie  de  l'histoire;  pourtant, 
il  oublie  quelquefois  de  donner  la  raison  des  dates  qu'if  attribue  à  certains 
textes;  c'est  ainsi  que  p.  298,  il  ne  nous  dit  pas  pourquoi  il  place  entre  12 16 
et  1 2 1 8  le  récit  des  miracles  accomplis  par  le  pallium  de  l'autel  du  Sauveur  à 
S.Martial.  "jj  xuci  ^nogisq  2uof!  nomubcni 

A  la  suite  des  chroniques,  nous  trouvons  d'abord  un  certain  nombre  de  listes 
des  moines  bienfaiteurs  de  l'église  et  donateurs  de  terres;  la  plupart  n'ont 
aucune  importance  historique  et  figureraient  plus  naturellement  dans  un  cartu- 
laire  de  S.  Martial,  où  elles  serviraient  à  donner  une  date  approximative  aux 
pièces  qui  n'en  auraient  pas.  Nous  ne  ferons  guères  d'exception  qu'en  faveur  des 
indications  fournies  par  le  manuscrit  latin  1 139,  sur  les  réparations  de  l'église 
et  sur  les  ornements  ecclésiastiques  dus  à  la  générosité  du  sacristain  W.  La 
Concha  (p.  300  et  suiv.).  Nous  dirons  à  peu  près  la  même  chose  des  polyptyques, 
dont  la  place  était  ailleurs,  et  dont  rien  ne  vient  motiver  la  présence  ici,  il  eût 
tout  au  moins  fallu,  puisque  M.  D.  A.  voulait  les  publier,  donner  quelques 
détails  géographiques  sur  les  possessions  de  l'abbaye. 

Quant  aux  inventaires  d'ornements  d'église  et  de  vêtements  sacerdotaux,  ces 
textes,  étant  relativement  anciens,  sont  d'un  grand  intérêt;  l'annotation  en  est  assez 
copieuse  et  donne  tous  les  détails  désirables.  Nous  n'y  avons  relevé  qu'une  note 
confuse  sur  les  quinque  bans  Gaifiers  (p.  3 1 5)  ;  M.  D.  A.  rappelle  à  ce  sujet  les 
dépouilles  de  Waïfre,  duc  d'Aquitaine,  conservées  à  S.  Denis,  au  dire  de  la 
chronique  française  de  ce  monastère,  et  il  cite  justement  un  texte  de  Geoffroi  de 
Vigeois,  qui  donne  du  passage  de  l'inventaire  une  explication  toute  naturelle.  Cet 
auteur  parle  en  effet  de  cinq  étendards,  qua  appellanîur  hanum  Guelferii  de 
Turribus,  que  les  moines  de  Saint-Martial  portaient  à  la  procession  annuelle  des 


d'histoire  et  de  littérature.  47 

Rameaux.  Le  nombre  de  ces  objets  étant  le  même  dans  les  deux  cas,  leur  iden- 
tité n'est  pas  douteuse.  Quant  aux  inventaires  de  la  bibliothèque  qui  terminent 
le  volume,  leur  annotation  est  trop  succincte,  et  M.  D.  A.  eût  bien  dû  indiquer 
à  quels  signes  il  reconnaissait  dans  les  manuscrits  cités  par  l'inventaire  les 
volumes  aujourd'hui  à  la  B.  N. 

Pour  terminer,  nous  n'avons  plus  qu'à  dire  quelques  mots  de  la  table.  Elle 
était  naturellement  très-difficile  à  faire,  et  il  faut  reconnaître  que  M.  D.  A.  n'y 
a  pas  entièrement  réussi.  Les  articles  en  sont  mal  groupés,  les  noms  sont 
souvent  mal  identifiés  à  travers  leurs  variantes  orthographiques,  et  sous  un 
même  mot,  les  articles  sont  quelquefois  mal  rangés.  C'est  ainsi  qu'à  l'article  W., 
après  l'indication  d'un  certain  nombre  de  personnages  tant  laïques  qu'ecclésiasti- 
ques, désignés  dans  le  texte  par  cette  initiale,  nous  trouvons  les  dignitaires  de 
Saint-Martial,  placés  sans  aucun  ordre  ;  l'abbé  W.  vient  en  dernier  lieu  et  son 
article  fait  double  emploi  avec  un  autre  article  qui  lui  est  consacré  au  mot 
Willelmus.  '"''.'1.'^''. 

Voici  donc  en  résumé  notre  opinion  sur  l'ouvrage  de  M.  ti.  A.  :  une  foule  de 
textes  intéressants,  à  côté  d'un  certain  nombre  d'un  intérêt  moins  immédiat  au 
point  de  vue  historique  et  de  quelques-uns  de  parfaitement  inutiles  ;  une  anno- 
tation généralement  bien  conçue,  sobre  et  savante,  une  introduction  en  majeure 
partie  excellente.  Les  défauts  que  nous  avons  relevés  eussent  pu  disparaître 
presque  tous  si  l'éditeur  avait  apporté  dans  l'impression  du  volume  le  même  soin 
et  la  même  patience  que  dans  la  recherche  des  textes  qui  le  composent. 

A.    MOLINIER. 


i6.  —  Julius  Grosse  als  epischer  Dichter.    Eine  literatur-historische  Studie,  von  D' 
Hermann  Éthé.  1874.  Berlin,  Fr.  Lipperheide.  In-8',  48  p.  —  Prix  :  50  cent. 

Une  réclame  de  librairie,  mais  signée  d'un  nom  connu  et  dès  lors  non  sans 
intérêt.  J.  Grosse,  un  des  poètes  en  vue  de  la  génération  contemporaine,  est 
surtout  célèbre  par  ses  récits,  contes  ou  nouvelles  en  vers,  qui  ne  forment  pas 
moins  de  six  volumes.  Ses  éditeurs  ont  réuni,  dans  le  petit  livre  que  nous 
annonçons,  les  articles  consacrés  dans  la  Didaskalia  par  M.  Ethé  à  ces  pro- 
ductions aussi  variées  qu'attrayantes,  en  y  joignant  des  extraits  d'articles  emprun- 
tés à  d'autres  périodiques.  L'idée  n'est  pas  nouvelle  ;  mais  elle  n'avait  pas  encore 
été  réalisée  dans  d'aussi  larges  proportions.  On  ne  peut  sans  doute  que  l'approu- 
ver; cependant  on  y  applaudirait  davantage,  si  l'on  trouvait  dans  cet  opuscule 
toutes  les  critiques  dont  les  œuvres  épiques  de  Grosse  ont  été  l'objet,  quel 
qu'en  fût  d'ailleurs  le  caractère  :  ce  seraient  autant  de  matériaux  précieux  pour 
servir  à  juger  son  influence  et  le  rôle  qu'il  a  joué  dans  la  littérature  allemande 
contemporaine  :  œuvre  plus  utile,  mais  qui  aussi  eût  répondu  peut-être  moins 
bien  au  but  des  éditeurs. 

Je  ne  dirai  qu'un  mot  des  articles  de  M.  Ethé  :  s'ils  sont  trop  uniformément 
élogieux,  ils  font  aussi  ressortir  souvent  avec  bonheur  les  côtés  originaux  du 
talent  épique  de  Grosse  ;  par  là  ils  mériteront  d'être  consultés  par  l'historien 

/ 


48  REVUE   CRITIQUE    D'hISTOIRE    ET    DE    LITTÉRATURE. 

futur  de  la  génération  littéraire  actuelle,  dont  ce  poète  est  un  des  plus  dignes 
représentants.  C.  J. 

SOCIÉTÉS  SAVANTES. 

ACADÉMIE    DES   INSCRIPTIONS   ET   BELLES-LETTRES. 

Séance  du  8  janvier  1 87  5 . 

M.  Maury  est  élu  président  de  l'académie  pour  l'année  1875  ;  M-  de  Wailly 
est  élu  vice-président.  Ces  messieurs  prennent  place  au  bureau.  M.  Maury  pro- 
nonce une  courte  allocution  ;  sur  sa  proposition,  des  remercîments  sont  votés  à 
M.  Jourdain,  président  sortant. 

Sont  élus  membres  :  de  la  commission  du  prix  Gobert,  MM.  Desnoyers,  Hau- 
réau,  Heuzey,  Perrot;  de  la  commission  des  travaux  littéraires,  MM.  Naudet, 
Guigniaut,  Mohl,  Laboulaye,  Egger,  Ad.  Régnier,  de  Longpérier,  Hauréau;  de 
la  commission  des  antiquités  de  la  France  (M.  de  Lasteyrie  ayant  demandé  à 
n'être  pas  réélu),  MM.  de  Saulcy,  de  Longpérier,  L.  Renier,  Delisle,  Desnoyers, 
Hauréau,  Jourdain,  de  Rozière;  de  la  commission  de  l'école  d'Athènes,  MM.  Ra- 
vaisson,  Brunet  de  Presle,  Rossignol,  Egger,  de  Longpérier,  L.  Renier,  Wad- 
dington,  Heuzey;  de  la  commission  administrative,  MM.  Mohl  et  Brunet  de 
Presle. 

;rT   «;,;r. 

L'académie  a  reçu  :  —  pour  les  concours  du  prix  Bordin,  un  mémoire  sur  les 
noms  des  dieux  mentionnés  dans  les  inscriptions  babyloniennes  et  assyriennes, 
et  deux  mémoires  sur  les  œuvres  de  Sidoine  Apollinaire;  —  pour  le  prix  Gobert, 
les  ouvrages  suivants  :  Le  roi  René,  par  M.  Lecoy  de  la  Marche;  L'école  royale 
des  élèves  protégés,  par  M.  Courajod;  Livre-journal  de  Lazare  Duvaux,  1748- 17  58; 
—  pour  le  concours  des  antiquités  de  la  France,  une  Histoire  de  la  ville  de  Troyes 
et  de  la  Champagne  méridionale,  par  M.  Boutiot;  Annibal  en  Gaule,  par  M.  Mais- 
siat  ;  et  deux  mss.  l'un  sur  les  voies  romaines  de  la  Gaule,  l'autre  intitulé  La 
bienheureuse  Alpais  de  Cudot  et  son  biographe. 

Ouvrages  offerts  à  l'académie  :  Note  sur  quelques:  représentations  antiques  de 
Daniel  dans  la  fosse  aux  lions,  par  M.  E.  Leblant;  Note  sur  un  temple  romain  dé- 
couvert dans  la  forêt  d'Halatte,  par  M.  de  Caix  de  S.  Aymour,  et  divers  recueils 
périodiques.  —  M.  Hauréau  présente  de  la  part  de  M.  l'abbé  Demimuid  une 
thèse  de  doctorat  sur  Jean  de  Salisbury.  Il  fait  l'éloge  de  cet  ouvrage,  mais  il 
estime  que  l'auteur  s'est  montré  trop  sévère  dans  son  appréciation  des  doctrines 
philosophiques  de  J.  de  Salisbury.  —  M.  Maury  présente  de  la  part  de  M™'  la 
baronne  de  Belloguet  et  de  M.  Maisonneuve,  éditeur,  une  nouvelle  édition  delà 
seconde  partie  de  l'Ethnogénie  gauloise  du  baron  Roget  de  Belloguet.  Le  nom  de 
M.  Maury  a  été  mis  sur  le  titre  de  cette  publication,  mais  c'est,  dit-il,  à  son  insu: 
son  travail  s'est  borné  à  la  révision  de  quelques  notes,  et  l'honneur  comme  la 
responsabilité  de  l'ouvrage  demeure  tout  entier  à  M .  de  Belloguet. 

Julien  Havet. 

Le  propriétaire-gérant  :  F.  VIEWEG. 
Nogent-le-Rotrou,  imprimerie  de  A.  Gouverneur. 


Bursian).  —  Rivista  di  filologia  e  d'istruzione  classica.  Roma,  Torino,  Firenze, 
Lœscher  (Ludwig  Jeep).  —  JEneîe  commentarius  poliorceticus  recens.  Hue. 
Lipsise,  Teubner.  In-S",  xij-88  p.  (F.  K.  Hertlein).  —  Rosenberg,  DieErinyen. 
Berlin,  Borntraeger.  In-8°,  vj-87  p.  (K.  Dilthey).  —  Romanische  Studien. 
Herausg.  v.  Bœhmer.  Heft4.  Strassburg,  Trùbner.  In-8°,  441-552  p.  (Hermann 
Suchier). 

The  Indian  Antiquary,  éd.  by  Jas.  Burgess.  Part  XXXVl  (vol.  III) 
novembre  1874.  ^^  Inscription  from  Badâmî  (Eggeling).  — Dolmens  at  Konur 
and  Aiholli  (by  the  Editor).  —  Pahlavî  Inscriptions  in  South  India  (A.  C.  Bur- 
nell).  —  The  Temple  of  Amarnâth  (by  the  Editor).  —  Legends  from  Dinâjpur 
(continued  ;  G.  H.  Damant).  —  The  Beni-Israel  of  Bombay  (Rev.  J.  Wilson). 
—  An  Inkstand  M^ith  Arabie  Inscription  (E.  Rehatsek).  —  Progress  of  Oriental 
Research  in  1872-73.  —  M.  Auguste  Barth  on  the  State  of  Indian  Society  in 
the  time  of  Buddha  (traduction  par  M.  Muir  de  l'article  de  M.  Barth  sur  Var- 
chéologie  indienne  de  Lassen,  Revue  critique,  1874,  I,  p.  369  et  suiv.,  385  et 
suiv.).  —  Review.  Report  on  theCensus  of  the  Madras  Presidency,  1871  (W.  R. 
Cornish).  —  Correspondence  and  Miscellanea.  Paradise  (Max  Mùller).  —  Nija- 
guna  (F.  Kittel). 


BULLETIN    BIBLIOGRAPHIQUE 
DES  PRINCIPALES   PUBLICATIONS   FRANÇAISES   ET    ÉTRANGÈRES. 


AVIS.  —  On  peut  se  procurer  à  la  librairie  A.  Franck  tous  les  ouvrages 
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Revue  critique.  Elle-  se  charge  en  outre  de  fournir  très-promptement  et  sans 
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schung  auf  dem  Gebiete  d.  arischen , 
celtischen  u.  slavischen  Sprachen.  Unter 
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Hrsg.  V.  A.  Kuhn.  8.  Bd.  4  Hfte.  In-S". 
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Hrsg.  v.  J.  Benzian.  Mit  liter.  Beilage 
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^ionghi  (R.).  L'Istruzione  popolare  in 
Italia.  Lettere  al  prof.  G.  Sacchi.  In-8*, 
24  p.  Milano  (tip.  délia  Perseverenza). 

]{oretius  (A.).  Beitraege  z.  Capitularien- 
kritik.  In-8<>,  x-169  S.  Leipzig  (Duncker 
"•  H.).  4  fr.  85 

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Heinrich  IV.  2.  ThI.  In-40,  26  S.  Mar- 
burg  (Elwert).  i  fr.  3  5 


Calonzio  (G.).  Documenti  inediti  e  lavo- 
ri  letterarii  sul  Concilie  di  Trente.  In-8*, 
xxiv-680  p.    Roma  (tip.    Sinimberghi). 

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Curci  (C.  M.  S.  J.).  Lezieni  esegetiche  e 
morali  sopra  i  quattro  Evangeli  dette  in 
Firenze  dal  i*  Novembre  1873  al  29 
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aus  den  Hymnen  d.  Rigveda  seinem  Baue 
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Rechtsgeschichte  Italiens.  4.  Bd.  2.  Abth. 
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Vol.  I-IV.  2.                         62  fr.  75 

Fischer  (H.).  Die  Forschungen  ûber  das 
Nibelungslied  seitKarl  Lachmann.  In-8*, 
452  S.  Leipzig  (Vogel).  6  fr.  75 

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Neapol.  éd.  M.  Treu.  Veterum  rhetorum 
de  sententiarum  figuris  doctrina  scr.  H. 
Monse.  ^-4°,  24  S.  Berlin  (Calvary  et 
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Heilmann  (J.  A.).  De  genetivi  graeci 
maxime  Homerici  usu.  In-8°,  47  S.  Mar- 
burg  (Ehrhardt).  i  fr.  50 

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Gedicht  m.  krit.  Anmerkgn  u.  Wœrter- 
buch.  Hrsg.  v.  A.  F.  Stenzler.  In-8% 
vj-74  S.  Breslau  (Melzer),  6  fr. 

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2.  Abth.  In-80,  221  S.  Leipzig  (Dœrf- 
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Krek  (F.).  Einleitung  in  die  slavische 
Literaturgeschichte  und  Darstellg.  ihrer 
aelteren  Perioden.  i.  Thl.  Einleitung  in 
die  Slav.  Literaturgeschichte.  In-8',  vij- 
336  S.  Graz  (Leuchsner  et  Lubensky). 

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geschichte  f.  Studirende.  7.  verb.  Aufl. 
2  Bde.  In-8°.  Mitau  (Neumann).     16  fr. 

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censuit.  Vol.  III,  Pars  I.  ^-8°,  xlij- 
226  S.  Rostock  (K-uhn).  8  fr. 

Michael  (H.).  De  Ammiani  Marcellini 
Studiis  Ciceronianis.  In-8'',  48  S.  Breslau 
(Kœbner).  i  fr.  50 

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minsterabtei  am  3.  Dcbr  1873  gehalten. 
Mit  e.  einleit.  Predigt  v.  D.  A.  Penrhyn 
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mo  ed  altre  città  siciliane  pubblicate  su' 
manoscritti  délia  biblioteca  communale, 
precedute  da  prefazioni  e  corredate  di 
note  per  Cura  di  G.  di  Marzo.  Vol.  V. 
In-8",  376  p.  Palermo  (Pedone-Lauriel). 


Palmer  (G.  M.  A.).  Commentatio  in  li- 
brum  Danielis  prophetas  sive  d.  tempo- 
ribus  gentium.  ln-8»,  248  p.  Roma  (tip. 
Polyglotta). 

Peter  (H.).  De  P.  Ovidii  Nasonis  fasto- 
rum  locis  quibusdam  epistula  critica.  In- 
8%  23  S.  Leipzig  (Teubner).  i  fr. 

Pfleiderer  (E.).  Empirismus  u.  Skepsis 
in  D.  Hume's  Philosophie  als  abschlies- 
sender  Zersetzg.  der  engl.  Erkenntniss- 
lehre,  Moral  und  Religionswissenschaft. 
In-8*,  xij-540  S.    Berlin  (G.  Reimer). 

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Prsetorius  (F.).  Beitraege  zur  Erklaerung 
der  himjarischen  Inschriften.  3.  Hft. 
(Anh.)  ùb.  e.  palmyren  Inschrift.  In-8', 
51  S.  Halle  (Buchh.  d.  Waisenh.).  2  fr. 

Ranke  (E.).  Fragmenta  antiquissimae 
evangelii  Lucani  versionis  iatinas.  E. 
membranis  Curiensibus  ed  atque  adnota- 
tionibus  criticis  instruxit.  Accedit  tabula 
photographica.  In-4',  41  S.  Wien  (Brau- 
mùller).  4  fr. 

Reissmann  (A.).  Geschichted.deutschen 
Liedes.  Mit  Musikbeilagen  und  vielen  in 
den  Text  gedr.  Beispielen.  In-8»,  vj- 
284  S.  Berlin  (Guttentag).  8  fr. 

Schrader  (E.).  Die  Hœllenfahrt  der  Istar. 
Ein  altbabylon.  Epos.  Nebst  Proben 
assyr.  Lyrik.  Text,  Uebersetzg.,  Com- 
mentar  u.  Glossar.  In-8°,  1 53  S.  Giessen 
(Ricker).  S  fr-  3  S 

Sonnenburg  (F.).  D.  Heroen  d.  deutschen 
Literatur.  In  lebensgeschichtl.  Form.  3 
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N*  4  Neuvième  année.  23  Janvier  1875 

REVUE  CRITIQUE 

43iLHISTOIRE   ET  DE  LITTÉRATURE 

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DE  MM.  C.  DE  LA  BERGE,  M.  BRÉAL,  G.  MONOD,  G.  PARIS. 


Secrétaire  de  la  Rédaction:  M.  Stanislas  Guyard. 


Prix   d'abonnement  : 

Un  an,  Paris,  20  fr.  —  Départements,  22  fr.  —  Étranger,  le  port  en  sus 

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LIBRAIRIE    A.    FRANCK 

F.    VIEWEG,    PROPRIÉTAIRE 
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Adresser  toutes  les  communications  à  M.  Stanislas  Guyard,  Secrétaire  de  la 
Rédaction  (au  bureau  de  la  Revue  :  67,  rue  Richelieu). 


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publiés,  traduits  et  annotés.  Gr.  in-S".  i  fr.  jo 


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The  Academy,  N*  i  ^9,  new  séries,  2  janvier  1875.  Rev.  E.  J.  Davis,  Ana- 
tolica;  or,  the  Journal  of  a  Visit  to  some  of  the  Ancient  Ruined  Cities  of  Caria, 
Phrygia,  Lycia  and  Pisidia.  London,  Grant  and  Co.  (E.  H.  Bunbury  :  l'intérêt 
de  cet  ouvrage  réside  surtout  dans  la  description  des  contrées  qu'a  parcourues 
l'auteur).  —  W.  S.  Lindsay,  History  of  Merchant  Shipping  and  Ancient  Com- 
merce. In  Four  Vols.  London,  Sampson  Low  and  Co.  (Travers  Twiss  :  art. 
très-favorable).  —  NoUs  and  News.  —  Notes  of  Travel.  —  Paris  Letter  (G. 
MoNOD  :  nouvelles  littéraires).  —  Exploration  in  Paraguay  (Keith  Johnston). 
—  Correspondence.  M.  Halévy  and  the  Accadian  Language  (A.  H.  Sayce  :  ne 
peut  croire  qu'aucun  assyriologue  songe  sérieusement  à  réfuter  le  mémoire  de 
M.  Halévy,  et  rappelle  que  ce  ne  sont  pas  les  savants  modernes  qui  ont  décou- 
vert dans  l'accadien  une  langue  agglutinative  non-sémitique,  mais  les  scribes 
d'Assur-bani-pal  ;  il  n'y  a  que  les  profanes  qui  puissent  trouver  spécieux  les  ar- 
guments de  M.  H.).  — A  passage  in  «  Hamlet»  (Richard  Simpson).  —  H^ckel, 
Anthropogenie.  Entwickelungsgeschichte  des  Menschen.  2.  Aufl.  Leipzig,  Engel- 
mann  (T.  H.  Huxley  :  loue  beaucoup  ce  livre).  —  On  the  Stages  of  develop- 
ment  in  the  formation  of  Myths  (Max  Mùller). 

The  Athenseum,  N°2462,  2  janvier.  Memorials  of  St.  Dunstan,  Archbishop 
of  Canterbury.  Ed.  by  W.  Stubbs,  M.  A.  Master  of  the  Rolls  Séries.  Longmans 
and  Co.  (édition  soignée).  —  Rev,  J.  P.  Mahaffy,  Social  Life  in  Greece,  from 
Homer  to  Menander.  Macmillan  and  Co.  (intéressant  petit  ouvrage  donnant  les 
résultats  des  lectures  étendues  de  l'auteur),  —  The  Captivity  of  Hans  Stade  of 
Hesse  in  A.  D.  1457-1  $  5  5  among  the  Wild  Tribes  of  Eastern  Brazil.  Transi,  by 
TooTAL,  and  annotated  by  Burton.  Hakluyt  Society  (très-curieux  ouvrage). — 
Continental  Literature  in  1874.  Portugal  (A.  Soromenho).  —  Russia  (E. 
Schuyler).  —  Shakspeare's  Books  (C.  Elliot  Browne).  —  Notes  from  Paris 
(E.  About).  —  <x  The  Sonnet.  «  —  Literary  Gossip.  —  Draper,  History  of  the 
Conflict  between  Religion  and  Science.  King  and  Co.  (cet  ouvrage  est  en  réalité 
une  apologie  de  la  science,  en  réponse  à  l'anathème  lancé  contre  elle  par  le 
pape).  —  Moabite  Pottery  (R.). 

Literarisches  Centralblatt,  N"  2,  9  janvier.  Arndt,  Schrifttafeln  zum  Ge- 
brauch  bei  Vorlesungen  und  zum  Selbstunterricht.  Berlin,  Hofbuchdr.  In-folio, 
25  Taf.  (indispensable  pour  l'étude  de  la  paléographie  du  moyen-âge).  — 
ScHOLZ,  Erwerbung  der  Mark  Brandenburg  durch  Karl  IV.  Breslau,  Max.  In-S", 
79  p.  (excellente  brochure).  —  Wolff,  Die  unmittelbaren  Theile  des  ehema- 
ligen  rœmisch-deutschen  Kaiserreiches.  Berlin,  Lûderitz.  In-8°,  $90  p.  (cet 
ouvrage  traite  un  point  de  la  géographie  politique  de  l'Allemagne  qui  avait  été 
très-négligé  jusqu'ici).  —  Maltzan,  Reisen  in  Arabien.  2  Bde.  Braunschweig, 
Vieweg.  In-8°,  xvj-422  p.;  viij-J75  p.  (importante  relation  des  voyages  de  de 
Wrede  et  de  Maltzan  dans  le  Sud  de  l'Arabie,  accompagnée  de  cartes  et  fac- 
similé  d'inscriptions).  —  Glossary  and  Index  of  the  Pahlavi  Texts  of  the  book 
of  Arda  Viraf,  the  Taie  of  Gosht-i-Fryano,  etc.  v^ith  notes  on  Pahlavi  Grammar 
by  E.  W.  West,  revised  by  Martin  Haug.  London,  Trûbner.  In-8°,  550  p. 
(glossaire  exécuté  avec  le  plus  grand  soin).  — Grundt,  Hebraeische  Elementar- 
grammatik.  Leipzig,  Hirt.  In-8°,  xij-256  p.  (manuel  recommandable  contenant 
outre  une  grammaire  des  exercices  de  traduction  avec  glossaire).  —  Galeni,  de 
placitis  Hippocratis  et  Platonis  libri  novem.  Recens,  et  expl.  I.  Mùller.  Vol.  I. 
Leipzig,  Teubner.  In-S",  viij-827  p.  (art.  très-favorable).  —  Floriant  and  Flo- 
rete,  a  metrical  romance  of  the  fourteenth  century  edited  from  a  unique  ms.  of 
Newbattle  abbey  by  Francisque  Michel.  Printed  for  the  Roxburghe  Club. 
Edinburgh.  In-S",  lxv-296  p.  (ce  poème  n'a  rien  de  très-remarquable;  il  est 


REVUE  CRITIQ^UE 

D'HISTOIRE    ET    DE    LITTÉRATURE 

I  I  il 

N*  4  —  23  Janvier  —  1875 


Sommaire  :  17.  De  Gubernatis,  Lectures  sur  la  Mythologie  Védique.  —  18.  Enée, 
:"  Poliorcétiûue,  p.  p.  HuG.  —  19.  Leuridan,  Les  Châtelains  de  Lille.  —  20.  Nietz- 
sche, Schopenhauer  éducateur.  —  Sociétés  savantes  :  Académie  des  inscriptions. 


1 7.  —  Letture  sopra  la  Mitologia  vedica  fatte  dal  prof.  Angelo  de  Gubernatis 
air  istituto  di  studii  superiori  di  Firenze.  Florence,  Le  Monnier.  1874.  i  vol.  in-12, 
x-jôs  p. 

La  mythologie  védique,  à  part  des  travaux  excellents,  mais  consacrés  plutôt 
à  l'exposé  des  faits  qu'à  leur  interprétation ,  comme  le  V^  volume  des  Sanscrit 
texts  de  M.  Muir,  a  été  jusqu'à  présent  peu  étudiée  pour  elle-même,  mais  elle  a 
en  revanche  été  souvent  exploitée  au  profit  des  travaux  de  mythologie  comparée. 
Les  savants  voués  à  l'étude  de  cette  dernière  science  ont-ils  toujours  su  tirer 
d'une  mine,  assurément  fort  précieuse^  mais  dont  le  minerai  est  loin  d'être 
entièrement  extrait  et  surtout  épuré,  les  trésors  véritables  qu'elle  renferme? 
C'est  ce  dont  il  est  permis  de  douter.  Ce  qui  nous  paraît  certain  en  tout  cas, 
c'est  que  ce  pillage  souvent  désordonné  a  rendu  beaucoup  plus  difficile  une 
exploitation  régulière  pour  ceux  qui  voudront  l'entreprendre.  La  mythologie 
védique  était  une  science  trop  nouvelle  pour  résister  aux  empiétements  de  la 
mythologie  comparée,  comme  pouvaient  le  faire  la  mythologie  grecque  et  la 
mythologie  latine  depuis  longtemps  constituées.  Toutes  les  interprétations  solaires, 
si  attrayantes  qu'elles  puissent  être,  laissent  subsister  à  côté  des  hypothèses 
naturalistes  une  mythologie  grecque  et  une  mythologie  latine  ayant  chacune  leur 
physionomie  propre  :  sur  le  domaine  védique,  au  contraire,  elles  se  sont  pure- 
ment et  simplement  substituées  à  la  mythologie  elle-même,  si  bien  que  l'opinion 
régnante  aujourd'hui  sur  le  caractère  du  Rig-Veda  fait  de  ce  livre  le  monument 
d'une  poésie  descriptive  de  la  nature,  plutôt  que  d'une  religion  véritable. 

Si  c'est  là  un  mal,  comme  nous  le  croyons,  la  nouvelle  publication  de  M.  D,  G. 
ne  fera  que  l'aggraver.  Jusqu'à  présent  la  mythologie  comparée  offrait  l'hospita- 
lité à  la  mythologie  védique.  Aujourd'hui  la  mythologie  comparée,  et  l'on  sait 
déjà  par  la  Zoologie  mythologique  {Revue,  1875,  I,  p.  209)  qu'aux  yeux  de 
M.  D.  G.  elle  embrasse  à  peu  près  toutes  les  productions  anonymes  de  l'esprit 
humain  dans  les  pays  les  plus  divers,  depuis  nos  contes  de  nourrices  et  nos 
proverbes  jusqu'aux  légendes  de  la  Bible  et  de  l'Évangile,  s'installe  sur  le 
domaine  de  la  mythologie  védique  et  y  fait  la  loi.  Sans  doute  l'histoire  des  dieux 
védiques  fournit  les  titres  et  même  la  matière  principale  des  différents  chapitres  ; 
sans  doute  aussi  ce  sont  toujours,  au  moins  en  apparence,  les  mythes  védiques, 
que  M.  D.  G.,  comme  ses  devanciers,  consulte  sur  le  sens  des  contes  et  des 

XV  4 


50  î   ^  ^T"^     REVUE   CRITIQUE  l'V*  '' 

légendes  étrangères  ;  mais  ces  oracles  sont  de  ceux  auxquels  on  fait  rendre  aisé- 
ment la  réponse  qu'on  désire,  et  entre  lesquels  d'ailleurs  on  peut  choisir  exclu- 
sivement ceux  dont  la  réponse  est  prévue.  Nous  sommes  convaincus  que  les 
préoccupations  étrangères  apportées  jusqu'aujourd'hui  dans  l'interprétation  des 
mythes  védiques  par  la  plupart  des  savants  qui  l'ont  tentée,  leur  en  ont  fait 
dénaturer  le  plus  souvent  le  caractère  essentiel. 

Un  des  points  que  M.  D.  G.,  fidèle  en  cela  aux  errements  de  l'école  actuelle 
de  mythologie  comparée,  tient  surtout  à  établir,  c'est  que  le  scénario  primitif  de 
la  mythologie  est  limité  au  ciel  et  à  l'atmosphère,  et  que  les  dieux  terrestres, 
particulièrement  les  dieux  du  sacrifice,  sont  des  parvenus  indignes  de  l'attention 
du  mythologue.  Ne  pouvant  nier  qu'Agni,  objet  dans  le  Rig-Veda  d'un  culte  si 
caractéristique_,  ne  soit,  au  moins  dans  la  majorité  des  cas,  le  feu  du  sacrifice,  il 
cherche  à  réduire  la  dignité  de  ce  dieu  à  défaut  de  son  importance.  Il  semble 
que  selon  lui  le  seul  titre  d'Atharva-Veda  qu'il  traduit  «  le  Veda  du  feu  »  soit 
déjà  un  indice  du  caractère  plus  humble  de  cette  littérature  (p.  1 17).  M.  D.  G, 
cite  dans  le  même  ordre  d'idées  deux  passages  VIII,  19,  25  et  VIII,  44,  23  où 
le  poète  dit  que  s'il  était  dieu  et  qu'Agni  fût  mortel,  il  le  traiterait  généreusement, 
ajoutant  qu'un  pareil  langage  n'aurait  pas  été  tenu  aux  dieux  du  ciel.  Il  oublie 
sans  doute  les  Maruts  (I,  38,  4)  et  Indra  (VIII,  14,  i  ;  VII,  32,  18)  auxquels 
les  poètes  tiennent  un  langage  très-analogue.  Quant  à  Soma,  le  breuvage  du 
sacrifice ,  l'auteur  a  pris  le  parti  de  l'identifier,  non-seulement  comme  l'a  fait 
M.  Kuhn  avec  l'eau  de  la  pluie  (il  serait  plus  exact  selon  nous  de  dire  :  l'élément 
igné  conçu  comme  renfermé  dans  les  eaux  du  ciel),  mais  aussi  et  surtout  avec  la 
lune.  Il  est  vrai  que  le  mythe  de  Soma-Lune  n'est  bien  constaté  que  pour  la 
période  brahmanique  de  la  religion  indienne.  Mais  M.  D.  G.  qui  n'a  pas  hésité 
à  transporter  ce  mythe  en  Grèce,  en  identifiant  pareillement  Aiéwaoq  avec  la 
lune,  devait  se  faire  moins  de  scrupule  encore  d'en  gratifier  la  période  védique. 
Il  ne  s'agit  pas  d'ailleurs  d'allusions  isolées,  comme  on  peut  être  tenté  en  effet 
d'en  trouver  quelques-unes,  même  dans  le  Rig-Veda,  mais  d'une  substitution 
pure  et  sîmple  de  la  lune  à  Soma,  dans  le  plus  grand  nombre  des  passages  cités. 
«  Quand  nous  lisons  que  les  dieux  viennent  boire  Indu  ou  Soma,  «  dit  M.  D.  G., 
«  qu'on  entende  qu'ils  viennent  boire  le  suc  qui  coule  de  la  lune  »  (p.  10 $-106). 
A  peine  mentionne-t-il  incidemment  «  un  Soma  terrestre,  liqueur  enivrante  que 
«  le  professeur  Haug  eut  dans  l'Inde  le  rare  privilège  de  goûter,  et  qu'il  trouva 
»  d'un  goût  très-désagréable  ))  (p.  106). 

Le  parti-pris  de  négliger  les  dieux  et  les  mythes  du  sacrifice  se  trahit  d'une 
façon  caractéristique  dans  un  passage  (p.  71)  où  l'auteur  nous  parle  d'un  poète 
védique  (VII,  76,  4)  qui  «  par  une  pensée  gracieuse  et  poétique  a  imaginé  que 
«  les  âmes  des  poètes  védiques  antérieurs  étaient  allées  à  la  recherche  de  la 
))  lumière  cachée  pour  la  faire  reparaître  dans  l'aurore  matinale.  »  Or  cette  in- 
vention gracieuse  d'un  poète  n'est  rien  moins  que  l'un  des  mythes  les  plus  im- 
portants du  Rig-Veda.  En  revanche  l'abus  de  l'interprétation  naturaliste,  qui  fait 
des  hymnes  une  suite  de  cris  d'enthousiasme  ou  de  terreur  poussés  par  le  poète 
en  présence  même  des  phénomènes,  nous  semble  poussé  à  ses  dernières  limites 


d'histoire  et  de  littérature.  5  I 

dans  l'explication  des  vers  VI,  i8,  3  et  4.  M.  D.  G.  voit  dans  le  vers  3  l'expres- 
sion d'une  révolte  de  l'homme  contre  la  divinité  «  qui  éclate  d'une  manière  ter- 
»  rible,  formidable  »  (p.  185).  Il  le  traduit  :  «  Es-tu  fort,  Indra,  ou  ne  l'es-tu 
)>  pas?  Montre-toi  sous  ton  véritable  aspect.  »  Mais  bientôt  après,  dit-il, 
l'entendant  probablement  tonner,  il  s'effraie  et  s'écrie  :  «  Je  crois,  6  tout-puissant, 
»  je  crois  que  ta  force,  à  toi  qui  es  né  puissant,  est  réelle,  »  Remarquons  d'ail- 
leurs qu'en  demandant  au  dieu,  dans  un  hymne  consacré  tout  entier  à  sa  louange, 
non  pas  même  s'il  est  fort,  car  la  traduction  est  inexacte,  mais  s'il  est  bien  vrai 
qu'il  a  vaincu  les  Dasyus,  le  poète  ne  veut  que  piquer  son  amour-propre  et 
l'exciter  à  renouveler  son  exploit,  et  que  dans  ce  passage,  comme  dans  ceux  que 
M.  D.  G.  en  rapproche,  il  y  a  de  la  naïveté  sans  doute,  mais  il  n'y  a  aucune 
trace  de  scepticisme  de  la  part  de  l'auteur  de  l'hymne.  Il  faut  se  faire  une  bien 
singulière  idée  de  la  composition  des  hymnes  védiques  pour  croire  que  le  poète 
y  trahit  en  quelque  sorte  involontairement  dans  le  cours  d'une  même  inspiration 
les  sentiments  contradictoires  du  doute  et  de  la  confiance,  et  y  passe  subitement, 
pour  avoir  entendu  la  foudre,  de  la  révolte  à  la  prière. 

Dans  sa  campagne  contre  les  dieux  terrestres,  M.  D,  G.  a  jugé  que  la  victoire 
ne  saurait  lui  rester  décidément  s'il  ne  s'attaquait  à  la  divinité  dont  le  caractère 
terrestre  semblait  le  moins  contestable,  c'est-à-dire  à  la  terre  elle-même,  ou  du 
moins  à  cette  Prthivî  dont  personne  n'avait  jusqu'ici  contesté  l'identité  avec  la 
terre.  «  Sans  nier  en  aucune  façon,  »  dit-il  (p.  42),  «  que  la  Prîhivî  mentionnée 
dans  les  hymnes  védiques  ne  soit  souvent  la  terre  fécondée  par  le  ciel,  je  crois 
qu'il  faut  dans  le  duel  Dyâvâ  '  Prîhivî  chercher  plus  souvent  une  Prthivî  céleste 
qui  peut  avoir  deux  natures,  analogues  d'ailleurs,  selon  qu'on  la  reconnaît  dans 
la  nuée  ou  dans  la  nuit  ténébreuse  et  lumineuse,  et,  comme  lumineuse,  aussi 
dans  l'aurore  que  nous  avons  déjà  vu  appeler  la  large.  »  Il  est  clair  qu'il  n'y 
aurait  rien  d'impossible  en  soi  à  ce  que  le  mot  Prîhtvî  signifiant  «  la  large  »  eût 
été  appliqué  à  un  phénomène  céleste  :  mais  il  faudrait  le  prouver,  et  l'argumen- 
tation que  nous  allons  résumer  ne  saurait  suffire  pour  rendre  le  fait  certain  ni 
même  vraisemblable. 

Selon  M.  D.  G.,  il  y  aurait  d'abord  deux  passages  «  où  il  est  évidemment 
>)  question  d'une  Prthivî  céleste.»  L'un  est  emprunté  à  l'hymne  V,  56,  (3)  *,  qui 
«  nous  représente  la  Prîhivî  comme  la  pluie  réjouissante  qui  arrive.  »  Mais  les 
mots  ety  asmad  â  paraissent  signifier  plutôt  «  part,  s'éloigne  de  nous,  »  et  s'ap- 
pliquer à  la  terre  ébranlée,  «  enivrée  »  (p^r  la  pluie),  se  dérobant  en  quelque 
sorte  sous  les  pas  des  hommes  à  l'arrivée  des  Maruts,  dieux  des  vents  (cf.  I, 
87,  3),  et  comparée  par  le  poète  à  «  celle  qui  arrose,  »  c'est-à-dire  peut-être 
à  la  nuée.  Le  sens  serait  donc  :  la  terre  est  ébranlée  comme  la  nuée.  Cette  inter- 
prétation ne  saurait  être  sûre  à  cause  de  l'obscurité  du  mot  mîihushmatî,  mais  il 
ne  nous  semble  pas  en  tout  cas,  par  suite  de  cette  obscurité  même,  que  le  pas- 

1.  Et  non  Dyavd.  Les  fautes  d'impression  dans  la  transcription  des  mots  védiques  sont 
très-nombreuses;  mais  celle-ci  se  reproduit  avec  une  singulière  régularité. 

2.  Les  passages  védiques  ne  sont  cités  ordinairement  que  par  le  numéro  de  l'hymne, 
ce  qui  rend  la  vérification  un  peu  plus  pénible. 


52  REVUE   CRITIQUE 

sage  puisse  fournir  à  M.  D.  G.  un  argument  bien  solide.  Quanta  l'autre  passage 
considéré  comme  décisif,  il  est  emprunté  à  l'hymne  V,  84,  qui  «  nomme  Prthivi 
»  la  lumineuse,  versant  des  torrents  de  pluie  sur  la  terre  qu'on  distingue  en 
»  l'appelant  ici,  non  pas  Prthivî,  mais  Bhûmi.  »  Il  est  bien  vrai  que  Prlhivî  est 
dans  cet  hymne  distinguée  de  la  terre,  mais  sans  doute  comme  le  dieu  du  ciel 
peut  être  distingué  du  ciel  matériel.  D'ailleurs  dans  le  vers  même  où  il  est  dit 
qu'elle  «  vivifie  »  la  terre,  elle  est  représentée  portant  les  fondements  des  mon- 
tagnes que  nous  n'avons  pas  de  raison  particulière  d'identifier  en  ce  passage  avec 
les  nuages,  comme  au  vers  ^,  soutenant  les  arbres  sur  le  sol,  alors  que  les  pluies 
tombent  du  ciel  pour  elle.  Elle  est  d'ailleurs  appelée  brillante  comme  peut  l'être 
toute  divinité.  Quant  à  la  phrase  qui  la  représente  lançant  un  «  sauveur  «  (c'est 
le  sens  de  perum  dans  ses  deux  seuls  autres  emplois),  elle  est  obscure,  mais  rien 
n'empêche  de  voir  dans  ce  «  sauveur  »  Agni  ou  Soma  qui  sont  des  fils  de  la 
terre  aussi  bien  que  de  la  nue  ou  du  ciel.  —  Il  y  a  encore  un  passage  (II,  41, 
19-20)  qui  peut  sembler  au  premier  abord  faire  quelque  difficulté  si  on  laisse  à 
Prîhivî  son  sens  de  terre  :  non  qu'il  ne  soit  naturel  de  prier  le  ciel  et  la  terre 
d'offrir  le  sacrifice  aux  dieux;  mais  l'expression  pretâm  peut  paraître  embarras- 
sante. Aussi  signifie-t-elle  probablement  «  mettez-vous  à  l'œuvre  «  (Dict.  de 
Pét.)  plutôt  que  «  partez  ;  »  d'ailleurs  on  s'adresse  là  aux  divinités  du  ciel  et  de 
la  terre,  et  non  au  ciel  et  à  la  terre  matériels.  —  Quant  à  l'hymne  X,  $8,  il  ne 
nous  semble  pas  qu'on  puisse  en  tirer  aucune  conclusion  en  faveur  de  la  théorie 
de  M.  D.  G.  Il  y  est  question  de  l'âme  d'un  mort  passée  dans  tous  les  éléments, 
et  le  poète  résume  ces  migrations  en  disant  qu'elle  est  allée  dans  le  ciel  et  dans 
Prthivî.  L'auteur  doute  que  Prthivî  et  Bhûmi  (nommée  au  vers  suivant)  soient  ici 
la  terre  par  la  raison  que  «  les  autres  hymnes  védiques  attribuent  à  la  terre  et 
»  au  feu  souterrain  malfaisant  le  corps,  mais  non  l'âme,  qui  au  contraire  voyage, 
)>  etc.  ))  Nous  répondrions  que  les  deux  modes  de  sépulture,  l'enterrement  et 
l'incinération,  ont  donné  lieu  à  des  croyances  contradictoires  et  néanmoins  asso- 
ciées dans  l'esprit  de  tous  les  indo-européens,  et  que  la  croyance  à  une  vie  dans 
la  tombe  ressort  clairement  des  vers  10-13  de  l'hymne  X,  18,  si  l'ensemble  de 
l'hymne  qui  nous  occupe  paraissait  pouvoir  laisser  un  doute  sur  le  sens  de  Prthivî 
et  de  Bhûmi. 

Du  moins  ces  premiers  arguments  méritent-ils  la  discussion.  Il  n'en  est  mal- 
heureusement pas  de  même  de  tous  ceux  que  M.  D.  G.  croit  devoir  y  ajouter. 
Nos  lecteurs  nous  reprocheraient  d'insister  sur  celui-ci  par  exemple  :  Les  Açvins 
sont  nommés  dans  le  même  vers  (X,  132,  i)  avec  le  ciel  et,  non  pas  même 
Prthivî,  mais  Bhûmi,  comme  ils  sont  ailleurs  rapprochés  de  Paurore.  Nous  pour- 
rions en  relever  plus  d'un  de  ce  genre;  d'autres  sont  presque  insaisissables; 
d'autres  enfin  témoignent  d'une  singulière  précipitation  dans  le  choix  et  dans 
l'interprétation  des  passages  cités.  Nous  ne  savons  par  exemple  comment  l'auteur 
a  pu  lire  dans  l'hymne  I,  115,  que  «  Prthivî  est  identifiée  à  l'aurore  comme  à 
n  celle  qui  croît  et  grandit  dans  le  ciel  »  (p.  6$).  Veut-il  parler  du  vers  6,  qui 
sert  d'ailleurs  de  refrain  à  plusieurs  hymnes,  et  où  Aditi  est  nommée  avec  Prthivî 
ex.  Dyauh?  Or\  pourrait  le  croire,  attendu  qu'il  identifie  Aditi  avec  l'aurore  et 


d'histoire  et  de  littérature.  5J 

qu'à  propos  d'un  autre  passage  (VIII,  90,  15  p.  57)  il  substitue  également 
l'aurore  à  Aditi  selon  une  habitude  commune  à  plusieurs  mythologues  qui  ne  se 
font  pas  assez  scrupule,  quand  ils  croient  avoir  défini  un  personnage  mythique, 
de  remplacer  le  défini  par  la  définition  sans  en  avertir  le  lecteur.  Mais  alors  où 
aurait  été  pris  ce  trait  «  qui  croît  et  grandit  dans  le  ciel  ?  »  Serions-nous  donc 
renvoyés  au  vers  i,  précédant  celui  où  il  est  question  de  l'aurore,  et  qui  nous 
présente  le  soleil  comme  remplissant  le  ciel  et  la  terre  ?  Nous  aimons  mieux  croire 
qu'il  y  a  erreur  dans  la  citation  du  passage.  Mais  il  ne  saurait  y  avoir  d'erreur 
dans  la  citation  du  vers  VIII,  6  (5)  où  M.  D.  G.  lit  qu'Indra  étend  les  deux 
mondes  et  par  conséquent  Prlhivî  comme  une  peau.  Or,  dit-il,  «  la  lumière,  les 
»  ténèbres,  la  nue  sont  élastiques,  »  mais  «  Indra  qui  élargit  la  terre  ne  pourrait 
»  se  comprendre  »  (p.  49).  M.  D.  G.  aurait  pu  mieux  choisir  entre  les  passages 
fort  nombreux  où  il  est  dit  qu'Indra  a  étendu  la  terre  ou  les  deux  mondes,  celui- 
ci  portant  au  contraire  qu'il  les  a  roulés  ensemble  Çsamavarîayat),  c'est-à-dire 
probablement  confondus.  La  comparaison  de  la  terre  avec  une  peau  se  retrouve 
d'ailleurs  dans  le  vers  I,  85 ,  5,  où  il  est  dit  que  les  Maruts l'humectent  de  pluie. 
Quant  aux  passages  où  Indra  est  représenté  étendant  la  terre  comme  le  ciel,  ils 
pourraient  s'expliquer  dans  une  interprétation  directement  naturaliste,  en  ce  sens 
qu'il  la  fait  paraître  plus  large  au  lever  du  soleil;  mais  il  nous  paraît  plus  exact 
de  considérer  l'expression  «  étendre  «  (cf.  «  consolider  «)  comme  un  équivalent 
de  celle  de  «  créer  «  les  mondes.  C'est  ainsi  encore  que  le  passage  (VIII,  6,  38) 
où  il  est  dit  que  les  deux  mondes  suivent  Indra  comme  la  roue  le  cheval,  ne  doit 
pas  être  pris  à  la  lettre,  mais  considéré  comme  une  expression  figurée  de  l'obéis- 
sance des  deux  mondes  au  dieu  Indra.  Quant  aux  trois  Prthivî  sur  lesquelles 
M.  D.  G.  se  livre  à  des  spéculations  tout  arbitraires,  elles  pourraient  représenter 
les  trois  mondes  (ciel,  atmosphère  et  terre)  en  vertu  d'un  usage  du  pluriel  ana- 
logue à  celui  bien  connu  qui  consiste  à  désigner  deux  objets  ordinairement 
nommés  ensemble  par  le  duel  de  l'un  des  deux  noms.  Mais  nous  croyons  que 
l'expression  peut  désigner  aussi  trois  terres  par  opposition  aux  trois  ciels,  et 
c'est  probablement  de  ces  trois  terres  qu'il  est  question  dans  le  vers  III,  $6,  2, 
où  il  serait  dit  que  deux  sont  cachées  (souterraines)  et  une  seule  visible. 

Les  arguments  les  plus  inattendus  sont  peut-être  ceux  que  l'auteur  tire  de 
l'hymne  I,  18$.  D'abord  le  vers  i  n'identifie  pas  Dyâvâ  Prth'm  à  ahanî  «  le  jour 
»  et  la  nuit  »  même  dans  la  traduction  de  M.  D.  G.,  et  l'épithète  acarantî,  du 
vers  2  «  qui  ne  se  meuvent  pas  »  conviendrait  fort  mal  à  Dyâvâ  Prthivî  s'ils 
avaient  ce  sens.  L'auteur  croit  comprendre  ensuite  au  vers  4  que  Dyâvâ  Prthivî 
«  sont  entre  les  deux  jours  divins,  ou  sont,  comme  aurores  crépusculaires,  les 
»  rives  célestes  du  jour  et  de  la  nuit.  »  En  supposant  que  rodasî  fût  étymologi- 
quement  identique  à  rodhasî  «  les  deux  rives,  «  l'expression  se  comprendrait 
parfaitement  du  ciel  et  de  la  terre,  rives  de  la  mer  atmosphérique,  et  rien  n'in- 
dique, ici  plus  qu'ailleurs,  qu'il  s'agisse  des  rives  du  jour  et  de  la  nuit.  Le  vers, 
d'ailleurs  obscur,  semble  signifier  que  le  poète  désire  atteindre  les  deux  mondes 
(c'est-à-dire  sans  doute  faire  parvenir  jusqu'à  eux  sa  prière),  eux  qui  ont  les 
dieux  pour  fils,  eux  deux  entre  les  dieux  (ubhe  devânâm ,  c'est-à-dire  probable- 


54  REVUE  CRlTiQU'i('^'^*W*^J 

ment  honorés  à  part),  et  dans  l'un  et  l'autre  (ou  invoqués  avec  l'un  et  l'autre) 
des  deux  jours  (ubhayebhir  ahnâm).  Mais  le  plus  inexplicable  est  que  M.  D.  G. 
ait  pu  lire  dans  le  vers  5  que  Dyauh  et  Prthivî  «  arrivent  au  point  médial  de 
»  l'univers.  »  Nous  lui  accordons  qu'il  serait  en  effet  impossible  de  concevoir  la 
terre  montant  au  «  pôle  suprême,  ou  ombilic  céleste;  »  mais  où  a-t-il  pu  prendre 
que  abhi-ghar  signifiât  «  arriver,  «  alors  que  les  seuls  sens  connus  de  ce  verbe 
sont  «  verser  «  et  «  arroser.  »  Le  ciel  et  la  terre  arrosent  le  nombril  du  monde, 
c'est-à-dire  le  sacrifice  (I,  164,  3  $)  ou  la  place  du  sacrifice  appelée  plus  souvent 
le  nombril  de  la  terre.  C'est  ainsi  que  le  foyer  de  Delphes  était  chez  les  Grecs 
le  milieu,  le  nombril  du  disque  terrestre  (Voyez  le  Mémoire  de  M.  Th.  Henri 
Martin  dans  les  Mémoires  de  l'Académie  des  inscriptions^  XXVIII,  repartie),  ce 
qui  montre,  soit  dit  en  passant,  que  les  mythes  du  sacrifice  pourraient  très-bien 
remonter  à  la  période  indo-européenne  elle-même.  Maintenant  si  l'on  veut  abso- 
lument donner  à  notre  phrase  un  sens  précis,  on  entendra  que  le  ciel  arrose 
l'autel  de  pluie  et  que  la  terre  l'arrose  de  Soma  terrestre;  mais  il  nous  semble 
beaucoup  plus  simple  de  comprendre  que  le  sacrifice  est  récompensé  par  l'obten- 
tion de  tous  les  dons,  célestes  et  terrestres.  Rien  n'empêche  d'ailleurs  de  voir 
une  allusion  au  Soma  terrestre  dans  les  passages  où  la  terre  est  représentée  avec 
le  ciel  comme  un  réceptacle  de  l'ambroisie  (vers  6)  et  dans  toutes  les  expressions 
équivalentes. 

Nous  ne  ferons  plus  qu'une  seule  observation  sur  ce  sujet.  M.  D,  G.  n'aurait 
jamais  songé  peut-être  à  transporter  Prthivî  dans  le  ciel  si  cet  effort  ne  lui  avait 
paru  nécessaire  pour  sauver  l'identification  de  Sîtâ,  fille  de  Prthivî  (comme  sillon 
ou  sortie  du  sillon)  avec  l'aurore  (p.  50).  C'est  la  confirmation  de  la  remarque 
faite  plus  haut,  à  savoir  que  les  préoccupations  étrangères  à  l'interprétation  des 
hymnes,  s'agît-il  même  de  mythes  indiens,  ont  pour  effet  ordinaire  de  défigurer 
et  de  rendre  méconnaissables  les  parties  les  moins  obscures  du  Rig-Veda. 

{La  fin  au  prochain  numéro.)  Abel  Bergaigne. 


18. — A.  HuG  prolegomena  critica  ad  Aeneae  Poliorcetici   editionem. 

Turici.  1874.  In-4*,  45  p.  —  Prix:  2  fr.  75.  —  Aeneae  Gommentarius  Polior- 

ceticus,  recensuit  A.  HuG.  Lipsiae.  1874.  In-8*,  xij-88  p.  [Bibliotheca  Teubneria- 
na.]  —  Prix  :  5  fr.  35. 

On  s'applique  de  toutes  parts,  aujourd'hui,  à  la  recherche  des  gloses  de  diffé- 
rente sorte,  qui  ont  gâté,  souvent  de  très-bonne  heure  ',  les  auteurs  classiques 
de  l'antiquité.  Pour  Énée  le  Tacticien,  c'est  M.  Hercher  qui  ouvrit  dernièrement 
la  campagne;  mais,  si  vigoureusement  qu'il  l'ait  menée,  il  devait  laisser  à  faire 
après  lui,  M.  Hug  signale,  à  son  tour,  un  nombre  considérable  de  passages  sus- 
pects qui  ont  échappé  à  son  devancier;  et  il  y  en  a,  probablement,  encore 
d'autres  qu'il  n'a  pas  vus.  Examinons  rapidement  quelques-uns  des  textes  traités 
par  M.  H.,  soit  dans  les  Prolégomènes,  soit  dans  l'édition.  Chemin  faisant,  nous 

I .  Voir,  p.  ex.,  dans  le  Traité  sur  la  défense  des  places  d'Enée,  la  glose  sur  les  Locriennes, 
qui  ne  peut  être  postérieure  de  plus  de  dix  années  à  la  publication  de  l'ouvrage.  (Aeneae 
comment,  pol.  rec.  R.  Hercher,  éd.  major,  1870,  p.  95,  1.  4.) 


d'histoire  et  de  littérature.  5^ 

donnerons  aussi  notre  opinion  sur  quelques  autres  difficultés  qu'il  n'a  point 
abordées. 

XL  6.  «  Pour  que  les  patrouilles  qui  circulent  sur  le  rempart  paraissent  plus 
»  fortes  qu'elles  ne  sont  en  réalité,  il  n'y  a  qu'à  faire  marcher  les  hommes  deux 
»  à  deux,  et  faire  porter  la  lance  sur  l'épaule  gauche  au  premier  rang,  sur 
»  l'épaule  droite  au  second  rang  :  de  la  sorte,  ils  sembleront  avancer  à  quatre 
»  de  front.  »  Personne,  que  je  sache,  ne  s'est  permis  d'exprimer  un  doute  sur 
la  réussite  de  cet  étrange  stratagème.  M.  H.,  même,  a  illustré  ce  texte  d'une 
figure,  qui,  il  faut  bien  l'avouer,  ne  me  le  rend  guère  plus  intelligible.  Veut-on 
que  l'ennemi,  qui,  du  dehors,  observe  les  patrouilles,  voie  deux  hommes  pour 
un,  il  suffit,  ce  me  semble,  de  donner  à  chacun  des  soldats,  composant  la  pa- 
trouille, deux  lances,  une  pour  chaque  épaule'.  Dans  cet  ordre  d'idée,  on 
pourrait  peut-être  proposer  délire  :  y^pr^  zepiibxxi  è^l  Buo,  exovxaç  [xàj^  <56o> 
ScpaTjX,  Tc  <\).h>  £V  (MS  tov  eva;  [jlsv  inséré  par  M.  Hercher)  [c-cixov]  £7:1  xfô 
àptffxspw  ol)|j.({),  to  (MS  Tov)  Se  eTspov  èxl  tÇ»  Be^iîd  •  y.a\  outw  çavouvxoci  dq  Tic- 
capaç.  —  Du  reste,  notre  conjecture  n'exclut  pas  la  suppression,  que  M.  H.  a 
proposée,  du  §  suivant. 

III  3.  Ajoutons  aux  raisons  présentées  par  M.  H.  qu'il  ne  peut  être  question, 
chez  Enée,  de  «  place  forte  confiée  exclusivement  à  la  garde  d'étrangers.»  Enée 
va  même  Jusqu'à  recommander,  s'il  y  a  des  alliés  dans  la  ville,  p^riTOxe  a[;,a  cu- 
TeXeiv  Toùç  (su]x\).dyouq^  àXkà  hiea-AeZâc^M  •/,.  1.  A.  (XII  i). 

X  8.  xà  T£  TcXoïa  opi^iî^ecôai  y,aO'  àq  %ùXaq  <£V>  laXq  £y^O{/,£Voiç  pY)ô-^c7£Tat. 
Cela  signifie ,  si  je  ne  m'abuse  :  u  Les  vaisseaux  mouilleront  auprès  des  portes 
»  qu'on  aura  soin  de  designer  dans  la  suite  (de  la  proclamation).  » 

XV  4.  Il  n'y  avait  pas  lieu  de  revenir  sur  la  correction  de  M.  Hercher;  car 
ouTwç,  qu'il  a  supprimé  devant  b/.izi[K~eiv^  provient  de  o'Jxwç  iy.':ié\KTie(j(ici.i^  qu'on 
lit  à  la  ligne  précédente. — Ibid.  Il  ne  fallait  pas  rejeter:  /,ai  {jltj  âp6{i,<{)  TïoppwOcV 
TCapaYt'YVwvxai. 

XVII.  Sans  prendre  parti  pour  ou  contre  la  proposition  de  M.  Ad.  Kirchhoff, 
qui  tend  à  souder  au  §  2  du  chap.  VII  le  chapitre  XVIII  et  tout  ce  qui  vient 
ensuite,  j'incline  à  conseiller  une  transposition  dans  l'intérieur  du  groupe  de 
chapitres  VIII-XVII.  Le  chap.  XVII  s'intercalerait  tout  naturellement  entre  les 
chap.  XI  et  XII,  tandis  qu'on  ne  voit  point  sa  raison  d'être  là  où  il  est. 

XX  I.  Je  persiste  à  croire,  malgré  l'approbation  que  M.  H.  peut  trouver  ici 
chez  M.  Ad.  Kirchhoff,  que  p.Y)  ceoti.'KYqv.ôix  doit  être  conservé.  Il  est  recom- 
mandé au  général  de  fermer  les  portes  avant  le  dîner,  prescription  conforme  à  ce 
qu'on  a  lu  plus  haut.  Il  est  dit,  en  effet,  au  chap.  XVHI  §  i ,  que  lorsque  le  soir 
est  venu  et  tout  le  monde  rentré  dans  la  ville,  c'est  le  moment  de  sonner  le 
dîner  et  de  fermer  les  portes. 

1.  S'il  est  difficile  à  l'assiégeant  de  compter  les  soldats,  à  cause  des  merlons  qui  les 
masquent  la  plupart  du  temps,  il  n'en  est  pas  de  même  des  lances,  qui  dépassent  la  crête 
du  mur. 

2.  Nous  mettons  entre  crochets  droits  [  ]  ce  qui  est  à  retrancher  du  texte  fourni  par 
les  manuscrits;  entre  crochets  obliques  <  >,  ce  qu'il  y  faut  ajouter  pour  combler  des 
lacunes. 


JÔ  .•-' -REVUE   CRiriQaÉffft'O-'hn'^ 

XXII  25.  La  conjecture  de  M.  Herchef;,  —  qui,  soit  dit  par  parenthèse,  offre 
seule  un  sens  satisfaisant,  —  signifie ,  je  pense  :  «  il  faut  changer  la  clepsydre 
»  tous  les  dix  jours.  »  Cp.  Enée  XXIII  4  §tà  /pévou  Tivéç  («de  temps  en  temps»); 
de  même  X  j  ;  Thucydide  III  2 1  Sià  §é/,a  sTCaX^ewv  Tuôpyot  rjaav  («  il  y  avait  des 
tours  tous  les  dix  créneaux  »);  Philon  de  Byzance,  p.  80  des  Veteres  Mathematici, 
8tà  TETTapwv  xYj^wv  («  de  quatre  en  quatre  coudées  »);  Dion  Cassius  LXX  10, 
4  (dans  l'abrégé  de  Xiphilin)  Bi'  okr(oo  (en  parlant  de  tours,  «  à  une  petite 
distance  l'une  de  l'autre  (?)  »). 

XXIII  2.  Nous  ne  chicanons  point  sur  la  correction.  Mais  il  ne  faut  pas  attri- 
buer à  l'auteur,  quel  qu'il  soit,  de  l'intrusion',  des  singularités,  dont  quelque 
copiste  est,  évidemment,  seul  responsable.  Car  on  s'imagine  aisément  que  la  glose, 
à  l'origine,  disait  à  peu  près  ce  qui  suit  :  v^ai  -/àp  al  to6twv  fwval  <a)ç>  opôpou 

XXIV  6-8.  Pour  rendre  lisibles  ces  dix  lignes,  M.  H,  met  en  œuvre  simul- 
tanément seize  conjectures,  parmi  lesquelles  huit  sont  de  lui.  Il  nous  reste  des 
doutes  sur  la  légitimité  d'une  semblable  restitution'.  —  XXIV  19.  Ta  Bk  c7uvG-/|- 
[mia  —  av  èpwxwY]].  Le  mot  d'ordre  ne  peut  être  demandé  successivement 
par  la  patrouille  à  la  sentinelle  et  par  celle-ci  à  la  patrouille,  que  s'il  y  a  deux 
mots  d'ordre  distincts,  selon  le  système  d'Iphicrate  et  comme  il  est  expliqué  au 
§  16.  Tout  ce  §  19  est  à  supprimer;  car  ce  n'est  qu'une  rédaction  marginale, 
équivalente  au  §  16.  —  Quant  à  changer  y.oivwç  en  xôtvbv  êuxco,  il  n'y  faut  pas 
songer  :  ce  serait  arbitraire. 

XXV  2.  Ici  non  plus,  M.  H.  n'a  rien  remarqué  de  suspect.  Il  faudrait  cepen- 
dant écarter  du  texte,  croyons-nous,  èv  [xàv  laXç  Gv.oxei^aXq  —  «fasivotç  xpcvotç 
(§  2).  Le  7capaff6v6Y)[j,a,  —  appelé  uxoauvOY)iJ,a  dans  les  manuscrits  de  Philon  de 
Byzance,  —  est  essentiellement  un  signe  muet,  atpwvov  (Philon,  p.  93  des  Veteres 
Mathematici.  —  Cp.  Onosandre,  ch.  20  (p.  90-91  Schwebel)  :  to  Se  T:apa<7uvOY]|;.a 
[).r\  Btà  (pwv^ç  Xe^éf^Ou),  àXkà  Sià  G(!i[).y.xoq  -/lYvécôco  y.,  x.  X.,  et  Végèce  III  5 
signa  muta).  Si  le  xapaa6vOYi[j.a  pouvait  consister  dans  un  bruit,  vocal  ou  autre, 
il  serait  tout  aussi  facile  à  surprendre  que  le  simple  mot  d'ordre,  ce  qui  est  con- 
tradictoire à  la  définition  qu'Enée  lui-même  en  donne  (voir  au  §  i).  M.  H.  a 
signalé,  dans  son  édition,  une  glose  (XXXIX  6),  qui  procède  de  la  même  manie 
de  tout  distinguer,  même  ce  qui  ne  souffre  point  de  distinction.  Nous  soupçon- 
nons ces  deux  gloses  d'être  parties  de  la  même  main. 

XXVIII  4-$.  Restitution  douteuse.  En  tout  cas,  lire  à[;içoT£pa)v  <tûv> 

xuXûv. 

[XXIX  7]  (passage  intrus).  Les  poignards  ne  sont  pas  a  cachés  sous  des 

»  pépins  de  citrouille  ;  »  mais,  si  nous  ne  nous  trompons,  enfoncés  par  la  lame, 

vers  la  région  de  la  queue,  dans  le  cœur  des  citrouilles.  —  XXIX  8.  Ka\  TYjpï]- 

1.  Sur  l'avantage  qu'il  y  aurait  à  substituer,  dans  ce  sens,  le  mol  «  intrusion  »  au 
mot  «  interpolation  «,  voir  Tournier,  Exercices  critiques,  p.  6  (à  la  note). 

2.  En  passant,  nous  proposerons  à  M.  H.  la  conjecture  suivante  sur  la  p.  26,  I.  29 
de  sa  brochure: «çOeYTfôjAEvai  (Hercherus  pro  çôeYyojAévwv).»  Lire:  prop.,i\x  lieu  de  pro. 

3.  Polyen  raconte  (III  14)  le  même  stratagème,  parfois  dans  les  mêmes  termes  qu'Enée, 
quoique  d'une  manière  un  peu  différente  au  fond. 


d'histoire  et  de  littérature.  57 

(jâvTwv  est  bien  peu  admissible  :  comment  s'expliquerait  la  faute?  M.  H.  ne  se 
préoccupe  guère  de  l'origine  des  fautes.  Il  en  résulte  que  certaines  de  ses  con- 
jectures, par  exemple  sur  XVIII  i  î  et  sur  XVIII  19,  sont  de  la  fantaisie  pure. 

XXXVII  8-9.  Kal  oTç  [Aev  icpou-^xei  xà  Iv,  twv  èvavTÎtov  'Zz-/yâaiKOixct  (ivTto6|xevov 
à[x6veiv  SeB-^Xwxat  •  toTç  81  uTropûaaeiv  [;iXXouaiv  t6B'  av  y^voito  [(T/upéxaTov 

(ppaY[;,a Suit  la  description  d'un  abri  pour  le  mineur  assiégeant.  Est-il  besoin 

de  faire  remarquer  que  cela  ne  rentre  point  dans  le  cadre  d'Enée  ?  Enée  traite 
de  la  défense  des  places,  mais  nullement  de  la  manière  de  les  prendre.  Déjà  Ca- 
saubon  avait  signalé  une  glose  de  la  même  nature  (XVIII  22  —  XIX). 

Malgré  la  vraisemblance  de  certaines  suppressions  proposées  par  M.  H.,  nous 
ne  croyons  devoir  approuver  sans  réserve  (en  dehors  des  conjectures  déjà  jugées 
favorablement,  soit  par  M,  Ad.  Kirchhoff,  soit  par  d'autres  critiques,  ou  par  nous- 
même  dans  le  cours  de  cet  article)  que  les  corrections  afférentes  aux  passages 
suivants:  IX;  XII  4;  XIII  2;  XV  9;  XX  4;  XXI  2;  XXII 1 5-16;  XXII  26  (sup- 
pression de  o'JTw-oyXetv ;  cp.  Aeneae  comm.  pol.  éd.  H.,  praef,  p.  vij);  XXIX  5; 
XXXII  8-10;  XXXVIII  3  ;  XXXIX  6  (les  deux  corrections);  XL  i. 

Nous  avons  réservé  pour  la  fin  les  chapitres  X  et  XI,  qui  ont  besoin  d'être 
sérieusement  remaniés. —  §3  sTuetTa  xYipuYt'-aTa  TroietaOai  xotaBe  BtaTivoçjrpôvou, 
çi^ou  xat  àTioxpo-KT^q  xwv  èxipouXsuovTwv  ëvsxa.  Reporter  ces  mots,  soit  à  la 
marge,  soit  plutôt  au  §  1 5  devant  ôç  5v  /.aTaixvjvuaY),  en  supprimant  xal.  Motif: 
les  articles  de  la  proclamation,  qui  suivent  immédiatement  la  phrase  eirsiTa 
y..  X.  \.,  ne  sont  de  nature,  ni  à  être  publiés  de  temps  en  temps,  ni  à  détourner 
les  conspirateurs  de  leurs  desseins.  —  §  5  'Eàv  Bà  wat  çuYaSeç,  sTCaYjpucrastv, 
oç  àv  às-wv  y;  ^évwv  yJ  §o6Xwv  aTuoxxst'vY)  (correction  de  M.  Sauppepour  la  leçon 
du  M  S  àTTCxivY)),  à  exaaxw  xouxwv  è'cxai.  M,  H.  a  bien  fait  de  transporter  cette 
phrase  devant  le  §  \6.  Mais  il  en  résulte  ceci.  On  lit,  dans  un  même  chapitre, 
au  §  6  :  y.al  èiv  xiç  xivt  xwv  çuy^^^^  (^'■j'^^hriiai  y,,  x.  X.  :  donc  il  y  a  des  pros- 
crits; puis,  au  §  16,  eàv  Se  toai  çuYaSî?  :  //  n'est  plus  sûr  qu'il  y  en  ait.  C'est  que 
le  §  6  doit  être  transposé  devant  le  §  18.  Là  où  il  se  trouve  actuellement 
enchâssé,  il  interrompt,  comme  faisaient  èàv  lï  —  loxat  (§  5)  avant  M.  H.,  le 
développement  naturel  de  la  proclamation.  —  Nous  hésitons  à  suivre  M.  Hercher, 
lorsqu'il  change,  au  §  1 5 ,  la  leçon  c  xi  '  du  manuscrit  en  oç.  Nous  aimerions 
mieux  :  âç  5v  xaxa[x-rjv6aY)  xtvà  eTci^ouXeôovxa  xv^  xiXet,  9j  5  xt  ouv  (M  S  av)  xwv 
xpcYsYP^t^t'-^^wv  [xiç]  xpaxx6[j.evov  l^aYY£^XY). —  Un  peu  plus  bas,  nous  supprime- 
rions XI  xwv  zpoYeYP^E^'l^-^^^''- — Puis,  ^u  §  17,  nous  voudrions  placer  la  virgule 
après  xpa^'f),  et  transposer  xi  xwv  rpoy£i[j.évwv  à  la  suite  de  à-xoSiSoGOai,  en 
effaçant  le  signe,  indiquant  une  lacune,  introduit  ici  par  M.  Hercher;  le  sens 
serait  :  «  Et  si  c'est  quelqu'un  de  sa  suite,  qui  tue  le  tyran,  on  lui  donnera  une 
»  partie  de  la  récompense  proposée  et,  de  plus,  le  droit  de  rentrer  dans  la 
»  patrie,  »  —  Maintenant,  observons  que,  avec  le  §  20,  nous  passons  d'un  sujet 
à  un  autre.  Il  s'agissait  jusque-là  des  «  Proclamations  »  :  nous  trouvons,  à  partir 
de  [X£xà  lï  xaoxa,  les  «  Précautions  à  prendre  contre  les  conspirateurs  ». 
C'est  donc  devant  [/.exà  l\  xauxa  qu'il  faut  écritre  Chapitre  XI  :  libre  aux  futurs 


I.  Et  non  point  ôç  ti,  comme  on  lit  chez  M.  H. 


58  .IHUT   REVUE   CRITIQUE       T^ihVj 

éditeurs  de  mettre  de  nouveau  à  la  ligne  et  de  numéroter  XI  bis,  en  arrivant  au 
chapitre  XI  actuel.  Nous  ne  leur  demandons  plus  que  de  débarrasser  le  texte, 
en  tête  du  ci-devant  chapitre  XI,  de  "Exi  âà  y.a\  twv  —  à7:o$é/,e<76ai  Stà  xâSe, 
vu  que  les  mots  /.al  [XYjoàv  sùOécoç  à-océxeaOa'.,  s'ils  s'appliquent  parfaitement  à  la 
trahison  de  Chios,  ne  s'accordent  aucunement  avec  les  autres  exemples  annoncés 
par  p-^ÔYjcrûVTai  8a  k.B,iqq. 

M.  H.  n'a  pas  toujours  la  main  heureuse,  lorsqu'il  essaie  de  faire  des  restitu- 
tions. Sa  méthode  est  peu  sévère;  il  oublie  volontiers  qu'il  faudrait,  en  général, 
lorsqu'on  corrige  une  faute,  en  rendre  sensible,  en  même  temps,  l'origine.  Mais 
M.  H.  déploie  une  remarquable  sagacité  à  découvrir  les  commentaires  insérés 
dans  les  textes.  Sur  ce  terrain,  il  frappe  presque  toujours  juste.  J'aurais  voulu 
seulement  le  voir  reléguer  toutes  les  gloses  également,  au  bas  des  pages,  dans 
l'annotation  critique.  Dans  l'édition,  les  passages  déjà  condamnés  par  M.  Hercher 
ont  seuls  disparu  du  texte.  Pourquoi  cette  différence  dans  le  traitement  des 
gloses?  La  modestie  ne  commandait  pas  cela  à  M.  H.,  quoi  qu'il  dise,  et  elle  n'a 
rien  à  faire  ici.  M,  H.  eût  été  obligé,  sans  doute,  à  un  peu  plus  de  réserve;  ce 
n'eût  peut-être  pas  été  un  mal.  En  outre,  il  n'aurait  pas  eu  la  fâcheuse  idée,  en 
mettant  ses  gloses  entre  crochets,  de  se  servir,,  pour  les  mieux  distinguer  du  reste, 
d'un  alphabet  hybride  dans  lequel  l'G  et  le  K  onciaux  se  rencontrent  avec  des 
formes  toutes  modernes,  comme  le  q  de  la  Renaissance. 

Nous  ne  voudrions  pas  terminer  le  compte-rendu  d'un  travail  aussi  utile 
et  estimable  qu'est  celui  de  M.  H.,  en  exprimant  un  regret.  Cette  édition 
est  munie  d'un  apparat  critique  suffisamment  complet;  enfm,  à  tout  prendre, 
le  texte  de  la  nouvelle  édition  d'Enée  est  certainement  en  progrès  sur  celui  de 
toutes  les  éditions  précédentes;  pour  en  permettre  le  contrôle,  la  leçon  du 
manuscrit  unique  y  est  constamment  indiquée  au  bas  des  pages,  et  les  conjec- 
tures admises  dans  le  texte  portent  toutes  la  signature  de  leur  auteur.  En  somme, 
la  nouvelle  édition  possède  un  mérite  incontestable  ;  elle  est  consciencieusement 
revue,, et,  —  c'est  là  son  originalité,  —  considérablement  diminuée. 

Charles  Graux. 

19.  —  Les  Châtelains  de  Lille,  par  Th.  Leuridan,  archiviste  de  la  ville  de  Rou- 
baix.  Paris,  Dumoulin.  1873.  In-8*,  334  p. 

Cet  ouvrage  se  compose  de  trois  parties  :  Dans  la  première  l'auteur  a  étudié 
les  origines  des  châtelains,  les  origines  et  la  topographie  de  la  châtellenie,  les 
attributions  et  les  pouvoirs  judiciaires,  administratifs  et  militaires  des  châtelains, 
leurs  relations  avec  la  ville  de  Lille,  leurs  fonctions  comme  avoués  des  abbayes 
et  particulièrement  de  l'abbaye  de  Phalempin  (p.  i  à  92).  La  seconde  partie  est 
consacrée  à  l'histoire  et  à  la  généalogie  des  châtelains  depuis  1038  jusqu'en  1789 
(p.  93  à  172).  Enfm  la  troisième  que  M.  L.  nomme  Carîulaire  des  châtelains  de 
Lille  est  un  recueil  de  229  chartes  allant  du  xi"  siècle  à  1572,  analysées  ou 
reproduites  entièrement,  suivant  leur  intérêt  et  suivant  qu'elles  étaient  inédites 
ou  déjà  publiées  (p.  175  a  309).  Le  volume  est  terminé  par  une  Table  onomas- 
tique du  carîulaire  des  châtelains. 

Les  documents  qu'a  réunis  M.  L,  sont  importants;  pour  les  recueillir  il  lui  a 


d'histoire  et  de  littérature,  5'9 

fallu  beaucoup  de  zèle  et  de  persévérance;  on  en  peut  juger  en  voyant  par  ses 
notes  les  nombreux  dépôts  d'archives  qu'il  a  dû  explorer.  Ses  recherches  du  reste 
ont  été  fructueuses,  car  il  a  mis  au  jour  et  groupé  nombre  de  faits  intéressants 
qu'on  chercherait  vainement  dans  les  livres  de  Piétin  et  de  Van  der  Haer  qui 
avant  lui,  l'un  au  xvî"  et  Pautre  au  xvii*  siècle,  s'étaient  occupés  du  même  sujet. 

Il  n'y  aurait  guère  que  des  éloges  à  donner  au  travail  de  M.  L.  s'il  s'était 
contenté  de  tirer  des  documents  qu'il  avait  patiemment  réunis  les  données  qu'ils 
pouvaient  fournir  relativement  à  la  châtellenie  et  aux  châtelains,  et  s'il  n'avait  eu 
la  prétention  comme  il  le  dit  lui-même  <(  de  traiter  ce  sujet  sur  des  bases  plus 
)>  larges  et  essayé  de  le  mettre  en  rapport  avec  les  données  nouvelles  et 
»  les  dernières  révélations  de  la  science  historique.  »  En  l'absence  de  textes 
M.  L.  a  tenté  de  résoudre  les  problèmes  délicats  et  complexes,  d'origine,  de 
topographie  et  de  relations  juridiques  par  voie  d'analogie,  et  souvent,  pour 
«  élargir  »  son  sujet,  il  s'est  lancé  dans  des  généralités  sans  rapport  direct 
avec  les  questions  qu'il  traitait.  C'est  ainsi  que  voulant  rechercher  les 
origines  de  la  châtellenie  de  Lille,  sur  laquelle  les  textes  ne  lui  fournissaient 
aucune  lumière,  puisque  la  première  mention  d'un  châtelain  est  de  1087,  M.L. 
ne  s'est  pas  contenté  de  reproduire  l'opinion  généralement  admise  qu'avant  d'être 
seigneur  héréditaire  le  châtelain  avait  été  un  officier  du  comte  chargé  par  lui  de 
la  garde  et  de  la  défense  d'un  château.  Il  a  voulu  aborder  la  discussion  des 
origines  de  la  féodalité,  et  malheureusement  ne  s'y  est  guère  montré  au 
courant  des  «  dernières  révélations  de  la  science  historique;  »  il  avoue  (p.  21) 
que  son  principal  guide  en  cette  matière  a  été  l'ouvrage  vieilli  et  peu  critique  de 
Raepsaet  ' .  Ses  investigations  personnelles  sont  du  reste  encore  moins  heureuses, 
principalement  parce  qu'il  ne  paraît  pas  se  rendre  compte  de  la  valeur  relative 
des  sources  :  à  côté  d'un  diplôme  et  de  capitulaires  il  cite,  comme  d'une 
valeur  égale,  l'historien  du  xvi*  siècle  Jacques  Meyer  (p.  4,  6,  7).  Il  dit  que  la 
châtellenie  de  Gand  devint  héréditaire  en  1046  et  son  autorité  est  la  chronique 
de  Saint-Bavon  écrite  au  xvi*  siècle  (p.  12).  Tout  ce  qu'il  dit  à  la  p.  8  et  à  la 
p.  9  de  la  mention  vers  960  du  château  de  Lille  est  faux,  et  il  l'a  reconnu  lui- 
même  en  reportant  le  texte  sur  lequel  il  s'appuyait  au  xi*^  siècle  (entre  1034  et 
1067,  voy.  p.  175).  Il  semble  ailleurs  à  peine  hésiter  à  accepter  la  légende  fabu- 
leuse des  forestiers  de  Flandre  :  Dargnel,  Lyderic,  le  tyran  Phinaert,  et  essaye  d'en 
extraire  quelques  données  historiques  sur  les  premiers  châtelains. 

Pour  déterminer  les  limites  de  la  circonscription  territoriale  nommée  châtelle- 
nie, il  semble  que  la  méthode  devait  consister  à  noter  d'abord  avec  soin  toutes 
les  localités  mentionnées  dans  les  chartes  comme  ayant  fait  partie  de  la  châtel- 
lenie, en  ayant  soin  de  ne  pas  confondre  avec  la  châtellenie  toutes  les  seigneuries 
qu'ont  possédées  les  châtelains,  ensuite  à  relever  dans  les  documents  concer- 
nant les  seigneuries  limitrophes  les  mentions  de  localités  voisines  qui  ne  faisaient 
pas  partie  de  la  châtellenie.  Ce  travail  eût  donné  des  limites  générales  qu'on 

I.  Analyse  historïaue  et  criûqac  de  l'origine  et  des  progrès  des  droits  des  Belges.  Gand, 
1824-1826.  M.  L.  s  indigne  de  ce  que  M.  Guérard  a  pu  dire  que  beaucoup  d'opinions  de 
Raepsaet  étaient  peu  probables  et  trouve  que  «  le  temps  ne  fait  qu'ajouter  à  l'autorité  qu'ont 
»  acquis  ses  travaux.  »  n    mw.t4'^^-miiJm^f'y:mistttJ:iit^3S!^i 


60  REVUE  CRITIQUE 

aurait  pu  peut-être  déterminer  plus  exactement  en  les  comparant  à  celles  des 
territoires  anciens  et  en  s'aidant  de  la  topographie  du  pays.  M,  L.  n'a  eu  garde 
d'entreprendre  ce  travail  délicat  ;  il  a  préféré,  sans  s'appuyer  sur  aucun  docu- 
ment, placer  dans  la  châtellenie  une  partie  des  pays  des  Ménapiens  et  des  Atré- 
bates  et  divers  territoires  qu'il  nomme  tous  des  Pagi.  Là  encore  M.  L.  n'était 
pas  au  courant  des  «  dernières  révélations  de  la  science  historique,  »  car  il  dis- 
tingue sans  raison  le  pagus  du  comté  (p.  4);  crée  toute  une  série  de  pagi  majores, 
médiocres,  minores  rentrant  les  uns  dans  les  autres  et  dont  l'existence  n'est  rien 
moins  que  prouvée  (p.  4,  7);  énumère  parmi  les  pagi  des  territoires  qui  sont 
désignés  dans  les  textes  sous  les  noms  de  regiuncula  (le  Ferrain)  d'Ager  (le  Ca- 
rembaut)  de  regio  (le  Weppes)  et  auxquels,  sous  peine  de  tout  confondre,  on  ne 
saurait  appliquer  le  nom  de  pagi. 

Dans  son  exposition  de  la  puissance  des  châtelains,  de  leur  juridiction,  de 
leurs  fonctions,  M.  L.  a  tiré  des  documents  par  lui  réunis  nombre  d'observations 
importantes,  malheureusement  il  a  cru  que  le  recueil  de  documents  qu'il  plaçait  à 
la  fin  de  son  livre  le  dispensait  de  les  citer,  et  il  ne  produit  que  rarement  les 
textes  qui  ont  formé  son  opinion,  en  sorte  que  pour  la  contrôler,  il  faut  sans 
cesse  relire  et  feuilleter  les  chartes  qu'il  a  publiées;  et  ce  contrôle  est  d'autant 
plus  nécessaire  que  M.  L.  accorde  aux  ouvrages  de  seconde  main  la  même 
autorité  qu'aux  chartes.  En  voici  quelques  exemples.  C'est  d'après  Panckouke 
[Abrégé  de  l'histoire  des  comtes  de  Flandre)  qu'il  dit  qu'un  châtelain  de  Lille  fut 
le  principal  conseiller  de  Baudouin  IX  (p.  1 2).  Rapportant  que  le  châtelain  de 
Lille,  garant  en  121 5  du  traité  de  Pont  à  Wendin,  défendit  contre  les  Fla- 
mands le  passage  de  la  Lys  à  Erquinghem,  il  cite  comme  autorité  Ed.  Leglay 
{Histoire  des  comtes  de  Flandre),  qui,  dit-il,  nomme  ce  châtelain  Jean  au  lieu  de 
Roger  (p.  124).  S'il  avait  consulté  les  sources,  M.  L.  aurait  pu  voir  que  c'est 
l'auteur  de  V Histoire  des  ducs  de  Normandie  et  des  rois  d'Angleterre  (p.  1 38)  dans 
lequel  M.  Leglay  a  puisé,  qui  a  commis  cette  méprise.  C'est  dans  Duthilloeul, 
Petites  histoires  de  Flandre  et  d'Artois,  qu'il  prend  l'indication  d'une  donation  de 
1 244  aux  chanoines  de  Seclin. 

Dans  le  chapitre  où  il  traite  des  attributions  judiciaires  des  châtelains,  M.  L. 
a  confondu  toutes  les  relations  juridiques.  Il  ne  distingue  pas  la  juridiction  féodale 
de  la  cour  du  château  composée  des  pairs  de  la  châtellenie,  des  plaids  généraux 
dont  les  juges  étaient  des  échevins,  juges  des  gens  de  condition  inférieure  comme 
le  dit  un  chroniqueur  du  xii"  siècle,  Galbert.  Le  mot  pair  employé  seulement 
dans  la  langue  judiciaire  pour  désigner  le  vassal  d'un  châtelain,  juge  dans  sa 
cour  en  matière  féodale,  est  devenu  pour  M.  L.  le  titre  de  seigneurs  dont 
il  a  nommé  les  seigneuries  des  pairies  sur  lesquelles  il  a  disserté  au  chapitre  IX, 
les  distinguant  sans  raison  d'autres  fiefs  mouvant  aussi  du  château  et  dont  le 
possesseur  était  également  tenu  au  service  de  cour  (chap.  X). 

Malgré  le  grand  nombre  de  textes  qu'il  a  parcourus,  M.  L.  n'a  pu  parvenir  à 
établir  une  généalogie  définitive.  Quelques  textes  qui  lui  sont  restés  inconnus  et 
dont  on  trouvera  plus  loin  l'indication,  complètent  sur  certains  points  ses  ren- 
seignements. Non-seulement  cette  généalogie  a  des  lacunes,  mais  ce  qui  est  plus 
grave  elle  manque  absolument  de  clarté,  et  ses  allégations  sont  souvent  contra- 


D'HISTOIRff  ET    DE   LITTÉRATURE.  6\ 

dictoires.  Là  aussi  M.  L.  a  manqué  de  critique,  a  mélangé  les  faits  prouvés  par 
des  chartes,  ceux  altérés  peut-être  par  des  chroniques  postérieures,  et  ceux  in- 
ventés par  des  généalogistes  de  mauvaise  foi. 

La  dernière  partie  de  l'ouvrage  de  M.  L.  est  sans  contredit  la  plus  importante 
et  la  plus  intéressante.  J'y  ferai  cependant  quelques  observations;  d'abord  sur 
le  nom  qu'il  lui  donne.  Ce  recueil  de  chartes  n'est  pas  un  carîulaire,  cette  déno- 
mination ne  saurait  s'appliquer  à  une  réunion  d'actes  ne  provenant  pas  d'un 
même  fonds,  n'ayant,  pour  une  bonne  partie,  rien  autre  de  commun  que  la 
mention,  souvent  accessoire,  d'un  fait  ou  d'un  personnage.  Il  eût  été  mieux  sans 
doute  de  ne  publier  qu'un  carîulaire  des  châtelains  sans  embarrasser  ce  recueil 
de  nombreuses  analyses  de  chartes  avec  l'indication  des  ouvrages  où  elles  sont 
publiées  d'après  les  tables  de  M,  Wauters.  Ces  chartes  n'ont  souvent  d'autre  rap- 
port avec  le  sujet  que  des  souscriptions  de  châtelains  et  eussent  été  mieux  à  leur 
place  au  cours  du  récit  lorsque  leurs  souscriptions  prouvaient  quelque  chose. 
Ajoutons  que  presque  tous  les  textes  publiés  sont  fort  mal  ponctués  et  qu'en  outre 
pour  les  dates,  M.  L.  tantôt  ne  les  a  pas  ramenées  au  nouveau  style,  tantôt  a 
mis  l'indication  v.  s.,  et  tantôt  a  indiqué  les  deux  années  d'ancien  et  de  nouveau 
style  '.  La  charte  n°  78  de  1200,  dont  M.  L.  ne  cite  qu'un  extrait  d'après  Vre- 
dius  est  tout  entière  dans  le  Grand  cartulaire  de  l'abbaye  de  St-Berîin  (t.  I,  p.  597, 
ms.  n"  803  de  la  bibliothèque  de  Saint-Omer). 

Voici  maintenant  l'indication  de  quelquesdocuments  que  n'a  pas  connus  M.  L.; 
j'ai  omis  de  mentionner  les  souscriptions  de  châtelains  qui  n'apportaient  pas  un 
complément  de  renseignements  à  son  travail  pour  n'indiquer  que  les  textes  impor- 
tants. Les  papiers  de  D.  Grenier  aujourd'hui  conservés  à  la  Bibliothèque  nationale 
contiennent  une  table  chronologique  des  chartes  relatives  à  la  Flandre  où  se 
trouve  l'analyse  suivante  :  «  1156.  —  Contrat  de  mariage  entre  Renaud  châte- 

«  lain  de  Lille  et  Mathilde  fille  de  Varin ^j  donation  faite  par  ledit  Varin 

»  des  biens  qu'il  avait  à  Singhin  en  Weppes,  du  consulat  {sic)  de  Everlinghem 
»  et  des  dîmes  de  la  Potrie.  »  (Bibl.  nat.  Pap.  de  Dom  Grenier,  t.  249,  f"  63 
v°).  Ce  document  fait  connaître  une  seconde  épouse  du  châtelain  Renaud.  M.  L. 
a  omis  de  dire  sur  quelle  autorité  il  s'appuie  pour  lui  faire  épouser  la  fille  d'Ar- 
noul  de  Guines  et  à  quelle  époque  on  en  trouve  la  mention  (p.  115).  —  En  1 174 
on  trouve  la  souscription  du  châtelain  Jean  (S.  Johannis  castellani  de  Insula)  à  une 
charte  de  Philippe  d'Alsace  confirmant  la  vente  faite  à  l'abbaye  de  Saint-Nicolas 
de  Fumes  par  Evrard  Radol  de  Tournai,  d'une  terre  nommée  Wokinewerf, 
sise  paroisse  d'Alverghem,  châtellenie  de  Fumes  (  Cartulaire  de  Saint- 
Nicolas  de  Furnes,  p.  217).  M.  L.  n'avait  pas  connu  de  mention  de  ce 
châtelain  antérieure  à  1 177  (p.  1 17).  —  Une  charte  de  11 77  contient  sur  ce 
châtelain  des  particularités  inconnues  à  M.  L.  On  le  voit  mentionné  (ad  judicium 
hominum  nostrorum Johannis  quoque  castellani  de  Insula  qui  erat  hères  deSingin) 

1.  M.  L.  date  de  janvier  1237  et  semble  appliquer  au  traité  de  Péronne,  qui  ne  fut 
cependant  conclu  que  le  12  avril,  un  acte  de  garantie  donné  au  roi  de  France  par  le 
Châtelain  de  Lille  en  1238  et  qui  s'applique  au  traité  de  Compiègne  conclu  en  décembre 
1238  (p.  241). 

2.  Ce  blanc  existe  dans  le  ms. 


62  '-'n-        REVUE    CRITIQUE 

à  la  suite  d'un  jugement  qui  termine  une  contestation  relative  aux  moulins 
d'Anoeulin,  entre  l'abbaye  de  Saint-Vaast  d'une  part,  et  Hellin  de  Wavrin, 
sénéchal  du  comte  de  Flandre,  et  Robert  de  Sengin  (Sainghin)  «  cjui  tune  Sen- 
»  guin  vadio  et  maritali  dote  tenebat  »  (Bibl.  d'Arras.  Papiers  de  Dom  Lepez. 
Ms.  n°  204  ancien,  316  nouveau,  f°  41  v").  —  La  charte  suivante  de  1 208  avec 
un  post-scriptum  de  1212  contient  des  détails  importants  et  mérite  plus  qu'une 

analyse.  La  voici  par  extraits  :  Ego  Rogerus  Insulensis  castellanus pro  anima 

patris  mei  Johannis  castellani  —  (confirmation  de  la  vente  faite  à  l'abbaye  d'Hénin 
Liétard  par  Hugues  de  Balmont  qui  la  tenait  en  fief  de  lui,  de  la  dîme  d'Assel- 
ville).  Ut  igitur  certius  hoc  omnibus  habeatur  et  ratum,  cum  sigillum  adhuc  pro- 
prium  non  haberem,  sigillo  domini  Johannis  abbatis  de  Phalempin  patrui,  presenîem 
paginam  confirmare  et  munire  volui.  Actum  anno  domini  M°CC°VIII°  mense  aprili, 
V°  idus  ejusdem  mensis  coram  hiis  testibus  :  Hellino  de  Gondocorî  tum  ballivo  terra 

mes Postmodum  autem  cum  sigillum  proprium  habuissem    hoc    totum   coram 

hominibus  meis  diligenter  recognovi  etfideliter  approbavi  et  presentem  paginam  sigilli 
mei  appensione  roboravi.  Hac  recognitio  facta  fuit  et  approbata  apud  Aneulin  anno 

domini  M°CC°XII°  mense  julio CBibl.  d'Arras.  Papiers  de  Dom  Lepez.  Extraits 

des  archives  de  l'abbaye  d'Hénin.  Ms.  ancien  201,  nouveau  332,  f"  147  ancien, 
107  y"*  nouveau).  M.  L,  ne  mentionne  ce  châtelain  Roger  IV  qu'en  1211-1212 
(p.  124).  Entre  Jean  l"  et  Roger  IV  il  suppose  l'existence  d'un  fils  inconnu  de 
Jean  P'',  sous  la  baillie  de  Ghilebert  de  Bourghelles.  Cette  charte  démontre  que 
ce  fils  mineur  était  précisément  Roger  IV  qui  en  1 208  n'avait  pas  encore  de 
sceau  et  n'en  posséda  qu'en  1212.  —  121 3.  Retrait  opéré  par  Roger  châtelain 
de  Lille  de  la  dîme  de  Boesinga  tenue  en  fief  de  lui  par  Michel  de 
Herentaga  qui  l'avait  vendue  à  l'abbaye  de  Saint-Martin  d'Ypres  (Sanderus, 
Flandria  illustrata ,  t.  II,  p.  313).  — La  mention  suivante  se  trouve  dans 
un  ms.  de  Dom  Lepez  (Bibl.  d'Arras.  Ms.  ancien  204,  nouveau  316, 
p.  84)  et  renvoie  à  un  cartulaire  de  Saint-Vaast  coté  P  que  je  n'ai  pu  retrouver: 
1220.  Carta  Rogeri  castellani  Insulensis  de  terra  de  Carembaut.  Fol.  XLI  v°.  — 
1226.  14  décembre.  Acte  de  garantie  fourni  au  roi  de  France  par  Roger,  châte- 
lain de  Lille  (Teulet.  Layettes  du  trésor  des  chartes,  t.  II,  p.  103).  —  1230. 
Septembre.  L'abbé  de  Saint-Martin  de  Gemelle  et  Michel,  chanoine  de  Saint- 
Nicolas  d'Amiens,  juges-commis  par  le  saint-siége  confirment  un  accord  du  mois 
d'août  précédent,  intervenu  entre  l'abbaye  de  Saint-Vaast  et  Roger,  châtelain  de 
Lille,    au  sujet  de  la  pêche  de  la  rivière  a  loco  qui  dicitur  Pourvues  usque  ad 

sedem  molendini  de  Dons et  super  quodam  ponte  quem  dictus  castellanus  construi 

fecerat  super  cursum  dicta  aqu£ et  super  hoc  quod  predictus  castellanus  faciebat 

purgari  rivum  aquA  dictorum  abbatis  et  conventus  a  predicto  Fourques  usque  adfossam 
de  Tournecul.  Ce  procès  commencé  contre  le  châtelain  Roger  IV  avait  été  conti- 
nué contra  nobilem  virum  Guillelmum  prepositum  beati  Pétri  nunc  castellanum  Insulen- 
semfratrem  et  successorem  predicti  Rogeri  (Bibl.  d'Arras.  Ms.  ancien  204,  nouveau 
316.  Papiers  de  Dom  Lepez.  Copie  d'après  la  suite  du  cartulaire  de  Saint-Vaast 
de  Guiman).  —  1237.  Juillet.  Accord  entre  la  comtesse  Jeanne  et  le  châtelain 
Jean  au  sujet  des  droits  de  juridiction  que  la  comtesse  prétendait  exercer  dans  la 
châtellenie;  publié  par  Tailliar,  Recueil  d'actes  en  langue  romane  wallonne,  p.  91, 


D*HISTOIRE    ET    DE    LITTÉRATURE.  6^ 

et  par  Duchesne,  Maison  de  Béthune.  Preuves,  pj  r52.  —  1243.  Mai.  Donation 
à  l'abbaye  dite  l'Honneur  N.  D.  par  Marguerite  de  Daiïipierre,  de  la  terre  de 
Baroeul  qu'elle  avait  acquise  de  Jean,  châtelain  de  Lille,  du  consentement  de  son 
fils  Guillaume  (L'abbé  Hautcœur,  Cartulaire  de  l'abbaye  de  Fîmes.  2  vol.  in-8°. 
Lille.  1873.  —  T.  I,  p.  3 1).  Cette  charte  fait  mention  d'un  fils  du  châtelain  Jean 
que  n'a  pas  connu  M.  L.  —  1272.  26  août.  La  comtesse  Marguerite  confirme 
l'accord  intervenu  entre  l'abbaye  de  Saint-Vaastet  Jean,  châtelain  de  Lille,  pour 
faire  un  bornage  entre  Berclau  et  Hautay  et  es  liens  prochains  (Bibl.  d'Arras.  Ms. 
ancien  204,  nouveau  316.  Papiers  de  Dom  Lepez.  Copie  diaprés  le  cartulaire  de 
Saint-Vaast  coté  P  f  50). 

Ces  notices  des  chartes  montrent  qu'après  M.  L.  il  reste  encore  à  glaner;  je 
suis  persuadé  que  les  cartulaires  et  les  fonds  d'archives  du  pays  tiennent  encore 
en  réserve  .une  ample  moisson,  suffisante  pour  dédommager  de  sa  peine  un 
chercheur  que  ne  déconcerterait  pas  le  travail  de  M.  L.  dont  le  livre  ne  saurait 
être  considéré  comme  définitif. 

Je  termine  cette  trop  longue  critique  par  quelques  observations  accessoires. 
Les  citations  de  ce  livre  ne  permettent  que  rarement  une  vérification.  P.  39. 
M.  L.  cite  Roisin  sans  autre  indication;  ailleurs,  il  indique  «  Archives  du  dépar- 
»  tement  du  Nord.  Chambre  des  comptes  passim  »  (p.  142).  Ailleurs,  «  Mss.  de 
la  bibl.  de  Lille  »  (p.  169).  Souvent  il  cite  :  «  Desplanque,  Cartulaire  du  Nord. 
Cet  ouvrage  n^a  jamais  paru,  et  quelques  feuilles  seulement  ont  été  tirées.  En 
général  les  textes  sont  mal  publiés,  mal  ponctués,  souvent  sans  accents  ni 
apostrophes.  M.  L.  imprime  Xpofle  ou  même  Xpfle  pour  Christofle  (p.  235).  Je  ne 
citerai  qu'un  exemple  des  conjectures  qu'il  hasarde  parfois:  p.  53,  il  pense  que 
Heldebault  est  une  forme  défigurée  de  Herban.  A.  Giry. 


20.  —  F.  Nietzsche.  tTnzeitgemsesse  Betrachtungen.  Drittes  Stûck  :  Schopen- 
hauer  als  Erzieher.  Schloss  Chemnitz,  Schmeitzner.  In-8",  1 13  p.  —  Prix  :  8  fr. 

Cette  troisième  brochure  a  été  pour  nous  une  déception.  Le  titre  nous  avait 
fait  espérer  une  œuvre  d'une  tout  autre  portée  ;  nous  pensions  qu'après  avoir,  au 
nom  de  la  philosophie  de  Schopenhauer,  attaqué  Strauss  et  l'érudition  des  Uni- 
versités allemandes,  l'auteur  allait  mettre  en  regard  l'éducation  telle  que  Scho- 
penhauer  l'a  comprise  et  telle  qu'elle  devrait  être  dirigée  d'après  ses  théories. 
Au  lieu  de  cela,  M .  Nietzsche  s^est  contenté  de  faire  une  troisième  satire  contre 
ses  compatriotes  en  général  et  contre  les  savants  allemands  en  particulier.  Ses 
critiques  manquent  de  variété  et  leur  exagération  leur  enlève  une  partie  de  leur 
force.  Il  descend  même  à  des  personnalités  aussi  dépourvues  de  convenance 
que  de  vérité,  par  exemple  quand  il  écrit  :  v  J'aime  mieux  lire  Diogène  Laerce 
»  que  Zeller,  car  je  retrouve  du  moins  chez  lui  l'esprit  des  anciens  philosophes, 
»  tandis  que  chez  Zeller  je  ne  retrouve  ni  leur  esprit  ni  aucun  autre  »  (p.  ici). 

Le  sujet  choisi  par  M.  N.  était  pourtant  du  plus  haut  intérêt.  Schopenhauer, 
après  avoir  vécu  pendant  de  longues  années  au  milieu  de  l'indifférence  univer- 
selle, est  devenu  aujourd'hui  le  plus  lu  et  le  plus  goûté  des  philosophes  alle- 
mands. Les  officiers  l'emportent  avec  eux  en  campagne,  les  hommes  du  monde 
et  les  femmes  mêmes  s'en  nourrissent  avec  passion.  Il  vaut  certes  la  peine 


64  .    REVUE   CRITIQUE    D'hISTOIRE    ET    DE   LITTÉRATURE. 

de  se  demander  quelle  influence  il  peut  exercer  et  quelle  éducation  il  donne  à 
ceux  qui  se  mettent  à  son  école.  M.  N.  aurait  pu  expliquer  plus  qu'il  ne  l'a  fait 
le  rôle  prédominant  que  Schopenhauer  assigne  à  l'art  et  au-dessus  de  l'art  à  la 
sainteté  dans  la  vie  humaine,  et  les  préceptes  héroïques  qu'il  tire  de  sa  conception 
pessimiste  du  monde.  Il  aurait  cherché  à  réfuter  ceux  qui  voient  dans  le  pessi- 
misme outré  de  Schopenhauer,  dans  son  mépris  de  l'action,  dans  le  cynisme  avec 
lequel  il  démontre  à  l'homme  non-seulement  le  néant,  mais  la  bassesse  de  ses 
plus  sublimes  émotions,  dans  la  malédiction  dont  il  frappe  la  nature  entière,  les 
signes  d'une  philosophie  de  décadence,  faits  pour  une  époque  blasée  et  impuis- 
sante. Au  lieu  de  cela,  M.  N.  se  contente  de  retourner  sur  toutes  ses  faces  une 
seule  idée;  il  répète  sous  cent  formes  diverses  que  Schopenhauer  était  un  homme 
complet,  et  non  un  pédant,  et  que  le  vrai  philosophe  doit  être  avant  tout  un 
homme,  non  un  savant,  doit  être  instruit  par  la  vie,  non  par  les  livres.  On 
retrouve  bien  dans  certaines  parties  de  cette  brochure  la  verve  et  l'énergie  pit- 
toresques que  nous  avons  signalées  dans  les  précédentes,  mais  l'ensemble  est 
faible  et  abondant  en  redites.  Quand  M,  N.  se  moque  de  ceux  qui  comme  Strauss 
pensent  que  la  fondation  de  l'empire  allemand  a  porté  un  coup  mortel  au  pessi- 
misme philosophique,  ou  de  ces  vainqueurs  de  1 870  qui  n'ont  rien  de  plus  pressé 
que  de  copier  avec  plus  d'ardeur  que  jamais  les  modes  et  les  actes  des  vaincus 
comme  des  barbares  qui  auraient  été  pour  la  première  fois  en  contact  avec  la 
civilisation,  nous  ne  pouvons  que  le  féliciter  de  sa  franchise  et  de  son  courage; 
mais  nous  ne  saurions  approuver  sans  restriction  ses  attaques  contre  la  science 
allemande  et  les  savants  allemands.  Au  milieu  de  la  décadence  morale  et  intel- 
lectuelle que  M,  N.  signale  en  Allemagne  et  que  nous  n'avons  garde  de  nier,  les 
travaux  scientifiques  qui  sortent  des  Universités  devraient  être  pour  lui  un  sujet 
de  consolation  et  non  de  colère.  Les  modestes  et  laborieux  érudits  d'aujourd'hui 
amassent  des  matériaux  qu'utiliseront  un  jour  des  esprits  généralisateurs  et 
créateurs.  Quant  aux  pédantisme  et  à  tous  les  vices  qui  en  sont  la  conséquence, 
ce  ne  sont  pas  les  protestations  de  M.  N.  qui  le  feront  fuir,  ni  même  cette  des- 
truction sauvage  de  tous  les  livres  qu'il  prédit  avec  une  sorte  de  joie  ;  une  seule 
belle  œuvre  de  poésie  ou  d'art  fera  plus  pour  mettre  les  pédants  en  déroute  que 
toutes  les  injures,  plus  même  que  les  plus  éloquentes  apostrophes.  Ce  n'est  pas 
l'érudition  des  Universités  qui  empêche  les  Allemands  d'avoir  des  écrivains,  des 
poètes,  des  peintres,  des  musiciens;  s'ils  n'ont  en  ce  moment  que  des  savants, 
c'est  qu'ils  ne  peuvent  pas  produire  autre  chose;  mais  grâce  à  ces  savants,  ils 
font  encore  assez  bonne  figure  en  Europe. 

SOCIÉTÉS  SAVANTES. 

ACADÉMIE    DES    INSCRIPTIONS   ET   BELLES-LETTRES. 

Séance  du  1 5  janvier  1 87  5 . 
Le  président,  M.  Alfred  Maury,  annonce  la  mort  de  M.  d'Avezac,  membre 
ordinaire  de  l'Académie.  La  séance  est  levée.  Julien  Havet. 


Erratum.  —  N°  2,  p.  21,  ligne  2,  au  lieu  de  ouvrage,  lisez  passage. 

Le  propriétaire-gérant  :  F.  VIEWEG. 
Nogent-ie-Rotrou,  imprimerie  de  A.  Gouverneur. 


édité  avec  soin;  l'article  propose  cependant  plusieurs  corrections).  —  Schmidt, 
Shakespeare-Lexicon.  Vol.  I.  A-L.  Berlin,  Reimer.  In-8°,  viij-678  p.  (très- 
complet  et  attestant  une  connaissance  approfondie  de  Shakspeare).  —  Von  Hell- 
WALD,  Geschichte  des  hollaendischen  Theaters.  Rotterdam,  Van  Baalen.  In-S", 
vij-i  50  p.  (note  favorable). 

Jenaer  Literaturzeitung,  1874,  n°  51,  19  décembre.  Ulrici,  Gott  und 
der  Mensch  I,  Th.  i.  2.  2.  Aufl.  Leipzig,  Weigel.  In-8'',  xij-363  ;  xij-454  p. 
(Fortlage).  —  Van  der  Linde,  Geschichte  und  Litteratur  des  Schachspiels. 
Bd.  I.  2.  Berlin,  Springer  In-8°,  xj-422-i  54;  xvj-524  p.  (G.  Schaarschmidt). 

—  Revue  de  philologie  et  d'ethnographie,  p.  p.  De  Ujfalvy,  t.  I,  fasc.  i .  Paris, 
Leroux.  In-8",  96  p.  (Georg  Gerland).  —  Halévy,  Rapport  sur  une  mission 
archéologique  dans  le  Yémen;  —  Inscriptions  sabéennes;  —  Études  sabéennes; 

—  PRiCTORius,  Beitrsege  zur  Erklaerung  der  himjarischen  Inschriften.  Heft  3 
(Bernhard  Stade).  —  Jahresbericht  ûber  die  Fortschritte  der  classischen  Alter- 
thumswissenschaft,  herausg.  v.  Bursian  (R.  Schôll;  cf.  Revue  crit.,  1874,  II, 
p.  379).  —  Bibliotheca  philologica  classica  (Jos.  St-î:nder).  —  Titi  Livii  ab 
urbe  condita  liber  II  fur  den  Schulgebrauch  erki.  v.  Tûcking.  Paderborn,  Schô- 
ningh.  In-8°,  104  p.  (Gustav  Becker).  —  Hofmann,  Schulbibel.  Heft  i.  Dres- 
den,  Meinhold.  In-8'',  xvj-i-192  p.  (W.  Hollenberg).  — Lindemann,  Blu- 
menstrauss  von  geistlichen  Gedichten  des  deutschen  Mittelalters.  Breigau, 
Herder'sche  Verlagsb.  In-8°,  xv-529  p.  (E.  Sievers).  —  Est  joint  au  numéro  : 
Erwiderung  auf  Herrn  Maurenbrecher^s  Besprechung  raeiner  Arbeit  ûber  «  Don 
Carlos  »  in  Nr.  40  der  «  Jenaer  Literaturzeitung  »  (Adolf  Schmidt). 

The  Geographical  Magazine,  edited  by  Cléments  R.  Markham.  January 
1875.  0-^  """^^  décembre  ne  nous  est  pas  parvenu).  The  Great  African  Disco- 
very.  (Compte-rendu  de  l'exploration  de  la  région  du  lac  Tanganyika  par  le 
lieutenant  Cameron;  avec  une  carte).  —  D.  Ker  :  The  minerai  wealth  of  Cen- 
tral Asia  as  bearing  on  Russian  progress.  —  E.  Schuyler  :  The  Journey  of  the 
Chinese  Traveller  Chang-te-hui  (traduit  du  russe  de  l'Archimandrite  Palladius). 

—  M.  Miklucho-Maklay  in  New-Guinea  (résume  l'exploration  de  ce  courageux 
voyageur  russe).  —  Parmi  les  comptes-rendus  de  livre  un  intéressant  article  est 
consacré  au  journal  de  Livingtone  publié  chez  Murray. — Nouvelles.  — Comptes- 
rendus  des  Sociétés  géographiques. 

La  Rivista  Europea,  décembre,  1874.  Lettere  inédite  di  Alessandro  Man- 
zoni.  —  M.  Amari,  Nuovi  studj  sulle  crociate  (à  propos  de  l'ouvrage  de 
M.  Rœhricht.  Voy.  Rev.  crit.  1875,  n°  2,  art.  10),  —  A.  de  Gubernatis,  Giu- 
seppe  Regaldi. — V.  Bacci,  Giacomo  Leopardi.  —  N.  Caix,  Di  un  antico  monu- 
mento  di  poesia  italiana  (sur  les  cinq  sonnets  publiés  par  M.  Mussafia.  Vienne. 
1874.  M.  C.  les  attribue  à  un  Arétin  contemporain  de  Gui  d'Arezzo,  mais  qui 
écrivait  sous  l'influence  de  l'École  bolonaise).  —  G.  Ferraro,  Nuova  raccolta 
di  canti  popolari  Monferrini  (suite).  —  Muscogiuri,  Alfred  de  Musset  (fin).  — 
L.  Ottolenghi,  Délia  vita  e  degli  studj  di  Girolamo  Picchioni  (fin).  —  Suite 
de  la  polémique  philologique  entre  MM.  Storm  et  Caix.  —  Notices  bibliogra- 
phiques et  littéraires  françaises,  italiennes,  hongroises,  slaves,  allemandes. 


,flfKkjtij-ij'  'i 


.luanTsvuoD  ./. 


BULLETIN    BIBLIOGRAPHIQUE 
DES  PRINCIPALES   PUBLICATIONS   FRANÇAISES   ET    ÉTRANGÈRES. 

AVIS.  —  On  peut  se  procurer  à  la  librairie  A.  Franck  tous  les  ouvrages 
annoncés  dans  ce  bulletin ,  ainsi  que  ceux  qui  font  l'objet  d'articles  dans  la 
Revue  critique.  Elle  se  charge  en  outre  de  fournir  très-promptement  et  sans 
frais  tous  les  ouvrages  qui  lui  seront  demandés  et  qu'elle  ne  posséderait  pas  en 
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Baudissin.  (W.  W.).  Jahve  et  Moloch 
sive  de  ratione  inter  Deum  Israelitarum 
et  Molochum  intercedente.  In-8%  85  S. 
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Hrsg.  V.  D' Mùldener.  2 1 .  Jahrg.  2.  Heft. 

Juli-Decbr.     1873.    In-80,    S.  121-310. 

Gœttingen  (Vandenhœck  et  Rnprecht). 

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-: philologica.  Verzeichniss  der  vom  J. 

1852  bis  Mitte  1872  in  Deutschland  er- 
schienenen Zeitschriften,  Schriften  der 
Akademien  u.  gelehrten  Gesellschaften, 
Miscellen,  Collectaneen,  Biographieen, 
der  Literatur  ùb.  die  Geschichte  der 
Gymnasien,  ùb.  Encyklopaedie  u.  Ge- 
schichte der  Philosophie  u.  ùb.  die  phi- 
lolog.  Hùlfswissenschaften.  Hrsg.  v.  C. 
H.  Herrmann.  In-8*  (2.  Abthlg.)  S.  103- 
229.  Halle  (Hermann).  Complet.     7  fr. 

— —  philologica  od.  geordnete  Uebersicht 
aller  auf  dem  Gebiete  d.  class.  Alter- 
thumswissenschaft  wie  der  aelteren  u. 
neueren  Sprachwissenschaft  in  Deutsch- 
land u.  dem  Auslande  neu  erschienenen 
Bûcher.  Hrsg.  v.  D.  W.  Mùldener.  26. 
Jahrg.  2.  Hft.  Juli-Decbr.  1873.  I^'^", 
S.  43-91.  Gœttingen  (Vandenhœck  et 
Ruprecht).  2  fr.  30 


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ratur-Denkmseler.  i.  Bd.  F.  L.  Stamm's 
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der  goth.  Sprache.  Text,  Grammatik  u. 
Wœrterbuch.  Neu  hrsg.  v.  D'  M.  Heyne. 
6.  Aufl.  In-8",  xij-442  S.  Paderborn 
(Schœningh).  6  fr.  75 

Bieling  (H.).  Ein  Beitrag  zur  Ueberliefe- 
rung  der  Gregorlegende.  In-4%  26  S. 
Berlin  (Gœtz'sche  Buchh.).         i  ir.  35 

Chappell  (W.).  The  History  ot  Music 
(Art  and  Science).  Vol.  I  :  from  the 
Earliest  Records  to  the  Fall  of  the  Ro- 
man Empire.  WithExplanation  of  Ancient 
Systems  of  Music,  Musical  Instruments, 
and  of  the  true  Physiological  basis  for 
the  Science  of  Music,  whether  Ancient  and 
Modem.  In-8%  480  p.  cart.  London 
(Chappell).  20  fr. 

Eîchholtz  (P.).  Uhiands  franzœsische 
Balladen  auf  ihre  Quellen  zurùckgefuhrt. 
^-8°,  42  S.  Berlin  (  Weidmann).  i  fr.  3  5 

Flint  (R.).  The  Philosophy  of  History  in 
France  and  Germany.  In-8°,  630  p.  cart. 
London  (Blackwoods).  18  fr.  75 

Friesen(H.v.).Shakspere-Studien.  i.  Bd. 
Altengland  u.  William  Shakspere.  In-8*, 
viij-452  S.  Wien  (Braumùller).  10  fr.  75 

Gertz  (M.  C).  Studia  critica  in  L.  Annaei 
Senecas  dialogos.  In-8*',  viij-169  S.  Leip- 
zig (T.  O.  Weigel).  7  fr.  40 

Mahn  (N.).  Ueber  das  Studium  der  pro- 
venzalischen  Sprache  u.  Literatur.  In-8*, 
24  S.  Berlin  (Dummler).  i  fr. 

Newmann  (F.  W.).  Hebrew  Theism  the 
Common  Basis  of  Judaism,  Christianity 
and  Mohammedism.  With  Revisions  and 
Additions  to  the  4th  edit.  of  1858.  Gr. 
in-8*,   172  p.  London  (Trûbner  et  C). 

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Reinasrde  u.  die  Umarbeitg.  u.  Fortsetzg. 
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Voick  (V.).  D.  Bedeutung  d.  semitischen 
Philologie  f.  d.  alttestanientliche  Exégèse. 
2.  durchgeseh.  Auflage.  In-8*,  34  S. 
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Nogent-le-Rotrou.  Imprimerie  de  A.  Gouverneur. 


N*  5  Neuvième  année.  30  Janvier  1875 


REVUE  CRITIQUE 

D'HISTOIRE   ET  DE  LITTÉRATURE 

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DE  MM.  C.  DE  LA  BERGE,  M.  BRÉAL,  G.  MONOD,  G.  PARIS. 


Secrétaire  de  la  Rédaction  :  M.  Stanislas  Guyard. 


Prix   d'abonnement  : 

Un  an,  Paris,  20  fr.  —  Départements,  22  fr.  —  Etranger,  le  port  en  sus 

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PARIS 

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F.    VIEWEG,    PROPRIÉTAIRE 
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Adresser  toutes  les  communications  à  M.  Stanislas  Guyard,  Secrétaire  de  la 
Rédaction  (au  bureau  de  la  Revue  :  67,  rue  Richelieu). 

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The  Academy,  N"  140,  new  séries,  9  janvier  1875.  Letters  from  India  and 
Kashmir.  London,  Bell  and  Sons  (E.  Frère).  —  Th.  Martin,  Life  of  H.  R.  H. 
the  Prince  Consort.  London,  Smith,  Elder  and  Co.  (A.  Lang  :  la  meilleure  des 
biographies  publiées  jusqu'ici).  —  The  History  of  the  Peloponnesian  War  by 
Thycydides.  Transi,  by  R.  Crawley.  London,  Longmans  and  Co.  (F.  Storb  : 
art.  favorable).  —  Notes  and  News.  —  Notes  of  Travel.  —  London  Gossip  in 
1723  (gathered  from  some  ras.  news  letters).  —  Boston  Letter  (Thomas  Ser- 
GEANT  Perry  :  nouvelles  littéraires).  —  Correspondence.  The  Original  of  Shakes- 
peare's  «  Othello  »  (Rawdon  Brown  :  curieux  détails  sur  la  nouvelle  de  Cinthio 
qui  a  servi  de  base  au  drame  de  Shakespeare).  —  Statue  to  King  Robert  the 
Bruce  at  Stirling  (William  B.  Scott).  —  Records  of  the  Past;  being  English 
Translations  of  the  Assyrianand  Egyptian  Monuments.  Vol,  II.  Egyptian  Texts. 
London,  Bagster  and  Sons  (P.  Le  P.  Renoue  :  contient  la  traduction  de  qua- 
torze textes  anciens).  —  Recently  discovered  Antiques  in  Rome  (C.  I.  Hemans). 

The  Athenaeum,  N°  246?,  9  janvier.  Smith,  Assyrian  Discoveries.  Sampson 
Low  and  Co.  (rapport  de  M.  Smith  sur  ses  fouilles  en  Mésopotamie). — Tyler, 
Ecclesiastes  ;  a  Contribution  to  its  Interprétation.  Williams  and  Norgate  (appré- 
ciation défavorable).  —  The  Works  of  Thomas  Love  Peacock,  Ed.  by  Cole. 
3  vols.  Bentley  and  Sons  {2"  article).  —  A  new  Shakspeare  (J.  Payne  Collier). 

—  Notes  from  United  States  (D.).  —  Literary  Gossip.  —  Societies  (Soc.  d'ar- 
chéologie biblique).  —  Miscellanea.  Gower's  Epitaph  (M.  T.  Duggan).  —  Re- 
liable  (G.  P.  Mason). 

Literarisches  Centralblatt,  N' 3,  \6  janvier.  Mayer,  Geschichte  Œster- 
reichs.  2  Bde.  Wien,  Braumûller.  In-S",  viij-326;  viij-330  p.  (excellent  manuel 
pour  l'enseignement  secondaire).  —  Mûller  (H.  D.),  Syntax  der  griechischen 
Tempora.  Gœttingen,  Vandenhœck  u.  Ruprecht.  In-4°,  3  5  p.  (recommandable). 

—  Terentius  Afer,  Ausgewaehlte  Komœdien.  Von  Dziatzko.  i.  Bdchen. 
Phormio.  Leipzig,  Teubner.  In-S",  iv-io8  p.  (art.  très-favorable).  —  Brey- 
mann,  a  french  Grammar.  London,  Macmillan  and  Co.  In-S",  xx-245  P-  (assez 
bon  ouvrage  fondé  sur  les  principes  de  la  philologie  romane).  —  Il  Contrasto  di 
Ciullo  d'Alcamo  ristampato  di  d'ANCONA,  Bologna  (édition  critique  revue  sur  le 
ms.  du  Vatican  n"  3793).  —  Lieblein,  Die  aegyptischen  Denkmaeler  in  St. 
Petersburg,  Helsingfors,  Upsala  und  Copenhagen.  Christiania.  In-S",  82  p. 
3  5  pi.  autogr.  (important  catalogue  rendant  accessibles  des  monuments  jusqu'ici 
peu  connus).  —  Scriptum  super  Apocalypsim  cum  imaginîbus  (Wenceslai  Doc- 
toris).  Prag,  Calve.  In-4'',  xv-301  p.  (très-curieux  commentaire  sur  l'Apoca- 
lypse, remontant  au  xiii^  s.,  et  accompagné  de  sujets  exécutés  au  xiv'^s.,  dans 
le  midi  de  la  France,  probablement  à  Avignon). 

Jenaer  Literaturzeitung,  1874,  n"  52,  26  décembre.  Friedrich  Delitzsch, 
Assyrische  Studien.  Heft.  Leipzig,  Hinrichs'sche  B.  In-8°,  vij-i89p.  (Schrader  : 
ce  cahier  contient  une  importante  étude  sur  les  noms  assyriens  d'animaux;  l'au- 
teur en  a  réuni  une  grande  quantité). —  Report  on  the  proceedings  of  the  second 
international  congress  of  orientalists  held  in  London.  London,  Trùbner.  In-8°, 
67  p.  (Schrader).  —  Ulmann,  Ueber  den  Werth  diplomatischer  Depeschen  als 
Geschichtsquellen.  Leipzig,  Hirzel.  In-8",  23  p.  (Adolph  Schmidt  :  discours, 
concluant  selon  M.  Schm.,  sur  l'estime  exagérée  en  laquelle  les  historiens  tiennent 
ces  pièces  diplomatiques).  —  Zur  Geschichte  des  deutschen  Humanismus  (Adalb. 
Horawitz  :  donne  sous  ce  titre  une  longue  étude  sur  10  publications  relatives  à 
Reuchlin,  Locher  Philomusus,  Eobanus  Hessus,  Von  Vatt,  Erasme,  Mélanchthon, 
etc.).  —  Schrœder,  Ueber  die  formelle  Unterscheidung  der  Redetheile  im 


REVUE  CRITIQ^UE 

D'HISTOIRE    ET    DE    LITTÉRATURE 

N*  5         .  —  30  Janvier  —  1875 


'mA^ 


Sommaire:  21.  De  Gubernatis,  Lectures  sur  la  Mythologie  Védique  [suite  et  fin). — 
22.  Gertz,  Études  critiques  sur  les  Dialogues  de  Sénèque.  —  23.  De  Joinville, 
Histoire  de  Saint  Louis,  p.  et  tr.  p.  de  Wailly.  —  24.  Boucher  de  Molandon, 
La  Salle  des  thèses  de  l'Université  d'Orléans.  —  25.  Milton,  Œuvres  politiques, 
tr.  p.  Bernhardi.  —  Sociétés  savantes  :  Académie  des  inscriptions. 


2t.  —  Letture  sopra  la  Mitologia  vedica  fatte  dal  prof.  Angelo  de  Gubernatis 
air  istituto  di  studii  superiori  di  Firenze.  Florence,  Le  Monnier.  1874.  1  vol.  in- 12^ 
x-36^  p. 

(Suite  et  fin.) 

La  discussion  qui  précède  a  déjà  fait  connaître  au  lecteur  les  singuliers  pro- 
cédés d'interprétation  qu'emploie  parfois  M.  D.  G,  Le  nombre  des  inadvertances 
plus  ou  moins  graves  ou  des  innovations  malheureuses  que  nous  avons  relevées 
dans  ses  traductions  ou  ses  résumés  des  passages  qu'il  cite  est  trop  considérable 
pour  que  nous  puissions  songer  à  les  signaler  toutes  ici.  Nous  nous  bornerons 
aux  exemples  les  plus  caractéristiques.  Le  passage  mahî  mitrasya  varunasya  mâyâ 
(III,  6ï,  7)  :  «  La  puissance  de  Mitra  et  de  Varuna  est  grande  »,  est  traduit  : 
«  qui  accroît  Mitra,  qui  trompe  Varuna  »  (p.  67).  Le  mot  jânatî  (I,  i2j,  6) 
«  connaissant  «  est  confondu  avec  janantî  ou  janayantî  «  engendrant  »  (p.  67). 
L'expression  bhuvanasya  patnî  «  maîtresse  du  monde  »,  appliquée  à  l'aurore,  est 
comprise  «  épouse  de  tout  le  monde,  »  d'où  la  jalousie  du  mari  de  l'aurore  (!) 

(p.  68).  Le  refrain  de  l'hymne  X,  58,  déjà  cité  :  «  Nous  rappelons  ici ton 

»  âme  qui »,  prend  ce  sens  :  «  Puisque  ton  âme nous  nous  en  retour- 

»  nons  ici »,  non  que  M.  D.  G.  ignore  le  sens  véritable,  puisqu'il  cite  la 

traduction  de  M.  Max  MùUer,  mais,  comme  en  bien  d'autres  cas,  seulement  parce 
qu'il  veut  innover,  sans  tenir  compte  d'ailleurs  de  difficultés  telles  que  l'emploi 
du  causal  et  du  préfixe  â,  et  surtout  la  présence  du  mot  te  qu'il  supprime  simple- 
ment (p.  49).  Ailleurs  (p.  140)  il  affirme  que  dans  le  vers  X,  95,  4,  Purûravas 
appelle  Urvaçî  «  aurore  »  :  la  vérité  est  qu'il  y  est  question  de  l'aurore,  ou  plu- 
tôt des  aurores,  ûshas  étant  l'accusatif  pluriel  de  ush,  et  non  un  vocatif  de  ushas 
dont  on  ne  saurait  que  faire,  et  qui,  d'ailleurs,  n'étant  pas  au  commencement  du 
pâda,  ne  pourrait  pas  être  accentué  ;  quant  à  Urvaçî  elle  est  dans  ce  vers  le  sujet 
d'un  verbe  à  la  3^  personne  nanaxe.  Au  v.  17  du  même  hymne,  il  est  impossible 
de  comprendre  comment  M.D.G.  peut  voir  qu'Urvaçî  promet  à  Purûravas  pour 
le  consoler  un  fils  nommé  Vasish/ha.  On  n'y  trouve  qu'une  invocation  de  Vasish- 
iha  (peut-être  identifié  à  Purûravas)  adressée  à  Urvaçî.  Nous  n'insistons  pas  sur 
le  vers  2  où  il  est  dit  «  je  suis  partie  »  {prâkramisham)  et  non  «  je  suis  arrivée 
»  comme  la  première  des  aurores.  »  M.  D.  G,  traduit  le  refrain  bien  connu  de 
l'hymne  X,  119;  «  Pour  cela  j'ai  bu  beaucoup  de  soma  »,  quoiqu'on  ne  connaisse 

XV  5 


66  '^    T    !  /^f^    REVUE    CRITIQUE  1    - 

pas  à  kuvit  d'autre  sens  que  le  sens  interrogatif^  et  il  en  conclut  qu'Indra  (s'agit- 
il  d'Indra?)  veut  s'excuser  d'avoir  bu  le  soma  (p.  199).  Dans  le  vers  VII,  21, 
3,  le  roulement  du  char  d'Indra  n'est  pas  comparé  au  mugissement  des  vaches, 
mais  il  est  dit  que  les  vaches  ont  caracolé,  roulé,  en  s^éloignant  d'Indra,  comme 
des  cochers  ou  des  héros  qui  combattent  en  char  (p.  253).  Cette  citation  est 
faite  à  propos  du  mot  bakara  auquel  l'auteur  veut  donner  le  sens  de  char  (I, 
117,  21)  quoique  la  comparaison  du  passage  IX,  1,8  ne  laisse  guère  de  sens 
possible  que  celui  d'  «  instrument  à  vent  »  proposé  par  M.  Roth.  C'est  plus 
légèrement  encore  que  M.  D.  G.  remplace  le  sens  traditionnel  de  «  joue  n  donné 
à  çiprâ  par  celui  de  «  toupet,  »  sans  autre  raison  qu'une  explication  tout  à  fait 
hypothétique  du  mot  çipi  dans  çipivishxa  (p.  314).  Il  donne  (p.  191)  au  duel 
samrâjâ  le  sens  de  «collègues  dans  la  royauté»  bien  que  ce  sens  ne  puisse  convenir 
aux  emplois  du  mot  samrâj  au  singulier;  ce  mot  signifie  «  maître  universel.  » 
Dans  le  vers  II,  1,6  Rudra  n'est  pas  identifié  avec  Agni  et  Pûshan  (p.  314); 
mais,  ce  qui  est  bien  différent,  Agni  est  identifié  avec  l'un  et  avec  l'autre,  comme 
il  l'est  dans  le  même  hymne  avec  tous  les  autres  dieux.  M.  D.  G.  voit  dans  le 
vers  final  de  l'hymne  sur  le  Purasha  X,  90,  16,  l'indication  que  Purusha  est  «  le 
»  dieu  qui  s'offre  comme  victime  en  sacrifice  à  ces  mêmes  dieux  qui  lui  sacri- 
»  fient  »  (p.  282);  nous  y  lisons  simplement  que  par  le  sacrifice  les  dieux  ont 
gagné  (mérité)  le  sacrifice.  M.  D.  G.  ne  traite  d'ailleurs  pas  le  sanscrit  de  Yâska 
mieux  que  celui  des  hymnes,  et  sans  nous  prononcer  sur  le  sens  du  passage 
obscur  qui  a  divisé  Goldstùcker  et  M.  Muir  {Sanscrit  îexts,  V,  p.  234),  nous  ne 
pensons  pas  que  ùrdhvam  ardharâtrât  «  après  la  demi-nuit  »  puisse  signifier  en 
aucun  cas  «  avant  et  après  la  nuit,  »  ni  même  que  sûryodayaparyanîah  «  qui  se 
»  termine  au  lever  du  soleil  »  puisse,  étant  donné  le  sens  ordinaire  de  paryanta 
à  la  fin  des  composés,  prendre  le  sens  de  «lever  et  coucher  du  soleil»  (p.  208). 

On  s'étonne  moins  des  traductions  souvent  imprévues  de  M.  D.  G.  quand  on 
constate  les  libertés  qu'il  prend  avec  la  grammaire.  C'est  ainsi  qu'il  inter- 
vertit sans  scrupule  l'ordre  régulier  de  la  composition  pour  traduire  les  com- 
posés açvasùnTtâ  par  «  qui  a  des  chevaux  agiles,  »  vadhryaçva  par  «  qui  est  privé 
»  de  cheval,  »  ajâçva  par  «  qui  pousse  les  chevaux,  »  en  reconnaissant  cepen- 
dant pour  le  dernier  que  l'interprétation  «  qui  a  des  chèvres  pour  chevaux  »  a 
été  suggérée  de  bonne  heure  par  l'ordre  «  plus  ordinaire  »  de  la  construction 
des  composés.  Il  donne  à  âyaû  (oxyton)  épithète  de  la  nuit  (X,  127,  i)  et  des 
aurores  (I,  124,  2)  le  sens  de  «  large  »  (p.  42  et  62)  bien  que  le  mot  âyata, 
large,  soit  accentué  sur  le  préfixe  et  fasse  son  féminin  en  â.  Il  parle  (p.  46)  de 
l'union  de  Prthivî,  tantôt  avec  Dyu  masculin,  tantôt  avec  Dyavâ  féminin,  de  façon 
à  faire  croire  qu'il  prend  Dyavâ  (lisez  Dyâva)  pour  un  mot  au  singulier  dérivé  de 
Dyu,  au  lieu  d'y  reconnaître  un  duel  qui  s'ajoute  au  duel  Prthivî  comme  le  duel 
Mitra  au  duel  Varuna.  C'est  le  mot  Dyu  lui-même  qui  est  tantôt  masculin,  tantôt 
féminin. 

M.  D.  G.  use  volontiers  de  la  critique  conjecturale  dans  l'interprétation  védique, 
mais  avec  plus  de  hardiesse  que  de  bonheur.  Ainsi  il  propose  au  vers  I,  124,  4 
de  remplacer  nodhâh  par  les  deux  mots  no  dhâh  dont  le  second  serait  un  nom^ 


d'histoire  et  de  littérature.  67 

d'ailleurs  inconnu,  de  la  vache,  sans  s'apercevoir  qu'il  laisse  ainsi  un  enclitique 
{no  pour  nah)  au  commencement  du  pâda  (p.  64-65).  Dans  les  v.  X,  1 19,  4 et  5 
il  propose  de  lire  amatir  et  amatim  au  lieu  de  matir  et  matim  (oxytons)  :  or  amati 
proparoxyton  signifie  «  pauvreté  »  et  amaîi  paroxyton  «  éclat.  »  Comme  l'auteur 
donne  à  sa  correction  le  sens  de  «  Soma  »  et  qu'il  identifie  constamment  le  Soma 
à  la  lune,  nous  supposons  que  la  leçon  qu'il  introduit  dans  le  texte  védique  est 
un  mot  amati,  paroxyton,  auquel  les  dictionnaires  du  sanscrit  c/iï^5/^ue  donnent 
le  sens  de  lune  (!)  (p.  199).  Un  modèle  de  correction  purement  arbitraire  est 
celle  qu'il  propose  pour  le  passage  svasarasya  patnî  «  maîtresse  de  l'étable  »  (de 
l'aurore)  qu'il  change  en  sûryasya  patnî,  sans  autre  raison  que  le  désir  de  trouver 
une  nouvelle  preuve  à  l'appui  de  l'idée  que  l'aurore  est  l'épouse  du  soleil,  et 
sans  se  demander  si  le  mot  sûryasya  lu  en  cinq  syllabes  laissera  subsister  une 
longue  comme  8^  syllabe  du  pâda.  Le  changement  de  viçpalâvasù  en  deux  mots 
viçpalâv  asû  (ï ,  182,  i)  pourrait  sembler  ingénieux  si  l'on  connaissait  un  seul 
emploi  de  asu  au  sens  concret,  et  si  le  rapprochement  de  sûryâvasû  (VII, 68, 3) 
n'interdisait  pas  de  toucher  à  la  leçon  traditionnelle. 

Venons-en  au  chapitre  de  l'étymologie.  Nous  trouvons  dans  une  discussion  sur 
le  dieu  de  l'amour,  le  rapprochement  des  racines  ar,  var  et  même  tvar  (p.  1 56), 
et  ailleurs  (p.  252)  le  rapprochement  des  racines  dâ,  dî  dans  les  mots  dânava, 
dasyu,  dâsa,  dasra,  dasma  d'un  côté,  tldaiîyaà&VdiXxXVQ  sans  indication  d'ailleurs 
du  choix  à  faire  entre  les  différentes  racines  qui  se  ramènent  à  ces  deux  formes. 
Ce  sont  là  des  jeux  étymologiques  qu'il  n'y  a  pas  lieu  de  discuter  et  que  nous 
citons  seulement  pour  donner  une  idée  de  la  méthode  de  l'auteur  sur  ce  domaine. 
Une  autre  racine  dvar  a  couvrir,  »  qu'il  croit  retrouver  dans  le  latin  induere  ' , 
serait,  selon  lui,  une  simple  modification  de  tvar,  comme  dvish  de  tvish,  si  bien 
que  le  mot  latin  duellum  d'où  bellum  viendrait  en  dernière  analyse  de  tvar  (p.  156). 
C'est  le  même  changement  de  î  en  d  que  M.  D.  G.  admet  sans  difficulté  dans  le 
mot  Indra  identifié  à  Antara  dans  le  sens  de  «  dieu  de  l'atmosphère  »  par  l'inter- 
médiaire du  zend  Andra  (p.  188).  Mais  ce  qui  est  étrange,  c'est  qu'en  dépit  de 
cette  étymologie,  il  n'abandonne  pas  le  rapprochement,  si  frappant  en  effet, 
d'Indra  et  d'Indu  «  dieu  de  nom  analogue,  »  dit-il  (p.  189).  Ailleurs  (p.  242) 
il  indique,  à  titre  de  simple  hypothèse,  il  est  vrai,  une  explication  de  Saramâ  par 
sa-yamâ  (!)  qui  établirait  un  rapport  étymologique  entre  'Epjj,eîaç  et  Yama.  Le 
rapport,  d'ailleurs  probable,  de  fv^cavec  Tvashxar  (pour  Tvakshiarde  tvax,  racine 
élargie  par  une  5)  nous  est  expliqué  de  cette  manière  (p.  166)  :  la  sifflante  pala- 
tale (sic;  il  s'agit  du  c  de  tvac  cf.  175)  s'est  changée  en  sifflante  cérébrale.  Nous 
hésitons  à  croire  que  la  racine  vas  ait  été  citée  dans  le  même  passage  en  vue 
d'un  rapprochement  étymologique.  Selon  M.  D.  G.  le  nom  des  Maruts  est  une 
variante  de  garut  (p.  150)  et  laisse  transparaître  leur  nature  de  vents,  le  mot 
garut  signifiant  «  aile  »  :  notez  que  garut  «  aile  »  n'est  d'ailleurs  connu  que  par 


I.  Sans  doute  en  comprenant  dans  la  racine  \'r  de  l'infinitif  (!  p.  156  en  note).  A 
propos  d'étymologie  latine  voyez  encore  (p.  227)  le  rapprochement  de  Fidius  et  de 
Bhujyu  donné  lui-même  comme  un  dérivé  de  bhaga.  i  . 


68  REVUE   CRITIQUE 

les  dictionnaires  et  pourrait  bien  n'être  qu'un  postulatum  des  grammairiens  pour 
expliquer  le  mot  Garutman.  —  Enfin  M.  D.  G.  explique  le  mot  çraddhâ  «  foi  » 
par  la  racine  çrath,  en  donnant  pour  cela  à  cette  racine,  qui  signifie  «se  relâcher» 
et  au  causal  v  relâcher,  délier  «,  le  sens  d'  «  unir  ». 

Nous  n'avons  sans  doute  pas  besoin  d'ajouter  en  terminant  que  nous  ne  con- 
testons pas  à  M.  D.  G.  des  connaissances  étendues  sur  le  sujet  qu'il  traite,  et  la 
sévérité  même  de  notre  appréciation  montre  que  nous  ne  le  confondons  pas  avec 
ceux  dont  la  critique  peut  simplement  ignorer  les  travaux.  Il  ne  nous  coûte  nul- 
lement de  lui  donner  raison  sur  des  points  de  détail,  par  exemple  contre  M.  Roth 
à  propos  de  l'étymologie  de  raxas  (p.  265)  qui  paraît  bien  en  effet  venir  de  la 
racine  rax  «garder»,  dans  le  sens  de  «gardien  avare»,  et  nous  aimons  à  recon- 
naître ce  qu'il  y  a  d'ingénieux  dans  le  rapprochement,  d'ailleurs  encore  bien 
hypothétique,  du  Çimçumâra  (dauphin,  Çiçumâra  dans  la  langue  classique)  attelé 
d'après  un  hymne  védique  au  char  des  Açvins  (divinités  qui  d'ailleurs  sauvent 
des  eaux  un  personnage  mythologique)  et  du  poisson  qui  traîne  le  navire  de 
Manu  pendant  le  déluge  dont  parle  le  Çatapatha-Brâhmana  (p.  227)/*^^1*^'At' 

Abel  Bergaigne. 


22. — Studia  critica  in  L.  Annasi  Senecae  dialogos.  Scripsit  Martinus  Clarentius  Gertz. 
Hauniae,  Gyldendal.  1874.  In-8°,  169  et  viij  p. 

M.  Gertz  publie  dans  ce  volume  des  observations  critiques  sur  les  ouvrages 
de  Sénèque  que,  d'après  le  principal  manuscrit,  les  deux  derniers  éditeurs  de 
Sénèque,  Fickert  et  Haase,  ont  nommés  dialogi,  à  savoir  de  providentia,  de  con- 
stantia  sapientis,  de  ira,  consolatio  ad  Marciam,  de  vita  beata,  de  oîio  sapientis,  de 
îranquilUtate  animi,  de  hrevitate  vit£,  consolatio  ad  Helviam,  consolatio  ad  Polybium. 

Sénèque  est  peut-être  le  prosateur  latin  qui  a  été  le  plus  lu  au  moyen-âge 
après  le  xii^  siècle;  aussi  les  manuscrits  de  ses  ouvrages  sont-ils  nombreux,  la 
plupart  peu  anciens,  et  très-fautifs,  surtout  par  les  corrections  arbitraires  dont  ils 
fourmillent,  et  qui  rendraient  la  restitution  du  texte  impossible,  si  l'on  n'avait  pas 
quelques  manuscrits  du  x"  siècle,  le  manuscrit  de  Milan  pour  les  dialogi,  le 
Nazarianus  (Vaticano-palatinus  1 547)  pour  le  de  clementia  et  le  de  beneficiis,  les 
manuscrits  de  la  Bibliothèque  nationale  8540  et  8658  A  pour  les  88  premières 
lettres  à  Lucilius,  un  manuscrit  de  la  bibliothèque  de  Strasbourg  (aujourd'hui 
consumé)  et  un  manuscrit  de  Bamberg  pour  les  autres  lettres.  On  n'a  malheu- 
reusement pas  de  manuscrit  ancien  pour  les  Qu£stiones  naturales. 

Dans  sa  préface,  M.  G.  traite  brièvement  des  travaux  dont  Sénèque  a  été 
l'objet,  et  les  apprécie  avec  équité.  Fickert  est  le  premier  et  jusqu'à  présent  le 
seul  qui  ait  publié  une  édition  critique  des  œuvres  de  Sénèque  '.  Malheureusement 
son  édition  est  très-défectueuse  ;  le  texte  est  mal  constitué,  et  les  collations  des 


I.  L.  Annaei  Senecae  opéra.  Ad  libres  mânuscriptos  et  impressos  recensuit  commenta- 
rios  criticos  subiecit  disputationes  et  indicem  addidit  C.  R.  Fickert.  Lipsiae,  Weidmann, 
1842,  1843,  184$,  m,  in-8*.  Les  disputationes  et  VIndex  annoncés  n'ont  jamais  paru. 


d'histoire  et  de  littérature.  69 

manuscrits  les  plus  importants  paraissent  inexactes'.  Fr.  Haase,  qui  a  publié 
une  édition  de  Sénèque  dans  la  collection  Teubner  2,  Haupt  3  et  surtout  M.  Mad- 
vig4  ont  beaucoup  amélioré  le  texte  de  Sénèque.  M.  Gertz  n'est  pas  indigne 
d'être  nommé  à  côté  d'eux. 

Dans  la  première  partie  de  sa  publication  M.  G.  montre  que  la  collation  du 
manuscrit  de  Milan  qui  a  été  communiquée  à  Fickert  n^est  pas  satisfaisante  ;  et 
il  essaye  d'établir  que  tous  les  autres  manuscrits  des  dialogi  dérivent  du  manus- 
crit de  Milan  :  ce  qu'il  dit  sur  ce  second  point  semble  plausible;  mais  la  chose 
aurait  besoin  d'une  vérification  attentive.  On  a  déjà  constaté  que  le  Puîeanus 
n'est  pas  la  source  unique  pour  la  troisième  décade  de  Tite-Live  ni  le  manuscrit 
de  Florence  pour  les  lettres  familières  de  Cicéron.  Il  ne  me  paraît  pas  très- 
vraisemblable  qu'un  auteur  qui  avait  gardé  tant  de  réputation,  qui  a  toujours  été 
aussi  lu,  n'ait  été  conservé  pendant  un  temps  que  par  le  manuscrit  de  Milan. 

Dans  la  seconde  partie  M.  G.  présente  des  observations  critiques  sur  le  texte 
des  dialogi.  Il  pense  (p.  134)  que  le  titre  qui  se  lit  en  tête  du  manuscrit  de  Milan, 
L.  ANNyEI  SENECyE  DIALOGORUM  LIBRI.  NUM.  XII,  a  une  certaine  auto- 
rité; et  il  en  donne  de  bonnes  raisons.  D'abord  ce  titre  qu'on  lit  dans  le  plus 
ancien  et  le  meilleur  manuscrit  de  ces  traités  doit  être  traditionnel.  Ensuite  le 
grammairien  Diomède  cite  (375  P)  Sénèque  «  in  dialogo  de  superstitione,  »  et 
les  fragments  assez  longs  de  cet  ouvrage  que  S.  Augustin  nous  a  conservés 
montrent  qu'il  ne  différait  pas  pour  la  forme  des  traités  de  Sénèque  que  nous 
avons.  Il  est  vrai  que  le  de  clementia  et  le  de  beneficiis  ne  nous  sont  pas  parvenus 
sous  ce  titre  ;  mais  il  a  peut-être  été  omis  par  hasard  :  il  est  de  tradition  ancienne 
puisqu'il  est  mentionné  par  Diomède  et  avant  lui  par  Quintilien  (X,  i,  129).  Il 
provient  sans  doute  de  ce  que  l'argumentation  a  souvent  dans  Sénèque  la  forme 
du  dialogue,  qui  était  traditionnelle  dans  l'école  stoïcienne.  Sénèque  lui-même  dit 
(de  Ben.  V,  19,  8)  au  moment  où  il  vient  d'argumenter  sous  cette  forme  :  «  Sed 
»  ut  dialogorum  altercatione  seposita  tanquam  jurisconsultus  respondeam,  mens 
»  spectanda  est  dantis.  » 

Je  trouve  dans  M.  G.  quelques  remarques  intéressantes  sur  des  faits  de  langue 

latine.  Ainsi  (p.  62)  dans  l'expression  d'une  comparaison  par  tam quam, 

(Zque quam^  non  minus quam,  non  magis ^Mm  (dans  le  sens  du  fran- 
çais pas  plus  que)  Sénèque  met  très-souvent  dans  la  proposition  principale  ce  que 
nous  mettrions  aujourd'hui  dans  la  proposition  dépendante.  Il  dira  (de  consîanîia 
sapientis  7,  2)  «  mali  tam  bonis  perniciosi  quam  inter  se  »  là  où  nous  dirions 
plutôt  «  mali  tam  inter  se  perniciosi  (ce  qui  est  remarquable)  quam  bonis.»  M. G. 
signale  encore  dans  Sénèque  un  emploi  de  ne quidem,  que  M.  Siesby  a  constaté 

1.  Je  puis  l'attester  en  ce  qui  concerne  le  manuscrit  de  Paris  8540  dont  M.  Châte- 
lain, élève  de  l'école  des  Hautes-Études,  publiera  prochainement  une  collation  faite  avec 
beaucoup  de  soin. 

2.  L.  Annaei  Senecae  opéra  quae  supersunt,  recognovit  et  rerum  indicem  locupletissi- 
mum  adjecit  Fridericus  Haase  Prof.  Vratislav.  Lipsiae,  Teubner,  1852-1853.  III,  in-8*. 

3.  Emendationes  et  adnotationes  criticae  in  libros  Annaei  Senecse  éd.  M.  Haupt  (Pro- 
gramme des  cours  de  l'Université  de  Berlin).  1864-1866. 

4.  Adversaria  critica.  I-II.  Haunise.  1871-1873. 


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70  .  './-.ui.     REVUE    CRITIQUE  ' 

aussi  dans  Cicéron  Phil.  XIII,  43,  in  Pis.  83,  Verr.  IV,  101,  de  N.  D  I,  58,  de 
rep.  ],  47  et  d'autres  auteurs.  Ainsi  Sénèque  (de  ira  III,  40,  2)  «  fregerat  unus 
»  ex  servis  (Vedii  Poliionis)  crystallinum.  Rapi  eum  Vedius  jussit  ne  vulgari  qui- 
»  dem  more  periturum  (pour  périr,  pas  même  (ce  qui  eût  été  bien  le  moins)  par 
»  un  supplice  ordinaire),  muraenis  obici  jubebatur.  »  Aussi  dans  ad  Marciam 
20,  5  «video  istic  cruces  non  unius  quidem  generis,  sed  aliter  ab  aliis 
»  fabricatas.  »  M.  G.  lit-il  avec  raison  ne  au  lieu  de  non  «  je  vois  ici  des  croix, 
))  pas  même  (ce  qui  serait  bien  le  moins)  d'une  seule  espèce.  »  A  propos  du 
passage  {de  vita  beata  5,  i)  <*  potest  beatus  dici  qui  nec  cupit  nec  timet  bene- 
»  ficio  rationis,  quoniam  et  saxa  timoré  et  tristitia  carent  nec  minus  pecudes, 
»  non  ideo  tamen  quisquam  felicia  dixerit,  quibus  non  est  felicitatis  intellectus,  » 
M.  G.  signale  (p.  124  n.)  l'emploi  elliptique  de  la  conjonction  quoniam  par 
laquelle  Sénèque  explique  pourquoi  il  a  ajouté  bénéficia  rationis,  comme  s'il  y 

avait  «  haec  adjeci,  quoniam »  On  a  donc  tort  de  mettre  un  point  devant 

quoniam  ' . 

M.  G.  rétablit  d'ailleurs  le  sens  d'un  bon  nombre  de  passages  par  le  seul 
changement  de  la  ponctuation,  qui  était  souvent  bien  vicieuse.  Haase  en  par- 
ticulier me  paraît  avoir  abusé  du  point.  Ainsi  le  passage  (de  ira  II,  10,  6)  est 
ponctué  dans  Haase  de  la  manière  suivante  :  «  Non  irascetur  sapiens  peccanti- 
»  bus,  quare.f*  quia  scit  neminem  nasci  sapientem,  sed  fieri.  Scit  paucissimos 
n  omni  aevo  sapientes  evadere,  quia  condicionem  humanas  vitae  perspectam 

»  habet  :  nemo  autem  naturae  sanus  irascitur.  »  M.  G.  ponctue  « peccanti- 

»  bus  ;  quare .'' quia  scit fieri,scit ;  quia habet.  Nemo »  Seulement 

je  mettrais  devant  nemo  une  virgule  au  lieu  d'un  point;  cette  dernière  proposi- 
tion me  paraît  liée  étroitement  avec  condicionem  humana  vit£,  et  dépendre  aussi 
de  quia. 

Les  restitutions  proposées  par  M.  G.  sont  souvent  évidentes.  Ainsi  il  a  appli- 
qué un  procédé  qui  est  d'un  emploi  fréquent  au  passage  (de  breviîate  viu  4,  5) 
«  in  ipsa  urbe  Murense,  Caepionis,  Lepidi,  Egnatiorum  in  eum  mucrones  acueban- 
»  tur.  »  Il  fait  remarquer  avec  raison  que  d'après  les  autres  historiens  et  Sénèque 
lui-même  (de  clem.  I,  9,  6)  il  n'y  avait  eu  qu'un  Egnatiusqui  eût  conspiré  contre 
Auguste.  Il  restitue  avec  certitude  Egnaîi,  aliorum.  Il  restitue  de  même  dans 
Qudist.  natur.  IV,  2,  28  «  nisi  aliquid  liquidi  (omis  dans  les  manuscrits)  terra 
»  acciperet,  exaruisset^.  » 

M.  G.  n'est  pas  moins  circonspect  que  sagace  :  il  sait  s'arrêter,  il  sait  ne  pas 
toucher  à  ce  qui  ne  peut  être  guéri,  ou  à  ce  qui  n'a  pas  besoin  de  l'être.  Je  n'au- 
rais pourtant  pas  substitué  posset  dans  (de  const.  sap.  6,  i)  «  cogita  nunc,  an 
»  huic  fur  aut  calumniator injuriam  facere  possit.  «  J 'admettrais /acere/;  mais 

1.  M.  G.  signale  le  même  emploi  de  quoniam  dans  Sénèque  {quast.  nat.  IV,  13 ,  3)  et 
de  quia  dans  Cicéron  Brut.  293  ;  Quintilien  I,  5,  i,  6  ;  7,  28  ;  VI,  5,  55. 

2.  M.  G.  (p.  126)  s'est  rencontré  avec  moi  (voir  Revue  critique,  1874,  I,  52)  dans  la 
correction  de  de  vita  beata  8,  4  «  at  in  se  revertatur.  »  Mais  je  persiste  à  penser  que  le 
futur  erit  doit  être  conservé,  puisqu'il  s'agit  d'un  fait  et  d'un  fait  indépendant  de  notre 
volonté,  le  point  de  départ  de  la  raison  étant  nécessairement  dans  la  sensation. 


d'histoire  et  de  littérature.  71 

possit,  à  cause  du  sens  de  ce  verbe,  me  paraît  correct.  Dans  le  même  traité  (12, 
2)  M.  G.  a  été  arrêté  par  «  hi  ut  magnum  aliquid  agentes  in  lapidibus  ac  parie- 
»  tibus  et  tectis  moliendis  occupati.  «  Il  pense,  avec  raison,  que  moUendis  ne 
peut  se  construire  avec  lapidibus  ;  il  propose  de  supprimer  ac  et  de  construire 
lapidibus  comme  ablatif  instrumental  :  construction  que  des  exemples  comme 
«  ad  honestis  occupatum  »  ne  peuvent  justifier,  puisque  la  préposition  ne  s'y 
construit  pas  avec  l'ablatif.  Il  me  semble  que  in  lapidibus  occupati  s'entend  sans 
qu'on  ajoute  de  verbe  :  «  Ils  sont  occupés  après  des  pierres.  »  L'expression  est 
même  plus  dédaigneuse.  M.  G.  a  eu  recours  au  dangereux  procédé  qui  consiste 
à  supposer  qu'un  passage  embarrassant  a  été  interpolé,  pour  résoudre  la  difficulté 
qu'il  a  cru  apercevoir  dans  un  texte  (de  ira  II,  8,  3)  oii  Sénèque  après  avoir 
tracé  le  triste  tableau  que  présente  la  société  des  hommes  dit  :  «  Ferarum  iste 
»  conventus  est,  nisi  quod  illse  inter  se  placidae  sunt  morsuque  similium  abstinent, 
»  hi  mutua  laceratione  satiantur.  Hoc  autem  uno  ab  animalibus  mutis  difïerunt, 
»  quod  illa  mansuescunt  alentibus,  horum  rabies  ipsos  a  quibus  est  nutrita  depas- 
»  citur.  »  Juste  Lipse  avait  déjà  été  arrêté  par  uno  et  s'était  demandé  «  uno? 
))  atqui  alterum  discrimen  praecessit.  »  Mais  peut-être  uno  a-t-il  ici  le  sens  de 
pr£  cateris,  comme  dans  Cicéron,  Tusc.  5,  36  «  nemo  de  nobis  unus  excellât,  » 

Tite-Live  (41,  20^  «  Rhodiis  ut  nihil  unum  insigne,  ita  omnis  generis dona 

»  dédit.»  Virgile,  En.  II,  339,  «  justissimus  unus  qui  fuit  in  Teucris.  »  M.  G. 
voit  une  autre  difficulté  :  c'est  qu'il  n'y  a  rien  dans  ce  qui  précède  à  quoi  se 
rapporte  alentes.  Il  incline  à  croire  (p.  85)  «  lectorem  aliquem  ingenium  suura 
»  experiri  voluisse  atque  hsec  verba  in  margine  adscripsisse.  »  Cela  me  paraît 
bien  peu  probable.  Il  me  semble  que  Sénèque  veut  parler  de  l'ingratitude  des 
hommes  qui  ne  respectent  pas  même  ceux  qui  les  nourrissent.  Il  n'y  a  rien  à 
changer  dans  de  ira  II,  5,  i  «  eos  occidunt  a  quibus  nec  acceperunt  injuriam  nec 
»  accepisse  ipsos  existimant.  »  Sénèque,  Quinte  Curce,  etc.  emploient  les  cas 
obliques  d'ipse  comme  se,  sibi;  voir  Madvig,  Gramm.  Lat.  490,  c,  4  note.  Je  ne 
vois  pas  non  plus  pourquoi  on  substituerait  calor  à  color  dans  le  passage  {de  ira 
II,  19,  5)  où  Sénèque  après  avoir  développé  que  la  chaleur  du  sang  porte  à  la 
colère  ajoute  :  «  neque  uUa  alla  causa  est  cur  iracundissimi  sint  flavi  rubentesque, 
»  quibus  talis  natura  color  est,  qualis  fieri  ceteris  inter  iram  solet;  mobilis  enim 
»  illis  agitatusque  sanguis  est,  »  La  proposition  «  quibus  etc,  »  n'est  que  le 
développement  de  flavi  rubentesque,  et  alla  alia  causa  est  expliqué  par  mobilis 
enim. 

M.  G.  s'étonne  beaucoup  (maxime  miror  p.  91)  qu'on  n'ait  pas  vu  qu'il  fallait 
lire  tabidi  au  lieu  de  rabidi  dans  Sénèque  de  ira  II,  19,  5,  et  que  Halm  ne  se  soit 
pas  aperçu  que  dans  Quintilien  VII,  3,  i,  il  fallait  corriger  infitiatio  au  lieu  d'ini- 
tiatio.  Son  étonnement  cessera,  quand  il  aura  édité  des  textes  d'une  certaine 
étendue.  Il  appelle  de  tous  ses  vœux  une  nouvelle  édition  de  Sénèque,  qui  est 
en  effet  absolument  nécessaire.  Nul  ne  me  paraît  mieux  préparé  que  M.  Gertz  à 
nous  rendre  ce  service.  Il  a  des  aptitudes  philologiques  distinguées,  et  une 
méthode  sévère,  à  laquelle  on  reconnaît  un  disciple  de  M,  Madvig,  qui  lui  a 


72  _:^àm'lf'    REVUE  CRITIQUE 

fourni  un  certain  nombre  de  corrections  dont  le  voisinage  ne  nuit  pas  à  celles  de 
.l'auteur.  Charles  Thurot. 


''2j. —  Jean  sire  de  Joinville,  Histoire  de  saint  Louis,  Credo  et  Lettre  à  Louis  X, 
.    texte  original  accompagné  d'une  traduction,  par  M.  Natalis  de  Waiixy,  membre  de 
l'Institut,  Paris,  libr.  Firmin  Didot.  1874.  Gr.  in-S»,  xxx-690  p,  avec  nombr.  planches 
et  trois  cartes.  —  Prix  :  20  fr. 

En  rendant  compte  il  y  a  deux  ans,  ici  même',  du  Villehardouin  publié 
par  la  maison  F.  Didot,  je  me  faisais  Pécho  de  deux  souhaits  que  j'avais 
entendu  formuler  très-souvent.  Le  premier  était  qu'à  cette  édition  déjà  si 
parfaite  de  la  Conquête  de  Constantinople,  M.  N.  de  Wailly  consentît  à  ajouter 
les  éclaircissements  nécessaires  sur  l'histoire  de  la  4*^  Croisade  et  notam- 
ment sur  différentes  questions  soulevées  dans  ces  derniers  temps.  Or,  ces  éclair- 
cissements, personne  mieux  que  M.  de  W.  n'était  préparé  à  les  donner.  Je  suis 
heureux  de  déclarer  aujourd'hui  que,  dans  la  seconde  édition  promptement 
devenue  nécessaire,  le  savant  académicien  s'est  empressé  comme  toujours  de 
déférer  au  vœu  général  ;  mais  au  lieu  de  quelques  notes  dont  nous  nous  serions 
contentés,  nous  avons  eu  plus  de  cent  pages  d'introduction  nouvelle  où  on 
entretient  successivement  le  lecteur  des  causes  si  discutées  de  la  direction  im- 
prévue donnée  à  la  4*  Croisade,  de  ses  divers  historiens,  des  armes  et  des  vête- 
ments de  l'époque,  enfin  de  la  langue  de  Villehardouin  et  de  Henri  de  Valen- 
ciennes.  Si,  sur  le  premier  point,  les  raisons  alléguées  par  M.  de  W.  pour 
repousser  l'existence  d'un  traité  entre  les  Vénitiens  et  Malek-Adel  n'ont  pas 
encore  été  acceptées  par  tout  le  monde,  il  n'en  reste  pas  moins  acquis  que 
nous  avons  maintenant  un  Villehardouin  entouré  de  tous  les  éclaircissements 
désirables. 

Le  livre  que  j'annonce  aujourd'hui,  avec  un  retard  dont  je  m'accuse,  est  la 
réalisation  du  second  des  vœux  dont  je  parlais  tout  à  l'heure.  Après  le  Villehar- 
douin, voici  en  effet  le  deuxième  volume  delà  série  des  Chefs-d'œuvre  historiques 
et  littéraires  du  moyen-âge  promise  par  la  maison  Didot  :  c'est  une  nouvelle  édi- 
tion de  Joinville  ;  et  lorsqu'il  parut,  il  y  a  déjà  un  an,  on  nous  faisait  espérer 
qu'il  serait  bientôt  suivi  d'un  choix  de  morceaux  en  vers  et  en  prose,  d'un 
Commynes,  etc.,  préparés,  sous  la  direction  de  M.  Léon  Gautier,  par  divers 
érudits.  On  me  dit  que  l'entreprise  subit  en  ce  moment  un  temps  d'arrêt. 
Espérons  qu'il  n'en  est  rien  :  après  un  tel  début,  on  ne  peut  ainsi  s'arrêter  à 
moitié  chemin. 

C'est  qu'aussi  ce  nouveau  Joinville  est  un  chef-d'œuvre  et  inaugure  encore 
plus  brillamment  que  le  Villehardouin,  s'il  est  possible,  la  collection  promise. 
On  n'ignore  pas  avec  quel  soin,  quel  amour,  quel  goût  exercé  M.  de  Wailly 
s'occupe  depuis  longtemps  du  vieil  historien  de  Saint  Louis.  Voilà  dix  ans  que 
de  ses  mains  sortent  coup  sur  coup  des  traductions  et  des  éditions  de  Joinville, 

I.  Rev.  criî.  1872,  T.  II,  p.  314. 


d'histoire  et  de  littérature.  7}- 

ou  des  travaux  relatifs  à  sa  chronique,  et  toujours  chaque  ouvrage  est  en  progrès 
sur  le  précédent.  Les  deux  principales  et  les  dernières  en  date  de  ces  publica- 
tions, l'édition  de  1867'  où,  en  même  temps  qu'il  réimprimait  une  traduction 
déjà  donnée  en  1865,  M.  de  W.  restituait  d'après  un  examen  plus  attentif  des 
manuscrits  les  leçons  de  son  auteur,  et  celle  2  où,  à  l'aide  des  chartes  de  Join- 
ville,  il  en  a  rétabli  les  formes  et  l'orthographe,  sont  bien  connues  de  nos 
lecteurs  :  un  juge  compétent  les  a  ici  même  étudiées  et  appréciées  comme  elles 
le  méritaient?.  Cette  troisième  édition  se  présentant  tout  d'abord  comme  la 
réunion  et  la  refonte  des  deux  autres,  je  ne  puis  que  renvoyer  le  lecteur  aux 
deux  excellents  articles  dont  je  parle.  Je  ne  dirai  donc  rien  de  la  traduction  qui 
est  à  peu  de  choses  près  celle  qui  parut  en  1 86  5  et  en  1 867  et  a  été  tout  récem- 
ment citée  ailleurs  comme  un  modèle,  ni  du  texte  où  se  retrouvent  à  la  fois  les 
leçons  restituées  de  l'édition  Le  Clere  et  les  formes  pour  la  première  fois  rétablies 
en  1868.  Il  me  semble  plus  nécessaire  d'indiquer  en  quelques  mots  les  nom- 
breuses et  considérables  additions  qui  viennent  encore  donner  lîn  prix  plus  grand 
à  la  nouvelle  publication. 

Dans  la  préface  qui  ouvre  le  livre  il  n'y  a  guère  à  signaler  que  les  termes 
élevés  dans  lesquels  sont  appréciées  et  l'œuvre  et  les  idées  de  Joinville.  Un 
morceau  plus  important  est  l'examen  critique  des  éditions  et  des  manuscrits.  Là, 
M.  de  W.  rappelle  et  complète  les  raisons  qui  l'ont  précédemment  guidé  dans 
la  classification  des  trois  manuscrits  consultés  par  lui  4  et  défend  le  texte  du 
chroniqueur,  son  intégrité  et  son  authenticité  contre  les  objections  soulevées 
dans  ces  dernières  années  par  feu  Ch.  Corrard  et  le  père  Gros.  Le  texte  restitué 
de  l'Histoire  de  Saint  Louis  avec  la  traduction  en  regard  viennent  ensuite,  puis 
le  Credo,  collationné  cette  fois  sur  le  manuscrit  unique  volé  à  la  Bibliothèque 
nationale  et  qui  se  trouve  aujourd'hui  chez  Lord  Ashburnhara,  enfin  la  Lettre  à 
Louis  X.  Je  me  joins  à  M.  Gaston  Paris  5  pour  demander  à  M.  de  W.  que  dans 
la  quatrième  édition  que  le  succès  de  son  ouvrage  l'obligera  d'en  donner  bientôt, 
il  réunisse  aux  œuvres  mêmes  de  Joinville  l'épitaphe  composée  en  1 3 1 1  par 
celui-ci  en  l'honneur  de  son  arrière-grand-père  Geoffroi  de  Joinville,  et  dont 
nous  trouvons  ici,  seulement  dans  les  Eclaircissements,  le  texte  ingénieusement 
restitué. 

Nous  voici  arrivés  à  ces  éclaircissements,  la  partie  la  plus  neuve  du  présent 
volume.  Quelques-uns  d'entre  eux,  il  est  vrai,  tels  que  ceux  qui  traitent  du 
système  monétaire  de  Saint  Louis  (II),  du  mot  Nouvellement  (II),  d'un  des  sens 
du  mot  Fief(lU),  de  la  domesticité  féodale  (IX),  etc.,  avaient  déjà  paru  dans 
l'édition  de  1867;  il  en  est  d'autres  aussi  comme  l'étude  sur  la  langue  et  la  Gram- 

1.  Un  vol.  gr.  in-8»,  chez  Le  Clere. 

2.  Publiée  en  1868  par  la  Société  de  l'Histoire  de  France. 

3.  Rev.  ait.  1867,  i"  sem.  p.  87,  et  1869,  2*  sem.  p.  3. 

4.  Un  quatrième  manuscrit  a  été  signajé  dans  ces  derniers  temps  en  Angleterre ,  dans 
la  bibliothèque  de  l'ordre  des  avocats  à  Edimbourg  (V.  First  report  on  historical  manu- 
scripts  ;  London,  1870,  in-fo!.).  Mais  il  paraît  que  ce  ms.  du  XVI'  siècle  n'est  qu'une 
copie  du  texte  de  Rieux. 

5.  Romania,  t.  III,  1874,  p.  402. 


74  .3«!;TAr  REVUE   CRITIQUE 

maire  de  Joinville  (XVII)  et  les  extraits  textuels  des  manuscrits  (XVII I)  qui  se 
retrouvent  également  dans  les  publications  antérieures;  mais  en  voici  une  double 
série  inédite  du  plus  grand  intérêt  :  d'abord  deux  éclaircissements  historiques, 
une  courte  mais  substantielle  dissertation  sur  le  pouvoir  royal  de  Saint  Louis  (I) 
dont  les  éléments  et  les  preuves  sont  puisés  dans  le  texte  même  du  chroniqueur, 
et  un  résumé  chronologique  des  récits  de  Joinville,  qui  sera  désormais  indis- 
pensable pour  se  reconnaître  au  milieu  des  souvenirs  un  peu  confus  du  bon 
sénéchal.  La  seconde  série  se  compose  de  petites  notices  archéologiques  sur  les 
armes  offensives  et  défensives  III,  IV),  le  vêtement  (V),  et  les  sceaux  (XX). 
Dans  cette  partie,  où  M.  de  W.  s'est  aidé  des  renseignements  et  des  dessins 
qui  lui  ont  été  fournis  par  MM.  J.  Quicherat  et  Demay,  aucun  des  passages  de 
Joinville  où  il  est  question  d'habillement  ou  d'armement  n'est  laissé  dans 
l'ombre,  et,  par  extension,  ces  renseignements,  complétés  au  moyen  des  notes 
que  contient  sur  le  même  sujet  la  2"  édition  de  Villehardouin,  forment  comme  une 
véritable  histoire  de  la  matière  au  xiii^  siècle.  Ce  qui  constitue  en  outre  l'origi- 
nalité de  ces  renseignements  et  ajoute  en  même  temps  à  leur  authenticité,  c'est 
qu'ils  sont  pour  la  plupart  puisés  à  une  source  encore  peu  explorée,  les  sceaux 
des  personnages  cités  dans  Joinville  ou  des  contemporains  ;  on  comprend  mieux 
après  cela  de  quelle  utilité  seront  désormais  pour  l'étude  du  costume  et 
de  l'équipement  au  moyen-âge  ces  petits  monuments  que  leurs  propriétaires 
avaient  intérêt  à  rendre  le  plus  exacts  possible.  .nv&St  mjcênsb'aèv   g 

Je  n'en  ai  pas  fini  avec  les  éclaircissements  ;  le  dernier  en  effet  n'est  pas  le 
moins  remarquable.  Il  s'agit  des  notes  explicatives  des  trois  cartes  jointes  au 
volume;  cartes  et  notes  sont  dues  à  M.  A.  Longnon,  l'homme  le  plus  compé- 
tent de  France  en  fait  de  géographie  historique.  J'avoue  que  les  deux  cartes  sur 
la  r«  et  la  2^  croisade  de  Saint  Louis  et  la  notice  qui  les  précède  auraient  pu 
être  plus  détaillées,  et  éclaircir  encore  quelques  points  obscurs  du  séjour  de 
Louis  IX  outre  mer;  mais  cette  fois  du  moins  il  n'y  a  pas  à  faire  le  petit  repro- 
che que  j'adressais  à  la  carte  de  Villehardouin  :  les  noms  modernes  sont 
toujours  accompagnés  de  la  forme  donnée  par  Joinville  mise  entre  parenthèses. 
Quant  à  la  troisième  carte  et  à  la  Note  sur  les  divisions  de  la  France  féodale  en 
1259,  après  le  traité  d'Abbeville,  c'est  vraiment  un  travail  étonnant  d'érudition 
et  de  perspicacité.  On  peut  se  demander  si  l'une  et  l'autre  étaient  ici  bien 
indispensables,  et  par  cela  même  regretter  que  le  défaut  de  place  ait  forcé 
M.  Longnon  à  condenser,  peut-être  outre  mesure,  les  précieux  documents  qu'il 
fournit  successivement  sur  chacun  des  fiefs  du  royaume  ;  ce  n'en  est  pas  moins 
la  première  fois  qu'un  travail  de  cette  importance  et  de  cette  exactitude  a  été 
entrepris  sur  la  géographie  si  embrouillée  et  si  variable  de  la  période  féodale 
du  moyen-âge.  Il  reste  encore  beaucoup  à  faire,  mais  le  travail  de  M.  L.  est  le 
point  de  départ  forcé  de  tous  les  travaux  à  venir. 

Maintenant  il  faut  bien  dire  que  parmi  ces  éclaircissements  si  pleins  de  faits 
et  si  nombreux,  il  en  est  un  que  l'on  est  surpris  de  ne  pas  rencontrer  tout 
d'abord,  je  veux  parler  d'une  dissertation  étendue  sur  l'auteur  même  de  ce 
livre  qu'on  entoure  de  tant  de  notes  et  d'illustrations.  Les  premiers  éléments  de 


d'histoire  et  de  littérature.  7f 

cette  étude  biographique  se  trouveraient  déjà  dans  les  trente  pièces  originales  en 
français,  émanées  de  la  chancellerie  de  Joinville,  que  M.  de  W.  a  réunies  et 
d'où  il  a  tiré  l'ensemble  des  règles  phonétiques  et  grammaticales  à  l'aide 
desquelles  il  a  refait  le  texte  de  l'Histoire  de  Saint  Louis.  Il  ne  serait  pas  em- 
barrassé de  recueillir  encore  d'autres  matériaux  tant  français  que  latins  qui  lui 
permettraient  de  donner  une  histoire  plus  sûre  et  plus  complète  du  sénéchal  de 
Champagne.  M.  de  W.,  comme  le  faisait  déjà  remarquer  il  y  a  cinq  ans  M.  P. 
Meyer,  est  trop  bien  «  préparé  par  ses  travaux  sur  les  historiens  du  xiii*  siècle 
»  et  notamment  sur  l'époque  de  Saint  Louis,  »  pour  laisser  à  d'autres  moins  scru- 
puleux et  moins  compétents  le  soin  de  nous  donner  une  biographie  définitive  de 
son  héros.  M.  de  W.  me  pardonnera  si  je  me  permets  de  formuler  encore  un 
souhait;  il  met  tant  d'aimable  empressement  et  d'abnégation  à  contenter  les  plus 
légers  désirs  de  ses  moindres  critiques  ou  à  tenir  compte  de  leurs  plus  minces 
observations,  qu'on  se  croit  autorisé  à  lui  demander  ce  qu'on  ne  demanderait  à 
nul  autre.  Ce  qui  lui  arrive  n'arrive  qu'aux  gens  riches  :  plus  ils'donnent,  et  plus 
on  exige  d'eux.  : 

Je  ne  puis  pas  finir  sans  rappeler  que  cette  édition  de  Joinville  n'est  pas  seu- 
lement remarquable  par  la  valeur  inestimable  du  fond,  la  forme  en  est  des  plus 
riches.  Gravures  sur  bois  tirées  des  miniatures  d'un  manuscrit  du  confesseur  de 
la  reine  Marguerite,  et  représentant  les  divers  épisodes  de  la  vie  publique  et 
privée  de  Saint  Louis,  chromolithographies  d'après  les  exemplaires  de  l'Hwfoire, 
dessins  reproduisant  des  peintures  du  Credo  et  de  divers  autres  manuscrits  du 
xiii*'  siècle  ou  du  commencement  du  xiv%  épreuves  photographiques  des  sceaux 
de  Joinville,  de  Saint  Louis,  de  Blanche  de  Castille,  et  enfin  fac-similé  de  la 
charte  de  l'Historien,  tout  cela,  réuni  aux  cartes  et  aux  croquis  de  costumes  et 
d'armes  dont  j'ai  parlé,  forme  le  plus  exact  et  le  plus  agréable  album  que  l'on 
puisse  consulter  sur  le  siècle  brillant  du  moyen-âge.  Que  si  à  présent  l'on  s'éton- 
nait que  dans  cette  Revue,  où  la  critique  réclame  toujours  ses  droits,  j'aie  fait  si 
peu  d'observations  sur  tel  ou  tel  point  du  texte  ou  de  la  traduction  où  je  pourrais 
être  en  léger  dissentiment  avec  l'auteur,  je  répondrais  que  le  peu  que  j'aurais  à  dire 
sur  ce  point  a  déjà  été  dit  et  mieux  que  je  ne  le  ferais  dans  les  deux  comptes- 
rendus  de  M.  P.  Meyer  et,  par  M.  Gaston  Paris,  dans  un  article  détaillé  de  la 
Romania  auquel  j'ai  déjà  renvoyé  et  auquel  M.  deW.  s'est  empressé  de  répondre 
dans  le  même  recueil,  en  tenant  compte,  comme  il  le  fait  toujours  quand  il 
croit  la  chose  admissible,  des  observations  "qui  lui  étaient  adressées.  Le  retard 
involontaire  qu'a  subi  le  compte-rendu  a  au  moins  cet  avantage,  qu'il  me  permet 
de  louer  sans  restrictions  un  ouvrage  qui  honore  à  un  si  haut  point  la  science  et 
la  conscience  françaises. 

Léopold  Pannier. 

24.  —  La  Salle  des  Thèses  de  l'Université  d'Orléans,  par  M.  Boucher  de 
MoLANDON.  2*  édlt.  Orléans,  1872.  In-8»,  93  p. 

La  ville  d'Orléans  possède  encore  la  salle  des  thèses  de  son  ancienne  Univer- 
sité, élégant  monument  de  la  fin  du  xV  siècle.  Cet  intéressant  édifice,  vu  sa 


76  REVUE  CRITIQUE 

V  situation  toute  inoffensive,  en  retraite  sur  les  voies  publiques  qui  l'enfer- 
))  ment,  semblait  ne  devoir  porter  ombrage  à  aucun  projet  de  voirie  municipale.  » 
Malgré  cela  l'édilité  orléanaise,  prise  de  la  manie  de  démolitions,  qui  a  déjà 
ravagé  tant  de  nos  grandes  villes,  forma  il  y  a  une  dizaine  d'années  le  projet  de 
renverser  la  Salle  des  thèses,  pour  construire  une  place  devant  l'entrée  princi- 
pale de  la  Préfecture.  Grâce  aux  réclamations  de  la  Société  archéologique  de 
l'Orléanais,  grâce  aux  démarches  de  plusieurs  citoyens  éclairés,  ce  malencontreux 
projet  a  rencontré  de  sérieuses  entraves.  C'est  pour  aider  à  le  combattre  que 
M.  Boucher  de  Molandon  a  rédigé  la  notice  que  nous  signalons  aujourd'hui. 

L'à-propos  de  cette  publication  en  fait  le  principal  mérite.  L'auteur  a  réuni  et 
groupé  d'une  manière  satisfaisante  des  renseignements  précis  sur  la  date  de 
construction  et  la  destination  de  l'édifice.  Les  plus  curieux  de  ces  documents, 
il  est  vrai,  étaient  déjà  connus.  MM.  Verdier  et  Cattois  dans  leur  beau  livre  sur 
l'Architecture  civile  au  moyen-âge  '  avaient  donné,  dans  une  planche  très-supé- 
rieure à  celles  de  M.  B.  de  M.,  le  plan,  la  coupe  et  les  principaux  .détails  de  la 
Salle  des  thèses.  MM.  Meyer  et  Thurot  avaient  publié  dans  la  Bibliothèque  de 
l'École  des  Chartes  le  règlement  de  réformation  de  l'Université  d'Orléans;  d'autres 
textes  non  moins  importants  étaient  également  imprimés.  Mais  M.  B.  de  M.  le 
reconnaît  lui-même  en  citant  loyalement  les  travaux  de  ses  devanciers ,  et  si  ce 
fait  diminue  quelque  peu  l'originalité  de  son  livre ,  il  ne  doit  pas  nous  empêcher 
d'en  reconnaître  la  valeur. 

Nous  terminerons  par  une  légère  critique.  Les  textes  que  publie  M,  B.  de  M. 
sont  si  clairs,  qu'ils  pouvaient  se  passer  de  notes.  En  tout  cas,  c'est  supposer  le 
lecteur  bien  naïf  que  de  lui  expliquer  que  «  noët  et  iour  »  signifie  nuit  et  jour, 
que  (c  seallées  du  seal  »  veut  dire  «  scellées  du  scel,  «  qu'Edouard  III  est  «  l'un 
))  des  plus  puissants  rois  d'Angleterre  et  l'un  de  ceux  qui  firent  le  plus  de  mal  à 

»  la  France,  »  etc 

R.  L. 

25.  —  John  Milton's  politische  Haaptschriften,  ûbersetzt  u.  mit  Anmerkungen 
versehen  von  D'  W.  Bernhardi.  Bd.  I.  Berlin,  Koschny  (Heimann).  1874.  In-8', 
"321  p. 

Lessing  disait  des  ouvrages  de  Klopstock  :  «  Tout  le  monde  les  loue  et  per- 
))  sonne  ne  les  lit.  »  Il  en  est  de  même  pour  les  écrits  en  prose  de  Milton,  aussi 
bien  en  Allemagne  qu'en  France.  En  France,  les  ouvrages  en  prose  de  Milton 
n'ont  jamais  été  traduits,  et  l'ouvrage  de  M.  Geffroy  *  les  a  seuls  fait  un  peu  con- 
naître. Eh  Allemagne,  l'opuscule  sur  la  Liberté  de  la  Presse  a  été  traduit  par 
Rœpell;  celui  sur  «  la  théorie  et  la  nature  du  divorce  »  a  été  abrégé  par  F.  v. 
Holtzendorff  (1855);  mais  de  tous  ses  autres  écrits,  on  ne  connaît  que  des  frag- 
ments dispersés  dans  les  essais  biographiques  consacrés  à  l'auteur  du  Paradis 
perdue.  L'entreprise  de  M.  Bernhardi  sera  donc  accueillie  avec  faveur  par  le 

1.  Architecture  civile  et  domestique  au  moyen-âge  et  à  la  renaissance,  t.  II,  p.  165. 

2.  Étude  sur  les  pamphlets  politiques  et  religieux  de  Milton.  1848.  In-8*. 

3.  L'important  travail  de  Weber  :  John  Milton  s  prosaische  Schriftc.i,  etc.,  publié 


d'histoire  et  dk  littérature.  77 

public  allemand.  En  réalité,  ce  n'est  que  dans  ses  œuvres  en  prose  que  le  génie 
de  Milton  apparaît  dans  toute  sa  puissance.  A  une  époque  aussi  agitée  que  la 
nôtre  par  la  passion  des  luttes  politico-ecclésiastiques,  on  trouve  un  intérêt  tout 
particulier  à  écouter  la  voix  austère  du  penseur  inflexible  qui  a  jadis  examiné 
toutes  ces  questions  au  point  de  vue  de  son  temps,  et  a  trouvé  pour  seule  solution 
de  séparer  entièrement  le  domaine  ecclésiastique  du  domaine  politique  et  de 
traiter  les  associations  religieuses  dans  leurs  rapports  avec  l'État  d'après  les  mêmes 
règles  qu'on  applique  à  toutes  les  autres  associations. 

On  doit  approuver  M.  B.  d'avoir  fait  un  choix  parmi  les  écrits  qu'il  a  l'inten- 
tion de  traduire.  Les  ouvrages  en  prose  de  Milton  n'ont  pas  tous  un  intérêt 
général.  Même  parmi  ceux  dont  M.  B.  a  entrepris  la  traduction  on  sera  souvent 
choqué  par  l'abus  de  l'érudition  théologique  et  la  lourdeur  de  la  forme.  —  Par 
contre,  on  ne  comprend  pas  ce  qui  a  guidé  M.  B.  dans  la  division  arbitraire  qu'il 
a  adoptée  pour  sa  publication  qui  doit  comprendre  deux  volumes.  Cette  division 
n'est  pas  chronologique,  car  le  premier  volume  paru  s'ouvre  par  un  opuscule  de 
1659  et  se  termine  par  un  opuscule  de  1651.  Elle  n'est  pas  non  plus  métho- 
dique, car  on  trouve  pêle-mêle  dans  ce  premier  volume  des  traités  sur  les  sujets 
les  plus  divers,  disposés  sans  aucun  ordre.  Ce  sont  :  le  traité  sur  le  Pouvoir  de 
l'État  dans  les  affaires  ecclésiastiques  ;  les  écrits  sur  ['Éducation  et  la  Liberté  de  la 
Presse;  le  traité  sur  le  Divorce,  et  enfin  la  première  apologie  pour  le  peuple  anglais. 
—  Le  second  volume  contiendra,  d'après  les  promesses  de  la  préface,  la  seconde 
apologie  pour  le  peuple  anglais,  VEikonoklastes,  et  une  grande  partie  des  écrits 
consacrés  aux  questions  ecclésiastiques. 

Un  second  défaut,  que  le  traducteur  a  d'ailleurs  senti  et  dont  il  a  cherché  à 
s'excuser,  vient  de  ce  que  le  texte  original  des  écrits  en  prose  de  Milton  laisse 
beaucoup  à  désirer  et  met  souvent  le  traducteur  dans  le  plus  grand  embarras. 
Croira-t-on  que  nous  ne  possédons  encore  aucune  édition  critique  des  œuvres 
en  prose  de  Milton,  où  l'on  ait  tenu  compte  des  diverses  éditions  anciennes  et 
de  leurs  variantes  et  cherché  à  éclaircir  les  passages  douteux  ?  La  préface  de  la 
grande  biographie  anglaise  du  poète  par  M.  G.  Masson  (1  vol.  1859)  nous  a  fait 
espérer  l'apparition  prochaine  d'une  nouvelle  édition  des  œuvres  en  prose  de 
Milton  par  les  soins  du  Rév.  J.  E.  B.  Mayor,  M.  A.,  Fellow  de  S.  John's 
Collège  Cambridge;  mais  jusqu'ici  cette  espérance  n'a  point  été  réalisée.  Nous 
en  sommes  donc  toujours  réduits  à  des  éditions  peu  satisfaisantes  parmi  lesquelles 
celle  de  Pickering  (Londres  185 1,  rééditée  en  1867  avec  les  œuvres  poétiques 
8  vol.)  est  sans  contredit  la  meilleure.  Malheureusement  il  est  difficile  de  la 
trouver  en  dehors  de  l'Angleterre.  Il  est  regrettable  que  M.  B.  ne  s'en  soit  pas 
servi  et  ait  dû  se  contenter  de  l'édition  ordinaire  de  Saint  John,  quand  la  première 
condition  d'une  bonne  traduction  est  naturellement  l'emploi  du  meilleur  texte. 
L'usage  de  l'édition  Pickering  aurait  permis  d'éviter  certaines  fautes.  Ainsi 
p.  120,  la  traduction  est  obscure,  parce  que  M.  B,  a  trouvé  dans  son  texte 

d'abord  dans  V Historisches  Taschenbuch  de  Raumer,  3e  série  III-IV,  et  reproduit  dans  l'ou- 
vrage intitulé  :  Zur  Geschichte  des  ReformJtionszeiîalters  (1874)  ne  donne  que  des  extraits. 


yS  REVUE    CRITIQUE 

anglais  le  passage  suivant  :  «  The  Jesuits  and  that  sect  amongst  us  which  is 
»  named  of  Arminius,  are  wont  to  charge  us  of  making  God  the  author  of  sin 
»  in  two  degrees  especially,  etc.  »  L'éd.  Pickering,  il  est  vrai,  porte  elle  aussi 
en  cet  endroit  le  mot  degree,  mais  quelques  lignes  plus  loin  on  trouve  le  mot 
decree  qui  est  le  bon,  celui  que  Milton  avait  également  voulu  écrire  la  première 
fois  et  qui  seul  offre  un  sens'.  Sans  parler  de  ces  imperfections,  auxquelles  la 
nécessité  peut  servir  d'excuse,  la  traduction  de  M.  B.  n'est  pas  exempte  d'obscu- 
rités et  de  lourdeurs.  Il  est  vrai  que  la  langue  étrangement  concise  et  puissante 
de  Milton  ne  rend  pas  aisée  la  tâche  du  traducteur;  cependant  Gustave  Liebert 
dans  son  excellent  ouvrage  sur  Milton  (Hambourg  1860)  a  montré  par  quelques 
exemples  que  les  difficultés  peuvent  être  vaincues  à  force  d'élégance  et  de  savoir 
faire.  Nous  nous  permettons  de  recommander  à  M.  B.  ces  modèles  qui  pourront 
lui  être  utiles  pour  la  seconde  partie  qu'il  annonce,  et  d'y  ajouter  le  vœu  qu'il 
nous  donne  aussi  un  choix  des  lettres  et  des  dépêches  de  Nfilton  dont  M.  W. 
Douglas  Hamilton  nous  a  fait  connaître  un  si  grand  nombre  3. 

On  doit  surtout  louer  le  traducteur  d'avoir  cherché  à  éclaircir  pour  le  lecteur 
un  grand  nombre  d'allusions  qui  ont  besoin  de  commentaire.  Quelquefois  il  a 
simplement  reproduit  les  notes  de  l'éditeur  anglais  S' John  (dans  Bohn's  Stan- 
dard Library)  ;  mais  dans  le  plus  grand  nombre  des  cas  ses  commentaires  témoi- 
gnent d'une  étude  approfondie;  on  pourrait  même  parfois  les  trouver  trop  déve- 
loppés. Ainsi  p.  266  sur  Catilina,  on  aurait  pu  être  plus  bref. 
*':  Un  troisième  volume  contiendra  une  biographie  développée  de  Milton  et  en 
même  temps  les  éclaircissements  nécessaires  sur  la  composition  et  l'ordre  des 
écrits  traduits.  En  somme  nous  pouvons  féliciter  M.  B.  de  son  entreprise  qui  fait 
partie  de  la  Historisch  politische  Bibliothek  de  L.  Heimann?. 

A.  Stern. 


SOCIÉTÉS  SAVANTES. 

ACADÉMIE    DES   INSCRIPTIONS    ET    BELLES-LETTRES. 

Séance  du  22  janvier  1875. 
Une  lettre  adressée  à  l'académie  annonce  la  mort  de  M.  Deville,  l'un  de  ses 
correspondants. 

,ii  I .  L'emploi  de  l'édition  Pickering  aurait  appris  à  M.  B.  que  Milton  a  bien  écrit  comme 
il  le  suppose  (p.  51)  :  «  I  am  not  able.  »  On  trouve  aussi  dans  l'éd.  Pickering,  IV,  385, 
le  mot  :  «  Law-French  »  qui  est  sans  doute  une  allusion  à  la  langue  du  barreau.  Pour- 
quoi M.  B.  ici  (p.  32  note)  et  ailleurs  écrit-il  :  Standart  Library,  pr.  Standard. 

2.  Original  Papers  illustrative  of  the  Lite  and  writings  of  John  Milton printed  for 

the  Cambden  Society  (1850). 

3.  Une  question  avant  de  finir  :  M.  GefFroy,  dans  l'important  essai  cité  plus  haut,  dit 
p.  242  qu'un  ms.  des  Epistola  Jamiliares  de  Milton  se  trouvait  en  la  possession  de  sir 
Thomas  Philipps.  Celui-ci  est  mort  depuis.  La  Commission  pour  la  recherche  des  mss. 
historiques  qui  depuis  quelques  années  travaille  en  Angleterre  avec  tant  de  succès,  ne 
pourrait-elle  donner  des  renseignements  sur  ce  point?  —  à  supposer  que  l'indication  de 
M.  Geffroy  fût  exacte. 


d'histoire  et  de  littérature,  79 

M.  G.  Perrot,  au  nom  de  la  commission  du  prix  Gobert,  fait  connaître  les 
titres  des  ouvrages  qui  ont  été  envoyés  au  concours  pour  ce  prix.  Ils  sont  au 
nombre  de  5 ,  plus  les  deux  ouvrages  qui  sont  en  possession  du  prix. 

L'académie  élit  les  membres  des  commissions  chargées  de  décerner  divers 
prix.  Ces  commissions  sont  ainsi  composées  :  —  Prix  ordinaire  (histoire  de  la 
lutte  entre  les  écoles  philosophiques  et  théologiques  sous  les  Abbassides)  : 
MM.  Renan,  de  Slane,  Defrémery,  Derenbourg;  —  Prix  Bordin  (étude  philolo- 
gique et  critique  du  texte  des  œuvres  de  Sidoine  Apollinaire)  :  MM.  Naudet, 
Egger,  Quicherat,  Thurot  ;  —  Prix  Bordin  (recueillir  les  noms  des  dieux  men- 
tionnés dans  les  inscriptions  babyloniennes  et  assyriennes)  :  MM.  de  Saulcy,  MohI, 
de  Longpérier,  Derenbourg;  —  Prix  de  numismatique  :  MM.  de  Saulcy,  de  la 
Saussaye,  de  Longpérier,  Robert  ;  —  Prix  La  Fons-Mélicocq  (pour  le  meilleur  ou- 
vrage sur  l'histoire  et  les  antiquités  de  la  Picardie  et  de  l'Ile-de-France,  Paris  non 
compris)  :  MM.  P.  Paris,  Delisle,  Hauréau,  Deloche;  —  Prix  Stanislas  Julien 
(pour  le  meilleur  ouvrage  relatif  à  la  Chine)  :  MM.  Mohl,  Ad.  Régnier,  Dulau- 
rier,  Pavet  de  Courteille  ;  —  Prix  Fould  (Histoire  des  arts  du  dessin  jusqu'au 
siècle  de  Périclès)  :  M. M.  de  Saulcy,  de  Longpérier,  Renan,  Perrot. 

Ouvrages  déposés  :  Saint  Louis  et  son  temps,  par  M.  H.  Wallon;  Topographie 
archéologique  des  cantons  de  la  France  :  canton  de  Ribécourt  (Oise),  par  M.  Peigné 
Delacour;  les  publications  de  l'académie  des  sciences  de  Cracovie,  et  divers 
autres  recueils  périodiques.  —  M.  Delisle  présente  de  la  part  de  M.  Baschet 
l'Histoire  du  dépôt  des  archives  des  affaires  étrangères.  —  M .  de  Wailly  présente  les 
Œuvres  de  MM.  Alfred,  Gustave  et  Jules  de  Wailly,  recueillies  et  publiées  par 
M.  Gustave  de  Wailly.  —  M.  de  Longpérier  présente  de  la  part  de  M.  L.  d'Her- 
vey  de  S.  Denys  deux  nouveaux  fascicules  contenant  les  actes  5  à  10  de  la 
traduction  du  Si-siang-ki  par  Stan.  Julien,  publiée  par  M.  d'Hervey,  et  deux 
mémoires  de  ce  dernier,  l'un  sur  Formose  et  les  îles  Lieou-Kieou ,  l'autre  sur 
l'ethnographie  de  la  Chine  centrale  et  méridionale.  —  M.  Egger  offre  de  nou- 
velles éditions  de  son  étude  sur  la  Poétique  d'Aristote  et  de  son  étude  sur  les 
substantifs  verbaux  en  français,  et  la  3"  éd.  de  son  manuel  de  grammaire  com- 
parée; il  présente  les  ouvrages  suivants  de  la  part  des  auteurs  :  Fabre  d'Envieu, 
Onomatologie  de  la  géographie  grecque;  Éd.  Chaignet,  Théorie  de  la  déclinaison  en 
grec  et  en  latin;  G.  d'Eichthal,  Le  site  de  Troie;  Joseph  Grandgagnage,  Coutumes 
de  Namur  et  de  Philippeville,  2^  vol.  —  M.  Didot  offre  un  vol.  publié  par  lui  sous 
ce  titre  :  Aide  Manuce  et  l'hellénisme  à  Venise  et  en  Italie.  —  M.  Renan  présente 
un  Dictionnaire  français-cambodgien  par  M.  Aymonier.  —  M.  L.  Renier  présente 
une  publication  extraite  de  la  Revue  archéologique ,  et  intitulée  Une  invasion  gau- 
loise en  Macédoine  en  l'an  1 17  avant  notre  ère,  par  M.  l'abbé  Duchesne  :  c'est 
l'explication  d'une  inscription  trouvée  aux  environs  de  Salonique,  qui  nous  révèle 
une  invasion  gauloise  dont  les  historiens  ne  parlent  pas. 

M.  de  Vogué  fait  une  communication  sur  une  stèle  phénicienne  qui  a  été 
découverte  par  M.  Peretié  aux  environs  de  Djebel,  l'ancienne  Byblos  (dans  la 
Bible  Gebal),  et  dont  il  présente  une  photographie  à  l'académie.  Ce  monument 
paraît  provenir  du  temple  de  la  déesse  de  Byblos.  C'est  un  bloc  de  calcaire  taillé 


8o  REVUE    CRITIQUE    d'hISTOIRE    ET    DE    LITTÉRATURE. 

en  un  parallélipipède  arrondi  par  le  haut.  Sur  le  devant  sont  dans  un  encadre- 
ment une  scène  gravée  au  trait  et  une  inscription  phénicienne.  On  voit  à  gauche 
la  déesse  assise  et  tournée  vers  la  droite;  elle  présente  la  plus  grande  ressem- 
blance avec  les  figures  de  divinités  égyptiennes  ;  elle  est  vêtue  d'une  longue  robe 
et  porte  en  guise  de  coiffure  un  disque  solaire  avec  deux  cornes  de  taureau.  A 
droite  est  un  roi  debout  qui  lui  offre  une  libation  ;  il  est  vêtu  comme  un  roi  dé 
Perse.  Un  disque  égyptien  muni  de  deux  ailes  inclinées  domine  la  scène. 
L'inscription  en  1 5  lignes  d'une  écriture  soignée,  mais  pourtant  difficile  à  lire, 
est  un  acte  par  lequel  un  roi  de  Gebal  consacre  le  temple  à  la  déesse.  Celle-ci 
est  appelée  Baalat  Gebal  :  c'est  la  première  fois  qu'on  connaît  son  nom  phéni- 
cien. Le  monument  remonte,  selon  M.  de  Vogué,  à  la  première  moitié  du  5''  s. 
avant  notre  ère.  Après  diverses  observations  philologiques  sur  le  texte  de 
l'inscription,  M.  de  Vogué  présente  des  considérations  sur  l'art  religieux  des 
Phéniciens,  qui  n'a  jamais  eu,  dit-il,  de  caractère  propre.  La  stèle  de  Gebal 
semble  copiée  des  monuments  égyptiens;  à  l'époque  grécoromaine,  ce  fut  l'art 
grec  qu'on  imita,  comme  le  montre  une  petite  statuette  de  la  déesse  de  Byblos, 
faite  à  cette  époque,  que  M.  de  Vogué  met  sous  les  yeux  des  membres  de  l'aca- 
démie. 

M.  Jourdain  commence  la  seconde  lecture  de  son  mémoire  sur  Nicolas  Oresme 
et  les  astrologues  de  la  cour  de  Charles  V. 

Julien  Havet. 


LIVRES  DÉPOSÉS  AU  BUREAU   DE  LA  REVUE. 

Acta  Societatis  Phiiologas  Lipsiensis  éd.  Ritschelius,  t.  II,  fasc.  2  (Lipsiae,  Teub 
ner).  —  Ausgewaîhlte  Komœdien  des  Terentius  Afer  erkl.  v.   Dziatzko.  I.  Bdchen 
(Lipsias,  Teubner).  —  Michel  Bégon,  Correspondance  et  documents  inédits,  p.  p.  Du 
PLESsis  (Paris,   Aubry).  —  Blass,  Die  Attische  Beredsamkeit,  2.   Abth.    (Leipzig 
Teubner).  —  Boucher,  William  Cowper,  sa  correspondance  et   ses  pensées  (Paris 
Sandoz  et  Fischbacher).  —  Busson,  Zur  Geschichte  des  grossen  Landfriedensbundes 
deutscher  Stasdte  1254  (Innsbruck,  Wagner'sche  Univ.-Buchh.).  —  Chaignet,  Théorie 
de  la  déclinaison  des  noms  en  grec  et  en  latin  d'après  les  principes  de  la  grammaire  com- 
parée (Paris,  Thorin).  —  Die  Regesten  des  Kaiserreichs  unter  Kaiser  Karl  IV.  1346- 
1378.  Aus  dem  Nachiasse  Bqehmer's  herausg.  v.  Huber.  i.  Lief.  (Innsbruck,  Wagner). 
—  Die  Schiacht  von  Alischanz  ;  niederdeutsches  Heldengedicht  herausg.  v.  Roth  (Pader- 
born,  Schœningh).  —  Von  Giesebreght,  Geschichte  der  deutschen  Kaiserzeit.  IV.  Bd. 
2.  Abth.  (Braunschweig,  Schwetschke).  —  Q^  Horati  Flacci  Carmina.  Lucianus  Mùl- 
ler  recogn.   (Lipsiae,  Teubner).   —  Kayser,  Das  Vorexilische  Buch  der  Urgeschichte 
Israels  (Strassburg,   Schmidt's  Univ.-Buchh.).   —  Krek,   Einleitung  in  die  slavische 
Literaturgeschichte.   1.  Th.  (Graz,  Leuschner  u.  Lubensky).  —  Von  Kremer,  Cultur- 
geschichte  des  Orients  unter  den  Chalifen.    1.   Bd.   (Wien,   Braumiiller).  —  Krohn, 
Sokrates  und  Xenophon  (Halle,  Verl.  v.  Mûhlmann).  —  De  Neuvo,  Isabelle  la  Catho- 
lique (Paris,  Lévy). 

Le  propriétaire-gérant  :  F.  VIEWEG. 

Nogent-le-Rotrou,  imprimerie  de  A,  Gouverneur. 


Griechischen  und  Lateinischen.  Leipzig,  Kœhler.  In-8°,  viij-562  p.  (B.  Del- 
BRûCK  :  contient  d'excellentes  parties,  mais  d'autres  qui  n'eussent  pas  dû  être 
imprimées  et  que  l'auteur  aurait  dû  plus  longtemps  élaborer). 


BULLETIN    BIBLIOGRAPHIQUE 
DES  PRINCIPALES   PUBLICATIONS   FRANÇAISES   ET    ÉTRANGÈRES. 


AVIS.  —  On  peut  se  procurer  à  la  librairie  A.  Franck  tous  les  ouvrages 
annoncés  dans  ce  bulletin ,  ainsi  que  ceux  qui  font  l'objet  d'articles  dans  la 
Revue  critique.  Elle  se  charge  en  outre  de  fournir  très-promptement  et  sans 
frais  tous  les  ouvrages  qui  lui  seront  demandés  et  qu'elle  ne  posséderait  pas  en 
magasin. 


Bonnejoy.  Études  historiques.  Chars 
(Seine-et-Oise).  Son  histoire,  ses  hauts- 
barons,  son  vieux  château,  son  Hôtel- 
Dieu,  son  église,  la  pierre  qui  tourne, 
Bercagny,  etc.  Avec  une  eau-forte.  In-S", 
112  p.  Paris  (Dumoulin). 

Boucherie  (A.).  Êtymologies  françaises 
et  patoises.  In-8°,  46  p.  Paris  (lib.  A. 
Franck). 

Boucher  (L.).  William  Cowper,  sa  cor- 
respondance et  ses  poésies.  In-i2,  343  p. 
Paris  (Sandoz  et  Fischbacher). 

Broutin  (A.).  Histoire  des  couvents  de 
Montbrison  avant  J793.  i"  vol.  In-8°, 
xiv-376  p.  Saint-Étienne  (imp.  Monta- 

gny)- 

Calvary's  phiiologische  u.  archseoiogische 
Bibliothek.  24.  u.  Supplément  Bd.  In-8*. 
Berlin  (Calvary  et  C").  Chaque  volume, 

2  fr.  75 
Contenu  :  24.  R.  Bentley's  Disserta- 
tions upon  the  epistles  of  Phalaris,  The- 
mistokles,  Socrates,Euripides  a.  upon  the 
fables  of  ^Esop.  Edited  with  an  Intro- 
duction and  Notes  by  D'  W.  Wagner. 
Part  4.  Supplément  bd.  Rœmische  Ge- 
schichte  v.  G.  B.  Niebuhr.  Neue  Ausgabe 
V.  M.  Isler.  Register. 

lamoês  (L.  de).  OsLusiadas.  Unter  Ver- 
gleichg.  der  besten  Texte,  m.  Angabe  d. 
bedeutendsten  Varienten  u.  e.  krit.  Ein- 
leitung.  Hrsg.  v.  D.  K.  v.  Reinhard- 
stœltner.  i.  Lfg.  In-8*,  xlj-96  S.  Strass- 
burg  (Trùbner).  4  fr. 

lampagne  (La)  de  1692  dans  le  Haut- 
Dauphiné.  Lettres  de  Catinat,  de  Vau- 
ban,  etc.  Relations  des  sièges  d'Embrun 
et  de  Guiliestre.  Protocole  du  notaire 
Grassi.  Mémoires  du  capitaine  Le  Clair 
et  de  J.  p.  de  Rochar.  In-8*,  185  p.  et 
3  pi.  Paris  (Réunion  des  officiers). 


Chapelle  et  Bachaumont.  Voyage 
publié  par  D.  Jouaust.  In-i6,  xij-75  p. 
Paris  (Libr.  des  Bibliophiles).     2  fr.  ^0 

Golbert  (N.-J.).  Traditions  et  souvenirs, 
ou  mémoires  touchant  le  temps  et  la  vie 
du  général  Auguste  Colbert  (1793-1809). 
T.  5.  In-8*,  483  p.  et  carte.  Paris  (F. 
Didot  frères  fils  et  C*). 

Coll  y  Vehi  (J.).  Los  refranes  del  (^uijote, 
ordenados  por  materias  y  glosados.  En-8*, 
xxv)-248  p.  Barcelona  (imp.  del  Diario 
de  Barcelona). 

Desjardins  (E.).  La  table  de  Peutinger, 
d'après  l'original  conservé  à  Vienne  ;  pré- 
cédée d'une  introduction  historique  et 
critique  et  accompagnée  :  1°  d'un  index 
alphabétique  des  noms  de  la  carte  origi- 
nale avec  la  lecture  des  éditions  précé- 
dentes; 2"  d'un  texte  donnant,  pour 
chaque  nom,  le  dépouillement  géogra- 
phique des  auteurs  anciens,  des  inscrip- 
tions, des  médailles,  et  le  résumé  des  dis- 
cussions touchant  son  emplacement;  30 
d'une  carte  de  redressement  comprenant 
tous  les  noms  à  leur  place  et  identifiés, 
quand  cela  est  possible,  avec  les  localités 
modernes  correspondantes;  4°  d'une  se- 
conde carte  établissant  la  conformité  des 
indications  générales  de  la  table  avec  les 
connaissances  présumées  des  Romains 
sous  Auguste  (Orbis  Pictus  d' Agrippa). 
Liv.  13.  In-fol.  p.  2 17-244  et  i  pi.  Paris 
(Hachette  et  C').  lo  fr. 

Deux  ligueurs  de  Picardie.  Docu- 
ments historiques  sur  un  maïeur  d'Amiens 
et  un  gouverneur  de  Gerberoy.  In-8°, 
132  p.  et  2  pi.  Paris  (Dentu).         4  fr, 

Dœtsch  (P.).  Juvenal.  Ein  Sittenrichter 
seiner  Zeit.  Ein  Beitrag  zur  Sittengesch. 
Roms  unter  den  Kaisern.  In-8°,vij-75  p. 
Leipzig  (Engelmann).  2  fr. 

Dûmichen  (J.).  Die  erste  bis  jetzt  auf- 


gefundene  sichere  Angabe  ûb.  die  Regie- 
rungszeit  e.  asgyptischen  Kœnigs  aus  dem 
altem  Reich,  welche  uns  durch  den  me- 
dicinischen  Papyrus  Ebers  ùberliefert 
wird.  Mit  dem  v.  Prof.  Ebers  herge- 
stellten  genauen  Facsimile  der  Kalendar, 
Notiz  auf  dem  Rùcken  d.  Papyrus  Ebers. 
In-8',  32  S.  Leipzig  (Engelmann).  2  f.  25 

Durand  (V.).  Recherches  sur  la  station 
gallo-romaine  de  Mediolanum  dans  la  cité 
des  Lyonnais.  In-8°,  xij-63  p.  et  4  plans. 
Saint-Étienne  (Chevalier). 

Durieux  (A.).  Les  artistes  cambrésiens 
du  IX"-XIX'  siècle  et  l'école  de  dessin  de 
Cambrai,  avec  10  pi.  lithogr.  dont  2  en 
couleurs  et  2  photographies.  In-8*,  474  p. 
Cambrai  (imp.  Simon). 

Fischer  (D.).  L'ancien  prieuré  de  Dur- 
renstein,  près  Walscheid  (comté  de  Dabo). 
In-8',  24  p.  Nancy  (imp.  Crépin-Leblond). 

Flavigny  (de).  État  de  la  compagnie 
écossaise  des  gardes  du  corps  du  roi  à 
Coblentz,  en  1791  et  1792,  d'après  un 
manuscrit  du  vicomte  de  Flavigny,  sous- 
aide-major  de  ladite  compagnie.  Publié 
par  le  vicomte  A.  de  Flavigny.  In-i6, 
117  p.  Paris  (Schlesinger). 

Franck  (A.).  Moralistes  et  philosophes. 
2*  éd.  In- 12,  viij-489  p.  Pans  (Didier  et 
C-).  4  fr- 

Heller  (H.).  Curas  criticae  in  Platonis  de 
republica  libros.  In-4*,  48  p.  Berlin 
(Calvary  et  C*).  2  fr.  75 

Heuzey  (L.)  et  Daumet  (H.).  Mission 
archéologique  de  Macédoine,  ii*  livr. 
In-4°,  p.  257-344  et  6  pi.  Paris  (Didot 
frères  fils  et  C*).  12  fr.  50 

Houdoy  fJ.).  Renart-le-Nouvel,  roman 
satirique  composé  au  XIII*  siècle  par  Jac- 
quemars  Gielée  de  Lille;  précédé  d'une 
introduction  historique  et  illustré  d'un 
fac-similé  d'après  le  manuscrit  La  Vallière 
de  la  Bibliothèque  nationale.  In-8*,  212p. 
Paris  (Aubry). 

Houdoy  (J.).  Verreries  à  la  façon  de  Ve- 
nise. La  fabrication  flamande  d'aprèsdes 
documents  inédits.  Gr.  in-8°,  81  p.  Paris 
(Aubry). 

Jacob  ben  Chabib  en  Jacob  (oculus  Jacobi), 
i.  e.  collectio  locorum  talmudis  babylonici 
hagadicorum  sec,  ordinem  talmudis  ad- 
jectis  commentariis  celeberr.  virorum, 
accedunt  notae  Isak  Alfasi,  Kakajon  de 
Jona.  Jehuda  Arje  di  Modena  u  Salomon 


Dajan  Glogaviensis.  V^ol.  i-}.in-4*,  360, 
348  u.  298  S.  Berlin  (Cohn).        24  fr. 

Jullien  (A.).  Histoire  du  théâtre  de 
Madame  de  Pompadour  dit  théâtre  des 
Petits  Cabinets.  Avec  une  eau-forte  de 
Martial  d'après  Boucher.  Gr.  in-S",  80  p. 
et  grav.  Paris  (Baur). 

Keryiler  (K.).  Le  chancelier  Pierre  Sé- 
guier,  second  protecteur  de  l'Académie 
française.  Études  sur  sa  vie  privée,  poli- 
tique et  littéraire,  et  sur  le  groupe  aca- 
démique de  ses  familiers  et  commensaux. 
2«  éd.  In- 12,  xv-égô  p.  Paris  (Didier  et 
C-). 

Lenormant  (F.).  Les  premières  civilisa- 
tions, études  d'histoire  et  d'archéologie. 
T.  I.  Archéologie  préhistorique.  Egypte. 
T.  2.  Chaldée  et  Assyrie,  Phénicie.  In- 
8°,  viij-883  p.  Paris  (Maisonneuve  et  C';. 

Ménard  et  Goiffon.  Les  Évêques  de 
Nîmes  au  XVIII*  siècle  (1687- 17  50). 
Fléchier,  la  Parisière  etBecdelièvre.  Con- 
tinuation (i 7 50-1 820)  Becdelièvre  (suite), 
Cortois  de  Balore,  la  période  révolution- 
naire, les  martyrs  nîmois.  In- 12,  269  p. 
Nîmes  (Bedot). 

Pannier  (L.).  Les  joyaux  du  duc  de 
Guyenne,  recherches  sur  les  goûts  artis- 
tiques et  la  vie  privée  du  Dauphin  Louis 
fils  de  Charles  VI.  In-8*,  72  p.  et  i  pi. 
Paris  (Didier  et  C*). 

Rosny  (L.  de).  Manuel  du  style  épisto- 
laire  et  du  style  diplomatique.  Texte  ja- 
ponais publié  à  l'usage  des  élèves  de 
l'école  spéciale  des  langues  orientales, 
traduit  en  français  et  accompagné  d 
notes.  In-8°,  60  p.  Paris  (Maisonneuve 
et  C*).  6  fr. 

Rostan  (L.).  Monographie  du  couvent 
des  dominicains  deSaint-Maximin.  In-8*, 
316  p.  Draguignan  (imp.  Latil). 

Smith  (S.).  Memoir  of.  By  his  Daughter, 
Lady  Holland.  With  a  Sélection  of  his 
Letters.  Edited  by  Mrs  Austin.  New 
edit.  ^-8°,  637  p.  London  (Longmans). 

3  fr.  15 

Vintler  (H.).  Die  Pluemen  der  Tugent. 
Hrsg.  V.  J.  V.  Zingerle.  In-S",  xxxiij- 
403  S.  Innsbruck  (Wagner).     11  fr.  25 

Wheeler  (J.  T.).  The  History  of  India. 
Vol.  3.  Hindu ,  Buddhist,  and  Brahma- 
nical.  In-8°,  5 14p.  c«irt.  London  (Trùbner 
et  C*).  f  t  f  22  fr.  50 


Nogent-le-Rotrou.  Imprimerie  de  A.  Gouverneur. 


N'  6  Neuvième  année.  6  Février  1875 

REVUE  CRITIQUE 

D'HISTOIRE   ET  DE  LITTÉRATURE 

RECUEIL  HEBDOMADAIRE  PUBLIÉ  SOUS  LA  DIRECTION 

DE  MM.  C.  DE  LA  BERGE,  M.  BRÉAL,  G.  MONOD,  G.  PARIS. 


Secrétaire  de  la  Rédaction:  M.  Stanislas  Guyard. 


Prix   d'abonnement  : 

Un  an,  Paris,  20  fr.  —  Départements,  22  fr.  —  Étranger,  le  port  en  sus 

suivant  le  pays. 


PARIS 

LIBRAIRIE    A.    FRANCK 

F.    VIEWEG,    PROPRIÉTAIRE 
67,  RUE  RICHELIEU,  67 


Adresser  toutes  les  communications  à  M.  Stanislas  Guyard,  Secrétaire  de  la 
Rédaction  (au  bureau  de  la  Revue  :  67,  rue  Richelieu). 

ANNONCES 


En  vente  à  la  librairie  A.  Franck,  F.  Vieweg  propriétaire, 
67,  rue  de  Richelieu. 


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cueillis en  Egypte  et  en 


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•    L/rVrViVl  HiO   1    il   l    ILIx    mots    composés  dans  la 

langue  française  comparée  aux  autres  langues  romanes  et  au  latin.  12  fr. 


Cf^  TT  A  TD  A  NT  17  A  T  T    ^""^S^^^^s  d'un  mystère  proven- 
•     v^  n  A.  t)/\l N   rL/\LJ     çal    découverts    à    Périgueux, 
publiés,  traduits  et  annotés.  Gr.  in-8<».  i  fr.  50 


PÉRIODIQUES. 

The  Academy,  N"  141,  new  séries,  16  janvier.  J.  Thomson,  The  Straits 
of  Malacca,  Indo-China,  and  China.  London,  Sampson  Low  and  Co.  (Ruther- 
FORD  Alcock  :  prédit  un  grand  succès  à  cette  relation  de  voyage).  —  Mahaffy, 
Social  Life  in  Greece  from  Homer  to  Menander.  London,  Macmillan  and  Co. 
(D.  B.  MoNRo:  ouvrage  plein  de  bon  sens,  de  critique,  et  donnant  à  réfléchir). 

—  Stoughton,  Ecclesiastical  History  in  England.  The  Church  of  the  Révolu- 
tion. London,  Hodder  and  Stoughton  (J.  Bass  Mullinger  :  ouvrage  devant 
être  pris  en  considération,  bien  qu'il  paraisse  écrit  pour  défendre  une  thèse).  — 
Blair,  Indian  Famines;  their  Historical,  Financial,  and  other  Aspects.  London, 
Blackwood  (F.  J.  Goldsmid).  —  Notes  and  News.  —  Notes  of  a  Tour  in  the 
Cyclades  and  Crète.  L  Delos  and  Rheneia  (H.  F.  Tozer).  —  Correspondence. 
The  «  Quarterly  Review  «  and  Mr.  Darwin.  —  Statue  of  King  Robert  the  Bruce 
at  Stirling  Castle  (J,  E.  Alexander,  Major-General).  —  The  Urari  Poison 
(John  R.  Jackson).  —  Blackie,  Horae  Hellenicae.  London,  Macmillan  (R.  C. 
Jebb  :  réimpression  d'essais  sur  divers  points  d'histoire,  de  philosophie,  de  cri- 
tique littéraire,  de  philologie  et  de  grammaire).  —  Societies  (Soc.  d'archéologie 
biblique). 

The  Athenœum,  N"  2464,  16  janvier.  Sumner-Maine,  Lectures  on  the 
Early  History  of  Institutions.  Murray  (i'"'  art.,  développé). —  Morris,  Elemen- 
tary  Lessons  in  Historical  English  Grammar.  Macmillan  (art.  très-défavorable). 

—  Pope  Alexander  the  Sixth  (R.  Garnett).  —  A  Celtic  Mss.  Society  (John 
Stuart  Blackie;  J.  Jeremiah).  —  «  The  Nobla  Leyçon  »  (J.  A.  Wylie).  —  The 
Ptolemy  of  1 562  (R,  H.  Major).  —  The  written  Pottery  of  Moab  (R.  ï'Athe- 
n£um  ne  recevra  plus  de  communication  à  ce  sujet).  —  Literary  Gossip. 

Literarisches  Centralblatt,  N"  4,  23  janvier.  Bruyn,  Palaestina.  Ders. 
Prolegomena  ad  tabulam  geographicam  Palaesîinas.  Utrecht,  Kemink  et  Zoon, 
In-4°,  16  p.  (n'offre  aucune  amélioration  qu'on  puisse  signaler;  on  remarque 
seulement  une  dissertation  sur  le  site  de  Tarichée).  —  Kirchhoff,  Ueber  die 
Schrift  vom  Staate  der  Athener.  Berlin,  Dûmmler.  In-4'',  5 1  p.  (très-érudite 
brochure).  —  Baumgart.  MWns  Aristides.  Leipzig,  Teubner.  In-S",  viij-240  p. 
(ouvrage  de  la  plus  haute  importance  pour  l'histoire  de  la  rhétorique  grecque). 

—  Myriantheus,  Die  Marschlieder  des  griechischen  Drama.  Mùnchen,  Acker- 
mann.  In-S",  vij-141  p.  (très-compétent).  —  Schulze,  Idioticon  der  nord- 
thûringischen  Mundart,  Nordhausen,  Fœrstemann.  ln-8%  vij-69  p.  (étude  sur 
le  dialecte  de  Nordhausen  et  des  environs).  ; 

Jenaer  Literaturzeitung,  1875,  n»  i,  2  janvier.  FiTTiNG ,  Zur  Ceschichte 
der  Rechtswissenschaft  am  Anfange  des  Mittelalters.  Halle,  Buchh.  d.  Waisenh. 
In-8°,  28  p.  Ders.,  Glosse  zu  den  Exceptiones  legum  Romanorum  des  Petrus, 
Ibid.  In-8°,  iij-68  p.  (Stintzing).  —  Steffenhagen,  Deutsche  Rechtsquellen 
in  Preussen  vom  xiii.  bis  zum  xvi.  Jahrh.  Leipzig,  Duncker  u.  Humblot.  In-S", 
viij-248  p.  (Behrend).  —  Waltek,  Die  Lehre  von  der  praktischen  Vernunft 
in  der  griechischen  Philosophie.  lena,  Mauke'sVerl.  In-8'',  xviij-573  p.  (Prantl: 
excellent  travail).  —  Philippson,  Heinrich  IV  und  Philipp  III.  Bedin,  Duncker. 
In-8",  xij-398;  iv-444  p.  (Noorden  :  expose  les  origines  de  la  prépondérance 
française  en  Europe).  —  Homerica  Carmina,  éd.  Nauck.  Vol.  II.  Odyssea.  Pars 
I-II.  Berolini  apud  Weidmannos.  In-8",  xxj-222;  xvj-223  p.  (J.  La  Roche: 
c'est  à  peine  si,  dans  cette  édition,  on  peut  reconnaître  l'Homère  auquel  on  est 
habitué).  —  Schanz,  Studien  zur  Geschichte  des  Platonischen  Textes.  Wûrz- 
burg,  Stahel.  In-8°,  vj-88  p.  (H.  Sauppe  :  destiné  à  exposer  les  principes  sur 
lesquels  M.  Sch.  fonde  son  édition  de  Platon,  dont  le  i"'''  vol.  ne  tardera  pas  à 
paraître).  —  Compte-rendu  de  la  Commission  impériale  archéologique  pour  les 


REVUE  CRÏTIQ^UE 

D'HISTOIRE    ET    DE    LITTÉRATURE 

._  N*  6  —  6  Février  —  1875 

Sommaire  :  26.  Pierret,  Études  égyptologiques,  2'  livr,  —  27.  Rosenberg,  Les 
Erinyes.  —  28.  Krek,  Introduction  à  l'histoire  de  la  littérature  slave.  —  29.  De 
PiBRAC,  Quatrains,  p.  p.  Claretie.  —  30.  Pascal,  Pensées.  —  Sociétés  savantes  : 
Académie  des  inscriptions. 

26,  —  Études  égryptologiques.  Deuxième  livraison.  Recueil  d'inscriptions  inédites 
du  musée  égyptien  du  Louvre,  traduites  et  commentées  par  Paul  Pierret,  conserva- 
teur-adjoint au  musée  égyptien  du  Louvre.  Première  partie.  In-4',  158  p.  Paris, 
librairie  A.  Franck.  1874.  —  Prix  :  25  fr. 

On  sait  que  l'administration  du  Louvre  n'a  pas  à  sa  disposition ,  comme  le 
British  Muséum,  par  exemple,  des  fonds  permettant  aux  savants  conservateurs 
de  notre  Musée  de  publier  au  moins  les  plus  intéressants  d'entre  les  monuments 
confiés  à  leurs  soins.  A  défaut  de  ces  fac-similé  que  les  musées  du  Caire,  de 
Londres,  de  Berlin,  de  Leyde,  etc.,  la  plupart  depuis  longtemps,  ont  livrés  aux 
investigations  des  égyptologues,  M.  P.  Pierret  a  commencé  à  insérer  dans  ses 
Études  égyptologiques  un  certain  nombre  d'inscriptions  inédites.  La  révélation  de 
monuments  presque  inconnus  rendait  déjà  un  inappréciable  service;  les  textes 
sont  en  outre  accompagnés  de  traductions  et  de  notes  savantes  qui  font  de  cette 
publication  l'une  des  plus  marquantes  dont  la  science  ait  été  dotée  en  ces  der- 
nières années. 

Il  est  certain  que  la  plus  sérieuse  difficulté  des  premières  études  de  l'égypto- 
logue  provient  de  la  rareté  des  ouvrages  exécutés  d'après  le  plan  que  M.  P. 
s'est  imposé.  Le  système  graphique  des  anciens  Égyptiens,  quelque  simples  et 
ingénieuses  qu'en  soient  les  règles,  n'en  présente  pas  moins,  dans  la  pratique, 
les  complications  inhérentes  à  l'emploi  de  mille  signes  environ,  et  à  la  combi- 
naison des  valeurs  alphabétiques,  syllabiques,  idéographiques,  dans  la  même 
phrase,  souvent  dans  un  seul  mot.  Avant  d'aborder  l'interprétation  des  textes  et 
d'interroger  les  recueils  d'inscriptions,  il  faut,  au  préalable,  se  rendre  maître  de 
cette  écriture.  Pour  cela  étudier  des  textes  bien  analysés  serait  assurément  le 
meilleur  moyen.  Malheureusement  l'impression  des  caractères  égyptiens  étant 
lente  et  dispendieuse,  les  traducteurs  renoncent  bien  souvent  à  publier  leur 
texte,  surtout  un  commentaire  et  des  notes  suffisantes.  M.  P.  a  dû  autogra- 
phier  son  ouvrage,  travail  long  et  pénible  qui  lui  a  permis  de  composer  deux 
volumes  d'hiéroglyphes  avec  traductions  interlinéaires.  C'est  peut-être  la  pre- 
mière fois  qu'on  trouve  réunis  autant  de  textes  hiéroglyphiques  traduits  et 
annotés. 

La  place  accordée  aux  notes  dans  ce  second  volume  est  un  peu  plus  large 

que  dans  le  premier.  Concises,  mais  remplies  d'érudition,  ces  notes  mettent 

le  lecteur  à  même  de  peser  toutes  les  difficultés  de  l'interprétation.  Le  but  de 

l'ouvrage  ne  comportait  point  qu'il  fût  donné  encore  plus  de  développement  à 

XV  6 


82  REVUE  CRITIQUE 

cette  partie,  la  plus  importante,  selon  nous,  et  d'ordinaire  la  plus  négligée,  d'un 
travail  sur  les  hiéroglyphes.  Nous  ne  pouvons  que  le  regretter  quand  nous  trou- 
vons, dans  celles  qui  nous  sont  données,  une  foule  d'observations  précieuses, 
qu'il  nous  serait  impossible  d'analyser  ici,  dont  les  égypiologues  tireront  le 
plus  grand  profit.  Afin  de  faciliter  les  recherches,  l'auteur  a  placé  à  la  fin  du 
volume  un  glossaire  comprenant  tous  les  mots  intéressants,  au  nombre  de  près 
de  200,  qui  se  rencontrent  dans  ses  textes,  et  qu'il  a  discutés  dans  ses  notes. 

La  réserve  qu'inspire  la  connaissance  vraie  de  l'état  actuel  et  dr.s  conditions 
du  déchiffrement;  la  préoccupation  de  ne  rien  laisser  à  l'imagination:  voilà, 
après  une  science  éprouvée,  ce  qui  caractérise  la  méthode  de  M.  P.  Inter- 
prète aussi  consciencieux  qu'habile,  il  ne  craint  pas  de  laisser  intraduits  les  pas- 
sages qu'il  ne  croit  pas  bien  comprendre.  Quelques-uns  cependant  (à  peine  deux 
ou  trois)  nous  paraissent  susceptibles  d'une  interprétation  non  douteuse.  —  Ainsi 
mes  Qp.  4,  1.  lo),  nom  d'un  objet  que  le  dieu  Horus-Chem  doit  tenir  à  la 
main,  et  qui  est  déterminé  par  l'image  d'un  sceptre,  se  reconnaît  pour  une  ortho- 
graphe de  âmes,  sorte  de  sceptre  ;  que  la  chute  de  l'aspirée  initiale  a,  dont  on  a 
tant  d'autres  exemples,  soit  fautive  ou  non.  Le  passage  est  (a)mes  m  (toi)  :  «  le 
))  sceptre  âmes  à  la  main.  »  Le  groupe  d'un  lion  et  de  trois  plumes  (p.  1 2, 
1.  4)  n'est  autre  que  le  mot  res'u  «  joie  «  :  hâti  yjr  res'u,  «  un  cœur  possédant 
))  la  joie.  »  Cette  forme  de  basse-époque  est  signalée  par  M.  Brugsch.  —  Parmi 
les  formes  hiéroglyphiques  déjà  déchiffrées  il  est,  certes,  impossible  de  n'en  oublier 
aucune  ;  nous  voulons  seulement  faire  ressortir  la  méthode  prudente  qui  fait  des 
Études  égyptologiques  un  livre  que  même  les  personnes  les  moins  versées  dans  le 
déchiffrement  pourront  consulter  avec  confiance.  Les  interprètes  des  monuments 
pharaoniques  manquent  parfois  de  courage  pour  s'arrêter  quand  ils  cessent  de 
comprendre;  on  ne  découvre  qu'en  trop  d'endroits,  dans  les  meilleurs  ouvrages, 
au  lieu  de  l'intelligence  du  texte  égyptien,  la  preuve  de  l'imagination  du  tra- 
ducteur. 

Malgré  un  contrôle  attentif  des  traductions  de  M.  P.  nous  n'avons  guère 
vu  l'occasion  de  proposer  une  autre  interprétation.  Voici  toutefois  un  cas  à  dis- 
cuter. La  phrase  rendue  par  «  6  royal  ?  exécuteur,  chef  (muni)  de  ses  deux 
»  plumes!  ))'  signifie,  à  ce  que  nous  croyons,  «ô  roi  puissant  qui  tranche  le  ciel^ 
»  avec  ses  deux  plumes  »  :  pa  suten  neyt  tem  pe  m  s'u-ti.  Pendant  sa  course,  le 
dieu-Soleil,  ainsi  invoqué,  partage  (l'égyptien  dit  tem,  coupe,  tranche)  en  hémi- 
sphère boréal  et  en  hémisphère  austral  le  Monde  entier,  ciel,  terre,  enfers.  D'où 
son  titre  de  Roi  du  Midi  et  du  Nord,  suten  (yab),  que  les  égyptologues  ont  rendu 
bien  à  tort  par  Roi  de  la  Haute  et  de  la  Basse-Egypte,  et  que  le  Pharaon  reçoit 
comme  fils  du  Soleil,  se  râ.  Le  dieu-Soleil  régnant  sur  les  deux  régions  du  Midi 
et  du  Nord,  porte  sur  la  tête  un  double  diadème  symbolisant  sa  double  souve- 

1.  P.  ),\.2. 

2.  L'hiéroglyphe  que  je  lis  pe,  ck\,  peut  également  se  lire  ker,  et  alors  signifier  «  chef». 
—  Le  bras  armé,  après  le  mot  suten,  roi  et  royal ,  a  été  considéré  par  M.  P.  comme 
un  simple  déterminatif  :  j'y  vois  l'adjectif  neyt,  vaillant,  victorieux,  puissant,  écrit  idéo- 
graphiquement. 


d'histoire  et  de  littérature.  8f 

raineté  :  tantôt  le  pschent,  composé  de  la  couronne  rouge,  ou  couronne  du  Nord, 
et  du  diadème  blanc,  ou  diadème  du  Midi;  tantôt  d'autres  ornements  symbo- 
liques, comme  la  double  plume.  Lorsqu'il  s'avance,  le  ciel  est  coupé  par  sa  coiffure 
des  deux  plumes,  dont  l'une,  en  effet,  désigne  souvent  le  Nord,  et  l'autre  le 
Midi.  Au  reste  ces  vues  sur  la  mythologie  nous  étant  personnelles,  nous  devons 
avouer  qu'elles  ne  sauraient  faire  autorité. 

Aucune  des  inscriptions  inédites  du  Recueil  de  M.  P.  n'est,  selon  la  juste 
remarque  de  l'auteur,  sans  apporter  une  donnée  concernant  soit  la  religion,  soit 
l'histoire,  soit  la  langue.  Elles  couvrent  des  stèles,  des  statues,  des  tables  d'of- 
frandes, des  pyramides  funéraires;  ou  de  moindres  objets,  scarabées,  palettes  de 
scribe,  et  instruments  divers  ;  enfin  un  précieux  papyrus.  Elles  nous  initient  aux 
détails  de  la  vie  civile  et  des  croyances  religieuses.  On  se  formera  une  idée  des 
renseignements  de  toute  nature  apportés  par  ces  documents  en  lisant  ce  passage 
de  la  traduction  que  M.  P.  donne  des  inscriptions  gravées  sur  la  statue  A, 
90  (cette  statue  est  celle  d'un  fonctionnaire  d'Apriès,  nommé  Nes-Hor)  : 

«  L'a  placé  Sa  Majesté  dans  une  dignité  très-grande,  dignité  de  son  fils  aîné  (comme) 
»  gouverneur  des  régions  du  Sud  pour  repousser  les  nations  rebelles  de  là.  Il  a  placé  sa 

»  crainte  parmi  les  peuples  du  miai  et  les  a  éloignés  de  leurs  montagnes Il  a  cherché 

B  à  faire  honneur  à  son  maître,  le  roi  Haa-ab-râ,  plein  de  vénération  pour  Ouah-ab-ra 
»  dont  la  faveur  était  pour  Nes-hor,  surnommé  Psametik-menkh ,  fils  d'Auw-rer,  enfanté 
»  par  la  dame  de  maison  Ta-ten-hor,  véridique.  Il  dit  : 

»  0  seigneur  de  l'ardeur  créatrice,  fabricateur^des  dieux  et  des  hommes,  Khnoum, 
»  seigneur  de  Nubie;  ô  Sati  et  Anouké,  dame  d'Éléphantine,  je  suis  réjoui  par  vos  per- 
»  sonnes,  j'adore  vos  beautés,  incapable  de  lassitude  dans  l'acte  d'aimer  vos  personnes 

»  Je  me  remémore  ce  que  j'ai  fait  pour  votre  demeure.  J'ai  rendu  splendide  votre  temple 
»  par  des  vases  d'argent,  par  des  bœufs,  des  oies  ser,  des  oies  apet  nombreuses,  ayant 
B  constitué  (leur)  alimentation  dans  (leur)  parc,  ainsi  que  (celle  de)  leurs  préposés,  à  tou- 
»  jours  et  éternellement.  J'ai  construit  leur  oisellerie  dans  cette  localité.  J'ai  fait  don 
B  d'excellent  vin  de  ïOaan  méridional,  de  blé  et  de  bière?  J'ai  fait  votre  magasin ,  je  l'ai 
B  construit  à  nouveau  au  grand  nom  de  Sa  Majesté.  J'ai  donné  de  l'huile  de  l'arbre  des- 
»  her?  pour  l'éclairage  de  la  lampe  de  votre  temple.  J'ai  donné  des  tisserands,  des  ouvrières, 
B  des  tailleurs?  pour  l'habillement  sacré  du  dieu  grand  et  de  ses  dieux  auwaot?  J'ai 
«  construit  pour  eux  des  chapelles  dans  son  temple  et  je  les  ai  fondées  pour  l'éternité  par 
»  l'ordre  du  dieu  bon^  maître  des  deux  pays,  Apriès,  vivant  éternellement. 

»  Rappelez-vous  que  j'ai  fait  des  embellissements  à  votre  demeure,  dans  son  centre, 
n  (^e  Nes-hor  se  perpétue  dans  la  bouche  des  citoyens  en  récompense  de  cela  ;  j'ai  fait 
»  placer  mon  nom  dans  votre  demeure  afin  qu'on  se  souvienne  de  ma  personne  après  mon 
»  existence,  etc.  »  (p.  22,  s.). 

Nes-hor  continue  en  rappelant  ses  guerres,  et  il  souhaite  des  prospérités  de 
toute  sorte  à  ceux  qui  reliront  l'offrande  qu'il  fait  à  ses  dieux. 

Comme  presque  tous  les  textes  de  l'Egypte  antique,  ceux-ci  consacrent  à  la 
religion  la  première  place.  C^ant  aux  titres  du  personnage  dont  nous  avons 
retrouvé  la  stèle  ou  la  statue,  ils  précèdent  son  nom,  sans  nous  apprendre  tou- 
jours au  juste  les  fonctions  qu'il  exerçait.  Pour  en  saisir  la  valeur  il  faudrait 
qu'une  bonne  fortune  mît  entre  nos  mains  quelque  texte  où  le  possesseur  de 
titres  pareils  fût  représenté  remplissant  ses  fonctions.  Mais,  après  s'être  fait 
connaître  par  son  nom  et  ses  emplois,  le  personnage,  ordinairement  un  défunt 
qui  dans  l'inscription  prend  la  parole,  prie  la  divinité  de  lui  accorder  la  félicité 

I .  Le  roi. 


84  REVUE   CRITIQUE 

étemelle.  Certes,  ces  compositions  ne  dénotent  pas  toutes  une  grande  recherche. 
Beaucoup  sont  coulées,  pour  ainsi  dire,  dans  un  même  moule.  Le  donateur  ou 
le  défunt  demande  au  «  maître  de  l'éternité  »  la  part  des  élus  :  les  pains,  les 
viandes,  le  vin,  la  bière,  l'huile,  les  vêtements,  les  parfums,  en  un  mot,  «  toutes 
»  les  choses  bonnes  et  pures  »,  qu'obtiennent  «  ceux  qui  subsistent  »,  c'est-â- 
dire  qui  échappent  à  l'anéantissement  ou  seconde  mort,  châtiment  des  impies'. 
Mais,  à  côté  de  ces  prières  un  peu  banales,  nombre  de  compositions,  œuvres  de 
scribes  mieux  rétribués  sans  doute,  méritent  la  plus  sérieuse  attention.  Il  n'y  a 
pas  de  documents  plus  instructifs  en  ce  qui  regarde  les  recherches  mythologiques. 

Voilà  pour  les  prières  funéraires.  La  traduction  des  légendes  tracées  sur  les 
mille  objets,  si  connus  des  visiteurs  du  Musée,  qui  garnissent  les  vitrines  des 
salles  civile,  historique,  religieuse,  funéraire,  donnent  au  volume  une  agréable 
variété.  Le  tableau  de  l'enlèvement  de  la  récolte;  les  deux  boîtes  de  momie  aux 
noms  des  rois  Antef  de  la  XI^  dynastie,  d'autres,  d'une  époque  inconnue  mais  anté- 
rieure au  xxv^  siècle,  fournissent  au  Recueil  leurs  inscriptions,  en  même  temps 
que  l'encrier  de  Psar,  la  harpe  d'Amenmès,  la  canne  de  Ramsès,  des  palettes 
de  scribe,  des  objets  de  toilette,  etc.  Parmi  ces  monuments  divers  figurent  :  la 
plus  belle  table  d'offrande  du  musée,  omise  par  E.  de  Rougé,  avec  plusieurs 
monuments  importants,  dans  sa  Notice;  plusieurs  stèles  ayant  pour  nous  une 
valeur  historique  ;  et  le  naos  monolithe  retiré  du  fond  de  la  mer  et  portant  les 
cartouches  du  roi  Amasis. 

Là  longue  composition  qui  remplit  les  pages  103  à  149  est  écrite  sur  un  des 
papyrus  exposés  dans  la  salle  funéraire.  Elle  est  relative  à  la  course  du  dieu- Soleil 
dans  l'hémisphère  inférieur  durant  les  douze  heures  de  la  nuit.  La  traduction  de 
Devéria,  donnée  dans  son  Catalogue  des  manuscrits  du  Louvre,  en  avait  révélé 
l'importance  exceptionnelle  et  en  faisait  désirer  la  publication. 

M.  P.  aura  donc  en  très-peu  de  temps  publié  deux  forts  volumes  d'inscrip- 
tions inédites.  Ces  belles  publications  n'assurent  pas  seulement  à  l'auteur  une 
place  distinguée  entre  les  maîtres,  elles  montrent  que  la  science  française,  après 
la  perte  du  vicomte  de  Rougé,  n'est  pas  près  de  déchoir  du  rang  qu'elle  a  tou- 
jours su  tenir  dans  l'école  de  Champollion. 

Eugène  Grébaut. 


27.  —  Die  Erinyen.  Ein  Beitrag  zur  Religion  und  Kunst  der  Griechen,  von  Adolph 
RosENBERG.  In-8',  88  p.  1  pi.  Berlin,  1874.  Gebriider  Borntraeger. 

Cet  opuscule  se  divise  en  deux  parties  :  la  première  (p.  1-45)  est  une  étude 
mythologique  faite  d'après  les  textes;  la  seconde  (p.  45-80)  est  purement 
archéologique.  Une  telle  division  a  permis  à  l'auteur  de  dresser  un  catalogue 
méthodique  et  très -complet  des  œuvres  d'art  qui  offrent  la  représentation  des 
Erinyes  ;  mais  peut-être  a-t-elle  l'inconvénient  de  séparer  trop  nettement  deux 
études  qui  doivent  s'éclairer  mutuellement  et  qui  eussent  gagné  à  être  fondues 
ensemble.  Nous  eussions  préféré,  pour  notre  part,  que  l'archéologie  des  Erinyes, 
au  lieu  d'être  traitée  à  part,  servît  de  commentaire  perpétuel  aux  textes  mytho- 


d'histoire  et  de  littérature.  85 

logiques.  N'est-il  pas  fâcheux,  pour  ne  citer  qu'un  exemple,  que  le  rôle  infernal 
attribué  par  les  Grecs  aux  Erinyes  soit  à  peine  indiqué  dans  la  i'*  partie,  et  qu'il 
faille  attendre  la  fin  de  l'ouvrage  pour  apprendre,  par  les  vases  peints,  que  ces 
divinités  étaient  chargées,  dans  le  monde  d'en  bas,  du  châtiment  des  grands 
coupables,  tels  que  Sisyphe  et  Ixion?  La  division  adoptée  par  M.  R.  nous  paraît 
avoir  nui  à  la  clarté  de  son  œuvre. 

Les  textes  qui  se  rapportent  aux  Erinyes  ont  été  depuis  longtemps  rassemblés 
et  interprétés  par  les  maîtres  de  la  science  mythologique.  En  revenant  sur  un 
terrain  souvent  exploré,  M.  R.  a  eu  le  mérite  de  faire  une  revue  des  textes 
exacte  et  complète,  de  n'omettre  aucun  témoignage,  en  suivant  l'ordre  historique 
depuis  Homère  jusqu'aux  poètes  romains.  Les  citations  qu'il  accumule  dans  son 
premier  chapitre  se  succèdent,  il  est  vrai,  d'une  façon  si  dense  et  si  rapide 
qu'elles  manquent  quelquefois  d'interprétation  suffisante.  M.  R.  nous  dit,  par 
exemple  (p.  4)  que  chez  Homère  les  Erinyes  sont  des  divinités  qui  veillent  à  la 
conservation  des  grandes  lois  de  la  nature  ;  mais  il  oublie  de  nous  expliquer 
qu'elles  doivent  ce  rôle  à  leur  caractère  de  divinités  chtoniennes,  le  sein  de  la 
terre  étant  souvent  considéré,  dans  les  croyances  grecques,  comme  le  sanctuaire 
des  lois  qui  règlent  l'harmonie  du  monde  et  des  êtres.  M.  R.  laisse  échapper  une 
erreur  de  détail  quand  il  affirme  (p.  7)  que  les  enfants  lésés  dans  leurs  droits 
par  leurs  parents  ont  aussi  leurs  Erinyes.  «Ce  sont  les  Erinyes, dit-il, qui  arment 
))  le  bras  de  Clytemnestre  contre  Agamemnon  pour  venger  la  mort  d'Iphigénie.  » 
Cette  assertion  repose  sur  une  interprétation  inexacte  des  deux  vers  suivants  de 
VAgamemnon  d'Eschyle  (v.  1 377,  éd.  Weil)  : 

p.à  TY]v  TéXeiov  t^ç  l^t/qq  xaiSbç  AaY)v, 
'Atyjv  "Epivuv  6',  afci  ^ivS'  IcçaÇ'  èYw. 

Dans  ces  vers,  Dikè  exprime  seule  l'idée  d'une  justice  et  d'une  vengeance  divine, 
dont  Clytemnestre,  pour  justifier  le  meurtre  de  son  époux,  prétend  avoir  été 
l'instrument.  Erinys,  rapprochée  d'Até,  est  la  divinité  qui  produit  l'égarement 
fatal  de  l'esprit  et  qui  pousse  au  crime  (cf.  Iliad.  XIX,  87;  Odyss.  XV,  234). 
C'est  donc  Clytemnestre  qui  est  elle-même  en  proie  à  Até  et  à  Erinys  ;  ce  n'est 
pas  Agamemnon  qui  a  été  la  victime  de  l^Erinys  de  sa  fille.  Dans  la  croyance 
générale  et  populaire  des  Grecs,  c'est  le  meurtre  des  parents  par  les  enfants,  et 
non  celui  des  enfants  par  les  parents,  qui  déchaîne  les  Erinyes. 

Le  mythe  arcadien  de  Démèter-Erinys  a  souvent  exercé  la  sagacité  des  mytho- 
logues. M.  R.  nous  paraît  en  avoir  donné  le  premier  une  explication  plausible. 
D'après  Pausanias  (VIII,  2$,  4)  on  racontait,  à  Thelpousa,  en  Arcadie,  que 
Poséidon  avait  pris  la  forme  d'un  cheval  pour  s'unir  à  Démèter  :  de  cette  union 
étaient  nés  une  fille  dont  il  était  défendu  de  révéler  le  nom  aux  profanes  (Des- 
poina-Perséphonè)  et  le  cheval  Arion.  Démèter,  irritée  de  la  violence  qui  lui 
avait  été  faite  par  le  dieu,  avait  été  surnommée  Erinys,  du  mot  Ipivùetv  qui,  en 
Arcadie,  signifiait  :  être  irrité.  —  M.  R.  cherche  la  solution  de  ce  problème  dans 
les  autres  traditions  qui  se  rapportent  au  cheval  Arion.  Il  remarque  que  la  légende 
d'Arion,  originaire  de  Thessalie  (Hésiod.  Scut.  Herc.  120)  s'est  développée  en 
Béotie  où  on  le  faisait  naître  à  Oucheste  près  de  la  source  Tilphossa  (Schol. 


86  REVUE   CRITIQUE 

liiad.  XXIII,  346)  et  où  on  le  disait  fils  de  Poséidon  et  d'Erinys.  Dans  la  guerre 
des  Sept  contre  Thèbes,  Adraste,  on  s'en  souvient,  échappe  à  la  mort,  grâce  à 
la  rapidité  d'Arion;  dix  ans  plus  tard,  il  revient,  avec  son  merveilleux  coursier, 
renouveler  la  guerre  qui  doit  détruire  complètement  la  descendance  de  Labdacus. 
Arion,  coursier  d'Adraste,  est  donc  l'instrument  des  Erinyes  acharnées  à  la  perte 
des  Labdacides;  c'est  en  ce  sens  qu'il  a  pu  être  appelé  en  Béotie,  le  fils  d'Erinys. 
—  Or,  des  migrations  béotiennes  apportèrent  le  mythe  de  la  naissance  d'Arion 
en  Arcadie,  où  ce  mythe  se  mêla  aux  traditions  locales  qui  concernaient  Poséidon 
Hippios  et  les  relations  de  ce  dieu  avec  Démèter.  Erinys,  mère  d'Arion  en  Béotie, 
se  confondit  ainsi  en  Arcadie  avec  Démèter  qui  porta  désormais  en  ce  pays  le 
surnom,  plus  tard  inexplicable,  d'Erinys.  Le  mythe  arcadien,  tel  que  nous  l'a 
transmis  Pausanias,  se  compose  donc  en  réalité  de  deux  mythes  de  provenance 
diverse,  qui  se  sont  mêlés  et  confondus. 

Ce  résultat  n'est  pas  sans  importance.  Si,  comme  nous  le  croyons  avec  M.  R., 
la  fable  de  Démèter-Erinys,  localisée  en  Arcadie,  n'est  pas  une  fable  primitive, 
il  est  impossible  d'accepter  les  conclusions  d'Ad.  Kuhn  qui  croyait  avoir  établi 
l'identité  du  mythe  grec  avec  un  mythe  védique  où  Sara/zyû  lui  paraissait  jouer 
le  rôle  de  Démèter-Erinys  (Zeiîschr.  f.  vergl.  Sprachforsch.  I,  439).  Si  Erinys  et 
Démèter,  accidentellement  unies  en  Arcadie,  furent  toujours  deux  divinités 
distinctes,  Max  Mùller  s'est  trompé  en  identifiant  Démèter  avec  Sara/zyû  et  en 
la  considérant  comme  une  divinité  de  l'Aurore.  L'explication,  un  peu  subtile, 
par  laquelle  il  essayait  de  rattacher  l'idée  du  jour  naissant  à  la  conception  des 
Erinyes  vengeresses  des  crimes  de  la  nuit  (Nouvelles  leçons,  t.  II,  p.  270,  trad. 
française)  tombe  d'elle-même.  Malgré  l'identité  possible  du  mot  grec  'Eptvuç  et  du 
mot  sanscrit  Saranyû,  et  à  défaut  de  preuves  suffisantes,  nous  croyons  qu'Erinys 
n'était  à  l'origine  ni  «  la  nuée  orageuse  qui  planait  dans  l'espace  au  commence- 
»  ment  de  toutes  choses  »  (interprétation  de  Kuhn)  ni  «  la  lumière  de  l'Aurore 
))  qui  s'avance  dans  le  ciel  »  (Max  Mùller)  et  nous  pensons  avec  M.  R.  que  les 
Erinyes,  dont  le  caractère  est  en  Grèce  si  nettement  défini,  doivent  être  consi- 
dérées comme  un  produit  original  de  la  religion  hellénique.  Ce  ne  sont  point  des 
divinités  de  la  nature,  mais  des  divinités  qui  ont  leur  origine  dans  les  sentiments 
et  les  désirs  du  cœur  humain.  Nous  adoptons  donc  volontiers  l'explication  psy- 
chologique que  M.  R.,  à  la  fin  de  son  travail,  donne  de  la  conception  des  Erinyes. 
«  L'homme  offensé,  lésé  dans  ses  droits,  désire  naturellement  le  châtiment  de 
l'offenseur.  L'instinct  de  conservation  ancré  dans  l'âme  de  l'homme,  ou,  si  l'on 
veut,  l'égoïsme  lui  inspire  la  ferme  conviction  que,  s'il  n'est  pas  en  état  de  se 
venger  lui-même  du  tort  qui  lui  a  été  fait,  une  puissance  supérieure,  une  puis- 
sance divine  prendra  le  soin  de  sa  vengeance.  Le  dernier  sentiment  de  l'homme 
frappé  d'un  coup  mortel  se  concentre  dans  une  imprécation  contre  son  meurtrier, 
et  cette  imprécation,  adressée  à  l'origine  à  une  divinité,  devient  elle-même  une 
divinité  qui  s'attache  aux  pas  fugitifs  du  coupable.  » 

;  .;.iï9î;\05«î  q^iî^oiifi.  P-  Decharme. 

'     : h^-^^^ii  ^. 


d'histoire  et  de  littérature.  87 

28.  —  Einleitung  in  die  slavische  Literatnrgeschichte  und  Darstellung 
ihrer  selteren  Perioden,  von  D'  Gregor  Krek.  Erster  Theil.  Einleitung  in  die 
slavische  Literaturgeschichte.  i  vol.  in-8",  vij-336  p.  Graz,  Leuschner  et  Lubensky, 
1874.  —  Prix  :  10  fr.  jo. 

Jusqu'ici  le  grand  ouvrage  de  Schafarik  sur  les  Antic^uités  slaves  est  resté  le 
manuel  de  tous  ceux  qui  veulent  aborder  les  origines  de  la  race  slave.  L'édition 
allemande  que  l'on  consulte  d'ordinaire  offre  de  graves  erreurs  de  traduction  ; 
elle  se  trouve  rarement  dans  le  commerce;  une  réimpression  en  serait  utile,  mais 
elle  demanderait  à  être  sérieusement  révisée  sur  l'original  et  il  faudrait  y  joindre 
les  suppléments  posthumes  que  M.  Josef  Jrecek  a  ajoutés  à  la  deuxième  édition 
tchèque  (Prague  1862-63).  Telles  que  nous  les  avons  aujourd'hui  les  Antiquités 
slaves  sont  loin  de  répondre  complètement  à  leur  titre  ;  elles  ne  comprennent  que 
l'ethnographie,  la  géographie  et  l'histoire;  on  sait  par  les  papiers  de  Schafarik 
qu'il  méditait  d'ajouter  à  son  œuvre  une  seconde  partie,  dont  il  n'a  malheureu- 
sement laissé  que  le  plan  et  dont  les  matériaux  sont  restés  épars  soit  dans  des 
notes  non  rédigées  soit  dans  divers  opuscules  en  tchèque  et  en  allemand.  Ce  plan 
était  très-vaste,  il  comprenait  neuf  grandes  divisions  :  1°  Caractère  des  anciens 
Slaves.  —  2°  Manière  de  vivre.  —  3°  Religion.  —  4°  Droit  et  gouvernement. 
— 5°  Langue.  —  6°  Dialectes.  —  7"  Écriture. — 8*"  Arts  et  sciences. — 9°  Anciens 
monuments  slaves.  Schafarik  avait  lui-même  tracé  les  titres  des  différents  cha- 
pitres dont  l'ensemble  eût  formé  une  véritable  encyclopédie.  Ses  successeurs  se 
sont  partagé  cet  immense  héritage;  parmi  les  nombreux  travaux  qui  ont  vu  le 
jour  depuis  1837,  date  de  la  première  publication  des  Slovanské  Starozitnosti,  il 
en  est  peu  qui  ait  mieux  répondu  que  celui  de  M.  Krek  aux  désirs,  aux  inten- 
tions, à  la  méthode  de  Schafarik. 

M.  Krek,  dont  le  nom  est  sans  doute  nouveau  pour  la  plupart  de  nos  lecteurs, 
est  aujourd'hui  professeur  de  philologie  et  de  littérature  slave  à  l'Université  de 
jGratz.  Il  a  seulement  écrit  jusqu'à  présent  quelques  articles  en  dialecte  slovène, 
une  thèse  de  doctorat  :  Die  nominale  Flexion  des  Adjectivs  im  Alt-  und  Neuslove- 
nischen  (Vienne,  1866),  il  prépare  en  ce  moment  une  édition  critique  des  chan- 
tsons  populaires  Slovènes.  M.  Krek  est  élève  de  Miklosic  ;  toutefois  il  ne  se  laisse 
point  uniquement  absorber  par  la  philologie;  on  peut  juger  par  le  présent  volume 
qu'il  y  a  joint  une  sérieuse  étude  de  la  littérature  et  de  l'histoire. 

Cet  ouvrage  est  le  résultat  de  leçons  faites  à  l'Université  de  Gratz.  J'ai  voulu, 
dit  l'auteur  au  début  de  sa  préface,  sans  devenir  infidèle  au  but  primitif  de  mon 
travail,  le  rendre  d'un  abord  aisé  pour  les  non-slavistes.  Il  ne  nous  paraît  pas  que 
M.  Krek  ait  toujours  exactement  suivi  ce  programme.  Son  livre  abonde  en  textes 
slaves,  en  mots  isolés  non  traduits,  en  titres  d'ouvrages  non  expliqués.  Nous 
doutons  que  les  lecteurs  non-slavistes,  et  ils  sont  nombreux  en  Europe,,  parvien- 
nent facilement  à  s'orienter  dans  les  notes  si  érudites  d'ailleurs  et  si  conscien- 
cieuses qui  sont  le  commentaire  perpétuel  du  texte.  M.  K.  fait  grand  cas,  et  il  a 
raison,  d'une  foule  de  publications  trop  ignorées,  russes,  serbes,  polonaises, 

tchèques,  etc Il  y  renvoie  le  lecteur  en  maint  endroit;  il  n'eût  pas  été  inutile 

d'en  traduire  les  titres,  ne  fût-ce  que  pour  justifier  les  Slaves  des  accusations  de 


88  REVUE   CRITIQUE 

ceux  qui  leur  reprochent  l'absence  d'esprit  et  de  production  scientifique.  Cer- 
taines transcriptions  embarrasseront  peut-être  plus  d'un  lecteur.  Pour  le  bulgare 
et  le  russe  M.  Krek  a  cru  devoir  transcrire  l'orthographe  et  non  la  prononcia- 
tion. Cette  rigueur,  parfaitement  justifiée  dans  un  livre  de  philologie  pure,  nous 
semble  ici  hors  de  propos;  le  nom  de  la  ville  de  Kharkov  devient  presque  mé- 
connaissable sous  la  forme  Harikovû  et  nous  ne  croyons  pas  que  ce  littéralisme 
exagéré  facilite  beaucoup  les  recherches  bibliographiques.  M.  K.  reconnaît  lui- 
même  que  la  lettre  û  est  absolument  inutile  et  il  engage  les  Russes  et  les  Bulgares 
à  imiter  l'exemple  des  Serbes  qui  depuis  longtemps  s'en  sont  débarrassés.  Nous 
sommes  absolument  de  son  avis.  C'est  là  d'ailleurs  une  simple  chicane  de  détail; 
l'exagération  de  l'auteur  ne  tient  qu'à  un  excès  de  conscience  philologique. 

L'ouvrage  complet  aura  deux  volumes  ;  il  comprendra  une  introduction  géné- 
rale à  l'histoire  littéraire  des  Slaves  (c'est  le  sujet  du  volume  actuel)  et  l'histoire 
de  la  période  primitive.  La  première  partie  est  divisée  en  deux  livres:  le  premier 
réunit  les  renseignements  les  plus  importants  que  l'on  peut  tirer  de  la  linguis- 
tique et  des  anciens  écrivains,  touchant  l'histoire  et  la  culture  des  anciens  Slaves, 
le  second  contient  une  série  de  remarques  générales  sur  la  littérature  slave  et 
ses  rapports  avec  l'histoire  de  la  civilisation  et  la  mythologie.  L'auteur  aborde 
toutes  les  questions  avec  l'érudition  la  plus  minutieuse.  Ainsi  il  ne  consacre  pas 
moins  de  cinquante  pages  à  démontrer  que  les  Slaves  appartiennent  à  la  famille 
arienne,  à  exposer  les  circonstances  dans  lesquelles  ils  s'en  sont  détachés ,  et 
leur  situation  en  tant  que  peuple  indépendant  {Einzelvolk).  Nous  regrettons  qu'à 
ce  propos  il  n'ait  pas,  au  moins  dans  une  note,  discuté  la  théorie  qui  a  prétendu 
enlever  aux  Slaves  trente  ou  quarante  millions  de  grands  Russes  pour  en  faire  des 
Touraniens.  Cette  note  n'eût  pas  été  inutile,  non  pas  pour  les  slavistes,  qui  savent 
parfaitement  à  quoi  s'en  tenir,  mais  pour  le  grand  public  qui  s'est  laissé  égarer 
quelquefois  par  des  pamphlets  soi-disant  scientifiques.  La  critique  pénétrante  de 
l'auteur  aurait  pu  s'exercer  avantageusement  sur  ce  sujet.  L'un  des  chapitres  les 
plus  intéressants  est  sans  contredit  celui  où  M.  K.  s'appuyant  sur  des  faits  de 
linguistique  reconstruit  la  culture  et  la  civilisation  des  Slaves  primitifs.  Après 
avoir  répété  les  témoignages  déjà  connus  des  historiens  grecs  et  romains  il  les 
complète  par  l'examen  comparatif  de  la  lexicologie  slave  en  ce  qui  concerne  la 
religion,  l'industrie,  les  coutumes.  Chemin  faisant,  il  renverse  plus  d'une  opinion 
jusqu'ici  admise  sans  conteste;  il  démontre  que  le  nom  du  dieu  Svatovit(p.  105) 
ne  veut  pas  dire  la  Sainte  lumière,  mais  le  Souffle  violent,  il  détrône  l'idole  du 
Cernoboh  ou  dieu  noir  si  longtemps  admise  par  les  mythologues  ;  ailleurs  il 
démontre  la  non-authenticité  d'un  recueil  de  chants  serbes  récemment  publié  à 
Belgrade  et  où  l'on  retrouvait,  réunies  avec  beaucoup  trop  de  complaisance  et 
d'ingéniosité,  toutes  les  divinités  vraies  ou  fausses  du  Panthéon  slave  (Voir 
notam.  p.  321).  Nous  espérons  que  dans  son  prochain  volume  M.  Krek  sou- 
mettra à  une  critique  aussi  rigoureuse  les  chants  bulgares  que  MM.  Schafarik 
(neveu)  et  Verkovitch  viennent  de  publier  à  Belgrade  sous  le  titre  pompeux  de 
Veda  slave.  Personne  chez  les  Slaves  méridionaux  ne  nous  paraît  mieux  préparé 
que  lui  à  ce  travail,  qui,  nous  n'en  doutons  pas,  révélera  de  curieuses  choses. 


d'histoire  et  de  littérature.  89 

Il  nous  promet  d'exposer  dans  ce  volume  les  raisons  qui  l'empêchent  de  douter 
de  l'authenticité  des  poèmes  tchèques  de  Grunberg  et  de  Kœniginhof  {Zelens- 
horsky  et  Krolodvorsky  Rukopis),  authenticité  qui  a  été  contestée  ici  même. 

Dans  la  seconde  partie  du  volume  nous  recommandons  spécialement  les  cha- 
pitres relatifs  au  rôle  des  contes  et  des  énigmes  populaires  dans  la  mythologie. 
Il  y  a  là  des  pages  excellentes,  et  qui  seraient  encore  meilleures  si  l'auteur  avait 
eu  soin  de  traduire  tous  les  exemples  qu'il  cite.  Nous  appelons  instamment  son 
attention  sur  ces  lacunes  ;  nous  comptons  qu'il  nous  donnera  au  second  volume 
un  répertoire  alphabétique,  faute  duquel  les  recherches  sont  fort  difficiles.  Dès 
maintenant,  VEinleitung  doit  prendre  place  dans  la  bibliothèque  de  tous  ceux  qui 
s'occupent  des  origines  européennes  ;  elle  met  à  leur  portée  une  foule  de  résultats 
épars  dans  un  grand  nombre  de  publications  inaccessibles  ou  de  dialectes  ina- 
bordables. M.  Krek  a  rendu  à  la  science  un  véritable  service.  Son  livre  sera  le 
complément  indispensable  de  l'œuvre  de  Schafarik. 

Louis  LEGER. 


29.  —  Les  Quatrains  de  Pibrac  suivis  de  ses  autres  poésies  avec  une  notice  par 
Jules  Claretie.  Paris,  Alph.  Lemerre.  1874.  i  vol.  in-i8,  iij-i67  p.  —  Prix  :  5  fr. 

M.  J.  Claretie  admire  beaucoup  le  xvi*  siècle,  que  je  n'admire  pas  moins  que 
lui,  et,  parmi  les  hommes  de  cette  grande  époque,  il  accorde  une  affection  par- 
ticulière à  Guy  du  Faur,  seigneur  de  Pibrac,  qui  est  un  vieil  ami  pour  moi. 
Malgré  ce  double  trait  d'union,  malgré  l'indulgence  extrême  dont  a  fait  preuve 
le  nouvel  éditeur  des  Quatrains  envers  l'éditeur  de  la  Vie  de  Pibrac  par  Guillaume 
CoUetet,  j'examinerai  son  petit  livre  comme  si  j'ignorais  ses  sympathies ,  et  le 
critique  ne  se  souviendra  pas  des  éloges  trop  libéralement  donnés  au  commenta- 
teur. 

Pour  prouver  tout  de  suite  à  M.  Cl,  mon  impartialité,  je  lui  adresserai  sans 
miséricorde  un  grave  reproche  :  comment,  appréciant  Pibrac  autant  qu'il  l'ap- 
précie, n'a-t-il  pas  cherché  à  rendre  plus  complète  l'édition  dont  il  a  été  chargé  ? 
Sans  doute  les  vers  du  bon  homme  sont  réunis  ici  en  plus  grand  nombre  qu'ils 
ne  l'avaient  jamais  été;  sans  doute,  à  la  suite  de  ces  cent  vingt-six  Quatrains  qui 
forment  tout  un  catéchisme  d'honneur  (p.  i),  M.  Cl.  a  placé  les  cinq  Sonnets  des 
dames  illustres  (Lucrèce,  Virginie,  Porcie,  Cornélie,  Didon),  les  Plaisirs  de  la  vie 
rustique,  cinq  autres  sonnets,  les  stances  qui  commencent  ainsi  : 

D'où  vient  que  d'autant  plus  que  ie  suis  enflammé. 
Que  mon  malheur  consent  que  ie  sois  moins  aymé  ; 

et  la  pièce  vraiment  remarquable  {L'esprit  de  Lysis  disant  le  dernier  adieu  à  sa 
Flore;  Dialogue  sur  la  mort  de  Bussy  d'Amboise),  tirée  par  M.  E.  Tricotel  (Variétés 
bibliographiques,  1863)  d'un  recueil  de  poésies  de  l'an  i6oo'.  Mais,  pour  ne 
m'occuper  que  des  Quatrains,  qui  restent  et  resteront  le  principal  titre  de  gloire 

I.  M.  Cl.  n'a  malheureusement  pas  retrouvé  l'opuscule  sur  la  manière  civile  de  se  com- 
porter pour  entrer  en  mariage  avec  une  demoiselle,  et  il  est  fort  à  craindre  que  là,  où,  après 
tant  d'autres,  il  a  échoué,  personne  désormais  ne  puisse  se  flatter  de  réussir. 


90  tiH*»:      REVUE    CRITIQUE 

de  Pibrac,  ne  devait-on  pas  s'attendre  à  trouver,  dans  l'élégant  volume  où  ils 
sont  si  coquettement  réimprimés,  une  notice  bibliographique  renfermant  les 
détails  les  plus  précis  sur  les  cinquante  éditions  antérieures,  et  surtout  un  com- 
mentaire où  auraient  été  groupées  toutes  les  explications,  toutes  les  observations 
désirables  ?  Au  lieu  de  cette  ample  notice,  au  lieu  de  cet  abondant  commentaire, 
qui  auraient  été  si  bien  accueillis  des  bibliophiles  auxquels  s'adresse  la  collection 
Lemerre,  nous  n'avons  que  de  maigres  notes  qui  occupent  une  dizaine  de  pages 
seulement  (p.  1 57-167).  Pour  décrire  toutes  les  éditions,  pour  éclaircir  toutes 
les  difficultés,  pour  indiquer  tous  les  rapprochements,  il  aurait  fallu  cent  pages 
de  plus,  et  encore  auraient-elles  à  peine  contenté  la  curiosité  de  certains  lecteurs 
de  ma  connaissance  ! 

L'insuffisance  de  l'annotation  est  d'autant  plus  fâcheuse,  que  la  nouvelle  édi- 
tion des  poésies  de  Pibrac  se  recommande,  à  d'autres  égards,  par  toutes  les 
qualités  que  peuvent  souhaiter  les  gens  du  goût  le  plus  délicat.  Un  soin  parfait  a 
présidé  à  toutes  choses  dans  ce  recueil  que  M.  Cl.  appelle  (p.  72),  sans  trop  le 
vanter,  c<  un  monument  de  choix.  »  On  ne  relèvera  pas  la  plus  petite  faute  dans 
le  texte,  reproduit  d'après  les  plus  pures  leçons  '.  La  notice,  qui  remplit  72  p., 
mérite  surtout  notre  attention.  Elle  est  excellente  d'un  bout  à  l'autre,  bien  pensée 
et  bien  écrite  ;  tous  les  travaux  antérieurs  y  sont  habilement  résumés  et,  sur 
certains  points,  quelque  peu  augmentés;  et  je  n'hésite  pas  à  déclarer  que,  soit 
comme  étude  biographique,  soit  comme  étude  littéraire,  c'est  ce  que  nous  possé- 
dons de  meilleur  sur  le  poète  toulousain.  Pour  caractériser  l'homme  et  son 
œuvre,  M.  Cl.  a  trouvé  une  foule  de  traits  heureux,  d'expressions  vives  et  char- 
mantes, et  Pibrac,  en  somme,  ne  l'a  pas  moins  bien  inspiré  que  Molière. 

Laissant  de  côté  de  nombreux  passages  où  l'émotion  la  plus  sincère  perce  à 
travers  la  plus  brillante  verve,  je  ne  citerai  que  cette  neuve  et  pittoresque  appré- 
ciation des  Quatrains  (p.  60-63)  •  ^^  Cette  double  qualité  de  l'élévation  de  l'âme 
»  et  de  la  tendresse  du  cœur  se  retrouve  dans  ses  vers,  plus  chargés  d'idées  que 
»  de  mots,  et  sur  lesquels,  disait  un  contemporain,  la  rouille  ni  le  temps  ne  trou- 
»  veroient  que  mordre.  Il  y  a,  en  effet,  une  s'ève  toute  particulière,  une  grâce 
»  piquante  de  langage  unie  à  une  pensée  robuste,  dans  ces  Quatrains  qui  firent 
»  partie,  durant  un  si  long  temps,  de  toute  éducation  solide.  Cela  est  concis, 
»  ferme  et  clair.  On  sent,  à  travers  ces  préceptes,  la  résolution  inébranlable  de 
»  la  vertu.  Point  de  morgue,  point  de  puritanisme  hautain;  tout  au  contraire, 
»  une  morale  accessible  et  humaine,  mais  sans  faiblesse  et  sans  compromis.  On 
»  sent  passer  souvent,  à  travers  ces  mâles  enseignements,  après  la  douceur 
»  souriante  d'un  Horace,  le  souffle  vigoureux  d'un  Agrippa  d'Aubigné  ou  l'accent 

»  amer  et  profond  de  VAlceste  de  Molière.  Ils  ont  surtout,  ces  Quatrains,  une 

'"*- , — — 

I.  M.  Cl.  nous  avertit  (p.  72)  que  M.  Courbet,  l'éditeur  d'O.  de  Magny,  de  Michel 
de  Montaigne,  de  Régnier,  deTahureau,  etc.,  a  revu  \ts  Quatrains  sur  l'édition  vrinceps, 
et  que  cet  érudit  est,  de  plus,  l'auteur  de  toute  la  partie  bibliographique.  M.  le  comte 
de  Pibrac  a  bien  voulu  communiquer  ses  notes  à  M.  Cl.,  qui  exprime  le  regret  (p.  iij)  de 
«  n'avoir  pu  donner  une  plus  large  place  à  ses  précieuses  indications.  »  Espérons  que 
M.  de  Pibrac  se  décidera  bientôt  à  publier  lui-même  tout  ce  qu'il  a  recueilli  avec  une 
sorte  de  piété  filiale  sur  celui  dont  il  achèverait  ainsi  de  rajeunir  la  noble  mémoire. 


d'histoire  et  de  littérature.  91 

»  qualité  inappréciable,  une  vertu  toute  nationale.  Ils  sont  francs  et  gaulois..... 
»  Je  souhaiterais  volontiers  qu'on  donnât  encore  aux  générations  nouvelles  de 
»  semblables  préceptes.  Le  libre  esprit  d'un  Pibrac  exhausserait,  en  y  péné- 
»  trant,  les  jeunes  âmes.  Les  Quatrains  ont  l'éloquence  entraînante  que  donnent 
»  les  fortes  convictions.  Ce  sont  les  enseignements  d'un  cœur  fier,  d'une  intelli- 
»  gence  éveillée  et  loyale,  qui  a  beaucoup  vu,  profondément  observé,  et  qui 
»  lègue  à  ses  descendants,  sous  une  forme  brève,  le  résultat  de  ses  réflexions 
»  sur  l'homme  et  sa  destinée.  Et  telle  est  la  puissance  de  la  droiture  de  la  pensée, 
»  que  ces  quatrains  sont  presque  toujours  frappés  à  la  bonne  marque  et  solides 
»  parfois  comme  l'airain.  »  ■  fEù&atîtsq'i;': 

Je  dois  ajouter  que,  dans  la  notice  si  bien  faite  de  M.  Cl.,  il  s'est  glissé  une 
regrettable  erreur.  Ce  n'est  pas  de  notre  Pibrac,  mais  bien  de  son  frère  aîné  qu'il 
s'agit  dans  le  dramatique  épisode  dont  le  récit  (p.  10-13)  ^st  emprunté  à  M.  Henri 
Martin.  Je  n'ai  pas  manqué  de  signaler  {Vie  de  Guy  du  Faur  de  Pibrac,  p.  14), 
avec  la  méprise  de  l'auteur  de  l'Histoire  de  France  (t.  VIII,  p.  499),  les  divers 
témoignages  contemporains  qui  auraient  dû  rendre  impossible,  en  cette  occa- 
sion, la  substitution  du  nom  de  Guy  du  Faur  au  nom  de  Louis  du  Faur^. 

T.  DE  L. 


30.  —  Pensées  de  B.  Pascal  (édition  de  1670),  précédées  d'un  avant-propos  et 
suivies  de  notes  et  de  variantes.  In-8',  xxv-xxxviij-308  p.  Paris,  Jouaust.  1874.  — 
Prix  :  12  fr.  50. 

«  Nous  devons  compte  au  lecteur  des  raisons  qui  nous  ont  fait  choisir  pour 
»  cette  impression  des  Pensées  de  Pascal  l'édition  donnée  par  MM.  de  Port- 
»  Royal  en  1670.  »  Telle  est  la  première  phrase  de  l'avant-propos;  en  effet  on 
peut  au  premier  abord  s'étonner  de  voir  paraître  dans  une  collection  des 
Classiques  français  cette  édition  des  Pensées,  qui  a  la  réputation  d'être  extrême- 
ment infidèle.  Depuis  1842,  date  de  la  publication  du  mémoire  de  M.  Cousin 
dans  le  Journal  des  Savants,  chacun  s'était  habitué  à  lire  cet  ouvrage,  soit  dans 
l'édition  Faugère,  reproduction  intégrale  des  manuscrits  originaux,  soit  dans 
l'édition  Havet;  quant  aux  éditions  anciennes  elles  étaient  depuis  longtemps 
oubliées,  y  compris  celle  de  Bossut,  et  celle  de  Port-Royal  était  passée  à 
l'état  de  curiosité  littéraire.  C'est  donc  un  plaidoyer  en  faveur  de  celle-ci,  un 
essai  de  réhabilitation,  que  va  nous  donner  l'auteur  anonyme  de  cet  avant- 
propos. 

Sans  refaire  ici  après  tant  d'autres  l'histoire  des  petits  papiers  de  Pascal,  il 
sera  peut-être  bon  de  rappeler  en  quelques  mots  dans  quel  esprit  fut  conçue  la 
publication  de  MM.  de  Port-Royal.  Ils  ne  voulurent  pas  donner  toutes  les  notes 
rassemblées  par  leur  illustre  ami  ;  ils  ne  voulurent  pas  laisser  à  l'esprit  du  lecteur 
le  soin  de  relier  ces  lambeaux  ;  les  goûts  du  public  d'alors,  beaucoup  trop  raffinés 

I.  On  peut  voir  encore,  sur  le  rôle  joué,  en  1559,  par  le  conseiller  au  Parlement  de 
Paris  Louis  du  Faur,  «  qui  estoit  frère  aisné  du  célèbre  Pibrac,  »  les  Additions  de  J.  Le 
Laboureur  aux  Mémoires  de  Michel  de  Casteinau  (t.  I,  in-f*,  1731,  p.  354).        -  -. 


92  REVUE  CRITIQUE 

et  littéraires,  les  habitudes  d'esprit  des  amis  du  défunt,  tout  s'y  opposait;  il 
fallait  un  livre  suivi,  bien  disposé,  clair,  dans  lequel  les  matières  fussent  ran- 
gées dans  un  ordre  méthodique,  les  idées  enchaînées  étroitement.  Nul  parmi 
tous  ceux  qui  dévorèrent  le  petit  volume  de  1670  n'eût  pu  lire  seulement  dix 
pages  du  manuscrit  original  ou  de  l'édition  Faugère.  D'ailleurs,  imbus  des  idées 
de  leurs  contemporains,  les  amis  de  Pascal  n'eurent  pas  un  instant  ces  scru- 
pules; ils  se  proposèrent  en  quelque  sorte  de  «  suppléer  l'ouvrage  que  Pascal  vou- 
lait faire  »;  telles  sont  leurs  propres  expressions;  ils  ont  eu  tout  au  moins  le 
mérite  de  la  franchise.  A  cette  première  considération,  purement  littéraire, 
ajoutons  les  suppressions,  les  changements,  les  modifications  amenées  par  les 
circonstances  religieuses  du  temps  ;  écrit  dans  des  idées  toutes  jansénistes  et 
primitivement  conçu  pour  justifier  le  miracle  de  la  Sainte-Epine,  le  livre  de 
Pascal  ne  devint  que  peu  à  peu  une  apologie  générale  de  la  religion  chrétienne, 
et  il  garda  toujours  des  traces  de  son  origine  première. 

En  tout  ceci,  nous  ne  faisons  pas  le  procès  des  gens  de  Port-Royal  ;  ils  agirent 
bien,  étant  données  les  circonstances,  et  il  faut  s'étonner  avec  Sainte-Beuve 
comment  ils  purent  tirer  de  tout  ce  fouillis  du  manuscrit  original  ce  livre  net  et 
lumineux  qui  charma  plusieurs  générations  et  ne  fut  guère  supplanté  qu'en  1778 
par  l'édition  Bossut  '. 

Devant  cette  réédition  donnée  comme  édition  définitive  des  Pensées,  il  y  a 
donc  deux  questions  bien  distinctes  à  traiter,  la  question  de  principe  et  celle  de 
fait.  Est-il  permis,  alors  que  l'on  possède  les  manuscrits  autographes  d'un 
auteur,  de  donner  sous  son  nom  un  remaniement,  ce  remaniement  fût-il  du 
même  temps,  fût-il  l'œuvre  des  amis,  des  coreligionnaires  de  l'auteur  ?  A 
cette  question,  il  faut  répondre  non  sans  hésiter.  C'est  là  en  réalité  une  question 
de  sincérité  littéraire  ;  l'auteur  de  la  préface  dit  que  la  lecture  du  Pascal  de 
M.  Faugère,  voire  même  de  celui  de  M.  Havet  est  insoutenable:  que  ceux  qui 
ne  peuvent  lire  une  œuvre  inachevée  le  laissent  de  côté  puisqu'il  blesse  leur 
goût  trop  délicat;  mais  à  tout  prendre,  mieux  vaut  un  original  décousu  et  incohé- 
rent qu'une  copie  infidèle.  Ce  côté  de  la  question  a  complètement  échappé  au 
nouvel  éditeur,  du  moins  il  n'a  pas  l'air  de  s'en  être  douté,  et  il  se  contente  de 
traiter  la  question  de  fait. 

«  On  pourra  se  convaincre  que  Port-Royal  a  rectifié  plus  de  phrases  mal  cons- 
»  truites,  supprimé  plus  d'anachronismes  et  élucidé  plus  de  pensées  obscures, 
»  qu'il  n'a  affaibli  d'expressions  fortes  et  dénaturé  de  conceptions  originales,  a 
Telles  sont  (p.  xxxiii)  les  paroles  mêmes  de  l'éditeur,  qui  nous  renvoie  pour 
l'examen  de  la  question  et  la  preuve  de  ses  assertions  aux  notes  et  variantes  qui 
terminent  son  volume.  Ce  qu'on  remarque  au  premier  abord,  c'est  la  grande 
étendue  de  ces  variantes,  qui  occupent  presque  exclusivement  48  pages  en  texte 
^— — .— — 

I.  Les  preuves  authentiques  de  tout  ce  que  nous  avançons  ici  se  retrouvent  dans  la 
préface  de  l'édition  Faugère.  dans  l'introduction  de  M.  Havet,  enfin  dans  le  Port-Royal 
de  Sainte-Beuve.  C'est  par  des  remaniements  successifs  demandés  par  les  censeurs  et  par 
les  amis  de  Pascal  qu'il  faut  expliquer  la  présence  de  plusieurs  cartons  dans  certains  exem* 
plaires  de  l'édition  originale.  .,,,. .        ,„,.  ..^.,, 


d'histoire  et  de  littérature.  93 

minuscule,  alors  que  les  Pensées  en  occupent  seulement  254  d'une  impression 
peu  compacte  ;  on  peut  affirmer  sans  exagération  que  ces  variantes,  pour 
lesquelles  l'auteur  a  d'ailleurs  employé  des  signes  d'abréviations  extrêmement 
multipliés,  occupent  à  peu  près  moitié  autant  d'espace  que  l'ouvrage  lui-même. 
On  s'étonnera  aussi  de  les  voir  indiqués  non  pas  d'après  le  manuscrit  ori- 
ginal, mais  d'après  l'édition  Faugère.  Cette  dernière  donnant  presque  toujours 
exactement  la  page  de  l'autographe  ou  des  copies,  il  n'aurait  pas  été  difficile  de 
recourir  à  l'original.  Enfin  passons  ;  une  fois  admise  cette  idée  bizarre  de  mettre 
en  variantes  l'ouvrage  original,  on  ne  peut  plus  être  surpris  d'aucune  singularité. 
Nous  allons  choisir  dans  toutes  ces  variantes  un  certain  nombre  d'exemples 
qui  pourront  justifier  nos  assertions.  Voici  d'abord  quelques  expressions  que 
nous  croyons  affaiblies  ;  avons-nous  tort  .'*  —  Texte  :  à  jouer  et  à  se  divertir 
(p.  8);  notes  :  à  jouer  au  piquet  (p.  258),  d'où  cette  créature  (p.  32),  d'où  cet 
animal  {p.  261);  Pascal  parle  de  l'homme.  —  Amas  d'incertitude  (p.  123); 
cloaque  d'incertitude  et  d'erreur  (p.  275);  cet  atome  imperceptible  (p.  126);  ce 
raccourci  d'atome  (p.  276);  sur  une  planche  plus  large  qu'il  ne  faut  pour  marcher  à 
son  ordinaire  (p.  141);  les  mots  pour  marcher  à  son  ordinaire  sont  ajoutés  par 
Port-Royal  (p.  275). 

Texte,  p.  128,  Notes,  p.  128. 
Nous  sommes  sur  un  milieu  vaste,  tou-  Nous  voguons  sur  un  milieu  vaste,  tou- 
jours incertains  et  flottans  entre  l'ignorance  jours  incertains  et  flottans,  poussés  d'un  bout 
et  la  connoissance  ;  et  si  nous  pensons  aller  vers  l'autre.  Quelque  terme  où  nous  pen- 
plus  avant,  nostre  objet  branle,  et  échappe  sionsnousattacheretnousaffermir,  il  branle 
nos  prises;  il  se  dérobe,  et  fuit  d'une fuitte  et  nous  quitte,  et  si  nous  le  suivons,  il 
éternelle  :  rien  ne  le  peut  arrester.  C'est  échappe  à  nos  prises,  nous  glisse  et  fuit 
nostre  condition  naturelle,  et  toutefois  la  d'une  fuite  éternelle.  Rien  ne  s'arrête  pour 
plus  contraire  à  nostre  inclination.  Nous  nous.  C'est  l'état  qui  nous  est  naturel,  et 
brûlons  du  désir  d'approfondir  tout  et  d'édi-  toutefois  le  plus  contraire  à  notre  inclination, 
fier  une  tour  qui  s'élève  jusqu'à  l'infiny.  Nous  brûlons  du  désir  de  trouver  une  as- 
Mais  tout  nostre  édifice  craque  et  la  terre  siette  ferme  et  une  dernière  base  constante 
s'ouvre  jusqu'aux  abysmes.  pour  y  édifier  une  tour  qui  s'élève  à  l'infini, 

mais  tout  notre  fondement  craque,  et  la  terre 
s'ouvre  jusqu'aux  abîmes. 

P.  171,  on  trouve  en  tête  de  l'article  xxvii  (^Pensées  chrestiennes)  un  long  pas- 
sage qui  n'existe  que  dans  MM.  Port-Royal,  il  est  donc  probablement  leur 
ouvrage;  l'éditeur  admet  cette  supposition,  mais,  dit-il,  il  était  nécessaire  pour 
expliquer  ce  qui  suit  (p.  286)  ;  singulière  justification  du  sans-gêne  avec  lequel  les 
éditeurs  de  1670  avaient  traité  Pascal.  —  Le  30*  article  de  Port-Royal  est 
composé  de  passages  extraits  de  la  fameuse  lettre  de  Pascal  à  ses  sœurs  sur  la 
mort  de  leur  père  ;  ce  procédé  littéraire  n'a  rien  qui  étonne  l'éditeur.  Il  se  com- 
prenait au  xvii^  siècle;  des  raisons  de  famille,  de  convenance,  empêchaient 
peut-être  la  publication  intégrale  de  ce  beau  morceau,  mais  au  xix"  toutes  ces 
raisons  n'existent  plus  ;  pourquoi  s'y  conformer  ? 

Remarquons  d'ailleurs  que  l'auteur  de  la  nouvelle  édition  est  absolument  de 
bonne  foi,  il  voudrait  faire  partager  sa  propre  opinion,  qui  est  que  l'édition  de 
1670  est  bien  assez  fidèle. 


94  ■        REVUE   CRITIQUE 

En  elle-même  la  nouvelle  préface  est  claire,  méthodique  et  bien  écrite;  on 
sent  que  l'auteur  connaît  et  aime  son  sujet.  Pourtant  outre  la  longue  critique  de 
fonds  que  nous  venons  de  faire,  nous  lui  adresserons  encore  quelques  critiques 
de  détail. 

P.  IX.  Pourquoi  citer  à  propos  des  remarques  de  Voltaire  sur  Pascal  et  de 
l'édition  de  Condorcet  une  phrase  légèrement  ridicule  de  Chateaubriand  '  ?  Nous 
n'avons  point  ici  à  comparer  Voltaire  et  Pascal  ou  à  indiquer  nos  préférences, 
mais  nous  croyons  qu'il  est  inutile  d'appliquer  à  toute  une  école  une  parole 
aussi  injuste  et  aussi  emphatique.  Remarquons  d'ailleurs  que  l'édition  Condorcet, 
faite  dans  d'autres  idées,  par  un  homme  absolument  différent,  est  en  somme  une 
œuvre  analogue  à  celle  de  Port-Royal  et  qu'on  y  a  tout  autant  respecté  la  pu- 
reté du  texte. 

P.  X.  L'auteur  nous  paraît  visiblement  hostile  à  M.  Cousin  et  lui  conteste 
le  mérite  qu'on  ne  lui  avait  jamais  refusé  d'avoir  remis  en  lumière  le  texte 
authentique  de  Pascal  ;  il  prétend  que  c'est  Sainte-Beuve  qui,  par  son  Port- 
Royal,  par  ses  conférences  de  Lausanne,  avait  fourni  à  Cousin  l'occasion  de  sa 
nouvelle  publication.  Mais  celui-ci  s'est  toujours  occupé  de  recherches  person- 
nelles sur  celte  partie  du  xvii*  siècle,  et  au  sujet  de  son  mémoire,  nous  aimons 
mieux  nous  en  rapporter  au  jugement  favorable  d'un  écrivain  contemporain  qui 
lui  est  notoirement  hostile  2, 

P.  xii,  XIII,  xiv.  Les  reproches  que  l'éditeur  fait  à  l'édition  Faugère  nous 
semblent  exagérés;  sans  doute  il  y  a  beaucoup  à  dire  à  ce  sujet  et  la  lecture  du 
manuscrit  est  fautive  dans  plus  d'un  cas;  mais  M.  Faugère  a  été  le  premier  à 
déchiffrer  les  hiéroglyphes  de  Pascal  d'un  bout  à  l'autre  et  une  grande  partie  de 
ses  deux  volumes  était  inédite  avant  lui.  Quant  à  lui  reprocher  (p.  xix)  d'avoir 
donné  les  passages  barrés  par  Pascal,  c'est  lui  faire  une  critique  injuste;  rien  de 
plus  propre  que  ces  parties  effacées  à  bien  faire  connaître  la  manière  de  penser 
et  d'écrire  de  l'auteur. 

En  résumé,  il  aurait  été  intéressant  de  republier  l'édition  originale  de  Port- 
Royal  à  titre  de  curiosité  littéraire  et  bibliographique  ;  mais  nous  croyons  qu'il 
est  impossible  de  la  donner  comme  édition  définitive  des  Pensées.  A  part  ces 
réserves,  nous  maintenons  les  éloges  donnés  plus  haut  à  la  préface,  et  nous 
reconnaissons  volçAîiersqiielâTeproduction  de  l'ancien  texte  est  d'une-exactitude 
scrupuleuse  iv;v<mo-i  ^iti^smiiiu  >•  .cAu»^  , 

^  .V.:  i  ysliiimiixî^btJuo.a-stîi,;  ^'  Molinier. 


I .  «  On  croit  voir  les  ruines  de  Palmyre,  restes  superbes  du  génie  et  du  temps ,  au 
»  pied  desquelles  l'Arabe  du  désert  a  bâti  sa  misérable  hutte.  »  Génie  du  Christianisme, 
part.  III,  1.  ij,  c.  vj. 

'2.  M.  Taine,  Les  Philosophes  français  du  XIX^  siècle,  p.  191. 
•  '^^ .  Nous  ne  disons  rien  de  l'exécution  typographique  qui  est  parfaite,  comme  tout  ce 

3u  imprime  M.  Jouaust;  nous  ferons  toutefois  nos  réserves  pour  le  portrait  placé  en  tête, 
ont  la  gravure  laisse  beaucoup  à  désirer. 

't'Sfajîistyo ,  »oo:i!ti'y.r.3'iSEn3ioflTi/on  "ïti:-  l.tgàïiartE  ' 


d'histoire  ET  DE  UTXÉRATU RE.  9f 

oiBiSupiliiaâiigndlcïsl'     SOCIÉTÉS  SAVANTES.    'SiiiifiWmaim^im^'M*,'" 

ACADÉMIE   DES   INSCRIPTIONS   ET   BELLES-LETTRES. 

l'D  i3  lB:32iB%-nm\^iiiiyj^  S^'^f^ce  du  29  janvier  187$»  :  i^^.iojfpifiohi  .ra»;'* 

Le  mmîstre  de  rinstruction  publique  transmet  à  l'ACâdérnté  tïhé  1ëtt^è  par' 
laquelle  M.  Em.  Burnouf,  directeur  de  l'école  française  d'Athènes,  annonce  que 
des  travaux  exécutés  pour  la  construction  d'un  chemin  de  fer  ont  amené  la  dé-' 
couverte  d'un  beau  bas-relief  antique,  dont  il  envoie  la  photographie.  Ce  bas-' 
relief  a  été  trouvé  dans  le  lit  de  l'Uyssus  ;  il  appartient  au  gouvernement  greci  • 
Suivant  M.  Collignon,  membre  de  l'école  d'Athènes,  qui  a  examiné  ce  monu-" 
ment,  il  provient  d'un  des  tombeaux  qui  existaient  autrefois  sur  les  bords  de' 
l'Uyssus.  Une  note  de  M.  Collignon  est  jointe  à  la  lettre  de  M.  Burnouf.  Le  tout 
est  renvoyé  à  la  commission  de  l'école  d'Athènes.  —  M.  de  S*"  Marie  adresse 
de  nouveaux  estampages  d'inscriptions  puniques  ;  il  demande  les  instructions  de 
l'académie  pour  continuer  sa  mission  épigraphique  en  Tunisie,  pour  laquelle  de 
nouvelles  ressources  lui  ont  été  allouées,  —  Un  travail  sur  l'éducation  des 
sourds-muets  est  adressé  à  l'académie  ;  l'auteur  demande  à  être  compris  dans 
l'un  des  concours  ouverts  pour  les  divers  prix.  Il  ne  peut  être  donné  suite  à 
cette  demande.  —  Une  lettre  de  la  Société  de  géographie  annonce  que  le 
congrès  international  géographique  est  retardé  et  ne  commencera  ses  séances 
que  le  i^"^  août  prochain. 

M.  Hauréau  donne  une  seconde  lecture  de  son  mémoire  sur  quelques  maîtres 
du  12^  siècle,  mémoire  auquel  il  a  fait,  depuis  la  première  lecture,  un  certain 
nombre  de  corrections  et  d'additions. 

M.  Duruy  lit  un  mémoire  sur  les  tribuni  militum  a  populo  qui  sont  mentionnés 
dans  plusieurs  inscriptions  romaines.  Ce  terme  a  jusqu'ici  beaucoup  embarrassé 
les  archéologues,  qui  n'en  ont  pu  trouver  aucune  explication  satisfaisante.  La 
plupart  s'accordent  à  voir  dans  ces  tribuns  de  véritables  tribuns  légionnaires,  ou 
du  moins  des  personnes  qui  en  auraient  reçu  le  titre  honorifique.  M.  Duruy 
rejette  ces  hypothèses.  Il  montre  par  l'examen  du  cursus  Iwnorum  des  personnes 
qui  reçoivent  cette  qualification  (ce  ne  sont  jamais  des  habitants  de  Rome)  que 
cette  charge  était  un  office  municipal,  et  l'un  des  plus  importants.  Ceci  explique 
les  mots  a  populo,  car  on  sait  aujourd'hui  que  les  municipes  conservèrent  durant 
les  deux  premiers  siècles  de  l'empire  le  droit  de  choisir  leurs  magistrats  par  voie 
d'élection  populaire.  Mais  quelles  étaient  dans  l'administration  municipale  les 
fonctions  de  ces  tribuni  militum  ?  M.  Duruy  établit  par  divers  textes  que  l'empire 
romain  n'entretenait  pas  de  troupes  à  l'intérieur  et  qu'entre  Rome  et  les  fron- 
tières il  n'y  avait  pas  un  soldat.  Le  soin  de  maintenir  l'ordre  appartenait  aux 
autorités  municipales,  qui  jouissaient  d'une  autonomie  complète  et  qui  avaient 
leur  police,  leurs  prisons  à  elles,  et  aussi  leurs  milices.  M.  Duruy  pense  que  les 
tribuni  militum  a  populo  étaient  les  chefs  de  ces  milices  :  comme  il  n'y  avait  dans 
les  cités  ni  consul  ni  empereur  pour  nommer  ces  tribuns, c'était,de  même  qu'à  Rome, 
le  peuple  même  qui  les  élisait.  A  ceux  qui  s'étonneraient  de  ce  que  l'indépendance 


96  REVUE   CRITIQUE    D'HISTOIRE    ET    DE    LITTÉRATURE. 

laissée  aux  colonies  et  aux  municipes  allât  jusqu'au  droit  d'entretenir  des  troupes 
et  d'en  élire  les  chefs,  il  répond  en  citant  la  loi  de  la  colonie  JuliaGenetiva,  conservée 
par  les  tables  de  bronze  d'Osuna,  dont  un  article  réserve  expressément  ce  droit 
à  la  colonie.  Rien  n'indique  que  cette  colonie  ait  eu  en  cela  une  situation  privi- 
légiée. Quant  à  concilier  l'existence  de  ces  milices  avec  la  loi  qui  défendait  le 
port  des  armes  de  guerre,  il  est  facile  de  le  faire  en  supposant  que  cette  loi  ne 
s'appliquait  qu'aux  particuliers,  et  qu'elle  laissait  aux  cités  le  droit  de  conserver 
dans  leurs  arsenaux  les  armes  dont  se  servaient  leurs  milices.  —  M.  Léon 
Renier  appuie  la  théorie  de  M.  Duruy,  cite  des  textes  qui  la  confirment,  et 
insiste  sur  l'importance  de  cette  découverte.  Le  travail  de  M.  Duruy  est  destiné 
aux  mémoires  de  l'académie,  il  en  sera  fait  une  seconde  lecture. 

Ouvrages  offerts  à  l'académie  : 

Sovra  due  dischi  in  brotizo  anîico-italici  del  museo  di  Perugia,  par  M,  Cônes- 
tabile. 

Thomae  Vallami  animaâversiones  in  locum  quemdam  Plauîini  militi  gloriosi  a 
Frid.  Ritschelio  insigniter  viîiatum,  Turin. 

Diverses  publications  de  l'académie  des  sciences  de  Vienne,  entre  autres  un 
vol.  intitulé  Monumenta  conciliomm  generalium  seculi  decimi  quinîi,  Concilium 
Basiliense,  Scriptorum  tom.  Il,  qui  contient  les  livres  1  à  12  de  la  relation  de 
Jean  de  Ségovie. 

M.  de  Longpérier  présente  de  la  part  de  M,  Joachim  Menant  un  ouvrage 
intitulé  Babylone  et  la  Chaldée. 

M.  Guérin,  continuant  sa  communication  sur  la  géographie  historique  de  la 
Palestine,  décrit  les  ruines  de  la  ville  de  Césarée.  C'était,  dit-il,  à  l'époque 
d'Hérode,  une  des  plus  grandes  et  des  plus  belles  villes  de  cette  contrée.  Elle 
occupait  un  territoire  étendu,  était  ornée  de  colonnes  et  de  beaux  édifices,  et 
recevait  de  l'eau  par  deux  aqueducs.  Plus  tard  elle  déclina,  et  un  jour  vint,  à 
l'époque  de  la  domination  musulmane  ou  peut-être  seulement  au  temps  des 
croisades,  oîi  les  nécessités  de  la  défense  obligèrent  d'en  restreindre  considéra- 
blement l'enceinte. 

Julien  Havet. 

LIVRES  DÉPOSÉS  AU  BUREAU  DE  LA  REVUE. 

Paillard,  Histoire  des  troubles  religieux  de  Valenciennes,  1 560-1 567,  t.  I  (Paris, 
Sandoz  et  Fischbacher;  E.  Leroux);  —  Considérations  sur  les  causes  générales  des 
troubles  des  Pays-Bas  (ibid.).  —  Paludan,  Udsigt  over  den  Franske  Nationaliiteraturs- 
historie  (Copenhague,  Prions  forlag).  —  Parallei-Tabellen  zur  griechisch-rœmischen 
Chronologie  (Lipsias,  Teubner).  —  Petit  de  Julleville,  Histoire  de  la  Grèce  sous  la 
domination  romaine  (Paris,  Thorin).  —  Ritter,  Briefe  und  Acten  zur  Geschichte  des 
dreissigjaehrigen  Krieges.  2.  Bd.  (Mùnchen,  Rieger'sche  Buchh.) 


Le  propriétaire-gérant  :  F.  VIEWEG. 


Nogent-le-Rotrou,  imprimerie  de  A.  Gouverneur. 


années  1870  et  1871.  Saint-Pétersbourg,  Impr.  de  l'acad.  imp.  des  sciences. 
In-4'',  xliv-298-vj  p.  et  une  pi.  in-folio  (Adolf  Furtw^engler).  —  Braune, 
Althochdeutsches  Lesebuch.  Halle,  Lippert'sche  Buchh.  In-8°,  viij-22$  p.  (E. 
SiEVERS  :  excellent  manuel). 

Il  propugnatore,  1894,  N°  4  et  5.  Juillet-octobre.  C.  Baudi  di  Vesme,  La 
lingua  italiana  e  il  volgare  toscano.  —  A.  Neri,  Poésie  inédite  di  Averano  Semi- 
netti.  —  L.  Gaiter,  Saggio  di  correzioni  al  1.  vi  del  Tesoro  di  Brunetto  Latini, 
volgarizzato  da  Bono  Giamboni.  —  L.  Balduzzi,  Di  Leonardo  Papini  e  degli 
autografi  délie  sue  poésie.  — G.  Vanzolini,  Somma  délie  Penitenze  di  Fra 
Tommaso  d'Aquino.  — ^  A.  d'Ancona,  Un  sonetto  di  F.  Petrarca  ed  una  canzone 
al  medesimo  attribuita.  —  V.  Imbriani,  Canti  popolari  di  Avellino  e  Circostanze. 

—  G.  Sforza,  Lettere  inédite  di  Carraresi  illustri  al  conte  G.  Tenderini.  — 
Carolina  Coronedi  Berti,  Novelle  popolari  bolognesi.  —  C.  Giuliari,  La  let- 
teratura  Veronese  al  cadere  del  secolo  xv. 

N°  6.  Nov.-déc.  L.  Cappelleti,  Commento  sopra  la  terza  novella  del 

Decamerone.  —  L.  Gaiter,  SuU'  autenticità  del  libro  VII,  del  volgarizzamento 
del  Tesoro  di  Ser  Brunetto  Latini,  attr.  à  Bono  Giamboni.  —  G.  Vanzolini, 
Somma  délie  penitenze  (suite).  —  G.  Sforza,  Lettere  inédite  di  Carraresi  (suite). 

—  C.  Gargiolli,  Saggio  del  brève  raccoglimento  del  dispregio  dell'  umana 
condizione^  di  Angiolo  Torini  Bencivenni.  —  A.  d'Ancona,  Lettera  a  Francesco 
Zambrini.  —  L.  Scarabelli,  Lettera  allô  stesso. 


BULLETIN    BIBLIOGRAPHIQUE, 5^,,n^^viît^^ 
DES  PRINCIPALES   PUBLICATIONS   FRANÇAISES   ET    ÉTRANGÈRES. 


AVIS.  —  On  peut  se  procurer  à  la  librairie  A.  Franck  tous  les  ouvrages 
annoncés  dans  ce  bulletin ,  ainsi  que  ceux  qui  font  l'objet  d'articles  dans  la 
Revue  critique.  Elle  se  charge  en  outre  de  fournir  très-promptement  et  sans 
frais  tous  les  ouvrages  qui  lui  seront  demandés  et  qu'elle  ne  posséderait  pas  en 
magasin. 


Bœttger  (H.).  Diœcesan-  u.  Gau-Grenzen 
Norddeutschlands  zwischen  Oder,  Main, 
Jenseit  d.  Rheins  derNord-  u.  Ostsee  v. 
Ort  zu  Ort  Schreitend  festgestellt ,  nebst 
e.  Gau-  u.  e.  dieselbe  begrund.  Diœce- 
sankarte.  2.  Abth.  Von  Ort  zu  Ort. 
Schreit.  Begrenzg.  v.  40  Gauen  u.  59 
Untergauen  in  6  Bisthùmern  u.  1 30  geist. 
Bezirken  im  Umfange  der  Prov.  Hannover 
nebst  e.  Gau-  u.  e.  dieselbe  begrund. 
Diœcesankarte.  In-S",  xi]"-4i4S.  Hanno- 
ver (Heiwingj.  10  fr. 

Bunge  (F.  G.  v.).  Die  Revaler  Rathslinie 
nebst  Geschichte  d.  Rathsverfassung  u.  e. 
Anhang  ùb.  Riga  und  Dorpat.  In-8», 
vi-210  S.  Reval  (Kiuge).  6  fr. 

Clément- Janin.  Recherches  sur  les  im- 
primeurs dijonnais  et  sur  les  imprimeries 
du  département  de  la  Côte-D'Or.  In-8*, 
85  p.  Dijon  (imp.  Marchand). 

Groiset.  De  publicae  eloquentiae  principiis 
apud  Graecos  in  Homericis  carminibus. 


In-8'',  119  p.  Montpellier  Cimp,„ M4r.tei 

':,.'  .-n)  ■^iriris'-'.'-'  \ 
Conestabile  (G.).  Sovra  due  dischi  in 
bronzo  antico  italici  del  museo  di  Peru- 
gra  e  Sovra  Tarte  ornementale  primitiva 
in  Italia  e  in  altre  parti  d'Europa.  Ricer- 
che  archeologiche  comparative.  In-4*, 
92  p.  contavole.  Torino  (Stamperie  di 
Paravia  e  C). 

Dufour  (V.).  La  Dance  macabre  des  SS. 
Innocents  de  Paris,  d'après  l'édition  de 
1484;  précédée  d'une  étude  sur  le  cime- 
tière ,  le  charnier  et  la  fresque  peinte  en 
1425.  In-8*  tellière,  viij-155  p.  Paris 
(Daffis).  6  fr. 

Dupré  (A.).  Étude  locale  sur  les  lettres 
de  Geoffroy,  cinquième  abbé  de  la  Trinité 
de  Vendôme.  In-8*,  26  p.  Angers  (imp. 
Lachèse,  Belleuvre  et  Dolbeau). 

Statistique  religieuse  du  Vendômois 

au  moyen-âge.  In-8°,  14  p.  Ibid. 


Gosselin  (J.)-  Histoire  du  chapitre  royal 
de  Saint-Fursy  de  Péronne  et  des  églises, 
communautés  et  établissements  hospita- 
liers de  cette  ville,  soumis  à  sa  juridiction. 
I"  partie.  In-8*,  jjS  p.  Péronne  (lib. 
Trépant). 

Guyot  (A.).  Entretien  familier  sur  l'étude 
du  langage,  complément  nécessaire  à  tout 
âge  d'une  éducation  sérieuse,  indispen- 
sable au  corps  enseignant.  In-8°,  i5J  p. 
Bar-sur-Seine  (imp.  Saillard). 

Gubernatis  (E.  de).  Aidoneo  e  San  Do- 
nato.  Studio  di  Mitologia  epirotica.  In- 
8*,  i6p.  Firenze(tip.  dell  Associazione). 

Inventaire  sommaire  des  archives  hospi- 
talières antérieures  à  1790,  publié  en 
exécution  des  instructions  ministérielles 
du  10  juin  1854.  Hospices  de  Marseille. 
In-4*,  168  p.  Marseille  (imp.  Cayer  et 
C-). 

La  Fontaine  (de).  Contes  et  nouvelles 
en  vers.  Edition  des  fermiers-généraux. 
T.  I.  avec  41  fig.  à  part,  34  têtes  de 
page,  fleurons  et  culs-de-lampe.  In-S», 
268  p.  Paris  (Barraud).  40  fr. 

Launay.  Les  monuments  gallo-romains 
du  Vendômois.  In-8°,  i  j  p.  Angers 
(imp.  Lachèse,  Belleuvre  et  Dolbeau). 

Mémoires  sur  les  polissoirs  et  sur  les 

monuments  mégalithiques  du  Vendômois. 
In-8',  12  p.  Ibid. 

Liouandre  (C).  Notice  sur  la  statuette 
d'un  dieu  gallo-romain  trouvée  à  Cahon. 
In-8*,  7  p.  Abbeville  (imp.  Briez,  Pail- 
lart  et  Ritaux). 

Meaume  (E.).  Note  sur  les  différents 
tirages  des  planches  du  livre  intitulé  : 
Austrasise  reges  et  duier.  Cologne,  i  J91 . 
^-8",  8  p.  Paris  (imp.  Lahure). 

Mémoires  de  la  Société  littéraire,  histo- 
rique et  archéologique  de  Lyon.  Années 
1872-1873.  In-8*,  lxxx-336  p.  10  pi. 
Lyon  (imp.  Vingtrinier). 

de  l'Institut  national  de  France.  Aca- 
démie des  inscriptions  et  belles-lettres. 
T.  28.  i"  partie.  In-40,  361  p.  Paris 
(Imp.  nationale). 

Nohl(L.).  Beethoven's  Leben.  3.  Bd.  Die 
letzten  10  Jahre.  i.  Abth,  1815-1823. 
In-8*,  448  S.  Leipzig  (E.  J.  Gunther). 

10  fr. 

Pas  (Le)  des  armes  de  Sandricourt.  Rela- 
tion d'un  tournoi  donné  en  1-195  au  châ- 
teau de  ce  nom,  publié  d'après  un  manu- 


scrit  de  la  bibliothèque  de  l'Arsenal  et 
l'imprimé  du  temps,  par  A.  Vayssière. 
1x1-8"  tellière  carrée,  xxxij-8o  p.  Paris 
(Willem).  8  fr. 

Petzholdt  (J.).  Adressbuch  der  Biblio- 
theken  Deutschlands  m.  Einschluss  v. 
Œsterreich-Ungarn  u.  d.  Schweiz.  i.  Lfg. 
In-8'',     160    S.    Dresden    (Schœnfeld). 

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miae  anno  MDXLI  igné  consumptarum. 
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S.  209-3 12.  Pj'^g  (Grégr  et  Dattel).  4  f. 

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corrigée.  T.  i.  In- 16,  lxiij-250  p..  Paris 
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Sainte-Marie  Mévil  et  Desjardin 
(G.).  Inventaire  sommaire  des  archives 
départementales  antérieures  à  1790. 
Seine-et-Oise.  Archives  civiles.  Série  E. 
N"  1  à  2943,  In-4°,  445  p.  Versailles 
(Cerf  et  fils). 

Sauvagept  (C).  Monographie  de  Che- 
vreuse.  Étude  archéologique.  In-40,  46  p. 
et  26  pi.  Paris  (V*  Morel). 

Schmidt  (H.).  Geschichte  d.  katholischen 
Kirche  Deutschlands  v.  d.  Mitte  d.  18. 
Jahrh.  bis  in  die  Gegenwart.  2.  u.  3. 
Abth.  In-8-,  S.  380-818.  Mùnchen  (01- 
denburg).  8  fr. 

Seeker  (J.).  Voyage  d'un  ministre  otto- 
man. In-8°,  32  p.  Montpellier  (Coulet). 
L'Orient  en  Languedoc.  Relation  de 
Mehemet-Effendi  annotée  avec  des  docu- 
ments inédits. 

Servières  (L.).  Histoire  de  l'église  du 
Rouergue.  In-8°,  Y-726  p.  etgrav.  Rodez 
(V*  Carrère). 

Tafur  (P.).  Andanças  é  viajes  por  diversas 
partes  del  mundo  avidos  (143  5-1439. 
2  vol.  en-8°j  624  p.  Madrid  (Murillo). 

Thiérron  de  Monclin  (R.).  Adminis- 
tration des  biens  et  des  revenus  des  cités 
en  droit  romain,  administration  des  biens 
et  des  revenus  des  villes  et  des  commu- 
nautés d'habitants  dans  l'ancien  droit 
français,  administration  des  biens  et  des 
revenus  des  communes  en  droit  français. 
^-8°,  472  p.  Paris  (Pichon). 


Nogent-le-Rotrou,  Imprimerie  de  A.  Gouverneur. 


N*  7  Neuvième  année.  *  13  Février  1875 


REVUE  CRITIQUE 

D'HISTOIRE   ET  DE  LITTÉRATURE 

RECUEIL  HEBDOMADAIRE  l'UBLIÉ  SOUS  LA  DIRECTION 

DE  MM.  C.  DE  LA  BERGE,  M.  BRÉAL,  G.  MONOD,  G.  PARIS. 


Secrétaire  de  la  Rédaction  :  M.  Stanislas  Guyard, 


Prix   d'abonnement  : 

Un  an,  Paris,  20  fr.  —  Départements,  22  fr.  —  Etranger,  le  port  en  sus 

suivant  le  pays. 


PARIS 
LIBRAIRIE    A.    FRANCK 

F.    VIEWEG,    PROPRIÉTAIRE 
67,  RUE  RICHELIEU,  67 


Adresser  toutes  les  communications  à  M.  Stanislas  Guyard,  Secrétaire  de  la 
Rédaction  (au  bureau  de  la  Revue  :  67,  rue  Richelieu). 

ANNONCES 


En  vente  à  la  librairie  A.  Franck,  F.  Vieweg  propriétaire, 
67,  rue  de  Richelieu. 


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Cf^  LJ  A  D  A  NT  ET  A  T  T    fragments  d'un  mystère  proven- 
•     v>«  ri  /\  t3  A  IN   Ci  A.  U     çal    découverts    à    Périgueux  » 
publiés,  traduits  et  annotés.  Gr.  in-S".  i  fr.  50 


PÉRIODIQUES, 


The  Academy,  N°  142,  new  séries,  23  janvier.  Briefe  und  Akten  zur 
Geschichte  des  Sechzehnten  Jahrhunderts.  Bearb.  v.  Von  Druffel.  I.  Ed. 
(Alfred  Stern;  cf.  Revue  criî.,  1874,  ^^>  P-  ^^2)-  —  Minor  historical  Books.  — 
Notes  and  News.  —  Notes  of  Travel.  Notes  of  a  Tour  in  the  Cyclades  and  Crète. 
II.  Tenos  (H.  F.  Tozer).  —  Correspondence.  Our  Oldest  Ms.,  and  Who  mutilated 
it  (P.  LE  Page  Renoue).  —  Pathshegen,  Commentary  on  the  Targum  of  Onqelos 
on  the  Pentateuch,  by  a  French  Rabbi  of  the  Fourteenth  Century;  and  Neîhinah 
Lagger,  a  Commentary  on  the  Sarae,  by  D""  N.  Adler,  Chief  Rabbi.  Warsaw 
(Ad.  Neubauer).  —  Morris,  Elementary  Lessons  in  Historical  English  Grammar. 
London,  Macmillan  (F.  J.  Furnivall  :  note  favorable).  —  Reform  in  the  Uni- 
versity  of  Dublin.  —  Meetings  of  Societies  (New  Shakspere  Soc,  Soc.  de  géo- 
graphie, d'archéologie  de  Londres  et  de  Middlesex,  d'anthropologie,  de  philo- 
logie). —  The  Flavian  Amphithéâtre  (CI.  Hemans). 

The  Athenseum,  N"  2465,  23  janvier.  Sumner-Maine,  Lectures  on  Early 
History  of  Institutions  (2^  article).  —  The  Georgics  of  Vergil.  By  Musgrave 
WiLKiNS.  Longmans  and  Co.  (n'est  guère  qu'une  reproduction  du  Virgile  de 
Conington).  —  Anatolica;  or,  the  Journal  of  a  Visit  to  some  of  the  Ancient 
Ruined  Cities  of  Caria,  Phrygia,  Lycia,  and  Pisidia.  By  the  Rev.  E.  J.  Davis. 
Grant  and  Co.  (non  sans  intérêt).  —  Chapman's  Complète  Works.  3  vols. 
Chatto  and  Windus  (très-recommandable  édition).  —  Blanchard  Jerrold, 
The  Life  of  Napoléon  the  Third.  Vol.  II.  Longmans  and  Co.  (s'étend  depuis  la 
tentative  de  Strasbourg  jusqu'à  l'élection  du  prince  comme  député  républicain). 

—  Jewish  Coinage  (F.  W.  Madden).— A  Celtic  Mss.  Society  (E.  B.  Cowell). 

—  Literary  Gossip.  —  Societies  (séances  des  Soc.   royale,  asiatique,  des  anti- 
quaires, de  philologie,  d'anthropologie). 

Literarisches  Centralblatt,  N"  $,  30  janvier.  Weiffenbach,  Das  Papias- 
Fragment  bei  Eusebius.  Giessen,  Ricker.  In-8",  viij-i  50  p.  (l'auteur  est  le  plus 
souvent  parvenu  à  des  interprétations  qui  ne  laissent  place  à  aucun  doute).  — 
Grûn,  Ludwig  Feuerbach.  i  Bd.  Leipzig,  Winter.  In-8°,  viij-435  p. — Planck, 
Anthropologie  und  Psychologie.  Leipzig,  Fues's  Verl.  In-8°,  viij-224  p.  (pour 
l'auteur,  il  y  a  deux  manières  de  comprendre  l'homme,  la  manière  non-allemande: 
c'est  la  fausse,  et  la  manière  allemande  :  c'est  la  vraie).  —  Noire,  Die  Welt 
als  Entwicklung  des  Geistes.  Leipzig,  Veit.  In-S",  xvj-486  p.  (le  titre  de  l'ou- 
vrage en  indique  suffisamment  la  tendance).  —  Neudecker,  Untersuchungen 
ûber  die  Erkenntniss-Principien.  Wùrzburg,  Stuber.  In-8°,  iv-52  p.  (sans 
grande  valeur).  —  Noire,  Die  Entwicklung  der  Kunst.  Leipzig.  Veit.  In-8°, 
62  p.  (le  développement  des  différents  arts  correspond  à  celui  des  sens;,  c'est 
pourquoi  les  arts  qui  correspondent  à  la  vue  et  à  l'ouïe  sont  venus  historique- 
ment en  dernier  lieu).  —  Dahn,  Westgothische  Studien.  Wùrzburg,  Stahel. 
In-4'',  xij-321  p.  (important  travail).  —  Waschou,  Herzog  Otto  von  Braun- 
schweig,  Fûrst  von  Tarent.  Breslau,  Aderholz.  In-4°,  49  p.  (ne  fait  guère 
avancer  la  question).  —  Corssen,  Ueber  die  Sprache  der  Etrusker.  i.  Bd.  (ap- 
préciation embarrassée  ;  l'article  loue  surtout  le  courage  de  l'éditeur;  cf.  Rev. 
crit.,  1874,  II,  p.  321).  —  Von  der  Gabelentz,  Die  melanesischen  Sprachen. 
2.  Abth.  Leipzig,  Hirzel.  Pet.  in-folio,  vj-i86  p.  —  Augusti  rerum  a  se  ges- 
tarum  indicem  cum  graeca  metaphrasi  éd.  Bergk.  Gœttingen,  Dieterich.  In-8°, 
iv-xvij-136  p.  (les  conjectures  de  M.  B.  ne  s'imposent  pas).  — Wùlcker, 
Altenglisches  Lesebuch.  i.  Th.  Halle,  Lippert'sche  Buchh.  In-8"^  xij-228  p. 
(bon  manuel). 

Anzeiger  fur  Kunde  der  deutschen  Vorzeit,  1874,  n°  12.  Summarische 
Beschreibung  deren  im  fûrstlichen  Schloss  zu  Marpurg  am  22.   December  Ao. 


REVUE  CRITIQ^UE 

D'HISTOIRE    ET    DE    LITTÉRATURE 

N*  7  —  13  Février  —  1875 

Sommaire:  31.  Proclus,  Commentaire  sur  le  i"  livre  des  Eléments  d'Euclide,  p.  p. 
Friedlein.  —  32.  La  Chanson  de  Roland,  publiée  p.  Bartsch.  —  33.  Duplessis, 
Michel  Bégon.  —  34.  Doniol,  La  Révolution  française  et  la  Féodalité.  —  35.  Mo- 
NOD,  Jules  Michelet.  —  Variétés  :  Société  des  anciens  textes  français.  —  Sociétés 
savantes  :  Académie  des  inscriptions. 

ji. —  Procli  Diadochi  in  primum  Euclidis  elementorum  librum  comnientarii.  Ex  re- 
cognitione  Godofredi  Friedlein.  Lipsia;,  Teubner.  1873.  In-S",  viij-507  p.  — Prix: 
9  fr. 

Le  commentaire  du  philosophe  Proclus  sur  le  premier  livre  des  éléments 
d'Euclide  est  très-important  pour  l'histoire  de  la  géométrie.  On  n'en  avait 
jusqu'ici,  du  moins  du  texte  grec,  que  l'édition  publiée  par  Simon  Grynaeus  (Basi- 
leae,  apud  lo.  Hervagium.  153?)  d'après  un  très-mauvais  manuscrit.  Baroci,  qui 
eut  à  sa  disposition  des  manuscrits  beaucoup  meilleurs,  ne  donna  que  la  traduc- 
tion latine  (Patavii  1 560).  M.  Friedlein  a  eu  à  sa  disposition  un  manuscrit  de 
Munich  (427  xi'  ou  xii*  s.),  un  manuscrit  de  Bologne  (223),  deux  manuscrits 
de  la  Barberine  (ici  et  145  xv*  et  xvi^  s.);  il  s'est  aidé  de  la  traduction  latine 
de  Baroci  et  des  remarques  de  MM.  Nesselmann,  Knoche,  Hultsch.  Les  variantes 
sont  au  bas  des  pages  ;  un  index  très-complet  des  noms  et  des  mots  termine  le 
volume,  index  d'autant  plus  utile,  que  la  langue  technique  de  la  géométrie  n'est 
que  très-insuffisamment  représentée  dans  le  Thésaurus,  ainsi  que  les  langues 
techniques  des  autres  sciences. 

Le  texte  édité  par  M,  F.  est  très-lisible  au  point  de  vue  de  la  géométrie. 
M.  F.  a  publié  sur  l'histoire  des  sciences  de  très-bons  travaux.  Mais  il  n'est  pas 
helléniste  de  profession;  et  on  est  souvent  arrêté,  plutôt  il  est  vrai  par  des  incor- 
rections de  langage  et  dans  les  parties  de  l'ouvrage  qui  ne  sont  pas  purement 
géométriques,  c'est-à-dire  en  réalité  dans  ce  qui  ne  touche  pas  au  fond  des 
choses. 

Ainsi  c'est  avoir  pour  les  copistes  un  respect  trop  scrupuleux  que  de  conserver 
la  forme  ouveùeiv  à  côté  de  auvveuetv,  de  ne  pas  substituer  le  subjonctif  présent  à 
l'indicatif  présent  ou  le  subjonctif  aoriste  au  futur,  par  exemple  XéYwixev  à  Xé^o- 
IJiev,  Gewp-^aa)[X£v  à  ôswpiQaojxsv,  partout  o\i  Proclus  annonce  qu'il  va  immédiate- 
ment traiter  un  sujet,  comme  dans  11,  27;  14,  24;  34,  20;  42,  12;  47,  8; 
64»  17;  75)  6;  151,  14,  etc.  D'autre  part  il  faut  lire  GeaffifxeOa  61,  26. 

La  ponctuation  me  semble  laisser  à  désirer  dans  un  certain  nombre  de  pas- 
sages. Ainsi  5,  12  il  faut  mettre  la  virgule  après  xapév.  —  14,  6-20.  Il  faut 

mettre  entre  parenthèses  1 1  oùSè 1 5  aùxb  et  placer  un  point  d'interrogation 

après  20  8£iy.vu|ji,éva)v  ;  car  15  vcal  -rcaXtv  oxt  dépend  de  1 1  àTOça(v£iv.  —  20,  1 1. 
Ponctuez  dtTcoxaXeT,  StÔTt 23,  9.  Ponctuez  Suvai^etç  t6 —  31,  1-2 

XV  .  7 


98  REVUE    CRITIQUE 

xpôcYtii,  «frjciv èTCiffTYjjjLY) ;  —  37,  3  Ponctuez  è^é^Yjvev  xai —  37,   18 

Ponctuez   (asy^Ocuç,  èirei —  56,   10  -jrapaêoTwaç,   Stixi —  68,   12-13 

mettez  entre  parenthèses  xat  yàp EùxXetSou.  —  80,  9-15.  Il  eût  été  plus 

clair  de  mettre  entre  parenthèses  les  propositions  incidentes  xal  ^àp êort 

Yàp Suvaxbv  yàp. 

Je  ne  ferai  pas  un  crime  à  M.  F.  de  n'avoir  pas  remarqué  un  certain  nombre 
de  fautes  dans  un  texte  qu'il  édite  pour  ainsi  dire  le  premier.  Les  philologues 
les  plus  exercés  en  laissent  passer  ;  le  plus  vigilant  est  celui  qui  en  laisse  passer 
le  moins.  Je  signalerai  ici  quelques  passages  qui  me  paraissent  fautifs,  14,  23 
àXX'oi]  Lisez  àXkà.  —  19,  20  Lisez  àizo  fàp  tûv  dcp^wv  àvwOev  àpy^oi;i,évyj.  — 
29,  10  Lisez  auTî^.  —  30,  18  Lisez  tyjv  Ysvvafav  aoçtaxa'/jv.  Voy.  Platon, 
Sophiste  231  B.  —  31,  3.  Lisez  ^vcoatûv.  —  Ji,  6  {xepiaTYjv  m'est  suspect.  — 
33,  9.  Il  faut  peut-être  Siafépoucrt.  —  36,  19.  axaaa  me  semble  suspect.  — 
57,  22.  Lisez  auTYjv.  —  39,  4.  Seî^ai]  lisez  Sé^aaOau  —  41,  3.  Lisez  Se.  —  43, 
20.  Supprimez  x'.  — 44,  10,  Lisez  y]v.  — 4j,  14.  Lisez  5, 11.  —  50,  7.  La 
construction  de  l'infinitif  eTvat  avec  sTciBeixvûoufft  est  suspecte.  —  64, 9.  La  gram- 
maire exige  absolument  eTxev. — 67,  23.  Ne  manque-t-il  pas  Tîspù  après  xai? — 
69,  27.  Le  sens  me  semble  meilleur  si  on  lit  tocxe  au  lieu  de  ^  et  que  l'on  supprime 
oux,  —  76,  13-14.  La  grammaire  exige  absolument  le  subjonctif  TiÔY^tat,  ouy- 
Xwpf).  Je  crois  en  outre  qu'au  lieu  de  ii^ian  le  sens  réclame  cu-p.axa.'zt^xai. 
—  107,  6.  Lisez  ^.  —  183,  26.  Je  lirais  TrpoTaTxetv. —  207,  21.  TcepteXaixéavov 
me  paraît  préférable.  —  216,  21.  Lisez  'Emxoùpetov. 

Quelques  inadvertances  qu'on  puisse  encore  relever,  ce  serait  manquer  à  la 
justice  que  de  ne  pas  reconnaître  le  soin  que  M.  Friedlein  a  apporté  dans  cette 
publication  qui  est  un  grand  service  rendu  à  l'histoire  de  la  géométrie  et  de  la 
langue  grecque. 

Charles  Thurot. 

32.  —  Das  Rolandslied,  herausgegeben  von  Karl  Bartsch,  Leipzig,  Brockhaus. 
1874.  In- 12,  xxij-382  p.  (Deutsche  Dichtungen  des  Mittelalters,  III),  —  Prix  :  4  fr. 

La  traduction  de  la  Chanson  de  Roland  faite  entre  1 127  et  11 39  par  le  curé 
Conrad  est,  comme  on  sait,  d'un  grand  intérêt  pour  les  deux  littératures  aux- 
quelles elle  appartient.  Imprimée  pour  la  première  fois  en  1727  (cent  dix  ans 
avant  l'original)  par  Schilter  d'après  un  manuscrit  incomplet  de  Strasbourg,  elle 
a  été  publiée  une  seconde  fois  d'après  un  manuscrit  de  Heidelberg  par  Wilhelm 
Grimm  (1838).  En  dehors  de  ces  deux  manuscrits,  on  ne  possède  que  de  courts 
fragments.  M.  Bartsch  vient  de  donner  de  ce  précieux  texte  une  nouvelle  édi- 
tion qui  était  depuis  longtemps  désirée  :  il  a  pris  pour  guide  principal,  comme 
le  plus  ancien  et  le  meilleur,  le  ms.  de  Strasbourg,  ou  plutôt  l'édition  qu'en  a 
donnée  Schilter,  car  les  obus  allemands  ont  anéanti  en  août  1 870  le  manuscrit 
lui-même,  qui  n'avait  jamais  été  collationné  depuis  l'édition.  Le  texte  du  nouvel 
éditeur,  fondé  partout  sur  la  comparaison  des  mss.  et  sur  le  rapprochement  des 
renouvellements  postérieurs  aussi  bien  que  de  l'original  français,  est  aussi  satis- 
faisant que  possible  ;  il  a  d'ailleurs  sur  celui  de  Grimm,  qui  est  une  simple  copie 


d'histoire  et  de  littérature.  99 

diplomatique,  l'avantage  d'être  disposé,  ponctué,  etc.,  de  manière  à  rendre  la 
lecture  facile .  Des  notes  abondantes,  conçues  dans  le  système  des  Deutsche  Clas- 
siker  dont  nous  avons  parlé  plusieurs  fois,  un  glossaire  des  mots  et  un  des  noms 
propres,  complètent  le  travail  soigneux  dont  le  savant  professeur  de  Heidelberg 
a  entouré  le  poème.  Il  l'a  fait  précéder  d'une  introduction  brève,  mais  substan- 
tielle, où  l'histoire  de  la  légende  de  Roncevaux  est  bien  exposée  et  où  la  valeur 
respective  du  Roland  français  et  du  Roland  allemand  est  appréciée  avec  beaucoup 
de  justesse  et  d'impartialité.  L'auteur,  et  c'est  la  seule  erreur  qui  nous  ait  frappé, 
cite  encore  (p.  vij)  comme  authentique  la  charte  d'Alaon,  dont  la  fabrication 
n'est  plus  guère  contestée  aujourd'hui. 


53.  —  Un  curieux  du  XVII«  siècle.  Michel  Bégon,  intendant  de  La  Ro- 
chelle. Correspondance  et  documents  inédits  recueillis,  publiés  et  annotés  par  Georges 
DuPLESSis.  Paris,  A.  Aubry,  1874.  i  vol,  petit  in-S",  vj-144  p,  —  Prix  :  6fr. 

Je  dirai  tout  d'abord  que  le  volume  publié  par  M.  Duplessis  n'a  été  tiré  qu'à 
250  exemplaires;  qu'il  est  imprimé  en  caractères  elzéviriens  sur  ce  fort  papier 
vergé  qui,  pour  peu  qu'on  le  touche,  rend  un  si  beau  son,  et  qu'il  est  orné  d'un 
portrait  de  Bégon  gravé  à  l'eau-forte  par  P.  Sellier.  Mais,  comme  on  se  pré- 
occupe ici  beaucoup  plus  du  principal  que  des  accessoires,  j'ajouterai  bien  vite 
que  le  livre,  consciencieusement  préparé,  est  plein  de  renseignements  d'autant 
plus  instructifs,  qu'ils  sont,  pour  la  plupart,  entièrement  nouveaux. 

M.  D.  a  voulu  montrer  un  côté  seulement  de  l'existence  de  Michel  Bégon. 
Abandonnant  à  d'autres  l'intendant  et  l'homme  politique — M.  Arthur  de  BÔislisle 
se  chargera  de  nous  le  faire  connaître  d'une  façon  définitive,  —  il  n'a  étudié  que 
le  collectionneur  et  l'érudit.  «  Il  nous  a  suffi,  »  dit-il  (p.  v)  «  de  voir  dans  Michel 
»  Bégon  un  amateur  passionné  avide  d'acquérir  les  estampes  qui  lui  manquent; 
»  un  lettré  cherchant  à  se  renseigner  sur  Molière ,  Racine ,  Pascal ,  Scarron  et 
»  tant  d'autres  Hommes  illustres  qu'il  entend  faire  entrer  dans  l'ouvrage  auquel 
»  Charles  Perrault  attachera  son  nom  ;  un  curieux  entretenant  des  rapports  avec 
»  les  graveurs  Robert  Nanteuil,  Gérard  Edelinck,  Pierre  van  Schuppen  et 
n  Jacques  Lubin  ;  un  savant  enfin,  possesseur  du  médailler  de  Grolier  et  d'une 
»  partie  des  manuscrits  de  Peiresc,  qui  jouit  réellement  des  richesses  qu'il  a 
I)  accumulées,  et  qui  prend  plaisir  à  en  faire  profiter  autrui.  Peu  d'existences 
■)  ont  été  mieux  et  plus  utilement  remplies  ;  peu  de  collections  ont  été  formées 
)  avec  plus  de  soins,  avec  plus  de  discernement  et  avec  autant  de  dépenses.  » 

Le  volume  de  M.  D.  renferme  :  i"  une  notice  biographique  écrite  par  un 
îarent  de  l'intendant  (p.  1-5)  ',  notice  complétée  à  l'aide  d'indications  extraites 
l'un  travail  spécial  de  M.  de  La  Morinerie  (Paris,  1855)  ^^j  pl"s  encore,  à 
'aide  de  divers  documents  inédits;  2°  l'inventaire,  dressé  en  1699,  des  collec- 


I.  Mémoire  «  remis  le  29  novembre  1765  »  par  l'auteur  «  à  la  Bibliothèque  du  Roy.  » 
]  I.  D.  ne  nous  dit  pas  en  quelle  collection  et  en  quel  volume  ce  mémoire  est  aujourd  hui 
1  onservé. 


100  REVUE   CRITIQUE 

tiens  réunies  dans  un  cabinet  dont  le  propriétaire  pouvait  dire  avec  un  légitime 
orgueil  '  que  c'était  v  un  des  plus  beaux  du  royaume,  »  inventaire  presque  in- 
trouvable, à  peu  près  ignoré,  dont  un  exemplaire  a  été  communiqué  à  M.  D,  par 
M.  Frédéric  Reizet  (p.  7-11);  3"  des  extraits  (p.  1 8-1 3  j)  de  la  correspondance 
adressée  par  Bégon,  de  1689  a  1705,  à  M.  Cabaret  de  Villermont,  secrétaire 
du  marquis  de  Dangeau  2  ;  4°  la  liste  des  personnages  qui  figurent  dans  les  deux 
volumes  in-fol.  de  Perrault  (1697-1700)  et  diverses  pièces  justificatives  (p.  1 36- 
144). 

L'intérêt  du  livre  réside  surtout  dans  les  lettres  de  Bégon.  Quoique  M.  D. 
n'en  ait  reproduit  que  les  passages  qui  ont  quelque  rapport  aux  arts,  bien  des 
sujets  y  sont  effleurés,  bien  des  personnages  y  sont  mentionnés.  On  y  voit  défiler 
tour  à  tour,  sans  parler  de  ceux  qui  ont  été  déjà  tout  à  l'heure  signalés,  Bernier 
surnommé  V Indien,  Tavernier,  le  P.  Petau,  l'abbé  de  La  Chambre,  l'évêque  de 
Châlons?,  Bussy-Rabutin,  M"«Chéron,  Antoine  Arnauld,  le  sculpteur  Girardon, 
le  P.  Menestrier,  Pabbé  de  Louvois,  le  P.  Catrou,  les  frères  Dangeau  (l'abbé  et 
le  marquis),  Roger  de  Piles,  Roger  de  Gaignières,  etc.  4  Quant  au  nom  de 
Charles  Perrault,  il  revient  presque  à  chaque  page,  entouré  de  témoignages  de 
déférence  et  de  sympathie.  La  part  considérable  que  Bégon  prit,  tant  pour  le 
texte  que  pour  les  portraits,  à  la  publication  des  Hommes  illustres  y  est,  jour  par 
jour,  nettement  déterminée  :  on  voit  par  mille  détails  que  l'intendant  fut  pour 
Perrault  un  collaborateur  des  plus  dévoués  et  des  plus  précieux  ;  que  son  initia- 
tive, son  élan,  furent  vraiment  admirables,  et  c'est  surtout  pour  cette  protection 
intelligente,  généreuse,  donnée  aux  lettres  et  aux  arts,  que,  comme  l'a  proclamé 
M.  D.  (p.  18),  «  il  mérite  dans  l'histoire  de  la  curiosité,  une  place  que  d'autres 
»  amateurs  plus  célèbres  occupent  sans  avoir  les  mêmes  titres  que  lui  à  l'estime 

»  de  la  postérité.  » 

T.  DE  L. 


1.  Lettre  du  29  novembre  1 701,  p.  87, 

2.  Quelques  fragments  de  cette  correspondance  (qui  appartient  à  la  Bibliothèque 
nationale,  fonds  français,  n"  22800-2281 5)  avaient  été  pubhés,  comme  le  rappelle  M.  D., 
par  M.  Jal  {Dictionnaire  crititjue,  article  Bégon,  p.  170-175). 

3.  M.  D.  a  oublié  de  dire  que  c'était  Louis  Antoine  de  Noailles,  le  futur  cardinal- 
archevêque  de  Paris.  Mettons  ici  deux  autres  petites  observations.  M.  D.  est-il  bien  sûr 
de  la  lecture  (p.  23)  des  mots  Meslan  et  Rubrucquis.  Ce  sont  là  des  formes  inaccoutumées 
et  partout,  au  XVII*  siècle,  on  écrit  Mdlan  et  Rubruquis.  —  A  la  p.  98,  un  mot  a  été 
omis  dans  la  phrase  que  voici  :  «  J'ay  très  particulièrement  connu  M.  Brunier,  premier 
[médecin?]  de  Gaston,  oncle  du  roy.  » 

4.  On  lira  avec  plaisir,  j'en  suis  persuadé,  cette  citation  tirée  de  la  p.  103  :  «  A  Ro- 

»  chefort  le  25  avril  1703 Les  recueils  que  j'ay  des  Manuscrits  de  M'  de  Peyresc 

»  n'ont  rien  de  commun  avec  le  commerce  qu'il  pouvoit  avoir  avec  M'  de  Chasteuil  sur 
»  l'astrologie  judiciaire,  parce  que  ce  que  j  en  ay  est  principalement  sur  les  poids,  les 
»  mesures,  les  caractères  des  différentes  langues,  les  statues,  inscriptions  et  médailles.  Les 
»  autres  recueils  sur  toute  sorte  de  matières  sont  entre  les  mains  de  M'  Thomassin  de 
»  Mazogne  qui  en  a  plus  de  cent  volumes  in-folio  dont  il  a  extrait  ce  qu'il  a  crû  estre  le 
»  plus  curieux,  et  l'a  fait  imprimer,  mais  je  ne  sçais  pourquoy  il  n'a  pas  rendu  ce  livre 
»  public.  Il  a  fait  tout  ce  qu'il  a  pu  pour  tirer  de  moy  mes  huit  volumes,  mais  j'ay  tenu 
»  bon  parce  que  je  crois  que  lorsqu'on  a  dans  un  cabinet  comme  le  mien  des  manuscrits 
»  tels  que  ceux-là,  on  ne  doit  point  avoir  la  complaisance  de  s'en  défaire.  » 


d'histoire   et   de   littérature.  101 

34.  —  La  Révolution  française  et  la  Féodalité,  par  Henry  Doniol,  corres- 
pondant de  l'Institut.  Paris,  Guillaumin.  1874.  In-8',  xj-369  p.  —  Prix  :  5  fr. 

Cet  ouvrage  est  divisé  en  trois  livres  ;  le  premier  est  consacré  à  «  l'abolition 
de  la  féodalité  en  France  »,  le  second  à  «  l'abolition  de  la  féodalité  dans  les 
autres  états  du  continent  »,  le  troisième  à  «  l'abolition  de  la  féodalité  en  Angle- 
terre. » 

Je  ne  m'occuperai  ici  que  de  la  première  partie,  les  autres  étant  hors  de  ma 
compétence. 

Avant  tout,  il  est  nécessaire  d'observer  qu'en  se  servant  du  mot  «  Féodalité,  » 
M.  D.  emploie  un  terme  inexact.  La  Féodalité  s'entend  d'un  régime  politique 
et  social  ;  elle  avait  disparu  en  France  depuis  trois  siècles  à  l'époque  qu'étudie 
M.  D.  C'est  du  régime  «  seigneurial  »,  c'est-à-dire  d'un  état  exclusivement 
social  qu'il  devait  inscrire  l'abolition  en  tête  de  son  travail.  Cette  inadvertance 
n'est  pas  sans  gravité  parce  qu'elle  induit  l'esprit  en  une  certaine  confusion  qui 
se  fait  sentir  dans  les  conclusions  mêmes  de  l'auteur.  On  y  trouve  la  trace  des 
préjugés  qui  régnent  encore  aujourd'hui  dans  l'enseignement  populaire. 

Je  critiquerai  l'étude  de  M.  D.  au  point  de  vue  de  la  forme,  et  au  point  de 
vue  du  fond. 

Au  point  de  vue  de  la  forme  je  regrette  un  procédé  d'imitation  trop  visible  de 
la  manière  de  Montesquieu,  et  une  affectation  malheureuse  de  concision.  Le 
premier  livre  a  34  chapitres  pour  170  pages;  le  style  a  les  allures  cassantes. 
Tant  de  morcellement  n'est  pas  d'une  utilité  frappante  et  n'empêche  par  l'obscu- 
rité '.  Ce  n'est  pas  une  multitude  de  phrases  de  trois  mots  qui  donne  de  la  pré- 
cision à  la  diction.  Je  voudrais  que  la  pensée  fût  plus  claire  et  le  langage  plus 
correct.  Il  n'est  pas  encore  admis  d'écrire  «  davantage  que  »  (p.  120,  1 57)  ni 
«  interdire  que  »  (p.  19).  Ces  négligences  sont  particulièrement  choquantes  dans 
un  ouvrage  qui  paraît  viser  à  la  méthode  des  grands  modèles.  Un  petit  nombre 
d'aperçus  présentés  avec  netteté  et  simplicité  me  ferait  infiniment  plus  de  plaisir 
que  beaucoup  de  propositions  ambitieuses  dont  je  saisis  à  peine  le  sens,  celle-ci 
par  exemple  :  «  En  1 792  commença  cette  suite  de  décrets  qui  a  fait  des  institu- 
»  tions  civiles  de  1789  comme  le  phare  du  monde  »  (p,  147). 

Au  point  de  vue  du  fonds,  j'examinerai  les  appréciations,  les  affirmations  et  les 
éléments  de  ces  affirmations. 

Je  n'ai  rien  à  dire  des  publications  que  M.  D.  a  prises  pour  base  de  ses 
études.  Les  mémoires  des  acteurs  de  la  Révolution,  les  travaux  des  économistes, 
les  récits  tels  que  ceux  d'Arthur  Young  étaient  des  matériaux  indiqués  et  que 
M.  D.  était  invité  par  son  sujet  à  mettre  en  valeur.  Mais  il  a  voulu  pénétrer 
plus  avant  et  interroger  les  documents  manuscrits.  Il  est  venu  demander  aux 
Archives  Nationales  un  supplément  d'informations  et  voici  ce  qu'il  y  a  décou- 
vert en  ce  qui  concerne  les  vœux  des  paysans  en  1789  : 

«  Les  Archives  de  France  possèdent  ces  exemplaires  (des  cahiers)  multipliés 

I.  Je  viens  de  relire  pour  la  io«  fois  la  page  1 16  sans  pouvoir  la  comprendre. 


102  REVUE  CRITIQUE 

»  par  l'impatience.  Sous  les  liasses  vulgaires  qui  les  rassemblent,  dans  leur 
»  papier  grossier,  tout  sali  d'innombrables  signatures  rustiques,  ils  figurent 
»  exactement  l'état  de  ceux  qui  les  dressèrent,  à  côté  des  cahiers  des  bailliages 
))  magistralement  transcrits  dans  des  registres  luxueux.  Sur  les  marges  de  ces 
»  registres  les  bailliages  croyaient  avoir  écrit  la  constitution  définitive  de  la 
»  liberté  politique;  elle  n'est  pas  encore  faite,  tandis  que  ces  laides  pages 
»  paysannes  changèrent  la  face  du  monde  en  quelques  jours.  »  Et  en  note  pour 
la  précision:  «  Dans  les  cartons  des  Comités,  série  D  i-xiv  »  (p.  33-34). 
Et  plus  loin  «  Ces  cahiers  des  villages  sont  classés  aux  Archives  suivant  la  divi- 
»  sion  moderne  du  territoire  par  départements  »  (p.  3  5).  Après  cela,  il  est 
facile  de  comprendre  l'admiration  que  M.  D.  professe  pour  «  l'intuition  mer- 
veilleuse »  de  Michelet  (p.  28-29).  J'avoue  n'être  pas  encore  revenu  de  la  stu- 
péfaction où  m'a  jeté  la  lecture  du  passage  que  je  viens  de  citer.  Voici  en  effet, 
réduit  à  son  expression  la  plus  simple,  ce  qui  constitue  le  dépôt  des  cahiers  de 
1789  conservé  aux  Archives  Nationales. 

Chaque  ordre  dans  chaque  bailliage  rédigea  son  cahier.  Ce  cahier,  conservé 
en  minute  au  siège  de  la  délibération,  fut  délivré  en  original  aux  députés  qui  le 
portèrent  aux  Etats  généraux.  En  outre  il  fut  envoyé  en  expédition  à  peu  près 
régulièrement  au  Ministre  de  la  Maison  du  Roi,  et  très-irrégulièrement  au  con- 
trôleur des  finances. 

En  ce  qui  touche  le  Tiers-Etat,  non-seulement  il  y  eut  des  bailliages  princi- 
paux et  des  bailliages  secondaires  qui  se  réduisaient  quant  au  vote  et  venaient 
se  perdre  dans  le  bailliage  principal,  mais  encore  toutes  les  communautés  d'ha- 
bitants, les  paroisses,  voire  de  simples  particuliers  purent  émettre  et  émirent 
leurs  vœux,  qu'ils  envoyèrent  aux  bailliages  secondaire  ou  principal. 

Les  cahiers  destinés  aux  Etats  généraux  et  déposés  par  les  Députés  subsistent 
comme  pièces  annexes  dans  les  Archives  de  l'Assemblée  constituante  (série  C). 

Les  cahiers  envoyés  aux  Ministres  attirèrent  l'attention  de  Camus,  quand  il 
fut  nommé  archiviste  de  l'Assemblée.  Réunis  à  la  correspondance  administrative 
à  laquelle  avait  donné  lieu  la  convocation  des  Etats,  ils  formaient  un  ensemble 
qu'il  parut  intéressant  de  conserver.  Le  libraire  Roudouneau  était  préposé  à  la 
garde  des  Archives  de  la  Chancellerie  ;  il  communiqua  successivement  à  Camus 
de  1790  à  1791  les  dossiers  de  chaque  bailliage.  Camus  les  fit  transcrire  à 
mesure  qu'il  les  recevait  dans  des  registres  qu'il  enrichit  de  tables,  en  suivant 
l'ordre  alphabétique  des  bailliages.  Il  se  procura  également  la  collection  de 
Necker  et  la  transcrivit  avec  celle  de  Laurent  de  Villedeuil.  Il  devait  rendre 
l'une  et  l'autre  ;  ainsi  qu'il  arrive,  elles  ne  sortirent  pas  de  ses  mains.  Les  expé- 
ditions manuscrites  des  cahiers  subsistent  donc  aux  Archives  Nationales  à  côté 
de  la  transcription  exécutée  par  les  soins  de  Camus  (série  B). 

Jusqu'en  1858,  la  similitude  des  deux  fonds  fut  parfaite.  A  partir  de  cette 
époque  un  nouveau  classement  eut  pour  résultat  de  réunir  en  un  seul  bloc  les 
deux  collections  de  Necker  et  de  Villedeuil,  et  de  supprimer  une  division  qu'avait 
créée  Camus  sous  le  titre  :  Vœux  des  villes  et  des  communautés,  division  qui 
subsiste  dans  la  série  des  registres  de  transcription. 


d'histoire  et  de  littérature.  105 

Que  le  lecteur  se  reporte  maintenant  au  pied  de  l'échafaudage  bâti  par  M.  D., 
aux  registres  luxueux  des  bourgeois,  et  aux  laides  pages  paysannes,  les  uns 
impuissants  malgré  leur  appareil,  les  autres  changeant  la  face  du  monde  en 
quelques  jours  (je  laisse  de  côté  le  reste,  cartons  des  Comités  D  —  ils  ne  con- 
tiennent presque  pas  de  pièces  de  1789,  ces  documents  sont  ailleurs,  —  ordre 
de  départements,,  —  c'est  l'inverse  qui  est  vrai),  et  il  partagera  peut-être  l'éton- 
nement  que  m'a  causé  tout  ce  travestissement  déclamatoire  de  notions  élémen- 
taires ' . 

Certes,  et  pour  épuiser  le  sujet,  il  y  aurait  un  travail  fort  instructif  à  faire  sur 
les  cahiers  des  villages.  Il  y  a  une  quinzaine  d'années  feu  M.  Grùn  en  eut  la 
pensée;  il  me  suffit  pour  l'en  détourner  d'une  observation.  En  l'état,  cette  étude 
comporte  une  longue  pérégrination  dans  toutes  les  archives  de  France.  C'est  là 
seulement  qu'on  peut  réunir  les  matériaux  d'un  ensemble.  Les  vœux  des  paysans 
transmis  à  Paris  et  parvenus  à  l'hôtel  Soubise  sont  en  trop  petit  nombre 
pour  permettre  de  porter  à  leur  endroit  un  jugement  certain.  La  sénéchaussée 
d'Aix  présente,  il  est  vrai,  une  exception  remarquable  à  ce  fait.  Il  n'en  est  pas 
moins  vrai  de  dire  que  réduit  au  dépôt  de  Paris  cet  instrument  de  recherches 
sur  le  mouvement  de  1789  est  défectueux,  et  qu'il  s'accommode  à  toutes  les 
théories  préconçues. 

Je  passe  aux  affirmations. 

L'importante  question  de  l'origine  des  droits  seigneuriaux  est  traitée  par 
M.  D,  dans  le  sens  des  doctrines  qui  y  signalent  une  usurpation.  Je  ne  dissimule 
point  que  je  partage  l'opinion  contraire.  Il  est  manifeste  que  si  on  remonte  à 
l'établissement  de  la  propriété  immobilière,  toute  appropriation  collective  ou 
individuelle  implique  un  état  antérieur  d'où  résulte  un  envahissement  sur  le 
domaine  présumé  commun  à  la  population  qui  l'occupe.  C'est  là  une  spéculation 
hors  de  cause.  Je  pense  que  l'examen  attentif  de  l'éclosion  du  régime  féodal 
démontre  que  dans  la  majorité  des  cas  accessibles  à  l'observation,  les  faits 
réputés  servitudes  actives,  créées  par  le  seigneur  à  son  profit,  sont  au  contraire 
des  concessions  consenties  bénévolement  par  lui,  des  démembrements  de  ses 
droits.  A  la  suite  des  invasions  normandes  qui  peuvent  être  regardées  comme  le 
vrai  point  de  départ  de  ce  régime,  une  foule  de  villages  vinrent  se  grouper  à 
l'abri  des  mottes  seigneuriales.  Aux  paysans  qui  venaient  rechercher  sa  protection 
le  seigneur  distribua  pour  en  tirer  leur  nourriture  des  parcelles  de  terre  à  la 
simple  charge  d'un  cens  perpétuel  qui  marquait  la  nature  de  la  concession.  Les 
droits  d'usage  dans  les  forêts,  devenues  des  servitudes  passives  fort  désagréables 
et  onéreuses  aux  propriétaires  du  fond,  ont  presque  toujours  cette  origine.  Le 
dommage  était  minime  à  l'époque  de  la  concession,  il  était  à  peine  sensible  au 
seigneur.  Qu'en  1789,  tous  ces  souvenirs  fussent  perdus,  que  sous  l'empire  de 
besoins  singulièrement  accrus,  sous  l'influence  des  théories  humanitaires  large- 
ment répandues,  l'aspect  des  choses  se  soit  travesti  devant  les  yeux  des  inté- 

I .  Je  dois  en  passant  exprimer  le  regret  de  trouver  estropié  dans  une  étude  sur  la 
Révolution  le  nom  de  Treiihard  (p.  1 59). 


104  REVUE   CRITIQUE 

ressés,  cela  n'est  point  douteux.  Le  droit  fut  réputé  usurpation,  et  la  servitude 
exaction.  Cela  ne  suffit  point  pour  renverser  les  données  de  l'histoire. 

Au  xviii=  siècle  que  restait-il  des  droits  seigneuriaux  ?  Peu  de  chose  d'après 
l'opinion  commune.  De  ces  droits  les  uns,  dit-on,  avaient  disparu,  les  autres 
étaient  réduits  à  des  proportions  insignifiantes.  Telle  n'est  point  la  doctrine  de 
M.  D.  Il  semble  au  contraire,  à  l'entendre,  que  jamais  ce  régime  social  n'a  été 
plus  vivace,  plus  envahissant,  plus  oppressif:  «  Toutes  les  positions,  dit-il, 
«  dépendaient  des  cens  et  des  droits  utiles  »  (p.  1 5).  L'usurpation  était  instante, 
continue,  implacable.  Toute  une  classe  d'agents  avides,  percepteurs  et  feudistes, 
s'ingéniaient  à  falsifier  les  titres  en  les  renouvelant,  à  étendre  démesurément  les 
terriers  en  les  rajeunissant  (p.  42,  43,  87,  119).  Les  juridictions  elles-mêmes 
couvraient  l'usurpation  de  l'autorité  complaisante  de  leurs  arrêts.  Ce  fut  un  cri 
général. 

En  se  faisant  l'interprète  de  plaintes  fort  nombreuses,  il  est  vrai,  mais  bien 
souvent  aussi  vagues  que  déclamatoires,  M.  D.  n'a  pas  pris  garde  qu'il  n'écou- 
tait qu'une  des  parties  en  cause.  Les  moyens  d'étudier  la  question  en  soi  ne  font 
pourtant  pas  défaut.  Le  sujet  est  même  un  de  ceux  qui  offriraient  le  plus 
d'attraits  à  un  historien  économiste.  Sans  doute,  grâce  à  la  Révolution,  les 
archives  des  seigneurs  laïques  ont  été  généralement  détruites  ;  mais  celles  des 
seigneurs  ecclésiastiques  subsistent;  grâce  à  cette  même  Révolution  elles  sont 
centralisées  au  chef-lieu  de  chaque  département.  C'est  de  là  qu'on  peut  tirer  la 
vraie  connaissance  de  ce  qu'était  le  cens  au  xviii^  siècle,  comparé  à  ce  qu'il  fut 
dans  les  siècles  précédents,  pourvu  qu'on  y  joigne  la  pratique  des  localités. 
L'expérience  (très-restreinte  d'ailleurs)  que  j'en  ai  faite  et  dont  je  ne  voudrais 
pas  généraliser  les  conclusions  m'a  fait  assister  au  spectacle  le  plus  instructif, 
celui  d'un  état  à  peu  près  immobile  depuis  saint  Louis  jusqu'à  Louis  XVL  Dans 
un  petit  territoire  que  je  pourrais  citer,  dont  la  contenance  ne  dépasse  pas  1 50 
hectares,  le  domaine  direct  était  en  1 240  (comme  aujourd'hui  1 875)  de  1 20  hect., 
les  terres  redevables  d'un  cens  se  partageant  le  reste,  à  raison  de  80  habitants 
adultes  (la  population  est  toujours  à  ce  chiffre),  soit  5  quartiers  (l'arpent  y 
est  à  la  très-petite  mesure)  par  tête,  c'est-à-dire  ce  qu'un  homme  peut  à  peu  près 
cultiver  dans  ses  moments  de  loisir,  tout  en  travaillant  au  service  d'autrui  (ce 
dernier  fait  est  une  des  meilleures  marques  de  l'origine  de  la  concession).  Quant 
au  cens,  il  est  d'une  modicité  incontestable  même  dans  les  reconnaissances  les 
plus  modernes  des  terriers.  Quoi  qu'il  en  soit,  l'étude  locale  des  terriers  ecclé- 
siastiques, et  quand  ils  subsistent  laïques,  est  à  coup  sûr  un  des  premiers  élé- 
ments de  l'enquête  que  M.  D.  dénoue  dans  le  sens  de  réclamations  plus 
bruyantes  peut-être  que  sérieusement  motivées. 

Dans  tous  les  cas  et  à  priori,  le  tableau  tracé  par  M,  D.  des  positions  sociales 
universellement  subordonnées  aux  cens  et  aux  servitudes  seigneuriales  est  pure- 
ment fantastique.  Je  parlais  tout  à  l'heure  du  domaine  direct.  Ce  domaine  a  eu 
dans  tous  les  siècles  le  rôle  prédominant.  De  tout  temps  les  seigneurs  laïques  ou 
ecclésiastiques  ont  administré,  soit  par  des  régisseurs,  soit  par  des  fermiers,  des 
propriétés  immobilières,  maisons,  terres  ou  bois,  absolument  libres.  Ces  pro- 


d'histoire  et  de  littérature.  105 

priétés  composaient  les  trois  quarts  au  moins  du  territoire  de  la  France.  Elles 
avaient  pu  être  grevées  de  services,  mais  de  services  exclusivement  féodaux, 
c'est-à-dire  de  l'ordre  politique,  entièrement  éteints  au  xviii^  siècle. 

A  la  vérité,  M.  D.  range  les  dîmes  au  rang  des  droits  seigneuriaux  (p.  3,11, 
71).  Cette  assertion  n'est  pas  exacte;  elle  comporte  tout  au  moins  une  distinction 
fondamentale.  Non-seulement  il  est  permis  de  concevoir  la  dîme  comme  une 
institution  qui  se  prête  à  tous  les  régimes  politiques,  propre  à  tous  ceux  où  une 
foi  religieuse  exerce  son  empire  sur  une  nation  ;  mais  il  est  certain  que  l'organi- 
sation en  fut  de  beaucoup  antérieure  à  la  formation  de  la  féodalité  en  France. 
Elle  ne  représente  donc  pas  essentiellement  un  droit  seigneurial;  ce  qui  est 
exact,  c'est  qu'elle  fut  souvent  usurpée,  soit  par  suite  de  violences,  soit  en 
vertu  d'abandon  volontaire.  Il  y  eut  en  un  mot  des  dîmes  inféodées.  De  la 
dégénérescence  partielle  d'une  institution,  il  importe  de  ne  pas  tirer  des  consé- 
quences contraires  à  sa  signification  constitutive.  Dans  son  principe,  la  dîme  est 
un  mode  de  paiement,  un  procédé  d'entretien  d'un  corps  à  l'existence  duquel 
une  nation  rattache  la  sienne  même;  la  suppression  de  ce  mode  implique  son 
remplacement  par  un  mode  équivalent,  même  dans  celles  de  ses  parties  qui  ont 
fait  l'objet  d'aliénation  (aliénation  légitime  comme  toutes  celles  qui  représentent 
le  démembrement  d'un  droit  d'usage  ou  d'usufruit);  à  moins  que  la  nation 
accueille  la  volonté  de  se  dégager  de  toute  foi  religieuse  et  répudie  le  soin  d'en- 
tretenir aucun  clergé. 

Les  appréciations  remplissent  la  majeure  partie  du  livre  de  M.  D.  Elles  se 
résument  toutefois  dans  la  critique  de  l'œuvre  attribuée  à  l'Assemblée  consti- 
tuante et  dans  l'éloge  prodigué  aux  Assemblées  qui  l'ont  suivie,  surtout  à  la 
Convention.  Cette  critique  même  se  réduit  à  un  point,  l'hésitation,  l'abstention 
de  mesures  radicales.  Il  est  difficile  d'accepter  ce  jugement.  En  présence  du  régime 
seigneurial,  la  Constituante  admit  une  distinction  essentielle:  des  droits  de  la  seigneu- 
rie, elle  fit  deux  parts;  elle  plaça  d'un  côté  les  droits  honorifiques  (ou  assimilés), 
de  l'autre  les  droits  utiles.  Elle  abolit  les  premiers,  parce  que  de  leur  nature  ils 
sont  inappréciables  en  argent,  partant  non  rachetables  ;  elle  posa  pour  les  autres 
le  principe  du  rachat,  de  l'indemnité  pécuniaire.  Elle  suivit  en  cela  les  principes 
de  l'équité.  Autant  qu'on  peut  la  saisir,  car  elle  n'est  pas  toujours  nette  (voyez 
surtout  p.  60,  61,  69,  81,  87,  1 12,  113,  114,  IIS,  119,  121,  124,  126,  127, 
129,  1 30)  la  pensée  de  M.  D.,  quand  il  énumère  les  fautes  de  la  Constituante, 
se  concentre  sur  deux  ordres  de  reproche.  L'un  consiste  à  blâmer  cette  Assem- 
blée de  n'avoir  pas  rangé  les  droits  seigneuriaux  au  nombre  des  servitudes 
d'Etat,  de  n'en  avoir  pas  fait  une  dette  publique  '.  Mais  une  question  préjudi- 
cielle se  posait  devant  elle  :  l'Etat  était-il  assez  riche  pour  assumer  un  pareil 
fardeau  ?  Le  moment  était-il  bien  choisi  pour  accroître  la  dette  publique,  alors 
que  le  déficit  du  budget  était  précisément  le  motif  de  la  convocation  des  repré- 
sentants de  la  Nation  ?  Enfin  l'opération  ne  devait-elle  pas  soulever  une  foule  de 

I.  Ailleurs  M.  D.  loue  nos  assemblées  de  n'avoir  pas  accepté  ce  principe  (p.  155).  De 
là  robscurité  dont  je  me  plains. 


I06  REVUE   CRITIQUE 

difficultés  de  détail  dont  la  solution  demandait  de  longues  années  ?  La  Consti- 
tuante assimila  le  règlement  de  toutes  ces  difficultés  à  un  débat  d^intérêts  privés, 
dans  lesquels  elle  n'avait  pas  à  intervenir  et  qu'elle  était  absolument  incompé- 
tente à  trancher.  Selon  moi,  elle  fit  bien,  et  se  tint  dans  les  principes  de  la 
justice  et  du  droit. 

Dans  un  autre  ordre  d'idées,  connexe  d'ailleurs  au  précédent,  au  fond  le 
dominant,  M.  D.  blâme  la  Constituante  d'avoir  admis  le  titre  seigneurial  et  con- 
sacré le  droit  d'en  faire  la  preuve  comme  celle  de  tout  autre  titre.  Au  lieu  que 
la  Législative  restreignit  les  moyens  de  preuves,  et  que  la  Convention  détruisit 
le  droit  lui-même.  Et  selon  M.  D.  la  Convention  eut  raison  «  parce  qu'il  est 
»  impraticable  d'ériger  les  choses  gênantes  (sic)  en  intérêt  supérieur  quand  elles 
»  entravent  le  développement  d'un  pays  et  que  tous  les  esprits  les  repoussent  » 
(p.  1 5  5).  En  somme,  voilà  l'argument  principal  de  M.  D.  J'en  nie  la  valeur. 

Oui,  certes,  les  droits  seigneuriaux  étaient  à  quelques  égards  «  gênants  »  (pas 
tant  que  le  dit  l'auteur);  surtout  ils  étaient  «  odieux».  C'est  là  le  sort  commun 
à  tous  les  impôts  directs.  Ni  les  révolutions  ni  les  théories  ne  changeront  ce  fait, 
parce  qu'elles  sont  impuissantes  à  changer  la  nature  de  l'homme.  Les  impôts 
fonciers,  ceux  des  prestations ,  des  portes  et  fenêtres,  des  mutations  de  tout  genre  • 
sont,  que  M.  D.  en  soit  assuré,  et  resteront  aussi  «  odieux  »  que  le  furent  les 
cens,  les  lods  et  vente,  les  dénombrements  et  reconnaissances  de  terriers.  L'im- 
mense majorité  des  contribuables  ressent  le  plus  vif  désir  de  s'en  affranchir. 
Faut-il  les  abolir  ?  Les  noms  sont  autres.  La  chose  subsiste  et  subsistera. 

L'indulgence  que  M.  D.  professe  pour  des  actes  que  l'équité  réprouve  est 
marquée  à  toutes  les  pages  de  son  livre.  Quand  il  parle  de  l'incendie  des  châ- 
teaux, il  ne  craint  pas  d'avancer  (p.  53)  «  que  nous  réprouvons  ces  jacqueries 
»  parce  qu'elles  furent  des  précédents.  «  (Comment  !  seulement  pour  cela  !) 
«  Et  que  les  contemporains  ne  s'en  émurent  pas.  »  Quoi  !  pas  même  les  incen- 
diés, les  familles  en  fuite,  et  qui  cherchaient  un  asile  !  Après  cela  comment 
s'étonner  que  les  historiens  de  l'école  de  M.  D.  fassent  un  crime  aux  émigrés 
d'avoir  abondonné  la  terre  de  France  ! 

Tel  est  l'esprit  de  l'ouvrage  de  M.  D.  Je  le  regrette,  parce  que  l'auteur  y  fait 

preuve  de  qualités  sérieuses  ;  il  a  étudié  et  médité  son  sujet.  A  presque  tous  les 

points  de  vue  je  crois  ses  conclusions  erronées. 

H.  Lot; 

P.  S.  Après  réflexion,  je  pense  que  M.  D.  a  confondu  ce  qu'il  appelle  les 
cahiers  des  paysans  en  1789  avec  les  plaintes  envoyées  au  Comité  des  Droits 
Féodaux  (D  xiv).  Ce  sont  choses  bien  différentes.  Les  vœux  de  1789  ont  un 
caractère  de  généralité  et  surtout  de  spontanéité  (autant  que  la  spontanéité 
existe  en  ces  matières)  dont  les  plaintes  sont  dépourvues.  Les  documents  de 
D  XIV  sont  des  adresses,  des  pétitions  restreintes  dans  leur  objet,  postérieures 
au  mouvement  de  1789,  obéissant  (1790-1 791)  à  l'impulsion  imprimée  par 
l'assemblée  elle-même,  la  dépassant  ensuite,  ou  s'efforçant  de  faire  prévaloir  les 
débris  du  droit  qui  subsistent  dans  l'interprétation  des  restrictions  de  la  loi.  Les 
réclamations  des  seigneurs  y  coudoient  celles  des  paroisses;  historiquement  elles 


d'histoire  et  de  littérature.  iô';^ 

n'ont  pas  une  moindre  valeur.  Le  classement  des  pièces  par  ordre  départemental 
est  à  lui  seul  un  indice  de  leur  caractère.  Sur  2500  pétitions  environ  reçues  par 
le  Comité  des  Droits  Féodaux,  il  n'y  en  a  que  cent  qui  appartiennent  à  l'année 
1789.  H.  L. 

35.  —  Gabriel  Monod,  Jules  Michelet,  avec  un  portrait  à  l'eau-forte  par  Boilvin, 
un  sonnet  par  G.  Lafenestre  et  un  fac-similé.  Paris,  Sandoz  et  Fischbacher.  i  vol. 
in- 18,  124  p.  —  Prix  :  3  fr.  50. 

Ce  petit  volume,  imprimé  avec  luxe  et  accompagné  d'une  charmante  eau-forte, 
n'est  pas  une  étude  critique  sur  les  œuvres  de  Michelet,  comme  pourrait  le  faire 
supposer  le  nom  de  son  auteur.  Il  contient  une  biographie  littéraire  de  l'illustre 
historien,  suivie  d'une  appréciation  de  son  talent  et  d'une  analyse  des  sentiments 
et  des  idées  qui  ont  inspiré  ses  œuvres.  Dans  un  avant-propos,  M.  Monod  a 
indiqué  les  raisons  de  reconnaissance  et  d'affection  pour  lesquelles  il  s'est  con- 
tenté d'expliquer  le  talent  de  Michelet  et  s'est  abstenu  de  le  juger.  Cependant, 
malgré  sa  discrétion,  on  discerne  bien  à  travers  les  expressions  de  son  admira- 
tion les  points  sur  lesquels  il  aurait  des  réserves  à  faire. 

Ce  n'est  point  ici  le  lieu  d'apprécier  la  valeur  littéraire  de  cette  étude.  Nous 
nous  bornerons  à  signaler  la  présence  de  quelques  détails  inédits  sur  Michelet, 
entre  autres  la  lettre  reproduite  en  fac-similé  à  la  fm  du  volume  et  qui  a  pris 
aujourd'hui  un  intérêt  historique.  La  voici  dans  sa  tragique  concision  :  «  16  juillet 
»  1870.  —  Les  événements  se  sont  précipités,  cher  Monsieur.  Le  crime  est 
»  accompli.  —  L'Europe  interviendra ,  mais  pas  assez  vite  pour  qu'il  n'y  ait 
»  avant  un  désastre  immense:  —  Je  vous  serre  la  main.  —  J.  Michelet.  —  J'ai 
»  envoyé  aux  journaux  des  lettres,  hélas!  inutiles.  » 

Une  bibliographie  des  œuvres  de  Michelet  accompagne  l'étude  de  M.  M.  Nous 
craignons  qu'elle  ne  soit  pas  sur  tous  les  points  parfaitement  exacte.  Ainsi  la 
4*  édition  du  Précis  d'Histoire  de  France  est  indiquée  comme  étant  de  1841. 
Nous  en  possédons  un  exemplaire  qui  porte  la  date  de  1842.  Il  est  vrai  que 
Michelet  faisait  faire  pour  ses  premières  œuvres  des  tirages  successifs  où  la  date 
variait,  mais  sans  changer  le  numéro  d'ordre  de  l'édition,  lorsque  le  texte  n'avait 
pas  subi  de  remaniements.  C'est  là  une  grande  difficulté  pour  le  bibliographe. 
Une  erreur  plus  grave  et  que  M.  M.  aurait  dû  éviter,  c'est  l'omission  dans 
la  bibliographie  des  trois  volumes  de  l^Histoire  de  France  relatifs  au  xviii*  s.  : 
la  Régence,  1864.  —  Louis  XV,  1866.  —  Louis  XV  et  Louis  XVI ,  1867.  Nous 
avons  peine  à  comprendre  une  pareille  inadvertance. 

L'exécution  typographique  de  cet  élégant  volume  n'est  pas  irréprochable.  Nous 
y  avons  remarqué  surtout  page  67, 1.  18,  un  le  pour  la  qui  défigure  une  citation 
de  SuUy-Prudhomme. 

VARIÉTÉS. 
Société  des  anciens  textes  français. 

On  nous  communique  le  programme  de  la  Société  qui  vient  de  se  constituer  sous  les 
auspices  des  savants  les  plus  autorisés  en  vue  de  la  publication  des  anciens  monuments 


I08  REVUE  CRITIQUE 

de  notre  langue.  Nos  lecteurs  nous  sauront  gré,  pensons-nous ,  de  placer  sous  leurs  yeux 
ce  document  in-extenso. 

«  La  Société  que  nous  fondons  se  propose  de  publier  des  monuments  de  notre 
ancienne  langue  et  de  notre  ancienne  littérature.  Ces  monuments,  pour  la  plu- 
part, gisent  encore  inédits,  souvent  inconnus,  dans  nos  archives  et  dans  nos 
bibliothèques,  exposés  à  toutes  les  chances  de  destruction.  Il  est  vrai  que  depuis 
le  siècle  dernier  on  a  commencé  à  mettre  au  jour  quelques-uns  de  nos  vieux 
textes,  et  qu'il  se  passe  peu  d'années  sans  qu'il  en  paraisse  encore  ;  mais  ces 
publications  sont  peu  de  chose  si  on  les  compare  à  l'immensité  du  fonds  qui  reste 
à  exploiter.  D'ailleurs  beaucoup  d'entre-elles,  exécutées  par  des  amateurs  mal 
préparés,  ne  répondent  en  aucune  façon  aux  exigences  de  la  science.  Enfin, 
surtout  depuis  quelques  années,  la  plupart  se  font  hors  de  chez  nous,  en  Alle- 
magne, en  Belgique,  en  Angleterre.  Cet  état  de  choses  est  regrettable  :  nous 
convions  tous  ceux  qui  le  pensent  comme  nous  à  nous  aider  dans  l'œuvre  que 
nous  allons  entreprendre. 

Les  anciens  textes  français  et  provençaux  ont  une  triple  importance,  suivant 
qu'on  les  considère  comme  servant  à  l'histoire  de  la  langue,  de  la  littérature,  ou 
de  la  nation  elle-même.  Ce  dernier  point  de  vue  est  peut-être  celui  qui  a  le 
moins  attiré  l'attention  :  on  s'est  enquis  des  faits  de  notre  histoire,  et  c'est  ce 
qui  a  fait  mettre  au  jour  un  nombre  considérable  de  nos  anciennes  chroniques  ; 
mais  Phistoire  des  idées,  des  sentiments,  des  mœurs  de  nos  ancêtres  a  été  bien 
plus  négligée.  Elle  est  tout  entière  dans  ces  innombrables  ouvrages  qui,  du 
xii^  siècle  au  xvF,  ont  charmé  toutes  les  classes  de  la  société  française,  soit  qu'ils 
en  exprimassent  l'idéal,  soit  qu'ils  en  reflétassent  la  vie.  La  religion,  les  institu- 
tions, le  droit,  la  famille,  l'éducation,  la  société,  la  guerre,  le  commerce,  Pin- 
dustrie,  l'art  du  moyen-âge  ne  redeviendront  compréhensibles  et  vivants  pour 
nous  que  quand  les  documents  de  tout  genre,  mis  en  grand  nombre  à  la  portée 
•  des  travailleurs,  auront  été  rapprochés,  analysés  et  interprétés. 

Quant  à  l'histoire  de  notre  langue,  cette  expression  essentielle  de  notre 
nationalité,  elle  est,  faute  de  textes,  à  peine  ébauchée.  Faire  revivre  les  anciens 
dialectes  et  les  rattacher  aux  patois  modernes,  suivre  dans  son  élaboration  et 
dans  son  développement  la  langue  littéraire,  telle  est  la  tâche  immense  qui  s'im- 
pose au  philologue.  Il  ose  à  peine  aujourd'hui  en  aborder  quelque  partie,  sûr 
que  même  en  se  restreignant  il  n'atteindra  que  des  résultats  provisoires.  Et 
cependant  les  moyens  d'information  abondent.  A  partir  du  xiii^  siècle,  déjà  plus 
anciennement  sur  quelques  points  isolés,  les  dialectes  vulgaires  ont  été  employés 
à  la  rédaction  des  actes  privés  et  publics  ;  les  œuvres  littéraires,  qui  apparaissent 
dès  le  ixe  siècle,  pullulent  à  partir  du  xll^  Un  glossaire  de  la  langue  d'oïl  et  de 
la  langue  d'oc,  une  grammaire  comparée  des  dialectes  français  et  provençaux, 
enfin,  cette  œuvre  magnifique,  une  histoire  de  la  langue  française,  ne  pourront 
être  exécutés  d'une  manière  satisfaisante  que  quand  des  éditions  faites  avec  soin 
et  critique  auront  mis  le  savant  en  mesure  de  connaître  et  de  classer  toutes  ces 
richesses  dont  l'existence  ne  fait  aujourd'hui  que  le  décourager. 

Mais  l'intérêt  littéraire  domine  peut-être  les  deux  autres.  Sans  parler  du 


d'histoire  et  de  littérature.  top 

mérite  et  du  charme  si  divers  des  productions  du  vieux  génie  français,  elles  ont 
une  importance  capitale  pour  l'histoire  des  littératures  modernes.  Ces  littératures, 
on  le  sait  maintenant  à  n'en  pas  douter,  ont  la  nôtre  pour  mère.  Au  Nord,  la 
grande  poésie  épique,  la  plus  vraiment  nationale  que  nous  ayons  jamais  possédée, 
puis  les  compositions  romanesques  nées  dans  une  société  déjà  raffinée  et  brillante, 
plus  tard  les  contes,  les  oeuvres  didactiques,  enfin  le  drame  religieux  et  popu- 
laire, ont  suscité  tout  autour  de  nous  des  imitations  d'abord  serviles,  puis  de 
plus  en  plus  libres,  grâce  auxquelles  les  peuples  voisins  sont  arrivés  à  leur  tour 
à  produire  des  œuvres  originales.  Au  Midi,  c'est  la  poésie  lyrique,  qui,  éveillée 
la  première  après  un  silence  de  six  siècles,  a  passé  de  bouche  en  bouche  d'abord 
à  nos  trouvères,  puis  aux  poètes  de  l'Espagne  et  du  Portugal,  aux  Minnesinger 
allemands,  aux  chantres  italiens,  précurseurs  de  Dante  et  de  Pétrarque.  Aussi 
la  littérature  française  du  moyen-âge  est-elle  en  quelque  sorte  le  patrimoine 
commun  de  l'Europe,  car  toutes  les  nations  de  l'Europe  la  retrouvent  à  la  base 
de  la  leur.  Partout  on  publie  les  traductions,  les  imitations  de  nos  poèmes,  de 
nos  romans,  de  nos  chansons,  de  nos  mystères  ;  et  combien  de  fois  n'avons-nous 
pas  à  rougir  en  lisant  dans  la  préface  de  l'éditeur  anglais,  italien,  allemand, 
hollandais,  suédois  ou  norvégien,  qu'il  n'a  pu  comparer  l'œuvre  qu'il  imprime  à 
l'original  français,  parce  que  celui-ci  est  inédit!  Aussi  se  décident-ils  à  venir  aux 
frais  de  leurs  gouvernements  copier  sous  nos  yeux,  dans  nos  bibliothèques,  pour 
les  imprimer  dans  leurs  pays,  ces  manuscrits  que  nous  gardons,  mais  que  nous 
semblons  mépriser.  A  tous  ces  ouvriers  du  dehors  qui  travaillent  dans  notre 
vigne,  nous  ne  devons  que  des  remerciements  ;  mais  il  est  grandement  temps, 
croyons-nous,  de  les  dispenser  de  leur  obligeant  concours  et  de  faire  la  vendange 
nous-mêmes. 

Il  est  un  dernier  point  de  vue  sur  lequel  nous  appellerons  l'attention,  c'est  la 
valeur  de  notre  ancienne  littérature  pour  l'éducation  nationale.  Nous  ne  parlons 
pas  seulement  de  l'instruction  qui  se  donne  dans  nos  collèges  :  les  Allemands 
associent  dans  leurs  gymnases  l'étude  de  leur  poésie  du  moyen-âge  à  celle  des 
œuvres  antiques;  chez  nous  aussi,  croyons-nous,  il  y  aurait  tout  avantage  à  faire 
lire  à  la  jeunesse  Joinville  et  la  Chanson  de  Roland  à  côté  d'Hérodote  et  de  l'Iliade. 
Mais  pour  tout  le  monde  il  y  a  un  grand  intérêt  à  connaître  ce  qu'a  été  pendant 
six  siècles  la  vie  intellectuelle  et  morale  de  la  France  :  aussi  ne  craindrons-nous 
pas,  à  côté  de  simples  reproductions,  de  joindre  à  nos  volumes  des  introductions, 
des  commentaires,  des  glossaires,  des  traductions  même,  qui  mettront  à  la  portée 
de  tous  le  plaisir  et  le  profit  que  contiennent  ces  vieux  livres. 

Ce  sont  ces  considérations  et  ces  sentiments  qui  nous  ont  décidés  à  fonder  la 
Société  des  anciens  textes.  Nous  pensons  qu'il  n'est  pas  d'œuvre  plus  vraiment 
nationale  que  celle  à  laquelle  nous  voulons  nous  consacrer.  Nous  faisons  appel 
pour  nous  aider  non-seulement  à  tous  ceux  qui  s'intéressent  à  l'histoire  des 
langues  et  des  littératures  romanes,  mais  encore  à  tous  ceux  qui  aiment  la  France 
de  tous  les  temps,  à  tous  ceux  qui  croient  qu'un  peuple  qui  répudie  son  passé 
prépare  mal  son  avenir,  à  tous  ceux  qui  savent  que  la  conscience  nationale  n'est 
pleine  et  vivante  que  si  elle  relie  dans  un  sentiment  profond,  de  solidarité  les 


I  10  REVUE   CRITIQUE 

générations  présentes  à  celles  qui  se  sont  éteintes.  Pour  réussir,  notre  œuvre  a 
besoin  de  puissants  encouragements  :  nous  avons  la  confiance  qu'ils  ne  nous 
manqueront  pas.  Nous  avons  fixé  à  une  somme  peu  élevée  le  chiffre  de  la  coti- 
sation ;  nous  avons  abaissé  encore  celui  de  la  cotisation  perpétuelle,  parce  que 
nous  ne  nous  adressons  pas  seulement  aux  érudits  ou  aux  riches,  parce  que  nous 
voudrions  que  tous  pussent  participer  à  notre  entreprise.  Mais  les  cotisations,  si 
nombreuses  qu'elles  soient,  nous  permettront  difficilement  d'atteindre  le  but  que 
nous  visons,  c'est-à-dire  de  publier  beaucoup,  bien  et  à  bon  marché.  Nous  espé- 
rons que  des  donations  plus  importantes  nous  aideront  à  réaliser  une  pensée  qui, 
surtout  au  moment  présent,  doit  rencontrer  de  nombreuses  sympathies. 

Les  publications  de  la  Société  seront  in-octavo;  chaque  volume  sera  revêtu 
d'un  élégant  cartonnage.  Le  nombre  des  volumes  publiés  annuellement  sera 
déterminé  par  les  ressources  de  la  Société.  Les  ouvrages  dont  nous  pouvons  dès 
à  présent  promettre  la  publication  prochaine  sont,  entre  autres  : 

Aiol,  chanson  de  geste;  —  la  Bataille  de  Roncevaux  (texte  rajeuni  de  la  Chanson  de 
Roland);  —  Tristan;  —  Œuvres  de  Crestien  de  Troies;  —  Le  roman  de fîm«u5 ;  —  Le 
roman  des  Sept  Sages;  —  Girart  de  Roussillon;  —  Chansons  du  roi  de  Navarre;  —  Chro- 
nique de  Jehan  le  Bel;  —  Recueil  de  mystères  ou  miracles  de  la  Vierge;  —  Recueil 
général  des  farces;  —  Le  mystère  de  la  Passion  en  provençal;  —  Chansons  populaires 
du  XV'  siècle;  —  Contes  de  Philippe  de  Vigneulles,  etc.,  etc. 

La  cotisation  est  fixée  à  25  francs  par  an.  On  peut  racheter  sa  cotisation 
annuelle  pour  la  durée  de  sa  vie  en  payant  une  somme  de  250  francs.  —  On 
pourra  souscrire  aux  publications  sur  grand  papier  moyennant  50  francs  par  an 
ou  500  francs  une  fois  payés.  —  Les  membres  qui  verseront  une  somme  de 
5  00  francs  au  moins  recevront  le  titre  de  membres  fondateurs  et  figureront  en  tête 
de  la  liste  des  membres.  —  Les  membres  qui  verseront  une  somme  de  250  francs 
auront  le  titre  de  membres  perpétuels  et  figureront  sur  la  liste  après  les  membres 
fondateurs. 

Indépendamment  de  la  cotisation,  chaque  membre  nouveau  admis  dans  la 
Société  aura  à  acquitter  un  droit  d'entrée  de  10  francs.  Les  trois  cents  premiers 
souscripteurs  seront  exemptés  de  ce  droit.  Ce  droit  est  personnel  et  ne  varie  pas 
quand  un  même  membre  souscrit  à  plusieurs  exemplaires. 

Le  bureau  provisoire  de  la  Société  est  composé  de  : 
MM.   Paulin  Paris,  membre  de  l'Institut,  président; 

Natalis  De  Wailly,  membre  de  l'Institut,  vice-président; 

Marquis  De  Queux  de  Saint-Hilaire,  administrateur; 

Paul  Meyer,  chargé  du  cours  de  langues  romanes  à  l'Êcoles  des  chartes, 

secrétaire; 
Baron  James  E.  De  Rothschild,  trésorier; 
L'éditeur  de  la  Société  est  M.  Ambroise  Firmin-Didot. 

Les  adhérents  sont  priés  d'écrire  à  M.  Paul  Meyer,  99,  rue  de  la  Tour,  Passy- 
Paris.  Dès  que  la  Société  aura  recueilli  un  nombre  suffisant  d'adhésions,  le  bureau 
provoquera  une  réunion  générale,  à  laquelle  on  soumettra  les  statuts  de  la 
Société.  » 


d'histoire  et  de  littérature.  III 

SOCIÉTÉS  SAVANTES. 

ACADÉMIE   DES   INSCRIPTIONS   ET   BELLES-LETTRES. 

Séance  du  $  février  1 87  5 . 

Le  ministre  de  l'instruction  publique  transmet  à  l'académie  une  lettre  de 
M.  Ém.  Burnouf,  directeur  de  l'école  d'Athènes,  qui  contient  une  note  de 
M.  Lyghounès  sur  deux  statues  de  marbre  trouvées  en  décembre  1874  dans  les 
ruines  d'Aptéra  en  Crète.  Cette  lettre  annonce  que  des  photographies  de  ces 
statues  seront  envoyées  à  l'académie.  —  M.  Leblanc,  conservateur  de  la  biblio- 
thèque et  du  musée  de  Vienne  (Isère),  envoie  des  copies  des  deux  inscriptions 
dont  il  a  annoncé  la  découverte  (séance  du  30  décembre  1874).  —  Le  ministre 
transmet  des  estampages  d'inscriptions  provenant  de  Rome,  et  des  estampages 
d'inscriptions  sémitiques  envoyés  par  M.  de  S*e-Marie. 

Ouvrages  déposés  : 

Felice  Walmass,  Paleologia  coptica  ; 

Robiou,  les  classes  populaires  en  France  au  moyen-âge,  etc. 

M.  Jourdain  présente  de  la  part  des  auteurs  une  Histoire  de  la  littérature  fran- 
çaise au  moyen-âge,  par  M.  Gidel,  et  le  premier  livre  des  fables  de  La  Fontaine 
accompagné  d'une  traduction  latine  interlinéaire,  etc.,  par  M.  Hipp.  Cocheris.  Ce 
dernier  ouvrage  a  pour  but  de  montrer  comment  les  mots  latins  ont  passé  à  la 
forme  qu'ils  ont  aujourd'hui  en  français. 

M.  de  Longpérier  présente  de  la  part  de  M.  Lenormant  le  3*  fascicule  de  son 
Choix  de  textes  cunéiformes  inédits  ou  incomplètement  publiés. 

M.  Defrémery  présente  de  la  part  de  M.  G.  Paris  Le  petit  Poucet  et  la  Grande- 
Ourse, nouveWe  édition,  augmentée,  d'un  travail  qui  a  paru  pour  la  première  fois 
dans  les  mémoires  de  la  Société  de  linguistique  de  Paris  («  offert  à  l'université 
de  Leyden,  le  8  février  1875  »). 

M.  de  Vogué  présente  la  fin  du  i"  vol.,  le  2"^  vol.,  et  la  fm  de  l'atlas,  du 
compte-rendu  de  l'exploration  de  la  mer  Morte  organisée  par  le  duc  de 
Luynes. 

M.  de  Witte  présente  les  tomes  11  et  12  de  la  Revue  bibliographique  univer- 
selle. 

M.  Derenbourg  présente  La  femme  juive,  sa  condition  légale  d'après  la  Bible  et 
le  Talmud,  par  M.  Emm.  Weill,  rabbin  à  Versailles. 

M.  Jourdain  termine  la  seconde  lecture  de  son  mémoire  sur  Nicolas  Oresme 
et  les  astrologues  à  la  cour  de  Charles  V. 

M.  Naudet  lit  un  mémoire  sur  la  caserne  des  pérégrins,  castra  peregrinorum, 
à  Rome.  Cette  caserne  est  indiquée  par  d'anciens  plans  de  Rome  comme  située 
dans  la  2*^  région,  sur  le  mont  Coelius.  Elle  servait  de  demeure  aux  soldats  que 
plusieurs  inscriptions  mentionnent  sous  le  nom  de  milites  peregrini.  M.  Naudet 
recherche  ce  qu'étaient  ces  soldats.  M.  Henzen,  qui  a  déjà  étudié  cette  question, 
a  fait  remarquer  qu'il  y  avait  une  grande  connexité  entre  ces  pérégrins  et  les 
centurions  ou  soldats  désignés  sous  le  nom  de  frumentaires.  Il  a  supposé  que 


112  REVUE   CRITIQUE    D'HISTOIRE    ET   DE   LITTÉRATURE. 

les  frumentaires  et  les  pérégrins  étaient  deux  classes  de  militaires  qui  compo- 
saient ensemble  un  corps  de  milice  politique.  M.  Henzen  admet  d'ailleurs  que 
les  milites  peregrini  n'étaient  pas  des  citoyens  romains.  M.  Naudet  repousse  cette 
théorie.  Il  lui  paraît  bizarre  que  des  citoyens  et  des  étrangers  (les  frumentaires 
étaient  des  légionnaires  et  par  conséquent  des  citoyens  romains)  fussent  réunis 
dans  un  même  corps.  D'ailleurs  les  personnages  qualifiés  de  peregrini  sont  dési- 
gnés, comme  des  romains,  par  leur  nom  et  leur  prénom,  le  nom  de  leur  père, 
celui  de  leur  tribu,  et  leur  surnom.  Selon  lui  ce  sont  des  Romains  et  ils  ne  font 
qu'un  avec  les  frumentaires.  Ceux-ci  étaient  des  soldats  ou  des  centurions  déta- 
chés des  légions  campées  dans  les  provinces  et  préposés  au  commissariat  des 
vivres.  Le  nom  de  peregrinus,  désignant  d'abord  les  sujets  de  Rome  non  citoyens 
romains  qui  habitaient  les  provinces,  avait  fmi  par  devenir  synonyme  de  pro- 
vincial ;  c'est  ainsi  que  Faustine,  dans  une  lettre  à  Marc-Aurèle,  rapportée  par 
Vulcatius  Gallicanus,  applique  ce  mot  à  Pompeianus,  gendre  de  l'empereur, 
alors  absent  de  Rome  :  or  tous  les  légionnaires,  ayant  leur  domicile  au  campe- 
ment de  leur  légion,  étaient  des  provinciaux;  quand  ils  étaient  appelés  à  Rome 
pour  y  faire  le  service  de  frumentaires,  il  était  donc  naturel  que  les  habitants  de 
Rome  donnassent  à  ces  soldats  venus  des  provinces  le  nom  de  peregrini,  à  leur 
demeure  celui  de  castra  peregrinorum.  Les  frumentaires  n'étaient  pas  organisés 
en  centuries  ou  en  cohortes,  ils  formaient  un  bureau  régi  par  un  chef  et  un  sous- 
chef  {princeps,  subpr inceps).  Sous  Dioclétien  ils  disparurent  et  furent  remplacés 
par  une  administration  civile.  Leur  demeure,  castra  peregrinorum,  subsista  : 
peut-être  servit-elle  de  prison. 

M.  Th.  Henri  Martin  commence  la  lecture  d'un  mémoire  sur  les  hypothèses 
astronomiques  des  philosophes  grecs  qui  n'admettaient  pas  la  sphéricité  de  la 
terre.  Il  commence  par  dire  qu'on  a  beaucoup  exagéré  les  emprunts  que  les 
Grecs  auraient  faits  à  la  science  des  Orientaux,  Chaldéens,  Egyptiens,  etc.  Leurs 
connaissances  scientifiques  ont  été  restreintes,  et  elles  ont  eu  pour  point  de 
départ  leur  cosmographie  poétique.  M.  H.  Martin  commence  ensuite  l'exposition 
des  idées  cosmogoniques  et  cosmographiques  des  philosophes  de  l'école  ionienne  : 
Phérécyde,  Epiménide,  Thaïes  de  Milet.  Il  discute  les  témoignages  qui  attri- 
buent à  Thaïes  l'opinion  de  la  sphéricité  de  la  terre  :  il  croit  plus  dignes  de  foi 
d'autres  témoignages  qui  disent  qu'il  donnait  à  la  terre  une  surface  plane. 

Julien  Havet. 


ERRATUM. 


N"  6,  p.  95,  infràj  lisez  :  Comme  il  n'y  avait  dans  les  cités  ni  consul  ni  em- 
pereur pour  nommer  ces  tribuns  ainsi  que  cela  se  faisait  à  Rome,  c'était  le  peuple 
même  qui  les  élisait. 


Le  propriétaire-gérant  :  F.  VIEWEG. 


iA 


Nogent-le-Rotrou,  imprimerie  de  A.  Gouverneur. 


1625  ausgestellten  Déposition,  etc.  Der  durchl.  vndt  Hochgeborenen  jungen 
Fûrsten  vndt  Herrn,  Herrn  Heinrich  vndt  Herrn  PYiedrich  Landgrafen  zu  Hessen, 
etc.  (Schluss  :  D'  Baur).  —  Sphragistische  Aphorismen  (F.-K.).  —  7.we\ 
gereimte  Grabschriften  des  16.  Jahrhunderts  (J.  Friedl/Ender).  —  Kampfbrief 
vom  Jahre  1488  (Baader).  —  Vaticinium  auf  Karl  den  Kùhnen  (Winkelmann). 

—  De  ebriosis  (Fr.  Schirrmacher).  —  Fine  Handschrift  der  Stadtbibliothek  zu 
Verdun  (D'  Nolte).  —  Grabschrift  auf  den  Erzbischof  Reinald  von  Dassel 
(D""  Nolte).  —  Nicolaus,  Abt  des  Klosters  Sigeberg  (D""  Nolte).  —  Findling 
(D""  Frommann).  —  Beilage  zum  N°  12.  Chronik  des  germ.  Muséums.  —  Chro- 
nik  d.  hist.  Vereine.  —  Nachrichten. 

The  Indian  Antiquary,  éd.  by  Jas.  Burgess.  Part  XXXVIl  (vol.  III), 
décembre  1874.  The  Original  Settlement-Deed  of  the  Jewish  Colony  at  Cochin 
(Jacsimile  to  face  p.  3  34  in  Pt.  XXXVI,  for  Nov.,  by  A.  G.  Burnell).  —  Religious 
and  Moral  sentiments  freely  transi,  from  Indian  Writers  (J.  Muir).  —  Notes  on 
Castes  in  the  Punk  and  Solâpur  Zillas  (W.  F.  Sinclair).  —  Notes  on  Prof, 
Hœrnle's  Translation  of  the  ijlh  Canto  of  Chand  (F.  S.  Growse).  — Anecdote 
of  Nadir  Shah  (H.  Blochmann).  —  Legends  from  Dinajpur  {suite  ;  G.  H.  Da- 
mant). —  A  Strauge  Mode  of  Fortune  Telling  (V.  N.  Tirumalacharyar).  — 
Correspondence  and  Miscellanea.  Letter  on  Indian  Chronology  (J.  Fergusson). 

—  The  Vishâlgad  Inscriptions  (H.  Blochmann),  —  Index, 

La  Rivista  Europea,  G.  Pierfranceschi,  Délia  letteratura in  relazione  colla 
scienza.  —  G,  Sangiorgio,  Pietro  Custodi  (curieuse  biographie  de  cet  écono- 
miste milanais  1 771-1842).  — A.  Hortis,  Dante  e  il  Petrarca.  (M,  H,  corrige 
un  passage  des  œuvres  de  Pétrarque,  rerum  Memorandarum  lib.  II,  c.  4,  où  l'on 
avait  cru  voir  une  attaque  contre  Dante  et  publie  un  éloge  de  Dante  en  vers 
latins  attribué  à  Pétrarque).  —  L.  Léger,  La  langue  russe  (leçon  d'ouverture  à 
l'École  des  langues  orientales).  —  A.  De  Gubernatis,  A.  Gemciusnicofî  (poète 
russe  contemporain),  —  Lettres  inédites  de  Volta,  Cesarotti  et  Carmignani.  — 
G.  Ferraro,  Nuova  raccolta  di  canti  popolari  Monferrini  (fin).  —  P.  Tedeschi, 
Machiavelli  e  la  critica  moderna  (fin).  —  Revue  littéraire  et  bibliographique  de 
France,  d'Italie,  d'Allemagne,  de  Roumanie,  de  Hollande,  de  Danemark,  du 
pays  Slave,  de  Grèce  et  de  l'Inde, 


BULLETIN    BIBLIOGRAPHIQUE 

DES  PRINCIPALES   PUBLICATIONS    FRANÇAISES    ET    ÉTRANGÈRES. 


AVIS.  —  On  peut  se  procurer  à  la  librairie  A,  Franck  tous  les  ouvrages 
annoncés  dans  ce  bulletin ,  ainsi  que  ceux  qui  font  l'objet  d'articles  dans  la 
Revue  critique.  Elle  se  charge  en  outre  de  fournir  très-promptement  et  sans 
frais  tous  les  ouvrages  qui  lui  seront  demandés  et  qu'elle  ne  posséderait  pas  en 
magasin. 


Acta  SS.  martyrum  Edessenorum  Sarbelli, 
Barsimasi,  Gurias,  Samons  et  Abibi. 
Fasc.  I.  Acta  SS.  martyrum  Sarbelli  et 
Barsimaei,  saeculo  secundo  p.  Christum 
scripta,  ex  fontibus  syriacis ,  armeniacis, 
graecis  et  latinis  collecta  explanata  de- 
lensa  a  prof.  G.  Mœsinger.  In-S",  vij- 
136  S,  Innsbruck  (Wagner).       3  ir.  25 

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tanorum  sub  imperio  romanorumperactis. 


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arte  poetica'  liber.  Iterum  recens,  et  ad- 
notatione  critica  auxit  J.  Vahlen.  In-S», 
xv-246  S.  Berlin  (Vahlen).  6  fr.  75 

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Archivs.  Supplément.  Gr.  in-8°,  iv-ijéS. 

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L'ouvrage  complet  avec  le  supplément, 

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Brandes  (H.).  Abhandlungen  zur  Ge- 
schichte  d.  Orients  im  Alterthum.  In-8", 
v)-i5o  S.  Halle  (Lippert).  5  i^r.  35 

Gaspari.  A  Grammar  of  the  Arabie  lan- 
guage.  Translated  from  the  German,  and 
edited  with  numerous  Additions  and 
Corrections,  by  W.  Wright.  Vol.  i. 
In-8*,  J58  p.  cart.  London  (Norgate). 

1 3  fr.  15 

Curtius  (G.).  Studien  zur  griechischen  u. 

lateinischen  Grammatik.  7.  Bd.   i.  Hft. 

In-8°,  S.  1-272.  Leipzig  (Hirzel).     8  fr. 

Les  vols  I-VII  1 .  69  fr.  3  5 

Donaldson  (J.).  Lectures  on  the  History 
of  Education  in  Prussia  and  England, 
and  on  Kindred  Topics.  In-8',  186  p. 
cart.  London  (Longmans).  4  fr.  40 

Dûnner  (J.  H.).  Die  Theorien  ùb.  Wesen 
u.  Ursprung  der  Tosephtha,  kritisch 
dargestellt;  zur  Geschichte  d.  Halachah- 
literatur  waehrend  der  ersten  $  Jahrhun- 
dertederûbl.  Zeitrechng.  In-8°,  iv-95  S. 
Amsterdam  (Seyffardt).  2  fr.  75 

Haug  (M.).  Ueber  das  Wesen  und  den 
Werth  d.  wedischen  Accents.  In-4*, 
107  S.  Mùnchen  (Franz).  6  fr. 

Herder  (J.-G.).  Philosophie  de  l'histoire 
de  l'humanité.  Traduction  de  l'allemand 
par  E.  Tandel.  Nouv.  édit.  T.  3.  In-8*, 
399  p.  Paris  (Lib.  internat.).  6  fr. 

Houssaye  (A.).  Van  Ostade,  sa  vie  et 
son  œuvre.  20  eaux-fortes  par  Van 
Ostade,  Ch.  Jacques  et  Subercase.  In-4*, 
1 5  p.  Paris  (Maury  et  C^). 

Jacopo  daVaragine.  Leggenda  di  San 
Luca  evangelista  scritta  in  latino,  Volga- 
rizzata  nel  buon  secolo,  ora  per  la  prima 
Volta  messa  in  pubblico  secondo  un  co- 
dice  proprio  dall'  ab.  L.  Razzolini.  In-8*, 
28  p.  Firenze  (tip.  G.  B.  Campolmi). 

Klussmann  (R.).  Emendationes  Fron- 
tinianae.  Inest  epistula  critica  G.  Stude- 
mund  ad  R.  Klussmann.  In-8°,  xIij-78  S. 
Berlin  (Calvary  et  G*).  3  fr.  25 

Koser  (R.).  Der  Kanzleienstreit.  Ein  Bei- 
trag  zur  Quellenkunde  der  Geschichte  d. 
3ojaehr.  Krieges.  In-8',  88  S.  Halle 
(Gesenius),  2  fr.  50 


Lincke  (G.).  De  Xenophontis  cyropediaî 
interpolationibus.  In-S",  3  5  S.  lena  (From- 
mann).  '  fr.  3  5 

Luber  (A.).  TpayoûSta  'Pwixaïocà.  Neu- 
griechische  Volkslieder  m.  einleitg.  Corn- 
mentar  u.  Glossar.  In-8°,  61  S.  Salzburg 
(Mayri).  '  fr.  75 

Mac  Laughlin  (H.).  Biographical  Sket- 
ches  of  Ancient  Irish  Saints,  etc.  In-8*, 
240  p.  cart.  London  (Hunt).      6  fr.  25 

Masson  (D.).  Wordsworth,  Shelley, 
Keats  and  other  Essays.  In-8*,  306  p. 
cart.  London  (Macmillan).         6  fr.  25 

Mignard.  Archéologie  bourguignonne. 
Alise,  Vercingétorix  et  César.  In-8',  62  p. 
Paris  (Aubry). 

Molinier  (A.).  Catalogue  des  actes  de 
Simon  et  d'Amauri  de  Montfort.  In-8°, 
119  p.  Nogent-le-Rotrou  (imp.  Gouver- 
neur). 

Monumenta  Hungariae  historica.  3 .  Série. 
Monumenta  comitialia  regni  Hungariae  v. 
D' Vilmos  Fraknoi.  i.Bd.  (1526-1536). 
In-8',  xxxij-650  S.  Pesth  (Rath).  1 3  f.  3  5 

Mûller  (W.).  Politische  Geschichte  der 
Gegenwart.  VII.  Das  Jahr  1873.  Nebst 
e.  Chronik  d.  Ereignisse  d.  J.  1873  u. 
e.  alphab.  Verzeichnisse  der  hervorrag. 
Personen.  ^-8°,  xx-402  S.  Berlin  (Sprin- 
ger).  6  fr. 

Reuss  (E.).  Die  Geschichte  der  heiligen 
Schriften  neuen  Testaments.  5.  verm.  u. 
verb.  Ausg.  In-8°,x-64oS.  Braunschweig 
(Schwetschke  u.  Sohn).  13  fr,  3J 

Robertson  (J.  C).  History  of  the  Chris- 
tian Church,  from  the  Apostolic  Age  to 
the  Reformation  A.  D.  64-1517.  New 
and  revised  (8  vols.).  Vol.  4.  In-8', 
478  p.  London  (Murray).  7  fr.  50 

Rogers  (H.).  The  Superhuman  Origin  of 
the  Bible  inferred  from  Itself,  2nd  edit. 
In-8*,  478  p.  cart.  London  (Hodder  et 
S.).  1 5  fr. 

Smend  (R.),  De  Dsv  r'  Rvmna  poeta 
arabico  et  carminé  ejus  commentatio. 
^-8°,  38  S.  Bonn  (Weber).  2  fr. 

■Westermayer  (A.).  Der  Lysis  d.  Plato 
zur  Einfuhrg.  in  das  Verstasndniss  der 
Sokratischen  Dialoge.  In-S",  132  S.  Er- 
langen  (Deichert).  2  fr.  25 

Zurborg  (A.).  De  Xenophontes  libello  qui 
TOpoi  inscribitur.  In-S",  46  S.  Berlin 
(Weber).  i  fr.  75 


Nogent-le-Rotrou,  Imprimerie  de  A.  Gouverneur. 


N»  8  Neuvième  année.  20  Février  1875 


REVUE  CRITIQUE 

D'HISTOIRE   ET  DE  LITTÉRATURE 

RECUEIL  HEBDOMADAIRE  F'UBLIÊ  SOUS  LA  DIRECTION 

DE  MM.  C.  DE  LA  BERGE,  M.  BRÉAL,  G.  MONOD,  G.  PARIS. 


Secrétaire  de  la  Rédaction  :  M.  Stanislas  G u yard. 

Prix   d'abonnement  : 

Un  an,  Paris,  20  fr.  —  Départements,  22  fr.  —  Etranger,  le  port  en  sus 

suivant  le  pays. 


PARIS 

LIBRAIRIE    A.    FRANCK 

F.    VIEWEG,    propriétaire 
67,  RUE  RICHELIEU,  67 


Adresser  toutes  les  communications  à  M.  Stanislas  Guyard,  Secrétaire  de  la 
Rédaction  (au  bureau  de  la  Revue  :  67,  rue  Richelieu). 


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67,  rue  de  Richelieu. 


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langue  française  comparée  aux  autres  langues  romanes  et  au  latin.  12  fr. 


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•     V-^  11  A  JLjPi.  IN   lL  A  U,    rai    découverts    à    Périgueux  , 
publiés,  traduits  et  annotés.  Gr.  in-S».  .      /i^iJ.,»?!-  i  fr.  50 


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The  Academy,  N°  14^,  new  séries,  30  janvier.  John  Earl  Russel,  Recollec- 
tions and  Suggestions,  181 3-1873.  London,  Longmans  and  Co.  (Houghton, 
i^^  art.).  —  Bancroft,  History  of  the  United  States,  from  the  Discovery  of  the 
American  Continent.  Vol.  X,  London,  Sampson  Low  and  Co.  (J.  M.  Ludlow: 
ce  volume  embrasse  les  années  1778-1782;  art.  généralement  favorable  :  l'ou- 
vrage de  M.  B.  aura  une  valeur  durable).  —  Contes  populaires  recueillis  en 
Agenais  par  M.  Bladé,  avec  notes  deKŒHLER.  Paris,  Baer(W.  R.  S.  Ralston  : 
art.  analytique).  —  Notes  and  News.  —  Notes  of  Travel.  —  The  late  Canon 
Kingsley  (G.  A.  Simcox).  —  Extracts  frora  a  Journal  Kept  at  Bath  (1809-1818, 
J.  J.  Cartwright).  —  Correspondence.  Our  Oldest  Manuscript,  and  who  muti- 
lated  it  (qq.  observations  sur  la  lettre  de  M.  Le  Page  Renouf  par  Edmund  S. 
Ffoulkes).  —  Meetings  of  Societies  (Soc.  asiatique,  de  numismatique,  royale). 

The  AthensBum,  N°  2466,  30  janvier.  Kinglake,  The  Invasion  of  the 
Crimea  :  its  Origin,  and  an  Account  of  its  Progress  down  to  the  Death  of  Lord 
Raglan.  Vol.  V.  Blackwood  and  Sons  (volume  du  plus  haut  intérêt).  —  The 
Poetical  Works  of  J.  Milton.  Ed.  by  David  Masson.  Macmillan  and  Co.  (deux 
excellentes  éditions  Tune  en  3,  l'autre  en  2  volumes).  —  The  Jewish  Coinage 
(T.  Lewin  :  réponse  à  M.  Madden).  —  Our  Oxford  Letter  (T.).  —  Nashe's 
Death-Date  (Brinsley  Nicholson).  —  Canon  Kingsley  (not.  nécrol.).  — 
Literary  Gossip.  —  Societies  (Soc.  royale,  de  géographie,  de  numismatique,  de 
l'institut  anthropologique). 

Literarisches  Centralblatt,  N°  6,  6  février.  Heyden,  Beitrsege  zur 
Geschichte  Antiochus  des  Grossen.  Emmerich,  Romen.  In-8",  64  p.  (cette  bro- 
chure contient  de  bonnes  choses).  —  Kleine  Toggenburger  Chroniken.  Von 
Scherrer.  St.  Gallen,  Huber,  In-8'',  152  p.  —  Petrick,  Zur  Geschichte  des 
Grafen  Bothwell.  St.  Petersburg,  Buchdr.  v.  Pratz.  In-S",  52  p.  (apologie  du 
troisième  époux  de  Marie  Stuart;  travail  qu'il  faut  consulter).  —  Strelitz,  De 
antiquo  Ciceronis  de  republica  librorum  emendatore.  Breslau,  Leuckart.  In-8", 

95  p.  (l'auteur  admet  que  les  corrections  de  deuxième  main  du  palimpseste  qui 
contient  le  de  re  publica  sont  faites  d'après  l'original  sur  lequel  a  été  copié  le 
palimpseste,  et  par  conséquent  il  donne  aux  corrections  de  deuxième  main  la 
préférence  sur  les  leçons  de  première  main).  —  Romanische  Studien  herausg. 
V.  Bœhmer.  IV.  Heft.  Strassburg,  Trùbner.  In-8'',  p.  441-552  (contient  le 
commencement  du  Girbers  de  Metz  de  J.  de  Flagy,  publié  par  M.  Stengel). 
—  Fœrster,  Der  Raub  und  die  Rûckkehr  der  Persephone  (cf.  Revue  crit.,  1874, 
I,  p.  390).  —  MÛLLER,  Numismatique  de  l'ancienne  Afrique.  Supplément.  Avec 
3  pi.  et  une  table  alphabétique  de  tout  l'ouvrage.  Leipzig,  Brockhaus.  In-4",  vj- 

96  p.  (contient  des  additions  et  rectifications  nouvelles  aux  3  premiers  volumes). 

Germania,  herausg.  v.  K.  Bartsch.  NeueReihe,  siebenter  Jahrg.  IV.  Heft. 
Zum  Rolandsliede  (K.  Bartsch).  —  Heinrich  von  Morungen  (Fedor  Bech). — 
Urkundliche  Nachweise  ùber  das  Geschlecht  und  die  Heimat  der  Dichter  Hein- 
rich und  Johannes  von  Freiberg  (Ders,).  —  Ulrich  von  Zatzikhoven  (J.  B^ch- 
told).  —  Mittelalterliche  Ansichten  ûber  die  Trseger  des  Namens  Petrus  (R. 
Kœhler).  —  Dienstag-Zinstag  (Adelbert  Jeitteles).  —  Sonnenuntergang, 
Geilâte,  Gustrâte  u,  a.  Gott  folgen  gehn  (Schrôer).  —  Lûtbrechic  (Adalbert 
Jeitteles).  —  Ahd.  Glossen  aus  Scheftlarn  und  Tegernsee  (K,  Bartsch).  — 
Litteratur.  0.  Erdmann,  Untersuchungen  ûber  die  Syntax  der  Sprache  Otfrids 
(P.  Piper).  —  J.  Chr.  Cederschiôld,  Bandamanna  Saga  (K.  Maurer),  — 
Bibliographie.  Bibliographische  Uebersicht  der  Erscheinungen  auf  dem  Gebiete 
der  germanischen  Philologie  im  Jahre  1873  (K.  Bartsch).  —  Miscellen.  Bericht 
ùber  die  Sitzungen  der  deutsch-romanischen  und  der  Section  fur  neuere  Sprachen 


REVUE  CRITIQ^UE 

D'HISTOIRE    ET    DE    LITTÉRATURE 

N*  8  —  20  Février  —  1875 

Sommaire:  36.  Aristote,  Poétique,  p.  et  tr.  p.  Susemihl,  2'  éd.;  Baumgart, 
Pathos  etPathema.  —  37.  Gantrelle,  Grammaire  et  style  de  Tacite.  —  î8.  Schœn- 
BACH,  Sur  les  lamentations  de  la  Vierge.  —  39.  Baschet,  Histoire  du  dépôt  des  Ar- 
chives des  Affaires  étrangères.  —  Sociétés  savantes  :  Académie  des  inscriptions. 

36.  —  Aristoteles  ûber  die  Dichtkunst.  Griechisch  und  Deutsch  und  mit  sacher- 
kiaerenden  Anmerkungen,  herausgegeben  von  D'  Franz  Susemihl,  Professer  in  Greifs- 
wald.ZweiteAuflage. Leipzig,  Engelmann.  1874.  ln-8°,  xxxvj-3 1 3  p.  —  Prix:  5^.35. 

Pathos  und  Pathema  im  Aristotelischen  Sprachgebrauch.  Zur  Erlaîuterung  von 
Aristoteles'  Définition  der  Tragœdie  dargelegt  von  Hermann  Baumgart  ,  Gymnasial- 
lehrer  am  kœnigl.  Friedrichs-Collegium  zu  Kœnigsberg  in  Pr.  Kcenigsberg,  Koch. 
1873.  In-8*,  58  p.  —  Prix  :  2  fr. 

M.  Susemihl  vient  de  publier  une  nouvelle  édition  (la  première  avait  paru  en 
1865)  ^"  ^^^^^  ^^  '^  Poétique  d'Aristote  avec  traduction  allemande  en  regard, 
précédé  d'une  introduction  très-développée,  accompagné  de  notes  critiques  où 
les  conjectures  les  plus  importantes  ont  été  rassemblées,  enfin  suivi  de  nombreuses 
remarques,  où  comme  dans  l'introduction,  tous  les  travaux  dont  la  Poétique  a 
été  l'objet  ont  été  utilisés.  M.  S.  connaît  complètement  et  à  fond  la  littérature 
de  son  sujet  ;  et  son  édition  est  nécessaire  pour  celui  qui  veut  s'y  orienter.  Elle 
rendra  les  plus  grands  services  à  ceux  qui  voudront  pénétrer  un  peu  avant  dans 
l'intelligence  de  cet  ouvrage,  l'un  des  plus  célèbres  et  des  plus  intéressants 
d'Aristote,  et  sans  contredit  le  plus  maltraité  de  tous  par  le  temps.  Le  texte 
repose  sur  un  seul  manuscrit  représenté  par  le  manuscrit  de  la  Bibliothèque 
nationale  de  Paris  1741  (^xi®  siècle).  Il  est  défiguré  par  des  altérations  innom- 
brables et  pour  la  plupart  irrémédiables;  les  critiques  qui  s'en  occupent  n'ont 
pas  trouvé  et  ne  trouveront  pas  beaucoup  de  corrections  qui  paraissent  aussi 
évidentes  aux  autres  qu'elles  le  paraissent  à  eux-mêmes. 

M.  S.  ne  se  fait  pas,  en  général,  illusion  sur  l'intégrité  du  texte.  Il  a  eu  le 
sentiment  net  et  exact  des  difficultés  ;  et  il  les  a  examinées  très-attentivement. 
Peut-être  a-t-il  eu  trop  de  confiance  dans  la  possibilité  de  les  résoudre.  Quand 
on  est  obligé  de  trop  multiplier  les  corrections  et  les  conjectures  à  un  court  in- 
tervalle ,  c'est  un  signe  qu'il  faut  y  renoncer.  On  est  souvent  réduit ,  quand  on 
traite  de  ce  texte,  à  expliquer  pourquoi  on  ne  peut  pas  le  comprendre.  Il  est  vrai 
que  M.  S.  donne  une  traduction  et  qu'on  ne  peut  traduire  ce  qu'on  ne  comprend 
pas  ;  et  comme  d'ailleurs  il  a  mis  les  lecteurs  en  état  de  se  faire  une  opinion  par 
eux-mêmes,  il  y  a  peut-être  moins  d'inconvénient  à  admettre  trop  de-conjectures, 
qu'à  extorquer  par  des  interprétations  forcées  un  sens  peu  satisfaisant  de  fautes 
de  copiste  ' . 

I.  M.  S.  admet,  non  sans  raison,  beaucoup  de  transpositions,  mais  il  aurait  mieux  valu 
XV  8 


I  14  REVUE   CRITIQUE 

Si  la  multitude  des  conjectures  diverses  qui  ont  été  proposées  sur  le  texte  de 
la  Poétique  montre  qu'il  n'est  pas  facile  de  s'entendre  sur  sa  restauration,  la 
diversité  des  vues  qui  ont  été  émises  sur  les  théories  indiquées  dans  la  Poétique 
montre  qu'il  n'est  pas  plus  facile  de  tomber  d'accord  sur  le  fond  des  choses. 
Ainsi  chacun  a  pour  ainsi  dire  son  avis  sur  la  manière  d'interpréter  le  passage 

célèbre  où  Aristote  dit  (VI,    1449  b  28)  que  la  tragédie  eaTtv {;/'[jly](7iç 

Tcpoc^cwç  aTuouBataç  xal  TeXet'aç   St'  èXéou  y,at  çoêou  xepaivouaa  tyjv  tô)v 

Toio'jTwv  xa6ir){ji.aTtj)v  ^âôapaiv.  En  1847,  M.  H.  Weil,  aujourd'hui  doyen  de  la 
Faculté  des  lettres  de  Besançon,  eut'  le  premier  l'idée  de  se  servir  d'un  texte 
important  de  la  Politique  d'Aristote  (VIII,  7.  1 341  b  32)  pour  serrer  la  pensée 
d'Aristote  de  plus  près  qu'on  ne  l'avait  fait  jusque-là.  Dans  ce  passage,  qui  avait 
bien  été  cité  mais  non  examiné  attentivement  par  les  commentateurs  de  la 
Poétique,  Aristote  dit  que  certaines  musiques  servent  à  la  y.aôapatç,  que  par 
exemple  les  gens  sujets  à  ce  délire  extatique  que  les  Grecs  appelaient  IvOcucta- 
(jlJ.6ç,  quand  ils  ont  entendu  la  musique  sacrée  qui  produit  ce  délire,  deviennent 
tranquilles  wczep  îaTpeîaç  Tuyçvxaç  xal  xaOapaswç  ;  que,  de  même,  pour  ceux 
qui  sont  sujets  à  la  pitié,  à  la  crainte,  en  général  à  quelque  passion,  Tuàci  'c{-|^cCf- 
6at  Tiva  y.âôapctv  v.oà  y.ou^tî^eaôai  p-eO'  y;§ovyîç.  M.  Weil  a  conclu ^  de  ce  passage 
que  le  mot  xa6apaiç  devait  être  entendu  d'une  sorte  de  purgation  au  sens  médi- 
cinal; que,  suivant  Aristote,  la  terreur  et  la  pitié  sont  des  émotions  dont  l'homme 
éprouve  le  besoin;  que  tant  que  ce  besoin  d'émotions  n'est  pas  satisfait,  l'homme 
éprouve  une  sorte  de  malaise  ;  que  la  tragédie  en  satisfaisant  ce  besoin  et  en 
nous  soulageant  de  ce  malaise  exerce  sur  le  moral  une  action  qu'Aristote  com- 
pare à  celle  d'un  purgatif  sur  le  corps.  Mais  d'après  le  texte  de  la  Politique,  ce 
ne  sont  pas  les  passions  qui  sont  purgées,  c'est  celui  qui  les  éprouve.  Donc  il 

faut  entendre  le  génitif  tcov xaô'^[j.aTa)v  du  sujet  qui  produit  la  purgation, 

et  TotouTwv  se  rapporte  aux  passions  autres  que  la  pitié  et  la  terreur,  comme 
l'èvôouatacixôç  :  «  La  tragédie  produit  par  la  terreur  et  la  pitié  la  purgation  que 
»  produisent  les  passions  de  cette  espèce,  qui  est  propre  aux  passions  de  cette 
»  espèce  '.  » 

Plus  tard,  en  1857,  M.  J.  Bernays,  sans  avoir  connu  le  travail  de  son  devan- 
cier, qui  avait  paru  à  Bâle  au  milieu  des  bouleversements  de  l'année  1848,  fut 
conduit  par  l'examen  attentif  de  ce  même  texte  de  la  Politique  à  prendre  aussi 

ne  pas  les  introduire  dans  le  texte  :  ce  qui  rend  très-difficile  de  retrouver  une  citation. 

1 .  Ueber  die  Wirkung  der  Tragœdie  nack  Aristoteks  dans  le  recueil  des  Verhandlungen 
der  10.  Philologenversammlung.  Bâle.  1848.  131  p.  et  suiv. 

2.  P.  139  :  «  Mitleid  und  Furcht,  fur  manche  Gemùther  auch  Enthusiasmus  und  Ex- 

»  tase,  sind  Bedurfnisse  des  Menschen  wir  empfinden  ein  Missbehagen,  ein  schmerz- 

»  liches  Gefùhl,  wenn  wir  laengere  Zeit  dieser  Erschùtterungen  entbehren  mussten Je 

»  mehr  unsere  Natur  fur  dièse  affecte  empfaenglich  ist,  desto  schmerzlicher  quaelt  uns  das 
»  Bediirfniss  nach  denselben,  desto  heftiger  verlangen  wir  nach  Arznei,  nach  Erleichte- 
»  rung,  desto  lebhafter  ist  unser  Vergnùgen  an  der  Tragœdie.  Die  Erschùtterung  erleich- 

»  tert  und  reinigt  uns  wie  der  Kœrper  durch  ein  Purgativ  gereinigt  wird,  das  ihn 

B  gewaltsam  durchwuhlt.  » 

3.  P.  140  :  «  Die  Reinigung  asolcher  Affecte  »  ist  die  Reinigung  welche  durch  seiche 
»  Affecte  bewirkt  wird.  » 


d'histoire  et  de  littérature.  I  1  5 

le  mot  y.atôapatç  dans  le  sens  de  purgation  médicinale  ' .  En  outre  il  découvrit 
dans  Jamblique  (De  mysîeriis  I,  1 1)  et  dans  le  commentaire  de  Proclus  sur  la 
République  de  Platon  (p.  362)  des  textes  qui  contenaient  des  allusions  évidentes 
à  la  théorie  de  la  xaOapaiç  développée  par  Aristote  dans  une  partie  de  la  Poétique 
que  nous  n'avons  plus.  Il  a  même  établi  d'après  un  passage  de  ce  commentaire 
de  Proclus  (p.  360)  qu'Aristote  avait  probablement  eu  en  vue,  dans  cette 
théorie,  de  contredire  Platon,  qui  bannit  de  sa  république  la  poésie  dramatique. 
Dans  l'interprétation  du  texte  de  la  Poétique  il  a  entendu  xaGYjixa  d'un  état  per- 
manent {affection),  d'une  disposition  à  éprouver  l'émotion  par  opposition  à  un 
état  transitoire  qui  serait  désigné  par  xaOoç  (affect,  émotion),  ici  par  eXsoç  et 
féSoç;  il  pense  que  toioutwv  est  l'équivalent  de  éXeYjTixwv  xal  çoêrjxixwv  ;  enfin, 
suivant  lui,  Aristote  dit  que  la  tragédie,  en  excitant  la  pitié  et  la  terreur,  débar- 
rasse avec  soulagement  de  la  disposition  à  ces  émotions  2,  Il  convient  d'ailleurs 
que  xaÔYjiJLdxwv  n'est  que  grammaticalement  l'objet  sur  lequel  s'exerce  l'action 
de  la  xaôapciç;  que  logiquement  c'est  le  xaôr^xtxcç  (p.  149). 

M.  Bernays  avait  resserré  à  l'excès  les  liens  qui  unissent  le  texte  de  la  Poli- 
tique à  celui  de  la  Poétique.  M.  Bonitz  a  établi  ?  que  la  distinction  que  M.  Ber- 
nays avait  cru  voir  entre  xâôoç  et  xaGY][;.a  n'était  pas  fondée,  et  que  ces  deux 
mots  sont  employés  sans  différence  de  sens  appréciable.  M.  Baumgart,  dans  la 
dissertation  indiquée  en  tête  de  cet  article,  s'est  efforcé  de  démontrer  contre 
M.  Bonitz,  que  les  deux  mots  ne  sont  pas  absolument  équivalents,  que  xàôoç 
signifie  un  certain  changement  en  général  (allgemeine  Bezeichnung  der  hervor- 
gebrachten  Veraenderung),  tandis  que  xa6Y)ixa  désignerait  un  cas  particulier  et 
concret  de  ce  changement  (die  besondere  Erscheinungsform  jener  allgemeinen 
Veraenderung  an  diesem  Objecte).  La  démonstration  ne  me  semble  nullement 
convaincante,  et  la  traduction  (p.  5  5)  où  M.  B.  applique  sa  distinction  à  la  défi- 
nition de  la  tragédie  aurait  bien  besoin  d'être  expliquée.  En  aucune  langue  il 
n'est  possible  de  distinguer  avec  une  précision  rigoureuse  les  termes  synonymes 
qui  désignent  des  idées  de  l'ordre  moral  ;  les  synonymistes  qui  ont  voulu  distin- 
guer en  français  feux  et  flamme  pris  au  sens  moral  ont  perdu  leur  peine. 

M.  Zeller4  a  trouvé  que  l'interprétation  proposée  par  MM.  Weil  et  Bernays 
ne  tenait  pas  assez  de  compte  de  la  manière  dont  les  émotions  devaient  être 
excitées  ;  il  pense  qu'Aristote  devait  distinguer  entre  la  manière  dont  elles  sont 
excitées  par  l'art  et  la  manière  dont  elles  sont  excitées  par  la  réalité.  M.  Suse- 
mihl  approuve  cette  objection  (p.  47)  ;  il  croit  (si  j'ai  bien  saisi  sa  pensée,  ce 
dont  je  ne  suis  pas  sûr)  avec  M.  Reinkens  5  que  la  tragédie  en  excitant  artisti- 
quement la  terreur  et  la  pitié  nous  débarrasse  des  passions  du  même  genre  qui 

1 .  Grundzûge  der  verlorenen  Abhandlung  des  Aristoteles  ûber  Wirkung  der  Tragœdie  von 
J.  Bernays.  Breslau,  1857.  In-8*. 

2.  P.  148  :  «  Die  Tragœdie  bewirkt  durch  (Erregung  von)  Mitleid  und  Furcht  die 
»  erleichternde  Entladung  solcher  (mitleidigen  und  furchtsamen)  Gemùthsaffectionen.  » 

3.  Aristotelische  Studien.  Wien,  1867.  (Dans  les  comptes-rendus  de  l'Académie  de 
Vienne  LV,  p.  13.)  iuL^ii;;.. 

4.  Die  Philosophie  der  Griechen,  Ul,  61  ^-61^. 

5.  Aristoteles  ùber  Kunst.  Wien,  1870,  p.  161. 


I  l6  REVUE   CRITIQUE 

existent  en  nous  indépendamment  de  la  tragédie  (p.  53);  ces  passions  forment 
en  nous  une  sorte  de  matière  trouble,  qui  fermente  obscurément  au  fond  de 
Pâme  et  pèse  sur  elle  sans  qu'elle  en  ait  conscience  (p.  5$);  la  tragédie  donne 
à  ces  passions  une  occasion  innocente  de  se  manifester,  occasion  qui  leur  est 
refusée  par  la  vie  où  nous  ne  pouvons  pas  leur  laisser  un  libre  cours  (p.  56). 

L'interprétation  proposée  par  MM.  Weil  et  Bernays,  surtout  dans  les  termes 
où  s'est  renfermé  M.  Weil,  me  paraît  garder  un  avantage  incontestable  sur 
celles  qui  ont  été  proposées  depuis  :  elle  ne  va  pas  au  delà  des  textes.  La  théorie 
elle-même  peut  paraître  insuffisante,  l'analogie  bizarre;  mais  qui  nous  dit 
qu'Aristote  ne  s'en  était  pas  tenu  là  ?  Il  reste  une  difficulté  grammaticale,  c'est 
le  sens  de  toioùtwv.  L'explication  de  M.  Weil  exigerait  qu'on  lût  toûtwv  xai 
Twv  ToioÙTwv.  Les  explications  de  MM.  Bernays,  Reinkens,  Susemihl  donnent 
un  sens  à  twv  toioùtwv;  mais  il  faut  établir  entre  ekezç  y.ai  çc6oç  et  TraO'^jjLa'ca 
des  distinctions  que  rien  ne  confirme  ;  et  cependant  si  on  n'établit  pas  de  distinc- 
tion, le  sens  exigerait  qu'on  lût  touxwv  twv  zaOYîixaxtov.  Je  ne  vois  pas  de  moyen 
de  sortir  de  cette  difficulté. 

Charles  Thurot. 

37.  —  Grammaire  et  style  de  Tacite,  par  J.  Gantrelle,  docteur  ès-lettres, 
professeur  à  l'Université  de  Gand,  ancien  inspecteur  de  l'enseignement  moyen.  Paris, 
Garnier  frères.  1874.  In-12,  xii-54  p. 

Le  contenu  de  cet  opuscule  est  suffisamment  indiqué  par  le  titre.  La  préface 
mentionne  les  sources  où  l'auteur  a  puisé,  Bœtticher,  Drseger,  Sirker,  Wœlfflin, 
etc.  ;  elle  nous  apprend  que  l'ouvrage,  destiné  surtout  aux  élèves,  doit  suffire  à 
l'enseignement  dans  les  classes  supérieures.  Nous  désirons  rendre  toute  justice  à 
l'excellente  intention  de  M.  Gantrelle,  qui  est  évidemment  d'offrir  à  l'étude  de 
Tacite  qui  se  fait  au  lycée  un  bon  fondement  philologique.  Mais  il  nous  semble 
qu'il  a  donné  trop  ou  trop  peu.  Nous  avons  peine  à  croire  que  les  élèves 
des  lycées  fassent  jamais  grand  usage  d'un  livre  de  ce  genre,  et  nous  ne  sommes 
pas  même  bien  sûr  que  nous  les  y  engagerions.  Ce  qui  leur  fera  le  mieux  con- 
naître le  style  de  Tacite,  c'est  de  lire  le  plus  possible  de  ses  œuvres  et  d'être 
rendus  attentifs,  pendant  la  lecture,  à  ce  qui  distingue  son  langage  de  celui  des 
autres  auteurs  classiques.  Ceci  sera  l'affaire  d'un  bon  commentaire,  ou,  mieux 
encore,  de  l'explication  orale  du  professeur.  En  revanche,  un  traité  du  vocabu- 
laire et  du  style  de  Tacite  serait  certainement  utile  au  professeur,  pour  l'aider  à 
bien  faire  cette  explication.  Mais  le  livre  de  M.  G.  est  trop  incomplet  pour  servir 
à  cet  usage.  Il  faudrait,  pour  cela,  une  énumération  beaucoup  plus  développée 
des  formes,  des  expressions  et  des  tournures  propres  à  Tacite ,  et  surtout  de 
nombreux  passages  de  l'auteur  cités  à  l'appui  de  chaque  observation.  Il  faudrait, 
en  un  mot,  quelque  chose  comme  les  ouvrages  de  Bœtticher,  de  Draeger  et  de 
Sirker  renouvelés  et  fondus  en  un  seul.  Peut-être  un  jour  M.  G.  nous  donnera- 
t-il  un  livre  de  cette  nature.  Ce  n'est  pas  ce  qu'il  a  voulu  faire  cette  fois.  Il 
convient  d'examiner  son  ouvrage  tel  qu'il  est. 

La  division  et  la  distribution  de  la  matière  sont  celles  de  la  grammaire  latine. 


d'histoire  et  de  littérature.  117 

et  plus  spécialement  de  la  grammaire  latine  de  M.  G.  lui-même".  C'était  tout 
indiqué.  Aussi  est-ce  à  propos  de  la  grammaire  de  M.  G,  que  l'on  aurait  à  faire 
ses  réserves  sur  ce  sujet.  Nous  laisserons  donc  les  nôtres  de  côté,  excepté  en  ce 
qui  concerne  la  j*'  partie,  intitulée  Du  style.  Nous  ne  saurions  l'accepter  comme 
une  5«  partie,  coordonnée  aux  autres.  Par  quoi  donc  le  style  d'un  auteur  se 
caractérise-t-il,  si  ce  n'est  par  l'usage  particulier  qu'il  fait  de  toutes  les  ressources 
de  la  langue,  c'est-à-dire  précisément  par  ce  qui  forme  l'objet  des  obser- 
vations contenues  dans  les  quatre  premières  parties?  surtout,  la  quatrième  trai- 
tant déjà  des  Figures  de  syntaxe,  qui  sont  de  la  rhétorique  plutôt  que  de  la  gram- 
maire. C'est  pourquoi  nous  voudrions  que  M,  Gantrelle  eût  donné  à  cette  pré- 
tendue 5*' partie  son  titre  naturel  de  Conclusion,  mais  principalement  qu'il  en  eût 
fait  une  conclusion  plus  que  ce  n'est  le  cas;  ou  mieux  encore,  qu'il  eût  com- 
posé son  ouvrage  tout  entier  de  telle  façon  que  la  conclusion  en  ressortît  pour 
ainsi  dire  d'elle-même,  et  au  courant  de  l'exposition.  Nul  écrivain  plus  que 
Tacite  ne  s'est  créé  un  langage  à  lui,  avec  intention,  on  peut  même  dire  avec 
calcul.  A  l'aide  des  riches  matériaux  réunis  dès  aujourd'hui  dans  les  nombreuses 
monographies  sur  le  sujet,  ou  dans  les  répertoires  de  Bœtticher,  de  Draeger  et 
de  Sirker,  il  n'eût  pas  été  trop  difficile,  croyons-nous,  de  montrer  jusque  dans 
les  moindres  détails  quelle  a  été  cette  intention  de  Tacite,  quel  effet  il  s'est  pro- 
posé de  produire,  quels  caractères  il  a  voulu  donner  à  son  style,  et  par  quels 
moyens  il  y  a  réussi. 

En  recherchant  ces  caractères  dans  tous  les  traits  particuliers  où  ils  se  mani- 
festent, comme  il  l'a  fait  en  quelques  endroits  malheureusement  trop  rares  (p.  4, 
§  12;  p.  ?9,  §  1 58),  M.  G.  aurait  sans  doute  aussi  trouvé  plus  que  la  couleur 
oratoire  à  ajouter  aux  trois  qualités  observées  par  Bœtticher,  brièveté,  variété 
et  couleur  poétique;  avant  tout,  le  caractère  dominant,  fondamental,  et  qu'on 
s'étonne  de  voir  à  peine  mentionné  par  certains  des  admirateurs  modernes  de 
Tacite,  tandis  qu'il  a  été  si  bien  remarqué  par  son  ami  contemporain  (Plin.  Ep. 
II,  II,  17 et,  quod  eximium  orationi  eius  inest,  aepwç),  la  gravité,  la  solen- 
nité même  quelque  peu  pompeuse.  (Voy.  Nipperdey,  Introd.  aux  Annales,  4^  éd. 
p.  xxxiij.  M.  G.  semble  à  peine  connaître  cette  excellente  peinture  du  style  de 
Tacite,  bien  supérieure  pourtant  à  la  sèche  analyse  de  Bœtticher.)  Il  aurait  aussi, 
très-probablement,  donné  un  autre  nom  à  la  variété.  C'est  bien  plutôt  d'asymé- 
trie qu'il  faudrait  parler;  les  exemples  qu'on  en  donne  prouvent  que  c'est  là  ce 
qu'on  entend.  (E.  Wœlfflin,  Philologus  XXV,  p.  121  suiv.  propose  uariatio  au 
lieu  de  uarietas.)  Enfin,  cette  asymétrie  même,  et  en  général  la  nouveauté,  et  la 
brièveté  (ou,  pour  mieux  dire,  la  concision)  et  la  couleur  poétique  auraient  été 
subordonnées  plutôt  que  coordonnées  à  la  couleur  oratoire,  quand  on  aurait  vu 
comment  c'est  partout  et  toujours  la  préoccupation  de  l'effet  qui  guide  la  plume 
de  Tacite.  Car  il  faut  bien  le  reconnaître,  Tacite,  en  devenant  historien,  n'a  pas 
cessé  d'être  orateur,  ou  du  moins  ancien  élève  de  l'École  de  rhétorique. 


I .  Si  du  moins  il  nous  est  permis  d'en  juger  par  la  Grammaire  élémentaire  publiée 
chez  E.  Belin.  Il  nous  a  été  impossible  de  nous  procurer  la  Nouvelle  grammaire  de  la 
langue  latine  qui  doit  paraître  chez  Garnier  frères. 


I  l8  REVUE   CRITIQUE 

Le  choix  des  observations  que  M.  G,  présente  dans  chaque  chapitre  est,  en 
général,  assez  heureux.  Pourtant,  on  aimerait  à  connaître  les  motifs  qui  l'ont 
dirigé,  soit  dans  bien  des  cas  particuliers,  soit  surtout  en  principe.  Pourquoi 
nous  parle-t-on  de  Perseus  et  Orpheus,  et  non  de  tous  les  noms  propres  en  es, 
si  fréquents  chez  Tacite?  de  l'imparfait  en  ibam  et  non  de  -aram,  -arim,  -asse, 
etc.  ?  de  ceîerum  (mais)  et  non  de  iaxta  (également)  ?  pourquoi  ne  trouve-t-on 
rien  sur  les  nombres,  rien  sur  les  pronoms?  Mais  surtout,  en  vertu  de  quel 
principe  M.  G.  cite-t-il  tantôt  des  formes  ou  des  tournures  propres  à  Tacite 
seul,  tantôt  de  celles  qui  se  retrouvent  chez  un  ou  deux  autres  auteurs,  tantôt 
de  celles  qui  sont  communes  à  tout  son  siècle  (p.  14,  inuidere  avec  l'ablatif,  v. 
Quint.  IX,  3,  1;  p.  34,  ab  epistolis,  etc.,  titres  très-fréquents,  surtout  dans  les 
inscriptions,  et  que  Tacite  d'ailleurs  cite  comme  tels),  ou  même  à  toute  la  litté- 
rature latine  (p.  31,  §  122,  nam  avec  ellipse,  etc.)?  On  pouvait,  sans  doute, 
montrer  comment  le  goût  de  Tacite  se  manifeste  dans  le  choix  qu'il  fait  entre 
plusieurs  manières  possibles  de  s'exprimer;  mais  du  moins  eût-il  fallu  marquer 
nettement  ces  différents  degrés  d'originalité,  et  c'est  ce  que  M.  G.  nous  paraît 
avoir  fait  d'une  manière  trop  irrégulière. 

Qu'il  nous  soit  permis  de  terminer  par  quelques  critiques  de  détail. 

Dans  les  quatre  pages  consacrées  à  la  lexicographie,  nous  relèverons  seule- 
ment l'abus  que  M.  G.  fait,  après  Sirker,  mais  encore  plus  que  lui,  du  mot  de 
contraction.  Il  se  trouve  six  fois  en  une  page  et  quelques  lignes,  et  deux  fois  pour 
le  moins  il  est  employé  à  faux.  Sans  doute,  le  génitif  en  i  des  substantifs  en  ius 
et  m/72,  et  très-probablement  (Corssen,  Ueber  Aussprache,  etc.,  Il*,  p.  72$  suiv.) 
le  gén.  plebi  sont  contractés.  On  pourrait  de  même  voir  dans  Persi  l'i  long  équi- 
valent à  ei  contracté  de  eï  comme  dans  Pelei,  Promethei.  Quant  à  l'imparfait  de  la 
4'' conj.  en  ibam,  qui  était  encore  considéré  par  Bopp  (Vergl.  Gramm.  IP, 
p.  404  suiv.,  trad.  de  M.  Bréal,  vol.  III,  p.  1 57,  en  note)  comme  contracté  de 
iebam,  il  ne  l'est  plus  aujourd'hui  (Corssen,  Krit.  Beitrsege,  p.  539;  Ausspr.  IP, 
p.  736;  H.  Merguet,  Die  Entw.  d.  lat.  Formenbildung,  p.  207  suiv.),  et  ne  doit 
pas  l'être,  puisque  ibam  est  plus  ancien,  et  conforme  à  l'analogie  des  autres 
conjugaisons.  Peut-être  M.  G.  pense-t-il  à  la  contraction  présumée  à  laquelle 
sont  dus  l'a  de  la  première  conjugaison,  Vë  de  la  deuxième  et  l'ï  de  la  quatrième. 
Cependant,  l'origine  de  la  forme  en  iebam  est  trop  incertaine  pour  qu'on  puisse 
expressément  en  distinguer  l'autre  par  cette  dénomination  d'  «  imparfait  con- 
tracté». Mais  l'abus  de  langage  devient  excessif,  quand  on  parle  de  con- 
traction dans  les  génitifs  deum,  nummum,  etc.  (forme  plus  ancienne  que  deorum^ 
etc.,  et  d'une  origine  différente)  et  dans  salutantum,  etc.  (confusion  des  radicaux 
en  /  et  de  ceux  qui  se  terminent  par  des  consonnes). 

Dans  les  parties  suivantes,  plusieurs  observations  n'ont  pas  trouvé  leur  vraie 
place.  Ainsi,  p.  5,  dans  Ann.  XIV,  26,  ce  n'est  pas  comme  nom  collectif  que 
pars  est  suivi  du  verbe  au  pluriel,  mais  c'est  parce  qu'il  faut  sous-entendre  trois 
fois  alla  pars.  —  P.  7,  falsum  renidens,  adjectif  quahfiant  le  verbe  au  heu  d'un 
adverbe  qui  le  modifie  (comp.  le  toruum  et  furiale  renidens  de  Silius,  le  dulce 
ridenîem  d'Horace)  ne  peut  être  rangé  dans  la  même  rubrique  que  uulnus  pauens, 
etc.  Sa  place  était  au  §  102,  p.  27. 


d'histoire  et  de  littérature.  nç 

Dans  un  ouvrage  destiné  aux  commençants,  et  où  les  citations  sont  relative- 
ment si  rares,  on  n'aurait  dû  en  admettre  que  de  tout  à  fait  incontestables.  Mais 
en  bien  des  endroits,  l'explication  donnée  par  M.  G.  aux  passages  qu'il  cite  est 
douteuse,  et  en  quelques-uns  elle  est  fausse  à  nos  yeux.  Ainsi,  p.  i,  §  i,  dans 
Germ.  28,  plusieurs  interprètes,  depuis  Juste  Lipse  jusqu'à  Schweizer-Sidler 
entendent  par  conditoris  sui  Agrippa,  et  non  pas  Agrippine.  Par  contre,  au  ch. 
7,  uagitus  infanîium  contraste  d'une  façon  singulière  avec  l'idée  d'appeler  sanc- 
tissimi  testes,  maximi  laudatores,  ces  mêmes  infantes!  —  P.  28,  §  107.  On  ne 
peut  pas  dire  que  et  soit  mis  pour  aut  dans  Agr.  1 2  nec  (solem)  occidere  et  exsur- 
gere  sed  transite,  les  deux  premiers  de  ces  verbes  formant  une  seule  idée  opposée 
à  transite.  Cicéron  ou  n'importe  quel  auteur  aurait  mis  gf  aussi  bien  que  Tacite. — 
P-  ? 3>  §  n  5-  Hist.  I,  8,  est  un  passage  dont  le  texte  même  n'est  pas  incontesté 
(de  même  que  p.  J ,  §  9,  Hist.  1, 1 2,  eodem  auctu;  p.  6,  Ann.  XIV,  20,  et  d'autres). 
Nous  croyons  que  M.  G.  a  bien  fait  de  conserver  la  leçon  du  ms.  noluisset,  mais 
nous  pensons  que  son  interprétation  n'est  pas  la  vraie.  Les  soldats  de  Virginius 
craignaient  d'être  suspects  à  Galba,  parce  qu'ils  ne  s'étaient  décidés  que  lentement 
à  abandonner  Néron,  et  que  Virginius  ne  s'était  pas  tout  de  suite  prononcé  pour 
Galba  ;  c'était  une  question  de  savoir  si  Virginius  n'avait  vraiment  pas  voulu  du 
trône  (an  imperare  noluisset  dubium)  ou  s'il  l'avait  refusé  par  prudence ,  de  sorte 
que  ce  refus  ne  pouvait  faire  pardonner  à  l'armée  ;  mais  il  n'était  pas  douteux  que 
les  soldats  le  lui  avaient  offert  (delatam  ei  a  milite  imper ium  conueniebat),  de  sorte 
qu'ils  avaient  raison  de  craindre.    On  voit  que  ce  n'est  pas  un  exemple  de  an 

affirmatif. —  P.  43, §171.  Hist.  I,  64  Çprope exarsere,  ni admonuisset) 

est  bien  certainement  elliptique.  M.  G.,  qui  le  nie,  s'est  laissé  prendre  à  sa 
propre  traduction.  En  latin,  il  y  a  :  ils  en  vinrent  presque  au  combat  (et  ils  en 
seraient  venus  là  en  réalité,  devons-nous  ajouter),  si  Valens  ne  les  eût  avertis. 
Quant  aux  passages  suivants,  comme  M.  G.  renvoie  à  son  commentaire  sur 
l'Agricola,  nous  attendons  pour  juger  que  cet  ouvrage  ait  paru. 

En  fait  d'orthographe,  on  ne  peut  prévoir  encore  quel  principe  M.  G.  adoptera 
dans  son  édition.  Mais  il  nous  paraît  difficile  qu'aucun  principe  justifie  millia  (p. 
5),  annulas  (p.  37)  et  surtout  concio  (ibid.).  -sic/i  hi 

Enfin  quelques  fautes  d'impression  fâcheuses  :  p.  vj  et  p.  2,  Zirker  (lisez 
Sirker);  p.  7,  §  18,  trirèmes  (1.  triremis);  p.  9,  Bœttiger  (\.  Bœtticher);  p.  48. 

Hist.  3,  38  (l.  3,  j8). 

Max  Bonnet. 


38.  —  Ueber  die  Marienklagen.  Ein  Beitrag  zur  Geschichte  der  geistlichen  Dich- 
tung  in  Deutschland.  Von  D' Anton  Schcenbach.  Graz.  Leuschner  et  Lubensky  (Fest- 
schrift  der  le.  k.  Universitaet  in  Graz).  In-4',  82  p.  —  Prix  :  5  fr.  35. 

Cette  excellente  dissertation  éclaire  un  point  jusqu'à  présent  fort  obscur  de 
l'histoire  de  la  poésie  pieuse  allemande.  Au  moyen-âge  on  rencontre  souvent, 
soit  isolément,  soit  intercalées  dans  les  grands  mystères  de  la  Passion,  des  varia- 
tions de  ce  thème  :  les  lamentations  de  la  Vierge  au  pied  de  la  croix.  M.  Schcen- 
bach montre  que  toutes  ces  compositions  ont  la  même  source,  un  hymne  latin, 


120  REVUE   CRITIQUE 

composé  en  France  au  xii*  siècle,  et  plusieurs  fois  publié  {Planctas  ànte  nescia), 
et  qu'elles  se  sont  variées  presque  à  l'infini  à  cause  de  leur  popularité  même.  Il 
redresse  chemin  faisant  un  grand  nombre  d'erreurs  plus  ou  moins  graves  com- 
mises à  ce  sujet  par  les  critiques  qui  l'ont  précédé.  En  appendice  il  donne  plu- 
sieurs textes  inédits. —  L'auteur  ajoute  en  terminant  qu'il  ne  méconnaît  pas  l'im- 
portance des  formes  françaises  et  anglaises  du  Planctus,  mais  que  les  matériaux 
nécessaires  pour  une  étude  approfondie  sont  encore  trop  peu  accessibles.  Quand 
ils  seront  mis  à  la  portée  des  travailleurs,  il  sera  en  effet  intéressant  de  soumettre 
à  un  examen  comparatif  le  développement  du  Plancîus  dans  les  diverses  littéra- 
tures; il  faudra,  pour  compléter  ce  travail,  y  joindre  l'étude  des  sources  latines 
du  Planctas  lui-même,  et  suivre  depuis  l'origine  l'histoire  du  rôle  attribué  à  Marie 
dans  le  drame  du  Calvaire  et  des  sentiments  sous  l'empire  desquels  il  s'est  trans- 
formé. 


39.  —  Histoire  du  dépôt  des  Archives  des  Affaires  étrangères,  par  Armand 
Baschet.  Paris,  Pion,  i  vol.  in-S",  xxviij-590  p.  —  Prix  :  10 fr. 

«  Ces  archives,  dit  M.  B.  dans  sa  préface  (viij),  n'ont  pas  encore  eu  dechro- 
»  niques.  Leurs  annales  n'ont  pas  été  produites.  Nous  avons  essayé  d'être  ce 
»  chroniqueur,  nous  avons  tenté  d'écrire  ces  annales.  »  M.  B.  définit  ici  très- 
bien  la  nature  du  travail  auquel  il  s'est  livré.  Il  raconte  comment  et  par  qui  le 
dépôt  des  Affaires  étrangères  a  été  formé,  en  quels  lieux  il  a  été  installé,  quels 
déplacements  il  a  subis,  quelles  personnes  en  ont  eu  la  garde,  quelles  acquisitions 
l'ont  enrichi,  de  quelle  manière  enfin  il  est  organisé.  C'était  un  travail  long  et 
difficile;  les  sources  en  étaient  disséminées  en  maint  endroit  différent,  mais  M.  B. 
sera  récompensé  des  peines  qu'il  s'est  données  par  le  service  réel  qu'il  rendra 
aux  historiens.  Il  est  en  effet  moins  difficile  de  pénétrer  dans  ce  dépôt  fameux 
que  de  savoir  comment  y  diriger  ses  recherches.  De  ce  chef,  les  découvertes 
de  M.  B.  sont  d'un  très -grand  prix;  son  travail  mérite  d'être  tout  particulière- 
ment signalé  à  l'attention  des  chercheurs.  — M.  B.  a  pris  soin  de  faire  connaître 
ses  sources  ;  les  notes  de  son  livre  sont  donc  déjà  par  elles-mêmes  remplies 
d'indications  très-intéressantes.  Il  classe  ces  sources  de  la  manière  suivante  : 
1" l'incomparable  «fonds  français»  des  manuscrits  de  la  Bibliothèque  nationale;  il 
mentionne  en  particulier  les  recueils  de  Clairambault,  les  papiers  de  l'abbé  Le 
Grand  et  le  «  petit  fonds  »  de  Bréquigny;  2°  les  Archives  nationales  et  spéciale- 
ment les  papiers  de  la  surintendance  des  bâtiments;  3°  les  Archives  du  départe- 
ment de  Seine-et-Oise  ;  4"  les  Archives  des  Affaires  étrangères  où  il  a  fait  des 
recherches  sur  une  période  qui  s'étend  de  1 547  à  1748;  4"  des  papiers  qui  lui 
ont  été  communiqués  par  M.  Henri  Bordier,  entre  autres  deux  Mémoires  précieux 
l'un  de  Sémonin,  daté  de  septembre  1792,  l'autre  de  Gaillard,  daté  de  fructidor 
an  XII.  —  M.  B.  suit  l'ordre  chronologique.  Il  prend  pour  cadre  l'histoire  des 
ministres  qui  ont  contribué  à  la  constitution  du  dépôt  et  celle  des  archivistes  qui 
en  ont  eu  la  garde.  Il  arrive  quelquefois  que  le  cadre  déborde  sur  le  tableau  et 
que  M.  B.  ne  résiste  pas  au  désir  d'ouvrir  au  public  ses  portefeuilles  de  notes. 


d'histoire  et  de  littérature.  tai 

Il  s'est  arrêté  par  moment  à  des  faits  qui  n'avaient  qu'un  rapport  assez  indirect 
avec  son  sujet  et  il  en  est  résulté  un  excès  d'abondance,  je  ne  sais  quoi  de 
touffu,  qui  arrête  en  certains  passages  le  lecteur;  mais  il  faut  reconnaître  que 
ces  temps  d'arrêts,  en  des  régions  si  peu  explorées,  sont  rarement  sans  profit. 

Dans  V Introduction,  M,  B.  résume  l'histoire  des  papiers  diplomatiques  de  la 
France,  jusqu'à  l'année  1661,  époque  à  partir  de  laquelle  on  a  commencé  à  les 
classer  aux  Affaires  étrangères.  Jusque-là  ces  papiers  restaient  entre  les  mains 
des  familles  des  secrétaires  d'État  et  des  diplomates  :  un  grand  nombre  de  ces 
documents  ont  été  retrouvés  plus  tard,  par  occasion,  et  ce  n'est  pas  la  partie  la 
moins  utile  du  livre  de  M.  B.  que  l'histoire  des  collections  particulières  qui  sont 
venues  enrichir  le  dépôt  des  Affaires  étrangères.  La  première  partie  contient 
l'histoire  du  dépôt  à  Paris  sous  le  ministère  du  marquis  de  Torcy  jusqu'à  la 
translation  à  Versailles  sous  les  ministères  des  ducs  de  Choiseul  et  de  Praslin, 
17 10-1763.  —  Pendant  cette  période  les  biographies  de  Le  Dran  (17 30- 1740) 
et  de  l'abbé  de  La  Ville  (1740- 1746),  gardes  du  dépôt,  présentent  un  intérêt 
particulier.  L'un  et  l'autre  sont,  avec  des  traits  un  peu  différents,  des  types  de 
ces  admirables  serviteurs  de  l'État  qui  firent  la  force  de  la  monarchie  et  l'honneur 
de  l'ancienne  France.  —  La  deuxième  partie  s'étend  de  1763  à  1796;  c'est 
l'histoire  du  dépôt  à  Versailles.  —  La  troisième  partie  part  de  1796,  date  de  la 
translation  du  dépôt  à  Paris  et  conduit  le  lecteur  jusqu'en  1874.  On  y  remarque 
un  portrait  de  d'Hauterive,  dont  le  livre  d'Artaud  de  Montor  avait  déjà  fait 
connaître  la  physionomie  grave,  sévère  et  profondément  respectable.  —  A  travers 
ces  chapitres  très-remplis  de  faits  et  de  documents,  nous  nous  sommes  surtout 
arrêté  à  l'histoire  des  acquisitions  successives  faites  par  le  dépôt  et  aux  rensei- 
gnements relatifs  à  l'Académie  politique  fondée  par  M.  de  Torcy. 

Les  collections  du  dépôt  des  Affaires  étrangères  se  composent  surtout  des 
correspondances  diplomatiques,  rapports  des  agents  à  l'extérieur,  dépêches  du 
département,  mémoires  rédigés  soit  par  les  agents  soit  par  les  ministères,  lettres 
particuHères  des  agents  et  des  ministres,  pièces  annexées  aux  correspondances 
des  uns  et  des  autres.  A  partir  de  l'année  1661  ces  correspondances  sont  divisées 
par  puissance  et  classées  par  ordre  chronologique.  En  outre  le  dépôt  s'est  enri- 
chi de  collections  diverses  :  les  unes  contenaient  des  correspondances  diploma- 
tiques, et  ces  correspondances  ont  dû  être  au  moins  en  grande  partie  versées 
dans  les  collections  générales  du  dépôt  (p.  570);  les  autres  contenaient  des 
pièces  historiques,  des  mémoires,  des  travaux  rédigés  au  moyen  de  documents 
diplomatiques  par  des  agents  du  ministère.  Les  catalogues  découverts  par  M.  B. 
et  les  indications  rassemblées  par  lui  peuvent  servir  de  guide  à  travers  ces 
nombreuses  collections.  Mais  M.  B.  n'est  pas  en  mesure  d'affirmer  que  toutes  les 
pièces  qui  ont  été  acquises  par  le  dépôt  ou  qui,  d'après  les  documents  qu'il  a 
dépouillés,  pourraient  s'y  trouver,  s'y  trouvent  en  réalité.  Certaines  collections 
ont  été  distraites  en  faveur  d'autres  dépôts,  M.  B.  l'indique  lui-même  (p.  191, 
272,  461);  des  papiers  ont  été  restitués  à  des  particuliers  (p.  161).  Quoiqu'il 
en  soit,  les  notes  très-nombreuses  et  très-détaillées  de  M.  B.  seront  certainement 
très-utiles  à  consulter.  —  Il  indique  comment  les  collections  étaient  distribuées 


122  REVUE   CRITIQUE 

en  1792  (p.  277);  comment  elles  le  furent  en  1804  (p.  425),  comment  enfin 
elles  le  sont  aujourd'hui  (p.  567).  —  Il  n'a  pas  cru  devoir  dresser  une  table, 
une  sorte  de  catalogue — in  partibus — des  documents  qui,  d'après  ses  recherches, 
doivent  ou  peuvent  se  trouver  au  dépôt.  Voici,  à  défaut  de  cette  table,  un  aperçu 
très-sommaire  des  renseignements  que  fournit  le  livre  de  M.  B. 

I.  Travaux  de  classement  commandés  par  M.  de  Croissy  en  1679,  p.  77.  — 
II.  Inventaire  fait  en  1679  et  intitulé  :  Recueil  de  toutes  les  négociations,  lettres, 
mémoires  des  ambassadeurs  et  ministres  du  roi  dans  les  pays  étrangers  avec  diverses 
autres  pièces  concernant  les  affaires  étrangères  depuis  l'année  1661,  p.  80  (pièce 
produite  par  Nicolas  Clément,  de  la  bibliothèque  du  roi,  chargé  de  ce  classement: 
Bibl.  nat.  Registre  n'*  1 5 1  de  la  collection  de  Bréquigny).  —  III.  Catalogue  des 
manuscrits  de  la  bibhothèque  de  M.  Parayre,  ancien  premier  commis  des  Affaires 
étrangères  sous  MM.  de  Brienne,  de  Lyonne  et  de  Pomponne,  acquis,  sauf  peut- 
être  quelques  articles,  par  le  dépôt,  p.  86  (Bibl.  nat.  manuscrits,  fonds  latin, 
registre  n°  10595).  ~  ^^-  Extraits  d'un  inventaire  des  papiers  du  cardinal  de 
Richelieu  (acquis  en  170$)  dressé  en  171 1  par  l'abbé  Le  Grand  sur  l'ordre  de 
M.  de  Torcy,  p.  147  (Bibl.  nat.  Mélanges  de  Clairambault,  volume  n°  671). — 
V.  Papiers  saisis  chez  M.  de  Cellamarre,  indications  vagues,  p.  172.  —  VI. 
Mémoires  politiques  et  Histoire  des  Traités,  commencés  par  Saint-Prez,  chef  du 
dépôt,  mort  en  1720,  p.  173,  mention. — VII.  Papiers  du  président  de  Mesmes, 
indication  générale  p.  192,  Mémoire  sur  ces  papiers  p.  212,  Catalogue  des 
manuscrits  choisis  dans  cette  collection  pour  les  Affaires  étrangères,  p.  214 
(Bibl.  nationale).  — VIII.  Papiers  de  Loménie  de  Brienne,  évèque  de  Coutances, 
acquis  en  1732,  p.  192,  mention.  —  IX.  Papiers  de  Mazarin,  mention,  p.  192 
et  232,  classement,  p.  224  (Bibl.  nationale).  —  X.  Papiers  de  Bouthillier,  de 
Chavigny,  p.  192  et  indications  p.  227  d'après  la  Bibliothèque  historique  de  la 
France.  —  XI.  Papiers  de  Law,  mention,  p.  209.  —  XII.  Papiers  de  Lorraine. 
Papiers  du  cardinal  de  Fleury,  mention,  p.  271-272. — XIII.  Mémoires  et 
travaux  de  Le  Dran,  garde  du  dépôt,  p.  317,  3i8_,  319,  427,  564.  —  XIV. 
Papiers  de  Durand  de  Distroff,  garde  du  dépôt,  mention,  p.  350.  —  XV. 
Papiers  de  Tercier,  p.  353. — XVI.  Travaux  de  Bréquigny,  p.  360.  Mémoires 
écrits  par  Prieur  pour  Louis  XVI  sur  l'histoire  diplomatique  de  1748  à  1775, 
p.  366.  Note  pour  le  commissaire  des  relations  extérieures,  22  août  179$,  men- 
tionnant divers  mémoires,  p.  394.  —  XVII.  Papiers  acquis  pendant  la  Révolution, 
p.  407,  411,  426.  —XVIII.  Notes  d'Anquetil  sur  ses  recherches  au  dépôt, 
p.  416.  —  XIX.  Détails  sur  les  papiers  de  Soulavie,  462-472. 

Quelques  exemples  montreront  toute  l'importance  de  ces  documents.  Ainsi  les 
travaux  d'histoire  diplomatique  composés  sur  les  pièces  originales  par  les  gardes 
du  dépôt,  pour  l'instruction  des  diplomates,  souvent  pour  renseigner  le  roi  et  ses 
ministres  doivent  présenter  à  ceux  qui  étudient  l'histoire  les  ressources  les  plus 
précieuses  et  les  plus  inattendues.  Non-seulement  on  doit  trouver  dans  ces 
Mémoires  des  indications  sur  les  pièces  que  contient  le  dépôt,  mais  encore  des 
données  sur  la  manière  dont  les  contemporains  les  mieux  informés  des  desseins 
de  l'État,  considéraient  l'ensemble  de  la  politique  européenne  :  on  doit  découvrir 


d'histoire    et    de   littérature.  12} 

là  ce  que  les  dépêches  mêmes  ne  donnent  pas  —  ce  que  l'historien  ne  retrouve 
que  par  un  effort  d'induction  —  le  lien  des  pensées,  l'enchaînement  des  faits, 
l'esprit  général  de  la  politique.  Aussi  M.  B.  nous  dit  (p.  173)  que  Saint-Prez 
travailla  jusqu'à  sa  mort,  1720,  à  une  Histoire  des  Traités,  il  nous  indique  (p.  1 69) 
que  Dubois  demanda  en  1 7 1 8  à  ce  savant  diplomate  un  mémoire  sur  ses  projets 
d'alliance  avec  l'empereur  et  le  consulte  sur  la  question  de  savoir  s'il  n'y  a  pas 
quelquefois  avantage  à  s'allier  avec  l'adversaire  de  la  veille  «  lorsqu'on  ne  peut 
»  rien  de  plus  efficace  contre  un  ennemi  puissant  et  armé  dans  le  tems  qu'on 
»  n'est  pas  en  état  de  lui  résister,  que  de  l'arrêter,  le  désarmer  et  se  donner 
»  le  tems  dont  on  a  besoin  pour  rétablir  ses  forces,  —  Je  voudrais,  écrit 
»  Dubois,  savoir  les  maximes  et  les  exemples  des  nations  anciennes  et  modernes 
»  qui  peuvent  autoriser  cette  conduite.  »  —  Nous  trouvons  (p.  317)  parmi 
les  titres  des  ouvrages  de  Le  Dran  :  une  Histoire  de  la  négociation  du  Traité 
de  Turin,  août  et  octobre  1696,  qui  forme  un  volume  de  407  p.;  une  Histoire 
de  la  négociation  pour  la  paix  de  Ryswick  en  1 697  ;  une  Histoire  de  la  négociation 
des  Traités  de  paix  conclus  aux  congrès  de  Rastadt  et  de  Bade  en  1714e/  1 7 1 5 . 

—  Nous  signalerons  encore  (p.  336)  un  Précis  historitjue  de  toutes  les  négo- 
ciations de  la  France  avec  les  différentes  puissances  de  l'Europe  depuis  la  paix 
d'Aix-la-Chapelle  en  1748,  continué  jusqu'à  l'année  1776,  par  l'ordre  de 
MM.  de  Vergennes  et  de  Montmarcis,  et  destiné  à  mettre  Louis  XVI  au  courant 
des  affaires  diplomatiques.  —  Au  moment  où  la  Commission  des  archives  récem- 
ment instituée  au  ministère  des  Affaires  étrangères  paraît  diposée  à  encou- 
rager les  études  historiques  et  à  ouvrir  plus  largement  le  dépôt  aux  hommes 
d'étude,  M.  B.  leur  rend  un  service  inestimable  en  leur  faisant  connaître  des 
ouvrages  dont  personne  avant  lui  —  au  moins  dans  le  public  —  ne  parais- 
sait soupçonner  l'existence.  Il  serait  possible  même  que  plusieurs  de  ces  travaux 
et  mémoires  fussent  dès  maintenant  en  état  d'être  publiés,  moyennant  certains 
accommodements  et  compléments  nécessaires.  Dans  tous  les  cas  c'est  une  mine 
à  explorer  et  très-probablement  une  mine  féconde  pour  ceux  qui  l'exploiteront. 

—  Nous  pourrions  multiplier  les  exemples.  Nous  renvoyons  le  lecteur  au  livre 
de  M.  B.,  que  nous  ne  prétendons  pas  analyser  ici  dans  son  entier  et  dont  nous 
ne  désirons  que  faire  connaître  l'utilité. 

Arrivons  à  l'histoire  de  l'Académie  politique  fondée  par  M.  de  Torcy.  M.  B.  a 
puisé  ses  documents  à  ce  sujet  dans  le  registre  n"  668  des  Mélanges  de  Clairam- 
bault  (Bibl.  nationale).  M.  de  Torcy  est  le  véritable  fondateur  du  dépôt  des 
Affaires  étrangères.  Mais  il  ne  voulait  pas  se  borner  à  conserver  les  documents, 
il  voulait  en  tirer  parti.  Ce  ministre  de  Louis  XIV  avait  à  ce  sujet  des  idées  que 
l'on  considérerait  peut-être  encore  aujourd'hui  comme  assez  hardies  et  comme 
empreintes  d'un  dangereux  esprit  d'innovation.  Il  avait  rédigé  en  171 1  un  Projet 
d'estude;  on  y  lisait  :  «  Ce  n'est  pas  assez  d'avoir  bien  fortifié  une  place,  de 
»  l'avoir  remplie  de  toutes  sortes  de  munitions  de  bouche  et  de  guerre,  si  on  n'y 
»  met  du  monde  pour  la  défendre.  Ainsi  il  ne  suffit  pas  d'avoir  ramassé  grand 
»  nombre  de  mémoires,  de  dépêches,  de  papiers,  de  les  avoir  mis  en  lieu  où  ils  ne 
»  se  puissent  perdre,  il  faut  encore  former  des  hommes  pour  s'en  servir.  » 


124  REVUE  CRITIQUE 

C'était  l'objet  de  V Académie  politique.  Elle  était  destinée  à  faire  l'éducation  des 
futurs  diplomates.  M.  de  Torcy  leur  souhaitait  de  rares  qualités,  mais  surtout 
des  qualités  sérieuses.  «  Quant  au  caractère  d'esprit  que  je  demanderais,  j'avoue 
»  que  j'aimerais  mieux,  du  côté  de  la  vivacité,  qu'ils  en  eussent  moins  que  plus, 
»  pourvu  qu'ils  fussent  laborieux  et  qu'ils  ne  fussent  pas  des  portefaix  de  litté- 
»  rature  qui,  chargés  de  grec,  de  latin,  d'histoire,  ne  savent  faire  aucun  usage 
»  de  leurs  connaissances.  De  l'autre  côté,  ces  esprits  si  vifs  prennent  si  souvent 
»  à  gauche,  subtilisent  si  fort  que,  cherchant  partout  à  faire  paraître  qu'ils  en 
»  savent  plus  que  d'autres,  ils  ne  finissent  jamais  rien.  Nous  avons  eu  deux 
»  hommes  employés  dans  les  Affaires  étrangères  d'un  mérite  extraordinaire  :  ce 
»  sont  le  cardinal  Dossat  et  le  président  Jeannin:  Ni  l'un  ni  l'autre  n'étaient  de 

»  naissance.  Quelques-uns  même  ont  cru  que  le  premier  était  bâtard On 

»  doit  proposer  sans  cesse  ces  hommes  incomparables  pour  modèle  à  ceux  qui 
»  doivent  être  employés  pour  le  service  du  roi  dans  les  Affaires  étrangères,  et 
»  leur  faire  connaître  qu'en  se  conduisant  avec  sagesse,  en  travaillant  sans 
»  relâche  et  avec  application,  en  servant  fidèlement,  il  n'est  rien  où  un  homme 
»  habile  ne  puisse  parvenir.  » 

Quant  aux  études  que  M.  de  Torcy  prescrivait  aux  élèves  de  son  Académie,  le 
plan  n'en  est  pas  moins  intéressant  ;  il  montre  chez  ce  ministre  des  vues  tout 
aussi  élevées,  tout  aussi  inattendues ,  disons  le  mot,  tout  aussi  modernes.  Il 
signale  en  même  temps  chez  les  contemporains  de  M.  de  Torcy  des  travers 
d'esprit  que  nous  déplorons  encore  aujourd'hui.  «  On  ne  saurait  trop  s'attacher  à 
»  les  préserver  ou  à  les  guérir  d'un  défaut  commun  à  toute  notre  nation  qui  est 
»  de  ne  pouvoir  goûter  ni  approuver  que  nos  manières  et  de  blâmer  celles  de 
»  tous  les  autres  pays.  Rien  ne  nous  rend  plus  odieux  et  plus  insupportables 
»  parmi  les  étrangers.  Il  serait  à  désirer,  non-seulement  qu'ils  sussent  le  droit, 
»  mais  qu'il  y  eût  à  Paris  ou  ailleurs  quelque  professeur  de  droit  public.  »  Mais 
par  droiî  public,  Torcy  n'entend  pas,  comme  on  le  faisait  de  son  temps  et  comme 
on  le  fait  encore  trop  souvent  aujourd'hui,  de  vaines  spéculations  sur  la  consti- 
tution idéale  d'États  imaginaires  ou  sur  le  droit  des  gens  abstrait  de  peuples 
perfectionnés.  Par  esprit  politique,  il  s'élève  au  sentiment  de  la  véritable 
méthode,  de  la  seule  qui  soit  vraiment  féconde  et  bienfaisante  en  ces  matières  et 
il  écrit  :  «  L'étude  du  droit  public  ne  donnant  que  des  notions  générales,  elle 
»  suppose  ou  demande  beaucoup  d'autres  connaissances  et  principalement  celle 
»  de  l'histoire  moderne  des  traités  de  paix  et  des  langues.  »  Cette  étude  ne  doit 
pas  remonter  au  delà  du  règne  de  Louis  XH.  Torcy  conseille  l'étude  des  pièces 
originales  et  de  divers  ouvrages  étrangers.  Son  projet  d'Académie  et  d'étude 
achevé,  il  consulta  ses  conseillers  des  Affaires  étrangères,  et  M.  B.  nous  donne 
(p.  129)  un  aperçu  de  leurs  observations  qui  sont  fort  intéressantes. 

Comme  complément  à  l'Académie,  Torcy  avait  conçu  le  projet  d'un  Corps 
d'histoire  formé  d'après  les  papiers  des  Affaires  étrangères  et  commençant  en 
1660.  «  Dans  cet  ouvrage,  disait-il,  on  expliquerait  les  traités  que  la  France  a 

»  faits  non-seulement  avec  ses  voisins,  mais  avec  les  États  plus  éloignés Les 

»  raisons  qui  l'ont  fait  prendre  part  aux  affaires,  soit  du  Nord,  soit  d'Italie  où 


d'histoire  et  de  littérature.  125 

»  elle  s'est  intéressée.  Je  crois  qu'une  bonne  histoire  du  ministère  du  cardinal 
»  de  Richelieu,  de  celui  du  cardinal  de  Mazarin,  et  du  commencement  du  règne 
»  du  roi,  où  l'on  s'appliquerait  moins  à  raconter  des  faits,  à  décrire  des  batailles 
»  qu'à  découvrir  la  source  et  la  cause  des  mouvements  et  des  guerres  dont 
»  l'Europe  a  été  agitée  pendant  le  dernier  siècle,  pourrait  donner  une  grande 
»  connaissance  de  ce  que  je  souhaiterais  sur  cela.  »  Le  Corps  d'histoire  ne  devait 
cependant  pas  être  une  suite  de  discours,  et  ce  n'est  pas  précisément  l'histoire  à 
la  Montesquieu  que  désire  M.  de  Torcy.  Il  était  grand  chercheur  et  collection- 
neur de  documents,  il  tenait  qu'en  «  fait  d'affaires  on  ne  peut  travailler  que 
»  papiers  sur  table,  »  et  il  voulait  que  l'histoire  fût  un  instrument  de  travail 
pour  ses  diplomates.  Il  conseillait  donc  de  mentionner  dans  l'histoire  des  négo- 
ciations, les  dépêches,  les  pièces  publiques,  proclamations,  harangues,  actes, 
«  même  certains  écrits  fugitifs  qui  donnent  de  grandes  lumières  sur  des  matières 
»  qui  ne  se  trouvent  pas  assez  expliquées  dans  les  dépêches.  »  —  On  devait 
commencer  le  travail  par  un  dépouillement  consciencieux  des  pièces  ;  puis,  cela 
fait,  les  historiographes  devaient  en  conférer  entre  eux.  L'histoire  de  toute  négo- 
ciation devait  être  précédée  d'une  introduction.  «  On  examinera  l'état  de  la 
»  France,  celui  des  pays  où  la  négociation  a  été  conduite,  les  guerres  dont  elle 
»  avait  été  précédée,  celles  qui  duraient  encore,  leurs  causes  et  leurs  principaux 
»  événements,  le  génie  du  prince,  celui  de  ses  ministres  et  les  dispositions  de  la 
»  nation.  »  Enfin  Torcy  donnait  aux  futurs  historiographes  ce  précieux  aver- 
tissement :  «  Ceux  qui  sont  employés  à  ce  travail  sont  trop  éclairés  pour  s'ima- 
»  giner,  comme  font  quelques  curieux,  que  tout  est  dans  les  dépêches  et  qu'on 
»  doit  douter  d'un  fait  qui  ne  s'y  trouve  point.  Il  y  faut  chercher  l'histoire 
»  secrète;  les  événements  publics  se  doivent  tirer  d'ailleurs;  mais  on  peut  enri- 
»  chir  et  éclaircir  sa  matière  par  des  circonstances  que  le  public  a  ignorées  et 
»  qui  ont  été  connues  par  l'ambassadeur.  » 

L'/lc^^em/e /)o////^ug  fut  installée  en  1712,  sous  la  direction  de  M.  de  Saint- 
Prez;  elle  se  composait  de  six  jeunes  gens  rémunérés  chacun  de  mille  livres,  et 
de  six  attachés  libres.  Elle  disparut  en  1720,  sans  avoir,  il  faut  le  reconnaître, 
donné  de  grands  résultats.  M.  de  Torcy  avait  quitté  le  ministère  en  171 5  et 
n'avait  pu  surveiller  le  développement  de  son  œuvre.  Or,  en  pareille  matière, 
l'application  est  plus  malaisée  et  exige  presque  plus  de  talent  que  la  conception 
même  de  l'entreprise.  Cependant  on  peut  citer  parmi  les  élèves  de  l'Académie 
MM.  de  Chavigny  et  d'Argenson.  Enfin  c'est  des  travaux  prescrits  par  M.  de 
Torcy  que  sortit  l'Histoire  des  traités  de  Henri  IV  à  la  paix  de  Nimègue,  écrite 
par  Saint-Prez  et  publiée  à  La  Haye  en  172  5.  —  Au  dire  de  Marmontel,  le  car- 
dinal de  Bernis  reprit  un  instant  l'idée  d'un  cours  de  diplomatique  (p.  309),  mais 
cette  idée  n'aboutit  pas.  —  Un  arrêté  du  9  floréal  an  VIII  (29  août  1800)  fit 
renaître  l'établissement  des  élèves  politiques,  sans  plus  de  succès  (p.  433).  Plus 
tard  on  songea  à  faire  des  bureaux  des  Archives  une  sorte  de  préparation  à  la 
carrière  diplomatique,  mais  cet  essai,  conçu  sans  méthode,  exécuté  sans  résolu- 
tion, demeura  sans  résultat.  L'école  d'administration  de  1848  parlait  d'une  con- 
ception trop  abstraite  de  la  politique,  et,  bien  qu'elle  ait  fourni  à  notre  diplomatie 


126  REVUE    CRITIQUE 

un  de  ses  agents  les  plus  distingués,  elle  ne  répondait  que  très-incomplètement 
à  l'objet  que  s'était  proposé  M.  de  Torcy.  Enfin  la  section  de  diplomatie  à 
l'école  libre  des  sciences  politiques  (1872)  est  le  premier  essai  d'un  enseigne- 
ment complet  et  méthodique,  uniquement  fondé  sur  les  sciences  historiques,  et 
destiné  à  fournir  aux  futurs  diplomates  les  connaissances  qui  leur  sont  néces- 
saires. 

A. 

SOCIÉTÉS  SAVANTES. 

ACADÉMIE    DES   INSCRIPTIONS   ET   BELLES-LETTRES. 

Séance  du  1 2  février  1 87  5 . 

Un  rapport  de  M.  le  secrétaire  perpétuel  fait  connaître  les  progrès  des  divers 
travaux  de  l'académie  pendant  le  second  semestre  de  l'année  1 874. 

M.  de  S**  Marie  envoie  cent  nouveaux  estampages  d'inscriptions  sémitiques 
(n°^  801  à  900),  avec  la  copie  d'une  lettre  au  ministre  de  l'instruction  publique 
dans  laquelle  il  signale  celles  de  ces  inscriptions  qui  présentent  le  plus  d'intérêt. 

Une  circulaire  relative  à  un  congrès  international  des  américanistes  est  adressée 
à  l'académie. 

M.  Th.  H.  Martin  continue  la  lecture  de  son  mémoire  intitulé  :  Hypothèses 
astronomiques  des  philosophes  grecs,  de  l'école  d'Ionie  et  d'autres  écoles,  qui  n'admettent 
pas  la  sphéricité  de  la  terre.  —  Il  achève  d'exposer  le  système  cosmographique  de 
Thaïes  de  Milet.  Thaïes  considérait  les  astres  comme  des  corps  de  nature  ter- 
restre, mais  incandescents,  qui  sortaient  de  la  mer  le  matin  et  y  redescendaient 
le  soir.  Il  savait  que  la  lune  est  plus  rapprochée  de  la  terre  que  le  soleil,  et  qu'elle 
produit  les  éclipses  de  cet  astre  en  s'interposant  entre  lui  et  la  terre.  Mais  quoi 
qu'en  dise  Stobée  il  paraît  avoir  ignoré  la  cause  des  éclipses  de  lune,  et  n'avoir 
pas  su  que  la  lune  emprunte  sa  lumière  au  soleil.  Il  est  faux  aussi,  probablement, 
qu'il  ait  professé  une  opinion  sur  la  dimension  relative  des  astres,  dont  personne 
ne  paraît  s'être  occupé  avant  Anaximandre.  Il  expliquait  les  mouvements  des 
astres  par  l'âme  divine,  principe  du  mouvement  qu'il  supposait  répandu  dans  tous 
les  corps.  Il  admettait  probablement  que  l'eau,  sur  laquelle  il  faisait  reposer  la 
terre,  avait  une  étendue  infinie,  tant  dans  la  direction  horizontale  qu'en  profon- 
deur. —  Anaximandre  de  Milet,  dont  M.  Martin  parle  ensuite,  prit  comme  Thaïes 
la  cosmographie  poétique  et  populaire  des  Grecs  pour  point  de  départ  de  son 
système.  Mais  il  eut  le  mérite  de  s'en  écarter,  d'une  part  en  considérant  la  terre 
seulement  comme  une  petite  partie  de  l'univers  visible,  de  l'autre  en  ne  cher- 
chant pas  comme  Thaïes  à  lui  donner  un  support,  solide  ou  liquide,  qui  eût  paru 
devoir  faire  obstacle  au  mouvement  nocturne  des  astres.  Il  s'égara  complètement 
en  voulant  déterminer  la  dimension  des  corps  célestes.  Il  comprit  ainsi  que  Thaïes 
que  la  lune  était  plus  près  de  la  terre  que  le  soleil,  mais  il  crut  comme  lui  que  la 
terre  était  un  disque  et  que  la  lune  avait  une  lumière  propre.  M.  Martin  lui 
reproche  aussi  d'avoir  considéré  les  astres  comme  des  feux  revêtus  d'une  enve- 
loppe opaque  qui  ne  laissait  passer  la  lumière  que  par  un  étroit  orifice,  et  d'avoir 


d'histoire  et  de  littérature.  127 

expliqué  les  éclipses,  les  phases  de  la  lune,  par  des  rétrécissements  de  cet 
orifice. 

Ouvrages  offerts  à  l'académie  : 

Th.  H.  Martin,  Astronomie  grecque  et  romaine  (extr.  du  Dictionnaire  des  anti- 
quités grecques  et  romaines  de  MM.  Daremberg  et  Saglio); 

Lassen,  Indische  Alterthumskunde,  t.  2  ; 

Das  Buch  der  Jubilàen  oder  die  kleine  Genesis  etc.  herausgegeben  von  Herrmann 
Rônsch  ; 

Records  of  the  past,  traductions  de  textes  assyriens  et  égyptiens,  publ.  par  la 
Société  d'archéologie  biblique,  3  vol.  ; 

Filopanti,  Indication  de  quelques  nouvelles  idées  scientifiques  exposées  dans  son 
ouvrage  «  LWniverso  »,  Bologne  1875; 

Diverses  revues,  etc.  .  ' 

M.  de  Longpérier  présente  de  la  part  des  auteurs  les  ouvrages  suivants  : 

1°  un  nouveau  fascicule  de  la  traduction  de  Ma-touan-lin  par  M.  Léon  d'Her- 
vey,  dans  lequel  se  trouve  l'histoire  de  la  Corée  du  7*  au  12^  s.;  M.  de  Long- 
périer signale  de  curieux  détails  sur  les  soins  que  le  gouvernement  de  la  Corée 
prenait  aux  10"  et  1 1*  siècles  pour  répandre  l'instruction  dans  ce  pays,  et  sur  les 
négociations  qu'il  engageait  avec  les  empereurs  de  la  Chine  pour  obtenir  d'eux 
des  dons  de  livres  imprimés  ; 

2°  Mélanges  d'épigraphie  et  d'archéologie  sémitiques,  par  M.  Joseph  Halévy. 

M.  E.  Le  Blant  lit  un  mémoire  intitulé  Les  larmes  de  la  prière.  Il  signale  un 
sarcophage  d'Arles  sur  lequel  sont  représentés  deux  hommes  prosternés  au  pied 
du  Christ,  et  deux  autres  debout  de  chaque  côté  qui  couvrent  leurs  yeux  d'un 
linge.  C'est  là  la  représentation  d'un  usage  constant  des  premiers  siècles  du 
christianisme  :  on  pleurait  en  priant.  On  trouve  déjà  cet  usage  dans  la  Bible  et 
dans  l'antiquité  païenne,  mais  il  prit  une  force  plus  grande  dans  le  christianisme, 
o\i  il  s'autorisait  de  l'exemple  même  des  larmes  du  Christ.  Les  larmes  étaient 
considérées  comme  la  marque  de  l'assistance  de  Dieu;  tant  qu'elles  duraient, 
on  ne  devait  pas  cesser  de  prier.  Sans  elles  la  prière  était  incomplète;  aussi 
s'eflforçait-on  de  les  provoquer,  fût-ce  en  affaiblissant  le  corps,  et  c'était  là  l'un 
des  objets  du  jeûne.  On  en  avait  tellement  l'habitude  qu'un  acte  du  j^  siècle 
ordonne  que  lors  de  l'ouverture  d'un  concile,  le  peuple  se  mette  en  prières,  et 
répande  des  larmes.  Au  reste  l'usage  de  pleurer  en  priant  s'est  continué  après 
l'antiquité,  pendant  le  moyen  âge,  et  n'a  entièrement  disparu  que  dans  les  temps 
modernes.  —  Là  comme  partout,  dit  M.  Le  Blant,  l'exagération  a  eu  sa  part. 
On  faisait  plus  que  pleurer,  on  poussait  des  cris  et  des  gémissements  :  les  pères 
emploient  plusieurs  fois,  pour  désigner  ces  gémissements,  l'expression  de  mugitus. 
S.  Augustin  décrit  les  transports  furieux  dont  un  malade  qu'il  avait  visité  accom- 
pagnait sa  prière.  Le  biographe  de  S.  Julien  l'ascète  raconte  que  sur  tous  ses 
livres  le  nom  de  Dieu  se  trouvait  partout  effacé,  par  les  larmes  qu'il  répandait 
chaque  fois  qu'il  rencontrait  ce  nom.  —  M.  Le  Blant  termine  en  citant  une 
légende  rapportée  par  Anastase  le  Sinaïte,  au  7*  siècle.  Un  brigand  thrace  après 
une  vie  souillée  de  crimes,  était  mort  en  donnant  de  vives  marques  de  repentir 


128  REVUE   CRITIQUE    D'hISTOIRE   ET   DE   LITTÉRATURE. 

et  en  priant  Dieu  avec  des  larmes  abondantes.  La  nuit  de  sa  mort,  un  médecin 
vit  en  songe  des  Éthiopiens  et  des  anges  se  disputer  son  âme.  Les  premiers 
mirent  sur  l'un  des  plateaux  d'une  balance  des  papiers  où  étaient  écrits  tous  les 
crimes  du  mort  :  mais  les  anges  mirent  sur  l'autre  plateau  le  linge  qu'il  avait 
mouillé  de  ses  larmes,  et  ce  linge  pesa  plus  que  les  papiers  accusateurs. 

M.  Guérin  termine  sa  lecture  sur  la  ville  de  Césarée  de  Palestine.  Il  fait 
l'histoire  de  cette  ville  depuis  ses  premières  origines,  au  temps  où  elle  portait  le 
nom  de  Tour  de  Straton,  et  sa  fondation  définitive  sous  le  nom  de  Césarée  par 
Hérode  le  Grand,  jusqu'à  sa  destruction  à  la  fin  du  1 3^  siècle.  Il  raconte  notam- 
ment les  événements  remarquables  qui  s'y  produisirent  au  i"s.  de  notre  ère, 
les  dissensions  entre  Grecs  et  Juifs,  la  mort  d'Hérode  Agrippa,  la  fondation  de 
la  colonie  Julia  Flavia  par  Vespasien,  la  conversion  du  centurion  Cornélius,  le 
premier  gentil  qui  devint  chrétien.  Après  l'empire  romain  et  la  domination  musul- 
mane, M.  Guérin  indique  les  vicissitudes  de  cette  ville  à  l'époque  des  croisades; 
conquise  en  1 102  par  Beaudouin  I",  reprise  en  11 87  par  Saladin,  puis  plusieurs 
fois  prise  et  reprise  par  les  deux  parties,  elle  fut  définitivement  détruite  par  les 
Arabes  en  1 291.  Au  12''  siècle  c'était  encore  une  grande  ville  avec  un  faubourg 
et  une  forte  citadelle;  au  temps  d'Aboul  Féda,  au  commencement  du  14^  siècle, 
elle  était  entièrement  déserte,  il  n'en  restait  que  des  ruines  qui  ne  se  sont  jamais 

relevées. 

Julien  Havet. 

LIVRES  DÉPOSÉS  AU  BUREAU  DE  LA  REVUE. 

Von  Amira,  Erbenfolge  und  Verwandtschaftsgliederung  nach  den  ait-  niederdeutschen 
Rechten  (Munchen,  Ackermann).  —  Bluhme,  Die  Gens  Langobardorum.  2.  Heft.  Ihre 
Sprache  (Bonn,  Marcus).  —  Brugsch-Bey,  Histoire  d'Egypte.  2*  éd.,  1"  livr.  (Leip- 
zig, Hinrichs).  —  Cassiodore,  De  l'âme,  tr.  p.  De  Rouville  (Paris,  Rouquette).  — 
Das  Nibeiungenlied.  Schul-Ausgabe  mit  einem  Wœrterbuch,  v.  Bartsch  (Leipzig, 
Brockhaus).  —  De  Dionysii  Thracis  interpretibus  veteribus  scrips.  Hœrschelmann. 
Pars  I.  (Lips.,  Teubner).  —  D'Eichthal,  Le  site  de  Troie  selon  M.  Lechevalier  ou 
selon  M.  Schliemann  (Paris,  Durand,  Pedone-Lauriel  ;  Maisonneuve).  — Fournier,  Abt 
Johann  von  Viktring  und  sein  Liber  certarum  historiarum  (Berlin,  Vahlen).  —  Claudii 
Galeni  de  piacitis  Hippocratis  et  Platonis  libri  novem  recens,  et  expl.  I.  Mûller.  Vol. 
I  (Lips.,  Teubner).  —  Gantrelle,  Grammaire  et  style  de  Tacite  (Paris,  Garnier).  — 
—  Grùber,  Versuch  einer  Erklaerung  der  L.  9  §  i  D.  De  jure  dotium  (Munchen,  Ac- 
kermann). —  Von  Helfert,  Der  Rastadter  Gesandtenmord  (Wien,  Braumuller).  — 
Hellmann,    Das    Gemeine    Erbrecht    des    Religiosen    (Munchen,    Ackermann). 


ERRATUM. 
N"  7,  p:  102,  1.  31,  au  lieu  de  Roudouneau,  lisez  Rondonneau. 


Le  propriétaire-gérant  :  F.  VIEWEG. 


;t;  ,Nogent-le-Rotrou,  imprimerie  de  A.  Gouverneur. 


'auf  der  XXIX.  Versammlung  deutscher  Philologen  und  Schulmaenner  zu  Inns- 
bruck  vom  28.  Sept,  bis  i.  Oct.  1874  (J.  Egger).  —  Uebersicht  der  germa- 
nistischen  Vorlesungen  an  den  Universitaeten  Deutschlands,  Œsterreichs,  der 
Schweiz  und  Hollands  im  Wintersemester  1874-75.  —  Oscar  Jaenicke  (Joseph 
Strobl).  —  Jacob  Grimm  an  Adelbert  von  Keller.  —  Denkmal  fur  Walther  von 
der  Vogelweide.  —  Herrn  Walther  sanc.  (K.  Bartsch). — Jacob  Grimm  (Ders.). 

—  Denkmal  fur  Hoffmann  von  Fallersleben.  —  Personalnotizen.  —  Berichti- 
gungen. 

La  Rivista  Europea,  Février  1875.  Busslaieff,  Appunti  di  Mitologia 
Slava.  —  La  Chiesa  e  lo  stato  in  Italia.  — Patuzzi,  Cesare  Bettoloni.  —  Bacci, 
Giacomo  Leopardi  (fin),  —  Notices  littéraires  et  bibliographiques  italiennes, 
françaises,  et  slaves.  Polémique  linguistique.  Réponse  de  M.  Caix  à  M.  Storm. 

—  Sous  la  rubrique  Notizie  letterarie  slave  nous  trouvons  de  piquantes  rectifica- 
tions à  l'étude  toute  d'imagination  de  Castelar  sur  Pouschkine  ;  et  sous  la  rubrique  : 
Italiani  ail'  estero  une  réponse  de  M.  A.  de  Gubernatis  aux  articles  de  M.  Ber- 
gaigne  dans  la  Revue  critique.  1875  (j^^^-  ^7  ^^  21), 

Mittheilungen  aus  der  historischen  liitteratur.  III*  année.  N"  i.  Voy. 
Rev.  crit.  1873.  2*sem.  p.  406.  —  Wollschl/EGEr,  Handbuch  der  vorhisto- 
rischen,  historischen  und  biblischen  Urgeschichte.  Leipzig,  Spaarmann.  In-8°, 
iv-245  p.  (Abraham).  —  Programmenschau,  Alte  Geschichte  (Foss).  Cet  article 
passe  en  revue  des  dissertations  sur  l'histoire  ancienne  qui  accompagnent  des 
programmes  de  gymnase  :  Fricke,  Die  Hellenen  in  Campanien  (Hildesheim); 
Genz,  Die  servianische  Centurien  Verfassung(Sorau);  Strenge,  Der  tendenziôse 
Charakter  des  csesarischen  Memoirenvom  Burgerkrieg(Lunebourg);  Luttgert, 
Das  Varusschlachtfeld  u.  Aliso  (Lingen)  ;  Meyer,  Sueven  in  Flandern  (Bnabrùck); 
Wolffgramm,  Cn.  Domitius  Corbulo  (Prenzlau).  —  Cassel,  Morgen  u.  Abend- 
land  :  Kaiser  u.  Kœnigsthrone  in  Geschichte,  Symbol  u.  Sage.  Berlin,  Gûlker. 
10-8",  iv-152  p.  (Stœckert).  —  Carolingiaca  (Foss.  Sous  ce  titre,  M.  F. 
examine  les  ouvrages  de  MM.  Fœrster,  Drei  Erzbischœfe  vor  tausend  Jahre. 
Gutersloh,  Bertelsmann,  In-8",  128  p.;  Gegenbauér,  Das  Kloster  Fulda  im 
Carolinger  Zeitalter,  2,  Buch  :  Buchonia  u.  das  Grabfeld;  B.  Simson,  Ludwig 
der  Fromme,  Cf.  Rev.  crit.,  1874,  II,  p.  51).  —  Tobien,  Denkwùrdigkeiten 
aus  der  Vergangenheit  Westfalens,  Elberfeld,  Hartmann.  2  vol,  in-8'',  299  et 
83  p.  (Feldner).  —  HoRAWiTz,  Caspar  Bruschius.  Leipzig,  Brockhaus.  1874 
(Grossmann;  cf.  Rev.  crit.,  1874,  II,  p.  326). — Juste,  Guillaume  le  Taciturne. 
Bruxelles,  Muquardt.  In-8'*,  363  p.  (Zermelo).  —  Noorden,  Europaeische 
Geschichte  im  xviii.  Jahrh.  :  I.  Abth.  :  Der  spanische  Erbfolgekrieg.  2*  vol. 
Dusseldorf,  Buddeus.  In-8°,  xv-592  p,  (Hirsch).  —  Riemann,  Geschichte  der 
Stadt  Colberg.  Colberg,  Post'sche  Buchh.  $72  et  106  p.  (Jungfer).  —  Wer- 
nicke,  Die  Geschichte  der  neuesten  Zeit.  Berlin,  Paetel.  2  vol,  gr.  in-8",  492  et 
59°  P-  (Foss). 

BULLETIN    BIBLIOGRAPHIQUE 
DES  PRINCIPALES   PUBLICATIONS   FRANÇAISES   ET    ÉTRANGÈRES. 


AVIS.  —  On  peut  se  procurer  à  la  librairie  A.  Franck  tous  les  ouvrages 
annoncés  dans  ce  bulletin ,  ainsi  que  ceux  qui  font  l'objet  d'articles  dans  la 
Revue  critique.  Elle  se  charge  en  outre  de  fournir  très-promptement  et  sans 
frais  tous  les  ouvrages  qui  lui  seront  demandés  et  qu'elle  ne  posséderait  pas  en 
magasin. 

Alciphron.  Lettres  grecques,  traduites  |      en  français  par  S.  de  Rouville.  In- 16, 


151  p.  Paris  (Rouquette). 

Baguenault  de  Puchesse  (G.).  I.-a 
Saint-Barthélémy  à  Orléans  (26  août 
1572).  In-8",  35  p.  Orléans  (Herluison). 

Baumefort  (V.  de).  Cession  de  la  ville  et 
de  l'État  d'Avignon  au  pape  Clément  VI 
par  Jeanne  I",  reine  de  Naples.  In-8*, 
108  p.  Apt  (imp.  Jean). 

Cartulaire  de  Marmoutier  pour  le  Du- 
nois,  publié  par  M.  E.  Mabille.  In-8% 
Ixi-312  p.  Paris  (Dumoulin).  7  fr. 

Casati  (C.-C).  Notice  sur  les  faïences  de 
Diruta,  d'après  des  documents  nouveaux 
(avec  une  pi.  chromolithog.  In-8*,  12  p. 
Paris  (Lévy). 

Cauvet  (J.).  L'ancienne  université  de 
Caen.  Notice  historique.  In-S",  38  p. 
Caen  (Le  Blanc-Hardel). 

Cazin.  Recherches  sur  les  usages  et  le 
luxe  des  anciens  dans  leurs  repas.  In-B", 
32  p.  Caen  (Le  Blanc-Hardel). 

Chabouillet.  Notice  sur  un  ducat  d'or 
inédit  de  Borso,  marquis  d'Esté  et  sei- 
gneur, puis  duc  de  Ferrare.  In-8°,  1 5  p. 
Nogent-le-Rotrou  (imp.  Gouverneur). 

Charencey  (H.  de).  Essai  d'analyse  gram- 
maticale d'un  texte  en  langue  Maya.  In- 
8*,  22  p.  Caen  (Le  Blanc-Hardel). 

Dechepare  (B.).  Poésies  basques.  Nou- 
velle édit.  absolument  conforme  à  la  pre- 
mière de  1545.  In-B",  71  p.  Bayonne 
(Cazals). 

Deladreue  (L.-E.)  et  Mathon.  Histoire 
de  l'abbaye  royale  de  Saint-Lucien  (ordre 
de  saint  Benoît).  In-8°,  296  p.  et  !o  pi. 
Beauvais  (imp.  Père). 

Duchâteau  (E.).  Souvenirs  historiques 
de  la  ville  et  du  canton  de  Jargeau.  In- 
18  jésus^  178  p.  Orléans  (Séjourné). 

Duruy  (V.).  Histoire  des  Romains  depuis 
les  temps  les  plus  reculés  jusqu'à  la  fin 
du  règne  des  Antonins.  T.  4.  In-8*, 
489  p.  Paris  (Hachette).  7  fr.  50 

Pabre  (A.).  Romans  et  chansons  sur 
Gérard  de  Roussillon,  étude  historique  et 
littéraire.  In-B",  xv-20  p.  Vienne  (imp. 
Savigné). 

Feugère  (G.).  De  Socraticae  doctrinal 
vestigiis  apud  Euripidem.  In-B",  83  p. 
Paris  (Hachette  et  C''). 

Froidefond  de  Boulazac  (A.  de).  Liste 


chronologique  des  maires  de  la  ville  et  de 
la  cité  de  Périgueux  depuis  1200  jusqu'à 
nos  jours,  accompagnée  de  nombreuses 
notes.  Avec  une  vue  de  l'ancien  Hôtel-de- 
Ville  par  M.  H.  Dupuy,  In-8*,  115p. 
Périgueux  (imp.  Dupont  et  C«). 

Gabourd  (A.).  Histoire  contemporaine, 
comprenant  les  principaux  événements 
qui  se  sont  accomplis  depuis  la  révolution 
de  1830  jusqu'à  nos  jours,  et  résumant 
durant  la  même  période  le  mouvement 
social,  artistique  et  littéraire.  T.  12. 
In-8%  49$  p.  Paris  (F.  Didot  frères,  fils 
et  C«). 

GabrieL  Louis  XVI,  le  marquis  de  Bouille 
et  Varennes.  Épisode  de  la  Révolution 
française.  In-8°,  415  p.  Paris  (Ghio). 

Gautier  (T.).  Portraits  contemporains. 
Littérateurs,  peintres,  sculpteurs,  artistes 
dramatiques.  Avec  un  portrait  de  T.  Gau- 
tier, d'après  une  gravure  à  l'eau  forte  par 
lui-même,  vers  1833.  In-i8  Jésus,  468  p. 
Paris  (Charpentier  et  C«).  3  fr.  50 

Germain  (A.).  Pierre  Gariel.  sa  vie  et  ses 
travaux,  1584-1674.  In-4',  224  p.  Mont- 
pellier (imp.  Martel  aîné). 

Gubernatis  (A.  de).  Mythologie  zoolo- 
gique, ou  les  légendes  animales.  Trad.  de 
l'anglais  par  P.  Regnaud.  Avec  une  no- 
tice préliminaire  par  M.  F.  Baudry.  2  vol. 
in-8°,  xlj-9  5  5  p.  Paris  (Durand  et  Pedone- 
Lauriel). 

Lezat  (A.).  Bourdaloue,  théologien  et 
orateur.  In-8°,  89  p.  Paris  (Thorin). 

Marinier  (H.).  Un  nouveau  voyage  au 
Groenland.  In-8*,  30  p.  Paris  (Douniol 
et  C°). 

Peîletan  (E.).  Le  4  Septembre  devant 
l'enquête.  In- 18  jésus,  343  p.  Paris 
(Pagnerre).  3  fr. 

Rivière  (H. -F.).  Histoire  des  institutions, 
contenant  un  essai  historique  sur  le  droit 
public  et  privé  dans  cette  province. 
T.  !•'.  In-8',xxiv-5i8  p.  Paris(Marescq 
aîné). 

Schmidt  (M.).  Die  Inschrift  v.  Idalion  u. 
das  kyprische  Syllabar.  Eine  epigraph. 
Studie.  Mite.  autograph.Taf.  In-S",  vj- 
102  S.  lena  (Mauke).  8  fr. 

Zeitschrift  fiir  Vœlkerpsychologie  und 
Sprachwissenschaft.  Hrsg.  v.  D'  M.  La- 
zarus  u.  Prof.  D'  Steinthal.  8.  Bd.  2. 
Hft.  In-8%  S.  129-256.  Berlin  (Dûmm- 
ler).  3  fr.  25 


Nogent-le-Rotrou.  Imprimerie  de  A.  Gouverneur. 


N'  9  Neuvième  année.  27  Tévrier  1875 


REVUE  CRITIQUE 

D'HISTOIRE   ET  DE  LITTÉRATURE 

RECUEIL  HEBDOMADAIRE  PUBLIÉ  SOUS  LA  DIRECTION 

DE  MM.  C.  DE  LA  BERGE,  M.  BRÉAL,  G.  MONOD,  G.  PARIS. 


Secrétaire  de  la  Rédaction:  M.  Stanislas  Guyard. 


Prix   d'abonnement  : 

Un  an,  Paris,  20  fr.  —  Départements,  22  fr.  —  Étranger,  le  port  en  sus 

suivant  le  pays. 

PARIS 

LIBRAIRIE    A.    FRANCK 

F.    VIEWEG,    PROPRIÉTAIRE 
67.  RUE  RICHELIEU,  67 


Adresser  toutes  les  communications  à  M.  Stanislas  Guyard,  Secrétaire  de  la 
Rédaction  (au  bureau  de  la  Revue  :  67,  rue  Richelieu). 

ANNONCES 

En  vente  à  la  librairie  A.  Franck,  F.  Vieweg  propriétaire, 
67,  rue  de  Richelieu. 


Le  Petit  Poucet  et  la  Grande  Ourse,  i  vol.  in-i6 
,  imprimé  en  caractères  elzeviriens.  2  fr.  50 


G.  PARIS  I 

BiBLid+H'ÈQUl'ÔE l'École  des  hautes  études 


20^  FASCICULE. 


•^  ï  T  T  VT  np'  T  T  T  17  IVT  Institution  oratoire.  Collation  d'un  ms. 
V^  U  1  IN  1  1  L«  1  iL  1 N  du  xe  siècle,  par  Emile  Châtelain  et  Jules 
Le  Coultre,  licenciés  ès-lettres,  élèves  de  FÉcole  des  hautes  études.  3  fr. 

1 8®  ET  1 9*  fascicules  précédemment  parus  : 

Rn  Pr    T   A  ^X  PT  V  R  î  FT    ^^"^^  ^^^  ^^^  ^°"^^^  ^ 
•      LJ  LLi     l_i/\0   1    Cj;^I    r\l  IL    vicomtes     de     Limoges 

antérieurs  à  l'an  1000.  •    .         ,  :  ^  fr. 

Ar\  A  D  IV/r  rr  Ç  nn  X7  T^  T7  X?     "^^^^^^  ^^  ^^  formation  des 
•    L-'/^rviVl  IliO   1    I_j   1    JL-irv    mots    composés  dans  la 

langue  française  comparée  aux  autres  langues  romanes  et  au  latin.  12  fr. 

Pour  paraître  très-prochainement  : 
2i«  fascicule.  Hymne  à  Ammon  Ra  des  papyrus  de  Boulaq,  traduit  et  com- 
menté par  Eugène  Grébault,  avocat,  élève  de  l'École  des  hautes  études. 


PÉRIODIQUES. 

The  Academy,  N"  144,  new  séries,  6  février.  Desnoiresterres,  Voltaire  et 
la  Société  française  au  xyiii^  siècle.  Voltaire  et  J.-J.  Rousseau.  Paris,  Didier 
(E.  F.  S.  Pattison  :  forme  le  VP  volume  de  l'Histoire  de  Voltaire  ;  art.  très- 
élogieux).  —  C.  I.  Hemans,  Historié  and  Monumental  Rome.  London,  Williams 
and  Norgate  (C.  W.  Boase  :  excellent  manuel  composé  par  un  archéologue  des 
plus  compétents). — C.  M.  Ingleby,  Shakespeare's  Century  ofPrayse.  London, 
Trùbner  (R.  Simpson  :  recueil  de  matériaux  pour  une  histoire  de  l'Opinion  des 
écrivains  postérieurs  à  Shakespeare  sur  cet  auteur  et  sur  ses  œuvres).  —  Jahr- 
bûcher  des  fraenkischen  Reichs  unter  Ludwig  dem  Fromraen.  Von.B.  Simson. 
Ed.  I.  (Harry  Bresslau;  cf.  Rev.  ait.,  1874,  II,  p.  51).  —  Ciirrent  Literaîure 
(notes  de  l'éditeur  sur  la  biographie  de  Strauss,  par  Zeller,  la  grammaire  d'éco- 
nomie politique  de  Marriott,  la  2^  éd.  du  Mémoire  de  John  Grey,  les  Œuvres 
complètes  de  Sheridan).  —  Notes  and  News.  —  Notes  of  Travel.  —  The  Late 
M.  Hitzig  (T.  K.  Cheyne).  —  Paris  Letter  (G.  Monod;  notices  littéraires).  — 
Correspondence.  The  first  Book  printed  in  Spain  (Winand  B.  G.  Jansen),  —  A 
Pehlevi  Ms.  recovered  (Max  Muller).  —  Our  oldest  Manuscript  and  Who  mu- 
tilated  it  (P.  Le  Page  Renoue).  —  Platts,  A  Grammar  of  the  Hindûstânî  or 
Urdû  Language.  London,  Allen  (E.  H.  Palmer  :  recommande  cette  grammaire, 
malgré  ses  défauts,  comme  la  meilleure  parue  jusqu'ici). — Science  notes  (contient 
des  notes  sur  la  dernière  communication  de  M.  de  Vogué  à  l'Académie  des 
inscriptions,  relative  à  l'inscription  phénicienne  trouvée  à  Byblos  ;  sur  la  publi- 
cation du  manuel  d'astronomie  d'Aryabhafa,  par  M.  Kern,  sur  l'Introduction  au 
Nouveau-Testament  de  M.  Hilgenfeld,  sur  les  Jahrbiicher  de  la  faculté  de  théo- 
logie de  lena).  —  Meetings  of  Societies  (Soc.  de  géographie,  d'anthropologie, 
royale  de  littérature,  des  antiquaires). 

The  Athenœum,  N"  2467,  6  février.  Gardiner,  A  History  of  England  under 
the  Duke  ofBuckingham  and  Charles  the  First,  1624- 162 8.  2  vols.  Longmans 
and  Co.  (se  distingue  par  la  scrupuleuse  minutie  des  détails).  —  The  Odes  of 
Pindare.  Transi,  by  Ernest  Myers.  Macmillan  and  Co.  (art.  favorable).  — 
Mr.  Wilkin's  Edition  of  the  «Georgics»  (réponse  des  éditeurs  —  Bell  and  Sons 

—  kVartkk  deVAthen£um  du  23  janvier).  —  Prof.  Ferdinand  Hitzig  (not. 
nécrol.),  —  Sir  Philipp  Francis  in  India  (R.  Garnett).  — Bohemian  (Slavonic) 
Manuscript  in  the  Library  of  Trinity  Collège,  Cambridge  (A.  H.  Wratislaw). 

—  «  Fac-similé  Reprints,  »  —  Mr.  Finlay  (not.  nécrol.).  —  The  Tomb  of 
David  (Charles  Warren).  —  Orientalia  (notes  sur  divers  ms.  sanskrits  et  pra- 
krits  de  l'Hindoustan  et  sur  des  monnaies).—  Literary  Gossip.  —  Societies  (Soc. 
des  antiquaires,  royale  de  littérature,  d'archéologie  britannique^  d'archéologie 
biblique).  -,  _^^,j  ,;;^„...:' 

Literarisches  Centralblatt,  N'  7,  13  février.  Capitolare  dei  Visdomini  del 
Fontego  dei  Tedeschi  in  Venezia.  Zum  erstenmal  bekannt  gegeben  von  G.  Mart. 
Thomas.  Berlin,  Cohn.  In-4°,  xliij-309  p.  —  Kaufmann,  Die  Fasten  der  spae- 
teren  Kaiserzeit.  Gœttingen,  Dieterich.  In-8°,  p.  235-295  (contient:  1°  Les 
Fastes  d'Idatius;  2°  Les  fastes  de  Ravenne).  —  Otto,  Johannes  Cochlaeus  der 
Humanist.  Breslau,  Aderholz.  In-8^  viij-199  p.  (cette  brochure  n'est  qu'un 
avant-coureur  de  la  biographie  que  l'auteur  prépare  depuis  de  longues  années). 

—  The  Aryabharîya  éd.  by  H.  Kern.  Leiden,  Brill.  In-8°,  xij-107  p.  (impor- 
tante publication).— CiOFi,  Ad.  Q^Horatium  Flaccum  Spécimen  observationum. 
Rom,  Druck  von  Salviucci.  In-8%  108  p.  (pour  la  science  allemande  «  ce  qu'il 
«  y  a  de  bon  »  dans  cette  brochure  «  n'est  pas  nouveau,  ce  qu'il  y  a  de  neuf 
»  n'est  pas  bon  »).  —  Flach,  Das  System  der  Hesiodischen  Kosmogonie. 
Leipzig,  Teubner.  In-8°,  viij-134  P-  (a^.  développé).  —  Geiger,  Petrarka. 
Leipzig,  Dunckeru.  Humblot.  In-S*,  x-277  p.  (s'adresse  au  grand  public  :  in- 


REVUE  CRITIQ^UE 

D'HISTOIRE    ET    DE    LITTÉRATURE 

N*  9  —  27  Février  —  1875 

Sommaire:  40.  Aristote,  Poétique,  p.  p.  Vahlen,  2'  éd.  —  41.  Du  Mesnil- 
Marigny,  Histoire  de  l'économie  politique  des  anciens  peuples,  etc.,  2'  édit.  —  42. 
FiERViLLE,  Le  cardinal  Jean  Jouffroy  et  son  temps.  —  43.  Voyages  de  Pero  Tafur, 
p.  p.  JiMENEz  DE  LA  EsPADA.  —  44.  Dcux  chansons  sur  le  passage  en  Alsace  de 
l'armée  de  Navarre  en  1 587,  p.  p.  Reuss. —  Sociétés  savantes  :  Académie  des  inscrip- 
tions. 

40.  —  Aristotelis  de  arte  poetica  liber.  Iterum  recensuit  et  adnotatione  critica 
auxit  lohannes  Vahlen.  Berolini,  Fr.Vahlen.  1874.  In-8*,  xv-2i6p.—  Prix  :  6fr.  75. 

M.  Vahlen  avait  publié  en  1867  une  édition  du  texte  seul  de  la  Poétique' 
constitué  d'après  les  remarques  qu'il  avait  faites  en  quatre  dissertations  publiées 
dans  les  comptes-rendus  de  l'Académie  de  Vienne  (L,  1865  ;  LU,  1866;  LVI, 
1867)  et  parues  sous  le  titre  de  Beitrsge  zu  Aristoteles  Poetik.  La  seconde  édition, 
dont  nous  rendons  compte,  contient  les  variantes  du  manuscrit  de  Paris  1741, 
et  quelques  leçons  choisies  des  autres  manuscrits,  les  textes  parallèles  à  certains 
passages  de  la  Poétique;  et  elle  est  suivie  du  fragment  sur  la  comédie  publié 
par  Cramer,  des  textes  d'Aristote  {Poliîicjue  1341  a  21,  b  32),  de  Proclus  (in 
Plaîonis  remp.  p.  360),  de  Jamblique  (de  mysteriis  1,11)  relatifs  à  la  xaôapciç 
7i:aOY3[;i.aT{j)v,  et  d'un  commentaire  grammatical  et  explicatif  de  la  Poétique. 

M.  V.  s'est  attaché  uniquement  à  la  constitution  du  texte,  et  il  ne  s'est  pro- 
posé dans  son  commentaire  que  de  l'expliquer  grammaticalement.  On  avait  déjà 
entrevu  que  le  manuscrit  de  Paris  1741  devait  être  la  base  du  texte,  puisque  les 
autres  manuscrits  n'offraient  pas  de  variante  de  quelque  importance,  que  par 
exemple  aucun  ne  donnait  nulle  part  plusieurs  mots  de  suite  qui  auraient  manqué 
dans  le  manuscrit  de  Paris.  M.  V.  qui  a  eu  à  sa  disposition  les  collations  de  16 
manuscrits  croit  pouvoir  affirmer  qu'ils  sont  tous  des  copies  plus  ou  moins  corri- 
gées du  manuscrit  de  Paris.  ,    :-,i  , ,,   . 

Le  manuscrit  de  Paris  a  été  collationné  très-exactement  et  très-minutieuse- 
ment; M.  V.  a  donné  même  les  fautes  d'accentuation.  Dans  la  constitution  du 
texte  il  s'est  tenu  le  plus  près  possible  du  manuscrit,  se  défiant  beaucoup  des 
conjectures  proposées  par  les  autres  (et  en  effet  il  n'en  est  guère  de  certaines), 
un  peu  moins  des  siennes  propres,  disposé  à  penser  que  le  texte,  quand  il  n'a 
pas  aperçu  le  premier  les  difficultés,  peut  être  expliqué  tel  qu'il  nous  a  été 
transmis.  C'est  ce  que  je  vais  tâcher  de  montrer  à  propos  de  quelques  passages 
que  j'ai  particulièrement  étudiés  2. 

i.  Voir  la  Revue  critique,  i8é8,  II,  65.  Je  crois  sans  nulle  vû/z/'/é  que  l'auteur  de  l'article 
est  désigné  dans  les  plaintes  amères  de  M.  V.  contre  les  docti  homines  «  qui  identidem 
»  diffitentes  se  editoris  mentem  perspicere  maluerunt  superbi  videri  quam  pusilla  sumpta 
»  opéra  cognoscere  et  de  cognita  causa  ut  aequos  judices  decet  iudicare.  » 

2.  Observations  philologiques  sur  la  poétique  d'Aristote  dsins  h  Revue  archéologique,  1863, 
XV  9 


I  ÎO  REVUE  CRITIQUE 

En  trois  passages  (1449  b  9,  1453  b  i,  1460  a  1 1)  les  particules  [j/ev  ouv 
interprétées  suivant  l'usage  des  auteurs  et  d'Aristote  lui-même  rappellent  quelque 
chose  dont  il  a  dû  être  traité  antérieurement  et  dont  il  n'y  a  plus  trace  dans  le 
texte  tel  que  nous  l'avons.  M.  V.  a  objecté  {Beiîrage  l,  48)  que  ouv  n'est  pas 
toujours  une  particule  de  conclusion,  qu'on  ne  saurait  par  conséquent  s'en  servir 
pour  admettre  une  lacune  dans  le  texte  et  que  le  premier  écrit  venu  d'Aristote 
peut  montrer  par  une  foule  d'exemples,  «  jede  beliebige  Schrift  des  Aristoteles 
»  durch  viele  Beispiele  ùberzeugen  kann  »  combien  peu  une  telle  conjecture  est 
fondée.  Il  répète  {Beitr.  III,  ??8)  qu'Aristote  emploie  ouv  pour  passer  à  autre 
chose  dont  il  n'a  pas  encore  été  question,  et  il  ajoute  que,  pour  en  citer  un 
exemple,  on  a  ainsi  admis,  à  tort,  une  lacune  dans  Hlst.  anim.  608  b  19  devant 
'Kokz]i.oç,  [JL£V  OUV.  Dans  l'index  de  Bonitz,  après  qu'il  a  été  question  de  l'emploi 
de  [xàv  ouv  au  début  de  l'explication  d'une  idée  antérieurement  énoncée,  comme 
dans  Top.  I,  104.  105  b  21  et  ailleurs,  on  lit  (54°)  5^)  •  "  i"<^Ê  paullum  deflectit 
»  usas,  ita  quidem  ut  [xàv  ouv  usurpetur  ubi  non  e  superioribus  notio  explicatur, 

»  sed  prorsus  novi  aliquid  profertur,  veluti  'KÔXeixoq  [j,6v  ojv 608  b  19 

»  1460  b  1 1.  »  On  le  voit,  la  foule  des  exemples  se  réduit,  en  dehors  de  la 
poétique,  à  un  seul,  à  celui  de  l'histoire  des  animaux.  Tant  qu'on  n'en  aura  pas 
produit  d'autres,  je  persisterai  à  penser  qu'Aristote  n'a  pas  employé  [ih  ouv 
comme  équivalent  de  M,  non  par  une  légère  inflexion  du  sens  primitif,  mais  par 
un  saut  brusque  à  une  signification  opposée  ;  c'est  là  un  fait  de  langage  assez 
extraordinaire  pour  avoir  besoin  d'être  établi  par  des  textes  nombreux,  d'une 
intégrité  incontestable  :  îestis  unus,  tesîis  nullus.  En  réalité  le  premier  écrit  venu 
d'Aristote  peut  montrer  par  des  exemples  innombrables  que  oùv  rappelle  quelque 
chose  d'antérieurement  énoncé. 

Une  autre  lacune  que  M.  V.  s'efforce  de  nier  en  interprétant  la  leçon  du 
manuscrit,  c'est  celle  qu'indique  (XXVI,  1462  a  14)  le  mot  e'zeiTa  par  lequel 
commence  le  développement  des  avantages  que  la  tragédie  a  sur  l'épopée.  Aristote 
établit  sa  thèse  d'abord  indirectement,  en  réfutant  l'opinion  de  ceux  qui  tenaient 
la  tragédie  pour  inférieure  à  cause  de  la  mimique  exagérée  des  acteurs.  Il  fait 
deux  réponses  à  l'objection  :  Premièrement  (xpwtov  [xàv  1462  a  5)  ce  reproche 
tombe  non  sur  la  tragédie  elle-même,  mais  sur  la  manière  dont  elle  est  jouée; 
en  outre  (Iti  1462  a  1 1)  la  tragédie  n'a  pas  besoin  d'être  jouée  pour  produire 
son  effet.  Ensuite  (è'xeixa  1462  a  14)  la  tragédie  l'emporte  (il  manque  quelque 
chose  comme  otaçépei)  parce  que  etc.  S'il  n'y  a  pas  de  lacune,  ^Tteixa  est  certai- 
nement altéré;  M.  Usener  corrige  lai  S'  en  sous-entendant  xpsÎTTwv  qui  est 
exprimé  dans  la  phrase  précédente  :  ce  qui  me  semble  moins  conforme  à  l'usage 
que  de  répéter  xpetxTcov  en  sous-entendant  le  verbe  substantif.  Quoi  qu'il  en 
soit,  M.  V.  maintient  l'intégrité  du  texte  en  donnant  exsixa  comme  le  corrélatif 
de  TrpwTOV  [xh  (1462  a  5)  :  ce  qui  me  semble  inadmissible,  puisque  la  preuve 
indirecte  et  la  preuve  directe  seraient  ainsi  confondues,  et  que  c'est  ne  tenir 

II,  281-296.  Je  crois  avoir  donné  le  premier  dans  ces  observations  l'explication  du  texte 
1457  b  19  qui  jusque-là  n'avait  pas  été  bien  entendu. 


d'histoire  et  de  littérature.  4|1 

aucun  compte  de  Ixi  (1462  a  i\)  qui  est  évidemment  le  corrélatif  de  TtpGixov 
[/.ev,  et  qui  indique  la  seconde  réponse  à  l'objection. 

Il  y  a  dans  le  passage  (V,  1449  b  9)  dont  nous  avons  parlé  plus  haut  une 
autre  difficulté  qui  ne  me  paraît  pas  levée  par  l'interprétation.  En  effet  le  manu- 
scrit de  Paris  donne  :  yj  \)kv  ouv  ir^oTzodc/.  if^  xpaYwBia  [xé/pt  [xévou  [xéTpou  \xe-{iXo^ 
[xfjAYjaiç  £tvai  ffzouBatwv  i^xoXoûÔYjaev.  D'abord  on  ne  comprend  pas  que  l'épopée, 
qui,  de  toutes  manières,  a  précédé  la  tragédie,  la  suive;  les  textes  cités  par 
M.  V.  '  ne  peuvent  établir  que  àxoXouôetv  puisse  jamais  se  traduire  par  «  una 
»  procedere  cum  ;  »  suivre  ne  sera  jamais  synonyme  de  marcher  avec,  ni  de 
s'accorder  avec  indépendamment  de  toute  idée  de  succession.  Enfin  il  me  semble 
peu  naturel  et  peu  grammatical  d'entendre  le  reste  ainsi  :  «  commune  epicae 
»  poesi  cum  tragoedia  est  solum  hoc  [jLéxpov  [lÀ'^a.  (h.  e.  spatium  amplum,  fines 
»  ampli),  [x([jLY]ot(;  elvai,  aTOuSaiwv.  »  C'est  un  passage  qui,  comme  tant  d'autres 
de  la  Poétique,  laisse  entrevoir  le  sens,  mais  est  altéré  de  telle  sorte  qu'on  ne 
peut  le  restaurer  avec  vraisemblance.       ■-  âjàb  yiîÊq  li-rôr  .'jjugdfi'l 

Ailleurs  (IX,  145 1  b  ^  i)  Aristote,  après  avoir  dit  que  le  poète  n'est  poète  que 
par  l'invention  de  la  fable,  ajoute  :  xâv  àpa  au[).6r\  Y£Vi5iJi.eva  ucteiv,  oùOev  -^ttov 
■JCotYjTifii;  èaxt  •  xûv  yàp  Yî^^P-évcov  Ivta  cOckv  xwXôei  TOiauxa  elvat  oïa.  àv  etxbç 
Y£véa6at  y,at  cuvaxà  Y^vécôat,  /.aÔ'  0  èxetvoç  aùtwv  'KOtY]TY]ç  ècTtv.  M.  V.  fait 
observer  avec  raison  que  des  faits  vrais  peuvent  paraître  invraisemblables  ou  im- 
possibles à  celui  qui  ne  sait  pas  qu'ils  sont  vrais.  Mais  toute  la  difficulté  n'est 
pas  levée.  On  ne  voit  pas  dans  notre  texte  en  quoi  consiste  l'œuvre  du  poète  qui 
raconte  ou  met  en  scène  des  faits  qui  se  sont  réellement  passés,  ni  la  raison  du 
restrictif  Ivia.  Le  sens  exige  quelque  chose  comme  :  «  Même  en  représentant 
»  des  faits  vrais,  le  poète  fait  œuvre  de  poète  en  les  faisant  paraître  vraisem- 
))  blables  et  possibles.  »  Je  ne  vois  d'ailleurs  aucun  moyen  plausible  d'introduire 
ce  sens  dans  le  texte.^  ^u^  x^jkvs'îî  8S2  î3  joibnoloïqqii-eôu  obuîb  sny  îitii  b  li 

Je  ne  puis  admettre  que  dans  XIIÏ,  1453  â  24,  ceux  qui  reprochaient  à  Eu- 
ripide de  terminer  ses  tragédies  par  un  dénouement  triste  commissent  la  même 
erreur  que  ceux  dont  Aristote  dit  incidemment  1 1  lignes  plus  haut  qu'ils  préfé- 
raient à  tort  une  fable  double  à  une  fable  simple  ;  car  ce  n'est  pas  du  tout  la 
même  erreur  et  rien  n'indique  dans  le  texte  qu'Aristote  ait  voulu  rapprocher  ces 
deux  erreurs  qui  n'ont  rien  de  commun  ;  les  mots  xb  aùxb  sont  donc  certainement 
altérés. 

Ailleurs  (XV,  1454  a  29)  Aristote,  après  avoir  énuméré  ce  que  l'on  doit 
rechercher  dans  les  mœurs  des  personnages,  donne  un  exemple  de  chacun  des 
défauts  que  l'on  doit  éviter  eaxiv  Sa  7:apaBe(Y|xa  TcovYjpfaç  [j.£v  v^ôouç  [/.y;  àvaYxaïov 

oTov  0  M£véXaoç  6  èv  'Opéax'fj,  xoy  §£  àTCpsTCoijç xou  §£  àvti)[ji.aXou  x.  x.   é.    Il 

me  paraît  forcé  de  maintenir  àvaYxatov  (qu'il  est  si  facile  de  corriger  en 
àvaYxaiaç  ou  même  àvaYxaiou,  car  l'adjectif  était  souvent  des  deux  genres  dans 
la  prose  Attique),  et  d'interpréter  «  exemplum  non  necessarium,  quod  facile 

I.  Encore  dans  ces  textes  n'en  est-il  qu'un  (Phys.  Ausc.  I^  5.  188  b  26)  où  le  mot 
oMVYixoXou8rîxa(7i  soit  employé;  et  ce  texte  n'est  pas  sans  difficulté. 


IJJ  REVUE   CRITIQUE 

»  evitari  potuit ;  »  le  sens  force  de  rapporter  l'adjectif  à  Trovrjpiaç,  et  non  à 
TcapâSctYiJ'a  :  un  poète  n'a  pas  à  se  préoccuper  de  donner  des  exemples. 

Enfin  dans  un  texte  très-difficile  (XXV,  1460  b  22-26)  M.  V.  me  paraît  avoir 
résolu  heureusement  une  première  difficulté  en  mettant  un  point  en  haut  après 
^pÛTov  [xàv  Ta  Tupbç.  aÙTYjv  TTiV  T£5(VTQV  et  en  sous-entendant  £7utTi[jLYj[;i,aTa  Ssï  èx 
TouTwv  £xtc7/,oTïouvTa  Xutiv,  qui  vient  d'être  exprimé.  Mais  je  ne  puis  plus  le  suivre 
lorsqu'il  ponctue  le  passage  où  Aristote  dit  de  la  poésie  qui  représente  des  choses 
impossibles,  opOôç  e/et,  ei  xu^/avsi  toj  TéXouç  tou  abxriç  (to  '/àp  xéXoç  el'p'/îTat), 
el  ouTtoç  èxTcXiQ/.Tiy.wTepov  v^,  aùxo  v^  àXXo  xoi&î  [/.époç,  et  qu'il  l'entend  ainsi  : 
«  il  n'y  a  rien  à  blâmer,  si  le  poète  atteint  le  but  de  la  poésie  (en  effet  il  a  déjà 
»  été  parlé  plus  haut  de  ce  but  XXIV,  1460  a  12),  c'est-à-dire  s'il  rend  ainsi 
»  ce  passage  même  ou  un  autre  plus  frappant,  »  D'abord,  il  n'est  pas  question 
XXIV,  1460  a  12,  du  but  de  la  poésie,  tel  qu'il  est  ici  expliqué;  Aristote  explique 
(1460  a  12)  comment  la  poésie  épique  peut  pousser  le  merveilleux  jusqu'à 
l'absurde.  Ensuite,  eût-il  parlé  déjà  du  but  de  la  poésie,  pourquoi  dire  ici  qu'il 
en  a  déjà  parlé,  puisqu'il  explique  immédiatement  quel  est  ce  but?  que  signifie  ici 
•^ap?  on  comprendrait  «  je  ne  parlerai  pas  de  cela,  »  ou  «  je  n'en  parlerai  pas 
»  plus  en  détail,  car  j'en  ai  déjà  parlé;  »  ou  bien  :  «  si  le  poète  atteint  le  but 
»  de  la  poésie,  qui,  comme  il  a  été  dit  plus  haut,  est  de  etc.  »  Mais,  dans  le 
texte  tel  que  M.  V.  le  constitue,  fàp  ne  peut  indiquer  le  rapport  que  le  sens 
exige  entre  les  deux  propositions  que  cette  conjonction  doit  unir.  On  a  essayé, 

dans  la  vraie  direction  à  mon  avis,  de  corriger  en  lisant auTî^ç  •  xo  yàp 

'zi'koç,  euprjTai  ou  siXT^xTai  ou  aipstiai,  ei  outwç  y.,  t.  é.  mais,  ici  encore,  il  faut 
reconnaître  qu'on  ne  peut  déterminer  avec  précision  la  nature  de  l'altération  ni 
trouver  un  remède  certain.  M.  Vahlen  a  eu  raison  de  suspecter  la  grécité  de  to 
téXoç  £upY]Tai.  Car  en  général  ',  il  connaît  très-bien  la  langue  d'Aristote,  dont 
il  a  fait  une  étude  très-approfondie  ;  et  ses  travaux  sur  la  poétique  d'Aristote 
abondent  en  observations  précieuses  sur  l'usage  de  son  auteur. 

Charles  Thu ROT.        -'i 


41 .  —  Histoire  de  réconomie  politique  des  anciens  peuples  de  l'Inde,  de 
l'Egypte,  de  la  Judée  et  de  la  Grèce,  par  Du  Mesnil-Marigny.  Deuxième 
édition.  Paris,  Pion.  1875.  2  vol.  in-S»,  487-442  p.      ,3,-j  jç^q'.„  ,„p  ^lus 

C'est  au  mois  de  juin  1872  que  nous  avons  rendu  compte  ici-même  de  la 
première  édition  du  livre  de  M.  Du  Mesnil-Marigny.  En  apprenant  récemment 
qu'une  seconde  édition  avait  été  publiée  dès  les  premiers  jours  de  1873,  nous 
avons  éprouvé  tout  d'abord  une  véritable  surprise. 

Aucun  éditeur  français  ne  songe  à  réimprimer,  en  la  complétant  d'après  la 
■seconde  édition  allemande,  la  traduction  faite  en  1828  par  Laligant  de  VÉconomie 
politique  des  Athéniens.  VËconomie  politique  des  Romains  par  Dureau  de  La  Malle, 
publiée  en  1 840,  est  depuis  longtemps  épuisée,  et  il  n'est  pas  question  de  la  ré- 

I .  Je  ne  sais  pourquoi  il  n'a  pas  été  arrêté  par  l'emploi  du  moyen  dans  Ta  TrpdYM-ata 
'oruvîcTTaCTÔai  (VI,  1450  a  37). 


d'histoire  et  de  littérature.  IJ5 

éditer.  •—  Au  contraire,  V Économie  politique  des  peuples  anciens  par  M.  DuMesnil- 
Marigny  rencontre  dans  le  public  une  telle  faveur  que  la  première  édition  est 
enlevée  en  une  année,  et  que  l'éditeur  s'empresse  d'en  donner  une  seconde  ! 

Et,  cependant,  est-ce  ce  dernier  ouvrage  qui  mérite  les  préférences  des  lec- 
teurs? Nous  croyons  avoir  prouvé,  en  1872,  par  des  exemples  frappants,  que 
M.  Du  Mesnil-Marigny,  loin  de  faire  progresser  la  science,  retarde  sa  marche, 
en  nous  obligeant  à  démontrer  de  nouveau  (aufs  neue  nachweisen)  ',  contre  des 
attaques  mal  fondées,  des  propositions  que  l'on  était  autorisé  à  regarder  comme 
certaines. 

Aujourd'hui,  nous  sommes  remis  de  notre  première  impression;  mais  elle  a 
disparu  pour  faire  place  à  un  autre  sentiment  que  nous  n'osons  pas  caractériser. 
Les  lecteurs  n'ont  pas  été  aussi  nombreux  que  nous  le  pensions,  et  un  artifice  a 
été  employé  pour  leur  recommander  le  livre.  L'Histoire  de  l'économie  politique  des 
peuples  anciens  est  toujours  à  sa  première  édition.  Le  frontispice  a  été  changé  ; 
mais  le  nombre  des  feuillets  est  resté  le  même  ;  chaque  page  commence  et  finit 
par  les  mêmes  mots;  les  fautes  d'impression  sont  identiques,  etc 

Quelle  raison  peut  porter  un  auteur  à  présenter  au  public  comme  une  édition 
nouvelle  le  reliquat  d'une  précédente  édition?  Nous  l'ignorons;  mais  voici  le 
résultat  :  La  Faculté  de  droit  de  Grenoble,  sur  la  foi  d'une  annonce  qu'elle 
croyait  sincère,  vient  d'acquérir  la  prétendue  deuxième  édition  de  l'ouvrage  de 
M.  Du  Mesnil-Marigny.  Elle  a  affecté  une  partie  des  modestes  crédits  que  le 
budget  lui  alloue  à  un  livre  qui  lui  est  complètement  inutile,  et  qu'elle  se  serait 
bien  gardée  de  demander  si  elle  avait  pu  deviner  la  vérité.  Nous  espérons  que 
les  lecteurs  de  la  Revue,  suffisamment  avertis,  ne  tomberont  pas  victimes  de  la 
même  erreur.  E.  Caillemer. 

42.  —  Le  cardinai  Jean  Joufifroy  et  son  temps  (1412-1473).  — Étùdè 
historique  par  Ch.  Fierville,  docteur  ès-lettres,  censeur  des  études  au  Lycée  de 
Coutances.  Paris,  Hachette,  1874.  vij-296  p. 

Cet  ouvrage  est  l'histoire  d'un  des  diplomates  les  plus  clairvoyants  du 
XV®  siècle.  Amené  depuis  longtemps  à  l'étude  de  la  personnalité  intéressante  du 
cardinal  Jouffroy,  M.  Fierville  a  réuni  sur  ce  personnage  un  grand  nombre  de 
documents  et  de  notes,  empruntés  d'ailleurs  pour  la  plus  grande  partie  aux 
ouvrages  imprimés.  Il  a  connu  peu  de  manuscrits,  et  ceux  qu'il  a  consultés  ne 
lui  ont  pas  fourni  de  renseignements  importants;  tel  est  le  Quintilien  de  Carcas- 
sonne,  dont  les  marges  et  les  feuillets  blancs  ne  lui  ont  donné  que  des  poésies 
assez  insignifiantes  et  les  noms  des  auteurs  connus  et  pratiqués  par  le  cardinal. 
En  somme,  malgré  les  défauts  dont  nous  allons  donner  le  détail,  c'est  là  une  bonne 
monographie  qui  pourrait  rendre  de  grands  services,  si  l'auteur  n'avait  pas 
suivi  un  plan  absolument  défectueux. 

Jean  Jouffroy,  cardinal  de  Saint-Martin  in  Montibus,  évêque  d'Arras,  puis 

i.  C'est  le  jugement  que  nous  trouvons  exprimé,  à  propos  de  notre  compte-rendu  du 
livre  de  M.  Du  Mesnil-Marigny,  par  Baehr,  dans  sa  cinquième  édition  des  Staatsalterthùmer 
d'Hermann,  1874,  §  126,  note  11. 


I  34  REVUE   CRITIQUE 

d'Albi,  abbé  de  Saint-Denis,  de  Saint-Sernin,  de  Caunes  et  de  Bonnecombe  fut 
conseiller  et  favori  de  Louis  XI  et  ami  du  duc  de  Bourgogne,  Philippe  le  Bon. 
Franc-Comtois  de  naissance,  il  fut  un  de  ces  prélats  diplomates,  si  nombreux 
aux  XV®  et  xvi«  siècles,  pour  lesquels  les  dignités  de  l'église  n'étaient  qu'un 
moyen  d'arriver  plus  facilement  aux  honneurs  du  siècle.  N'ayant  en  politique 
guère  plus  de  scrupules  que  le  dernier  de  ses  maîtres,  il  sut  abandonner  à 
temps  la  cour  de  Bourgogne,  se  rallier  à  la  fortune  naissante  de  Louis  XI  et 
jouer  un  rôle  important  dans  toutes  les  grandes  affaires  de  son  temps.  Ce  n'était 
donc  pas  un  prélat  pieux,  un  abbé  exemplaire  que  M.  F.  avait  à  étudier,  c'était 
un  politique  hardi  et  entreprenant,  un  intrigant  consommé,  un  courtisan 
habile.  L'auteur  aurait  dû,  reléguant  dans  l'ombre  l'érudit  et  le  dignitaire  de 
l'église,  nous  montrer  l'activité  de  Jouffroy  s'étendant  de  jour  en  jour,  nous  faire 
comprendre  comment,  dans  ces  dignités  accumulées,  le  cardinal  de  Saint-Martin 
ne  voyait  qu'un  moyen  d'accroître  son  influence,  d'augmenter  l'importance 
de  son  rôle.  De  là  la  nécessité  de  suivre  dans  l'exposition  l'ordre  chronologi- 
que, en  nous  montrant  ^dans  chaque  nouvelle  commende  la  récompense  d'un 
nouvel  effort  et  le  moyen  d'atteindre  plus  haut.  Au  lieu  de  cette  division  claire  et 
naturelle,  que  trouvons-nous .''  Après'un  résumé  de  quinze  pages  rappelant  les  prin- 
cipaux faits  de  la  vie  de  son  personnage,  M.  F.  considère  successivement  en  lui 
l'abbé  commendataire,  l'évèque,  le  cardinal.  Un  autre  chapitre  étudie  son  rôle  au 
concile  de  Ferrare,  son  ambassade  à  Rome,  ses  entreprises  contre  la  Pragma- 
tique Sanction,  ses  actions  en  France  à  la  cour  de  Louis  XI  et  la  part  qu'il  prit 
à  la  guerre  du  Bien  public,  enfin  une  dernière  division  nous  parle  de  Jouffroy 
savant  et  bibliophile.  Aucune  unité  dans  le  récit,  répétitions  perpétuelles, 
confusions,  tels  sont  les  principaux  inconvénients  de  cet  ordre  singulier. 

Nous  reconnaîtrons  d'ailleurs  volontiers  qu'à  part  ce  défaut  capital,  les  recher- 
ches sur  chaque  partie  du  sujet  sont  aussi  complètes  que  possible,  la  mise  en 
œuvre  satisfaisante  et  que  chaque  chapitre  forme  en  lui-même  un  tout  complet, 
mais  ce  n'est  pas  là  un  ouvrage,  ce  n'est  qu'une  collection  de  monographies. 

Outre  cette  critique  de  fond,  nous  adresserons  encore  à  l'auteur  quelques 
observations  de  détail.  Parmi  les  sources  qu'il  a  consultées  il  en  est  une,  à 
laquelle  il  a,  croyons-nous,  attribué  une  importance  exagérée  ;  ce  sont  les 
discours  officiels  prononcés  par  Jouffroy  en  diverses  occasions,  discours  auxquels, 
en  dépit  de  l'enthousiasme  de  M.  F.,  nous  ne  pouvons  accorder  aucune  impor- 
tance ;  ils  peuvent  être  de  quelque  intérêt  au  point  de  vue  littéraire,  pour  nous 
montrer  comment  les  lettrés  du  xv®  siècle  comprenaient  et  traitaient  l'antiquité  ; 
mais  chercher  des  renseignements  historiques  dans  ces  discours  en  beau  latin, 
émaillés  de  citations,  de  sentences  et  d^exemples,  c'est  ce  qu'on  ne  saurait  faire, 
et  M.  F.  a  eu  grand  tort  de  les  donner  en  appendice.  A  propos  de  ces  compo- 
sitions littéraires,  nous  relèverons  encore  les  détails  trop  abondants  dans  lesquels 
l'auteur  est  entré  quand  il  a  .voulu  en  apprécier  le  mérite  oratoire  ;  l'utilité  de 
ces  détails  est  nulle  et  ces  discours  pourraient  tout  au  plus  être  donnés  comme 
exemples  à  des  élèves  de  rhétorique;  ils  y  trouveraient  des  modèles  accomplis,  des 
phrases  en  excellent  latin  et  vides  de  sens. 


d'histoire  et  de  littérature.  (35 

Il  ne  nous  reste  plus  qu'à  parler  des  pièces  justificatives  qui  terminent  le 
volume;  elles  sont  en  général  peu  intéressantes  et  se  composent  presque  unique- 
ment de  poésies  insipides  et  des  discours  politiques  de  Jean  Jouffroy.  Ajoutons-y 
quelques  lettres,  dont  deux  ont  pu  être  collationnées  par  nous  sur  les  manuscrits 
de  la  B.  N.  ;  dans  ces  deux  pièces  la  correction  du  texte  laisse  un  peu  à  désirer. 
—  N°  I  (p.  241),  lettre  de  Jehan  Josier  de  Sancerre  à  Louis  XI,  du  16  mai 
1462,  nombreuses  variantes  orthographiques,  et  de  plus  :  licencié  en  droit; 
corrig.  licentié  en  décret;  —  à  sa  {sic)  collation,  corrig.  à  la  collation.  —  N"  V 
(p.  246),  lettre  latine  de  JoufFroi  à  Pie  II;  i*""  paragraphe,  lig.  ult.  après  condi- 
tione,  ajouter  :  dispositionem  ecclesiarum  causarumque  cognitionem  ;  ce  membre  de 
phrase  est  indispensable  au  sens.  —  3^  parag.,  ligne  2  :  rependit,  corrig. 
refundit:  ligne  4  :  profici,  corrig.  perfici.  —  4*  parag.,  ligne  4  :  temporis  (sic), 
lisez  îemporibus.  —  Page  247,  ligne  2  :  Guarineti,  corr.  Guarmeti. 

On  voit,  par  toutes  ces  critiques  sur  l'exécution  du  livre  et  sur  la  disposition 
des  matières,  que  l'histoire  de  Jean  Jouffroy  laisse  fort  à  désirer,  ce  qui  ne  l'em- 
pêche pas  d'être  un  utile  répertoire  de  faits  pour  l'histoire  politique  du  xv*  siècle. 
Un  meilleur  ordre  dans  l'arrangement  des  parties  en  eût  fait  un  livre  vraiment 
bon  '.  A.  MoLiNiER. 


43.  —  Andanças  é  viajes  de  Pero  Tafur  por  diversas  partes  del  mundo  avidos 
(1435-1439).  Madrid,  libreria  de  Murillo.  1874.  xxvij  et  618  p.  in-S"  (t.  VIII  de  la 
Coleccion  de  libres  espanoks  raros  6  curiosos^). 

M.  le  marquis  de  la  Fuensanta  del  Valle  et  M.  Sancho  Rayon  viennent  encore 
d'enrichir  leur  intéressante  collection  d'un  nouveau  texte  inédit.  Ce  texte  est  la 
relation  d'un  voyage  «  dans  diverses  parties  du  monde  »  accompli  dans  la  pre- 
mière moitié  du  xv*  siècle  par  Pero  Tafur,  un  gentilhomme  de  la  cour  de  Juan  II. 
Il  est  publié  ici  par  M.  Jimenez  de  la  Espada  qui  l'a  fait  suivre  d'un  vocabulaire 
géographique,  de  deux  cent  quarante-huit  pages,  en  petit  texte,  de  notes  bio- 
graphiques et  critiques,  enfin  d'un  glossaire  des  mots  rares  ou  difficiles.  Cette 
relation  de  voyage,  qui  n'avait  été  que  citée  par  quelques  historiens  ou  biblio- 
graphes espagnols  des  xvi^  et  xvii"  siècles?,  méritait  certainement  d'être  inté- 
gralement publiée.  Ce  n'est  pas  que  le  récit  de  Tafur  abonde  en  renseignements 
nouveaux  propres  à  compléter  certains  chapitres  de  l'histoire  de  la  géographie 
au  moyen-âge,  car  les  pays  les  plus  excentriques  visités  par  le  voyageur  espagnol 

1 .  En  fait  d'erreurs  de  détail,  nous  n'en  relèverons  qu'une  seule  assez  singulière.  Page 
203,  M.  F.  suppose  qu'un  récit  de  La  Faille,  auteur  des  Annales  de  la  ville  de  Toulouse 
(1687),  a  été  copié  par  De  Serres  (Véritable  inventaire)  et  par  Mézeray.  La  Faille  est  pos- 
térieur à  de  Serres  de  près  d'un  siècle  et  de  }o  à  40  ans  à  Mézeray. 

2.  Nous  rendrons  compte  des  tomes  V,  VI  et  VII  quand  nous  les  aurons  reçus. 

3.  C'est  à  tort  que  M.  J.  de  la  E.  accuse  N.  Antonio  d'avoir  prétendu  que  Argote  de 
Molina  avait /au  /'é/og«  de  Tafur  dans  sa  Nobkza  de  Andalucia.  L'illustre  bibliographe  dit 
très-exactement:  a  Hune  et  consulebat  Gundisalvus  Argote  de  Molina,  siquidem  in  libris 
»  suis,  quos  ad  manum  habuit,  cum  Beûccz  Nobilitatis  conficeret  commentarios ,  Petrum 
n  Tafur  laudat  (c.-à-d.  il  le  cite  dans  la  liste  de  ses  sources).  »  Voy.  Bibl.  hisp.  vêtus  II, 
254. 


136  REVUE   CRITIQUE 

sont  simplement  la  Crimée;  la  Syrie  et  les  îles  de  la  Méditerranée;  mais  le  ton 
par  moments  presque  humoristique  de  la  narration  (une  rareté  pour  l'époque), 
l'intérêt  qui  s'attache  aux  personnages  que  Tafur  a  rencontrés,  ou  du  moins  pré- 
tend avoir  rencontrés,  dans  ses  pérégrinations,  font  en  somme  du  journal  de 
l'aventureux  chevalier  une  œuvre  historique  d'une  certaine  importance  qui  peut 
revendiquer  une  place  honorable  parmi  les  nombreuses  productions  de  la  prose 
castillane  au  XV*  siècle. 

Avant  d'examiner  avec  quelques  détails  le  voyage  de  Tafur  il  importe  de 
s'arrêter  un  instant  à  l'introduction  de  l'éditeur.  Dans  ces  pages  préliminaires 
M.  J.  de  la  E.  se  plaint  avec  raison  que  des  relations  de  voyageurs  espagnols 
antérieurs  à  la  découverte  de  l'Amérique  on  n'ait  publié  jusqu'ici  que  la  relation 
de  l'ambassade  de  Ruy  Gonzalez  de  Clavijo  au  grand  Tamerlan,  et  cependant, 
nous  dit-il,  «  deux  relations  de  ce  genre  ont  eu  l'heureuse  fortune  de  se  con- 
»  server  jusqu'à  nous.  »  La  seconde  est  celle  de  Tafur.  La  première,  d'après 
M.  J.  de  la  E.,  est  anonyme;  elle  a  dû  être  écrite  dans  la  première  moitié  du 
xiv' siècle  (l'auteur  donne  l'époque  exacte  de  sa  naissance  :  1 1  septembre  1 304), 
«  elle  traite  du  monde  connu  alors  et  même  de  quelques  pays  qu'on  croit  avoir 

»  été  découverts  à  des  époques  très-postérieures,  beaucoup  de  ses  para- 

»  graphes  se  réduisent  à  une  énumération ,  qui  est  bien  dans  la  nature  d'un  iti- 
»  néraire,  des  villes,  des  montagnes  et  des  rivières  d'une  contrée.  L'emploi  fré- 
»  quent  que  fait  l'auteur  de  l'impératif  saheî  en  s'adressant  à  ses  lecteurs,  la 
»  symétrie  des  chapitres  qui  se  terminent  sans  exception  par  la  description  des 
»  armes  ou  des  signes  symboliques  (senales)  de  chaque  état,  signes  qui  sont 
»  peints  à  la  fin  du  texte,  donnent  à  cet  ouvrage  le  caractère  d'un  traité  de 
»  géographie  décoré  d'ornements  héraldiques,  plutôt  que  celui  d'une  relation  de 
»  voyage.  »  Viennent  ensuite  l'analyse  et  des  extraits  de  quelques  parties  de  ce 
livre  dont  M.  J.  de  la  E,  déclare  connaître  trois  manuscrits  '  du  xv*  siècle  qui 
lui  ont  servi  à  établir  un  texte  correct.  Avant  de  remettre  son  manuscrit  à  l'im- 
primeur M.  J.  de  la  E.  fera  bien  de  se  mettre  au  courant  de  certaines  questions 
de  géographie  historique  qu'il  traite  ici  un  peu  légèrement.  Il  s'est  même  com- 
promis aujourd'hui  en  attribuant  à  ce  texte  une  valeur  qu'on  lui  a  contestée  à 
quatre  reprises  au  moins,  car  il  s'en  faut  que  ce  traité  de  géographie  soit  aussi 
ignoré  qu'il  veut  bien  le  croire.  S'il  s'était  avisé  d'ouvrir  VHistoire  de  la  première 
descouverte  et  conqueste  des  Canaries  faite  dès  Van  1402  par  Messire  lean  de  Bethen- 

court escrite  du  temps  mesme  par  F.  Pierre  Bontier....  et  lean  le  Verrier,  etc. 

Paris,  1630,  il  n'eût  pas  manqué  de  reconnaître  que  certains  extraits  (insérés 
aux  ch.  LV  à  LVIII)  d'un  livre  attribué  par  les  deux  ecclésiastiques  français  à 
un  frère  «  mendeant  espagnol  «  répondent  exactement  à  divers  passages  de  son 
texte  inédit  2.  Bergeron,  dans  les  remarques  dont  il  a  accompagné  le  livre  de  la 

1 .  Un  de  ces  mss.  se  trouve  sans  doute  à  la  Bibl.  nationale  de  Madrid.  Vindice  de  cette 
bibliothèque  {Ensayo  de  una  bibl.  esp.  de  libros  raros  6  car.  t.  II)  mentionne  une  Descrip- 
cion  de  Espaha,  .Europa  y  parte  de  Asia  por  un  anônimo  del  S.  XIV,  con  las  divisas  itumi- 
nadas  (Aa  1 58)  qui  paraît  répondre  au  texte  de  M.  J.  de  la  E. 

2.  Qu'on  en  juge  par  le  passage  suivant  (p.  xiij)  :  «  é  andodimos  despues  que  parti- 


d'histoire  et  de  littérature.  1  37 

conquête  de  Bethencourt,  a  été  assez  frappé  de  l'inexactitude  et  de  l'incohérence 
des  données  géographiques  et  historiques  de  cet  extrait  pour  noter  par  exemple 
un  fait  comme  «  faux  mais  pardonnable,  selon  l'ignorance  du  temps  »  et  pour 
reconnaître  à  un  autre  endroit  que  «  toute  ceste  géographie  est  fort  embrouillée 
»  et  incertaine.  »  Bien  plus,  les  rédacteurs  eux-mêmes,  Bontier  et  Leverrier, 
déclarent  qu'ils  taisent  certaines  «  choses  merveilleuses  «  racontées  par  leur 
moine  de  la  ville  de  Mêlée  «  pour  plus  brièvement  passer  outre  et  pour  doute  que 
»  se  ne  semblast  au  lisant  estre  mensonges.  »  Et  en  effet  comment  croire  à  la  véra- 
cité d'un  homme  qui  déclare  avoir  traversé  l'Afrique  à  la  hauteur  du  20°  de 
latitude  nord  environ,  et  qui  ne  trouve  à  raconter  sur  ces  contrées  tout  à  fait 
inconnues  alors  qu'une  série  d'historiettes  étrangères  aux  localités  décrites, 
comme  celle  des  «  fermis  qui  tiroient  gravelle  d'or  ?  »  On  sent  bien  qu'on  n'a  point 
affaire  ici  à  un  récit  d'exploration  semblable  à  ceux  que  nous  ont  laissés  les 
grands  voyageurs  arabes,  mais  à  une  compilation  inspirée  d'une  part  par  l'étude 
d'une  carte  du  temps  (analogue  à  la  carte  catalane  de  1375)  et  empruntée  de 
l'autre  au  trésor  commun  des  légendes  qui  circulaient  au  xiv®  s.  sur  les  pays 
inconnus  de  l'Afrique.  La  critique  moderne  a  du  reste  formulé  son  opinion  sur 
cet  étrange  traité.  M.  0.  Peschel,  qui  dans  sa  Geschichte  des  Zeitalîers  der  Entde- 
ckungen  s'était  borné  (p.  s  8)  à  citer  sans  commentaire  quelques  passages  du 
moine  espagnol,  a  reconnu  dans  un  autre  ouvrage  (Geschichte  der  Erdkunde, 
p.  174  note)  que  l'extrait  de  cette  relation  contient  «  tant  de  choses  ineptes 
»  qu'on  ne  se  sent  pas  tout  à  fait  à  l'abri  d'une  mystification.  »  De  son  côté 
M.  H.  Major,  qui  dans  sa  nouvelle  édition  de  la  conquête  de  Bethencourt  '  a  dû 
s'occuper  du  passage  en  question ,  s'est  prononcé  catégoriquement  contre  l'au- 
thenticité de  l'ouvrage  du  franciscain  espagnol  (en  tant  que  relation  de  voyage  2). 

p  mos  de!  rio  del  Oro  muy  gran  camino  guardando  siempre  !a  ribera ,  é  dejamos  atras 
»  las  Islas  Perdidas,  é  fallamos  una  ysla  muy  grande  poblada  de  muchas  gentes,  é  de- 
»  zianle  însula  Gropis,  é  era  bien  abondada  de  todos  los  bienes,  salvo  que  las  gentes  eran 
»  ydolatrias,  é  llevaronnos  â  todos  ante  su  rey  é  maravillôse  mucho  de  nos  é  de  nuestra 
»  fabla  é  de  nuestras  costumbres  ....  (les  points  sont  dans  le  texte)  Partimos  de  la 
»  însula  Gropis  é  tomamos  camino  contra  el  Levante  por  el  mar  meridiano,  e  fallamos 
»  otra  ysla  que  dizen  Quyble,  é  esta  ysla  ...  (de  même  ici)  es  ya  en  el  mar  meredionai, 
»  é  es  poblabla  de  gentes  negros,  é  dexâmosia  â  man  derecha  é  tomamos  après  de  la 
»  ribera,  é  paresçiô  un  monte  muy  alto  que  dezian  Alboch,  etc.  »  Voici  le  texte  français 
qui  naturellement  abrège  :  «  Puis  se  partirent  de  là  et  tindrent  le  chemin  selon  le  rivage 
»  de  la  mer  et  trouvèrent  une  isle  moult  bonne  et  riche  où  ils  firent  grandement  leur 
»  proffit,  qui  s'appelle  isle  Gulpis,  là  sont  les  gens  idolâtres,  et  de  là  se  partirent  et  alle- 
»  rent  plus  avant  et  trouvèrent  une  autre  isle  qui  s'appelle  Caable  et  la  laissèrent  à  main 
»  dextre.  Et  puis  trouvèrent  une  montaigne  en  terre  terme  moult  haulte  et  moult  abon- 
»  dante  de  tous  biens  qui  s'appelle  Alboc,  etc.  »  Hist.  de  la  prem.  desc,  etc.  ch.  LVII. 

i.  The  Canarian,  or,  book  of  the  comjuest  and  conversion  oftheCanarians  in  the  year  1402, 
by  messire  Jean  de  Bethencourt,  etc.,  translated  and  edited  by  Richard  Henry  Major.  Lon- 
don.  Printed  for  the  Hakluyt  Society.  1872.  In-8°. 

2.  Voy.  1.  c.  p.  102  note  :  «  This  history  of  the  Mendicant  Friar  is  a  confused  em- 
»  bodiment  of  the  geographical  traditions  of  the  period.»  Et  plus  loin  (p.  107  n.),  après 
avoir  cité  un  passage  d'Edrisi  mal  compris  par  le  moine,  M.  Major  ajoute  :  «The  reader 
»  has  only  to  recognise  in  the  mendicant  friar's  language,  as  he  easily  may  do,  a  rechauffé 
»  of  the  confused  geography  of  Edrisi,  not  losing  sight  of  the  good  friar's  stumble  over 
»  the  référence  to  the  Euphrates,  to  judge  whether  the  fear  of  the  narrator  (Bontier  et 
»  Leverrier)  as  to  his  crédit  for  veracity  is  a  reasonable  one.  » 


138  REVUE   CRITIQUE 

Ces  appréciations  si  peu  favorables  que  nous  venons  de  citer  édifieront  sans 
doute  M.  J.  de  la  E.  sur  la  valeur  du  texte  qu'il  est  impatient  de  nous  faire  con- 
naître. Nous  ne  voulons  pas  dire  par  là  que  le  projet  de  publication  de  ce  traité 
géographique  doive  être  abandonné,  il  se  peut  que  ce  moine  ait  recueilli  quelques 
renseignements  intéressants  dont  l'importance  pourra  être  déterminée  par  les 
critiques  spéciaux,  mais  il  est  indispensable  que  l'éditeur  se  rende  un  compte 
exact  de  la  nature  de  l'ouvrage  qu'il  désire  produire  au  jour  et  qu'il  ait  recours 
aux  ouvrages  qui  pourront  le  mettre  au  courant  de  l'état  des  connaissances 
géographiques  au  xiv*  siècle.  L'inexpérience  de  M.  J.  de  la  E.  en  des  matières 
qui  devraient  lui  être  familières  s'est  encore  trahie  dans  cette  introduction.  A 
propos  d'un  passage  de  son  géographe  anonyme  où  il  a  cru  voir  une  allusion 
aux  Vivaldi,  M.  J.  de  la  E.  sépare  encore  l'expédition  de  ces  derniers  pour  trou- 
ver la  route  des  Indes  Orientales  (qu'il  place  en  1287)  de  celle  de  Theodosio 
Doria  (à  laquelle  il  assigne  la  date  de  1292).  Et  pourtant  le  passage  des  annales 
de  Jaques  Doria,  seul  témoignage  contemporain  et  digne  de  foi  qui  prouve  qu'il 
n'y  a  eu  qu'une  seule  expédition  dirigée  par  les  frères  Vivaldi  et  par  Doria,  et 
cela  en  1291,  a  été  publié  par  M.  Pertz  dans  un  travail  spécial  {Der  slîeste  Ver- 
such  zur  Entdeckung  des  Seewegs  nach  Osîindien,  Berlin  1859,  traduit  dans  les 
Nouvelles  annales  des  voyages.  Septembre  1859,  p.  257-272),  reproduit  par 
M.  d'Avezac  dans  des  notes  additionnelles  au  mémoire  de  M.  Pertz  (^Nouv. 
annales  des  voy.  Sept.  1859,  p.  273-289)  et  enfin  compris  dans  l'édition  défini- 
tive de  ces  annales  {Monumenta  Germ.  hist.  script,  t.  XVIII,  p.  3  3  5).  Il  est  ensuite 
à  désirer  que  M.  J.  de  la  E.  se  livre  à  quelques  recherches  pour  découvrir  le 
nom  de  l'auteur  de  son  traité  ' .  Un  franciscain  né  «  dans  le  royaume  de  Castille, 
»  le  1 1  septembre  1 304,  »  compilateur  d'un  ouvrage  de  géographie  qui  a  sans 
doute  joui  d'une  certaine  popularité,  puisqu'il  nous  en  reste  trois  copies,  doit  au 
moins  avoir  été  honoré  d'une  mention  dans  une  des  nombreuses  biographies 
franciscaines  des  provinces  d'Espagne. 

Revenons  à  Pero  Ruiz  Tafur.  Ce  chevalier  voyageur  de  la  cour  de  Juan  II, 
dont  M.  J.  de  la  E,  n'a  pas  réussi  à  reconstituer  bien  exactement  l'état  civil, 
descendait  d'une  famille  établie  à  Cordoue.  Lui-même  paraît  être  né  à  Séville; 
en  tous  cas  il  a  vécu  longtemps  dans  cette  ville  et  s'y  est  créé  de  nombreuses 
relations.  Le  voyage  dont  il  nous  a  laissé  le  récit  a  duré  quatre  ans,  de  1435  à 
1439,  à  peu  près.  A  peu  près,  car  un  défaut  de  concordance  entre  les  dates  de 
certains  événements  mentionnés  au  début  du  récit  s'oppose  malheureusement  à 
la  détermination  plus  précise  de  l'époque  à  laquelle  il  a  quitté  l'Espagne.  Après 
avoir  parcouru  les  côtes  du  nord-ouest  de  l'Italie  et  visité  l'Italie  du  centre,  il 
s'embarque  à  Venise  pour  la  Terre-Sainte  qu'il  quitte  bientôt  pour  se  rendre  en 
Chypre,  de  là  au  Caire  et  au  mont  Sinaï.  Puis  il  retourne  en  Chypre  pour  passer 
ensuite  en  Turquie  et  en  Crimée,  d'où  il  revient  à  Venise  en  stationnant  dans  les 

i.  Peut-être  est-il  question  du  moine  espagnol  et  de  son  oeuvre  dans  les  Noticias  de  la 
historia  gênerai  de  las  nias  de  Canaria  de  José  de  Viera  y  Clavijo,  mais  nous  n'avons  pas 
pu  nous  en  assurer,  car  le  tome  premier  de  cet  ouvrage  important  manque  à  la  Biblio- 
thèque Nationale.  , 


d'histoire  et  de  littérature.  130 

diverses  îles  de  la  Méditerranée.  De  retour  en  Italie  il  franchit  les  Alpes,  traverse 
la  Suisse,  longe  les  bords  du  Rhin,  visite  la  Flandre  et  le  Brabant,  revient  à 
Bâle  et  se  rend  de  là  en  Bohême  et  en  Autriche.  Il  se  rapatrie  enfin  par  Venise, 
la  Sicile  et  la  Sardaigne, 

Tafur  n'est  point  un  écrivain.  Convaincu  que  l'intérêt  du  sujet  le  dispensait 
de  toute  recherche  de  style  il  s'est  borné  simplement  à  faire  l'énumération  de  ses 
impressions  de  voyage.  Ces  impressions  sont  celles  du  premier  moment  :  Tafur 
n'est  pas  un  observateur  bien  pénétrant,  il  ne  cherche  pas  à  s'expliquer  les  causes, 
même  les  plus  immédiates,  des  phénomènes  naturels,  moraux  ou  politiques  qui 
le  frappent;  mais  dans  les  jugements  qu'il  porte  sur  les  mœurs  et  les  coutumes  des 
pays  qu'il  a  visités  on  reconnaît  un  homme  de  bon  sens,  curieux  et  qui  n'est  pas 
par  trop  crédule.  Lorsqu'on  lui  montre  à  Nuremberg  la  lance  «  qui  est  entrée  dans 
»  le  côté  de  notre  Seigneur,  »  son  respect  pour  les  reliques  ne  l'empêche  pas 
de  répondre  sans  ambages  «  qu'il  l'a  déjà  vue  à  Constantinople,  »  réponse  qui 
attire  sur  lui  la  colère  des  Nurembergeois.  Comme  Tafur  prétend  être  entré  en 
relations  directes  avec  tous  les  souverains  des  pays  qu'il  a  traversés  et  avoir  été 
témoin  d'événements  qui  ont  marqué  dans  l'histoire,  il  est  facile  dans  beaucoup 
de  cas  de  contrôler  ses  assertions.  M.  J.  de  E.  ne  s'est  pas  dérobé  à  cette  tâche, 
il  a  compris  que  le  devoir  de  tout  éditeur  sérieux  est  non -seulement  de  publier 
un  texte  correct,  mais  encore  de  déterminer  la  valeur  de  ce  texte  par  une  véri- 
fication soigneuse  des  faits  qu'il  contient. 

S'il  est  un  reproche  qu'on  soit  autorisé  à  faire  à  l'éditeur  de  Tafur  c'est  d'avoir 
donné  à  certains  articles  de  son  commentaire  historique  un  développement  exa- 
géré, d'y  avoir  compris  quantité  de  choses  qui  ne  contribuent  nullement  à 
l'intelligence  plus  complète  de  tel  ou  tel  passage  de  ce  voyage.  Ainsi  à  propos 
d'une  légère  allusion  à  Alphonse  V d'Aragon,  M.  J.deE.,  inspiré  par  la  grandeur 
du  sujet  et  par  un  sentiment  d'admiration  très-légitime  pour  son  illustre  compatriote, 
a  laissé  courir  sa  plume  :  il  a  écrit  sept  pages  là  où  quelques  lignes  eussent  suffi. 
On  pense  bien  qu'il  ne  nous  a  pas  été  possible  de  vérifier  page  par  page  la 
relation  de  Tafur,  ni  même  de  nous  assurer  de  l'exactitude  de  toutes  les  notes  de 
l'éditeur.  Pour  être  fait  consciencieusement  ce  travail  de  vérification  demande- 
rait un  temps  dont  nous  ne  pouvons  pas  disposer.  Nous  n'insisterons  donc  ici 
que  sur  deux  passages  dont  l'un  au  moins  n'est  pas  sans  importance  pour  la  cri- 
tique de  l'œuvre  de  Tafur.  Après  avoir  passé  trois  jours  au  monastère  de  Sainte- 
Catherine  du  mont  Sinaï,  Tafur,  désireux  de  se  rendre  en  Inde,  va  en  suivant  le 
bord  de  la  mer  Rouge  à  la  rencontre  de  la  caravane  qui  arrivait  chargée  des 
trésors  du  pays  des  merveilles.  Au  nombre  des  voyageurs  de  la  caravane  se 
trouvait  le  Vénitien  Nicolo  Conti  (Nicolo  de  Conto)  avec  sa  famille  qui  entre 
aussitôt  en  relations  avec  Tafur  et  le  dissuade  de  continuer  son  voyage  en  Orient. 
Tafur  se  laisse  persuader  par  le  marchand  vénitien  et  revient  avec  lui  au  Caire. 
Pendant  le  trajet  Nicolo  Conti  raconte  au  chevalier  espagnol  sa  vie  aventureuse, 
notamment  sa  conversion  forcée,  et  s'étend  longuement  sur  les  merveilles  de 
l'Inde.  M.  J.  de  la  E.  a  déjà  remarqué  que  le  récit  de  Conti,  tel  que  nous  l'a 
conservé  Tafur,  ne  s'accorde  pas  sur  la  plupart  des  points  avec  la  relation  de 


140  REVUE   CRITIQUE 

ces  mêmes  aventures  écrites  en  latin  par  Poggio,  secrétaire  du  pape  Eugène  IV, 
sous  la  dictée,  pour  ainsi  dire,  de  Conti  lui-même'.  S'il  est  admissible  que 
Poggio  ait  amplifié  les  renseignements  qui  lui  étaient  fournis  par  Conti,  il  n'avait 
en  tous  cas  aucune  raison  pour  les  dénaturer.  Or,  les  différences  qui  séparent 
les  versions  de  Poggio  et  de  Tafur  sont  telles  qu'il  nous  semble  impossible 
d'admettre  l'une  sans  rejeter  entièrement  l'autre.  Si  le  récit  de  Poggio  est  exact  (^il 
est  difficile  qu'il  ne  le  soit  pas)  nous  ne  serions  pas  éloigné  de  croire  que  Tafur 
a  inventé  une  rencontre  avec  le  célèbre  marchand  vénitien  pour  donner  plus  d'in- 
térêt à  sa  narration.  Le  passage  en  question  mérite  donc  d'être  examiné  à  nou- 
veau et  de  très-près. 

L'autre  passage  n'a  pas  la  même  importance,  aussi  nous  y  arrêtons-nous 
plutôt  pour  apporter  quelques  rectifications  aux  notes  de  l'éditeur  que  pour 
constater  l'exactitude  de  Tafur.  Ayant  appris  à  Bâle  que  le  cardinal  de  San 
Pedro,  Juan  de  Cervantes,  prenait  les  eaux  à  Baden  en  Argovie  (estava  en  las 
Alpes  en  Sabada,  que  dizen  los  Santos  Banos,  que  son  de  agua  calienté),  Tafur 
s'empresse  d'aller  rendre  visite  à  ce  compatriote,  comptant  du  reste  profiter  de 
son  séjour  à  Baden  pour  se  guérir  d'une  vieille  blessure.  Tafur  parle  à  ce  propos 
d'un  monastère  situé  près  de  Baden  nommé  Maristella  où  le  cardinal  de  San 
Pedro  avait  fait  construire  des  étuves.  M.  J.  de  la  E.  a  pensé  que  Maristella 
pouvait  être  pour  Maria-Stein  (près  de  Bâle).  Marlsstella  est  le  nom  d'une  abbaye 
cistercienne  assez  connue  du  diocèse  de  Constance,  située  aux  portes  de  Baden 
sur  la  Limmat,  et  dont  le  nom  vulgaire  est  Wettingen  (voy.  le  Gallia  christiana, 
V,  1090).  La  chute  d'eau  par-dessus  laquelle  on  faisait  passer  les  bateaux  en  les 
retenant  avec  des  cordes,  tandis  que  les  voyageurs  étaient  obligés  de  descendre 
à  terre,  et  qui  se  trouve,  selon  Tafur,  près  d'une  ville  sur  la  route  de  Baden  à 
Bâle,  n'est  pas  la  chute  du  Rhin  à  Schaffouse,  ainsi  que  M.  J.  de  la  E.  est 
disposé  à  le  croire,  mais  le  Hoellenhaken,  autre  chute  de  la  même  rivière  près  de 
Rheinfelden.  Tafur  raconte  avec  une  certaine  surprise  qu'il  a  vu  à  Baden  «  les 
))  hommes  et  les  femmes  entrer  tout  nus  dans  le  bain  et  y  faire  beaucoup  de 
»  jeux  et  y  prendre  beaucoup  de  boissons  selon  la  coutume  du  pays.  »  Du 
reste,  en  homme  qui  a  beaucoup  voyagé  et  qui  prend  son  parti  des  vicissitudes 
de  ce  monde,  il  ne  tarde  pas  à  se  familiariser  avec  les  coutumes  du  pays  :  on 
pourra  même  lire  dans  le  texte  les  plaisanteries  auxquelles  il  se  livre  avec  les 
suivantes  d'une  dame  de  Cologne,  venue  en  pèlerinage  à  Marisstellapour  obtenir 
la  délivrance  d'un  frère  prisonnier  en  Turquie. 

I .  Cette  relation  qui  constitue  le  quatrième  livre  du  traité  De  vanetate  fortuna  de  Pog- 
gio, si  elle  n'a  pas  été  imprimée  à  la  fin  du  XV'  siècle  (l'existence  d'une  édition  de  1492 
est  fort  douteuse),  était  du  moins  assez  répandue  à  l'état  de  manuscrit  vers  la  même 
époque  pour  avoir  été  comprise  dans  un  recueil  de  voyages  imprimé  en  portugais  à  Lis- 
bonne en  1 502  (Marco  Paulo.  Ho  l^vro  de  Nycolao  K£«efo,etc.  Lysboa  1 502).  On  a  du  De 
varietate  fortuna  une  édition  de  Pans  1723 ,  et  le  quatrième  livre  qui  contient  la  relation 
de  Conti  a  été  réimprimé  avec  des  notes  par  M.  F.  Kunstmann,  Die  Kenntniss  Indiens  im 
XV  Jahrhunderte,  Mùnchen,  1863,  in-8'  p.  54  à  66.  La  Bibliothèque  Nationale  ne  pos- 
sède pas  l'ouvrage  de  M.  A.  de  Gubernatis  Memoria  intorno  ai  viaggiatori  Italiani  nelle 
Inde  Orientali  dal  s.  XIll  a  lutta  il  XVI,  Firenze  1867,  qui  contient  peut-être  quelques 
faits  nouveaux  sur  le  voyage  de  Conti. 


d'histoire  et  de  littérature.  141 

En  somme,  bien  que  l'impression  que  laisse  la  lecture  du  voyage  de  Tafur 
soit  généralement  satisfaisante,  nous  ne  nous  sentons  pas  encore  en  état  de 
porter  un  jugement  d'ensemble  sur  la  véracité  de  l'auteur  et  l'exactitude  de  ses 
rapports,  car  beaucoup  d'assertions  du  chevalier  espagnol  demandent  à  être 
confirmées  par  d'autres  sources.  Mais  la  tâche  n'est  pas  aisée.  Il  est  clair  par 
exemple  que  la  présence  d'un  chevalier  espagnol,  sans  mission  officielle,  à  la 
cour  du  duc  de  Bourgogne  ou  de  l'empereur  d'Allemagne  devait  passer  assez 
inaperçue.  Ce  n'est  donc  pas  dans  les  histoires  générales  des  pays  parcourus  par 
Tafur  qu'on  peut  espérer  trouver  une  mention  confirmant  le  séjour  du  voyageur 
espagnol  en  tel  lieu  ou  sa  rencontre  avec  tel  personnage.  En  fouillant  les  chro- 
niques de  l'époque  on  arriverait  sans  doute  à  déterminer  assez  exactement  la 
valeur  de  la  plupart  de  ses  témoignages^  mais  un  travail  de  ce  genre  demanderait 
un  temps  considérable  :  il  ne  pouvait  être  entrepris  par  l'éditeur  qui  n'aurait  pas 
trouvé  dans  les  bibliothèques  de  son  pays  des  ressources  suffisantes. 

Il  ne  nous  reste  plus  qu'un  mot  à  dire  de  l'édition.  Le  manuscrit  unique,  du 
xviii«  siècle,  qui  a  servi  à  M.  J.  de  la  E.  est  conservé  à  la  BibHothèque  Patri- 
moniale; il  provient  du  Colegio  mayor  de  S.  Bartolomé  de  Cuenca  à  Salamanque. 
A  part  quelques  lacunes  de  peu  d'importance  cette  copie  paraît  avoir  été  exécu- 
tée avec  soin  et  nous  avoir  conservé  l'ouvrage  de  Tafur  dans  un  état  assez 
satisfaisant.  L'éditeur  s'est  borné  à  corriger  les  fautes  évidentes  et  à  régulariser 
l'orthographe.  Le  glossaire  que  nous  avons  signalé  plus  haut  a  été  rédigé  avec 
intelligence,  nous  ne  trouvons  à  reprendre  qu'une  étymologie  dépourvue  de 
toute  valeur  (il  s'agit  du  mot  en,  abréviation  de  dominas  que  M.  J.  de  la  E.  tire 
de  l'arabe)  et  l'omission  des  formes  intéressantes  regi5f/r,  registencia  (y oy.  p.  184, 
219,  279)  p.  resistir,  etc.  Voici  enfin  quelques  fautes  d'impression  qui  n'ont  pas 
été  relevées  dans  l'erratum.  P.  84,  1.  4  du  hzsfasta,  1.  fnsta;  p.  118,  1.  4  du 
bas  aman,  1.  a  man;  p.  185,  1.  9  du  bas  ase,  1.  a  se;  p.  224,  1.  14  ôvoso, 
1.  ôvose;  p.  249,  1.  8  enîendor,  1.  entender;^.  2C)^,  1.  14  de  que,  1.  deque. 

Alfred  Morel-Fatio. 


44.  —  Z-wei  Lieder  ûber  den  Diebskrieg,  oder  Durchzug  des  Navarrischen 
Kriegsvolkes  im  Elsass  (1587)  mit  historischer  Einleitung  und  ungedruckten  Beilagen, 
von  D'  Rudolph  Reuss.  Strassburg,  Noiziel.  1874.  In-S",  xv-iji  p.  —  Prix  :  4  fr. 

Ce  petit  livre  est  ce  qu'on  appelle  en  Allemagne  une  Festschrift.  M.  Reuss  a 
voulu  célébrer  à  sa  manière  le  70"*  anniversaire  de  la  naissance  de  son  père,  le 
docte  professeur  de  théologie  si  estimé  de  toute  l'Europe  savante.  Prenant  occa- 
sion de  deux  chansons  retrouvées  par  Ijai  dans  les  archives  de  l'église  de  Saint- 
Thomas,  il  a  écrit  en  allemand,  mais  avec  toutes  les  qualités  de  style  et  de  com- 
position que  l'Alsace  lettrée  doit  à  son  éducation  française,  l'histoire  d'une  des 
nombreuses  calamités  qui  font  de  notre  pauvre  province  l'une  des  grandes  vic- 
times historiques  de  l'Europe.  Il  s'agit  de  l'expédition  organisée  dans  la  Basse- 
Alsace  en  suite  du  traité  conclu  à  Friedelsheim,  le  1 1  janvier  1 587,  entre  le  roi 
de  Navarre  et  le  comte-palatin  du  Rhin  Jean  Casimir,  pour  porter  secours  aux 


142  REVUE    CRITIQUE 

protestants  de  France,  et  qui  n'eut  d'autre  résultat  que  la  défaite  des  Allemands 
sous  les  coups  du  duc  de  Guise  à  Vimory,  en  Gâtinois,  et  à  Aulneau,  au  pays 
Chartrain.  On  peut  se  figurer  les  souffrances  du  pays  pendant  les  longues  semaines 
qui  s'écoulèrent  entre  la  fin  du  mois  de  juin  jusqu'à  la  mi-août,  —  depuis  l'arrivée 
du  corps  du  duc  Guillaume-Robert  de  Bouillon,  jusqu'au  départ  des  30000  soldats 
sous  les  ordres  du  comte  de  Dohna.  M.  Reuss  n'a  rien  négligé  pour  donner  à 
son  récit  toute  l'exactitude,  toute  la  vérité  possibles.  Je  ne  crois  pas  qu'il  se 
trouve,  parmi  les  sources  imprimées,  un  seul  témoignage  contemporain  dont  il 
n'ait  pas  fait  son  profit,  et  je  ne  vois  pas  davantage  quel  document  inédit  nos 
archives  pourraient,  quant  à  présent,  lui  fournir  encore.  Dans  son  introduction  il 
a  esquissé  d'un  crayon  rapide  les  faits  de  l'histoire  générale  auxquels  se  rattache 
cet  épisode  particulier;  il  a  mis  les  acteurs  en  scène,  expliqué  les  intérêts  que 
chacun  personnifiait,  les  causes  qui  ont  fait  avorter  d'aussi  grands  préparatifs. 
Strasbourg  est  comme  le  centre  de  ce  récit,  tant  son  rôle  fut  considérable.  En 
dépit  de  sa  neutralité  apparente,  cette  ville  ne  pouvait  se  désintéresser  des  efforts 
que  faisaient  les  Huguenots  pour  vaincre  la  Ligue.  Mais  c'était  là  une  connivence 
plutôt  morale  qu'effective,  et  en  rendant  la  grande  métropole  protestante  de 
l'Alsace  responsable  des  excès  dont  ils  étaient  victimes,  les  vassaux  catholiques 
de  l'évèque  témoignaient  plutôt  de  leurs  passions  religieuses  qu'ils  ne  rendaient 
hommage  à  la  vérité.  Les  deux  chansons  que  M.  Reuss  a  publiées  et  qui,  sous  ce 
rapport,  rendent  bien  l'impression  ressentie  par  les  contemporains,  ne  sont  pas 
les  seuls  documents  dont  il  a  appuyé  son  texte  :  il  y  a  ajouté  de  nombreuses 
pièces  justificatives,  et,  ce  qui  n'est  pas  à  dédaigner  pour  les  travailleurs,  une 
bonne  table  des  noms  propres. 

Pour  résumer  mon  opinion  sur  le  travail  de  M,  Reuss,  je  dirai  que  c'est  une 
page  définitivement  écrite  de  notre  histoire,  et  qu'il  serait  à  désirer  qu'on  y  posât 
plus  d'un  jalon  de  ce  genre. 

X.   MOSSMANN. 


SOCIÉTÉS  SAVANTES. 

ACADÉMIE    DES    INSCRIPTIONS   ET   BELLES-LETTRES. 

Séance  du  1 9  février  1 87  5 . 

M.  de  Sainte  Marie  adresse  à  l'académie  une  lettre  contenant  des  détails  sur 
les  fouilles  qu'il  dirige  en  Tunisie  et  sur  les  dernières  découvertes  qu'elles  ont 
amenées; 

M.  Ch,  Giraud,  de  l'académie  des  sciences  morales  et  politiques,  commence 
la  lecture  d'un  mémoire  sur  les  tribuni  militum  a  populo,  en  réponse  à  celui  que 
M.  Duruy  a  lu  sur  la  même  question  à  la  séance  du  29  janvier  dernier.  Il  est 
d'accord  avec  M.  Duruy  pour  repousser  les  opinions  antérieurement  émises  au 
sujet  de  ces  tribuns.  Mais  il  ne  trouve  pas  que  M.  Duruy  ait  réussi  à  démontrer 
que  les  tribuni  militum  a  populo  fussent  autres  que  les  tribuns  militaires  élus  dans 
les  comices  romains,  et  qu'ils  eussent  le  caractère  de  fonctionnaires  municipaux 


d'histoire    et    de   LITTÉRiTURE.  I45 

que  son  système  leur  attribue.  —  Le  tribun  militaire,  sous  la  République,  était 
le  chef  de  la  tribu  armée,  c'est  à  dire  de  la  légion.  De  bonne  heure  on  donna  à 
chaque  légion  6  tribuns  commandant  alternativement  chacun  pendant  deux  mois. 
Primitivement  la  nomination  des  tribuns  appartenait  au  commandant  en  chef  de 
l'expédition.  Puis  ce  commandement,  très-important  quoique  temporaire,  devint 
l'objet  de  l'ambition  des  plébéiens,  qui  obtinrent  d'abord  pour  eux-mêmes  l'ad- 
missibilité au  tribunat,  puis  en  l'an  J94  de  Rome  l'élection  des  tribuns  par  les 
comices.  Maiscommece  système  présentait  de  graves  inconvénients  on  en  sus- 
pendit plusieurs  fois  l'application,  puis  on  finit  par  adopter  une  transaction  en 
vertu  de  laquelle  les  tribuns  seraient  élus  pour  moitié,  et  pour  l'autre  moitié' 
nommés  par  les  consuls.  Il  en  fut  ainsi  jusqu'à  la  fin  de  la  République;  les  tri- 
buns élus  affectaient  la  primauté  sur  leurs  collègues  nommés.  Salluste  appelle 
leur  dignité  îribunatum  militum  a  populo.  Selon  M.  Giraud  le  tribunat  électif  ne 
disparut  pas  avec  la  République;  il  continua  d'exister  après  l'établissement  du 
régime  impérial  jusque  sous  les  Flaviens.  Il  n'est  pas  exact,  comme  l'ont  dit 
Orelli  et  M.  de  Boissieu,  que  cette  élection  ait  été  rendue  impossible  par  la 
suppression  des  comices  :  les  comices  législatifs  furent  seuls  supprimés  sous 
Tibère,  les  comices  électoraux  durèrent  beaucoup  plus  longtemps  :  Tacite  et 
Pline  le  jeune  témoignent  que  des  comices  pour  l'élection  des  magistrats  furent 
tenus  sous  Vitellius  et  sous  Trajan.  Il  est  vrai  que  ce  n'était  plus  alors  qu'une 
forme  vaine,  mais  cela  suffit  pour  expliquer  un  titre  officiel.  Rien  n'autorise  donc 
à  attribuer  aux  mots  tribunus  militum  a  populo,  sous  l'Empire,  un  sens  différent 
de  celui  qu'ils  avaient  sous  la  République.  —  M.  Giraud  passe  ensuite  à  l'examen 
détaillé  des  textes  où  sont  mentionnés  des  tribuns  militaires  a  popu/o.  Le  premier 
qu'il  étudie  est  une  inscription  de  Vérone  (n°  1 87  du  musée  de  cette  ville),  où 
un  personnage  est  qualifié  tribunus  militum  a  populo,  prdfectus  ec^uitum,  ponîifex 
et  ejuatuoruir.  Cette  dernière  qualification,  n'étant  pas  suivie  des  mots  iuri  dicundo, 
indique  que  le  monument  est  antérieur  à  la  loi  Rubria,  de  l'an  7 1 1  de  Rome, 
qui  conféra  aux  quatuorvirs  de  la  Gaule  cisalpine  le  plein  exercice  de  la  juridic- 
tion. M.  Giraud  fait  remarquer  qu'à  cette  époque,  où  le  tribunat  militaire  électif 
était  certainement  en  pleine  vigueur  à  Rome,  on  ne  peut  voir  dans  le  person- 
nage désigné  qu'un  tribun  romain  ;  c'est  ce  que  confirme  la  qualification  de  pr£- 
fectus  equitum,  qui  désigne  sans  conteste  une  charge  d'état,  romaine  et  non 
municipale.  Viennent  ensuite  deux  titres  purement  municipaux,  pontifex  et  qua- 
tuoruir  :  mais  le  cumul  des  fonctions  romaines  et  des  fonctions  municipales  est 
un  fait  très-fréquent  à  cette  époque,  et  qui  n'a  rien  que  de  très-naturel. 

Ouvrages  offerts  à  l'académie  : 

Œuvres  de  Tacite,  publiées  par  Ém.  Jacob  :  Annales,  1.  1-6.  Paris,  Hachette, 
8% 

A.  Darmesteter,  Traité  de  la  formation  des  mots  composés  dans  la  langue  fran- 
çaise, Paris,  Franck,  8"  (19®  fascicule  de  la  Bibliothèque  de  l'école  des  hautes 
études,  sciences  philologiques  et  historiques); 

Bruston,  Les  inscriptions  assyriennes  et  l'ancien  testament,  Montauban,  8"; 


144  REVUE   CRITIQUE    D'hISTOIRE    ET    DE    LITTÉRATURE. 

Cortambert,  Histoire  des  progrès  de  la  géographie  de  iSjy^i  1874  (présenté  par 
M.  L.  Delisle). 

M.  Maury  présente  de  la  part  de  l'auteur  les  Letture  sopra  la  mitologia  vedica 
de  M.  A.  de  Gubernatis. 

M.  Ravaisson  met  sous  les  yeux  des  membres  de  l'académie  deux  photogra- 
phies d'un  vase  funéraire  en  marbre,  trouvé  à  Athènes,  qui  paraît  de  la  seconde 
moitié  du  5*  siècle  av.  J.-C,  et  qui  présente  de  l'intérêt  tant  par  la  beauté  de 
l'exécution  que  par  le  sujet  qui  y  est  représenté.  On  y  voit  une  jeune  femme  que 
Mercure  mène  par  la  main  :  elle  va  à  la  rencontre  de  trois  autres  personnages, 
qui  paraissent  être  des  membres  de  sa  famille.  M.  Ravaisson  rapproche  ce  sujet 
d'un  grand  nombre  de  scènes  analogues  figurées  sur  divers  objets  funéraires. 
On  y  a  toujours  vu  jusqu'ici  des  scènes  d'adieu,  le  mort  prenant  congé  des 
membres  de  sa  famille.  Cette  interprétation,  dit  M.  Ravaisson,  est  contredite 
presque  toujours,  et  notamment  dans  le  vase  dont  il  entretient  l'académie,  par 
l'attitude  et  l'expression  des  personnages.  Il  est  évident  que  la  scène  représentée 
est  une  réunion  et  non  une  séparation.  Comme  sur  plusieurs  monuments  on  voit 
en  outre  Caron,  dans  sa  barque,  venir  au  devant  du  mort,  il  faut  croire  que  la 
scène  figurée  est  supposée  se  passer  dans  l'autre  vie  et  non  dans  celle-ci.  C'est, 
selon  M.  Ravaisson,  la  réunion  du  mort,  dans  l'autre  monde,  avec  ses  parents 
morts  avant  lui,  qu'on  a  presque  toujours  voulu  représenter,  et  cette  interpréta- 
tion doit  être  substituée  à  celle  des  «  scènes  d'adieu  » .  Les  anciens  n'ont  jamais 
représenté  que  des  scènes  réelles  ou  supposées  telles,  non  des  fictions  allégo- 
riques comme  les  adieux  d'un  mort  à  ses  parents  vivants. 

M.  du  Chatellier  présente  un  vase  en  argent,  en  forme  de  coupe,  de  19  ou 
20*^"^.  de  diamètre  sur  5  ou  6^™.  de  profondeur,  qui  a  été  récemment  trouvé  en 
Bretagne.  Il  pense  que  ce  vase  a  dû  servir  à  administrer  aux  fidèles  la  commu- 
nion sous  l'espèce  du  vin,  suivant  un  usage  qui  a  été  pratiqué  jusque  dans  le 
16*  siècle.  Il  est  impossible  de  fixer  avec  certitude  la  date  de  la  confection  de 
cet  objet,  mais  on  peut  avec  assez  de  probabilité  indiquer  le  14^  ou  le  1 5®  siècle. 
Deux  vases  analogues  se  trouvent  au  musée  de  Cluny. 

Julien  Havet. 


LIVRES  DÉPOSÉS  AU  BUREAU  DE  LA  REVUE. 

Sprachwissenschaftliche  Abhandlungen  hervorgeg.  aus  Georg  Curtius'  Grammatischer 
Gesellschaft  zu  Leipzig  (Leipzig,  Hirzel).  —  Stender,  De  Argonautarum  ad  Colchos 
usque  expeditione  fabulas  historia  critica  (Kiliae,  Wechmar).  —  Volkmann,  Die  Rheto- 
rik  der  Griechen  und  Rœmer.  2.  Ausg.  (Leipzig,  Teubner). 


Le  propriétaire-gérant  :  F.  VIEWEG. 


Nogent-ie-Rotrou,  imprimerie  de  A.  Gouverneur. 


téressant  ouvrage).  —  Quellenschriften  fur  Kunstgeschichte  und  Kunsttechnik 
des  Mittelalters  und  der  Renaissance,  herausg.  v.  Eitelberger  v.  Edelberg 
(annonce  des  tomes  VII  et  VIII).  —  Crowe  u,  Cavalcaselle,  Geschichte  der 
italienischen  Malerei.  Leipzig,  Hirzel.  In-8",  viij-642  p.  (cinquième  volume  de 
la  traduction  allemande  de  Jordan). 

Anzeiger  fur  Kunde  der  deutschen  Vorzeit,  N°  i,  janvier  1875.  Ueber 
eine  Schwabenspiegelhandschrift  (Rockinger). — Handschriften  der  Stockholmer 
Bibliothek  (Wattenbach).  —  Zwei  Fliesen  aus  dem  1 5.  Jahrh.  (Fùrst  Hohen- 
lohe  :  accompagné  d'une  planche  détachée).  —  Mittheilungen  aus  dem  Haus- 
buche  des  Rathsherrn  Christoph  Hùber  von  Lintz  (C.  Woldemar  Neumann). 

—  Siegel  des  Fridricus  de  Raspuhel  (V/inkelmann).  —  Nachtraegliche  Berichti- 
gung.  —  Beilage  zum  N°  i.  Chronik  des  germ.  Muséums.  —  Schriften  der  Aka- 
demien  und  historischen  Vereine.  —  Nachrichten. 

The  Indian  Antiquary,  éd.  by  Jas.  Burgess.  Part  XXXVIIl  (vol.  IV), 
janvier  1875.  Metrical  Translation  of  the  Nîtiçatakam  of  Bhartrihari  (C.  H. 
Tawney).  —  Tree  and  Serpent  Worship  (J.  S.  F.  Mackensie).  —  Persian 
Inscriptions  from  Belgâm,  Sâmpgâm,  Gulbarga,  and  Siddhâpur  (H.  Blochmann). 

—  Malifattam  (H.  Yule).  —  Santhâli  Folklore  (F.  T.  Cole).— Archaeological 
Notes  (M.  J.  Walhouse).  —  Notes  on  Hindu  Chronograms  (G.  H.  Damant). 

—  Old  Kanarese  Literature  (F.  Kittel).  —  Correspondence  and  Miscellanea.  On 
the  Catholics  of  Western  India.  —  The  God  Vifhobâ  and  Pandarpur.  —  Âgarîs. 

—  Sketch  of  Sabaean  Grammar  (E.  Rehatsek)^, 


BULLETIN    BIBLIOGRAPHIQUE 
DES  PRINCIPALES   PUBLICATIONS   FRANÇAISES   ET    ÉTRANGÈRES. 


AVIS.  —  On  peut  se  procurer  à  la  librairie  A.  Franck  tous  les  ouvrages 
annoncés  dans  ce  bulletin ,  ainsi  que  ceux  qui  font  l'objet  d'articles  dans  la 
Revue  critique.  Elle  se  charge  en  outre  de  fournir  très-promptement  et  sans 
frais  tous  les  ouvrages  qui  lui  seront  demandés  et  qu'elle  ne  posséderait  pas  en 
magasin. 


Antiquités  (Les)  égyptiennes.  Traduit 
librement  de  l'anglais.  Ouvrage  illustré 
de  nombreuses  vignettes  insérées  dans  le 
texte.  In- 12,  192  p.  Paris  (Lib.  pro- 
testante). 80  c. 

Backer  (L.  de).  L'Archipel  indien.  Ori- 
gines, langues,  littératures,  religions, 
morale,  droit  public  et  privé  des  popula- 
tions. In-8*,  552  p.  Paris  (F.  Didot 
frères,  fils  et  C*). 

Brassart  (F.).  Le  Pas  du  Perron-Fée 
tenu  à  Bruges  en  1463 ,  par  le  chevalier 
P.  de  Lalamg;  publié  pour  la  première 
fois  et  accompagné  de  notes  généalogiques 
et  héraldiques  sur  les  princes,  les  seigneurs 
et  les  gentilshommes  qui  ont  figure  dans 
ce  pas  d'armes.  In-8%  94  p.  Douai 
(Crépin).  4  fr. 

Cahier  (C).  Nouveaux  mélanges  d'ar- 
chéologie, d'histoire  et  de  littérature  sur 
le  moyen-âge.  Ivoires,  miniatures,  émaux. 


In-4*,  viij-jjop.  8  pi.  et  nonib.  figures. 
Paris  (F.  Didot  frères,  fils  et  C*). 

Delhaye  (L.).  Histoire  de  la  prévôté  de 
Bavay  suivie  d'une  dissertation  sur  l'an- 
cienne capitale  de  la  Nervie.  In-8°,  254  p. 
Bavay  (Jouglet). 

Demmin  (A.).  Histoire  de  la  céramique 
en  planches  phototypiques  inaltérables, 
avec  texte  explicatif.  L'Asie,  l'Amérique, 
l'Afrique,  et  l'Europe  par  ordre  chrono- 
logique. Poteries  opaques  (faïences,  etc.) 
et  kaoliniques  (porcelaines).  Peintures 
sur  lave.  Émaux  sur  métaux.  Vitraux  et 
verreries.  Mosaïques.  Liv.  100  à  103. 
In-folio,  5  p.  et  8  pi.  Paris  (Loones). 

Dictionnaire  de  la  conversation  et  de  la 
lecture,  inventaire  raisonné  des  notions 
générales  les  plus  indispensables  à  tous, 
par  une  société  de  savants  et  de  gens  de 
lettres  sous  la  direction  de  M.  W^.  Duckett. 
Supplément  offrant  le  résumé  des  faits  et 


des  idées  de  notre  temps,  sous  la  direc- 
tion de  M.  Louvet.  T.  4.  1"  et  2"  livr. 
Gr.  in-8'',  320  p.  Paris  (F.  Didot  frères, 
fils  et  G'). 

de  l'Académie  des  beaux-arts,  conte- 
nant les  mots  qui  appartiennent  à  l'en- 
seignement, à  la  pratique,  à  l'histoire  des 
beaux-arts,  etc.  T.  3.  3' livr.  Gr.  in-S", 
p.  193-256.  Paris  (F.  Didot  frères,  fils 
et  C-).  3  fr.  7S 

Goethe,  œuvres.  Traduction  nouvelle  par 
J.  Porchat.  T.  10.  Mélanges.  In-8», 
xxxj-491  p.  Paris  (Hachette  et  C").  6  f. 

Lecoy  deLaMarche(A.).  L'Académie 
de  P>ance  à  Rome.  Correspondance  iné- 
dite de  ses  directeurs,  précédée  d'une 
étude  historique.  In-8*,  vij-391  p.  Paris 
(Didier  et  C^),  6  fr. 

Marie- Antoinette.  Correspondance  se- 
crète entre  Marie-Thérèse  et  le  comte  de 
Mercy-Argenteau,  avec  les  lettres  de 
Marie-Thérèse  et  de  Marie-Antoinette. 
Publiée  avec  une  introduction  et  des  notes 
par  M.  le  chevalier  A.  d'Arneth  et  M.  A. 
Geflfroy.  T.  3"  et  dernier.  In-S",  574  p. 
Paris  (F.  Didot  frères,  fils  et  G*). 

Marno  (E.).  Reisen  im  Gebiete  d.  blauen 
u.  weissen  Nil,  im  asgyptischen  Sudau  u. 
den  angrenzenden  Negerlaendern  in  den 
Jahren  1869  bis  1873.  Mit  36  (lith.) 
Tafel  u.Holzschn.  nach  Original-Zeichgn 
u.  3  flith.)  Karten.  In-8%  $16  S.  Wien 
(Gerold).  26  fr.  75 

Mûlinen  (E.  F.  von).  Prodromus  e. 
schweizerischen  Historiographie,  in  alpha- 
bet. Reihenfolge  die  Historiker  aller 
Gantone  u.  aller  Jahrhunderte  umfassend. 
In-4°,  240  S.  Bern  (Huber  et  G').  9  f.  3  5 

Nibelungenlied  in  der  aeltesten  Gestalt. 
Schulausgabe.  Hrsg.  u.  m.  e.  Wœrter- 
buche  versehen  v.  A.  Holtzmann.  3.  um- 
gearb.  Aufl.  besorgt  durch  A.  Holder. 
In-8°,   xvj-376  S.   Stuttgart  (Metzler). 

4fr. 

Règlement  ecclésiastique  de  Pierre  le 
Grand,  traduit  en  français  sur  le  russe, 
avec  introduction  et  notes  par  le  R.  P. 
G.  Tondini,  barnabite.  Édition  accom- 
pagnée de  la  traduction  latine  imprimée 
à  Saint-Pétersbourg  en  1785  par  les  soins 
du  prince  G.  Potemkin,  du  texte  russe 
original  et  de  l'instruction  du  Procureur 
suprême  du  Synode.  In-8»,  xl-270  p. 
Paris  (Société  des  Bibliophiles).      10  fr. 

Renan  (E).  Mission  de  Phénicie.  7%  8*  et 


9*Iîyr.  (fin).  In-4*,  p.  604-887  et  12  pi. 
Paris  (Michel  Lévy  frères). 

Sage.  Les  folies  de  Daniel  Sage,  de  Mont- 
pellier, éditées  par  A.  Du  Ménil.  In-8«, 
xlix-219  p.  Montpellier  (Goulet). 

Saint-Simon  (de).  Mémoires  publiés  par 
MM.  Ghéruel  et  A,  Régnier  fils  et  colla- 
tionnés  de  nouveau  pour  cette  édition  sur 
le  manuscrit  autographe,  avec  une  notice 
de  M.  Sainte-Beuve.  T.  14.  In- 18  jésus, 
485  p.  Paris  (Hachette  et  G').  3  fr.  50 

Schneider  (J.).  Neue  Beitrasge  zur  alten 
Geschichte  u.  Géographie  d.  Rheinlande. 
5.  Folge.  Local  Untersuchungen  ûb.  die 
alten  Heeresstrassen  u.  Schanzen  auf  der 
rechten  Rheinseite.  Mit  i.  lithog.  Taf. 
In-8*,  38  S.  Dusseldorf  (Schaub).  2  f.. 
Les  J  parties.  14  fr.  50 

Schultz  (A.).  De  Theseo.  Quaestio  ar- 
chaeologica.  In-8°,  79  p.  Breslau  (Tre- 
wendt  et  Granier).  i  fr.  3  5 

Schweinfurth  (G.).  Im  Herzen  v.  Afri- 
ka.  Reisen  und  Entdeckgn  im  centralen 
iEquatorial-Afrika  waehrend  des  J.  1868 
bis  1871.  Deutsche  Originalausg.  2  Thl. 
Gr.  in-S".  Leipzig  (Brockhausi.     40  fr. 

Syrneilh  (De).  Journal  de  François  de 
Syrneilh ,  chanoine  de  Saint- André  de 
Bordeaux,  archidiacre  de  Blaye,  de  l'an 
1 568  à  l'an  1 58  5  publié  par  M.  G.  Simon. 
In-40,  120  p.  Bordeaux  (imp.  Gounouil- 
hou). 

Tourtual  (F.).  Zur  Geschichte  d.  west- 
phaelischen  Friedens.  1.  Hft.  ^-8",  40  S. 
m.  I.  Tabelle.  Munster  (Theissing).  2  f. 

Vainberg  (S.).  La  faillite  d'après  le  droit 
romain.  Monographie  juridique.  In-8*, 
312  p.  Paris  (Leroux). 

Viel-Castel  (L,  de).  Histoire  de  la  Res- 
tauration. T.  16.  In-8°,  704  p.  Paris 
(Michel  Lévy  frères). 

Vinson  (J.).  Documents  pour  servir  à 
l'étude  historique  de  la  langue  basque, 
recueillis  et  publiés  avec  index ,  notes  et 
vocabulaires,  i"  fascicule.  L'Évangile 
selon  saint  Marc,  traduit  pour  la  première 
fois  en  basque  par  J.  de  Licarrague,  de 
Briscous.  Nouv.  édit.  entièrement  con- 
forme à  la  première  de  1 571.  In-S'/xxv- 
76  p.  Bayonne  (Gazais). 

Zeitung,  numismatische.  Blaîtter  f.  Munz-, 
Wappen-  u.  Siegel-Kunde.  Red.  Leitz- 
mann.  41.  Jahrg.  1874,  26  Nrn.  in-4*. 
Weissensee  (Weber).  1 1  fr.  50 


Nogent-le-Rotrou,  Imprimerie  de  A.  Gouverneur. 


N*  10  Neuvième  année.  6  Mars  1875 

REVUE  CRITIQUE 

D'HISTOIRE   ET  DE  LITTÉRATURE 

RECUEIL  HEBDOMADAIRE  PUBLIÉ  SOUS  LA  DIRECTION 

DE  MM.  C.  DE  LA  BERGE,  M.  BRÉAL,  G.  MONOD,  G.  PARIS.   r 


Secrétaire  de  la  Rédaction:  M.  Stanislas  Guyard. 


Prix   d'abonnement  : 

Un  an,  Paris,  20  fr.   —  Départements,  22  fr.  —  Etranger,  le  port  en  sus 

suivant  le  pays. 

PARIS 

LIBRAIRIE    A.    FRANCK 

. ;,:.:!/.  iLi'.  ^-    VIEWEG,    PROPRIÉTAIRE 

7/  ?.vr,.<îfAT-  67,  RUE  RICHELIEU,  67 


Adresser  toutes  les  communications  à  M.  Stanislas  Guyard,  Secrétaire  de  la 
Rédaction  (au  bureau  de  la  Revue  :  67,  rue  Richelieu). 

ANNONCES  :'' 

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En  vente,à,la,.librairie  A.  Franck,  F.  Vieweg  propriétaire, 
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Le  Petit  Poucet  et  la  Grande  Ourse,  i  vol.  in-i6 
imprimé  en  caractères  elzeviriens.  2  fr.  50 


BrBLIOTHÈQUE  DE  L'ECOLE  DES  HAUTES  ÉTUDES 

20«  FASCICULE. 

•^  ITT  XTT'  T  ï  T  tr  NT  ^"stitution  oratoire.  Collation  d'un  ms. 
V^  U  1  IN  1  1  l_i  1  lL  IN  du  xe  siècle,  par  Emile  Châtelain  et  Jules 
Le  Coultre,  licenciés  ès-lettres,  élèves  de  PÉcole  des  hautes  études.  5  fr. 

1 8*  ET  1 9*  fascicules  précédemment  parus  : 

Rn  tr  T  A  ^nr  F v  r  î  r  ^^"'^^  ^^^  ^^^  ^°"^^^^  ^^ 
•      jL/ EL     i-j/nLO  i/Ili  I    r\  1  IL     vicomtes     de     Limoges 

antérieurs  à  l'an  1000.    '->7  .•'":---'^  --  .'  5  fr. 

AT~^  A  D  TV  /T  t7  Ç  '"P  T7  T^  17  D     '^'"^'^^  ^^  ^^  formation  des 
•    L'/\rvlVl  lLi3   1    l_j    1    l-j  l\    mots    composés   dans  la 

langue  française  comparée  aux  autres  langues  romanes  et  au  latin.  12  fr. 

Pour  paraître  très-prochainement  : 
2 1^  fascicule.  Hymne  à  Ammon  Ra  des  papyrus  de  Boulaq,  traduit  et  com- 
menté par  Eugène  Grébault,  avocat,  élève  de  l'École  des  hautes  études. 


PÉRIODIQUES. 

Revue  de  l'Instruction  publique  (supérieure  et  moyenne)  en  Belgique. 
Nouv.  série.  T.  XVIII%  i""^  livr.  La  paix  de  Cimon  (A.  Motte).  —  Le  Parthé- 
non.  Die  Kunst  des  Pheidias  am  Part.henon  und  zu  Olympia  von  Eugen  Petersen 
(D.  Keiffer).  —  De  l'emploi  du  participe  et  de  l'infinitif  dans  la  langue  grecque 
(J.  Delbœuf),  —  Comptes-rendus.  Grammaire  latine  par  le  Père  Janssens  (A. 
D.  S.),  —  Spâss  an  Jérscht.  Fum  Michel  Lenz  :  choses  plaisantes  et  sérieuses. 
Chansons  et  Poésies  de  M.  Lenz  (G.  Kurth).  —  Varia.  Rapport  triennal  (1870- 
1872)  sur  l'état  de  l'enseignement  moyen  en  Belgique.  — Sommaire  de  la  Revue 
critique  d'histoire  et  de  littérature. 

The  Academy,  N"  145,  new  séries,  1 3  février.  Nordhoff,  The  Communistic 
Societies  of  the  United  States.  London,  Murray  (J.  M.  Ludlow  :  tableau  assez 
complet).  —  Smith,  Assyrian  Discoveries.  London,  Sampson  Low  and  Co. 
(A.  H.  Sayce  :  recommande  chaudement  la  lecture  de  ce  rapport,  qui  entre 
autres  documents  importants,  contient  le  texte  complet  des  tablettes  du  déluge). 

—  K.  Maurer,  Island  von  seiner  ersten  Entdeckung  bis  zum  Untergange  des 
Freistaats.  Mùnchen  (Edmiind  W.  Gosse  :  la  première  contribution  de  valeur  à 
l'histoire  de  l'Islande).  —  Kerviler,  Le  Chancelier  Pierre  Séguier,  second 
protecteur  de  l'Académie  française.  Paris,  Didier  (F.  Bury  Palliser  :  art. 
analytique).  —  The  Last  Journals  of  David  Livingstone  in  Central  Africa,  etc.  by 
Waller.  2  vols.  London,  Murray  (George  Birdwood).  —  Talboys  Wheeler, 
The  History  of  India  from  the  Eârliest  Ages.  Vol.  IH.  London,  Trùbner  (F.  J. 
GoLDSMiD  :  contient  l'histoire  du  Bouddhisme  et  du  Brahmanisme).  — Notes  and 
News.  —  Notes  of  Travel.  —  The  Royal  Historical  and  Archaeological  Association 
of  Ireland.  —  Correspondence.  The  Century  of  Praise  (R.  Simpson  :  erratum  à 
sa  précédente  lettre).  —  Irish  Texts  (James  Graves).  —  An  unpublished  Letter 
of  Coleridge  (R.  Childers).  —  Pour  le  Mérite  (H.  Schûtz  Wilson).  —  Our 
Oldest  Ms.,  and  Who  mutilated  it  (John  Morris).  —  Ewald,  Die  Lehre  der 
Bibel  von  Gott,  ^.  Bd.  Leipzig,  Vogel  (W.  Robertson  Smith  :  déclare  qu'il  est 
impossible  de  faire  la  critique  proprement  dite  de  ce  volume;  on  ne  peut,  dit-il, 
(ju'adopter  en  bloc  ou  rejeter  le  système  d'Ewald).  —  Catalogue  of  the  Collec- 
tion of  Oriental  coins  belonging  to  Colonel  C.  Seton  Guthrie.  Fasc.  L  Coins  of 
the  Amavv^î  Khalîfehs.  By  Stanley  Lane  Poole.  Stephen  Austin  (G.  Stîckel). 

—  Meetings  of  Societies  (Soc.  d'archéologie  biblique,  royale  de  littérature,  des 
antiquaires,  de  philologie). 

The  Athenseum,  N*  2468,  1 3  février.  Mark  Pattison,  Isaac  Casaubon. 
Longmans  and  Co.  —  A.  H.  Sayce_,  The  Principles  of  Comparative  Philology. 
Trûbner  (attaque  plusieurs  des  doctrines  admises  aujourd'hui).  —  Our  Oxford 
Letter  (T.).  —  The  Utrecht  Psalter  (Edward  A.  Bond).  —  The  Commémora- 
tion at  Leyden.  —  Literary  Gossip  (M.  Smith  a  découvert  au  Br.  Muséum  une 
tablette  assyrienne  contenant  la  légende  de  la  tour  de  Babel).  —  Societies  (Soc. 
de  géographie,  royale  de  littérature,  d'archéologie  britannique,  de  l'Institut 
archéologique,  de  philologie).  —  A  Lintel  from  Niniveh  (Jas.  Fergusson). 

liiterarisches  Centralblatt,  N*8,  20  février.  VoiGT,  Geschichtschreibung 
ùber  den  schmalkaldischen  Krieg.  Leipzig,  Hirzel.  In-8°,  p.  569-758  (extr.  du 
t.  VI  des  Mém.  de  l'Acad.  des  sciences  de  Saxe,  classe  hist.-phil.,  n"  VI:  contient 
d'abondantes  informations).  —  Lenz,  Kœnig  Sigmund  und  Heinrich  der  Fùnfte 
von  England.  Berlin,  Reimer.  In-S",  viij-216  p.  (travail  très-considérable).  — 
Vanderkindere,  Notice  sur  l'origine  des  magistrats  communaux  (cf.  Rev.  crit., 
1874,  II,  p.  405).  —  Halévy,  Essai  sur  la  langue  Agaou.  Paris,  Maisonneuve. 
In-8°,  p.  149-188  (extr.  des  Actes  de  la  Soc.  de  phil.,  t.  III,  n°  4,  note  analy- 
tique). —  Précis  de  grammaire  polynésienne,  par  J.  F.  V.  Paris,  Maisonneuve. 


REVUE  CRITIQUE 

D'HISTOIRE    ET    DE    LITTÉRATURE 

N*  10  —  6  Mars  —  1875 

Sommaire  :  45.  Sutta  Nipdta,  tr.  p.  Coomara  Swamy.  —  46.  Christ,  Métrique 
des  Grecs  et  des  Romains.  —  47.  Alciphron,  Lettres,  tr.  p.  De  Rouville.  —  48. 
D'AuBiGNÉ,  Œuvres  complètes,  p.  p.  Réaume  et  De  Caussade,  t.  III;  D'Aubh 
GNÉ,  Le  printemps,  publ.  p.  Read.  —  Variétés  :  Italia,  p.  p.  Hillebrand,  t.  II.  — 
Sociétés  savantes  :  Académie  des  inscriptions. 


45.  —  Sutta  Nipâta,  or  dialogues  and  discourses  of  Gotama  Buddha,  translated  from 
the  Pâli,  with  introductfon  and  notes,  by  sir  M.  Coomara  Swamy.  London,  Triibner. 
1874.  In-i2,  xxvj  et  i6o  p.  —  Prix  :  7  fr. 

Ce  petit  volume  renferme  la  traduction  de  trente  Sûtras,  sur  soixante-dix  dont 
se  compose  le  Sutta  Nipâta;  les  quarante  autres  doivent  faire  l'objet  d'une  publi- 
cation ultérieure.  Le  traducteur,  hindou  de  naissance,  n'a  pas  cru  pouvoir  ajouter 
à  sa  version  anglaise  le  texte  pâli,  d'abord  parce  qu'il  s'adresse  plutôt  au 
public  {gênerai  reader)  qu'aux  savants  (critical  student'),  ensuite  parce  que,  dit-il, 
«  ce  texte,  bien  que  suffisamment  correct  pour  se  prêter  à  une  traduction,  n'est 
»  cependant  pas  assez  exact  {?  précise)  pour  pouvoir  être  imprimé.  »  Ce  scrupule 
n'a  pourtant  pas  arrêté  plusieurs  savants  européens,  qui  nous  ont  déjà  donné  le 
texte  de  quelques-uns  des  Sûtras  ici  traduits.  Nous  devons  d'autant  plus  vivement 
regretter  ce  manque  de  confiance  de  M.  Coomara  Swdmy,  qu'il  nous  apprend 
dans  l'introduction  que  «  d'après  les  pandits  de  Ceylan,  le  Sutta  Nipâta  présente 
»  quelques-uns  des  plus  anciens  spécimens  de  Pâli,  et  qu'il  a,  sous  ce  rapport, 
»  une  valeur  en  quelque  sorte  correspondante  à  celle  des  Vedas  pour  le  Sanskrit.» 
Il  ajoute  que  «  pour  les  Buddhistes  du  Sud  le  Sutta  Nipâta  est,  avec  le  Dham- 
»  mapada,  le  plus  estimé  des  livres  du  Khuddaka  Nikâya,  et  que,  de  ces  deux 
»  livres,  il  est  regardé  comme  le  plus  original.  »  On  trouve  encore  dans  cette 
introduction  quelques  renseignements  sur  la  place  qu'occupe  le  Sutta  Nipâta  dans 
le  canon  buddhique,  et  d'autres  sur  le  style  de  l'ouvrage,  qui  gagneraient 
beaucoup  en  clarté  et  en  utilité,  s'ils  étaient  accompagnés  d'exemples.  Mais 
M.  C.  Sw.  évite  les  détails  techniques,  et  il  semble  en  général  moins  désireux 
de  mettre  ses  lecteurs  au  courant  de  la  littérature  et  des  idées  buddhiques,  que 
de  se  présenter  à  eux  comme  un  homme  au  courant  des  littératures  et  des  idées 
européennes.  C'est  du  moins  ce  que  nous  croyons  pouvoir  conclure  de  la  fré- 
quence des  citations,  assez  inutiles,  en  Anglais,  en  Français,  même  en  Allemand 
(en  caractères  gothiques),  ainsi  que  de  certaines  allusions,  auxquelles  on  ne 
peut  trouver  quelque  saveur  qu'en  se  rappelant  qu'elles  émanent  d'un  Hindou. 
L'effet  produit  par  la  prédication  du  Buddha  est  dépeint  en  ces  termes  : 
«  La  liberté,  l'égalité,  la  fraternité,  ces  véritables  pierres  de  touche  de  toute 
»  saine  morale,  ces  bases  sur  lesquelles  fut  élevé  le  plus  grand  peut-être  des 
»  événements  de  l'Europe  moderne,  ce  but  vers  lequel  tend  aujourd'hui  tout 
XV  10 


146  REVUE   CRITIQUE 

»  progrès  humain,  semblent  avoir  eu  leurs  échos,  en  ces  bons  vieux  temps,  dans 
»  les  fertiles  contrées  de  Kosala  et  de  Magadha.  ...Un  coup  terrible  était  porté 
»  au  culte  déréglé  de  ce  fétiche  —  la  Force,  —  culte  qui  est  le  vice  de  tous  les 
»  peuples  dans  l'enfance,  et  qui  malheureusement  aujourd'hui  en  Occident,  bien 
»  que  dépouillé  de  son  auréole  et  de  ses  accessoires  barbares  par  l'arrivée  oppor- 
»  tune  de  ce  doux  génie  de  l'Orient  —  le  Christianisme,  —  s'affirme  encore 
»  avec  plus  ou  moins  d'énergie  dans  toutes  les  directions.  »  Telles  sont  les 
transitions  qui  amènent  M.  G.  Sw.  à  parler  du  Nirvana.  Mais  sur  cette  question 
éminemment  indienne,  le  savant  hindou  laisse  la  parole  à  ses  collègues  euro- 
péens, dont  il  cite  les  opinions  divergentes,  et  lui-même  s'abstient  de 
conclure. 

Nous  ne  pouvons  rien  dire  de  la  traduction  des  Sûtras,  si  ce  n'est  qu'au  dire 
du  traducteur  elle  est  très-littérale.  Les  notes  sont  courtes  mais  suffisantes, 
sauf  celles  sur  la  géographie  qui  ne  méritent  aucune  confiance.  On  y  voit  que 
le  pays  des  Mallas  est  peut-être  le  Malwa  moderne;  Vesali  y  est  assimilée  à 
Allahabad,  et  Rajagaha  au  moderne  Râjagrha  dans  le  Bihar. 

En  résumé,  on  doit  se  montrer  reconnaissant  envers  M.  C.  Sw.  de  nous 
avoir  fait  connaître  par  une  traduction  un  certain  nombre  de  Sûtras  buddhiques, 
et  on  ne  saurait  que  l'encourager  à  continuer,  mais  nous  voudrions  pouvoir  le 
convaincre,  d'abord  que  les  discours  du  Buddha  n'ont  plus  grand  attrait  pour  le 
gênerai  reader  depuis  qu'il  connaît,  dans  ses  traits  généraux,  la  doctrine  buddhi- 
que,  mais  qu'ils  pourraient  en  avoir  un  bien  plus  grand  pour  les  savants  s'ils 
étaient  publiés  avec  le  texte  ;  et  ensuite  que  les  idées  et  les  appréciations  qu'un 
Européen  aime  à  trouver  dans  l'œuvre  d'un  Hindou  sur  l'Inde,  sont  non  pas  celles 
des  Européens,  mais  celles  des  Hindous. 


46.  —  Metrik  der  Griechen  und  Rœmer,  von  W.  Christ.  Leipzig,  Teubner. 
1874.  —  Prix:  18  fr.  75. 

Il  est  facile,  avec  un  peu  de  patience,  de  faire  une  métrique  grecque  et  latine, 
si  on  veut  se  contenter  de  mots  :  on  n'a  qu'à  relever  et  à  classer  les  assemblages 
de  longues  et  de  brèves  dont  se  composent  les  vers  antiques.  Mais  l'entreprise 
est  difficile,  si  on  a  l'ambition  de  comprendre  les  mots,  d'attacher  un  sens  clair 
et  précis  aux  termes  techniques.  Comment  les  anciens  disaient-ils  les  vers  destinés 
à  la  récitation .?  comment  chantaient-ils  les  vers  lyriques  ?  Sans  doute,  on  ne 
saurait  en  deviner  l'air;  mais  ne  peut-on  en  retrouver  la  mesure  ?  Si  les  valeurs 
naturelles  des  syllabes  étaient  modifiées  par  la  musique,  elles  l'étaient  cependant 
beaucoup  moins  que  dans  nos  langues  modernes  :  autrement,  la  variété  des 
combinaisons  métriques  et  leur  exacte  reproduction  dans  les  strophes  corres- 
pondantes n'auraient  pas  eu  de  but  ni  de  raison  d'être.  Les  textes  peuvent  nous 
apprendre  quelque  chose  de  la  mesure  des  airs  :  ils  en  conservent  une  image 
plus  ou  moins  fidèle.  Cependant  ces  textes  offrent  souvent  une  réunion  d'éléments 
métriques  (de  pieds)  divers.  Faut-il  les  ramener  à  l'unité  de  mesure?  le  faut-il 
toujours,  ou  seulement  dans  certains  cas?  et  comment  les  y  raraènera-t-on ?  Et 


d'histoire  et  de  littérature.  147 

dans  ces  mesures  ainsi  rétablies,  comment  répartira-t-on  les  temps  forts  et  les 
temps  faibles,  comment  battra-t-on  la  mesure  ?  Pour  répondre  à  ces  questions, 
on  peut  d'un  côté  comparer,  étudier,  les  textes  poétiques  ;  de  l'autre,  interroger 
les  traités  de  métrique  et  de  musique  que  l'antiquité  nous  a  légués.  Malheureuse- 
ment la  tradition  antique  est  fragmentaire,  confuse,  souvent  contradictoire;  quant 
aux  inductions  qu'on  peut  tirer  de  l'étude  comparée  des  textes  poétiques,  il  est 
difficile  d'éviter  l'arbitraire  et  les  opinions  préconçues. 

La  science  de  la  métrique  grecque  et  latine  est  donc  de  celles  qui  se  débrouillent 
lentement,  après  beaucoup  d'efforts  et  d'hypothèses  erronées.  Quoi  qu'on  fasse, 
elle  ne  sera  jamais  complète.  Qu'elle  établisse  ce  que  nous  pouvons  savoir,  ce 
que  nous  pouvons  supposer  avec  une  certaine  probabilité,  ce  qu'il  faut  nous 
résigner  à  ignorer  :  voilà  tout  ce  qu'un  esprit  judicieux  peut  lui  demander.  Outre 
beaucoup  de  recherches  partielles,  plusieurs  essais  pour  reconstruire  l'ensemble 
de  la  métrique  ancienne  ont  été  tentés  dans  ces  dernières  années  en  Allemagne. 
L'essai  de  H.  Schmidt  est  très-hardi,  aventureux  même.  L'ouvrage  de  Rossbach 
et  Westphal  a  éclairé  beaucoup  de  points  qui  étaient  restés  obscurs  dans  la  tra- 
dition antique,  et  il  marque  un  progrès  notable  dans  la  science.  Mais,  comme  il 
arrive  aux  chercheurs,  ils  abondent  trop  dans  leur  sens,  ils  développent  avec 
complaisance  ce  qu'ils  ont  trouvé  eux-mêmes,  et  laissent  dans  l'ombre  ou  négli- 
gent tout  à  fait  des  parties  qui  les  intéressent  moins.  Le  livre  de  M.  Christ  répond 
mieux  à  l'idée  d'un  manuel  :  il  est  substantiel  et  complet;  il  donne  tout  ce  qui 
est  nécessaire  et  s'interdit  le  superflu.  Les  mètres  les  plus  usuels  sont  étudiés 
avec  le  détail  que  comporte  leur  importance;  les  poètes  latins  ne  sont  pas  sacri- 
fiés aux  grecs,  les  lecteurs  de  Plaute  et  de  Térence  trouvent  dans  ce  livre  tout 
ce  qu'il  importe  de  connaître  des  particularités  de  la  métrique  et  de  la  prosodie 
de  ces  poètes  ;  d'un  autre  côté  quelques  indications  sur  les  vers  politiques  et 
l'accent  se  substituant  à  la  quantité  comme  règle  de  la  versification  sont  insérées 
à  propos.  L'auteur  n'a  garde  de  trancher  toutes  les  questions;  il  ne  dissimule 
pas  les  difficultés  et  les  obscurités  du  sujet  qu'il  traite.  Et  cependant  il  ne  tombe 
pas  dans  un  scepticisme  qui  empêcherait  toute  exposition  suivie  et  jetterait  le 
lecteur  dans  la  perplexité.  Il  prend  son  parti  et  met  en  avant  la  théorie  qui  lui 
semble  la  plus  probable,  tout  en  marquant  ce  qu'elle  a  de  conjectural. 

L'auteur  a  consacré  à  peu  près  le  quart  de  son  livre  à  la  métrique 
générale.  Cette  excellente  introduction,  aussi  claire  que  nourrie  de  faits  et  d'aper- 
çus, se  complète  par  l'appendice  relatif  à  la  composition  des  poèmes  et  à  la 
manière  de  les  débiter,  de  les  exécuter.  Cela  est  si  vrai  que  quelques-unes  des 
observations  qui  se  trouvent  ainsi  rejetées  à  la  fin  du  volume  eussent  été  mieux 
placées,  ce  nous  semble,  en  tête  du  livre.  Les  mouvements  du  corps,  la  marche 
et  la  danse,  ont  d'abord  mesuré  le  chant  et  la  parole  :  là  est  l'origine  de  la 
métrique  :  les  vers  marchés  et  dansés  ont  précédé  les  vers  simplement  chantés; 
enfin  sont  venus  les  vers  récités,  qui  ne  conservent  plus  qu'une  ombre  de  la 
mesure  primitive,  mais  dont  les  éléments  s'appellent  encore  des  pieds,  c'est-à- 
dire  des  pas.  Il  fallait  insister  sur  ce  fait  fondamental  :  le  lecteur  aurait  mieux 
compris,  et  l'auteur  lui-même  aurait  peut-être  mieux  exposé  certains  points  qui. 


148  REVUE   CRITIQUE 

suivant  nous,  ne  se  trouvent  pas  assez  élucidés.  Comment  se  fait-il  que,  dans  les 
anapestes,  la  fin  des  mots  coïncide  avec  la  fin  des  dipodies,  souvent  même 
avec  la  fin  de  chaque  pied,  tandis  que  le  contraire  est  la  règle  de  l'hexamètre 
dactylique  ?  L'anapeste  était  le  mètre  de  la  marche  :  or  la  marche  veut  être  forte- 
ment rythmée,  elle  demande  des  divisions  nettement  accusées.  La  mesure  des 
vers  récités,  tels  que  les  hexamètres,  doit  au  contraire  se  varier,  se  dissimuler  : 
ils  fatigueraient  l'oreille,  s'ils  se  scandaient  comme  au  son  du  tambour.  On 
remarque  une  différence  analogue  entre  les  césures  du  trimètre  iambique  et  du 
tétramètre  trochaïque  ;  et  cette  différence  s'explique  de  la  même  manière.  Aussi 
ne  croyons-nous  pas,  comme  M.  Chr.  l'assure  à  la  page  665,  que  les  élégies  de 
Tyrtée  aient  accompagné  la  marche  des  bataillons  Lacédémoniens  :  cela  n'est 
vrai  que  des  £[ji[3aTY]pia  anapestiques  de  ce  poète.  On  peut  rapporter  aux  élégies 
ce  que  l'orateur  Lycurgue  dit  des  vers  de  Tyrtée  chantés  devant  la  tente  du  roi. 
A  ces  restrictions  près,  il  n'y  a  qu'à  louer  l'étude  très-attentive  dont  les  césures, 
et  particulièrement  celles  du  vers  héroïque,  ont  été  l'objet  dans  le  livre  de 
M.  Chr,  C'était  là  un  des  points  trop  négligés  dans  la  métrique  de  Rossbach 
et  Westphal. 

Si  l'on  pouvait  suivre  historiquement  tous  les  mètres  grecs,  il  y  aurait  plaisir 
à  les  voir  naître  les  uns  des  autres,  ou,  tout  au  moins,  les  uns  après  les  autres. 
J'accorde  que  cela  n'est  guère  possible,  et  qu'un  manuel  n'est  commode  qu'à 
condition  d'observer  un  ordre  systématique.  Cependant,  il  est  utile  d'adopter 
l'ordre  historique  toutes  les  fois  qu'il  peut  se  concilier  avec  le  système.  P.  165- 
172,  M.  Chr.  énumère  les  mètres  dactyliques,  en  allant  du  plus  court  au  plus 
long,  jusqu'à  ce  qu'il  arrive  à  l'hexamètre.  C'est  un  inventaire.  J'aurais  com- 
mencé par  l'hexamètre.  Le  lecteur  aurait  été  charmé  de  voir  les  membres  (xûXa) 
en  lesquels  se  divise  ce  vers  suivant  ses  diverses  césures,  s'émanciper  et  devenir 
des  mètres  plus  ou  moins  indépendants,  quelquefois  en  gardant  la  place  qu'ils 
avaient  occupée  dans  le  grand  vers,  comme  VAdonius  (-uu-u)  qui  figure  à  la  fin 
de  systèmes  dactyliques  ou  de  la  strophe  saphique.  De  même,  le  rôle  et  la  valeur 
des  petits  mètres  trochaïques  eussent  été  plus  facilement  compris,  si  l'auteur  les 
avait  traités  à  la  suite  du  dimètre  et  du  tétramètre.  Je  m'étonne  d'autant  plus 
qu'il  n'ait  pas  préféré  cette  ordonnance,  que  plus  loin,  quand  il  arrive  aux  iambes, 
il  commence,  très-rationnellement,  par  le  trimètre. 

En  fait  de  termes  techniques  inventés  par  les  métriciens  modernes,  M.  Chr. 
(p.  98)  applique,  avec  G.  Hermann,  le  nom  de  base  au  pied  initial  et  librement 
conformé  de  certains  vers,  des  dactyles  éoliens,  des  glyconiques,  etc.  Cette 
désignation  est  commode,  pourvu  qu'elle  ne  soit  pas  étendue  à  des  faits  d'un 
ordre  différent.  Or  Hermann  avait  compris  sous  ce  même  nom  de  base  les  deux 
longues  qui  se  voient  en  tête  de  ce  vers  d'Eschyle  {Agam.  160)  :  Zsù;,  Sctiç 
tot'  èaxi'v  xtX.,  et  d'autres  vers  analogues.  Ces  deux  syllabes,  dont  la  durée  est 
prolongée  au  delà  de  leur  valeur  naturelle,  ne  forment  pas  un  pied,  mais  équi- 
valent à  deux  pieds  trochaïques.  M.  Chr,  le  sait  et  le  dit,  il  distingue  ces  cas 
différents  :  cependant,  il  y  a  peut-être  quelque  inconvénient  à  confondre  ainsi 
dans  une  dénomination  commune  des  faits  métriques  qui  ne  se  ressemblent  pas. 


d'histoire  et  de  littérature.  149 

Le  terme  de  syncope  est  emprunté  à  Rossbach  et  Westphal.  Il  désigne  préci- 
sément le  fait  dont  nous  venons  de  parler  :  un  vers  dans  lequel  une  longue  (ou 
plusieurs)  prend  la  valeur  d'un  pied  tout  entier  est  appelé  un  vers  syncopé.  Cette 
manière  de  parler  peut  induire  le  lecteur  en  erreur  :  en  prenant  un  terme  dans 
la  musique  moderne,  il  ne  fallait  pas  en  modifier  le  sens.  Cela  est  d'autant  plus 
fâcheux  qu'on  trouve  chez  les  anciens  des  syncopes  proprement  dites,  auxquelles 
on  pouvait  réserver  ce  nom.  Dans  le  Sotadée  (p.  509)  les  ioniques  mineurs 
(-  -  u  u)  alternent  avec  les  dipodies  trochaïques  (-  u  -  u)  :  c'est  un  mélange  de 
la  mesure  à  trois  avec  la  mesure  à  six-huit,  lequel  constitue  une  marche  à  contre- 
temps, une  vraie  syncope.  L'emploi  des  syncopes  semble  avoir  été  très-répandu 
chez  les  anciens:  voy.  Revue  critique,  1872, 1,p.  52.  M.  Christ  lui-même  signale 
(p.  9J  et  p.  501)  le  mélange  des  choriambes  et  des  dipodies  iambiques,  ainsi 
que  la  permutation  de  ces  pieds.  Il  admet  avec  beaucoup  de  vraisemblance  que 
le  sotadée  est  né  du  tétramètre  trochaïque.  Ne  pourrait-on  pas  supposer  que  les 
choriambes  mixtes,  tels  que 

IIplv  [).h  £5(wv  (âepPéptov,  Y.ak()\).\ioi.x'  ècîÇY)y,o)iAéva 

(Anacréon,  fr.  21),  sont  une  modification  des  tétramètres  iambiques?  Quoi  qu'il 
en  soit,  on  y  voit  le  trochée  s'y  substituer  à  l'iambe,  comme  cela  arrive  dans  le 
pied  initial  (la  base)  de  certains  mètres.  Si  ces  faits  et  quelques  autres  avaient 
été  rapportés  dans  la  partie  générale  du  livre  comme  exemples  de  syncope  pro- 
prement dite,  M.  Chr.  aurait  peut-être  hésité  à  rejeter  d'une  manière  aussi 
absolue  qu'il  le  fait  à  la  page  80,  des  observations  d'Aristide  Quintilien  qui  ne 
semblent  pas  être  purement  théoriques,  mais  paraissent  se  rapporter  à  la  pratique 
des  musiciens  anciens,  à  leur  manière  de  battre  la  mesure. 

Relevons  encore  quelques  petits  détails,  afin  de  prouver  à  l'auteur  que  nous 
avons  lu  son  livre  avec  l'attention  qu'il  mérite.  P.  10.  Oaa[xaxa  aTpouôûv 
(Eschyle,  Agam.  1 57)  est  donné  comme  exemple  de  la  position  négligée  à  la  fin 
d'un  mot.  Mais  comment  croire  à  une  telle  licence  avant  trois  consonnes,  lorsque 
les  poètes  grecs  de  l'époque  classique  n'offrent  qu'un  seul  parallèle  {el\û  axoTst- 
v6v,  Pindare  Ném.  VII,  61),  bien  moins  choquant  et,  de  plus,  facile  à  corriger. 
'Le  texte  d'Eschyle  est,  sans  doute,  altéré.  —  P.  61.  En  disant  :  au^eaGai  8e 
çaiveTat  to  [aèv  ta[j,pr/,bv  ^évoç  i^é^pt  xtX.,  Aristoxène  ne  s'exprime  pas  avec 
précaution  et  réserve.  Le  verbe  çaîvexai  indique  au  contraire  l'évidence  d'un 
fait  facile  à  constater.  —  P.  186  et  p.  201.  Le  jugement  porté  sur  les  hexa- 
mètres d'Horace  me  paraît  injuste.  Pour  approprier  un  vers  aussi  solennel  à  ses 
causeries  familières,  Horace  l'a  brisé  à  dessein,  l'a  malmené  encore  plus  que 
Ménandre  n'avait  fait  le  trimètre  iambique.  La  preuve,  c'est  que,  dès  que  le 
sujet  et  le  ton  s'élèvent,  Horace  donne  à  ses  vers  une  allure  plus  noble.  — 
P.  519.  Les  vers  anacréontiques  des  Bacchantes  d'Euripide  sont  mal  choisis,  et 
ne  prouvent  pas  ce  que  l'auteur  veut  établir  :  la  quatrième  syllabe  y  est  toujours 
brève,  jamais  longue.  —  P.  514.  L'ionique  mineur  serait-il  en  effet  plus  effé- 
miné que  l'ionique  majeur?  J'en  doute.  —  P.  536.  Les  vers  du  vieux  poète 
comique  Phérécrate  : 


150  REVUE   CRITIQUE 

au[/,xT6/,T0i(;  àvaxaicTOiç 
sont  très-difficiles  à  expliquer.  Héphestion  les  donne  comme  exemple  du  mètre 
dit  phérécratien;  mais  comment  le  nom  d'anapestes  repliés  peut-il  convenir  à 
ce  mètre  ?  Héphestion  et  les  autres  métriciens  grecs  se  seraient-ils  trompés,  et 
ces  vers  n'auraient-ils  qu'une  ressemblance  trompeuse  avec  les  phérécratiens 
proprement  dits  ?  Comme  tous  les  hémistiches  commencent  par  deux  longues, 
on  pourrait  donner  la  valeur  de  quatre  brèves  à  la  seconde  et  à  l'avant-dernière 
syllabe  de  chaque  hémistiche.  De  cette  manière  les  deux  hémistiches  équivau- 
draient à  un  tétramètre  anapestique,  le  vers  ordinaire  des  parabases,  et  l'épi- 
thète  g{j\).'p:xuv.ioi  se  trouverait  aussi  justifiée.  Rossbach  et  Westphal  mesurent  de 
la  même  manière  les  vers  qu'on  lit  dans  les  Perses  d'Eschyle  : 

2éPo[xai  [xàv  xpoaiSécjOat,  cé^op-ai  0'  àvTia  cpdcaôat. 
P.  639.  On  sait  qu'Horace  imite  le  début  de  la  deuxième  Olympique  de  Pindare 
dans  son  :  Qaem  virum  aut  heroa.  Mais  l'imitation  ne  s'arrête  pas  là.  L'ode  latine  se 
décompose  en  cinq  fois  trois  strophes,  comme  l'ode  grecque,  avec  cette  différence 
que  les  groupes  ternaires  sont  marqués  dans  Pindare  par  l'épode,  tandis  que  dans 
Horace  ils  ne  sont  indiqués  que  par  le  sens.  Nous  n'avions  vu  nulle  part  cette 
observation  curieuse  :  elle  appartient,  sans  doute,  à  M.  Chr.  lui-même,  et  nous 
la  signalons  d'autant  plus  volontiers  qu'elle  met  fin  aux  hypothèses  des  critiques 
qui  voudraient  nous  faire  croire  que  cette  ode  a  été  amplifiée  par  des  interpola- 
tions. 

Nous  nous  bornons  à  ces  observations.  Le  livre  de  M.  Chr.  est  trop  substan- 
tiel pour  être  analysé.  C'est  un  ouvrage  instructif,  bien  fait,  consciencieux,  au 
courant  des  dernières  recherches,  aussi  satisfaisant,  à  le  juger  dans  son  ensemble, 
que  le  permettait  notre  science,  très-imparfaite,  de  la  métrique  grecque  et  latine. 
Nous  ne  saurions  recommander  de  guide  plus  sûr  à  ceux  qui  veulent  s'initier  à 
des  études  sans  lesquelles  on  ne  peut  bien  juger  et  apprécier  les  poètes  de 

l'antiquité. 

Henri  Weil. 


47.  —  Stéphane  de  Rou ville  ,  Lettres  grecques  du  rhéteur  Alciphron ,  tra- 
duites en  français.  Paris,  Rouquette.  1874.  In- 16.  —  Prix  :  2  fr. 

Cette  traduction  se  présente  dans  un  état  complet  de  nudité.  Ni  préface,  ni 
avant-propos,  ni  notes,  ni  table  analytique.  M.  Stéphane  de  Rouville  se  contente 
de  prendre  pour  épigraphe  la  maxime  quelque  peu  usée  nil  novi  sub  sole,  fai- 
sant ainsi  allusion  à  certains  détails  des  lettres  d'Alciphron,  mais  oubHant  que, 
ce  qui  «est  nouveau  sous  le  soleil»,  c'est  de  présenter  au  lecteur  une  traduction 
aussi  complètement  dépourvue  de  tout  cadre  littéraire  et  bibliographique.  Non- 
seulement  il  ne  donne  aucun  renseignement  sur  celui  qu'il  traduit,  mais  encore 
il  ne  dit  point  quelle  édition  il  a  choisie,  quels  sont  ses  devanciers,  s'il  a  utilisé 
leurs  travaux  et  dans  quelle  mesure.  Alciphron  cependant,  écrivain  de  talent  qui 
avait  la  finesse  d'observation,  la  délicatesse  de  style  et  la  sobriété  élégante  d'un 


d'histoire  et  de  littérature.  I  5  I 

véritable  attique,  méritait  mieux  que  de  servir  uniquement  d'appât  à  une  cer- 
taine catégorie  de  lecteurs. 

Quand  on  entreprend  de  traduire  un  auteur  on  contracte  par  cela  même  envers 
lui,  et  surtout  envers  le  lecteur,  des  obligations  fort  étroites.  M.  Stéphane  de 
Rouville  ne  paraît  pas  s'en  être  douté.  Il  a  interprété  ses  devoirs  de  traducteur 
dans  le  sens  le  plus  restreint,  il  n'a  eu  qu'une  chose  en  vue,  translater  en  français 
le  grec  d'Alciphron.  Mais  cela  ne  le  dispensait  pas  de  chercher  le  meilleur  texte, 
et  par  conséquent  de  comparer  entre  elles  les  différentes  éditions.  Croira-t-on 
qu'il  s'est  servi  uniquement  de  celle  de  Bergler  (171 5),  à  l'exclusion  de  toute 
autre,  qu'il  a  laissé  de  côté  les  éditions  plus  récentes,  forcément  plus  complètes 
et  probablement  meilleures,  de  Wagner,  de  Meinecke  et  de  Seiler  ?  qu'il  n'a 
même  pas  connu,  ou  voulu  connaître,  celle  de  M.  Hercher,  publiée  en  1873  (!) 
par  la  maison  Didot?  Aussi,  il  est  résulté  de  cette  inexplicable  méprise  que  M.  St. 
de  R.,  en  se  faisant  le  contemporain  de  Bergler,  nous  a  donné  une  traduction 
qui,  pour  le  fond,  sinon  pour  la  forme,  est  vieille  de  plus  de  cent  ans,  et,  ce  qui 
est  plus  grave,  une  traduction  incomplète.  Car  elle  ne  contient  pas  les  lettres 
ou  fragments  de  lettres  qui,  depuis  Bergler,  ont  grossi  le  recueil  d'Alciphron. 
Elle  est  de  plus  inexacte  et  négligée.  Les  noms  propres  y  sont  souvent  repro- 
duits d'une  manière  fautive  :  P.  6,  Rhodins  =  PôOioç,  p.  7,  Eutybolus  =  EùOu- 
^cAoç,  p.  21,  IschoUne  —  ''lay^ô'kiiJ.oq  (Bergler),  p.  78,  Cotylobrocîise  =^Ko-:\)\o- 
^p6i^t.ao<;^  etc.  Je  ne  chicanerai  point  trop  M.  St.  de  R.  sur  sa  transcription  des 
noms  propres,  car,  avec  les  habitudes  actuelles,  il  est  impossible  de  s'en  tirer 
d'une  manière  absolument  satisfaisante.  Mais  il  devait  être  conséquent  avec  lui- 
même  et  ne  pas  adopter  deux  notations  différentes  pour  des  formes  identiques. 
Ainsi  pourquoi  écrire,  p.  109,  Licopinace  =  Aer/oniva^,  et  p.  141,  Aristocorax 
=  'Apta-uoxipa^,  p.  107,  Psicodaustès  =^  WiyQ-/.'kaÙGTqq^  et  p.  110,  Psicodiakcîe 
=  Wr/oSta>v£XTY]ç?  Pourquoi  employer  tour  à  tour,  et  cela  dans  la  même  pièce, 
les  formes  latines  Vénus,  Cérès,  et  les  formes  grecques  i4p/zro^tfé,  Démèîer,  p.  32, 
3?  et  p.  57,  60? 

Ce  ne  sont  que  des  négligences.  Soit;  mais  on  ne  les  pardonne  pas  volontiers 
à  un  traducteur  qui,  en  s'interdisant  toute  excursion  dans  le  domaine  de  la  cri- 
tique littéraire  et  philologique,  en  laissant  de  côté  une  bonne  partie  de  sa  tâche, 
prenait  par  cela  même  l'engagement  de  redoubler  de  soins  et  d'attention  pour 
ce  qui  lui  restait  à  faire. 

Ce  qui  est  plus  grave  ce  sont  les  fautes  de  sens  qui  témoignent  d'une  connais- 
sance imparfaite  du  grec  ou  d'une  lecture  trop  rapide.  Je  n'en  citerai  que  quel- 
ques-unes prises  dans  deux  des  principales  lettres. — P.  43  (I,  XXXIX,  Didot), 
TpéiJLouaav  oiov  my.eXr,'^  yj  'i:7]-/,Tcv  ^iXa  Tr^v  oaçùv  àvecaT^suasv,  n'est  pas  exacte- 
ment traduit  par  «  elle  commença  à  agiter  des  hanches  dont  l'embonpoint  n'avait 
»  nulle  fermeté  y) .  Il  fallait  dire  avec  Alciphron  «  des  hanches  dont  les  chairs 
»  tremblaient  comme  une  boule  de  graisse  ou  du  lait  caillé  ».  —  P.  44,  uxo(âXé- 
'KOuaoL  dq  Toùxtaw  xpbç  xà  7.iYq\x%-:a  tyjç  xuy%  •  -^péf/.a  S'oTov  èvepYoDca  èpwxixbv 
uxeaTéva^ev,  wcte  èiji,  vy)  tyjv  'AçpoSiTr/V,  /.aTax^a^^vai.  «  Elle  se  mit  ensuite  à 
»  considérer  ses  mouvements  avec  complaisance,  tout  en  soupirant  tendrement 


152  REVUE  CRITIQUE 

»  comme  si  elle  éprouvait  de  la  passion.  Je  la  pris  alors  pour  Vénus  (/),  et  j'en  fus 
»  émue  (St.  de  R.)  »  Eiç  ToÙTitaw  veut  dire  «  en  arrière  »  et  non  «  ensuite  », 
•^p£[;,a  «  lentement,  doucement  »  et  non  «  tendrement»,  (ùaxe  l\jk  etc.  doit  se  tra- 
duire par  «si  bien,  par  Aphrodite,  que  j'en  fus  stupéfaite.»  «Comme  si  elle  éprou- 
»  vait  de  la  passion  »  n'est  ni  exact  ni  bien  français,  car  on  «  éprouve  une  pas- 
»  sion  (-f-  une  épithète)  »  et  non  «  de  la  passion  ».  Dans  ce  passage  et  dans  le 
suivant,  M.  St.  de  R.  semble  avoir  reculé  devant  son  modèle;  mais  puisqu'il 
était  décidé  à  ne  pas  tirer  le  rideau  sur  les  passages  scabreux,  à  ne  pas  les 
cacher,  suivant  l'habitude,  sous  la  feuille  de  vigne  du  latin,  il  devait  tout  traduire 
et  traduire  tout  exactement. — Ibid.  «  S'inclinant  légèrement  »  ne  rend  pas  bien 
[j(.t"/,pbv  uTi:o{ji[xwaa(7a  r/]v  ocçùv,  il  fallait  «  cambrant  légèrement  ses  reins  ».  — 
P.  45.  «  Nous  avons  dit  beaucoup  de  mal  de  nos  amants,  dans  l'espoir  de  les 
»  changer  bientôt.  »  lisez  «  avec  l'espoir  d'en  changer  bientôt.  »  —  Ibid.  Mexà 
fàp  Tûv  èpaffTwv  Y.pM'Kal.riao\LVf  doit  se  traduire  par  «  car  nos  amants  seront 
»  de  la  partie  »  et  non  par  «  nous  boirons  avec  des  amis  »,  attendu  que  l'article 
Twv  marque  ici  la  possession. 

M.  St.  de  R.  n'a  pas  été  plus  heureux  avec  la  lettre  de  Glycère  à  Ménandre, 
lettre  spirituelle  et  passionnée,  qu'il  pouvait  cette  fois  reproduire  dans  tous  ses 
détails  sans  craindre  de  choquer  le  lecteur.  —  Comme  elle  est  trop  longue  pour 
être  analysée  en  entier,  il  suffira  d'en  citer  un  passage.  —  P.  62,  (II,  IV, 

Didot)  f(Ttç xàv  Toîç  Tcapac/.Yjvi'oiç  êar^xa  tûuç  BaxTuAouç  èjjLauTïiç  wéÇouaa, 

êwç  Sv  xpoTaX((îY)  xb  ôéaxpov  •  xai  Tp£[xou(ja  xoxe  vy]  tyjv  'ApT£{ji.!,v  àvat{;6xo>  xai 
x£pi[3aXXouaa  ers  xy)v  Upàv  twv  Spa[j.dT(i)v  £X£ivy)v  xs^aX^jv  èvaYxaXtî^ojjLai.  «  Gly- 

»  cère qui  se  tient  aux  avant-scènes,  pour  donner  dans  le  théâtre  le  signal  des 

»  applaudissements.  Diane  en  est  témoin;  je  tremble  souvent,  j'essaie  toujours  de 
»  f  encourager.  Que  de  fois  j'ai  entouré  de  mes  bras  cette  tête  sacrée  qui  produit 
»  des  drames!  (St.  de  R.).  »  Traduction  faible  et  peu  fidèle.  En  interprétant 
ziéî^ouaa  toùç  SaxxuXouç,  comme  il  l'a  fait,  M.  St.  de  R.  s'est  trompé  avec  Ber- 
gler,  guide  excellent  il  est  vrai,  mais  non  pas  le  seul  que  doive  suivre  un  tra- 
ducteur d'Alciphron.  Quant  aux  autres  erreurs  elles  lui  appartiennent  en  propre. 

Ce  passage  pourrait  se  traduire  ainsi  :  «  N'est-ce  pas  moi qui,  debout  dans 

»  les  coulisses,  me  tords  les  doigts  avec  angoisse,  jusqu'à  ce  que  le  théâtre 
»  éclate  en  applaudissements  ?  Et,  toute  tremblante  encore,  c'est  alors  que  je 
»  me  sens  revivre,  par  Artémis,  et  je  te  presse  sur  mon  cœur,  et  je  serre  dans 
»  mes  bras  ta  tête,  ce  sanctuaire  de  la  comédie  ». 

Signalons  quelques  fautes  de  français.  —  P.  59.  «  Il  n'y  a  besoin  ni  de  sol- 

»  dats,  etc.  »  1.  «  Il  n'est  besoin  ».  —  P.  60.  «  Mes  désirs  c'est  d'avoir » 

Dit-on  «  créer  des  comédies  »  (p.  64)  ?  Que  signifie  «  tu  es  animé  des  plus  vifs 
»  sentiments  »  (ibid.)  ? 

Malgré  les  fautes  de  sens  et  les  négligences  qui  déparent  trop  souvent  cette 
traduction,  on  doit  lui  reconnaître  une  qualité,  c'est  qu'elle  n'est  pas,  comme 
d'autres  qu'on  pourrait  citer,  la  reproduction  plus  ou  moins  déguisée  d'une  tra- 
duction antérieure.  Je  m'en  suis  assuré  en  la  comparant  avec  celle  de  l'abbé 
Richard,  le  premier  et,  jusqu'à  M.  St.  de  Rouville,  le  seul  traducteur  français 


*    ■     d'histoire  et  de  littérature.  155 

d'Alciphron.  J'ajoute,  ce  qui  est  encore  en  faveur  de  ce  dernier,  qu'elle  n'est 
pas  languissante  comme  celle  de  son  devancier  et  qu'elle  fait  effort  pour  serrer 
le  texte  de  plus  près.  Mais  d'autre  part  elle  est,  comme  on  l'a  vu,  trop  incom- 
plète, trop  défectueuse  pour  qu'on  puisse  la  recommander  aux  lecteurs  exigeants 
et  j'ai  le  regret  de  dire  qu'Alciphron  attend  encore  un  traducteur. 

A.  Boucherie. 


48.  —  Œuvres  complètes  de  Théodore  Agrippa  d'Aubigné,  publiées  pour 
la  première  fois  d'après  les  manuscrits  originaux  accompagnées  de  notices  biographique, 
littéraire  et  bibliographique,  de  variantes,  d'un  commentaire,  d'une  table  des  noms 
propres  et  d'un  glossaire  par  MM.  Eugène  Réaume  et  de  Caussade.  T.  j"'.  Paris, 
Lemerre,  1874.  În-B*  écu  de  444  p.  —  Prix  :  10  fr. 

Agrippa  d'Aubigné.  Le  printemps  «  poème  de  ses  amours  »  stances  et  odes  publiées 
pour  la  première  fois  d'après  un  manuscrit  de  l'auteur  ayant  appartenu  à  M°*  de  Main- 
tenon  avec  une  notice  préliminaire  par  M.  Ch,  Read.  Paris,  Librairie  des  Bibliophiles, 
1874,  in-j2  de  xxx-i47  P-  —  P*"'^  •  ^  ^'■• 

Je  me  suis  beaucoup  étendu  (n°  du  10  janvier  1874,  p.  2  3-28)  sur  le  tome  i" 
des  Œuvres  complètes  de  d'Aubigné,  ce  qui  me  permet  d'être  très-bref  aujourd'hui 
dans  l'appréciation  du  tome  3*  '.  Les  éloges  donnés  ici,  l'an  dernier,  à  M.  Claye 
et  à  M.  Lemerre,  comme  à  MM.  Réaumç  et  de  Caussade,  je  n'ai  pas  à  les  renou- 
veler :  ils  subsistent  dans  toute  leur  étendue.  Sans  donc  m'attarder  dans  d'inu- 
tiles répétitions,  je  m'occuperai  des  vers  mêmes  de  d'Aubigné,  et  non  de  la 
manière  dont  ils  ont  été  publiés. 

Ces  vers  se  divisent  ainsi  :  Le  primtems  (p.  1-205);  Poésies  diverses  (p.  207- 
270)  ;  Poésies  religieuses  et  vers  mesurés  (p.  27 1-3 14);  Tombeaux  (p.  312-314); 
Vers  funèbres  sur  la  mort  d'Estienne  Jodelle,  Parisien,  Prince  des  poètes  tragiques 
(p.  31 5-324);  La  Création  (p.  325-444). 

La  partie  la  plus  remarquable  du  recueil  est  sans  contredit  la  première,  le 
primtems,  et,  des  trois  livres  du  primtems,  le  plus  remarquable  est  le  premier, 
intitulé  Hécatombe  à  Diane  et  composé  de  cent  sonnets  inspirés  par  M"^  de  Talcy. 
Il  y  a  là,  avec  quelques-uns  des  défauts  de  Ronsard,  quelques-unes  de  ses  plus 
admirables  qualités,  et  je  ne  crois  pas  que,  parmi  tous  les  disciples  du  chantre  de 
Cassandre,  aucun  se  rapproche  plus  de  lui  que  le  chantre  de  Diane  2,  Le  talent 
de  d'Aubigné,  voilé  de  temps  à  autre  par  le  mauvais  goût,  entortillé  parfois  dans 
des  phrases  prétentieuses,  ridicules,  éclate  avec  une  singulière  vigueur  à  chaque 
page,  et  pas  un  seul  des  sonnets  à  Diane  n'est  dépourvu  de  quelque  étrange 
beauté.  Dans  les  stances  du  second  livre,  dans  les  odes  du  troisième,  odes  qui 

1.  Le  tome  second  paraîtra  dans  quelques  mois  et  le  tome  quatrième  au  commence- 
ment de  1876.  Les  cinq  volumes  promis  seront  complets  avant  la  fin  de  la  même  année. 
Puisse,  avec  le  même  soin,  la  même  rapidité  être  apportée  à  la  publication  de  l'Histoire 
universelle  ! 

2.  D'Aubigné,  du  reste,  invoque  et  célèbre  Ronsard  avec  enthousiasme.  Voir  p.  17 
(sonnet  V);  p.  207  (vers  faits  à  seize  ans).  Voir  encore  (t.  i",  p.  457)  la  lettre  où  d'Au- 
bigné parle  complaisamment  de  ses  relations  «  avec  M'  de  Ronsard,  que  j'ay  cogneu  pri- 
»  vément,  ayant  osé,  à  l'âge  de  vingt  ans,  luy  donner  quelques  pièces,  et  luy  daigné  me 
n  respondre.  » 


154  -REVUE   CRITIQUE 

sont  le  plus  souvent  des  odelettes,  les  taches  sont  plus  nombreuses,  les  qualités 
sont  moins  brillantes.  Le  sonnet  est  décidément  la  forme  qui  paraît  le  mieux 
convenir  au  génie  poétique  du  a  gentilhomme  Xantongois.  »  Parmi  les  Poésies 
diverses  figurent  vingt-et-un  autres  sonnets,  qui  ne  sont  pas  tous  des  sonnets 
amoureux,  et  dont  un,  le  premier  (p.  246),  fort  spirituellement  tourné,  est  la 
traduction  libre  du  programme  de  béatitudes  renfermé  dans  une  des  plus  jolies 
épigrammes  de  Martial  (X,  47).  La  verve  gauloise  anime  plusieurs  des  sonnets 
suivants,  surtout  le  sonnet  II  (p.  247),  dont  le  sujet  n'est  pas  mal  scabreux  '.  Je 
signalerai  comme  excessivement  curieux  le  sonnet  XI,  ou  le  poète  répond  ainsi 
à  sa  femme  Susanne  de  Lezay  qui  lui  reprochait  de  pleurer  Diane,  perdue  depuis 
si  longtemps  : 

Pourquoy  ne  peut  sa  mort  me  donner  de  l'amour, 
Puisque  morte  elle  peut  te  donner  jalousie?  2 

Le  sonnet  XX  (p.  256)  reproduit  non  sans  énergie  les  vers  latins  dictés  par  Jules 

César  Scaliger  mourant  à  son  fils  Sylvius. 

D'Aubigné  qui,  comme  je  l'ai  déjà  remarqué^  est,  dans  ses  chants  d'amour, 

un  imitateur  habile  de  Ronsard,  me  paraît  avoir,  dans  son  poème  de  la  Création, 

moins  heureusement  imité  la  Sepmaine  de  son  coreligionnaire  Du  Bartas.   Sans 

doute  les  quinze  chants  de  la  Création  renferment  de  beaux  vers,  parfois  de  beaux 

passages,  mais  l'œuvre,  prise  en  son  ensemble,  laisse  beaucoup  à  désirer.  Le 

souffle  y  manque,  et  en  trop  de  circonstances  le  poète  donne  raison  à  l'objection 

qu'il  se  fait  adresser  (p.  328)  : 

Mais  quoy,  dira  quelqu'un,  c'est  beaucoup  entrepris. 
Tes  cordes  sonnent  bas 

L'auteur,  du  reste,  avoue  sans  fausse  modestie  que  son  style  «  mène  peu  de 
»  bruit,  »  mais  il  ajoute  qu'on  peut  le  comparer  à  un  de  ces  petits  tuyaux  qui, 
dans  les  orgues,  rendent  un  son  qui  n'est  pas  inutile.  Malgré  de  pittoresques 
détails,  malgré  quelques  éloquentes  tirades,  le  poème  de  la  Création  n'est,  à  tout 
prendre,  qu'une  assez  faible  copie  d'un  original  déjà  très-imparfait.  Mais  si  ce 
poème,  au  point  de  vue  purement  littéraire,  est  d'une  médiocre  valeur,  il 
constitue,  au  point  de  vue  philologique,  un  document  d'une  réelle  importance. 
D'Aubigné,  entassant  descriptions  sur  descriptions,  prodiguant  tour  à  tour  les 
plus  minutieux  détails  sur  les  pierres,  les  arbres,  les  plantes,  les  poissons,  les 
oiseaux,  les  quadrupèdes,  les  reptiles,  ainsi  que  sur  la  structure  du  corps  humain, 
a  trouvé  l'occasion  d'employer  une  foule  de  mots  et  de  tours  que  les  historiens 

1.  Un  des  vers  de  ce  sonnet  est  incomplet,  sans  que  nous  sachions  si  la  lacune  provient 
d'un  mot  que  l'on  n'a  pu  déchiffrer  dans  le  manuscrit  original.  Le  mot  qui  manque  est, 
d'après  une  communication  de  M.  Read,  le  mot  soif  : 

Je  ne  veulx  ny  saouler  ma  [soif],  ny  tormenter. 
Mais  je  me  demande  si  l'on  est  bien  sûr  de  la  lecture  du  mot  tormenter,  et  s'il  ne  faut  pas 
lui  substituer  le  mot  augmenter,  ce  qui  fournirait  un  sens  si  clair  et  si  naturel  : 

Je  ne  veulx  ny  saouler  ma  soif,  ny  l'augmenter. 

2.  Ce  cri  du  cœur  ne  devait  pas  empêcher  d'Aubigné  de  pleurer  avec  désespoir  celle  à 
qui  il  avait  préféré  un  fantôme.  Voir  (p.  278)  la  pièce  :  ÏMrmts  pour  Susanne  de  Lezay, 
et  aussi  (p.  201)  la  Vision  funèbre  de  Susanne. 


d'histoire  et  de  littérature.  ■  155 

de  la  langue  française  ne  devront  pas  négliger.  Sec,  aride,  et,  puisqu'il  faut 
parler  net,  ennuyeux,  si  on  ne  le  lit  qu'en  tant  que  poème,  l'ouvrage  de  l'inégal 
émule  de  Guillaume  de  Saluste  devient,  au  contraire,  très-intéressant,  si  on 
l'étudié  comme  un  texte  nouveau,  et  je  suis  bien  sûr  que  MM.  Réaume  et  de 
Caussade ,  qui  ne  manqueront  pas  d'indiquer ,  dans  leur  annotation ,  les  nom- 
breux rapprochements  qu'on  peut  établir  entre  les  deux  poèmes,  ne  manqueront 
pas  non  plus  d'indiquer  toutes  les  ressources  qu'offrira  la  Création  aux  chercheurs 
qui  marchent  dans  la  voie  si  largement  ouverte  par  l'éminent  auteur  du  Diction- 
naire de  la  langue  française. 

Les  vers  mesurés  et  les  poésies  religieuses,  qui  forment,  avec  la  Création,  la  partie 
la  moins  précieuse  du  bagage  poétique  de  d'Aubigné,  ont  été  extraits  du  volume 
qui  a  pour  titre  :  Petites  œuvres  meslées  et  sont  réimprimés  pour  la  première  fois 
d'après  l'édition  de  1630.  Trois  pièces  (p.  2^'S-2bci)  sont  tirées  d'un  recueil 
intitulé  :  Le  séjour  des  Muses  ou  la  Chresme  des  bons  vers  (in-12,  Rouen,  1626). 
Les  vers  funèbres  sur  la  mort  d'Esîienne  Jodelle  avaient  paru  à  Paris,  chez  Lucas 
Breyer,  i  $74'.  Tout  le  reste  provient  des  manuscrits  originaux  de  la  collection 
Tronchin. 

Pendant  que  MM.  Réaume  et  de  Caussade  préparaient  leur  édition  du  prim- 
tems,  M.  Ch.  Read  en  préparait  une  autre  d'après  un  recueil  manuscrit  de  poésies 
du  xvi^  siècle  acheté  par  lui  à  la  vente  de  M.  Monmerqué  (1861),  et  que  ce 
dernier,  tantôt  inclinait  à  regarder  comme  ayant  appartenu  à  M'"''  de  Maintenon, 
car,  a-t-il  dit  en  une  note  consignée  sur  le  premier  feuillet  du  recueil,  «  les  noms 
»  de  poètes,  écrits  à  la  marge  de  leurs  pièces,  paraissent  être  de  sa  main  qui 
»  m'est  bien  connue,  «  et  tantôt  était  tenté  d'attribuer  à  Brantôme.  Quoi  qu'il 
en  soit,  ce  manuscrit  ne  renferme  pas  le  tiers  du  nombre  des  pièces  qui,  dans 
le  volume  de  MM.  R.  et  de  C,  forment  ce  que  M.  R.  appelle  (p.  xij)  «  ce  frais 
»  et  étincelant  bouquet  de  fleurs  printanières,  qui  avait  surgi  au  cœur  du  jeune 
»  d'Aubigné,  amoureux  fou  de  la  belle  et  fière  Diane.  » 

On  y  chercherait  notamment  en  vain  les  cent  sonnets  du  premier  livre.  Le 
nombre  total  des  pièces  fournies  à  M.  R.  par  le  ms.  Monmerqué  est  de  48 
{26  stances  et  22  odes).  On  compte  20  odes  de  plus  dans  le  volume  de  MM.  R. 
et  de  C,  mais  on  y  trouve  6  stances  de  moins 2.  Ce  n'est  pas  seulement  parce 

1 .  J'avoue  que  je  donnerais  sans  hésiter  tous  les  vers  «  sur  la  mort  de  ce  grand  Jo- 
»  dalle,  »  pour  la  petite  pièce  suivante  qui  possède  à  la  fois  toute  la  concision  et  toute 
la  grâce  des  meilleures  inscriptions  funèbres  de  l'Anthologie  (p.  313)  : 

Sur  une  belle  fille  morte  au  berceau. 
Cette  grand'  beauté  si  exquise, 
En  bref  temps  esclose  et  reprise, 
Ne  fut  à  nous  que  par  depost  : 
Le  ciel  la  monstra  par  merveille 
Comme  une  perle  sans  pareille 
Qu'on  descouvre,  et  serre  aussi  tost. 

2.  Après  les  20  stances,  les  éditeurs  ont  reproduit  (p.  1 12)  une  Consolation  à  Made- 
moiselle de  Saint-Germain  pour  la  mort  de  Madame  de  Saint-Angel  et  (p.  115)  des  Qnadrains 
à  Madame  de  B.,  pièces  qui  ne  se  rattachent  pas  au  Primtems.  N'aurait-i!  pas  mieux  valu 
les  mettre  après  les  Poésies  diverses?    ' 


156  REVUE  CRITIQUE 

que  le  recueil  de  M.  R.  complète,  sur  ce  dernier  point,  le  recueil  de  ses  devan- 
ciers, que  je  le  recommande  à  tous  les  amis  de  d'Aubigné  :  il  a  d'autres  titres 
encore  à  leur  sympathie  :  imprimé  avec  un  soin  extrême  (il  sort  des  presses  de 
Jouaust,  et  c'est  tout  dire)  ',  il  est  enrichi  d'une  notice  très-piquante  2,  oh  l'on 
apprend  «  comment  on  s'est  fourvoyé  à  plaisir  au  sujet  du  Printemps  d'Agrippa 
»  d'Aubigné,  »  comment,  par  exemple,  à  la  suite  d'une  phrase  des  Mémoires  en- 
jolivée par  l'éditeur  de  1729,  enjolivée  de  nouveau  par  l'éditeur  de  173 1,  et 
subissant  des  travestissements  de  plus  en  plus  graves  (vitia  acquirit  eundo),  on 
avait  fini  par  admettre  que  le  Printemps  avait  été  imprimé  (voir  l'Histoire  de 
M'^^de  Maintenon  par  le  duc  de  Noailles,  1848),  et  qu'après  avoir  été  imprimé, 
il  avait  disparu  (voir  un  article  de  M.  Léon  Feugère  sur  d'Aubigné  dans  la  Revue 
contemporaine  de  novembre  1853)3.  Les  Notes  et  corrections,  rejetées  à  la  fin  du 
volume  (p.  1 37-144),  seront  lues  avec  profit  par  tout  le  monde.  M.  R.  y  éclaircit 
très-bien  de  nombreuses  et  délicates  questions,  et  je  tiens  à  citer  le  passage  de 
son  commentaire  où  il  combat  (p.  143)  une  opinion  qui  compte  de  considérables 
partisans  :  «  Habemus  confitentem  reum.  Le  premier  de  ces  deux  quatrains  se 
trouve  dans  le  Divorce  satyrique,  avec  une  légère  variante  (Jeux,  au  lieu  de 
vœux).  En  le  plaçant  comme  sien  dans  son  Printemps,  d'Aubigné  n'a-t-il  pas 
ainsi  tranché  lui-même  la  question  de  paternité  du  Divorce  satyrique,  que  Lenglet 
du  Fresnoy  lui  avait  judicieusement  attribué  (t.  IV  du  Journal  de  Henri  lU,  1 744, 
p.  14),  mais  qui  était  restée  en  litige.?  Avant  même  d'avoir  aperçu  ce  rappro- 
chement, qui  nous  paraît  décisif,  nous  étions  déjà  convaincu  que  le  Divorce  était 
bien  de  d'Aubigné 4,  surtout  après  avoir  découvert  et  déchiffré,  non  sans 
peine,  dans  ses  brouillons,  tel  quatrain  sur  la  reine  Margot  qui  dépasse  tout  ce 
que  le  célèbre  pamphlet  a  de  plus  excessif.  Il  faut  donc  se  résigner,  en  présence 
de  cette  constatation  imprévue,  à  ranger  le  Divorce  satyrique  à  côté  de  la  Confes- 
sion de  Sancy  5 .  » 

T.  DE  L. 


1.  Ce  petit  volume  porte  le  n°  XVIII  dans  la  collection  si  élégante  appelée  Cabinet  du 
Bibliophile. 

2.  M.  R.  a  choisi  pour  épigraphe,  avec  infiniment  d'à-propos,  cette  citation  tirée  des 
Tragimies  :  «  Ce  sont  les  fleurs  et  l'espérance s> 

3.  Bien  d'autres  erreurs  encore  ont  été  commises  au  sujet  du  Printemps  :  Un  judicieux 
critique,  M.  A.  Sayous,  qui,  dit  M.  R.  (p.  xxiij),  «  le  premier  a  été  admis  à  pousser  des 
»  reconnaissances  dans  les  archives  privées  où  dormaient,  depuis  près  de  deux  siècles,  les 
»  papiers  posthumes  de  notre  auteur,  »  n'a  pas  reconnu  dans  les  manuscrits  Tronchin  le 
poème  des  amours  de  d'Aubigné  :  «  Je  n'ai  rien  découvert  de  ses  premiers  essais,  »  a-t- 
il  tristement  déclaré  dans  le  chapitre  sur  d'Aubigné  de  ses  Etudes  littéraires  sur  les  écrivains 
français  de  la  Réformation  (Paris,  1854,  t.  II,  p.  207-312).  L'assertion  de  M.  Sayous  a 
trompé  la  plupart  de  ceux  qui  ont  écrit  après  lui,  comme  M.  Postansque  (d'Aubigné,  sa 
vie,  ses  œuvres  et  son  parti,  thèse  pour  le  doctorat  ès-Iettres.  1854,  in-S",  p.  55). 

4.  M.  R.  écrivait  en  1873  :  a  II  en  fut  de  même  de  cette  autre  virulente  plaquette,  le 
«  Divorce  satirique,  qu'on  lui  a  attribuée,  et  peut-être  avec  quelque  raison  »  (p.  v  de  l'In- 
troduction à  l'Enfer,  satire  «  dans  le  goût  de  Sancy  »  publiée  pour  la  première  fois  d'aprïs  le 
manuscrit  du  recueil  de  Conrart  (N"  XV  du  Cabinet  du  Bibliophile). 

5.  MM.  R.  et  de  C. rejettent  ainsi  {Introduction,  p.  xj)  I  authenticité  du  terrible  docu- 
ment :  «  On  ne  trouvera  pas  dans  notre  édition  le  lourd  et  grossier  pamphlet  du  Divorce 
»  satirique,  quelquefois  attribué  à  d'Aubigné,  sans  autre  raison  que  son  inimitié  bien  connue 


d'histoire  et  de  littérature.  157 

VARIÉTÉS. 

Italia,  hrsg.  v.  K.  Hillebrand.  Bd.  II.  Leipzig,  Hartung;  — Firenze-Roma-Torino, 
Lœscher;  —  Milano-Napoli-Pisa,  Hœpli.  In-8°,  335  p.  —  Prix  :  10  fr.  75. 

Le  second  volume  de  V Italia  a  suivi  de  près  le  premier  ' ,  et  il  le  surpasse  par 
la  variété  et  l'intérêt  des  articles  qui  le  composent.  Nous  avouons,  il  est  vrai, 
ne  pas  goûter  beaucoup  un  article  de  description  et  de  fantaisie  de  M.  W.  Kaden 
intitulé  :  Un  nid  de  peintres  dans  les  montagnes  de  la  Sabine,  ni  une  nouvelle 
de  M.  H.  Horner  qui  a  pour  titre  :  Le  nourrisson.  Un  long  article  sur  le  théâtre 
italien  depuis  1848,  signé  Yorick,  nous  paraît  aussi  d'un  médiocre  intérêt,  mais 
la  faute  en  est  plutôt  au  sujet  qu'à  l'écrivain.  Le  volume  pris  dans  son  ensemble 
n'en  a  pas  moins  une  grande  valeur.  Conformément  au  programme  tracé  par 
M.  H.  ce  sont  les  Allemands  qui  se  chargent  de  tous  les  travaux  sur  le  passé  de 
l'Italie.  M.  de  Reumont  nous  donne  une  très-intéressante  étude  sur  le  Collège 
des  Banquiers  (collegio  del  cambio)  à  Perouse;  M.  Lanz  passe  en  revue  les 
plus  récents  travaux  sur  Machiavel,  de  Zambelli,  de  Sanctis,  Guerzoni,  Btienne, 
Gioda.  Ce  sont  les  Italiens  au  contraire  qui  nous  parlent  de  l'Italie  moderne,  et 
il  faut  le  dire,  soit  que  les  Allemands  aient  craint  de  paraître  pédants,  soit  que 
les  Italiens  aient  craint  de  paraître  superficiels,  ce  sont  leurs  travaux  qui 
jusqu'ici  constituent  la  partie  la  plus  solide  et  la  plus  nouvelle  de  V Italia. 
M.  Fiorentino  nous  fait  connaître  le  mouvement  philosophique  en  Italie  depuis 
1 860  et  nous  indique  avec  brièveté  et  précision  les  divers  courants  qui  se  parta- 
gent la  pensée  italienne,  les  restes  de  l'hégélianisme  avec  Spaventa  et  Vera,  le 
rationalisme  sceptique  avec  Franchi  ou  Ferrari,  le  positivisme  avec  Marselli, 
Villari,  Angiulli,  de  Dominicis,  de  Meis;  les  doctrines  d'Herbart  avec  Bonatelli, 
et  enfin  des  tendances  spiritualistes  variées  avec  Mamiani,  Bertini,  Ferri,  Conti 
et  Vito  Fornari.  M.  Luzzati  analyse  les  tendances  des  diverses  écoles  d'écono- 
mie politique  qui  existent  aujourd'hui  en  Italie.  On  sait  combien  ces  questions 
sont  aujourd'hui  brûlantes  dans  la  Péninsule.  Les  doctrines  des  Catheder-socia- 
listen  allemands  y  ont  trouvé  beaucoup  d'écho  et  soulevé  des  controverses  pas- 
sionnées. L'article  de  M.  R.  Pareto  sur  la  campagne  de  Rome  est  aussi  un 
article  d'économie  politique  et  a  un  intérêt  d'actualité  aujourd'hui  que  Garibaldi, 
inspiré  sans  doute  par  l'ombre  de  Cincinnatus,  échange  son  épée  contre  une 
charrue.  M.  Gilioli  raconte  les  voyages  d'Odoardo  Beccari  (1865-1874),  à 
Bornéo  et  en  Nouvelle-Guinée,  qui  peuvent  compter  parmi  les  expéditions  les 
plus  héroïques  et  les  plus  utiles  à  la  science  qui  aient  été  faites  en  ce  siècle. 
M.  Zumbini  nous  donne  une  intéressante  description  d'un  des  districts  monta- 
gneux les  plus  pittoresques  de  la  Calabre,  la  Sila,  à  l'est  de  Cosenza.  —  Enfin 

»  contre  Marguerite  de  Navarre.  »  MM.  R.  et  de  C.  resteront-il^  fidèles  à  leur  première 
appréciation?  Je  dois  les  avertir  qu'un  érudit  qui  a  beaucoup  étudié  d'Aubigné,  et  qui  a 
récemment  eu  lui  aussi  communication  des  manuscrits  de  Bessinges,  M.  Lud.  Lalanne, 
regarde  comme  incontestable  ce  qui  leur  paraît  si  peu  vraisemblable. 
I.  Voy.  Rev.  crit.,  1874.  2°  vol.  p.  380. 


158  REVUE   CRITIQUE 

M.  H.  s'est  réservé  la  chronique  politique.  Si  les  numéros  suivants  de  Vltalia, 
qui  doivent  paraître  à  des  intervalles  indéterminés,  restent  à  la  hauteur  des  deux 
premiers,  l'entreprise  de  M.  H.  ne  peut  manquer  de  réussir  malgré  ce  qu'il  y 
avait  d'un  peu  factice  dans  sa  conception. 


SOCIÉTÉS  SAVANTES. 

ACADÉMIE    DES    INSCRIPTIONS   ET   BELLES-LETTRES. 

Séance  du  26  février  1875. 

Le  ministre  de  l'instruction  publique  adresse  à  l'académie  la  liste  des  élèves 
de  l'école  des  chartes  qui  ont  reçu  le  diplôme  d'archiviste-paléographe.  Ce  sont 
MM.  Bourbon,  Vayssière,  Lelong,  Clédat,  Raynaud,  Pontal^  Normand,  Richou, 
et  (hors  rang)  M.  Terrât. 

Le  ministre  transmet  à  l'académie  la  copie  d'une  lettre  de  M,  de  Vaux,  gérant 
du  consulat  de  France  à  la  Canée,  au  ministre  des  affaires  étrangères,  qui  donne 
des  détails  sur  les  deux  statues  découvertes  à  Aptéra  en  Crète,  dont  il  a  été 
question  à  la  séance  du  5  février,  et  qui  annonce  qu'une  découverte  analogue 
vient  d'être  faite  aux  environs  de  Candie,  et  que  d'autres  fragments  de  sculp- 
tures antiques  existent  encore  en  divers  endroits  de  la  Crète. 

L'académie  décide  qu'il  y  a  lieu  de  pourvoir  au  remplacement  de  M.  d'.\vezac, 
membre  ordinaire  de  l'académie,  décédé.  La  discussion  des  titres  des  candidats 
est  fixée  au  vendredi  1 2  mars. 

M.  Ch.  Giraud  étant  souffrant,  la  suite  de  sa  lecture  sur  les  tribuni  militum  a 
populo  est  ajournée  à  une  autre  séance. 

M.  de  Witte  lit  une  note  sur  deux  amphores  panathénaïques,  trouvées  à 
Corneto,  dont  il  a  déjà  entretenu  l'académie  à  la  séance  du  i^""  août  1873.  Il 
met  sous  les  yeux  des  membres  de  l'académie  des  dessins  de  ces  amphores  qui 
lui  ont  été  adressés  par  M.  Newton,  conservateur  du  musée  britannique,  où 
elles  se  trouvent  aujourd'hui.  Ces  dessins  lui  permettent  de  rectifier  sur  quelques 
points  sa  première  communication  et  d'y  ajouter  quelques  détails  nouveaux. 

M.  de  Longpérier  lit  un  travail  de  M.  Chabas  sur  un  papyrus  du  musée  de 
Turin  qui  contient  des  formules  magiques  pour  préserver  de  la  mort.  Ce  docu- 
ment présente  d'abord  une  formule  destinée  à  détruire  tous  les  germes  mortels, 
puis  une  énumération  nominative  de  tous  les  genres  de  mort  contre  lesquels 
cette  formule  doit  protéger  ceux  qui  l'emploieront.  Cette  liste  ne  comprend  pas 
moins  de  73  articles  qui  se  suivent  sans  aucun  ordre.  M.  Chabas  a  rédigé,  au 
sujet  des  expressions  qui  désignent  chacun  de  ces  divers  genres  de  mort,  des 
notes  philologiques  approfondies,  dont  M.  de  Longpérier,  sans  en  donner 
lecture,  signale  l'importance  et  l'intérêt. 

Ouvrages  offerts  à  l'académie  : 

J.  Labarthe,  Histoire  des  arts  industriels,  nouvelle  édition,  t.  3,  fasc.  3  et  4; 

Edm.  Le  Blant,  Une  lampe  païenne  portant  la  marque  ANNISER  (extr.  de  la 
Revue  archéologique); 


d'histoire  et  de  littérature.  159 

Rig-Veda-Sanhita,  éd.  Max  Mûller,  vol.  6; 

Os  fasîos  de  Publia  Ovidio  Nasào  corn  traducçâo  em  verso  portuguez  por  A.  Fe- 
liciano  de  Castilho,  etc.,  5  v.  8°  ; 

Historia  dos  estabelecimentos  scientificos,  litterarios  e  ârtisticos  de  Portugal,  por 
José  Silvestre  Ribeiro,  4  vol.  8°  ; 

Portugaliae  monumenta  historica,  plusieurs  fascicules  fo.  Ces  trois  derniers 
ouvrages  sont  envoyés  par  l'académie  royale  des  sciences  de  Lisbonne. 

M.  Mohl  présente  de  la  part  de  M.  Lane  le  5®  fasc.   de  son  Arabic-english 
lexicon,  Lond.  1874,  4°. 

M.  Egger  présente  les  t.  2  et  3  de  la  2^  édition  du  traité  de  droit  constitu- 
tionnel (en  grec)  de  M.  Saripolos,  professeur  à  l'université  d'Athènes. 

M.   Léopold  Delisle  présente  de  la  part  de  M.  Tamizey  de  Larroque  un 
ouvrage  intitulé  Documents  inédits  pour  servir  à  l'histoire  de  l'Agenais. 

M.  Abel  Bergaigne  commence  la  lecture  d'un  mémoire  sur  V arithmétique 
mythologique  du  Rig-Veda.  Avant  d'entamer  l'étude  de  ce  qui  fait  proprement  le 
sujet  de  ce  mémoire,  l'auteur  expose  dans  une  introduction  les  idées  qu'il  pro- 
fesse sur  l'interprétation  des  mythes  védiques  en  général,  et  qui  l'ont  guidé  dans 
ce  travail  particulier.  Il  pense  qu'on  a  eu  tort  de  voir  dans  les  mythes  védiques 
des  représentations  directes  des  phénomènes  naturels,  tandis  qu'il  n'aurait  fallu 
chercher  dans  ces  sortes  de  représentations  que  l'origine  primitive  de  ces  mythes. 
On  a  trop  oublié  que  le  Rig-Veda  ne  nous  offre  pas  une  simple  poésie  descriptive 
de  la  nature,  mais  qu'il  est  le  monument  d'une  religion  déjà  constituée  et  qui  avait 
ses  dogmes,  reposant  essentiellement  sur  la  croyance  à  l'identité  du  feu  et  du 
Soma,  sous  leurs  formes  céleste,  atmosphérique  et  terrestre,  et  à  l'action  de  ces 
différentes  formes  l'une  sur  l'autre  et  surtout  du  feu  du  sacrifice  sur  les  feux  de 
l'atmosphère  et  du  ciel.  Ce  sont  ces  dogmes  que  M.  Bergaigne  veut  dégager  de 
l'interprétation  des  mythes  védiques  :  il  croit  plus  utile  de  se  livrer  à  cette 
recherche  historique  que  de  se  réduire  comme  aujourd'hui  à  une  vérification 
surabondante  du  caractère  naturaliste  de  la  religion  et  de  la  mythologie  védi- 
ques, que  personne  ne  conteste.  Si  l'on  objecte  qu'une  telle  théorie  oblige,  pour 
ne  pas  briser  les  liens  qui  paraissent  unir  les  mythes  védiques  aux  mythes  grecs 
et  autres,  à  reculer  la  formation  de  ces  dogmes  jusqu'à  la  période  antérieure  à 
la  séparation  des  peuples  indoeuropéens,  M.  Bergaigne  (en  même  temps  qu'il 
revendique  les  droits  de  l'exégèse  védique  indépendante  contre  les  empiétements 
de  la  mythologie  comparée)  répond  qu'il  n'y  a  rien  d'invraisemblable  à  attribuer 
à  ces  croyances  une  si  haute  antiquité.  Le  dogme  essentiel  de  l'identité  du  feu 
sous  ses  trois  formes  primitives  est  indoeuropéen,  comme  l'a  montré  M.  Kuhn 
dans  son  livre  sur  la  descente  du  feu.  Le  haut  rang  d'Hestia  et  de  Vesta  dans  le 
panthéon  des  Grecs  et  dans  celui  des  Romains  prouve  que  ces  peuples  ont  cru 
comme  les  Hindous  de  l'époque  védique  à  la  toute  puissance  des  sacrifices.  — 
Dans  le  mémoire  qui  va  suivre,  M.  Bergaigne  compte  démontrer  que  les  nom- 
bres védiques  peuvent  s'expliquer  tous  par  différents  systèmes  de  division  de 
l'espace  et  par  les  places  du  feu  ou  du  Soma  universel,  qui  correspondent  à  ces 
différentes  divisions.  Julien  Havet. 


l6o  REVUE  CRITIQUE    D'HISTOIRE   ET   DE   LITTÉRATURE. 


LIVRES  DÉPOSÉS  AU  BUREAU  DE  LA  REVUE. 


Von  Hellwald,  Culturgeschichte  in  ihrer  natûrlichen  Entwicklung  bis  zur  Gegenwart 
(Augsburg,  Lampart). — Jahrbiicher  des  deutschen  Reichs  unter  Heinrich  IIL  Von  Stein- 
DORFF  (Leipzig,  Dunclcer  und  Humblot).  —  Maspons  y  Labros,  Jochs  de  la  Infancia 
(Barcelone,  Martî  y  Cantô),  —  Merwart,  Erster  Zusammenstoss  Polens  mit  Deutsch- 
land  (Graz,  Josefsthal).  —  Moliere's  Werke  herausg.  von  Laun.  l.  II.  III.  IV.  (Berlin, 
Van  Muyden  ;  Paris,  Sandoz  et  Fischbacher).  —  Mommsen,  Rœmisches  Staatsrecht.  2. 
Bd.  1.  Abth.  (Leipzig,  Hirzel).  —  G.  Muller,  De  Theophrasti  dicendi  ratione.  Pars 
prima.  Observationes  de  particularum  usu  (Anstadt,  Frotscher).  —  Paulus  Rœmerbriefe, 
von  VoLKMAR  (Zurich,  Schmidt).  —  Peipers,  Untersuchungen  ùber  das  System  Plato's. 
I.  Th.  (Leipzig,  Teubner).  —  Rig-Veda  Sanhita.  Ed.  by  Max  Muller.  Vol.  VI.  Pré- 
face (London,  Allen).  — Teutsch,  Geschichte  der  Siebienbûrger  Sachsen.  2.  Aufl.  2  Bde 
(Leipzig,  Hirzel).  —  Wodsworth,  Fragments  and  Spécimens  of  early  latin  (Oxford, 
Clarendon  Press). — Archives  révolutionnaires  du  département  de  la  Creuse  1 789-1 794,  par 
L.  DuvAL  (Guéret,  chez  l'auteur). — Boucher  de  Molandon,  Note  sur  un  gros  tournois 
de  St-Louis,  2'  éd.  (Orléans,  Herluison).  —  A  Commentary  on  the  text  of  the  Bhagavad 
Gîtâ  by  HuRRYCHUND  Chintamon  (London,  Trûbner).  —  Commentationes  Philologae; 
scrips.  Seminarii  Philol.  Regii  Lipsiensis  Sodales  (Lipsiae,  Gieseke  et  Devrient).  —  De 
Castro,  Arnaldo  da  Brescia  e  la  rivoluzione  romana  de  XII  sec.  (Livorno,  Vigo).  — 
Froment,  l'Éloquence  et  le  Barreau  dans  la  i"  moitié  du  XVI'  siècle  (Paris,  Thorin)  ; 
Essai  sur  l'histoire  de  l'éloquence  judiciaire  avant  le  XVII*  s.  (Ibid.).  —  Gauthier, 
Histoire  de  Marie  Stuart,  2*  éd.,  2  vol.  (Paris,  Pion).  —  Geographisches  Jahrbuch.  V. 
Bd.  1874.  Herausg.  v.  Behm  (Gotha,  Perthes).  —  Grassmann,  Wœrterbuch  zum  Rig- 
Veda ,  4.  Lief.  (Leipzig,  Brockhaus).  —  Huillard-Bréholles,  Titres  de  la  maison 
ducale  de  Bourbon,  2  vol.  (Paris,  Pion),  —  Lalor  (l'abbé),  Cartulaire  de  Saint-Loup 
de  Troyes;  Trésor  de  Clairveaux.  —  Landau,  Beitrasge  zur  Geschichte  der  italienischen 
Novelle  (Wien,  Rosner).  —  Marsden's  Numismata  Orientalia.  A  new  éd.  Part  I.  An- 
cient  Indian  Weights  by  Ed.  Thomas  (London,  Trûbner).  —  Olivier  de  Magny,  Les 
Souspirs,  p.  p.  E.  Courbet  (Paris,  Lemerre).  —  Paillard,  Histoire  de  la  transmission 
du  pouvoir  impérial  à  Rome  et  à  Constantinople  (Paris,  Pion).  —  Roget,  Histoire  du 
Peuple  de  Genève,  t.  III,  1"  livr.  (Genève,  Jullien).  —  Sweet,  History  ofEnglish  Sounds 
(London,  Trûbner).  —  The  Chinese  Classics  transi,  into  Engiish  by  Legge.  Vol.  II. 
The  Life  and  Works  of  Mencius  (London,  Trûbner).  —  Wallon,  Saint  Louis  et  son 
temps,  2  vol.  (Paris,  Hachette).  —  Zupitza.  Altenglisches  Uebungsbuch  (Wien,  Brau- 
mûller). 


Le  propriétaire-gérant  :  F.  VIEWEG. 


Nogent-le-Rotrou,  imprimerie  de  A.  Gouverneur. 


In-8",  22  p.  (intéressante  brochure).  —  Heller,  Curae  criticae  in  Platonis  de 
republica  libros.  Berlin,  Calvary.  ln-4",  48  p.  (contrib.  à  la  statistique  des 
mauvaises  leçons  du  ms.  de  Paris  A).  —  Volkmann,  Geschichte  und  Kritik  der 
Wolfschen  Proiegomena  zur  Homer  (nous  publierons  prochainement  un  article 
de  M.  Weil  sur  cet  ouvrage).  —  Hartel,  Homerische  Studien.  II.  Wien , 
Gerold's  S.  In-S",  50  p.  (ce  cahier  traite  du  hiatus).  —  Des  Magisters  Petrus  de 
Ebulo  liber  ad  honorem  Augusti;  herausg.  v.  Winkelmann.  Leipzig,  Duncker 
u.  Humblot.  In-8°,  xij-96  p.  (bonne  édition;  l'art.,  compétent,  signale  pourtant 
un  assez  grand  nombre  d'erreurs  et  fautes  typogr.).  —  Henning,  Ueber  die 
Sanctgallischen  Sprachdenkmaeler.  Strassburg,  Trùbner.  In-8°,  xvj-i  59  p.  (plein 
d'érudition  et  d'utiles  contributions  à  la  philol.  germanique). 

Revue  d'Alsace,  Janvier-Mars  187$.  R.  Reuss,  Lettres  inédites  de  Louis  XIII, 
Louis  XIV,  du  prince  de  Condé,  etc.,  au  magistrat  de  Strasbourg  (ces  lettres 
écrites  dans  les  années  1642- 1647  nous  montrent  la  ville  de  Strasbourg,  bien 
que  neutre  pendant  la  guerre  de  Trente-Ans  prêtant  un  secours  constant  aux 
armées  françaises,  qu'elle  ravitaille).  —  Tuefferd,  Curiosités  de  l'histoire  de 
Montbéliard  (on  regrette  que  les  détails  très-piquants  donnés  par  M.  T.  sur 
l'ivrognerie  et  la  goinfrerie  des  habitants  de  Montbéliard  au  xvi*'  s.  ne  soient 
accompagnés  d'aucun  renvoi  aux  sources  où  il  les  a  puisés).  —  A.  Benoit,  Col- 
lections et  collectionneurs  alsaciens  (xvii*  siècle  :  Sébastien  Schag,  Jacques  Men- 
tel,  Louis-Balthazar  Kunast,  de  Ratzamhausen ,  Elias  Brackenhoffer  ;  xviii"  s,  : 
Bartenstein,  bibliothèques  et  musées  des  couvents  d'Alsace,  Beysser,  Schœpflin, 
Silbermann,  etc.,  etc.).  —  Ch.  Grad,  Les  Nains  du  Hohneck,  légende  popu- 
laire. —  F.  S.  Tripone,  Le  Blocus  et  le  siège  de  Belfort  du  24  décembre  181 3 
au  16  avril  1814  (ce  journal  d'un  notaire  de  Belfort  raconte  avec  une  précision 
minutieuse  tous  les  détails  de  la  défense  de  Belfort,  qui  a  eu  en  1814  comme  en 
1 87 1 ,  la  gloire  de  prolonger  sa  résistance  jusqu'après  la  prise  de  Paris,  et  n'a 
capitulé  qu'avec  tous  les  honneurs  de  la  guerre).  —  Bibliographie. 


BULLETIN    BIBLIOGRAPHIQUE 
DES  PRINCIPALES   PUBLICATIONS   FRANÇAISES   ET    ÉTRANGÈRES. 


AVIS.  —  On  peut  se  procurer  à  la  librairie  A.  Franck  tous  les  ouvrages 
annoncés  dans  ce  bulletin ,  ainsi  que  ceux  qui  font  l'objet  d'articles  dans  la 
Revue  critique.  Elle  se  charge  en  outre  de  fournir  très-promptement  et  sans 
frais  tous  les  ouvrages  qui  lui  seront  demandés  et  qu'elle  ne  posséderait  pas  en 
magasin. 


Aboul-Ghâzi  Bèhâdour  Khan.  His- 
toire des  Mogolset  des  Tatares.  Publiée, 
traduite  et  annotée  par  le  baron  Desmai- 
sons. T.  II.  Traduction.  Gr.  in-S",  393  p. 
Leipzig  (Voss).  7  fr.  50 

Arnold  (J.  M.).  Islam  :  its  History,  Cha- 
racter  and  relation  to  Christianity.  3d 
Edit.   In-8*  cart.   London  (Longmans). 

17  fr,  50 

Bacon  (F.).  Letters  and  Life  of;  inclu- 
ding  ail  his  occasional  Works,  new.  col- 
lected  and  set  forth  in  Chronological 
order.  With  a  Commentary,  Biographi- 
cal  and  Historical  by  J.  Spedding.  Vol. 
7.  In-8*,  656  p.  cart.  London  (Long- 
mans). 1 5  fr. 


Bamberg  (A.  v.).  Homerische  Formen 
zur  Erganzg.  v.  D'  C.  Franke's  griech. 
Formenlehre.  In-8*,  19  S.  Berlin  (Sprin- 
ger).  50  c. 

Beke  (C.  T.).  Jésus  the  Messiah  ;  being 
an  Answer  anticipatory  to  the  Work, 
«  Supernatural  Religion.  »  New  edit. 
In-8*   cart.    London    (Trùbner    et   C'). 

'3  fr.  is 

Birks  (T.  R.).  Modem  Utilitarianism  ;  or, 
the  Systems  of  Paley,  Bentham  and  Mil! 
examined  and  compared.  In-8*,  248  p. 
cart.  London  (Longmans).  8  fr.  15 

Bonstetten  (v.).  Carte  archéologique  du 
canton  de  Vaud.  Accompagné  d'un  texte 
explicatif.  Bern  (Huber  et  C'),    7  fr.  50 


Catalogo  per  ordine  alfabetico  di  testi  di 
lingua  in  edizioni  citate  dagli  Accademici 
délia  Crusca.  ln-8",  52  p.  Parma  (tip. 
Grazioli). 

Codices  Mss.  operum  S.  Thomas  de  Aqui- 
no  e  S.  Bonaventurae  in  regia  neapoli- 
tana  Bibliotheca  (compilatoda  A.  Miola). 
In-S",  52  p.  Napoli  (tip.  degli  Accatton- 
celli). 

Cunningham  (A.).  Traditional  Taies  of 
the  English  and  Scotch  Peasantry.  New 
Edit.    In-S"    cart.    London    (Kerslake). 

7  fr-  So 

D^Ancona  (A.).  I  precursori  di  Dante, 
In-16,  1 14  p.  Firenze  (Sansoni).      2  fr. 

Dobrée  (P.  P.)-  Adversaria  critica.  Edi- 
tio  in  germania  prima  cum  praefatione  G. 
Wagneri.  Vol.  2.  Adversaria  ad  De- 
mosthenem  et  Sophistas  spectantia.  In- 
8°,  220  p.  (Calvary).  2  fr.  75 

Dods  ey's  Select  Collection  of  Old  Eng- 
lish Plays.  4th  Edit.  By  W.  C.  Hazlitt. 
Vol.  6.  In-S",  578  p.  cart.  London 
(Reeves  et  T.).  13  fr.  15 

Doublier  (L.).  Geschichte  d.  Alterthums 
vom  Standpunkte  der  Kultur  m.  besond. 
Rucksicht  auf  die  Entwickelg.  d.  volks- 
wirthschaftl.  Lebens  in  Ackerbau,  Handel 
u.  Industrie.  In-8*,  xvj-736  S.  Wien 
(Hœlder).  12  fr. 

Hall  (W.  E.).  Rights  and  Duties  of  Neu- 
trals.   In-8*  cart.  London  (Longmans), 

10  fr.  65 

Jahrbuch  fur  romanische  und  englische 
Sprache  u.  Literatur.  Begrundet  im 
Verein  m.  F.  Wolf  und  A.  Ebert,  hrsg. 
von  D'  L.  Lemcke.  Neue  Folge.  2.  Bd. 
4  Hefte.  Leipzig  (Teubner).      21  fr.  35 

Koren  (0.).  Quaestiones  Symmachianae. 
In-S»,  46  p.  Wien  (Gerold).  8j  c. 

Kummer  (C.  F.).  Die  Jungfrau  von  Or- 
léans i.  der  Dichtung  (Shakespeare,  Vol- 
taire, Schiller;.  In-8»,4i  S.  Wien  (Hœl- 
der). I  ^r-  3  5 

Lenz  (M.).  Kœnig  Sigismund  u.  Heinrich 
der  Fûntte  v.  England.  Ein  Beitrag  zur 
Geschichte  der.Zeit  des  Constanzer  Con- 
cils,  In-S",  viij-2 1 5  S.  Berlin  (G.  Reimer). 

4  fr. 

Le  Strange  (T.).  Development  of  Créa- 
tion on  the  Earth.  In-8°  cart.  London 
(Trûbner  et  C»).  3  fr.  i  s 

Legends  of  the  Old  Testament  traced 


to    their   Apparent  Primitive   Sources. 
In-8°  cart.    London  (Trùbner   et  C). 

6  fr.  25 

Mahn  (A.).  Ueber  die  epische  Poésie  der 
Provenzalen  besonders  ûber  die  beiden 
vorzùglichsten  Epopen  Jaufre  u.  Girartz  de 
Rossilho,  so  wie  ùber  die  Ausgaben  und 
Handschriften,  worin  sich  dieselben  be- 
finden.  In-8*,  24  S.  Berlin  (Diimmler). 

1  fr.  2j 

Mira  (G.).  Bibliografia  siciliana  ovvero 
Gran  Dizionario  délie  opère  édite  ed 
inédite,  antiche  e  moderne  di  argomento 
siciliano  stampate  in  Sicilia  efuori.  In-4*, 
p.  i-272.  Palermo  (tip.  di  Gaudiano). 

Pavesio  (P.).  Carlo  Botta  e  le  sue  opère 
storiche  con  appendice  di  lettere  inédite 
e  di  un  ragguaglio  intorno  ad  opéra  del 
Botta  rara  e  poco  nota.  In-S",  198  p. 
Firenze  (tip.  dell'  Associaz.). 

Raccolta  di  rime  attribuite  a  Francesco 
Petrarca  che  non  si  leggono  nel  suo  Can- 
zoniere  colla  giunta  di  alcune  fin  qui  iné- 
dite, pubblicate  dal  prof.  P.  Ferrato. 
In-8*',    viij-72   p.   Padova    (Prosperini). 

5  fr- 

Records  of  the  Past,  being  English  Trans- 
lations of  the  Assyrian  and  Egyptian 
Monuments.  Vol.  2.  Egyptian  Texts. 
In-8*,   184  p.   cart.   London  (Bagster). 

4  fr.  40 

Roby  (H.  J.).  A  Grammar  of  the  Latin 
Language,  from  Plautus  to  Suetonius. 
In  Two  Parts.  Part  2  ;  containing  Book 
4,  Syntax;  also  Prépositions.  In- 12, 
660  p.  London  (Macmillan).      13  fr.  15 

Sacken  (E.  v.).  Ueber  e.  neues  Militar- 
diplom.  von  Kaiser  Elagabalus.  Mit  2 
(emgedr.)  Zinkographien.  Gr.in-8",  14  S. 
Wien  (Gerold).  60  c. 

Sozimeni  Ecclesiastica  Historia.  Edited 
by  R.  Hussev.  Vol.  i.  In-8°  cart.  Lon- 
don (Macmillan).  18  fr.  75 

Strelitz  (A.).  De  antiquo  Ciceronis  de  re 
publica  librorum  emendatore.  In-8°, 
95  p.  Breslau  (Leuckart).  2  fr.  75 

Tylor  (T.).  Ecclesiastes  :  A  Contribution 
to  its  Interprétation  and  a  Translation. 
With  notes.  In-8'  cart.  London  (Wil- 
liams et  N.).  9  fr.  40 

Zeitschrift  fiir  deutsches  Altherthum. 
Hrsg.  V.  K.  Mûilenhoff  u.  E.  Steinmeyer. 
Neue  Folge.  6.  Bd.  i.  Hft.  In.8',  160  S. 
Berlin  (Weidmann).  4  fr. 


Nogent-Ie-Rotrou,  Imprimerie  de  A.  Gouverneur. 


N*  11  Neuvième  année.  13  Mars  1875 

JR,gVUE  CRIJIQUE 

D'HISTOIRE   ET  DE  LitTÉRATURE 

RECUEIL  HEBDOMADAIRE  PUBLIÉ  SOUS  LA  DIRECTION 

DE  MM.  C.  DE  LA  BERGE,  M.  BRÉAL,,.G,  MQ^OD^.  G..JPARISV  "~ 


Secrétaire  de  la  Rédaction:  M.  Stanislas  Gdyàrd. 


Prix   d'abonnement  : 

Un  an,  Paris,  20  fr.  —  Départements,  22  fr.  —  Etranger,  le  port  en  sus 

suivant  le  pays.  :>  o^pi  snu  0; 

PARIS 

LIBRAIRIE    A.    FRANCK 

F.    VIEWEG,    PROPRIÉTAIRE 
67,  RUE  RICHELIEU,  67 


Adresser  toutes  les  communications  à  M.  Stanislas  Guyard,  Secrétaire.  d6  la. 
Rédaction  (au  bureau  de  la  Revue  :  67,  rue  Richelieu).    )'.',^-y',\ 

ANNONCES 

En  vente  à  la  librairie  A.  Franck,  F.  Vieweg  propriétaire, 

';:}  -!;,)'  o.iT       .^.^;         67,  rue  de  Richelieu.        ';v,^s^i£f.!piî^li >9b  ,3upiî 

G-Q  1    Q  T  Q    Le  Petit  Poucet  et  la  Grande  Ourse,  i  vol.  în-iô 
•     JC- jf\  Iv  1  0    imprimé  en  caractères  elzeviriens.  2  fr.  50 

BpClÔffeÈQiJE  DE  l'École  DE$.Hii^êlSTibES 

n".;;,;,-j;-.:.= -y    :  20^  fascicule;     •■''>•!  •j'^'^ ni. ''H  .k"' ;:;■';; 

r^  î  T  T  XIT^  T  î  T  T7  IVÎ  ""stitution  oratoire.  Collation  d'un  ms. 
V^  U  1  IN  1  1  i-i  1  Ci  IN  du  xe  siècle,  par  Emile  Châtelain  et  Jules 
Le  Coultre,  licenciés  ès-lettres,  élèves  de  PÉcole  des  hautes  études.  5  fr. 

,-••'.',  iS^  ET  ï  ^^  fascicules  précédemrnent  £arus  : 

RT\  tr^    T'   A  QT^  17  V  O  T  î?^  :  Éttide  sur  les  comtes  et 
•      LJ  £_j     l:^i\^i:i   £iJ^lL.  .L\i'i]fjii^  -vicomtes     de     Limoges 
antérieurs  à  l'an  1000.    ,  '^^f'^noO  olJDoHop  —  .^  oz  ^  f^ 

Af^HA  R  ^/IF^^T'ÎT"T]-^R     '^^^^^^  ^^  ^^  formation  des 
•    L/rVrviVl  EuO   1    LLi   l    dl\    mots    composés   dans  la 

langue  française  comparée  aux  autres  langues  romanes  et.au  latin.  12  fr. 

d  Jj  .Vil:- ' ;'jA  ~.(.U     Ik 

Pour  paraître  très-prochainement  tr:l  .TrrrtbM  , 
2 le  fascicule.  Hymne  à  Ammon  Ra  des  papyrus  de  Boulaq,  traduit  et  com- 
menté par  Eugène  Grébault,  avocat,  élève  de  l'École  des  hautes  études. 


PÉRIODIQUES. 

The  Academy,  N*  146,  new  séries,  20  février.  Kinglake,  The  Invasion  of 
Crimea.  Vol.  V.  Edinburgh  and  London,  Blackwood  and  Sons  (G.  Chesney  : 
ce  volume  est  consacré  à  la  bataille  d'Inkermann).  —  Blanchard  Jerrold  :  The 
Life  of  Napoléon  III.  Vol.  IL  London,  Longmans  and  Co.  (Etienne  Coquerel: 
ce  volume  embrasse  la  période  comprise  entre  1837  et  1848;  l'auteur  n'a  pas 
un  mot  pour  blâmer  «  les  fautes  et  les  crimes  du  prince  •)).  —  Notes  and  News. 

—  Notes  of  Travel.  —  American  Scholars  and  the  «  Academy.  »  —  Letters  of 
Joseph  Spence.  —  Boston  Letter  (Thomas  Sergeant  Perry  :  nouvelles  scienti- 
fiques et  littéraires).  —  The  Leyden  tercentenary  Festival.  —  Correspondence. 
The  late  D""  Rowland  Williams  (Ellen  Williams).  —  The  Original  of  Shaks- 
pere's  «Othello»  (Edward  H.  Pickersgill  :  réfute  la  précédente  communication 
de  M.  Rawdon  Brown).  —  Piètrement,  Mémoire  sur  les  Chevaux  à  trente- 
quatre  côtes  des  Aryas  de  l'époque  védique.  Paris,  E.  Donnaud  (Max  Mùller  : 
communique  une  lettre  de  M.  Huxley  qui  démontre  que  le  passage  du  Rig-Veda 
sur  lequel  s'appuie  M.  Piètrement  ne  suppose  nullement  l'existence  de  chevaux 
n'ayant  que  ^^4  càtes).  —  Meetings  of  Socieiies  (Soc.  de  l'Institut  anthropologique, 
des  antiquaires,  New  Shaksp.,  anthrop.  de  Londres). 

The  AthensBum,  N"  2469,  20  février.  W.  Smith  and  Grove,  An  Historical 
Atlas  of  Ancient  Geography,  Biblical  and  Classical.  Murray  (i^'art.  sur  ce 
splendide  Atlas).  —  G.  Gaskell,  Algeria  as  It  is.  Smith,  Elder  and  Co.  (très- 
superficiel).  —  The  Dâthdmnsa,  Ed.  and  Transi,  by  Coomara  Swamy  (cf.  Revue 
crit.,  1874,  II,  p.  102).  —  Mr.  Wilkin's  Edition  of  the  «  Georgics  »  (réplique 
de  l'auteur  à  l'art,  de  VAthen.).  —  Mr.  I.  T.  Prichard  (A.  R.  :  quelques  détails 
biographiques).  —  Officiai  Philology  (M.  R.  A.  Dalyell  réclame  contre  l'ex- 
pression «  tissue  of  blunders  «  appliquée  par  un  article  de  VAthen.  à  la  partie  de 
l'ouvrage  intitulé  «  Spécimens  of  the  Languages  of  India  »  qu'il  a  rédigée).  — 
Notes  from  Paris  (Edmond  About).  —  Literary  Gossip.  —  Societies  (Soc.  asia- 
tique, des  antiquaires,  de  l'Inst.  anthrop.,  New  Shaksp.).  —  The  Temple  of 
Herod  (C.  Warren). 

liiterarisches  Centralblatt,  N*  9,  27  février.  Hammerich,  ./Elteste  christ- 
liche  Epik  der  Angelsachsen,  Deutschen  und  Nordlaender.  Aus  dem  Dasnischen 
von  A.  Michelsen.  Gûtersloh,  Bertelsman.  In-8°,  vi)-28op.  (important  ouvrage). 

—  Seidemann,  D""  Jacob  Schenk.  Leipzig,  Hinrichs.  .In-8°,  203  p.  (contribution 
de  grande  valeur  à  l'histoire  de  la  Réformation).  — Ostfriesisches  Urkundenbuch. 
Herausg.  v.  Friedl;ender.  i.  Heft.  787-1400.  Emden,  Haynel.  In-4'',  viij- 
152-xiv  p.  —  Bestushew-Rjumin,  Geschichte  Russlands.  Ueb.  v.  Schiemann. 
I.  Bd.  I.  Lief.  Mitau,  Behre.  In-8",  160  p.  (ce  commencement  ne  fait  pas  bien 
augurer  de  la  suite).  —  Fitting,  Zur  Geschichte  der  Rechtswissenschaft  am 
Anfange des  Mittelalters.  Halle,  Buchh.  d.  Waisenhauses.  In-8°,  ij-28  p.;  Glosse 
zu  den  exceptiones  legum  Romanorum  des  Petrus,  herausg.  v.  Fitting.  Ebd. 
In-S",  iv-68  p.  — Schulz,  Spéculum  Saxonicum  num  latino  sermone  conceptum 
sit?  lena,  Dufît.  In-S",  26  p.  —  Collectio  Consuetudinum  juris  apud  Slavos 
méridionales  etiam  num  vigentium.  V.  Bogishicz.  i.  livr.  In-8°,  lix-714  p.  — 
Bethman-Hollweg,  Der  Civilprozess  des  gemeinen  Rechts.  6.  Bd.  Bonn, 
Marcus.  In-B°,  xj-271  p.  —  Plinii  Secundi  naturalis  historia.  D.  Detlefsen 
recens.  Vol.  V.  Berlin,  Weidmann.  In-8",  x-249  p.  (ce  volume  termine  la  bonne 
édition  de  M.  D.). —  Acta  fratrum  arvalium  quse  supers,  restit.  et  illustr.  Hen- 
zen.  Berlin,  Reimer.  In-8°,  ccxlv-240  p.  (art.  anal.). 


REVUE  CRITIQ^UE 

D'HISTOIRE    ET    DE    LITTÉRATURE 

N-  11  —  13  Mars  —  1875 

Sommaire  :  49.  Talboys  Wheeler,  Histoire  de  l'Inde.  —  $0.  Hurrychund 
Chintamon,  Commentaire  sur  la  Bhagavad-Gita.  —  51.  Volkmann,  Histoire  et  cri- 
tique des  Prolégomhnes  sur  Homère,  de  Wolf.  —  52.  Jaffé,  Monuments  Alcuiniens,  p. 
p.  Wattenbach  etDiiMMLER.  —  53.  ScHOLz,  Acquisition  par  Charles  IV  de  l'Élec- 
torat  de  Brandebourg.  —  54.  Paillard,  Considérations  sur  les  causes  générales  des 
troubles  des  Pays-Bas  auXVI''  siècle;  Histoire  des  troubles  religieux  de  Valenciennes, 
1 560-1 567.  —  55.  ViNET,  Bibliographie  méthodique  et  raisonnée  des  beaux-arts. — 
Sociétés  savantes  :  Académie  des  inscriptions. 

49.  —  The  History  of  India  :  hindû,  buddhist,  and  brahmanical.  By  J.  Talboys 
Wheeler.  London,  Triibner,  1874.  In-8*,  xxiv-joo  p. 

M.  Wheeler  a  déjà  publié  deux  volumes  sur  l'Histoire  de  l'Inde,  l'un  conte- 
nant l^analyse  critique  des  Vedas  et  du  Mahâbhârata,  l'autre  celle  du  Râmâyana 
et  des  lois  de  Manu,  Celui  que  nous  avons  sous  les  yeux  peut  faire  suite  aux 
deux  autres,  mais  il  permet  aussi  de  s'en  passer,  car  il  en  contient  dans  les  deux 
premiers  chapitres  un  résumé  succinct.  Les  chapitres  suivants  traitent  :  de  la 
vie  et  de  l'enseignement  du  Buddha,  de  Pinde  des  Grecs  et  des  Romains,  de 
l'Inde  buddhique,  du  théâtre  hindou,  des  Rajpoutes,  de  la  restauration  brahma- 
nique, etenfm  de  l'Inde  portugaise.  Ce  sont  autant  d'analyses  d'ouvrages  connus, 
tels  que  la  vie  du  Buddha  de  Bigandet,  le  théâtre  hindou  de  Wilson,  les  anti- 
quités du  Râjasthan  de  Tod,  etc.  Ils  nous  présentent,  l'énumération  ci-dessus 
l'indique  suffisamment,  non  pas  une  histoire  suivie,  mais  une  succession  de 
tableaux  rangés  dans  un  ordre  chronologique  assez  lâche.  Ce  qui  en  forme 
l'unité,  ce  sont  les  commentaires  de  l'auteur  sur  le  développement  de  la  civilisa- 
tion et  des  religions  de  l'Inde,  commentaires  qui  ne  sont  certes  pas  à  dédaigner, 
puisque  M.  Wh.  a  passé  quinze  ans  dans  l'Inde  et  en  Birmanie,  et  qu'il  y  a  vu 
pour  ainsi  dire  fonctionner  sous  ses  yeux  des  institutions  et  des  mœurs  que  les 
siècles  n'ont  changées  qu'en  partie  :  il  a  donc  pu  en  comprendre  le  jeu  et  les 
effets  beaucoup  mieux  qu'un  savant  de  cabinet.  Mais  enfin  ces  commentaires, 
généralement  ingénieux  et  quelquefois  vraisemblables,  n'en  ont  pas  moins  un 
caractère  hypothétique,  parce  que  l'auteur  était  dépourvu  des  moyens  nécessaires 
pour  arriver  à  une  démonstration  rigoureuse.  Incapable  de  puiser  lui-même  directe- 
ment aux  sources  indigènes  il  n'est  en  outre  nullement  au  courant  des  travaux  euro- 
péens, qui  ont,  depuis  un  demi-siècle  surtout,  jeté  quelque  clarté  au  milieu  des 
ténèbres  de  l'antiquité  indienne.  Aussi  nous  présente-t-il  sous  des  formes  tout  à  fait 
inattendues  des  faits  qui  ne  sont  plus,  et  même  qui  n'ont  jamais  été  en  discussion. 
Nous  ne  citerons  que  des  exemples  courts  mais  significatifs.  Le  célèbre  philosophe 
Çankara  Âchârya  est  appelé  partout,  dans  le  texte  et  dans  l'index,  Sankha  Achâ- 
rya.  Le  nom  de  Prasenajit,  le  roi  contemporain  du  Buddha,  est  toujours  écrit 
Prasa-najiî^  et  M.  Wh.  cherche  dans  la  première  partie  de  ce  mot  ainsi  coupé 
les  Ilpadioi  des  historiens  grecs.  Un  appendice  spécial  est  consacré  à  Açoka, 
dans  lequel  M.Wh.  reconnaît  bien,  comme  la  plupart  des  historiens,  le  Piyadasi 
XV  H 


l62  REVUE   CRITIQUE 

des  inscriptions;  mais  il  veut  en  même  temps  l'identifier  avec  Chandragupta,  le 
monarque  dont  les  relations  bien  connues  avec  Seleucus  premier  sont  le  pivot 
de  la  chronologie  indienne.  Sans  sortir  du  livre  de  M.  Wh.  on  trouve  dans  les 
inscriptions  de  Piyadasi  reproduites  quelques  pages  plus  haut  d'après  les  tra- 
ductions de  Prinsep  et  de  Wilson,  l'énumération  des  souverains  grecs  contem- 
porains du  fameux  roi  buddhiste,  ce  qui  suffit  pour  réfuter  cette  étrange  identi- 
fication. 

On  voit  assez  pourquoi  l'Histoire  de  l'Inde  de  M.  Wh.  ne  saurait  faire  ici 
l'objet  d'un  examen  approfondi.  Il  semble  d'ailleurs,  d'après  un  passage  de  la 
préface,  que  l'ouvrage  soit  plus  spécialement  destiné  aux  Hindous  et  à  ceux 
who  arefamiliar  wiîh  India,  c'est-à-dire  sans  doute,  qui  connaissent  V\x\àt  de  visu. 
pour  y  avoir  séjourné  ou  voyagé.  A  ces  deux  catégories  de  lecteurs,  les  analyses 
des  principales  œuvres  de  la  littérature  indienne  et  d'un  certain  nombre  de 
livres  qu'on  ne  peut  pas  toujours  se  procurer  facilement  ni  emporter  avec  soi, 
seront  effectivement  fort  utiles.  Si  l'on  ajoute  que  l'exposition  de  M,  Wh.  est 
claire,  simple,  et  d'une  lecture  agréable,  on  s'expliquera  le  succès  des  deux 
premiers  volumes  et  on  prévoira  celui  du  troisième. 


jo.  —  Hurrychund  Ghintamon;  A  Commentary  on  the  text  et  the  Bhagavad-Gîtâ, 
or  the  discourse  between  Krishna  and  Arjuna  on  divine  matters;  a  sanscrit  philoso- 
phical  poem.  With  a  few  introductory  papers.  London,  Trùbner  and  Co.  1874.  In-S", 
xxiv-8j  p.  —  Prix  :  7  fr.  50. 

Ce  livre  ne  répond  à  son  titre  que  pour  la  forme.  L'auteur,  M.  Hurrychund 
Ghintamon,  qui  est  agent  politique  à  Londres  du  Guicowar  de  Baroda  (celui-là 
même  qui  se  trouve  sous  le  coup  d'un  impeachmenî  pour  tentative  d'empoison- 
nement sur  la  personne  du  résident  britannique),  se  présente  à  nous  comme  un 
grand  admirateur  de  la  civilisation  européenne  et  un  chaud  partisan  du  progrès 
sous  toutes  ses  formes,  social,  politique,  moral  et  religieux.  L'esprit  obsédé  de 
tant  de  graves  problèmes  et  jugeant  sans  doute  que  toute  occasion  est  bonne 
pour  dire  des  vérités,  il  a  pris  prétexte  de  la  Bhagavad-Gîtâ  pour  nous  dire  les 
siennes.  Le  lecteur  est  prévenu  en  conséquence  que  <(  la  philosophie  qu'il  trou- 
»  vera  dans  ces  pages  n'est  celle  ni  de  Patanjali,  ni  d'Epicure,  ni  de  Lucrèce, 
»  ni  de  Kant,  ni  de  Berkeley,  ni  de  Gousin,  mais  simplement  celle  du  sens 
»  commun.  »  On  devait  s'attendre  avant  tout  à  y  trouver  celle  de  la  Bhagavad- 
Gîtâ  ;  mais  les  convictions  fortes  nous  ménagent  quelquefois  de  ces  surprises-là. 

La  Bhagavad-Gîtâ  se  trouvant  ainsi  transformée  en  un  exposé  de  la  philoso- 
phie du  sens  commun,  par  quoi  il  faut  entendre  celle  de  l'auteur,  présente,  cela 
va  sans  dire,  un  ensemble  parfaitement  homogène  et  consistant.  Pour  en  avoir 
l'intelligence,  il  est  donc  inutile  d'en  scruter  les  origines,  d'y  noter  les  emprunts, 
d'en  analyser  les  centons.  G'est  une  allégorie  pure,  dont  il  s'agit  seulement 
d'avoir  la  clef.  Gette  clef,  la  voici  :  «  Par  les  deux  familles  de  même  race,  les 
»  Kurus  et  les  Pândavas,  il  faut  entendre  les  deux  familles  de  la  Passion  et  de 
»  l'Intelligence,  qui  sont  aussi  d'une  même  race,  le  genre  humain,  lequel  est 


d'histoire  et  de  littérature.  i6; 

»  appelé  Kshatriya,  parce  qu'il  est  doué  d'un  élément  belliqueux,  la  Raison.  Le 
^microcosme  ou  l'homme,  aussi  bien  que  le  vaste  monde,  esta  jamais  le  champ 
»  de  la  bataille  du  vice  et  de  l'erreur  contre  la  vérité  et  la  vertu...  Arjuna  repré- 
»  sente  l'Esprit;  son  char  représente  le  Corps;  son  cocher,  Krishna,  représente 
»  la  Raison.  »  Ce  que  devient  le  poème  appliqué  sur  ce  lit  de  Procuste,  on 
peut  se  l'imaginer.  Ainsi,  quand  au  début  le  vieux  roi  aveugle  Dhritarâshîra 
demande  à  son  fidèle  écuyer  Sanjaya  «  qu'arriva-t-il  après  que  mes  fils  et  mes 
»  neveux  se  furent  rangés  en  bataille  les  uns  contre  les  autres  ?  »  et  que  San- 
jaya lui  répond  par  la  description  et  le  dénombrement  des  deux  armées,  nous 
devons,  à  la  place  de  ce  dialogue,  imaginer  le  suivant  :  «  L'opinion  populaire  : 
*r  Quand  l'homme,  qui  est  doué  d'un  esprit  investigateur,  arrive  sur  la  scène  de 
»  ce  monde  pour  penser  par  lui-même,  quelle  est  sa  situation  dans  la  société  ^ 
»  —  La  vérité  :  L'homme  naît  dans  un  état  non  développé.  Son  premier  âge 
j^  est  un  âge  d'ignorance  et  de  soumission  à  tout  ce  qu'on  lui  dit  de  croire. 
»  Quand  il  arrive  à  la  virilité,  il  s'émancipe  de  ces  habitudes  enfantines,  excepté 

»  en  religion,  où  il  garde  sa  crédulité Un  petit  nombre  seulement  com- 

*  mencent  à  douter  et,  avec  l'aide  de  la  Raison,  finissent  par  prendre  courage 
ti  et  par  fouler  aux  pieds  la  superstition.  A  ce  moment,  quand  l'homme  voit 
»  clairement  que  la  paix  de  son  royaume  mental  est  troublée  par  la  Passion,  il 
)i-  réagit  contre  elle.  La  Tentation  vient  en  aide  à  la  Passion.  La  Raison,  après 
»  avoir  tenté  inutilement  un  essai  de  médiation,  décide  enfin  l'Esprit  à  déclarer  la 
))  guerre  et  à  risquer  la  bataille.  Les  deux  commandants  en  chef  sont  l'Intelli- 
»  gence  d'un  côté,  la  Passion  de  l'autre.  Les  généraux  sont  la  Piété  opposée  à 
))  l'Irréligion,  la  Patience  opposée  à  la  Colère...,  etc.  »  Quand  ce  procédé  d'in- 
terprétation devient  trop  embarrassant,  l'auteur  se  tire  d'affaire  en  s'esquivant 
par  la  tangente.  Ainsi  l'allégorie  de  l'arbre  au  chap.  xv,  qui  est  un  de  ces  élé- 
ments traditionnels  que  le  poème  ramasse  en  chemin  sans  se  les  assimiler  suffi- 
samment, est  remplacée  par  une  petite  leçon  de  physiologie  comparée.  Ailleurs, 
comme  pour  la  majeure  partie  des  chap.  x  et  xi,  il  n'y  a  pas  de  commentaire 
du  tout,  l'auteur  se  bornant  à  dire  «  ceci  est  poétique  »  ou  «  ceci  est  purement 
)■>  théologique.  »  Evidemment  ce  n'est  pas  à  la  Bhagavad-Gîtâ,  mais  aux  opi- 
nions personnelles  de  M.  H.  Ch.  que  nous  avons  affaire  en  tout  ceci. 

Quant  à  ces  opinions  en  elles-mêmes,  ce  serait  une  tâche  fastidieuse  s'il  fallait, 
pour  s'en  former  une  idée,  les  recueillir  tout  le  long  d'un  poème  qui  les 
repousse.  Heureusement  l'auteur  nous  a  évité  cette  peine  en  les  résumant  ex 
professo  dans  son  Introduction  et  dans  un  écrit  particulier  intitulé  Progrès 
théologique,  dont  voici  la  substance  :  tout  est  action  et  par  conséquent  progrès  : 
la  preuve  est  fournie  par  les  sciences  naturelles,  chimie,  astronomie,  géologie, 
botanique,  minéralogie,  zoologie,  mécanique,  physique  proprement  dite,  etc., 
dont  les  merveilleuses  conquêtes  sont  passées  en  revue.  Toutes  ces  sciences 
sont  actives,  ou  nous  révèlent  l'action;  les  idées  de  l'auteur  s'embrouillent 
quelquefois  là-dessus.  Seule  la  théologie  fait  exception;  seule  elle  est  immobile; 
seule  elle  n'a  point  eu  ses  Newton  et  ses  Faraday  (l'auteur  oublie  que  ces  deux 
savants  se  sont  beaucoup  occupés  de  théologie  dans  le  sens  large  où  il  prend 


164  REVUE   CRITIQUE 

ce  mot).  «  Où,  quand  et  comment  la  pierre  de  touche  de  la  science  a-t-elle  été 
»  appliquée  à  la  théologie  ?  A  peine  en  aucun  temps,  en  aucun  lieu,  a-t-elle 
»  jamais  senti  cet  attouchement  de  nature  céleste  —  attouchement  aussi  léger 
»  mais  non  moins  puissant,  aussi  silencieux  mais  non  moins  efficace  que  celui 
»  de  la  lance  d'Ithuriel  s'abaissant  sur  le  crapaud  blotti  à  l'oreille  d'Eve  dans 

»  le  paradis Toujours  sur   la  mare   ténébreuse   de  la    théologie  flotte 

»  l'écume  verdâtre  et  fétide  de  la  superstition.  N'est-il  pas  temps  qu'un  ange 
»  descende  et  vienne  troubler  les  eaux  de  ce  Bethesda  spirituel  —  maintenant, 
»  hélas  !  inutile  bourbier  ou  marécage  exhalant  la  fièvre  ?  »  Pour  pro- 
céder à  cette  désinfection,  M.  H.  Ch.  fait  un  appel  à  la  coalition  de  toutes  les 
forces  actives,  sans  acception  de  pays,  de  couleur  et  de  race.  Seulement  il 
oublie  de  nous  dire  sur  quels  principes  s'établira  l'accord,  et  de  quelle  manière 
ces  forces  agiront.  Tout  en  inclinant  au  positivisme,  M.  H.  Ch.  ne  se  rattache 
en  efïet  à  aucune  doctrine  précise.  Il  se  contente  d'être  un  «  ami  des  lumières  » 
et  il  est  tel  de  ses  futurs  alliés  à  qui  il  pourrait  bien  sembler  être  lui-même 
encore  profondément  engagé  dans  «  la  mare  ».  Bref  pour  tout  programme  nous 
sommes  renvoyés  à  la  philosophie  du  sens  commun.  C'est  une  chose  précieuse 
que  le  sens  commun,  et  riche  en  excellentes  maximes,  entre  autres  celle-ci,  qu'il 
ne  faut  se  mêler  que  de  ce  qu'on  entend  bien.  L'auteur  se  doute-t-il  que  tout 
ceci  n'est  pas  aussi  neuf  qu'il  se  l'imagine  ?  que  la  plupart  des  questions  qu'il 
agite  ainsi  en  phrases  vagues,  ce  n'est  pas  d'aujourd'hui  qu'elles  sont  soumises, 
même  parmi  ses  compatriotes,  à  l'enquête  scientifique  ?  et  qu'en  particulier  sa 
propre  méthode  d'interprétation  est  précisément  celle  dont  l'abus  a  été  le  plus 
reproché  à  la  théologie  ?  Je  ne  mets  pas  en  doute  l'excellence  de  ses  intentions; 
je  ne  prétends  pas  non  plus  juger  ce  qu'on  peut  appeler  sa  doctrine,  et  je  suis 
prêt  à  reconnaître  qu'il  y  a  de  bonnes  choses  dans  son  livre.  Mais  il  a  visé  trop 
haut.  Au  lieu  de  tout  ce  verbiage  ramassé  dans  les  Magazines,  et  plutôt  que  de 
nous  parler  de  «  l'électricité  voltaïque  de  Galvani  et  de  la  thermo-électricité  du 
»  Prof.  Seebeck  de  Berlin  »,  il  eût  mieux  fait  de  s'enquérir  un  peu  des  choses 
et  du  passé  de  son  propre  peuple,  puisqu'il  entreprenait  d'en  commenter  un  des 
plus  beaux  monuments,  et  de  surveiller  l'orthographe  de  ses  citations  sanscrites 
(qu'il  appelle  aryennes  et  donne  en  caractère  nâgarî),  qui  sont  estropiées  neuf 
fois  sur  dix.  Mais  je  ne  veux  pas  m'arrêter  à  ces  erreurs  de  détail,  bien  que, 
dans  le  nombre,  il  y  ait  des  choses  très-fortes.  Si  ce  livre  était  sorti  d'une  plume 
européenne,  la  critique  n'aurait  point  à  s'en  occuper.  Si  j'en  ai  parlé  si  longue- 
ment, c'est  que  l'auteur  est  hindou.  Et  malgré  cela  j'aurais  mieux  fait 
peut-être  d'être  plus  court.  Nous  ne  sommes  plus  en  effet  autant  tenus  que  par 
le  passé  de  faire  cette  distinction.  Le  temps  n'est  plus,  où  c'était  presqu'un  évé- 
nement de  voir  un  de  nos  arrière-cousins  des  bords  du  Gange  prendre  part  au 
mouvement  littéraire  et  scientifique  de  l'Occident  et  où  l'indulgence  qu'on  doit 
à  des  novices  était  envers  eux  de  rigoureuse  équité.  Les  sciences  et  les  méthodes 
de  l'Europe  ont  trouvé  parmi  eux  des  disciples  nombreux  et  distingués,  et  les 
compatriotes  de  M.  H.  Ch.  nous  ont  donné  eux-mêmes  le  droit  d'être  sévères 
envers  lui.  .     ■,.    u    l.,, A.  Bart^,,  , 


d'histoire  et  de  littérature.  165 

51.  —  Geschichte  und  Kritik  der  Woirschen  Prolegomena  zu  Homer. 

Ein  Beitrag  zur  Geschichte  der  Homerischen  Frage,  von  D'  Richard  Volkmann, 
Gymnasial-Director in  Jauer.  Leipzig, Teubner.  1874.  In-8',xv-368p.  —  Prix:  iofr.75. 

Les  Prolegomena  ad  Homerum,  chef-d'œuvre  de  science  et  de  méthode,  même 
aux  yeux  de  ceux  qui  n'adoptent  pas  les  vues  de  Wolf,  ont  paru  en  1795,  et 
ont  été  le  point  de  départ  d'une  foule  d'écrits  sur  l'origine  et  la  formation  de 
l'Iliade  et  de  VOdyssée.  Quant  à  l'origine  de  ces  poèmes,  Wolf  essaya  d'établir 
que,  à  l'âge  épique,  les  Grecs  ne  connaissaient  pas  l'écriture  ou  ne  s'en  servaient 
guère.  Or  une  vaste  épopée  ne  peut  exister,  ne  peut  même  être  conçue,  sans  le 
secours  de  l'écriture  qui  seule  permet  de  la  fixer  et  de  la  réunir  en  corps  d'ou- 
vrage. Il  ne  pouvait  donc  y  avoir  d'abord  que  des  chants  détachés  et  peu  étendus. 
La  réunion  de  ces  morceaux,  la  formation  des  deux  grandes  épopées,  n'eut  lieu 
qu'au  vie  siècle,  par  les  soins  de  Pisistrate.  Pendant  les  siècles  qui  séparent  ces 
deux  termes,  la  transmission  du  dépôt  poétique  se  fit  parles  rhapsodes,  exercés, 
grâce  à  un  enseignement  traditionnel,  à  retenir  fidèlement  et  à  réciter  suivant 
les  règles  de  l'art  les  vers  confiés  à  leur  mémoire,  ainsi  que  ceux  que  quelques- 
uns  d'entre  eux  pouvaient  y  ajouter.  Ce  que  Wolf  s'était  efforcé  de  démontrer 
historiquement,  Lachmann  (dont  les  Betrachtungen  iïber  die  Ilias  parurent  en 
1837  et  1841)  et  ses  disciples  cherchèrent  à  le  confirmer  par  l'analyse  des 
poèmes,  décomposés  par  eux  en  un  certain  nombre  de  chants  primitifs.  Cepen- 
dant l'argumentation  de  Wolf,  qui  sert  jusqu'à  un  certain  point  de  base  à  ces 
recherches  d'un  ordre  différent,  avait  été  attaquée  et  ébranlée  dans  plusieurs  de 
ses  parties.  Qu'en  reste-t-il  aujourd'hui.?  C'est  là  ce  que  M.  Volkmann  s'est  pro- 
posé de  mettre  en  lumière  dans  ce  livre,  dont  la  première  partie  est  consacrée  à 
l'exposition,  la  seconde  à  la  critique  du  système  de  Wolf.  Disons  tout  d'abord 
que  le  résultat  de  ce  long  et  consciencieux  examen  est  tout  à  fait  négatif  :  M.  V. 
estime  qu'il  ne  reste  plus  rien  des  thèses  de  Wolf,  que  tout  son  édifice  a  croulé. 

La  première  partie,  l'exposé  historique,  est  aussi  complète  qu'intéressante. 
Avant  d'arriver  aux  Prolégomènes,  le  lecteur  passe  en  revue  les  précurseurs  de 
Wolf,  ainsi  que  les  écrits  par  lesquels  Wolf  lui-même  préluda  à  son  grand 
ouvrage.  Dans  la  seconde  moitié  du  xviii*  siècle,  on  s'était  épris  d'une  grande 
passion  pour  ce  qu'on  appela  poésie  naturelle  ou  poésie  populaire,  et  Wolf  était 
sous  l'influence  des  idées  répandues  à  ce  sujet  un  peu  partout_,  mais  surtout  en 
Angleterre.  Homère  passait  pour  le  plus  grand  représentant  de  cette  forte  poésie 
primitive,  antérieure  à  tout  art  et  à  toute  réflexion,  née  du  contact  d'un  chan- 
teur inspiré  avec  un  peuple  enthousiaste,  dans  l'heureux  temps  oi^i  il  n'y  avait 
encore  ni  alphabet,  ni  livre,  ni  écrivain.  L'Iliade  et  l'Odyssée,  en  laissant  de 
côté  l'ensemble  des  épopées,  et  à  ne  les  considérer  que  morceau  par  morceau  et 
dans  le  détail  de  l'exécution ,  portent-elles  en  effet  les  caractères  d'une  poésie 
aussi  primitive?  On  ne  l'accordera  pas  aujourd'hui.  Alors  on  se  faisait  de  la 
poésie  naturelle,  spontanée,  des  idées  un  peu  vagues.  En  les  appliquant  à  Homère, 
Wolf  en  tira  les  conséquences  rigoureuses ,  nécessaires  en  quelque  sorte.  Quel- 
ques données  fournies  par  les  anciens  et  depuis  longtemps  connues,  d'autres 


1(56  .      REVUE  CRITIQUE. ,^^^j,,^ 

révélées  par  les  scholies  de  Venise  que  Villoison  venait  de  faire  connaître,  s'ac- 
cofdaient  facilement  avec  ces  idées  générales,  et  donnèrent  une  base  en  appa- 
rence très-solide  à  une  construction  puissamment  combinée  et  exécutée  de  main 
de  maître.  M.  Volkmann  donne  une  analyse  sommaire  des  Prolégomènes,  et  il 
expose  ensuite  comment  les  vues  développées  dans  cet  ouvrage  se  sont,  avec  le 
temps,  modifiées  dans  l'esprit  de  l'auteur  lui-même,  comment  elles  ont  été 
accueillies  et  jugées  par  les  contemporains,  quels  travaux  elles  ont  suscités  du 
vivant  de  Wolf  soit  parmi  les  partisans,  soit  parmi  les  adversaires  de  son 
système. 

Après  cet  historique  très-détaillé,  très-complet,  surtout  en  ce  qui  regarde 
l'Allemagne,  l'auteur  examine  les  principaux  points  du  système,  et  là  encore, 
fidèle  à  sa  méthode,  il  résume  et  revise  les  objections  que  la  critique  y  a  faites 
depuis  un  demi-siècle.  Il  est  constant  que  l'usage  de  l'écriture  parmi  les  Grecs 
remonte  plus  haut  que  ne  pensait  Wolf  :   les  découvertes  épigraphiques  le 
prouvent,  et,  depuis  le  commencement  des  Olympiades,  des  épopées  d'un  ordre 
secondaire  ont  été,  on  ne  saurait  en  douter,  rédigées  par  écrit.  Quant  à  la  trans- 
mission orale  des  poèmes  homériques,  on  sait  bien  peu  de  chose  sur  les  aèdes 
et  les  rhapsodes  :  tout  ce  qui  regarde  les  écoles,  les  familles  de  ces  interprètes 
de  la  poésie  épique,  et  en  particulier  la  famille  des  Homérides  de  Chios,  est  ex- 
trêmement douteux.  M.  V.  a  raison  de  dire  qu'on  donne  trop  souvent  comme  des 
faits  ce  qui  n'est  au  fond  qu'assertion  hypothétique  :  sa  critique  nous  semble 
cependant  trop  absolue,  trop  négative.  Le  tyran  Clisthène  abolit  à  Sicyone  les 
concours  des  rhapsodes  qui  récitaient  les  poèmes  d'Homère.  Par  un  hasard 
heureux,  Hérodote  (V,  67)  a  trouvé  l'occasion  de  mentionner  ce  fait,  dont  il 
est  permis  de  tirer  des  conséquences.  Si_,  vers  l'an  600,  des  concours  réguliers 
de  rhapsodes  existaient  déjà  depuis  quelque  temps  à  Sicyone,  on  peut  croire  que 
de  tels  concours  étaient  plus  anciens  dans  l'Ionie,  et  que  des  rhapsodes  couraient 
le  pays  bien  plus  anciennement  encore.  Néanmoins  M.  V.  est  d'avis  (p,  288  et 
les  suiv.)  que  l'existence  de  rhapsodes  ne  remonte  pas  beaucoup  plus  haut  que 
l'âge  de  Solon.  Il  s'appuie  en  premier  lieu  sur  un  passage  de  la  Rhétorique 
d'Aristote  (III,  i ,  3).  Après  avoir  dit  qu'on  ne  s'est  pas  encore  occupé  de  l'action 
oratoire,  ià  iirepl  ttjv  uTidxptaiv,  le  philosophe  ajoute  :  Kal  -^àp  elq  ty)v  xpaYaïjv 
7,at  pa(];a)Siav  o'bï  xap^XGev  •  uTuexpivoTcxo  ^àp  aÙTo\  -uàç  TpaYwSiaç  oî  Tioir^zcù  xb 
TcpwTov.  Cela  veut-il  dire  que  les  rhapsodes  sont  d'origine  récente  ?  Nous  ne 
saurions  admettre   une  telle  interprétation.    Il   est  clair   que   le   philosophe 
ne  parle  pas  de  l'action,  mais  de  la  théorie  de  l'action.  Glaucon  de  Téos  et 
quelques  autres  étaient  (il  le  dit  quelques  lignes  plus  bas)  les  premiers  qui  eussent 
étudié  l'action  des  interprètes  d'ouvrages  poétiques.  Il  ajoute,  par  rapport  à  la 
tragédie,  que  d'abord  les  poètes  étaient  leurs  propres  acteurs  :  et  l'on  comprend 
en  effet  que,  tant  qu^il  en  était  ainsi,  le  besoin  d'un  enseignement  théorique  à 
l'usage  des  acteurs  n'ait  pas  dû  se  faire  sentir.  S'il  ne  fait  pas  d'observation 
analogue  sur  la  paJ^wâta,  c'est  qu'il  n'en  trouvait  pas  à  faire.  M.  V.  allègue 
encore  ce  qu'on  lit  au  sujet  de  Cynaethos  dans  une  scholie  très-confuse  ad 
Pindari  Pyîh.  VI,  4,  et  ailleurs  au  sujet  du  fameux  règlement  imposé  aux  rhap- 


d'histoire  et  de  littérature.  167 

sodés  par  Solon  ou  par  Hipparque.  Mais  il  faut  distinguer  entre  la  rhapsodie 
officielle  et  la  rhapsodie  libre  :  des  concours  de  rhapsodes  ont  pu  être  établis 
assez  tard  à  certaines  fêtes  de  Syracuse  et  d'Athènes,  quand  depuis  longtemps 
des  rhapsodes  avaient  fréquenté  ces  mêmes  villes  et  y  avaient  récité  les  vieux 
poèmes.  Comment  ces  poèmes  auraient-ils  pu  être  si  populaires,  s'ils  n'avaient 
pas  été  sans  cesse  récités  en  public?  La  transmission  orale,  parallèle  à  la  con- 
servation de  textes  écrits,  a  dû  primer  ces  derniers  et  influer  sur  eux,  par  la 
raison  que  la  plupart  des  textes  étaient  probablement  copiés  à  l'usage  des  rhap- 
sodes ou  rédigés  par  eux. 

La  rédaction  de  Pisistrate  n'a  plus  aujourd'hui  aux  yeux  de  personne  l'impor- 
tance qu'y  attachait  Wolf.  Les  épopées  cycliques  supposent  l'existence  de  l'Iliade 
et  de  l'Odyssée  comme  grands  corps  d'ouvrage,  et  Pisistrate  n'avait  pas  à  créer 
ni  à  réunir  ce  qui  était  depuis  longtemps  assemblé,  du  moins  dans  ses  parties 
essentielles.  Est-ce  à  dire  qu'il  faut  contester  toute  la  tradition  relative  au  travail 
de  Pisistrate  sur  le  texte  d'Homère.?  M.  V.  est  du  nombre  des  conservateurs  qui 
la  rejettent  hardiment  :  elle  vient,  suivant  lui,  de  quelques  mots  mal  interprétés 
d'une  épigramme  sur  Pisistrate  (Anîhol.  Pal.  XI,  442).  On  y  lit  :  "Oç  tov  "0[j.y]- 
pov  Yjôpoica  (JTuopaBTjv  to  Tcplv  dcstBép-evov.  Insistant  sur  le  participe  àeiSdpLsvov, 
M.  V.  donne  de  ces  mots  une  explication  nouvelle  et  ingénieuse  :  ils  signifient, 
dit-il,  que  Pisistrate  força  les  rhapsodes  à  réciter  aux  Panathénées  toute  la  suite 
des  deux  épopées,  au  lieu  d'en  détacher  des  morceaux,  comme  ils  en  avaient 
pris  l'habitude.  C'est  l'institution  dont  d'autres  font  honneur  à  Solon  ou  Hipparque. 
Quelque  séduisante  que  puisse  être  cette  explication ,  il  m'est  difficile  de  l'ad- 
mettre. Elle  force  le  sens  du  verbe  rjôpotaa,  et  elle  introduit  une  espèce  de 
contre-sens  dans  l'épigramme  :  «  trois  fois  chassé  d'Athènes,  j'y  ai  été  trois  fois 
»  ramené. par  le  peuple,  et  j'ai  fait  un  règlement  sur  la  manière  de  réciter 
»  Homère  :  car  ce  grand  poète  était  notre  concitoyen ,  s'il  est  vrai  que  Smyrne 
»  est  une  colonie  d'Athènes.  »  Le  mérite  est  bien  mince  pour  être  si  pompeuse- 
ment célébré.  La  tradition  sur  le  travail  de  Pisistrate  me  semble  confirmée  par 
un  autre  passage,  auquel  M.  V.  lui-même  attache  beaucoup  d'importance,  parce 
qu'il  se  trouve  dans  un  ouvrage  qui,  tout  en  portant  à  tort  le  nom  de  Platon, 
remonte  probablement  à  l'époque  de  ce  philosophe.  En  faisant  l'éloge  du  fils  de 
Pisistrate,  l'auteur  du  dialogue  Hipparque,  dit  entre  autres  choses  :  ïà  'O[j.f^pou 
eTCY]  xpwToç  è/,6|;.i(j£V  stç  ttjV  -fTiv  xauTYjvi,  xai  •^vaY/.aae  to'jç  patl^wSoùç  IlavaÔ'/;- 
vaioiç  è^  uTuoXïnl'ewi;  £(p£^%  aùxà  oiiévai.  M.  V.  (p.  301)  cherche  à  esquiver  la 
première  de  ces  deux  phrases  :  il  soutient  qu'elle  ne  fait  qu'indiquer  d'une  manière 
générale  ce  qui  est  précisé  par  la  seconde  phrase.  Comme  elle  en  dit  trop  pour 
lui,  il  veut  qu'elle  ne  dise  rien.  Cependant  les  mots  ne  sont  pas  obscurs  :  ils 
signifient  bien  qu'Hipparque  le  premier  dota  Athènes  d'un  texte,  c'est-à-dire 
d'un  texte  complet,  d'Homère.  En  effet,  sans  texte  officiel,  le  règlement  imposé 
aux  rhapsodes  devenait  illusoire  :  les  deux  choses  se  tiennent.  Cette  tradition  se 
concilie  aisément  avec  celle  qui  en  dit  autant  de  Pisistrate  :  ce  souverain  pouvait 
se  servir  pour  cette  entreprise  littéraire  de  celui  de  ses  fils  qui  avait  le  plus  de 


l68  REVUE   CRITIQUE 

goût  pour  les  lettres.  Quant  à  Solon,  on  s'est  donné  trop  de  peine  pour  établir 
une  distinction  entre  le  règlement  que  lui  attribue  Diogène  Laërce,  I,  2,  57, 
ainsi  que  Suidas,  et  celui  dont  le  Pseudo-Platon  fait  honneur  à  Hipparque  :  nous 
pensons,  avec  M.  V.,  que  la  même  mesure  était  rapportée  tantôt  à  l'un,  tantôt 
à  l'autre.  Ajoutons  que  Solon  était  pour  les  Athéniens  le  législateur  par  excel- 
lence, et  qu'on  faisait  souvent  remonter  à  lui  des  lois  données  par  d'autres. 

Il  est  encore  un  point  sur  lequel  nous  ne  partageons  pas  l'avis  de  M.  V. 
Welcker  et  Bergk  entendent  la  réunion  par  Pisistrate  de  l'œuvre  d'Homère,  non- 
seulement  de  l'Iliade  et  de  l'Odyssée,  mais  encore  des  épopées  secondaires  qui 
portaient  vulgairement  son  nom.  De  cette  manière  la  tradition  perd  beaucoup  de 
sa  gravité  :  le  travail  de  Pisistrate  consistait  à  rassembler  plutôt  qu'à  rédiger. 
M.  V.  soutient  (p.  343  suiv.)  que  l'extension  abusive  du  grand  nom  d'Homère 
ne  remonte  pas  plus  haut  que  la  période  attique,  et  que  les  érudits  qui,  plus 
tard,  attribuèrent  à  d'autres  poètes  la  plupart  des  poèmes  du  cycle  épique  ne 
firent  que  renouveler  la  tradition  primitive.  Mais  si  cette  tradition  avait  existé, 
un  homme  aussi  versé  dans  ces  matières  qu'Hérodote  l'aurait-il  ignorée.''  Or 
nous  voyons  Hérodote  s'efforcer  de  prouver  par  quelques  légers  indices  que  les 
Cypriaques  et  les  Epigones  ne  sauraient  être  d'Homère.  Quant  à  la  Thébaïde  nous 
savons  par  hasard  que  le  poète  Callinos  la  donnait  déjà  pour  un  poème  homé- 
rique. D'un  autre  côté,  Pausanias  et  ceux  qui  rapprochent  de  certaines  épopées 
les  noms  de  Stasinos  ou  d'Hégésinos,  de  Leschès,  etc.,  le  font  avec  tant  d'hési- 
tation et  de  doute  qu'on  voit  qu'ils  regardent  ces  attributions  comme  purement 
conjecturales;  souvent  ils  y  mettent  plus  de  réserve,  et  ils  aiment  mieux  laisser 
anonymes  ces  poèmes.  L'Êthiopide  seule  fait  exception  :  une  tradition  constante 
l'attribue  à  Arctinos  :  mais  il  faut  ajouter  que  cette  épopée  ne  semble  jamais 
avoir  passé  pour  un  ouvrage  d'Homère.  On  est  donc  fondé  à  dire  que  le  nom 
d'Homère,  comme  celui  d'Hésiode,  s'étendait  d'abord  à  un  grand  nombre  de 
poèmes  et  n'a  été  réservé  qu'assez  tard  à  l'Iliade  et  à  l'Odyssée,  grâce  à  une 

admiration  plus  éclairée  et  au  réveil  de  la  critique. 

Henri  Weil. 


52.  —  Jaffé,  Bibliotheca  Rerum  Germanicarum.  T.  VI.  Monumenta  Alcuin- 
iana  a  Philippe  JafFaeo  praeparata  ediderunt  Wattenbach  et  Dûmmler.  Berlin ,  Weid- 
mann.  1873.  vj-9i2  p.  Gr.  in-8*.  —  Prix  :  24  fr. 

On  sait  que  lorsque  Jaffé  cessa  de  collaborer  aux  Monumenta  Germaniae  il 
entreprit  à  lui  seul  une  collection  de  textes  latins  du  moyen-âge  conçue  sur  un 
tout  autre  plan  que  les  Monumenta.  Il  réunissait  dans  un  même  volume  une 
série  de  documents  se  rapportant  à  un  même  personnage  ou  à  une  même  ville. 
Il  mit  à  cette  entreprise  une  incroyable  activité,  car  il  publia,  de  1864  à  1869, 
cinq  forts  volumes  {Monumenta  Corbeiensia,  Gregoriana,  Moguntina,  Carolina, 
Bambergensia).  Le  sixième  était  à  moitié  prêt  quand  Jaffé,  victime  de  persécu- 
tions mesquines  et  cédant  aux  inspirations  d'un  caractère  faible  et  ombrageux, 
se  suicida  le  3  avril  1870.  C'est  ce  dernier  volume  que  MM.  Wattenbach  et 


d'histoire  et  de  littérature.  169 

Dûmmier  ont  terminé  et  publié.  Il  contient  la  vie  d'Alcuin  par  un  moine 
anonyme  de  Ferrières,  la  Vie  de  saint  Willibrod  par  Alcuin,  son  poème  sur  les 
saints  et  les  évêques  de  l'église  d'York  et  enfm  son  recueil  de  lettres.  Aucun 
manuscrit  ne  nous  reste  pour  la  vie  d'Alcuin  ni  pour  son  poème  sur  l'église 
d'York;  les  éditeurs  ont  dû  se  contenter  de  reproduire  les  éditions  de  Duchesne 
et  de  Gale  en  tenant  compte  des  corrections  faites  par  les  autres  éditeurs  et 
en  proposant  quelques  nouvelles  conjectures.  Pour  les  lettres  à  Alcuin  ils  se 
trouvaient  dans  une  situation  plus  heureuse.  Ils  ont  pu  collationner  22  mss.,  dont 
plusieurs  avaient  été  inconnus  aux  précédents  éditeurs,  entr'autres  trois  mss.  du 
British  Muséum  (Harlei  208;  Cotton  Vesp.  A.  xiv;  Cotton,  app.  3  s)  qui  leur 
ont  fourni  32  lettres  entièrement  inédites,  et  2  partiellement  inédites.  Six  autres 
sont  données  sous  une  forme  plus  complète  que  celle  des  précédentes  éditions. 
Parmi  ces  lettres  inédites  quelques-unes  offrent  un  grand  intérêt  historique,  en 
particulier  celle  adressée  à  Arn  de  Salzbourg  (n.  108)  au  sujet  des  persécutions 
qu'avait  à  endurer  le  pape  Léon  III;  et  deux  lettres  à  des  archevêques  anglais 
(n.  219,  220)  sur  les  superstitions  usitées  parmi  les  populations  anglo-saxonnes. 
Il  veut  aussi  qu'on  interdise  les  assemblées  religieuses  tenues  en  plein  champ 
(de  vrais  meetings)  et  qui  favorisaient  moins  la  prière  que  l'ivresse.  Les  lettres  1 3 
à  un  abbé  saxon,  16  à  son  disciple  Joseph,  17  à  Adalhard  de  Corbie,  61  aux 
évêques  anglais  pour  qu'ils  prient  pour  Charles,  87  à  un  archevêque  anglais  au 
sujet  des  incursions  des  Normands,  ont  également  une  assez  grande  importance. 
Les  lettres  79  à  Osbert,  et  271  à  des  moines  écossais  sont  parmi  les  plus  remar- 
quables de  la  correspondance  d'Alcuin,  mais  on  en  connaissait  la  plus  grande 
partie  par  Guillaume  de  Malmesbury.  Quant  aux  autres  lettres  inédites  d'Alcuin, 
nos  I  à  Vulfard,  abbé  de  Saint-Martin  de  Tours;  3  à  Hygbald,  évêque  de 
Lindisfarne;  6  à  Pépin,  roi  d'Italie;  60  à  l'abesse  Edilburga;  82  à  Léon  III; 
89  à  la  reine  Liudgarde;  225  à  l'abbesse  Regnoida;  236  à  Nifridius,  évêque  de 
Narbonne  et  à  Benoît  d'Aniane;  258  a  Rotrude  et  à  Berthe,  filles  de  Charlema- 
gne;  272  à  l'abbé  Aethelbald;  276  aux  moines  de  Mayo;  280  à  l'abbesse 
Adaule;  38,  218,  221,  228,  246,  297,  298,  305,  306  à  des  anonymes,  ne 
sont  que  de  simples  billets  ou  des  exhortations  pieuses.  Enfm  deux  lettres, 
n°s  39  et  287,  ne  sont  pas  écrites  par  Alcuin  en  son  nom  personnel.  La  première 
est  adressée  par  le  prêtre  Eanbald  à  l'archevêque  d'York  du  même  nom  :  la 
seconde  est  envoyée  par  l'évêque  Arn  de  Salzbourg  à  Dodon,  dit  Cuculus,  pour 
lui  reprocher  son  goût  pour  le  vin.  Cette  dernière  lettre  se  distingue  par  un 
mélange  aimable  de  gaieté  malicieuse  et  de  pieux  reproches  qui  se  rencontre 
fréquemment  dans  la  correspondance  d'Alcuin. 

Ce  n'est  pas  seulement  au  point  de  vue  du  nombre  des  lettres  et  de  la  cor- 
rection du  texte  que  l'édition  des  lettres  d'Alcuin  par  M.  Jaffé  présente  un  sérieux 
progrès  sur  les  éditions  antérieures  de  Canisius,  de  Duchesne,  de  Mabillon  et 
de  Froben  (celui-ci  a  réuni  dans  ses  Alcuini  opera^  Ratisbonne  1776,  4  vol.  in-f°, 
260  lettres)  ;  elle  nous  donne  un  nouveau  classement  chronologique  très-diffé- 
rent de  celui  de  Froben,  dont  la  valeur  ne  pourrait  être  jugée  qu'après  un 
examen  très-minutieux,  mais  qui  paraît  en  général  très-satisfaisant.  Nous  nous 


lyo  .:;  •".'.'REVUE  critique  '  ; 

trouvons  donc  grâce  à  M.  Jaffé  et  à  MM.  Wattenbach  et  Dûmmler,  si  bien  qua- 
lifiés pour  continuer  son  œuvre,  en  possession  d'une  édition  complète,  et  l'on 
peut  presque  dire,  définitive  d'un  des  plus  précieux  documents  que  nous  possé- 
dions pour  l'histoire  de  l'Empire  Frank  et  des  royaumes  anglo-saxons  à  la  fin  du 
VIII®  s.,  et  surtout  pour  la  connaissance  de  l'état  des  esprits  à  cette  époque. 
Alcuin  a  été,  sous  Charlemagne,  le  représentant  le  plus  éminent  de  cette  civili- 
sation anglo-saxonne  qtii  fournit  à  l'Europe  ses  plus  énergiques  missionnaires  et 
qui  exerça  une  influence  si  puissante  sur  tout  le  développement  intellectuel  du 
moyen-âge.  Bède  a  été  sans  doute  le  véritable  maître  ;  mais  c'est  Alcuin  qui  a 
été  à  la  cour  de  Charlemagne,  et  dans  l'Ecole  du  Palais,  puis  dans  toutes  les 
Ecoles  monastiques  et  épiscopales  par  ses  élèves,  le  propagateur  de  l'influence 
anglo-saxonne. 

K':  Deux  tables  à  la  fin  du  volume  donnent  la  liste  des  lettres  d'après  les  premiers 
mots  de  chacune  d'elles  et  un  Index  nominum.  On  regrette  de  n'avoir  pas  une 
table  donnant  les  lettres  dans  leur  ordre  chronologique  avec  l'indication  des 
personnes  à  qui  elles  sont  adressées,  leur  date  présumée  et  le  renvoi  aux  édi- 
tions antérieures.  On  pourrait  ainsi  se  rendre  compte  des  matières  renfermées 
dans  le  volume,  et  de  ce  qu'il  contient  de  nouveau;  tandis  qu'il  faut  le  feuilleter 
page  après  page  et  se  faire  soi-même  cette  table  si  l'on  veut  avoir  une  idée 
d'ensemble  sur  la  correspondance  d'Alcuin. 


53 .  —  Erwerbung  der  Mark Brandenburg durch  ELarl  IV,  von  D' P.  Scholz. 

Breslau,  Josef  Max  und  Comp.  1874.  In-8',  79  p.  —  Prix  :  2  fr. 

Le  présent  travail  est  sans  doute  une  dissertation  académique,  écrite  en  vue 
du  grade  de  docteur;  il  a  les  mérites  et  les  inconvénients  de  la  plupart  des  tra- 
vaux de  ce  genre  que  l'Allemagne  produit  en  si  grand  nombre.  Beaucoup  de 
zèle  à  réunir  les  sources,  beaucoup  de  soin  dans  la  discussion  des  détails,,  peu 
d'aperçus  généraux  et  trop  de  points,  touchés  à  peine,  qui  font  allusion  à  des 
questions  ignorées  de  la  plupart  des  lecteurs.  Une  pareille  étude  paraît  toujours 
écrite  à  l'usage  de  l'auteur,  de  son  critique,  s'il  en  trouve,  et  de  deux  ou  trois 
initiés  peut-être,  mais  reste  inaccessible  au  grand  public.  Il  est  vrai  que 
personne  ne  songe  à  lui  en  cette  occurrence  :  il  s'en  venge  un  peu  en  igno- 
rant absolument  de  pareils  travaux.  L'opuscule  de  M.  Scholz  s'occupe  de 
l'acquisition  de  l'Electorat  de  Brandebourg  par  l'empereur  Charles  IV,  qui, 
durant  les  longues  querelles  de  la  maison  de  Vittelsbach  avec  la  sienne,  sut 
augmenter  sinon  le  pouvoir  impérial,  du  moins  les  domaines  particuliers  des 
Luxembourg.  Les  différents  chapitres  nous  font  assister  aux  phases  successives 
de  la  réalisation  des  convoitises  impériales,  de  1351  à  I37^  L'auteur  nous 
expose  les  luttes  embrouillées  des  derniers  souverains  brandebourgeois  de  la 
famille  des  Vittelsbach,  Louis  le  Romain  et  Othon  le  Jeune,  avec  Charles  IV, 
luttes  que  termina  le  traité  de  Fùrstenwalde,  signé  le  15  août  1373.  Cette 
transaction  enlevait  le  Brandebourg  à  Othon,  quoiqu'il  fût  le  gendre  de  l'erape- 


d'histoire  et  de  littérature.  171 

reur,  tout  en  lui  laissant  le  titre  d'Electeur,  et  une  dotation  annuelle  de  douze 
mille  écus  d'or.  Le  prince  dépossédé  chercha,  comme  nous  le  racontent  les 
chroniques,  à  se  consoler  de  ses  déboires  politiques  dans  les  bras  d'une  belle 
meunière  et  mourut  auprès  d'elle  en  1 379  à  son  rendez-vous  de  chasse  de 
Wolfstein  en  Bavière.  Mais  l'auteur  n'a  pas  touché  ces  événements  de  sa  vie 
intime.  Tout  ce  que  je  trouve  à  signaler  de  particulier  dans  ce  travail, 
appuyé  principalement  sur  les  importantes  publications  de  Riedel,  c'est  l'effort 
de  M.  Sch.  pour  intéresser,  plus  que  ne  l'ont  fait  ses  prédécesseurs,  à  la 
personne  d'Othon,  tandis  qu'il  fait  peser  sur  Louis  le  Romain  la  responsabilité 
du  triomphe  de  la  politique  luxembourgeoise.  Il  aurait  peut-être  pu  accentuer 
encore  davantage  ce  fait  que  l'intervention  de  l'empereur,  tout  en  étant  provo- 
quée par  l'ambition  personnelle,  eut  des  résultats  heureux  pour  le  pays  conquis. 
Les  marches  de  Brandebourg  purent  respirer  un  instant  sous  l'administration  de 
Charles  IV;  quand  sa  mort,  arrivée  en  1578,  les  eut  de  rechef  abandonnées  à 
leurs  tyranneaux  innombrables,  elles  sentirent  la  différence;  et  ce  fut  une  des 
raisons  pour  lesquelles  les  habitants  de  ces  contrées  s'attachèrent  si  vite  à  la 
dynastie  nouvelle  des  HohenzoUern  quand  le  fils  de  Charles,  Sigismond,  donna 
le  pays  à  ces  parvenus  de  la  petite  noblesse,  qui  devaient,  trois  siècles  et  demi 
plus  tard,  ceindre  à  leur  tour  la  couronne  de  l'empire  d'Allemagne. 

.:•    ■.';::■'-:;:)    ■■>■■■■.■    R. 


54.  —  Considérations  sur  les  causes  générales  des  troubles  des  Pays- 
^  Pas  au  XVIe  siècle,  par  Charles  Paillard.  Bruxelles,  La  Haye  et  Paris.  1874. 
"^In-8*,  150  p. 

Histoire  des  troubles  religieux  de  Valenciennes  1560-1567,  par  le  même. 
Édition  réservée  à  la  France  de  l'ouvrage  publié  pour  la  Belgique  et  la  Hollande  par 
la  Société  de  l'Histoire  de  Belgique.  T.  I".  Paris,  Valenciennes  et  Bruxelles.  1874. 
In-8-,  594  p. 

Ce  n'est  pas  sans  une  certaine  appréhension,  je  l'avoue,  que  j'ai  ouvert  le 
premier  des  deux  ouvrages  dont  on  vient  de  lire  le  titre.  Je  me  méfie  quelque 
peu  des  considérations  générales,  ayant  eu  l'occasion  de  constater  que,  sous 
cette  étiquette  ambitieuse,  on  groupe  bien  souvent  des  idées  vagues,  confuses, 
insaisissables,  trop  semblables  à  ces  légers  brouillards  que  je  vois  en  ce  moment 
flotter  devant  moi.  Mais  j'ai  été  bientôt  rassuré.  Au  lieu  de  creuses  et  vaines 
théories,  j'ai  trouvé  dans  les  considérations  de  M.  Paillard  une  étude  des  plus 
substantielles.  Tout  y  repose  sur  des  documents  originaux,  principalement  sur 
les  documents  publiés  par  un  paléographe  aussi  savant  qu'infatigable,  M.  Ga- 
chard  {Correspondance  française  de  Philippe  II  et  de  Marguerite  d'Autriche,  duchesse 
de  Parme,  2  vol.  —  Précis  de  la  correspondance  italienne  et  espagnole  de  Philippe  II 
et  de  ses  ministres,  4  vol.).  M.  P.  distingue,  à  la  clarté  des  révélations  de  ces 
correspondances,  trois  causes  des  troubles  des  Pays-Bas,  d'où  sortit  la  Répu- 
blique des  Sept  provinces  unies  :  causes  politiques,  causes  financières,  causes 
religieuses.  Le  judicieux  écrivain  soutient  sa  thèse  sans  la  développer  :  la 


172  .:^/..'-"f  REVUE   CRITIQUE  '   "' 

resserrant,  au  contraire,  en  quelques  pages  pressantes,  nerveuses,  il  va  droit 
au  but,  n'employant  que  des  preuves  de  toute  solidité,  appelant  à  son  secours, 
dans  sa  marche  à  la  fois  rapide  et  prudente,  les  dates  les  plus  précises,  les  cita- 
tions les  plus  frappantes.  Il  me  paraît  difficile  de  ne  pas  être  de  son  avis,  soit 
qu'il  s'agisse  de  l'ensemble  de  ses  appréciations,  soit  qu'il  s'agisse  des  jugements 
particuliers  qu'il  porte  sur  les  principaux  personnages  qui  s'agitent  dans  l'histoire 
des  Pays-Bas  pendant  la  seconde  moitié  du  xvi*  siècle,  Philippe  II,  Marguerite 
d'Autriche,  le  cardinal  de  Granvelle,  le  duc  d'Albe,  le  président  Viglius,  le 
comte  de  Berlaymont,  le  comte  d'Egmont,  Guillaume  de  Nassau.  Peut-être 
cependant,  tout  en  ayant  raison  au  fond,  n'use-t-il  pas  d'assez  de  ménagements 
dans  la  forme,  et,  dédaigneux  des  nuances,  assombrit-il  un  peu  trop  les  cou- 
leurs dont  il  peint  Philippe  II,  «  cet  inquisiteur  couronné,  »  et  le  duc  d'Albe, 
«  ce  bourreau  systématique  et  formaliste.  »  Peut-être  encore  se  montre-t-il  trop 
enthousiaste  de  «  l'infortuné  d'Egmont,  si  vivement  discuté  dans  ces  derniers 
temps,  »  et  surtout  de  Guillaume  de  Nassau  (le  Taciturne),  au  sujet  duquel  il 
s'exprime  ainsi  :  (p.  i  o)  :  «  Quant  aux  sentiments  d'admiration,  ils  vont  natu- 
))  rellement  et  sans  effort  à  la  noble  et  impassible  figure,  qui  domine  cette 
»  lugubre  scène,  et  semble  planer  au-dessus  d'elle.  » 

Les  Considérations  sont,  aux  yeux  de  M.  P.,  la  clé  de  l'Histoire  des  troubles 
religieux  de  Valenciennes,  ouvrage  qui  méritait  par  son  importance  d'être  précédé 
d'un  aussi  lumineux  travail.  Là,  pour  la  première  fois,  sont  utilisés  des  maté- 
riaux «  d'une  richesse  véritablement  surprenante  »  conservés  dans  les  Archives 
générales  de  Belgique,  matériaux  fort  accrus,  en  1862,  par  la  restitution  de 
nombreuses  liasses  qui,  en  1815,  avaient  été  envoyées  de  Paris  à  Vienne. 
«  Ainsi,  »  remarque  l'auteur  (p.  5),  «  se  trouva  enfin  reconstitué  le  fonds  de 
»  l'audience,  le  plus  riche  peut-être  de  l'Europe,  en  ce  qui  concerne  les  affaires 
»  du  XVI®  siècle.  On  peut  donc  dire  qu'il  n'y  a  pas  plus  de  dix  ans  que  les  docu- 
»  ments,.  sans  lesquels  ne  pouvait  être  écrite  l'histoire  de  Valenciennes  au 
»  xvi®  siècle,  ont  été  mis  à  la  disposition  du  public.  »  —  «  Le  livre,  »  ajoute- 
t-ii,  «  parle  de  lui-même.  C'est  un  livre  de  première  main,  et  dont  chaque  ligne 
»  est  écrite  avec  des  documents  originaux  à  l'appui.  Sans  doute,  je  puis  m'égarer 
»  dans  l'interprétation  des  textes;  si,  toutefois,  je  me  trompe,  je  fournis  en 
»  même  temps  à  mon  contradicteur  le  moyen  de  me  redresser.  » 
■  Excellente  méthode  dont  on  ne  saurait  trop  recommander  l'emploi  I  M.  P. 
Iiii  devra  l'honneur  d'avoir  écrit  un  livre  que  l'on  n'aura  pas  à  refaire.  Je  ne 
veux  que  l'annoncer  aujourd'hui,  me  réservant  d'en  parier  amplement  quand 
les  trois  ou  quatre  volumes  dont  il  doit  se  composer  auront  tous  paru.  Je  me 
contenterai  donc  de  dire  que  les  affaires  générales  de  la  religion  à  Valenciennes 
pendant  les  années  1 560  à  1563  sont  exposées,  en  ce  premier  volume,  sous  la 
forme  de  récits  intitulés  :  L'épisode  des  Maubruslez  (i  560)  ;  Le  Diable  et  la  Ré- 
forme. Conjuration  d'Anthones  Rogier  dit  de  Hiers  (1561);  un  procès  de  lèze- 
majesté  divine  et  humaine  sous  le  régime  de  la  Bulle  d'or  et  des  joyeuses  entrées  de 
Brabant.  Procès  de  Jacques  Régnier  dit  Maso,  manant  de  Novelles  (1 562).  Ces  trois 


d'histoire  et  de  littérature.  17 j 

récils,  pleins  de  curieux  détails,  sont  entourés  de  notes  peu  étendues,  généra- 
lement très-satisfaisantes  ',  et  suivis  (p.  2  jo-390)  de  trente-neuf  pièces  justifica- 
tives pour  la  plupart  inédites.  Tout  cela  ne  comble  pas  seulement  une  lacune 
dans  l'histoire  de  Valenciennes,  mais  nous  aide  à  mieux  connaître  tout  un  côté 
du  XVI'  siècle.  Il  faut  faire  des  vœux  pour  qu'un  aussi  consciencieux  ouvrage 
soit  continué  sans  retard,  et  pour  qu'il  trouve  auprès  des  érudits  ce  succès, 
mêlé  d'estime  et  de  gratitude,  que  les  travailleurs  du  mérite  de  M.  P.  regardent 
comme  la  plus  précieuse  des  récompenses. 


55.  —  Bibliographie  méthodique  et  raisonnée  des  beaux-arts,  par  Ernest 
ViNET.  Paris,  Didot.  1874.  1"  livraison,  xij-144  p.  —  Prix  :  5  fr. 

Depuis  longtemps  l'Europe  lettrée  tout  entière  réclamait  la  publication 
d'une  bibliographie  des  beaux-arts,  et  on  peut  constater  sur  un  grand 
nombre  de  points  des  tentatives  plus  ou  moins  isolées,  plus  ou  moins  heureuses 
faites  en  vue  de  combler  cette  lacune.  En  France  il  faut  signaler  deux  excellents 
travaux  de  M.  G.  Duplessis,  consacrés  l'un  à  l'indication  des  ouvrages  relatifs 
à  l'histoire  de  la  gravure  et  des  graveurs  2,  l'autre  à  la  bibliographie  des  biogra- 
phies d'artistes  3,  En  Autriche  le  musée  impérial  pour  l'art  et  l'industrie  a  mis  au 
jour  un  catalogue  fort  commode  de  sa  bibliothèque  déjà  passablement  riche4.  En 
Italie  un  chercheur  infatigable,  M.  C.  Morbio,  a,  dans  son  dernier  volume, 
Francia  ed  Italia,  annoncé  comme  prochaine  l'apparition  d'un  dictionnaire  des 
livres  concernant  l'histoire  de  l'art.  En  Angleterre  enfin  le  musée  de  South- 
Kensington  a  entrepris  de  dresser,  avec  le  concours  des  savants  de  tous  pays, 
l'inventaire  général  et  complet  des  publications,  grandes  ou  petites,  qui  inté- 
ressent cette  branche  si  importante  de  nos  connaissances  5.  Nous  avons  rendu 
compte  ici-même  6  de  cette  œuvre  gigantesque,  dont  les  deux  premiers  tomes 

1.  M.  P.,  racontant  le  supplice  de  Jacquet  Walin,  condamné  à  monter  sur  le  bûcher 
comme  hérétique,  dit  (p.  97)  :  «  Peut  être  aussi  fut-il  étranglé  avant  d'être  brûlé,  ce  qui 
»  avait  lieu  assez  souvent.  »  Il  aurait  fallu  mettre  :  le  plus  souvent,  car  on  ne  trouve 
guère  de  circonstances,  au  XVI*  siècle,  où  la  peine  du  feu  n'ait  été  commuée  en  celle  de 
la  strangulation.  Cet  adoucissement  était,  en  quelque  sorte,  sous-entendu  dans  presque 
toutes  les  sentences,  quand  il  n'y  était  pas  formellement  indiqué.  —  A  la  p.  185,  M.  P. 
écrit,  sous  le  mot  crasset  :  «  petite  lampe  plate  et  de  construction  tout  à  fait  primitive, 
»  ne  contenant  qu'une  mèche  trempant  dans  un  peu  d'huile.  »  Je  constate  que  l'on  se 
sert  encore  de  cette  lampe  en  Gasgogne,  et  qu'elle  y  porte  le  nom  decareil.  —  Estrapade 
(p.  212)  ne  vient  pas  d'estrêper,  briser,  mais  bien  de  strappan,  tirer.  Observons,  à  ce 
propos,  que  M.  P.  se  sert  trop  de  l'insuffisant  recueil  de  Roquefort,  recueil  qui,  au  milieu 
des  immenses  progrès  de  la  philologie,  pourrait  être  comparé  à  l'arriéré  crasset  ou  careil. 

2.  Paris,  Rapilly.  1862.  ,,.1^. 

3.  Paris,  Rapilly.  1866. 

4.  Katalog  der  Bibliothek  des  k.  k.  œst.  Muséums  fur  Kunst  u.  Industrie,  par  M.  Sches- 
tag.  Vienne.  1869. 

5.  Universal  Catalogue  of  Books  on  Art.  2  vol.  in-4'de  2188  p.  Londres,  Chapman 
et  Hall.  1869-1870. 

6.  Revue  critique,  18  juin  1870.       ;,:i.,:ip  ;:)  1:1210 !^a!'-;i     ■  'Ohu.'    ''O'  ■,,"■.'' 


174  ."î'f'T/.'REVUE   CRITIQUE  "     ' 

ne  renferment  pas  moins  de  68,000  notices  et  dont  le  supplément,  actuellement 
sous  presse,  apportera  une  trentaine  de  mille  notices  nouvelles.  Cependant  mal- 
gré des  sacrifices  pécuniaires  considérables,  malgré  l'activité,  le  dévouement  de 
ses  éditeurs ,  VUniversal  catalogue  of  Books  on  art  n'est  jusqu'ici  qu'un  simple 
répertoire,  dont  la  composition  se  ressent  de  la  multiplicité  de  ses  collaborateurs, 
et  qui  ne  contient  qu'une  interminable  liste  de  livres  disposés  par  ordre  alpha- 
bétique. La  table  méthodique,  qui  devait  suivre  de  près,  n'est  pas  encore  ache- 
vée et  ne  le  sera  sans  doute  pas  de  longtemps. 

On  le  voit,  ces  divers  ouvrages  ou  bien  n'ont  trait  qu'à  une  portion  détermi- 
née du  domaine  qu'il  s'agit  d'explorer,  ou  bien,  alors  même  qu'ils  en  embrassent 
l'ensemble,  comme  le  catalogue  anglais,  ne  présentent  pas  l'unité  de  vues,  la 
pleine  possession  du  sujet  qui  sont  indispensables  pour  mener  à  bonne  fin  une 
entreprise  pareille.  ,     ,. i.i.^-.^ 

Un  écrivain  élégant,  un  archéologue  plein  de  savoir  et  de  s'égacit"^,  M.  E. 
Vinet,  après  avoir  poursuivi  de  longues  années  durant  la  solution  de  ce  double 
problème,  vient  de  nous  donner  le  début  d'un  travail  destiné  à  satisfaire  les 
exigences  diverses  de  l'artiste  et  du  critique,  du  collectionneur  et  de  l'érudit. 
Nous  voulons  parler  de  la  Bibliographie  méthodique  et  raisonnée  des  Beaux-Arts, 
complément  du  manuel  du  libraire  et  de  l'amateur  de  livres. 

Cette  publication  justifie  l'impatience  avec  laquelle  elle  était  attendue  ;  elle 
mérite,  on  peut  l'affirmer,  la  faveur  avec  laquelle  elle  a  été  accueillie  dès  le 
premier  jour.  La  richesse  et  la  variété  des  informations,  la  clarté  du  système 
de  classement  adopté  par  l'auteur,  telles  sont  les  qualités  qui  la  distinguent. 
L'an  dernier  M,  Vinet  nous  a  offert  un  aperçu  de  sa  méthode  dans  le  Cata- 
logue méthodique  de  la  bibliothèque  de  l'École  nationale  des  Beaux-Arts^;  il  l'a  en 
quelque  sorte  expérimentée  en  petit.  Aujourd'hui  il  l'applique  sur  une  plus 
vaste  échelle  et  tout  permet  de  lui  prédire  le  succès. 

Nous  reviendrons  sur  ce  manuel  si  recommandable  quand  la  publication  en 
sera  plus  avancée  2,  mais  nous  ne  voulons  pas  nous  en  séparer  pour  le  moment 
sans  signaler  le  soin,  on  pourrait  presque  dire  l'amour  avec  lequel  l'auteur  s'est 
acquitté  de  sa  tâche.  Plusieurs  chapitres,  par  exemple  celui  qui  est  consacré 
aux  solennités,  sont  de  vraies  monographies  contenant  l'indication  d'une  foule 
de  raretés  inconnues  à  Brunet  et  à  M.  Grsesse.  Il  faut  aussi  louer  M.  Vinet 
d'avoir  joint  à  la  description  des  principaux  ouvrages  des  notes  souvent  fort 
étendues,  contenant  des  renseignements  curieux.  Sur  ce  point  il  s'est  très- 
heureusement  inspiré  de  l'exemple  du  comte  Cicognara,  dont  le  Catalogo  ragio- 
nato,  de  plus  en  plus  recherché,  peut  passer  pour  un  modèle  du  genre. 

Ajoutons  enfin  que  la  place  accordée  aux  pubHcations  étrangères  :  anglaises, 
allemandes,  italiennes,  hollandaises  et  même  slaves,  est  des  plus  considérables. 
Ce  progrès  mérite  d'être  noté.  L'histoire  de  l'art,  différant  en  cela  de  beaucoup 

1.  Paris.  1873.  xiij-256.  ,      ■'■^'. 

2.  L'ouvrage  tout  entier  se  composera  de  quatre  fascicules. '^"^  «'  t^' 


..'   :;;T/j:;t)*HlSTOIRE   ET   DE   LITTÉRATURE.       SUVÏ^  I75 

d'autres  disciplines,  a  un  caractère  encore  trop  national  ;  les  méthodes  d'investi- 
gation varient  d'une  contrée  à  l'autre,  les  résultats  acquis  en  France  ou  en  Alle- 
magne sont  ignorés  en  Angleterre  et  en  Italie  ou  vice  versa.  On  ne  peut  donc 
qu'applaudir  aux  efforts  des  esprits  courageux  qui  se  proposent  de  mettre  fin  à 
cette  espèce  d'infériorité  et  de  faire  des  conquêtes  d'un  pays  le  patrimoine  du 
monde  savant  tout  entier. 

Eug.  MUNTZ.  oj 


SOCIÉTÉS  SAVANTES. 

ACADÉMIE    DES   INSCRIPTIONS   ET   BELLES-LETTRES. 

Séance  du  5  mars  1875. 

M.  Desjardins  écrit  pour  se  porter  candidat  à  la  place  de  membre  ordinaire 
vacante  par  la  mort  de  M.  d'Avezac. 

Ouvrages  adressés  à  l'académie  : 

Compte-rendu  de  la  commission  impériale  archéologique  pour  les  années  1 870.  ei 
1871,  avec  un  atlas  :  St.  Pétersbourg,  1874;  .'ùzmiri 

P.  P.  Mathieu,  Temple  de  Mercure  découvert  au  pied  du  Puy-de-Dôme  ;  — 
L'Auvergne  antéhistorique ;  —  Nouvelles  observations  sur  les  camps  romains  de  Ger- 
govia;  —  Vercingétorix ;  —  Le  château  de  Murol;  5  vol.  ou  brochures  12°,  Cler- 
mont-Ferrand  ; 

Schuermann,  Réplique  à  M.  Roulez,  Bruxelles,  1875  ; 

Publications  de  la  section  historique  de  l'institut  royal  grand-ducal  de  Luxembourg, 
t.  xxviii  (vi),  année  1875  :  Luxembourg,  1874,  4°; 

Sechs  phonikische  Inschriften  aus  Idalion,  v.  Julius  Euting,  mit  drei  Tafeln  : 
Strassburg,  1875,  4",  etc. 

M.  Pavet  de  Courteille  présente  de  la  part  de  M.  de  Ujfalvy  la  V^  partie 
d'une  Étude  comparée  des  langues  ougro- finnoises,  Paris,  8°. 

M.  Ch.  Giraud  continue  la  lecture  de  son  mémoire  sur  les  tribuni  militum  a 
populo,  en  réponse  à  M.  Duruy.  Il  commente  une  inscription  trouvée  par  Keller- 
mann  à  Cervetri,  l'ancien  municipe  de  Caere,  dans  laquelle  un  personnage, 
citoyen  romain,  nommé  M.  Manlius,  est  qualifié  de  tribunus  militum  a  populo, 
praefectus  fabrum  et  censor  perpétuas.  Cette  inscription  semble  à  M.  Giraud  devoir 
être  rapportée  à  la  fin  de  la  république  ou  au  plus  tard  au  règne  d'Auguste  ; 
cette  appréciation  est  confirmée  par  la  mention  du  censeur  du  municipe,  ma- 
gistrat remplacé  sous  l'Empire  par  les  quinquennales.  —  M,  Giraud  rappelle 
l'histoire  de  la  ville  de  Caere,  qui,  après  être  entrée  dans  l'alliance  romaine  et 
avoir  reçu  la  qualité  de  municipe,  perdit  ensuite  une  grande  partie  de  son  indé- 
pendance en  punition  de  ce  qu'elle  s'était  jointe  aux  villes  étrusques  insurgées 
contre  Rome,  Elle  passa  au  rang  des  praefecturae,  c'est-à-dire  que  la  justice  y 
fut  rendue  non  par  les  magistrats  élus  du  municipe,  mais  par  un  praefectus 
envoyé  de  Rome  ;  et  ce  préfet  n'était  pas  même,  comme  celui  de  certaines  pré- 


176  REVUE   CRITIQUE    D'hISTOIRE    ET    DE    LITTÉRATURE. 

fectures,  élu  par  le  peuple  romain,  mais  nommé  par  le  praetor  urbanus.  En  outre 
les  Caerites  ne  gardèrent  le  droit  de  cité  romaine  que  diminué  du  ius  suffragii  et 
du  iushonorum;  ils  ne  furent  plus  électeurs  ni  éligibles  qu'aux  magistratures  de 
leur  municipe.  De  là  l'expression  in  Caeriîum  tabulis,  souvent  employée 
pour  désigner  les  citoyens  rangés  par  les  censeurs  dans  la  classe  des 
aerarii,  qui  n'avaient  pas  les  droits  de  vote  et  d'éligibilité.  Telle  étant  la 
condition  des  Caerites,  M.  Giraud  ne  peut  croire  que  les  Romains,  qui 
avaient  montré  contre  eux  une  telle  défiance,  leur  eussent  accordé  le  droit 
d'entretenir  une  force  militaire  à  eux  sous  un  commandement  électif,  et  cela 
surtout  à  une  époque  agitée  comme  les  dernières  années  de  la  république, 
auxquelles  se  rapporte  le  plus  probablement  l'inscription  en  question.  Il  voit 
donc  dans  le  tribunus  militum  a  populo  qu'elle  mentionne  un  tribun  militaire  de 
Rome,  d'autant  plus  qu'à  cette  époque  la  persistance  du  tribunat  électif  à  Rome 
n'est  pas  douteuse.  Une  autre  confirmation  se  tire  du  titre  de  praefectus  fabrum 
qui  suit.  En  effet,  bien  que  ce  titre  ait  été  employé  pour  désigner  plusieurs 
emplois  fort  divers,  on  admet  que  lorsqu'il  n'est  accompagné  d'aucune  qualifica- 
tion géographique  ou  autre,  comme  c'est  ici  le  cas,  il  indique  un  officier  militaire 
romain,  analogue  à  nos  officiers  du  génie.  —  M.  Giraud  termine  le  commentaire 
de  cette  inscription  par  quelques  considérations  sur  le  titre  de  censor  perpetuus, 
qui  est  particulier  au  seul  municipe  de  Caere.  On  voit  ici  un  nouvel  exemple  du 
cumul  des  charges  romaines  et  municipales.  —  Il  écarte  ensuite  du  débat  trois 
fragments  informes  provenant  de  l'Andalousie,  où  l'on  a  voulu  lire  sans  fonde- 
ment les  mots  tribunus  militum  a  populo.  —  Il  cite  une  inscription  provenant 
d'Olevano,  non  loin  de  Rome,  en  partie  effacée,  où  l'on  lit...  a  populo,  et  où  il 
faut  sans  doute  restituer  tribunus  militum  dans  la  lacune.  Borghesi  qui  a  étudié 
cette  inscription  n'a  pas  douté  qu'il  ne  s'agît  d'un  tribun  romain,  et  il  a  vu  là 
la  preuve  que  cette  inscription  remontait  à  la  république  ou  aux  premiers  Césars. 
—  La  suite  de  cette  lecture  est  ajournée  à  quinzaine. 

M.  Naudet  fait  une  seconde  lecture  de  son  mémoire  sur  le  lieu  appelé  castra 
peregrinorum  à  Rome,  dans  lequel  il  voit  la  demeure  des  soldats  frumentaires. 

Julien  Havet. 


LIVRES  DÉPOSÉS  AU  BUREAU  DE  LA  REVUE. 

Benecke,  Wœrterbuch  zu  Hartmanns  Jwein.  2te  Ausg.  besorgt  von  E.  Wilken 
(Gœttingen,  Dieterich).  —  Benfey,  Die  Quantitaetsverschiedenheiten  in  den  Saffîhitâ- 
und  Pada-Texten  der  Veden.  i,  Abh.  (Gœttingen,  Dieterich).— Cobet,  Varias  lectiones 
quibus  continentur  Observationes  criticae  in  scriptores  grascos.  Ed.  sec.  (Lugd.  Batav., 
Brill).  —  De  Baudissin,  Jahve  et  Moloch  (Lipsias,  Grunow).  —  Ewald,  Hebraeische 
Sprachlehre  fur  Anfaenger.  4te  Ausg.  (Gœttingen,  Dieterich). 


Le  propriétaire-gérant  :  F.  VIEWEG. 


Nogent-Ie-Rotrou,  imprimerie  de  A.  Gouverneur. 


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DE    LA 

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BAILLON,  professeur  à  la  Faculté  de  médecine  de  Paris.  Histoire  des  Plantes. 

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L'ouvrage  formera  environ  huit  volumes  contenant  7000  figures  intercalées  dans  le 

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sous  la  direction  de  M.  Ad.  FRANCK,  membre  de  l'Institut.  Deuxième  édition; 
I  vol.  grand  in-8°  à  deux  colonnes,  publié  en  dix  livraisons  qui  paraîtront 
sans  interruption,  à  raison  d'une  livraison  par  mois.  Les  2  premières  livraisons 
sont  en  vente.  Prix  de  la  livraison,,  composée  d'environ  10  feuilles  d'impres- 
sion (160  pages).  3  fr.  50 
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avec  la  collaboration  d'une  société  de  professeurs  et  de  savants.  Dix-neuvième 
fascicule  Cfeuilles  77  à  86  du  deuxième  volume),  grand  in-8°,  avec  figures. 

3  fr.  50 

L'ouvrage  formera  vingt-deux  fascicules  de  chacun  10  feuilles  d'impression  (160  p. 

grand  in-8*  à  deux  colonnes).  Prix  du  fascicule.  3  fr.  jo 

DUCAMP  (Maxime).  Paris,  ses  organes,  ses  fonctions  et  sa  vie  dans  la  seconde 

moitié  du  dix-neuvième  siècle.  Tome  VI  et  dernier,  i  vol.  in-8°,  br.  7  fr.  50 
ETIENNE,  recteur  de  l'académie  de  Besançon.  Histoire  de  la  littérature  italienne. 

I  vol.  in- 18  Jésus,  br.  5  fr. 

FIGUIER.  L'Année  scientifique  et  industrielle.  Dix-huitième  année  (1874).  '  "vo^- 

in- 18  Jésus,  br.  3  fr.  50 

Les  dix-sept  premières  années  (1856-1873)  se  vendent  séparément  3  fr.  50.  Les 

années  1870-1 871  ne  forment  qu'un  volume. 

FRANQUEVILLE  (Ch.  de),  maître  des  requêtes  au  conseil  d'État,  secrétaire  de 
la  commission  centrale  des  chemins  de  fer.  Du  régime  des  travaux  publics  en 
Angleterre.  4  vol.  in-8°,  br.  30  fr. 

FUSTEL  DE  COULANGES,  maître  de  conférences  à  l'École  normale  supérieure. 
Histoire  des  institutions  politiques  de  l'ancienne  France.  Première  partie  :  L'empire 
romain.  —  Les  Germains.  —  La  royauté  mérovingienne,  i  vol.  in-8°,  br.  7  fr.  50 

HUGO  (Victor).  Les  Misérables;  nouvelle  édition.   5  volumes  in- 18  jésus,  br. 

17  fr.  50 

JOANNE  (Paul).  Les  stations  d'hiver  de  la  Méditerranée  (Hyères,  Cannes,  Monaco, 
Menton,  Bordighera,  San-Remo).  i  vol.  in-32,  avec  5 9  gravures,  3  cartes  et 
I  plan,  cartonné.  3  fr.  50 


HÉRODOTE.  Morceaux  choisis.  Texte  grec  publié  et  annoté  par  Ed.  Tournier, 
maître  de  conférences  à  l'École  normale  supérieure,  i  vol.  petit  in-i6,  car- 
tonné. 2  fr. 

LAMARTINE.  Correspondance.  Tome  V.  i  vol.  in-8%  br.  7  fr.  50 

L'ouvrage  comprendra  6  volumes. 

Les  armées  française  et  étrangères  en  1 874.  Principaux  événements  militaires  et 
maritimes,  notices  et  documents  statistiques,  renseignements  divers,  etc.  i  vol. 
in-iB  Jésus,  broché.  5  fr.  50 

Publication  de  la  réunion  des  officiers. 

MOLIÈRE.  Œuvres.  Nouvelle  édition,  revue  sur  les  plus  anciennes  impressions 

et  les  autographes,  augmentée  de  travaux  inédits,  de  variantes,  de  notices, 

de  notes,  d'un  lexique  des  mots  et  locutions  remarquables,  d'un  portrait  de 

fac-similé,  etc.,  par  M.  Eugène  Despois.  Tome  II.  i  vol.  in-8°,  br.    7  fr.  jo 

L'ouvrage  fait  partie  de  la  collection  des  Grands  écrivains  de  la  France ,  publiée 

sous  la  direction  de  M.  Ad.  Régnier,  membre  de  l'Institut.  Il  formera  10  volumes. 

NUITTER.  Archiviste  de  l'Opéra.  Le  Nouvel  Opéra,  i  vol.  in-i8  Jésus,  avec 
59  gravures  et  4  plans,  broché.  3  fr. 

TACITE.  Œuvres  complètes.  Texte  latin,  revu  et  publié  d'après  les  travaux  les 
plus  récents,  avec  un  commentaire  critique,  philologique  et  explicatif,  une  in- 
troduction, des  arguments  et  des  tables  analytiques,  par  Emile  Jacob,  ancien 
élève  de  l'Ecole  normale,  professeur  de  rhétorique  a.u  Ijçée  Saint-Louis. 
Tome  I"  (Annales,  livres  I-VI)  grand  in-B".  ""^       "  \^    -••,--        ^  ^^    ^^ 
Les  oeuvres  de  Tacite  seront  publiées  en  quatre  volumes,  divisés  de  la  manière  sui- 
vante :  Annales,  livres  I-VI,  i  vol.  —  Annales,  livres  XI-XVI,   1   vol.  —  Histoires, 
I  vol.  —  Vie  d'Agncola,  Mœurs  des  Germains,  Dialogue  des  orateurs,  i  vol. 

Cet  ouvrage  fait  partie  de  la  collection  d'éditions  savantes  des  principaux  classiques 
grecs  et  latins  qui  comprend  déjà  : 

CORNELIUS  NEPOs,  publié  par  M.  Monginot,  professeur  au  lycée  Fontanes.  i  vol., 
6  fr.  —  VIRGILE,  publié  par  M.  E.  Benoist,  professeur  suppléant  à  la  Faculté  des 
lettres  de  Paris.  Bucoliques  et  Géorgiques;  2'  édition,  i  vol.,  7  fr.  jo.  Enéide.  2  vol., 
1 5  fr.  —  DÉMOSTHKNR,  Les  Harangues,  publiées  par  M.  H.  Weil,  correspondant  de 
l'Institut,  doyen  de  la  Faculté  des  lettres  de  Besançon,  i  vol.,  7  fr.  50. — euripide, 
Sept  Tragédies,  publiées  par  M.  H.  Weil.  i  fort  vol.,  12  fr.  —  homère,  Iliade, 
publiée  par  M.  Alexis  Pierron.  2  vol.,  12  fr.  —  Sophocle,  Tragédies,  publiées  par 
M.  E.  Tournier,  maître  de  conférences  à  l'École  normale  supérieure,  i  fort  vol., 
12  fr. 

VIVIEN  DE  SAINT-MARTIN.  L'Année  géographique.  Treizième  année  (1874). 

I  vol.  in- 18  Jésus,  broché.  3  fr.  50 

Les  douze  premières  années  (  1 862- 1 87  j)  se  vendent  séparément  3  fr.  jo.  Les  années 
1870-1871  ne  forment  qu'un  volume.      ■  :)    \;    '.;  ,,    .    ,.;      ,;/.>.Mr  ^.      ....i  i 

WALLON  (H.),  membre  de  l'Institut,  député  à^yèrriyéè  rtâWônafé 

et  son  temps.  2  vol.  in-8°,  br.  15  fr. 


Nogent-le-Rotrou,  Imprimerie  de  A.  Gouverneur. 


N*  12  Neuvième  année.  20  Mars  1875 


REVUE  CRITIQUE 

D'HISTOIRE   ET  DE  LITTÉRATURE 

RECUEIL  HEBDOMADAIRE  PUBLIÉ  SOUS  LA  DIRECTION 

DE  MM.  C.  DE  LA  BERGE,  M.  BRÊAL,  G.  MONOD,  G.  PARIS. 


Secrétaire  de  la  Rédaction:  M.  Stanislas  Guyard. 


Prix   d^abonnement  : 

Un  an,  Paris,  20  fr.  —  Départements,  22  fr.  —  Etranger,  le  port  en  sus 

suivant  le  pays. 

PARIS 

LIBRAIRIE    A.    FRANCK 

F.    VIEWEG,    PROPRIÉTAIRE 
67,  RUE  RICHELIEU,  67 


Adresser  toutes  les  communications  à  M.  Stanislas  Guyard,  Secrétaire  de  la 
Rédaction  (au  bureau  de  la  Revue  :  67,  rue  Richelieu). 


ANNONCES 


En  vente  à  la  librairie  A,  Franck,  F.  Vieweg  propriétaire, 
67,  rue  de  Richelieu. 

G-Q  A    Q  T  ç     Le  Petit  Poucet  et  la  Grande  Ourse,   i  vol.  in- 16 
•     1   i\  Iv  1  O    imprimé  en  caractères  elzeviriens.  2  fr.  50 

BIBLIOTHÈQUE  DE  l'ÉCOLE  DES  HAUTES  ÉTUDES 

20^  FASCICULE. 

^  T  T  T  XIT*  T  î  T  T7  IVÎ  ^"stitution  oratoire.  Collation  d'un  ms. 
V^  U  1  IN  1  i  Lj  1  Ci  1 N  du  xe  siècle,  par  Emile  Châtelain  et  Jules 
Le  Coultre,  licenciés  ès-lettres,  élèves  de  l'École  des  hautes  études.  3  fr. 

1 8^  ET  1 9'  fascicules  précédemment  parus  : 

Rn  Pr    I    A  QT  P  V  R  T  FT   ^^"'^^  ^"^  '^^  ^°"^^^^  ^^ 
•      lJ  l-j     1— *r\k311_il    rV  1  Cj     vicomtes     de     Limoges 

antérieurs  à  l'an  1000.  j  fr. 

AT~\  A  D  1\  yt  ÎT*  Ç  T^  Ï7  T^  T7  O     '^'"^•^^  '^^  ^^  formation  des 
•    L-'AlviVl  CjO   1    EL    1    EilV    mots    composés   dans  la 

langue  française  comparée  aux  autres  langues  romanes  et  au  latin.  1 2  fr. 

Pour  paraître  très-prochainement  : 
2 le  fascicule.  Hymne  à  Ammon  Ra  des  papyrus  de  Boulaq,  traduit  et  com- 
menté par  Eugène  Grébault,  avocat,  élève  de  l'École  des  hautes  études. 


PERIODIQUES. 

The  Academy,  N»  147,  new  séries,  27  février.  Mark  Pattison,  Isaac  Casau- 
bon.  London,  Longmans  and  Co.  (J.  A.  Symonds).  —  Markham,  Statement 
exhibiting  the  Moral  and  Material  Progress  and  Condition  of  India  during  the 
Year  1872-1873.  Ordered  by  the  House  of  Gommons  to  be  printed,  June  2, 
1874  (James  Innés  Minchin,  1"  art.).  —  C.  E.  Maurice,  Lives  of  English 
Popular  Leaders  in  the  Middle  Ages  —  Tyler,  Bull,  and  Oldcastle.  London, 
King  and  Co.  (James  Gairdner  :  trop  sommaire).  —  Dowden.  Shakspere  :  a 
Critical  Study  of  his  Mind  and  Art.  London,  King  and  Co.  (R.  Simpson  :  cette 
étude  paraît  à  M.  S.  la  meilleure  qu'on  ait  écrite  sur  Shakspere).  —  Minor  His- 
torical  Books  (notes  de  l'éditeur  sur  les  ouvrages  suivants  :  Memoir  of  Margaret 
Countess  of  Richmond  and  Derby,  by  the  late  Ch.H.  Cooper;  Cassell's  Illusîrated 
History  of  England,  vol.  IX;  Manufacturing  Arts  in  Ancient  Times,  with  spécial 
référence  to  Bible  History,  by  J.  Napier;  Die  Regesten  des  Kaiserrechs  unter  Karl  IV, 
von  J.  F.  Bœhmer,  hrsg.  v.  Huber).  —  Notes  and  News.  —  Notes  of  Travel.  — 
Notes  of  a  Tour  in  the  Cyclades  and  Crète.  III,  Crète  (Jd.  F.  Tozer).  —  Corres- 
pondence.  The  Ordre  pour  le  Mérite  (R.  Lepsius). — Captain  Marryat  a  Plagia- 
rist  (H.  C.  C00TE  :  le  conte  intitulé  Le  Porteur  d'eau  qu'a  publié  sous  son  nom 
le  Capt.  Marryat  est  un  conte  arabe  traduit  par  un  certain  Dr.  Russell,  puis 
rédigé  en  anglais  et  imprimé  par  le  traducteur  d'Hérodote,  Beloe,  en  1795)-  — 
Irish  Texts  (John  K.  Ingram).  —  Metrical  Tests  for  Shakspere  (F.  G.  Fleay). 
—  Meetings  of  Societies  (Soc.  asiatique,  numismatique,  philologique).  —  Disco- 
veries  and  Antiquities  in  Rome  (C.  I.  Hemans). 

The  Athenœum,  N°  2470,  27  février.  Von  Ranke,  A  History  of  England, 
principally  in  the  Seventeenth  Century.  6  vols.  Clarendon  Press  (c'est  plutôt  un 
Essai  sur  les  relations  extérieures  de  l'Angleterre).  —  An  Historical  Atlas  of 
Ancient  Geography,  Biblical  and  Classical.  Compiled  under  the  Superintendence 
of  W.  Smith  and  Grove,  Murray  (2'' article).  —  The  Subjunctive  Mood  (C.  P. 
Mason  :  réfute  une  vue  sur  le  subjonctif  émise  par  M.  Abbott).  —  Pope's 
Translation  of  the  Satires  of  Horace  (W.  M.  :  a  trouvé  et  reproduit  un  auto- 
graphe de  Pope  consistant  en  un  titre  et  une  table  des  matières  d'une  traduction 
des  Satires  d'Horace;  sur  le  titre  on  trouve  la  mention  :  London,  Printed  for  J. 
Knapton  L.  Gilliver  and  R.  Dodsley;  il  serait  curieux  de  savoir  si  cette  traduction 
a  réellement  été  publiée  ou,  sinon,  quelle  cause  en  a  empêché  l'émission).  — 
Oriental  Notes  (rapport  annuel  de  M.  Garcin  de  Tassy  sur  la  littérature  hindous- 
tanie  pour  l'année  1874).  —  An  Unknown  «  Caxton  »  (William  Blades).  — 
Literary  Gossip.  —  Societies  (Soc.  de  géogr.,  de  numism.,  de  philol.).  —  A 
Lintel  from  Nineveh  (George  Smith).  —  Miscellanea.  Shakspeare's  Geographical 
Blunders  (F.  G.  Fleay).  —  The  Storm  (C.  A.  Ward).  — Shakspeare  Emendations 
(George  Greenwood). 

Literarisches  Centralblatt,  N"  !o,  6  mars,  Monumenta  spectantia  histo- 
riam  Slavorum  meridionalium.  Vol.  IV.  Agram.  In-8",  xxiij-480  p.  —  Spiegel, 
Arische  Studien.  i.  Heft  Leipzig,  Engelmann.  In-8",  162  p.  (ce  travail  revêt 
le  caractère  d'une  polémique;  il  faut  le  regretter  pour  la  science).  —  Delitzsch 
^Friedrich),  Assyrische  Studien.  i.  Heft.  Leipzig,  Hinrichs.  In-8°,  vij-189  p. 
(on  s'applaudit  que  M,  D.  ait  renoncé  à  s'occuper  de  la  problématique  question 
des  affinités  primitives  des  racines  sémitiques  et  indo-germaniques  pour  se  tourner 
vers  l'étude  de  la  faune  assyrienne  ou  plus  généralement  des  noms  d'animaux 
qu'on  trouve  mentionnés  dans  les  inscriptions  assyriennes).  —  Carmina  graeca 
medii  aevi  edid.  G.  Wagner.  Leipzig,  Teubner.  In-8",  xv-^82  p.  (contient 
21  pièces;  éd.  satisfaisante).  —  Litauische  und  lettische  Drucke  des  16.  Jahrh. 
Hrsg.  V.  Bezzenberger.  Gœttingen,  Peppmûller.  In-S",  xiv-36  p.  (repartie 


REVUE  CRITIQ^UE 

D'HISTOIRE    ET    DE    LITTÉRATURE 

N*  13  —  20  Mars  —  1875 

Sommaire  :  56.  Hodgson,  Essais  sur  les  langues,  la  littérature  et  la  religion  du 
Népal  et  du  Tibet. —  ^7.  De  Duhn,  Examen  critique  de  l'épisode  de  VOdyssée  relatif 
au  voyage  en  Egypte  de  Ménélas.  —  58.  Teutsch,  Histoire  populaire  des  Saxons  de 
Transilvanie.  —  59.  Curiosités  de  voyages  en  Alsace,  p.  p.  Stœber.  —  60.  Du 
Fail,  Œuvres  facétieuses,  p.  p.  Assézat. 


j6.  —  Essays  on  the  languages,  literature  and  religion  of  Népal  and 
Tibet,  together  with  further  papers  on  the  geography,  ethnology,  and  commerce  of 
those  countries  by  B.  H.  Hodgson.  London,  Trùbner.  1874.  In-8\  xj,  145  et  124  p. 
—  Prix  :  17  fr.  50. 

Les  mémoires  et  articles  de  M.  Hodgson  sur  le  Népal  et  en  particulier  sur  le 
Buddhisme,  bien  que  déjà  vieux  la  plupart  d'au  moins  quarante  années,  ont 
conservé  presque  toute  leur  valeur  primitive.  On  peut  encore  répéter  de 
plusieurs  d'entre  eux  ce  qu'en  disait  Burnouf  «  qu'ils  n'ont  pas  été  dépassés.  » 
Plusieurs  fois  réédités,  ils  l'avaient  toujours  été  dans  des  conditions  qui  ne  les 
rendaient  guère  accessibles  aux  savants  européens.  La  dernière  réimpression 
faite  par  fragments  dans  le  Phœnix  n'avait  sur  la  précédente  d'autre  avantage 
que  celui  de  paraître  en  Europe,  mais  elle  était  bien  incommode,  morcelée 
qu'elle  était  dans  une  longue  série  de  numéros  de  ce  regrettable  Magazine.  Le 
présent  volume  qui  n'est,  croyons-nous,  qu'une  nouvelle  mise  en  page  des 
articles  du  Phœnix,  vient  enfin  mettre  à  la  portée  de  tous  ces  excellents  travaux, 
dont  l'éloge  ni  la  critique  ne  sont  plus  à  faire.  Un  index  les  rend  faciles  à 
consulter. 


57.  —  De  Menelai  itinere  ^gyptio,  Odysseae  carminis  IV  episodio,  quasstiones 

criticae.  Dissertatio  philologica  quam Fridericus  de  Duhn.  Bonn,  1874.  In-8°, 

46  p.  —  Prix  :  I  fr.  35, 

Cette  dissertation  d'un  jeune  docteur  de  Bonn  est  d'une  lecture  pénible  :  l'au- 
teur nous  promène  par  un  vrai  dédale  de  questions  et  de  recherches  enchevêtrées 
les  unes  dans  les  autres.  Mais  elle  témoigne  d'une  sagacité  pénétrante,  et  elle 
ofîre,  dans  un  petit  nombre  de  pages,  une  foule  de  combinaisons  ingénieuses,  de 
vues  intéressantes  et  même  quelques  résultats  que  l'on  peut  considérer  comme 
acquis.  Il  est,  en  effet,  très-probable  que  le  récit  de  Ménélas  (Odyss.  IV,  351- 
586)  n'a  pas  été  d'abord  composé  pour  la  place  qu'il  occupe  dans  l'Odyssée. 
Télémaque  demande  des  nouvelles  de  son  père  ;  et  dans  ce  long  récit  il  n'est 
question  d'Ulysse  qu'incidemment  et  brièvement.  Il  y  a  plus  :  les  vers  550-560, 
les  seuls  qui  se  rapportent  à  la  question  de  Télémaque,  ainsi  que  le  vers  498, 
qui  les  prépare,  offrent  plus  d'une  prise  à  la  critique  et  se  retrancheraient  avan- 
tageusement. La  prédiction  des  vers  561  sq.  : 

XV  ,  12 


178  J}EyU|:   Cp-ITIQUE 

Sol  S'  oS  ôdaçaxov  èari,  Stoxpeçàç  ô  MevéXas, 
'ApY^i  ^v  lz7i;o^6Ta)  ôavietv  v.al  7u6t[;i.ov  èTriaTreïv 

se  réfère  évidemment  à  ce  qui  avait  été  dit  plus  haut  d^Agamemnon  :  l'immorta- 
lité de  Ménélas  est  opposée  à  la  triste  fin  de  son  frère.  Mais  cette  relation  est 
obscurcie  par  les  vers  intermédiaires,  le  passage  relatif  à  Ulysse. 

Les  vers  514  et  les  suiv.  donnent  lieu  à  une  autre  observation  aussi  juste 
qu'importante.  On  y  voit  Agamemnon  empêché  par  la  tempête  de  doubler  le  cap 
Malée  et  rejeté  vers  un  canton  éloigné  où  se  trouve  la  maison  d'Egisthe.  L'au- 
teur de  ce  morceau  (il  est  difficile  d'échapper  à  cette  conséquence)  plaçait  donc 
la  résidence  d'Agamemnon,  non  à  Mycène,  mais  à  Lacédémone.  La  même  tra- 
dition se  trouve  dans  Stésichore,  Simonide,  Pindare  :  c'était  évidemment  la  tra- 
dition de  Sparte.  On  connaît  le  récit  de  la  mort  d'Agamemnon_,  récit  tout  épique, 
et  très-différent  de  la  version  que  la  tragédie  nous  a  rendue  familière  :  le  palais 
des  Atrides  n'en  est  pas  encore  le  théâtre;  Égisthe  n'a  pas  cédé  le  pas  à 
Clytemnestre  ;  nous  voyons  une  bataille  entre  les  guerriers  de  deux  princes,  et 
non  un  duel  entre  l'époux  et  l'épouse.  M.  de  Duhn  soutient  que,  partout  ailleurs 
dans  l'Odyssée,  sauf  dans  le  XV  livre,  la  mort  d'Agamemnon  est  présentée 
conformément  à  la  version  tragique.  Cela  ne  me  paraît  point  prouvé.  Il  est  vrai 
qu'ailleurs  Clytemnestre  y  intervient  :  mais  le  récit  de  Protée  n'exclut  pas  la 
complicité  de  Clytemnestre:  on  le  voit  bien  par  le  passage  correspondant  du  XI^ 
livre.  M.  de  D.  n'a  pas  tenu  compte  de  ce  que  Nestor  raconte  dans  le  IIlMivre. 
Là  aussi  Egisthe  conduit  Clytemnestre  dans  sa  maison  à  lui  (àv/)YaYev  cvBe 
o6p^ov,  v.  272),  et  le  meurtre  d'Agamemnon  s'accomplit  dans  cette  même  maison: 
c'est  seulement  après  la  mort  du  roi  qu'Égisthe  s'empare  du  pouvoir  et  règne  à 
Mycènes  (v.  305).  Les  deux  récits,  celui  du  III*  et  du  IVMivre,  s'accordent 
donc,  sauf  sur  un  point  :  le  récit  de  Protée  semble  sujpposer  que  les  Atrides 
résident  à  Lacédémone,  ,^  t,,^.,  û,-  n,,.-,;.;. 

Les  erreurs  de  Ménélas,  la  fable  d'Hélène,  son  séjour  en  Egypte,  la  conception 
primitive  du  fleuve  ^Egyptos,  quand  il  ne  se  confondait  pas  encore  avec  le  Nil, 
sont  l'objet  de  conjectures  spécieuses,  qui  se  rattachent  à  l'histoire  du  texte, 
mais  souvent  aussi  remontent  plus  haut  et  portent  sur  l'histoire  des  mythes  mis 
en  œuvre  dans  le  poème.  Disons  en  général  que  l'auteur  applique  avec  bonheur 
une  méthode  de  critique  pénétrante,  mais  quelquefois  excessive.  Ainsi  il  lui 
arrive  (p.  19  sq.)  de  bâtir  tout  un  système  sur  une  petite  variante  qui  peut  être 
accidentelle,  ou  d'appliquer  à  la  poésie  des  raisonnements  prosaïques.  Il  lui 
semble  (p.  6  sq.)  que,  dans  le  XV*  livre,  Théoclymène  fait  perdre  trop  de  temps 
à  Télémaque,  quand  celui-ci  est  pressé  d'échapper  à  l'hospitalité  de  Nestor  :  il 
va  jusqu'à  dire  :  insipienter  inserîa  narratio.  Je  veux  bien  que  l'épisode  de  Théo- 
clymène soit  ajouté  plus  tard  ;  mais  qu'on  ne  m'allègue  pas  d'argument  si  plat, 
si  antipoétique.  Malheureusement,  des  observations  de  cette  espèce  ne  déparent 
que  trop  souvent  les  raisonnements  des  critiques  modernes. 

H.  Weil. 


d'histoire  et  de  littérature.  179 

58.  —  Geschichte  der  Siebenbûrger  Sachsen  fur  das  sœchsische  Volk, 

par  G.  D.  Teutsch.  2«  édit.  Leipzig,  Hirzel.  1B74.  2  vol.  in-12,  341  et  417  p.  — 
Prix  :  10  fr.  7j. 

Les  Saxons  de  Transilvanie  sont,  parmi  les  petits  peuples  de  l'Europe,  l'un 
des  plus  remarquables  par  leur  ténacité  ethnographique.  Séparés  de  la  mère- 
patrie,  depuis  le  xii"  et  le  xiii*  siècle ,  par  un  triple  cercle  de  Roumains,  de 
Slaves  et  de  Magyars,  ils  ont  pieusement  gardé  la  langue,  les  coutumes,  les 
costumes  même  de  leurs  ancêtres,  et  de  leurs  parents  de  plus  en  plus  éloignés. 
Les  Turcs  appelaient  Hermannstadt  la  «  ville  rouge  »  à  cause  de  la  couleur  de 
ses  toits,  pareils  à  ceux  de  Westphalie.  L'amphithéâtre  montagneux  des  Kar- 
pathes  est  d'ailleurs  merveilleusement  approprié,  par  l'isolement  relatif  où  il 
maintient  ses  habitants,  à  la  conservation  des  vieilles  choses. 

Le  patriotisme  de  la  race  et  de  la  langue  ne  s'est  jamais  plus  fortement  expri- 
mé que  dans  le  bon  ouvrage,  très-intéressant  et  très-clair,  dont  M.  Teutsch 
vient  de  nous  donner  une  seconde  édition  augmentée  et  travaillée  à  nouveau, 
comme  il  le  remarque  dans  sa  préface.  —  Je  lui  ferai  observer  tout  de  suite  que 
le  manque  absolu  de  notes  est  le  principal  défaut  de  son  livre.  Il  répondra  en 
montrant  le  titre  :  Histoire  populaire  etc.  Soit,  je  sais  bien  que  l'excellente 
Œsîerreichische  Geschichte  fur  das  Volk,  dans  ses  nombreux  volumes,  s'est  interdit 
l'usage  des  notes,  que  la  science  de  ses  auteurs  aurait  pu  facilement  accumuler. 
Mais  c'est  précisément  le  genre  que  je  n'admets  pas.  Qu'une  histoire  nationale 
pour  les  écoles  primaires  ou  pour  les  petites  classes  des  collèges  se  passe  de 
notes,  rien  de  plus  naturel,  mais  un  ouvrage  de  700  pages  sur  l'histoire  d'une 
tribu  de  deux  ou  trois  cent  mille  âmes,  ouvrage  fait  sur  d'excellents  documents 
renfermés  dans  des  collections  peu  accessibles  ou  dans  les  archives  d'Her- 
mannstadt,  serait  bien  plus  utile  encore  si  les  textes  fréquemment  cités  étaient 
accompagnés  de  renvois.  —  La  première  édition  date  de  vingt  ans.  La  préoccu- 
pation patriotique  de  M.  T.  se  fait  constamment  sentir  dans  les  appréciations, 
sans  que  nous  ayons  remarqué  aucune  preuve  de  la  partialité  vraiment  blâmable 
qui  aurait  consisté  à  dénaturer  et  à  dissimuler  les  faits.  Nous  avons  sous  les 
yeux  une  œuvre  honnête  quoique  enthousiaste ,  ce  qui  est  rare  lorsque  l'ethno- 
graphie se  met  de  la  partie  :  car  l'ethnographie  est  dans  l'Europe  orientale  ce 
que  la  politique  est  en  Occident.  .; 

L'ouvrage  se  divise  en  sept  livres,  dont  la  plupart  se  terminent  par  un  cha- 
pitre consacré  aux  coutumes,  aux  lois,  à  l'économie  sociale  pendant  la  période 
dont  le  récit  vient  d'être  présenté  :  c'est  une  méthode  claire  et  commode, 
souvent  indispensable,  mais  elle  a  quelquefois  le  tort  d'établir  une  séparation  arti- 
ficielle entre  les  faits  et  les  mœurs.  —  Le  premier  livre  nous  apprend  comment  le 
roi  Geisa  II,  vers  1 1 50,  fit  venir  en  Transilvanie  des  colons  saxons  et  flamands, 
bientôt  suivis  des  chevaliers  teutoniques  établis  momentanément  dans  le  Burzen- 
land,  autour  de  Cronstadt.  Les  privilèges  de  ces  nombreux  colons  furent  solen- 
nellement confirmés  par  la  bulle  d'or  de  1224:  ils  ont  toujours  été  très-fiers 


l80  REVUE    CRITIQUE 

d'avoir  obtenu  une  constitution  à  eux,  portant  le  même  nom  que  celle  de  la 
nation  magyare.  L'invasion  mongole  de  1241  causa,  là  comme  dans  tout  le 
royaume,  les  plus  affreux  malheurs  ;  mais  là  comme  ailleurs  et  plus  encore  elle 
fut  le  signal  de  nouveaux  progrès,  car  de  nouveaux  étrangers  furent  appelés 
dans  le  pays,  et  lorsque  s'éteignit  la  dynastie  des  Arpad,  la  petite  Saxe  de 
Hongrie  était  entièrement  constituée.  Sous  la  monarchie  élective  (i  301-1 526) 
les  L.  II  et  III  nous  montrent  la  prospérité  des  Saxons,  particulièrement  sous 
les  rois  de  la  maison  d'Anjou,  qu'ils  avaient  d'abord  combattue  par  sympathie 
nationale  pour  l'autre  prétendant  Otto  de  Bavière  —  la  seconde  partie  de  cette 
période  étant  toutefois  assombrie  par  les  premières  invasions  des  Turcs,  et  par 
une  courte  insurrection  contre  Matthias  Corvin.  Le  récit  devient  plus  détaillé 
depuis  la  bataille  de  Mohacs  qui  a  pour  résultat  de  séparer  la  principauté  de 
Transilvanie  du  royaume  de  Hongrie  jusqu'à  la  fin  du  xvii''  siècle  (Livres  IV,  V, 
VI  et  VII),  où  M.  T.  arrête  son  ouvrage.  Il  nous  en  laisse  espérer  une  conti- 
nuation (T.  II,  p.  414),  mais  il  pense  avec  raison  que  le  jour  où  la  Transilvanie 
devient  décidément  une  province  héréditaire  de  l'Autriche  (1699)  la  partie  la 
plus  intéressante  de  cette  histoire  est  terminée. 

De  grandes  figures  ont  passé  devant  nos  yeux  :  Jean  Honter  <f  l'apôtre  »  de 
la  Réforme  qui  non-seulement  propagea  dans  son  pays  natal  de  Cronstadt  les 
doctrines  de  Luther  son  ami,  mais  qui  par  l'imprimerie,  par  les  écoles,  par  les 
institutions  de  toute  sorte  où  s'exerça  son  infatigable  activité,  civilisa  toute  cette 
contrée.  —  Albert  Huet,  qui  mit  sa  profonde  science  au  service  de  ses  frères 
pour  leur  donner  un  code  de  lois  écrites,  et  qui  devenu  comte  des  Saxons  résista 
aux  prétentions  de  la  noblesse  magyare  dont  étaient  issus  les  princes  de  Tran- 
silvanie. —  Michel  Weiss,  courageux  et  indomptable  adversaire  du  tyran 
Gabriel  Bâthori.  —  Enfin,  et  ceci  montre  que  M.  T.  n'est  pas  aveuglé  par  son 
zèle  ethnographique,  Gabriel  Bethlen  (Bethlen-Gabor)  qui  ne  fut  pas  toujours 
l'ami  des  Saxons,  mais  dont  l'excellent  gouvernement  est  célébré  (t.  II,  p.  165 
et  suiv.)  comme  il  l'a  été  par  les  historiens  magyars. 

Si  M,  T.  a  une  juste  affection  pour  ses  compatriotes  transilvaniens,  il  n'en  a 
pas  assez  peut-être  pour  la  patrie  hospitalière  qui  doit  aussi  réclamer  une  place 
dans  leur  cœur.  Par  exemple  les  questions  d'origine  sont  traitées  d'une  manière 
intéressante  en  ce  qui  concerne  les  ancêtres  allemands  :  les  dialectes  et  les  vieilles 
chansons  (I,  p.  i  $)  montrent  qu'ils  sont  venus  surtout  des  bords  de  la  Lippe  et 
de  la  Lahn;  mais  les  Hongrois  ont  le  droit  de  se  plaindre  lorsqu'on  les  représente 
(p.  12,  etc.)  comme  ayant  dû  tout  aux  Allemands,  ce  qui  n'est  vrai  que  pour 
cetains  éléments  de  civilisation,  et  lorsqu'on  les  écrase  avec  un  fameux  passage 
d'Otto  de  Frisingen,  sur  lequel  il  y  aurait  beaucoup  à  dire.  Quant  aux  Roumains, 
voisins  longtemps  méprisés,  aujourd'hui  redoutables,  ni  M.  T.,  ni  M.  Rœsler 
malgré  sa  savante  argumentation  (dans  ses  Romànische  Stud'un)  n'ont  pu  me 
persuader  qu'ils  soient  des  intrus  du  xiii*  siècle,  les  colons  romains,  suivant  eux, 
ayant  tous  repassé  le  Danube  à  la  voix  d'Aurélien.  —  Dans  tout  l'ouvrage  les 
Saxons  sont  exaltés,  avec  une  sincérité  évidente,  aux  dépens  de  leurs  voisins. 


d'histoire  et  de  littérature.  i8i 

Cette  critique  n'empêche  point  le  livre  de  M.  T.  d'être  un  des  plus  utiles  et 
des  plus  curieux  que  l'on  puisse  recommander  aux  historiens  et  aux  géographes 
portés  aux  études  ethnographiques.  Seulement  il  est  bon  de  le  contrôler  par  un 
ouvrage  écrit  dans  le  sens  hongrois,  et  puisque  VErdiélyorszag  Tœrîenelme  de 
M.  Szilagyi  est  peu  accessible,  n'oublions  pas  la  Transilvanie  et  ses  habitants, 
d'Auguste  de  Gérando.  Aujourd'hui  que  les  chemins  de  fer  ont  rendu  facile  un 
voyage  dans  ce  beau  pays,  il  faut  se  féliciter  d'avoir  d'aussi  bons  guides  histori- 
ques que  de  Gérando  et  que  M.  Teutsch. 

Edouard  Sayous. 


59,  —  Curiosités  de  voyages  en  Alsace,  tirées  d'auteurs  français,  allemands, 
suisses  et  anglais,  depuis  le  XVI*  jusqu'au  XIX*  siècle,  et  annotées  par  Auguste  Stœber. 
Colmar,  E.  Barth.  1874.  In-8*,  xij-377  p.  —  Prix  :  6  fr. 

M.  Auguste  Stoeber  est  un  infatigable  chercheur  de  tout  ce  qui  a  rapport  à 
l'histoire,  à  la  littérature,  aux  coutumes  et  aux  légendes  de  l'Alsace.  Pendant 
bientôt  quarante  ans  il  a  publié  de  quoi  former  une  véritable  bibliothèque  sur  la 
matière,  soit  dans  des  volumes  séparés,  soit  dans  le  recueil  VAlsatia,  qu'il  dirige 
depuis  1 8  jo.  Dans  le  présent  ouvrage  il  a  groupé  une  série  d'extraits  de  voyages, 
faits  par  des  touristes,  illustres  ou  obscurs,  qui,  du  xvi^  siècle  jusqu'à  nos 
jours,  ont  parcouru  l'Alsace.  Dans  ces  relations  de  voyage  qui  sont  parvenues 
jusqu'à  nous,  on  peut  étudier  les  impressions  très-variées,  emportées  d'un  séjour 
plus  ou  moins  prolongé  dans  la  province.  Le  volume  débute  par  une  description 
générale  empruntée  à  la  célèbre  Cosmographie  de  Sébastien  Munster.  Après  des 
notes  insignifiantes  du  président  de  Thou  sur  Bâle  et  sur  Mulhouse,  nous 
rencontrons  les  extraits  du  Journal  de  Montaigne,  durant  son  passage  en 
Haute-Alsace,  en  1580.  Ce  qui  m'a  semblé  plus  intéressant  que  les  notes  bien 
connues  du  moraliste  bordelais,  c'est  le  tableau  de  Strasbourg  en  1600,  tiré  des 
mémoires  du  duc  Henri  de  Rohan.  Ce  célèbre  chef  des  huguenots  sous  Louis  XIII 
se  distingue  surtout  par  son  mépris  pour  «  l'état  populaire  »;  et  son  jugement 
sur  la  constitution  fort  libérale  pour  lors  de  la  petite  république  se  termine  par 
ces  mots  qui  sentent  le  grand  seigneur  d'une  lieue  :  «  Tout  ce  que  j'en  ai  le 
»  mieux  aimé,  a  été  la  bonne  chère  qu'on  m'y  a  faite.  »  Le  xvii*  siècle  est 
représenté  dans  notre  volume  par  des  lettres  de  Fléchier,  venu  à  la  suite  de 
Louis  XIV  assister  à  la  capitulation  de  la  ville,  et  écrites  à  Mme  Deshoulières. 
Elles  avaient  été  publiées  par  M.  Fabre  en  1871.  A  côté  de  l'évêque catholique, 
nous  rencontrons  l'évêque  anglican,  Gilbert  Burnet,  ce  bouillant  prélat  si  bien 
caractérisé  par  Macaulay  dans  ses  chapitres  sur  la  seconde  Révolution  d'Angle- 
terre. Il  avait  vu  l'Alsace  en  1686;  dix  ans  plus  tard,  Dom  Ruinart,  le  savant 
Bénédictin,  la  parcourait  à  son  tour,  mais  M.  St.  n'a  donné  que  peu  d'extraits 
d'un  voyage,  que  M.  Matter,  l'ancien  inspecteur-général  des  bibliothèques 
publiques,  avait  traduit  du  latin  et  publié,  il  y  a  un  demi-siècle  '.  Ce  sont  encore 

I.  Voyage  littéraire  en  Alsace,  Strasbourg,  1826. 


iSi  REVUE   CRITIQUE 

deux  religieux  du  même  ordre,  Dom  Martène  avec  Dom  Durand  (1708)  et  Dom 
Calmet  (1748),  qui  représentent  dans  notre  recueil  la  première  moitié  du 
xviii"  siècle.  La  période  immédiatement  antérieure  à  la  Révolution  nous  fournit 
les  impressions  de  Goethe,  puisées  dans  les  fragments  de  ses  Mémoires.  Avec 
Arthur  Young,  nous  entrons  en  plein  dans  la  période  révolutionnaire  elle-même. 
Le  sagace  observateur  anglais  a  vu  les  débuts  du  mouvement  à  Strasbourg  et 
contemplé  le  sac  del'Hôtel-de-Ville,  qui  renversa  les  derniers  restes  de  la  vieille 
constitution  de  la  cité.  Il  nous  décrit  les  scènes  diverses  dont  il  fut  le  témoin 
oculaire,  en  les  semant  d'observations  pratiques  qui  peuvent  encore  s'appHquer 
de  nos  jours.  Un  peu  plus  tard.  Camus,  le  célèbre  constituant,  visite  à  son  tour 
les  bords  du  Rhin.  Une  des  choses  qui  le  frappent  le  plus  à  Strasbourg,  et  cela  ne 
témoigne  guère  en  faveur  des  mesures  hygiéniques  observées  dans  le  reste  de  la 
France,  c'est  qu'  «  on  y  peut  prendre  facilement  et  proprement  des  bains  chauds 
»  et  des  bains  froids.  »  Parmi  les  derniers  extraits  qui  nous  semblent  présenter 
un  intérêt  historique  beaucoup  moindre,  nous  citerons  encore  un  romantique 
assez  rare  :  Pèlerinage  d'un  Childe-Harold  parisien  en  Alsace,  publié  par  Verfèle 
(Lefebvre),  en  1825. 

Tous  ces  extraits  sont  accompagnés  de  notes  nombreuses  et  savantes,  telles 
qu'on  devait  les  attendre  d'un  érudit  comme  M.  Stoeber '.  Nous  souhaitons  que 
son  intéressant  volume,  qu'il  a  voulu  rédiger  en  français  2,  trouve  un  accueil 
favorable  en  France  et  lui  permette  d'en  faire  paraître  bientôt  une  édition  nou- 
velle, dont  quelques  extraits  peu  intéressants  pourraient  disparaître  pour 
faire  place  à  des  auteurs  négligés  pour  cette  fois,  et  qui  mériteraient  de 
figurer,  à  des  titres  divers,  dans  cette  curieuse  anthologie  géographique. 

R. 


60.  —  Œuvres  facétieuses  de  Noël  Du  Pail,  seigneur  de  la  Herissaye,  gentil- 
homme breton,  revues  sur  les  éditions  originales  et  accompagnées  d'une  introduction, 
de  notes  et  d'un  index  philologique,  historique  et  anecdotique,  par  J.  Assézat.  Paris, 
Paul  Daffis,  1874.  2  vol.  in-18,  xxxvj,  332  et  428  p.  —  Prix  :  10  fr. 

Les  Œuvres  dites  facétieuses  de  Noël  Du  Fail ,  publiées  isolément  soit  de  son 
vivant,  soit,  pour  la  troisième  et  la  plus  considérable  des  trois,  presque  aussitôt 
après  sa  mort,  n'avaient  encore  été  réunies  qu'une  seule  fois,  il  y  a  de  cela  près 
d'un  tiers  de  siècle.  Cette  édition,  qui  ne  forme  qu'un  volume,  très-compacte, 
il  est  vrai,  était  due  aux  soins  d'un  savant  et  spirituel  bibliographe,  attaché  à  la 
section  des  livres  imprimés  dans  notre  grande  bibliothèque  de  la  rue  Richelieu. 
Le  travail  de  Jean-Marie  Guichard  était  en  progrès  sur  la  réimpression  de  1732, 
à  laquelle  manque  d'ailleurs  le  second  en  date  des  ouvrages  de  Noël  Du  Fail. 

1 .  Un  savant  aussi  distingué  que  M.  St.  ne  devrait  pourtant  jamais  citer  le  dictionnaire 
de  Bouillet  comme  autorité  scientifique.  P.  29  il  faut  lire  Cherasco  et  non  pâs  Chérasque; 
p.  51  Lavaur  et  non  pas  Lavour;  p.  195.  M.  E.  Mùller  n'était  point  archiviste  mais 
directeur  de  l'octroi  de  Strasbourg. 

2.  Un  critique  allemand,  fort  mal  avisé,  lui  en  a  fait  de  bien  vifs  reproches,  disant  que 
ce  volume,  ne  pouvant  intéresser  que  des  Allemands,  devait  être  écrit  dans  leur  langue. 
Espérons  qu'il  s'est  trompé  dans  ses  pronostics. 


d'histoire  et  de  littérature.  183 

Sans  parler  de  notes,  en  général  fort  courtes,  il  se  recommandait  par  une  élé- 
gante et  curieuse  préface.  Mais  à  une  époque  où  l'étude  de  notre  ancienne  langue 
et  celle  de  nos  poètes  et  de  nos  conteurs  du  xvi*  siècle  ne  cessent  d'occuper  des 
philologues  et  des  littérateurs  érudits,  il  était  possible  de  faire  plus  et  mieux. 
Cette  tâche  a  tenté  un  des  jeunes  écrivains  de  la  presse  quotidienne,  et  il  vient 
de  s'en  acquitter  de  façon  à  mériter  la  reconnaissance  des  lecteurs  et  les  encou- 
ragements de  la  critique,  M.  Assézat  a  revu  le  texte  de  son  auteur,  pour  le  pre- 
mier et  le  troisième  des  ouvrages  du  gentilhomme  breton,  sur  plusieurs  anciennes 
éditions,  et  ce  soin  lui  a  permis  de  corriger  en  plus  d'un  endroit  le  texte  du 
recueil  de  1842.  C'est  ainsi  qu'à  la  page  31  du  i^''  volume  il  a  très-heureuse- 
ment rétabli  la  bonne  leçon  :  «  la  corde  de  fil  d'archail,  »  qui  lui  était  fournie 
par  l'édition  de  1 549,  au  lieu  de  :  «  la  corde  de  Richard,  «  que  donnent  les 
éditions  postérieures. 

Ainsi  qu'il  a  été  dit  plus  haut,  le  dernier  et  le  plus  considérable  des  ouvrages 
de  Noël  Du  Fail  n'a  vu  le  jour  qu'après  la  mort  de  l'auteur,  et  quoique  M.  A. 
dise  dans  son  introduction  (t.  I,  p.  xxx)  qu'il  est  permis  de  supposer  que  celui- 
ci  en  a  revu  les  épreuves,  la  chose  nous  paraît  au  moins  douteuse.  Il  est  telle 
faute  de  l'édition  de  1585,  la  première  de  toutes,  qui  nous  semble  difficilement 
conciliable  avec  l'assertion  du  nouvel  éditeur.  Ainsi,  t.  II,  p.  266,  à  propos  de 
l'expression  :  «  par  sa  foy  et  en  parole  de  gentil-homme,  »  on  trouve  cité  entre 
parenthèses  un  auteur  du  nom  de  Iserma,  qui  disait  que  ces  mots  étaient  «  le 
»  plus  estroit  seau  de  toutes  les  promesses.  »  Le  nom  de  Iserma,  qui  se  trouve 
dans  les  éditions  de  1585  et  de  1598,  cohime  dans  celles  de  Guichard  et  de 
M.  A.,  nous  paraît  altéré.  Il  faut  sans  doute  le  changer  en  Isernia  et  reconnaître 
sous  ce  nom  un  célèbre  jurisconsulte  du  xiv*  siècle,  Ant.  Rampinus  de  Isernia, 
mort  en  1353  et  auteur  d'un  commentaire  sur  les  constitutions  de  la  Sicile  et  sur 
l'usage  des  fiefs'.  On  ne  doit  pas  s'étonner  de  voir  le  nom  d'un  vieux  légiste 
italien  altéré  par  Du  Fail,  ou  plutôt  par  son  imprimeur,  lorsque  l'on  considère  que 
celui  d'un  magistrat  et  historien  breton,  contemporain  de  notre  auteur,  le  célèbre 
d'Argentré,  a  été  changé  dans  l'édition  de  1585  (fol.  104  v°)  en  d'Argentier 2. 

Tome  II,  p.  85  de  l'édition  de  M.  A.  on  trouve  mentionné  «  M.  de  Montebon, 
»  lors  garde  des  seaux  de  France.  »  Telle  est  aussi  la  leçon  des  éditions  de  1585 
et  de  1 598  (p.  218);  mais  elle  est  fautive  et  doit  être  remplacée  par  Montelon, 
ou,  comme  on  trouve  écrit  plus  souvent,  Montholon. 

Peut-être  aussi  est-il  permis  de  supposer  que  si  Noël  Du  Fail  avait  présidé  à 
l'impression  de  son  livre,  il  n'aurait  pas  manqué  de  reconnaître  l'erreur  de  nom 
qui  se  trouve  dans  la  phrase  suivante  :  «  ce  que  pratiqua  Maximilian  et  ses 
»  successeurs  pour  le  regard  du  royaume  de  Navarre,  où  ils  n'ont  aucun  droit 
»  qu'une  possession  violente  î.  »  Quoique  les  deux  derniers  éditeurs  aient  négligé 

1.  Voyez  le  Dictionnaire  historique  de  Moren,  édition  de  1759,  t.  VI,  article  Isernia. 
Le  nom  de  ce  personnage  manque  dans  la  Biographie  universelle  de  Michaud.  comme  dans 
la  Biographie  générale  de  Didot. 

2.  La  bonne  leçon  est  donnée  dans  l'édition  de  1 598  (p.  259). 

3.  Édition  Assézat,  t.  I,  p.  293. 


184  REVUE   CRITIQUE 

d'en  faire  la  remarque,  il  est  évident  que  le  nom  de  Maximilian  n'est  ici  que  le 
résultat  d'une  défaillance  de  mémoire  ou  d'un  lapsus  calami,  et  qu'il  occupe  la 
place  de  celui  de  Ferdinand  d'Aragon,  Noël  Du  Fail  ayant  confondu  ensemble 
les  deux  grands-pères  de  Charles-Quint  dans  les  deux  lignes,  paternelle  et  mater- 
nelle. Enfin,  nous  avons  peine  à  croire  que  Noël  Du  Fail  aurait  laissé  passer  la 
mauvaise  leçon  Proconime  pour  Copronyme  ';  ou  celle  de  Mont-Ferrat  pour 
Mont-Serrat2. 

Quoique  M.  A.  ait,  en  général,  coUationné  avec  soin  le  texte  de  Du  Fail  sur 
les  anciennes  éditions,  et  principalement  sur  celle  de  1 585,  il  est  quelques  cas 
où  il  a  négligé  de  le  faire,  ce  qui  l'a  induit  à  recevoir  dans  son  édition  des  leçons 
fautives.  Ainsi,  t.  II,  p.  231,  on  lit  :  «  et  qu'ainsi  se  dressèrent  et  façonnent  les 
»  plus  heureuses  vies,  »  tandis  que  la  réédition  donne  se  dressent  (fol.  1 58  r"). 
T.  II,  p.  154,  ligne  3,  dans  l'expression  :  comme  plusieurs  sont,  il  faut  lire 
font,  avec  l'édition  de  1 585  (folio  1 17  v°,  ligne  anté-pénultièmej  et  celle  de  1 598 

(p.  291).  Ibidem,  p.  205,  dans  cette  phrase  :  «  Vous  vous  donniez à  tous 

»  les  harquebusiers  d'Enfer,  mariez  ou  autrement,  que  feriez  maistre  d'eschole,  » 
il  faut  lire  seriez,  avec  l'édition  de  1 585  (fol.  145  v°),  celle  de  1 598  (p.  352, 
ligne  2)  et  celle  de  Guichard  (p.  308).  Il  y  a  là  un  échantillon  de  l'inconvénient 
des  s  longues,  pour  me  servir  d'une  expression  de  M.  A.  (II,  p.  1 57,  note  4). 

T.  I,  p.  56,  on  trouve  cette  phrase  :  «  Autant  on  peut  l'on  dire  de  noz  Dames 
»  d'aujourd'huy,  lesquelles  ne  prennent  point  de  passe  temps  à  voir  un  povre 
»  languissant  se  donner  au  diable  et  se  désespérer,  qu'à  le  voir  à  tous  propos 
»  changer  contenance  et  perdre  grâce  pour  la  veuë  d'elles.  »  Au  lieu  de  point 
il  nous  paraît  préférable  de  lire  moins,  comme  on  voit  dans  l'édition  Guichard 
(p.  5 1).  T.  I,  p.  292,  dans  la  phrase  «  les  preuves  furent  si  courantes,  et  prou- 
»  vèrent  les  parties  si  bien  leurs  faicts  de  tous  costez,  etc.  »,  la  bonne  variante 
concluantes  pour  courantes,  se  trouve  non-seulement  dans  l'édition  de  1603, 
mais  encore  dans  celle  de  1 598  (p.  90),  dont  M.  A.  ne  paraît  pas  avoir  fait 
usage. 


1.  Édition  Assézat,  II,  318;  cf.  l'édition  de  1585,  fol.  199  v*  et  l'édition  de  1598, 
p.  489.  La  première  écrit  même  Proconimeou,  Chie  en  fons,  faute  reproduite  dans  celle 
de  1598.  Une  faute  d'impression  toute  semblable  a  fait  admettre  par  un  savant  professeur 
de  l'Université  qu'il  existait  dans  notre  langue  au  XVII*  siècle  un  mot  ainsi  écrit  :  balou. 
Feu  M.  Fr.  Collet,  ayant  lu  dans  les  Œuvres  du  chevalier  de  Méré  la  phrase  suivante  : 

«  Mais  s'il  arrive qu'il  se  faille  sauver  du  balou  de  la  fête,  comme  d'un  naufrage,  » 

a  cru  que  le  terme  souligné,  qu'il  fait  suivre  du  mot  (sic),  pouvait  signifier  «  désordre,  » 
au  lieu  de  supposer  simplement  qu'il  devait  être  décompose  en  ces  deux  mots  :  bal  ou. 
Voyez  Fait  inédit  de  la  vie  de  Pascal.  —  L'auteur  des  Provinciales  et  le  chevalier  de  Miré, 
Paris,  1848,  in-8',  p.  27. 

2.  Dans  ce  curieux  passage  :  «  Et  sans  aller  si  loin,  quand'nostre  Mabile  de  Rennes 

»  chantoit  un  lay  de  Tristan  de  Leonnois  sur  sa  viole,  ou  une  Ode  de  ce  grand  Poëte 
»  Ronsard,  n'eussiez  vous  jugé  que  cestuy  cy  sous  le  desespoir  de  sa  Cassandre  se  voulust 
»  confiner,  et  rendre  en  la  plus  estroite  observance  et  hermitage  qui  soit  sur  le  Mont- 
»  ferrât  :  et  l'autre  laissant  son  Yseult,  se  fourrer  et  jetter  aux  depiteuses  poursuytes 
»)  de  la  beste  Glatissant.  »  Édition  de  1585,  fol.  102  V;  édition  Assézat,  II,  117,  118. 
Celle-ci  porte  Montferrat  en  un  seul  mot.  Quant  à  l'édition  de  i  $98,  elle  reproduit  servi- 
lement (p.  255,  l.  i")  la  mauvaise  leçon  de  celle  de  1585. 


d'histoire  et  de  littérature.  185 

Tome  II,  p.  79,  80,  il  est  question  de  l'embarras  où  se  trouvèrent  les  Vénitiens 
quand  le  roi  Louis  XII  «  leur  envoya  pour  Ambassadeur  un  Conseiller  du  Par- 
»  lement  de  Paris,  sachant  bien  peu,  et  parlant  encore  moins,  mais  bien  riche  : 
»  lequel  aussi  n'avoit  que  les  instructions  générales,  comme  s'ils  avoient  eu  force 
»  vin,  si  la  canelle  seroit  à  bon  pris,  car  le  fmet  qui  estoit  avec  luy,  partoit  la 
»  marchandise  déliée.  »  Au  lieu  de  partoit,  imparfait  du  verbe  partir,  dans  le 
sens  de  partager  (cf.  Littré,  verbo  partir,  n°  i  et  à  l'historique  du  n"  2),  qui  est 
la  leçon  de  la  première  édition  (fol.  85  r°)  et  de  celle  de  1 598  (p.  211),  M.  A. 
a  imprimé  portoit,  comme  avait  fait  Guichard  (p.  236),  et  cela  sans  avertir  du 
changement.  Mais  partir  la  marchandise  déliée  nous  paraît  pouvoir  s'expliquer 
fort  bien  par  «  être  chargé  de  diviser,  partager,  départir  à  qui  de  droit  le  con- 
«  tenu  des  instructions  secrètes.  « 

M.  A.  n'a  pas  borné  ses  soins  à  l'établissement  d'un  bon  texte  :  il  y  a  joint  une 
préface  intéressante  et  un  commentaire  où  il  a  essayé  d'expliquer  la  plupart  des 
difficultés  que  présente  la  lecture  de  Noël  Du  Fail,  soit  au  point  de  vue  de  la 
langue,  soit  en  ce  qui  touche  les  matières  très-variées  traitées  par  l'auteur.  Ces 
notes  annoncent  de  la  lecture  et  un  esprit  juste  et  sagace.  Peut-être  un  commerce 
plus  intime  avec  nos  écrivains  du  xvi«  siècle,  ou  même  un  plus  fréquent  recours 
à  certains  ouvrages  modernes,  notamment  au  Dictionnaire  comique  de  Le  Roux, 
à  quelques  livres  sur  nos  patois  et  au  beau  travail  de  M .  Littré,  auraient-ils  pré- 
servé le  commentateur  de  certaines  erreurs.  Ainsi,  au  tome  F",  p.  49,  le  mot 
escarbillat  est  traduit  par  hardi.  N'aurait-il  pas  mieux  valu  écrire  :  gai,  éveillé, 
réjoui,  plaisant,  sens  que  Le  Roux  indique  sous  le  mot  escarbillard  ',  en  citant  à 
l'appui  deux  vers  de  Hauteroche.  —  Ibidem,  p.  5  3,  dans  la  phrase  :  sans  récom- 
penser celui  qui  a  desservi,  desservir  est  donné  comme  un  simple  synonyme  de 
servir,  tandis  qu'il  signifie  mériter,  sens  très-usité  au  moyen-âge  et  au  xvf  siècle, 
et  qui  est  resté  dans  l'anglais  îo  deserve.  Dans  l'ancien  français  déserte  ou  desserte 
signifiait  ce  qu'on  mérite 2.  —  P.  75,  1.  3,  le  mot  Huleu  n'est  pas  expliqué.  Il 
désignait,  comme  on  sait,  un  mauvais  lieu,  et  Henri  Estienne  a  mentionné  le 
huleu  de  Paris'.  Dans  un  autre  passage  (t.  II,  p.  282)  Noël  Du  Fail  parle  d'une 
«  gueue  »  (et  non  gueve,  on  dirait  maintenant  gueuse)  «  qui  avoit  servi  les  con- 
»  frères  de  Hurlep.  »  Ce  dernier  mot  est  une  autre  forme  du  terme  huleu. 

1.  Cf.  le  même,  verbo  rat,  t.  II,  p.  388,  sous  l'expression  avoir  des  rats;  Roquefort, 
Glossaire  de  la  langue  romane;  I,  491,  verbo  escarbillart;  et  Victor  Fournel,  les  Contem- 
porains de  Molière,  t.  I",  p.  282,  note. 

2.  Cf.  Littré,  verbo  desserte,  étymologie,  et  ces  vers  deTahureau,  adressés  à  Henri  II: 

Et  comme  ta  grand  main  ouverte 

Sçait  bien  les  doctes  guerdonner, 

Et  aux  braves  hommes  donner 

A  leurs  faits  pareille  desserte. 
Poésies  de  Jaques  Tahureau,  publiées  par  Prosper  Blanchemain,  Paris,  1870,  in-12,  t.  I, 
p.  1 5.  Desservir  est  très-souvent  employé  dans  le  sens  de  mériter  par  un  poète  bordelais 
de  la  première  moitié  du  XVI"  siècle,  dont  les  écrits  viennent  d'être  exhumés  par  un  de 
nos  savants  collaborateurs.  Voyez  les  Œuvres  de  Jean  Rus...  publiées...  par  Philippe 
Tamizey  de  Larroque,  1875,  in-8%  p.  30,  31,  47. 

3.  Apologie  pour  Hérodote,  édition  de  1566,  au  mois  de  novembre,  p.  339. 


iSè  REVUE   CRITIQUE 

Tome  P',  p.  1 30,  il  est  question  d'une  jatte  «  toute  pleine  d^eau  seigneuse 
»  (teinte  de  sang),  tripes,  amers,  escailies  de  poisson,  »  jetée  par  mégarde  sur 
la  robe  d'un  amoureux  ridicule,  et  cela  «  si  à  point  que  vous  l'eussiez  dit  estre 
»  une  traînée  pour  les  Escoufles  (milans)  et  pyes.  »  Le  mot  traînée  est  traduit 
par  «  un  épouvantail.  »  Mais  ne  vaudrait-il  pas  mieux  l'interpréter  par  un  appât 
(cf.  Littré,  verbo  traînée,  n**  3).  Plus  loin  (p.  1 34,  note  4)  il  a  été  expliqué  par 
appeau.  Dans  trois  autres  passages  (t.  II,  p.  12,  57  et  76,  1.  5)  le  mot  traînée 
ou  traisnée  signifie  seulement  ruse,  comme  dans  un  passage  de  la  condamnacion 
de  Bancquet,  où  meschante  traînée  rime  avec  layde  menée  ' .  —  Dans  le  premier 
chapitre  des  Baliverneries,  intitulé  :  Eutrapel  amené  un  villageois  coqu  à  Polygame, 
le  malheureux  villageois  s'exprime  ainsi  (p.  154):  «  C'est  un  passe  temps  que  de 
i)  ma  femme  tout  le  monde  s'en  sert,  ma  femme  a  beau  monter  aux  eschafîaux, 
»  je  suis  des  jouans.»  L'éditeur  ne  paraît  pas  avoir  saisi  le  jeu  de  mots  renfermé 
dans  l'expression  :  je  suis  des  jouans,  car  il  traduit  ce  terme  par  comédiens. 
Mais  il  y  a  évidemment  ici  une  allusion  au  mot  Jean  (au  moyen-âge  Joannes), 
souvent  employé  autrefois,  ainsi  que  son  diminutif  Janin  ou  Genin,  pour  désigner 
un  mari  trompé  2.  Plus  loin  le  mari  malheureux  s'appelle  lui-même  le  bon  Jan 
(p.  160);  ailleurs  (p.  161,  1.  2)  il  est  nommé  le  pauvre  Jan.  Plus  loin  encore 
(p.  162),  sa  femme  l'ayant  interpellé  par  son  petit  nom:  Ah!  Jan,  Eutrapel 
ajoute  par  manière  de  réflexion  :  quand  le  nom  convient  aux  choses,  cela  est 
galant.  Cf.  encore,  p.  170,  1.  2. 

Dans  un  passage  (p.  164)  oii  Eutrapel  passe  en  revue,  avec  force  équivoques, 
la  plupart  fort  sales,  les  différentes  façons  dont  usent  les  individus  de  diverses 
professions,  en  se  livrant  aux  plaisirs  de  l'amour,  il  emploie  les  mots  «  le  Bou- 
»  langer,  sur  le  sac  au  bran.  »  L'éditeur  a  cru  que  ce  dernier  mot  ne  signifiait 
que  du  son,  tandis  qu'il  veut  dire  aussi  des  excréments  3.  —  T.  II,  p.  20,  on 

1.  Le  Théâtre  français  avant  la  Renaissance...  par  M.  Edouard  Fournier.  Paris  (1872), 
grand  in-S"  à  2  colonnes,  p.  245  B. 

2.  Cf.  Le  Roux,  Dictionnaire  Comique,  II,  38,  où  Jean  est  traduit  par  Cornard  ;  le 
même,  verbo  Jan  et  verbo  Janin;  Francisque  Michel,  Etudes  de  philologie  comparée  sur  l'ar- 
got, p.  237;  et  ces  passages  de  Henri  Estienne  :  «  Et  de  mon  temps,  qui  eust  enduré 
»  une  telle  response,  eust  esté  jugé  cousin  germain  d'un  Janin.  »  Deux  dialogues  du  nou- 
veau langage  français  italianizé,  édit.  d'Anvers,  1 583 ,  p.  3  55.  —  «  Et  quand  on  dit  un 
»  bon  Jannain  (que  le  vulgaire  prononce  Genin)  cela  s'entend  proprement  d'un  pitaut  qui 
»  prend  bien  en  patience  que  sa  femme  luy  face  porter  les  cornes.  »  Apologie  pour  Héro- 
dote, p.  19.  Voyez  enfin  Charles  Nisard,  Etudes  sur  le  langage  populaire  ou  patois  de  Paris 
et  de  sa  banlieue,  Paris,  1872,  in-8*,  p.  342;  et  Littré,  verbo  Jean,  n"  3  et  à  Thistorique 
et  verbo  Jeannin.  Dans  la  farce  de  la  pippée,  on  trouve  la  forme  Jouhin  (éd.  Fournier,  op. 
suprà  laudatum,  p.  144  b.  Cf.  ibidem,  p.  193  b  et  note  i). 

3.  Cf.  le  comte  Jaubert,  Glossaire  du  centre  de  la  France,  2«  édit.,  verbo  bren;  Littré, 
verbo  bran,  n°  3  et  verbo  breneux.  Voyez  encore  ces  mots  de  Brantôme  :  «  car  (de  ce 
»  temps-là)  les  places  n'estoient  breneuses  ny  merdeuses ,  comme  force  que  l'on  a  veu 
B  despuis.  »  Œuvres  complètes  de  Pierre  de  Bourdeille,  édition  Ludovic  Lalanne,  t.  III, 
p.  152.  Cf.  enfin,  les  Serées  de  Guillaume  Bouchet;  édition  Roybet,  Paris,  1874,  in-18, 
t.  III,  p.  34,  35;  et  le  dernier  vers  de  la  farce  du  munyer  (éd.  Fournier,  p.  171). —  On 
appelle  bren  d'agacé  (picae  stercus)  la  gomme  du  cerisier,  du  prunier  et  d'autres  arbres 
qui  portent  des  fruits  à  noyaux.  Nouvelles  observations  sur  les  patois  romans  usités  en  Bel- 
gique, par  le  baron  de  Reifîenberg.  Extrait  du  t.  VI,  n°  8  des  Bulletins  de  l'Académie 
royale  de  Bruxelles. 


d'histoire  et  de  littérature.  187 

rencontre  l'expression  «  bailleur  de  fèves  a  mycroist,  »  sur  laquelle  l'éditeur 
donne  la  note  suivante  :  «  Mauvais  plaisant,  qui  donne  des  fèves  pour  des  pois, 
»  dit  un  ancien  proverbe.  On  disait  aussi  mi-cru  pour  à  demi  cuit;  my-croist  doit 
»  se  rattacher  à  cette  idée.  »  Nous  croyons  que  les  expressions  donner  un  pois 
pour  une  fève  ou  rendre  fève  pour  pois  n'ont  rien  à  faire  ici  ;  et  que  dans  my- 
croist la  seconde  syllabe  n'est  autre  chose  que  le  mot  croît,  qui  figure  encore  dans 
la  locution  bail  à  croît.  Cf.  Littré,  verbo  croît. 

Tome  P",  p.  222,  Lupolde  dit  à  Eutrapel  :  «  Je  n'ay  jamais  vu  honneste 
))  homme,  pourvu  que  préalablement  il  eust  juré  de  calomnie  et  purgé  de  conseil, 
»  qui  plus  ne  prisast  et  estimast  un  simple  praticien,  qu'une  douzaine  de  tels 
»  spadassins  comme  tu  es,  mon  enfant,  etc.  »  Les  mots  soulignés  sont  ainsi 
rendus  par  M.  A.  :  «  Il  ait  déjà  eu  affaire  aux  juges  pour  demander  réparation 
»  d'une  calomnie  ou  consulter .?  «  Ne  vaudrait-il  pas  mieux  les  traduire  ainsi  : 
il  eût  prêté  le  serment  de  calomnie  '  et  ne  fût  pas  pourvu  d'un  conseil  judiciaire  ? 
On  rencontre  encore  en  partie  les  mêmes  termes  dans  cet  autre  passage  :  «  Nous, , 
»  M.  Jean  aagé  de  trente  ans,  purgé  de  conseil  ou  environ,  etc.^  ;  et  dans  ce 

troisième:  « que  au  préalable tu  ne  sois  deuement  et  canoniquement 

»  purgé  de  calomnie  et  conseil,  et  judiciairement  licentié  de  ce  faire?.» 

Tome  II,  p.  21,  ligne  dernière,  on  trouve  dans  un  discours  adressé,  à  fin  de 

récusation,  par  un  défendeur  à  son  juge,  l'expression  :   «  Toutefois  s'il  estoit 

»  regargé  ou  (d'après  une  variante)  regardé,  »  sur  laquelle  l'éditeur  a  fait  la  note 

que  voici  :   «  Rendu  ordonnance  contraire.   Mais  je  ne  trouve  pas  regargé  et 

»  regardé  dans  ce  sens  est  un  peu  tiré  par  les  cheveux,  quoi  qu'il  signifie  quel- 

»  qneMs  jugé.  »  Mais  la  vraie  leçon  ne  serait-elle  pas  rédargué.?  —  Page  36, 

note  2,  dans  ce  vers  : 

Qui  veut  belle  femme  querre, 

querre  est  traduit  par  avoir,  prendre,  au  lieu  de  chercher  (cf.  Littré,  verbo 
quérir,  à  la  remarque).  —  P.  67,  il  est  question  d'un  fermier  poitevin  et  du  tour 
qui  lui  fut  joué  par  le  fils  de  son  maître.  Dans  ce  récit  figure  l'expression  en 
chemissant  et  riant  en  faux  bourdon.  Sur  le  mot  chemissant  l'éditeur  a  fait  l'ob- 
servation suivante  :  «  je  rétablis  ce  mot  d'après  les  éditions  de  i  $85  et  1603,  sans 
le  bien  comprendre.  On  a  mis  depuis  chauvissant,  qui  peut  être  préférable.»  Il  est 
hors  de  doute  que  la  leçon  chauvissant  est  bien  préférable.  D'abord  elle  remonte 
au  moins  à  l'édition  de  1598  (p.  196).  Ensuite  le  verbe  chauvir  est  employé 
ailleurs  par  Noël  Du  Fail  (t.  I",  p.  129,  1.  9),  qui  y  ajoute,  il  est  vrai,  les  mots: 
des  oreilles,  qui  en  sont  le  complément  habituel 4.  —  Page  117  on  rencontre  le 
verbe  peignit  (prétérit  de  poindre)  accolé  à  piqua.  Une  note  (n°  6)  le  traduit  par 


1 .  Cf.  le  Nouveau  coutumicr  général,  apud  Littré,  verbo  calomnie,  à  la  fin  de  l'historique. 

2.  Folio  60  V»  de  l'édition  de  1585,  édit.  de  M.  A.,  II,  26. 

3.  Édition  Assézat,  II,  214. 

4.  On  peut  voir,  sur  l'expression  chauvir  ou  chauvir  de  l'oreille,  une  curieuse  note  de 
V\o\\ti-\t-ïi\ic,  Œuvres  complètes  de  Mathurin  Régnier,  Paris,  P.  Jannet,  1855,  in-i8, 
p.  90.  Cf.  les  Dialogues  de  Jacques  Tahureau,  édit.  Lemerre,  1871,  in- 18,  p.  199,  index, 
v»  oreilles;  et  Louis  du  Bois,  Glossaire  du  patois  normand,  p.  74. 


l88  REVUE   CRITIQUE 

saisit  et  ajoute  que  «  notre  mot  empoigner  pour  émouvoir  violemment  a  à  peu 
»  près  la  même  force.  »  Mais  le  sens  propre  de  poindre  est  piquer'. — P.  1 36, 
on  trouve  la  mention  de  la  vallée  de  Concreux  près  Nantes.  L'éditeur  dit  en 
note  :  «  Je  ne  trouve  dans  aucun  dictionnaire  géographique  l'indication  de  cette 
»  vallée.  »  N'y  aurait-il  pas  ici  une  sale  équivoque  entre  nates,  les  fesses  en 
latin,  et  Nannetes,  nom  de  Nantes  dans  la  même  langue  ?  —  P.  153  le  mot  nour- 
riture signifie  non  pas  la  manière  de  vivre,  comme  il  est  dit  dans  la  note  j,  mais 
l'éducation,  sens  qu'a  très-fréquemment  ce  mot  aux  xvi"  et  xvii« siècles». — 
—  P.  179  et  suivantes  se  lit  la  plaisante  histoire  d'un  apothicaire  d'Angers,  qui 
faisait  fort  l'important  «  S'il  vendoit,  dit  l'auteur,  pour  un  double  d'huile  ou 
»  raisin,  il  menoit  un  bruit,  comme  s'il  eust  vendu  autant  de  drogues  en  gros, 
»  que  les  Pepoli  de  Raguse,  ou  les  Pihiers  de  Couetils  à  Melesse.  »  L'éditeur 
dit  en  note  :  «  Le  couëtil  était  une  mesure  que  je  ne  connais  pas.  »  Mais  ne 
s'agit-il  pas  tout  simplement  de  l'espèce  de  toile  appelée  coutil?  Ce  qui  semble 
le  démontrer,  c'est  un  passage  des  Mémoires  du  Parlement  de  Bretagne,  cité  par 
M.  A.  et  où  il  est  dit  que  Bonnabes  Pihier  avait  été  taxé  à  tort  à  10  sols  par 
chacune  charge  de  couetils  achetés  hors  de  la  ville  de  Rennes.  Dans  le  Haut- 
Maine  on  dit  encore  coëtil  pour  coutil,  et  Robert  Estienne  donne  la  forme  coiti  3, 
qui  se  retrouve  dans  le  patois  normand  4. 

Page  242,  ligne  3,  l'expression  avoir  la  venue  est  traduite  par  sérénade.  L'édi- 
teur paraît  s'être  fondé  uniquement  sur  le  contexte,  où  il  est  question  d'un  cor- 
donnier «  auquel  on  rompoit  la  teste  à  force  d'aubades  et  letanies  amoureuses», 
s'adressant  à  «  sa  femme  qui  estoit  belle.  »  Mais  le  sens  propre  de  venue  est 
malheur,  mésaventure,  mauvais  tour,  ainsi  que  je  l'ai  fait  observer  ailleurs  5.  — 

P.  270  il  est  question  d'un  bon  gentilhomme  « un  semblant  trop  grand  mé- 

»  nager,  retraieur  de  terre  et  docte  annicheur  de  poules  ^  :  au  demeurant,  de 
»  bon  entendement  pour  l'aage,  etc.  «  M.  A.  traduit  retraieur  de  terre  par 
«  vivant  retiré  sur  ses  terres.  »  Ne  serait-ce  pas  plutôt  un  adjectif  dérivé  du 
verbe  retraire  et  signifiant  celui  qui  exerce  un  retrait  ou  droit  de  rachat  ^ 

Dans  la  dédicace  des  Mémoires  du  Parlement  de  Bretagne  (t.  II,  p.  381)  on 
rencontre  l'expression  :    «  ayans  été  collisez  et  imposez  à  certaines  taillées 

1.  Cf.  le  Glossaire  sur  les  Œuvres  de  Louise  Labé,  édit.  de  1824,  p.  303,  v*  pointure. 

2.  Cf.  Littré,  verbo  nourriture,  n*  5  ;  et  les  Historiettes  de  Tallemant  des  Réaux,  édit. 
Monmerqué  et  Paulin  Paris,  t.  IX,  p.  381,  Glossaire,  verbo  mouché. 

3.  Vocabulaire  du  Haut-Maine,  par  C.  R.  de  M.  (Montesson),  1859,  in-12,  p.  145. 

4.  Voyez  le  Glossaire  du  patois  normand,  par  M.  Louis  Du  Bois,  publié  par  M.  Julien 
Travers,  Caen,  1856,  in-8°,  p.  84. 

5.  Bibliotkèque  de  l'École  des  chartes,  année  1869,  p.  579  et  note  j.  Aux  deux  exemples 
de  Brantôme  que  j'ai  cités  en  cet  endroit,  j'aurais  pu  en  ajouter  plusieurs  autres  du  même 
auteur  (t.  III,  p.  91  :  donner  la  venue;  ibidem,  p.  138;  p.  267  :  avoir  la  venue;  faire 
quelque  mauvaise  veneue  à  Marseille,  t.  IV,  p.  125);  un  de  Henri  Estienne  (craignant  une 
telle  venue  en  cest  autre  livre;  Apologie  pour  Hérodote,  Henri  Estienne  à  un  sien  ami, 
p.  2,  1.  5);  et  un  de  Casaubon,  dans  une  lettre  française  publiée  par  Colomiès,  Italia 
orientalis,  p.  138,  I.  6  (quoy  qu'encore  elle  [sa  femme]  se  ressente  bien  fort  de  cette  ve- 
nue [une  urgente  maladie  dont  elle  avait  été  atteinte]). 

6.  Telle  est  la  ponctuation  de  l'édition  de  1585  (fol.  177  V)  et  de  celle  de  1 598  (p.  432). 
Le  texte  de  M.  A.  ne  met  qu'une  virgule,  et  encore  après  demeurant. 


d'histoire  et  de  littérature.  189 

»  (tailles),  »  appliquée  aux  avocats  nobles  de  Rennes.  Au  lieu  de  collisez  il  faut 
sans  doute  lire  cottisez,  ancienne  orthographe  du  verbe  cotiser  (cf.  Littré,  verbo 
cotiser,  à  l'historique).  —  Tome  II,  p.  J  i,  on  trouve  les  mots  plus  tounez  que 
fondeurs  de  cloches',  et  Noël  Du  Fail  observe  lui-même  que  tounez  est  la 
forme  bas-bretonne  de  notre  mot  étonné.  L'éditeur  a  fait  sur  ce  passage  une 
note  ainsi  conçue  :  «  Cette  locution  :  être  étonné  comme  fondeur  de  cloche 
»  devrait  être  complétée  par  quelque  indication  des  cas  dans  lesquels  ces  maîtres 
»  artistes  sont  étonnés.  On  ne  peut  pas  supposer  qu'ils  le  sont  à  l'état  chronique. 
»  A  moins  qu'on  ne  veuille  dire  par  là  que  lorsque  la  cloche  est  fondue,  le  son 
»  qu'elle  va  donner  inquiète  et  étonne  toujours  le  fondeur  qui  doit  compter 
»  plutôt  sur  le  hasard  que  sur  sa  science.  »  La  réponse  aux  doutes  et  aux  sup- 
positions de  M.  A.  se  rencontre  dans  un  petit  livre  assez  curieux  et  assez  rare, 
imprimé  il  y  a  plus  de  deux  siècles,  sous  le  titre  suivant  :  Les  maistres  d'hostels 
aux  halles,  le  cavalier  crotexte  (crotesque  ou  grotesque)  et  l'apotichaire  (sic)  empoi- 
sonné. Nouvelles  comiques^.  On  y  lit  (p.  216)  «  que  le  cavalier  crotesque  arriva 
»  en  son  logis  à  beau  pied  sans  lance,  plus  penaut  (penaud)  qu'un  fondeur  de 
»  cloches,  qui  a  manqué  de  métail.  » 

Tome  I,  p.  79,  80,  dans  le  récit  d'une  dispute  qui  s'éleva  entre  les  habitants 
de  deux  villages,  on  trouve  la  phrase  suivante  :  «  Cette  matière  fut  longuement 
»  démenée  d'un  costé  et  d'autre,  et  s' entrefussent  voluntiers  donnez  sur  le  haut  de 
»  leurs  biens,  si  d'aucuns  plus  sages  n'eussent  esté  médiateurs  et  modéré  les 
»  colères  trop  ardentes,  »  L'expression  soulignée  a  été  ainsi  traduite  par  M.  A.: 
«  se  fussent  battus  à  propos  de  la  supériorité  de  leurs  biens.  »  Ne  faudrait-il 
pas  plutôt  dire  :  se  fussent  donné  des  coups  sur  les  épaules,  car  le  haut  de  leurs 
biens  nous  semble  un  synonyme,  un  peu  recherché,  il  est  vrai,  de  casaquin, 
dans  l'expression  populaire  épousseter  le  casaquin,  donner  sur  le  casaquin  à 
quelqu'un  J.  —  Un  peu  plus  loin  il  est  question  d'un  individu  «  qui  mettoit  le  feu 
»  aux  estoupes  et  la  cloche  au  chat.  »  Cette  dernière  expression  est  traduite  ainsi  : 
«  excitait  les  disputeurs,  faisait  kiss  kiss,  comme  nous  dirions.  »  Mais  n'y  a-t-il 
pas  ici  une  allusion  à  la  fable  d'Abstemius,  imitée  d'abord  par  Faerne,  puis  par 
La  Fontaine  (Livre  II,  fable  2),  sous  le  titre  de  :  Conseil  tenu  par  les  Rats? 
Attacher  une  cloche  ou  plutôt  une  clochette,  un  grelot,  comme  dit  La  Fontaine, 
au  cou  du  chat,  exige  de  la  part  d'un  rat  une  hardiesse  peu  commune.  On  se 
rappelle  à  ce  propos  le  sobriquet  donné  à  un  des  comtes  de  Douglas,  Archibald 
Bell-the-cat. 

1.  Et  non  estonnez,  comme  a  imprimé  M.  Littré,  d'après  Pougens  {Dictionnaire,  verbo 
fondeur,  vers  la  fin  de  l'historique).  Il  y  a  sans  doute  une  allusion  à  cette  même  expression 
dans  cet  autre  passage  de  Noël  Du  Fail  :  «  qui  estonna  les  entendemens  non  assez  bien 
»  fondus  (édition  de  ijSj,  fol.  118  v*),  »  passage  dans  lequel  M.  A.  (II,  15$)  a  ajouté 
d'après  des  éditions  plus  récentes  (cf.  l'édition  de  1 598,  p.  293),  après  estonna,  le  mot 
beaucoup,  qui  ne  se  trouve  pas  dans  l'édition  originale. 

2.  Par  François-César  Oudin  de  Préfontaine.  Paris,  J. -Baptiste  Loyson,  1670;  i  vol. 
in-i2.  —  On  trouve  un  bien  curieux  exemple  de  la  locution  «  demeurer  encore  plus 
»  estonné  qu'un  fondeur  de  cloches,  »  dans  le  Mascurat  de  Gabriel  Naudé.  Jugement  de 
tout  ce  qui  a  esté  imprimé  contre  le  cardinal  Mazarin,  2'  édition,  p.  328. 

3.  Cf.  Le  Roux,  verbo  casaquin,  et  Littré. 


I9P  REVUE  CRITIQUE  ;-i-î?-*^ 

Tome  H,  p.  213,  I.  2,  Eutrapel  donne  à  l'avocat  Lupolde  le  nom  de  vieux 
Sortes,  car  c'est  ainsi  que  portent  l'édition  originale  et  les  suivantes.  M.  A.  dit  en 
note  que  de  la  répétition  du  mot  Sortes  quelques  pages  plus  loin,  on  peut  con- 
clure que  c'est  un  nom  propre,  mais  qu'il  faudrait  plus  ample  information.  A 
la  page  2 18  il  est  question  des  commencements  de  la  carrière  du  pape  Adrien  VI, 
à  Louvain,  «  du  temps  que  Sortes  couroit  et  Plato  disputoit.  »  L'éditeur  dit  en 
note  :  qu'est-ce  que  ce  Sortes  que  couroit  Adrien?  Enfin,  page  227,  il  est  fait 
mention  de  «  Dom  Jean  Simon  dit  Sortes,  de  la  paroisse  de  Sainct  Erblon  avec 
»  sa  sophisterie.  »  Et  M.  A.  ajoute  sur  le  mot  Sortes  :  «  Encore  ce  nom  comme 
«  surnom  donné  à  un  sophiste  ou  pédagogue.  Nous  pouvons  donc  le  considérer 
))  comme  celui  d'un  grammairien  qui  a  écrit  pour  la  jeunesse.  »  Nous  doutons 
fort  de  l'exactitude  de  cette  conclusion  :  dans  le  premier  et  le  troisième  passage 
le  mot  Sortes  nous  paraît  devoir  être  changé  en  Sorites  (actuellement  sorite), 
nom  d'une  espèce  d'argument  sophistique,  qui  pouvait  fort  bien  devenir  le  sobri- 
quet d'un  avocat  ou  d'un  sophiste;  et  dans  le  second  il  peut  aussi  désigner  les 
exercices  de  logique  auxquels  se  livrait  le  futur  pape.  Nous  hésiterions  davantage 
à  émettre  ces  suppositions  si,  ainsi  que  nous  l'avons  dit  plus  haut,  il  ne  s'agissait 
pas  d'un  ouvrage  posthume  et  dont,  selon  toute  apparence,  l'auteur  n'a  pas  revu 
les  épreuves. 

Les  notes  de  M.  A.  sont  pour  la  plupart  exactes  et  instructives.  On  remar- 
quera surtout  celle  relative  aux  diverses  significations  du  mot  vouge  (t.  I,  p. 32, 
3  3).  D'autres  présentent  quelques  anachronisraes,  quelques  inadvertances,  fruit 
d'un  rédaction  un  peu  précipitée.  C'est  ainsi  qu'à  propos  d'un  passage  (II,  24) 
où  Noël  Du  Fail  se  plaint  des  progrès  de  la  vénalité  des  charges  vers  l'année 
1 5  5 1 ,  l'éditeur  dit  dans  une  note,  que  François  I*""  «suivant  l'exemple  de  Louis XII 
»  et  l'outrant,  fit  à  cette  époque  par  la  vente  des  charges  les  fonds  nécessaires 
»  pour  soutenir  ses  guerres  d'Italie.  »  Mais  en  1 5  5 1  il  y  avait  quatre  ans  que 
François  P""  était  mort.  Tome  r%  p.  233,  le  titre  de  beau-père  de  Louis  XI 
est  donné  au  seigneur  de  Bresse,  depuis  duc  de  Savoie ,  sous  le  nom  de 
Philippe  II.  C'est  sans  doute  le  résultat  d'un  lapsus  calami  ou  d'une  erreur 
typographique,  car  Philippe,  comte  de  Bresse,  n'était  que  le  beau-frère  de 
Louis  XI. 

Tome  II,  p.  118,  note  2,  il- est  dit  que  le  comte  de  Caylus,  à  la  finduxviii^s., 
a  remis  à  la  mode  Tristan  et  Yseult.  Le  nom  du  comte  de  Caylus  nous  paraît 
écrit  ici  pour  celui  du  comte  de  Tressan.  Dans  l'introduction  (I,  p.  xij)  il  est  fait 
mention  du  maréchal  de  Brissac,  sous  le  titre  de  duc  de  Cossé  Brissac.  Mais  le 
comté  de  Brissac  ne  fut  érigé  en  duché-pairie  qu'en  i6i  i,  c'est-à-dire  soixante 
ans  après  l'époque  dont  il  s'agit.  —  T.  II,  p.  88,  n.  1,  François  II,  duc  de  Bre-, 
tagne,  est  nommé  frère  de  Charles  VIII  et  de  Louis  XII.  C'est  beau-père  qu'il 
aurait  fallu  écrire.  Ibidem,  p.  1 58,  n.  3,  à  propos  de  l'expression  une  once  de  la 
peur  de  sainct  Valier,  il  est  dit  que  la  peur  qu'éprouva  Jean  de  Poitiers,  seigneur 
de  Saint- Vallier,  avant  de  recevoir  sa  grâce  sur  l'échafaud,  lui  donna  une  fièvre 
qui  l'emporta  quelques  jours  après,  M.  A.  reproduit  ici  une  erreur  fort  ancienne, 
puisqu'elle  remonte  à  Etienne  Pasquier.  Mais  on  sait,  par  les  recherches  de 


d'histoire  et  de  littérature.  191 

M.  Georges  Guiffrey  ',  que  Saint- Vallier  survécut  longtemps  à  sa  condamnation 
et  à  sa  grâce  (i  524)  et  qu'il  mourut,  selon  toute  probabilité,  en  1539. 

Une  portion  du  travail  de  M.  A.  qui  nous  paraît  tout  particulièrement  digne 
d'éloges,  c'est  l'index  qui  termine  le  second  volume.  Cet  index  est  un  complé- 
ment des  plus  utiles  pour  un  ouvrage  où  il  est  traité  d'une  foule  de  sujets,  parmi 
lesquels  il  en  est  beaucoup  qui  ne  sont  touchés  qu'incidemment  et  comme  en 
passant.  Le  travail  de  M.  A.  présente  toutefois  quelques  omissions.  On  y  cher- 
cherait vainement,  par  exemple,  l'expression  in  gambe  (Noël  Du  Fail  écrit  ainsi), 
origine  de  notre  adjectif  ingambe.  Cette  expression,  dont  le  savant  La  Monnoye 
attribue  le  premier  emploi  à  Du  Fail  2,  mais  qui  se  rencontre  déjà  sous  la  forme 
en  gambe  dans  Martin  Du  Bellay,  a  cependant  fait  l'objet  d'une  note  de  M.  A. 
(II,  $0,  n.  2).  —  M.  A.  a  eu  aussi  une  idée  des  plus  heureuses,  en  reproduisant 
à  la  fin  du  second  volume,  sous  le  titre  d'appendice,  la  dédicace  placée  par  Noël 
Du  Fail  en  tête  de  la  compilation  publiée  par  lui,  en  1 579,  sous  le  titre  de  : 
Mémoires  recueillis  et  extraits  des  plus  notables  et  solennels  arrests  du  Parlement  de 
Bretagne.  C'est  un  morceau  fort  curieux  et  qui  méritait  bien  d'être  détaché  des 
trois  éditions  in-folio  et  in-quarto  du  recueil  auquel  il  sert  de  préface.  —  M.  A. 
aurait  pu  indiquer  plusieurs  ressemblances  entre  certains  passages  des  Œuvres 
facétieuses  de  Noël  Du  Fail  et  des  passages  d'auteurs  ses  devanciers  ou  ses  con- 
temporains. Ainsi  à  la  p.  298  du  i"  volume  on  rencontre  cette  réflexion  :  «  me 
»  souvenant  des  grands  Princes,  qui  gagent  (risquent)  la  vie  de  cinquante  mille 
»  hommes,  où  ils  ne  couchent  rien  du  leur,  resemblans  au  singe  qui  tire  les 
»  chastaignes  de  sous  la  braise  avec  la  patte  du  lévrier  endormy  au  fouyer.  « 
La  même  idée,  moins  la  comparaison  finale,  a  été  ainsi  exprimée,  en  termes  pres- 
que identiques,  par  Guillaume  Bouchet  :  «  Les  Princes  ne  craignans  point  de 
»  gager  la  vie  de  trente  mille  hommes,  où  ils  ne  couchent  rien  du  leur  ?.  « 

Cet  article  est  déjà  bien  long,  et  cependant  je  m'y  suis  beaucoup  plus  occupé 
du  travail  de  M.  A.  que  du  texte  de  son  auteur.  Mais  c'est  qu'il  n'y  a  plus  grand 
chose  de  neuf  à  dire  sur  des  écrits  qui  datent  d'environ  trois  siècles  et  qui  ont 
été  bien  souvent  réimprimés.  Il  nous  serait  facile  de  signaler  dans  les  Œuvres  de 
Noël  Du  Fail  nombre  de  passages  remarquables  par  l'aisance  et  le  naturel  du 
style;  plus  d'un  modèle  de  narration  vive  et  plaisante,  plus  d'un  petit  tableau 
exquis  des  scènes  de  la  vie  champêtre.  On  y  trouvera  maint  renseignement  pré- 
cieux pour  la  connaissance  des  mœurs,  des  usages,  des  opinions  du  temps  où 
vivait  l'auteur.  C'est  un  de  ces  recueils  qui  méritent  de  trouver  place  dans  la 
bibliothèque  de  tous  les  amis  de  notre  ancienne  langue  et  de  notre  vieille  litté- 
rature. Aussi  peut-on  en  dire,  et  peut-être  avec  encore  plus  de  raison,  ce  que 
Bayle  écrivait  dans  sa  lettre  du  23  novembre  1674,  à  propos  d'un  imitateur  de 
Noël  Du  Fail  :  «  Voulez-vous  avoir  un  livre  qui  en  vaut  la  peine  (il  y  a  quelques 

1.  Lettres  inédites  de  Dianne  de  Poytiers,  publiées avec  une  introduction  et  des  notes. 

Paris,  V^  Jules  Renouard,  1866,  in-8°,  p.  xviij,  note  2. 

2.  Noei  borguignon  de  Gui  Barôzai,  5«  édition,  Dijon,  1776,  in-12,  Glossaire,  article 
Gambie,  p.  241. 

j.  Les  Serées,  édition  Roybet,  t.  III,  p.  17. 


192  REVUE   CRITIQUE    D'HISTOIRE    ET    DE    LITTÉRATURE. 

«  obscénités^  sed  omnia  sana  sanis),  achetez  VHexaméron  rustique  qui  est  de  la 

»  main  de  M.  La  Mothe  Le  Vayer.  » 

C.  Defrémery. 


LIVRES  DÉPOSÉS  AU  BUREAU  DE  LA  REVUE. 

Am  Sarge  und  Grabe  des  D'Th.  Const.  von  Tischendorf  (Leipzig,  Hinrichs).  —  An- 
leitung  zu  wissenschaftlichen  Beobachtungen  aufReisen.  Herausg.  v.  Neumayer  (Berlin, 
Oppenheim).  —  Becq  de  Fouquières,  Documents  nouveaux  sur  André  Chénier  (Paris, 
Charpentier).  —  Brandes,  Abhandiungen  zur  Geschichte  des  Orients  im  Alterthum 
(Halle  a.  S.,  Lippert'sche  B.).  —  Clos,  Étude  sur  la  municipalité  de  Toulouse;  Re- 
cherches sur  la  première  époque  de  l'histoire  municipale  de  Toulouse  (deux  extr.  des 
Mém.  de  lAcad.  des  sciences  et  belles-lettres  de  Toulouse).  —  Courrière,  Histoire  de  la 
littérature  contemporaine  en  Russie  (Paris,  Charpentier).  —  De  Goeje,  Bijdrage  tôt  de 
Geschiedenis  der  Zigeuners  (Amsterdam,  Van  der  Post).  —  Dowden,  Shalcspere,  his 
Mind  and  Art  (London,  King  and  Co.)-  —  Dr^egeu,  Historische  Syntax  der  lateinischen 
Sprache.  2.  Th.,  2.  Haelfte  (Leipzig,  Teubner).  —  Dùhring,  Cursus  der  Philosophie. 
l.  Lief.  (Leipzig,  Koschny).  —  Gerland,  Anthropologische  Beitraege.  L  Bd.  (Halle  a. 
S.,  Lippert'sche  B.).  —  Grassmann,  Wœrterbuch  zum  Rig-Veda,  4.  Lief.  (Leipzig, 
Brockhaus).  —  Halleguen,  Armorique  et  Bretagne.  Histoire  littéraire  (Paris,  Didier). 
—  Hartel,  Homerische  Studien.  III  (Wien,  Gerold's  S.).  —  Hehn,  Kulturpflanzen  u. 
Hausthiere.  2.  Aufl.  (Berlin,  Borntraeger).  —  Henke's  Neuere  Kirchengeschichte,  hrsg. 
V.  Gass.  Bd.  I.  (Halle  a.  S.,  Lippert'sche  B.).  —  Les  Stances  de  Bhartrihari  tr.  p. 
Regnaud  (Paris,  Leroux).  —  Mahaffy,  Social  Life  in  Greece  (London,  Macmillan  and 
Co.). — Sachs,  Encyclopaedisches  Wœrterbuch  d.  franzœsischen  u.  deutschen  Sprache. 
Th.  L,  fasc.  3  et  4  (Paris,  Ghio).  —  Saint-Marc  Girardin,  Jean-Jacques  Rousseau, 
p.  avec  intr.  p.  Bersot,  2  vol.  (Paris,  Charpentier).  —  Schmidt  (E.),  Richardson, 
Rousseau  und  Gœthe  (lena,  Frommann).  —  I.  ScHiMiDT,  De  Herodotea  quae  fertur  Uita 
Homeri  (Halis  Sax.,  Lippert'sche  B.).  —  J.  Schmidt,  Leibnitz  und  Baumgarten  (Halle 
a.  S.,  Lippert'sche  B.).  —  Stèle  de  Yehrwmelek  roi  de  Gebal.  Communication  faite  à 
l'Académie  des  inscriptions  par  le  comte  de  Vogué  (Paris,  Baudry).  —  Vergili  Maronis 
Opéra  éd.  Forbiger.  Pars  III.  Ed.  quarta  (Lips.,  Hinrichs).  —  Werder,  Vorlesungen 
ùber  Shakespeare's  Hamlet  (Berlin,  Hertz).  —  Wilhelm's  von  Poitiers.  Gesta  Guilelmi 
ducis  Normannorum  et  régis  Anglorum,  von  Boerting  (Dresden,  Blochmann).  — 
Wùstenfeld,  Bahrein  und  Jemâma  (Gœttingen,  Dieterich). 


Le  propriétaire-gérant  :  F.  VIEWEG. 


Nogent-le-Rotrou,  imprimerie  de  A.  Gouverneur. 


contenant  une  bonne  édition  du  catéchisme  lithuanien  de  1547);  Litauische 
Studien,  von  Geitler.  Prag,  Mourek.  In-8%  12^  p.  (sans  grande  valeur).  — 
MiKLOSiCH,  Alislovenische  Formenlehre  (nous  publierons  prochainement  un  article 
sur  cet  ouvrage).  —  Parallel-Tabellen  zur  griechisch-rœmischen  Chronologie. 
Leipzig,  Teubner.  In-16,  VJ-54P.  (sera  d'un  grand  secours  pour  les  travailleurs). 


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DES  PRINCIPALES   PUBLICATIONS   FRANÇAISES   ET    ÉTRANGÈRES. 


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annoncés  dans  ce  bulletin ,  ainsi  que  ceux  qui  font  l'objet  d'articles  dans  la 
Revue  critique.  Elle  se  charge  en  outre  de  fournir  très-promptement  et  sans 
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Abd-AI-Rahmann  Al-Sufi.  Descrip- 
tion des  étoiles  fixes  composée  au  milieu 
du  X'  siècle  de  notre  ère.  Traduction 
littérale  de  deux  manuscrits  arabes  de  la 
Bibliothèque  royale  de  Copenhague  et  de 
la  Bibliothèque  impériale  de  Saint-Péters- 
bourg. Avec  des  notes  par  H.  C.  F.  C. 
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u.  Rœmern.  i.  Bd.  1.  Haeifte.  Enth.  d. 
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Bœckh  (A.).  Gesammelte  kleine  Schri'"ten. 
4.  Bd.  In-8°,  viij-^7  p.  Leipzig  (Teub- 
ner). 18  fr.  75 
Les  vol.  I-VII.  98  fr.  7$ 

Boucher  de  Molandon.  Première  ex- 
pédition de  Jeanne  d'Arc.  Le  ravitaille- 
ment d'Orléans.  Nouveaux  documents. 
Plan  du  siège  et  de  l'expédition.  In-8°, 
1 16  p.  Orléans  (Colas). 

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Strassburg  (Triibner).  i  fr.  75 

Garmina  grasca  medii  aevi  éd.  G.Wagner. 
In-8*,  xv-382  p.  Leipzig  (Teubner).  12  f. 

Glason  (0.).  Sallust-Handschrift  aus  der 
Rostocker  Universitaets-Bibliothek.  In-8*, 
65  S.  Leipzig  (Teubner).  2  fr.  2j 

Glosmadeuc  (G.  de).  Sculptures  lapi- 
daires et  signes  gravés  des  dolmens  dans 
le  Morbihan.  In-8°,  80  p.  et  17  pi. 
Vannes  (imp.  Lamarzelle). 


Codici  J  petrarcheschi  délie  biblioteche 
governative  del  Regno,  indicati  per  cura 
del  ministero  dell'  Istruzione  pubblica. 
In-8',  212  p.  Roma  (tip.  romana). 

Conze  (A.).  Erster  Bericht  ûb.  die  vorbe- 
reitenden  Schritte  zur  Gesammt-Ausgabe 
d.  griechischen  Grabreliefs.  In-8*,  24  S. 
Wien  (Gerold).  60  c. 

Corpus  reformatorum.  Vol.  XXXX.  ^-4°, 
Braunschweie  (Schwetschke  und  Sohn). 

16  fr. 
Contenu:  I.  Calvini  opéra  quae  super- 
sunt omnia.  Edid.  G.  Baum,  E.  Guntz, 
E.  Reuss.  Vol.  XII. 

Draeger  (A.).  Ueber  Syntax  u.  Stil  d. 
Tacitus.  2.  verb.  Aufl.  In-8%  xv-120  S. 
Leipzig  (Teubner).  5  fr.  80 

Draeseke  (J.).  Die  Ueberlieferung  der  3. 
philippischen  Rede  d.  Demosthenes  un- 
tersucht.  In-8*,  vj-90  S.  Leipzig  (Teub- 
ner), 3  fr.  80 

Fabre  d'Envieu.  Onomatologie  de  la 
géographie  grecque,  ou  l'art  d'apprendre 
le  dictionnaire  grec  en  étudiant  la  géo- 
graphie de  la  Grèce  ancienne  et  de  ses 
colonies.  In-8%  xvj-508  p.  Paris  (Tho- 
rin), 

Feugére  (A.).  Éloge  de  Bourdaloue. 
Discours  auquel  l'Académie  française  a 
décerné  le  prix  d'éloquence  dans  sa  séance 
publique  annuelledu  13  août  1874.  In-4°, 
88  p.  Paris  (imp.  F.  Didot  frères,  fils  et 
C«). 

Forcellini(A.).  Lexicon  totius  latinitatis. 
T.  V.  distr.  LI.  Sinus  spongizo.  10-4°, 
p.  529-698.  Prati  (Aldina  edente). 

Franke  (E.).  (Celles  sont  les  différences 
essentielles  entre  les  poètes  classiques  et 
les  romanciers.?  In-4',  16  p.  Beuthen 
(Gœrlech  et  Coch).  1  fr. 


Flach  (H.)-  Das  System  der  hesiodischen 
Kosmogonie.  Dazu  e.  Plan,  enth.  die 
Vorstellg.  Hesiods  v.  Himmel,  Erde  u. 
Tartarus  (in  der  Kosmogonie)  (Holzschn- 
taf,).  In-S",  V-IJ4S.  Leipzig  (Teubner). 

3  fr.  80 

Gilbert  (G.).  Altattische  Komenverfas- 
sung.   In-S",   54  S.   Leipzig  (Teubner). 

2  fr.  25 

Glandorp  (J.).  Distichorum  proverbialium 
sententiarum  elegantissimus  liber.  Collatis 
germanicis  Agricoiae  Proverbiis  éd.  W. 
H.  D.  Suringar.  In-8',  152  p.  Leiden 
(Brill).  S  fr- 

Grammatici  latini  ex  recensioneH.  Kei- 
lii.  Vol.  VII.  Fasc.  2.  In-8°.  Leipzig 
(Teubner).  18  fr.  75 

Vol.  I-VI  et  suppl.  i82fr.  75 

Contenu  :  Terentianus  Maurus,  Marius 
Plotius  sacerdos,  Rufinus,  MalliusTheo- 
dorus,  fragmenta  et  excerpta  metrica. 

Hartmann  (E.  v.).  Die  Seibstzersetzung 
d.  Christenthums  u.  die  Religion  der 
Zukunft.  In-8*,  122  p.  Berlin  fDuncker;. 

4fr. 

Haupt  (J.).  Beitraege  zur  Literatur  der 
deutschen  Mystiker.  Gr.  in-8°,  56  S. 
Wien  (Gerold).  i  fr.  25 

Huschke  (E.).  DieMulta  und  dasSakra- 
mentum  in  ihren  verschiedenen  Anwen- 
dungen.  Zugleich  in  ihrem  grundleg.  Zu- 
sammenhange  m.  dem  rœm.  Criminal-  u. 
Civil- Processe  dargestellt.  In-8*,  viij- 
559  S.  Leipzig  (Teubner).        21  fr.  35 

Ibn-El-Athiri  chronicon  quod  perfectis- 
simum  inscribitur.  Vol.  XIII.  Corrigenda 
et  indices  continens.  Ed.  C.  J.  Tornberg. 
Pars  prior  indicum.  Gr.  in-8°,  Ixxiij- 
400  p.  Leiden  (Brill).  14  fr.  75 

Klupfel  (K.).  Literarischer  Wegweiser  f. 
gebildeteLaien.  DieJahrevon  1870- 1874. 
I.  Nachtrag  zur  4.  Aufl.  d.  Schwab,  u. 
Klupfel'schen  Wegweisers.  In-8°,  132  S. 
Leipzig  (Klinkhardt).  3  fr.  25 

L'ouvrage  complet  et  le  i"  suppl.  i4f. 

Lambert  (G.).  Les  Consuls  de  Toulon, 
commandants  militaires  et  lieutenants  du 
roy  au  gouvernement  de  la  Ville.  In-S", 
x-158  p.  Toulon  (imp.  Laurent). 

Luebker  (F.).  Reallexion  d.  classichen 
Alterthums  f.  Gymnasien.  4.  verb.  Aufl. 
Hrsg.  v.  F.  A.  Eckstein  u.  0.  Sieffert. 
Mit  zahlreichen  Abbildgn.  Gr.  in-S",  vij- 
1 16  S.  Leipzig  (Teubner).  16  fr. 


Manzoni  (A.).  Lettera  édita  la  prima 
volta  dal  marchese  F.  Taffaelli.  2.  ediz. 
In-8°,  8  p.  Milano  (Brigoia). 

Mazzini  (G.).  Scritti  editi  ed  inediti.  Vol. 
IV.  Letteratura.  Vol.  II.  In- 16,  394  p. 
Milano  (tip.  Civelli). 

Mussafia(A.).  Ueber  die  provenzalischen 
Lieder-Handschriften  d.  G.  M.  Barbieri. 
Eine  Untersuchg.  Gr.  in-8*,  68  S,  Wien 
(Gerold).  '  fr-  3  J 

Nicolai  (R.).  Griechische  Literaturge- 
schichte  in  neuer  Bearbeitg.  i.  Bd.  Die 
antik-nationale  Literatur.  2.  Haslfte.  Die 
Literatur  der  Prosa.  In-S",  iv-  u.  S.  243- 
527.  Magdeburg  (Heinrichshofen).  4  fr. 

Nordhoff  (J.  B.).  Denkwùrdigkeiten  aus 
dem  Munstcrischen  Humanismus.  Mit  e. 
Anlage  ùb.  das  frùhere  Press-  u.  Bucher- 
wesen  Westphalens.  In-8°,  xvij-253  S. 
Munster  (Theissing).  8  fr. 

Panegirici  latini,  XII.  Recensuit  M. 
Bashrens.  In-8°,  xxvi-324  p.  Leipzig 
(Teubner).  4  fr.  85 

Pfizmaier  (A.).  Die  Geschichte  der  Mon- 
golen-Angrifïe  auf  Japan.  Gr.  in-8'', 
98  S.  Wien  (Gerold).  2  fr. 

Piazzoli  (G.).  Marat  l'amico  del  popolo, 
e  la  rivoluzione.  Studio  storico.  In- 16, 
280  p.  Milano  (Rechiedei),  4  fr. 

Pichon  (L.).  La  faïence  à  emblèmes  pa- 
triotiques du  second  empire.  In-32,  41  p. 
Paris  (Manginot  Hellitasse). 

Quellen  u.  Forschungen  zur  Sprache-  u. 
Culturgeschichte  der  germanischen  Vœl- 
ker.  Hrsg.  v.  B.  ten  Brink  u.  W.  Sche- 
rer.  I.  Geistliche  Poeten  d.  deutschen 
Kaiserzeit.  Studien  v.  W.  Scherer.  i. 
Hft.  Zu  Genesis  u.  Exodus.  In-S",  viij- 
77  S.  Strassburg  (Trûbner).       2  fr.  yj 

Sauter  (F.).  Diplomatisches  A.  B.  C. 
Schlùssel  zum  Verstaendniss  u.  Lesen 
alter  Handschriften,  Urkunden,  Stein- 
Inschriften,  Glocken-Inschritten,  Mùnzen, 
Siegel,  Wappen,  etc.  In-fol.  (23  Theilw. 
color.  Steintaf.).  Stuttgart (Bruchmann). 

20  fr. 

* 

Schmidt  (T.).  Die  Categorien  d.  Aristo- 
teles  in  St.  Gallen.  In-8°,  30S.  Erlangen 
(Deichert).  •  fr-  3S 

Venturi  (L.).  Le  similitudini  dantesche 
ordinale,  illustrate  e  confrontate.  Saggio 
di  studi.  In- 16,  xvj-412  p.  Firenze  (San- 
soni).  5  fr. 


Nogent-le-Rotrou,  Imprimerie  de  A.  Gouverneur. 


N*  13  Neuvième  année.  27  Mars  1875 


REVUE  CRITIQUE; 

P'HISTOIRÉ   ET  DE  LITTÉRATURE; 

RECUEIL  HEBDOMADAIRE  PUBLIÉ  SOUS  LA  DIRECTION 

DE  MM.  C.  DE  LA  BERGE,  M.  BRÉAL,  G.  MONOD,  G.  PARIS.   ■' 


Secrétaire  de  la  Rédaction:  M.  Stanislas  GuyaRd.      ^  , 

Prix   â^àbonhement  : 

Un  an,  Paris,  20  fr.  —  Départements,  22  fr.  —  Etranger,  le  port  en  sus 

suivant  le  pays.  â\a  "iKq  îft  iH  oilc^i  ju-îq  qo -ggp 

-+  n  -—  .(âyijKnt'*'r.  - "n  -.i't.-uifff 

PARIS  D);«ni:: 

■o'imM'a'iLIBRAIRIE    A.    FRANC^i^^'^^,;,  ;, 

F.    VIEWEG,    PROPRIÉTAIRE  '  , 

67,  RUE  RICHELIEU,  .67 


Adresser  toutes  les  communications  à  M.  Stanislas  Guyard,  Secrétaire  de  la 
Rédaction  (au  bureau  de  la  Revue  :  67,  rue  Richelieu). 

ANNONCES  't^m 

iii, 


En  vente  à  la  librairie  A.  Franck,  F.  Vieweg  propriétaire,  ' 

67,  rue  de  Richelieu.       'jj  .î.aî; 

G-Q  A    Q  T  ç     Le  Petit  Poucet  et  la  Gratide'Ô^irse.  1  vol.  in- 16 
•     L    Jri  l\  1  iJ    imprimé  en  caractères  elzeviriens.  2  fr.  50 

BIBLIOTEÈQUE  pE  L'ÉCOLE  DES J^AyTEa  ÉXU^J^l^î 

.  V  -;<'3-nj  <97fc;)  .     2o«  fascicule.     :!;)>:-i'.ï  .r.riavoni^J  rno-it  loinli 

jr-^  T  T  T  XTT"'  î  T  T  17  TVÎ  institution  oratoire.  Collation  d'un  ms. 
Vç^  U  1  IN  1  1  L<  1  tL  IN  du  xe  siècle,  par  Emile  Châtelain  et  Jules 
Le  Coultre,  licenciés  ès-lettres,  élèves  de  l'École  des  hautes  études.  3  fr. 

-jiàjiii  .  ■  /-     •    I 

-.-'[  ■-  iQ^  KT  i^^  fascicules  précédemment  parus: 

Rn  F    î    A  ^T"  FT  V  R  î  R   ^^^^^  ^^^  ^^^  *^°™^^^  ^^ 
•      lJ  Hj     l_i/TLkJ   1    L_j  I    iv  1  Cj    vicomtes     de     Limoges 

antérieurs  à  l'an  1000.  z''*^''-,*^.^^'^'     $  fi". 

Ar^  A  D  1\  /I  17  C  nn  T7  nr  t7  H)     traité  de  la  formation  des 
•    L-'/Tl  rViVl  ELi3   1    Ej   1    LL  Iv    mots    composés   dans  la 
langue  française  comparée  aux  autres  langues  romanes  et  au  latin.  12  fr. 

Pour  paraître  très-prochainement  :  :'i 

2 1^  fascicule.  Hymne  à  Ammon  Ra  des  papyrus  de  Boulaq,  traduit  et  com- 
menté par  Eugène  Grébauh,  avocat,  élève  de  l'École  des  hautes  études. 


PERIODIQUES.  T^^'-T  n 

The  Academy,  N"  148,  new  séries,  6  mars.  Maine,  Lectures  on  Early 
History  of  Institutions.  London,  Murray  (Emile  de  Laveleye  :  art.  très-favo- 
rable). —  The  Works  of  Thomas  Love  Peacock.  With  a  Préface  by  Lord 
HouGHTON,  a  Biogr.  Not  by  his  Grand-daughter,  Edith  Nicolls.  Ed.  by  Cole. 
In  three  vols.  London,  Bentley  and  Son  (Edmund  W.  Gosse)  —  Rawson  Gar- 
DiNER,  A  History  of  England  under  the  Duke  of  Buckingham  and  Charles  L 
1624-1628.  In  two  vols.  London,  Longmans  and  Go.  (David  Masson  :  le  nom 
seul  de  l'auteur  est  une  garantie  de  l'excellence  de  l'ouvrage).  —  Notes  and 
News.  —  Notes  of  Travel.  —  Oxford  Letter  (A.  H.  Sayce  :  nouvelles  littéraires). 

—  Correspondence.  Irish  Texts  (James  Graves).  —  «  What»  (F,  J.  Furnivall  : 

prétend  que  ce  mot  employé  dans  une  alternative  :  «  que  ce  soit ou  que  ce 

»  soit »  signifiait  primitivement  en  partie;  il  ajoute  qu'une  trace  de  ce  sens 

est  restée  dans  Somewhat,  quelque  peu;  M.  F.  nous  paraît  être  dans  l'erreur  la 
plus  complète  :  c'est  some  qui  a  le  sens  partitif  dans  somewhat,  et  si  dans  quelques 
cas  on  peut  rendre  what  par  en  partie,  c'est  précisément  parce  que  what  répété 
marque  une  alternative).  —  D""  Cooke's  «  Report  on  the  Gums,  Resins,  etc.  in 
»  the  India  Muséum  »  (George  Birdwood).  —  The  Utrecht  Psalter  (Nicholas 
Pocock).  —  Grsecus  Venetus.  Pentateuchi  Proverbiorum  Ruth  Cantici  Eccle- 
siastae  Threnorum  Danielis  Versio  Graeca.  Ex  Unico  Bibl.  S.  Marci  codice  nunc 

primum  uno  volumine  comprehensam éd.  Gebhardt.  Praef.  est  Franc.  De- 

LiTZSCH.  Lipsise,  Brockhaus  (T.  K.  Cheyne  :  rien  ne  laisse  à  désirer  dans  cette 
remarquable  publication).  —  Meetings  of  Societies  (Soc.  d'anthropologie,  royale 
de  littérature,  des  antiquaires). 

The  Athenœum,  N»247i,  6  mars.  Lord  Fitzmaurice,  Life  of  William, 
Earl  of  Shelburne,  afterwards  First  Marquess  of  Lansdowne.  Vol.  I.  1 737-1 766. 
Macmillan  and  Go.  (ouvrage  d'un  intérêt  extraordinaire  pour  l'histoire  politique 
du  siècle  dernier  en  Angleterre).  —  Hook,  Lives  of  the  Archbishops  of  Canter- 
bury.  Vol.  X.  Reformation  Period.  Bentley  and  Son.  —  Parish,  A  Dictionary 
of  the  Sussex  Dialect.  Lewes,  Furncombe  and  Co.  —  Ottiwell  Adams,  The 
History  of  Japan.  Vol.  II,  1865  to  1871.  King  and  Co.  (termine  l'ouvrage).  — 
Literary  Gossip.  —  Societies  (Soc.  roy.  de  litt.,  d'archéol.  bibl.,  d'anthrop.).  — 
ScHLiEMANN,  Troy  and  its  Remains.  Murray  (quelle  que  soit  l'importance  des 
trouvailles  de  M.  Schl.,  il  faut  naturellement  suspendre  son  jugement  sur  l'iden- 
tification des  ruines  découvertes  à  Hissarlik  avec  la  Troie  d'Homère).  —  A 
Lintel  from  Nineveh  (J.  Fergusson).  —  The  Ajunta  Caves  (George  Birdwood). 

—  Miscellanea.  Shakespeare's  Arms  (F.  G.  Fleay  :  pense  que  les  armes  de  Sh. 
sont  parlantes  :  le  faucon  aux  ailes  déployées  signifie  shake  (agiter)  et  le  fer  de 
lance  spear). 

Literarisches  Centralblatt,  N"  !  i ,  13  mars,  Italia.  Herausg.  v.  Hille- 
BRAND.  Bd.  I  u.  II.  (cf.  Rey.  crit.  1874,  II,  p.  380,  et  1875,  I,  p.  157;  Part, 
du  Centralblatt  réfute  sur  plusieurs  points  l'appréciation  de  la  Rev.  ait.').  — 
Sch^efer,  Geschichte  des  siebenjaehrigen  Kriegs.  2.  Bd.  2.  Abth.  Berlin,  Hertz. 
In-S",  x-778  p.  (cet  excellent  ouvrage  est  non-seulement  un  récit  de  la  guerre 
de  Sept  ans,  mais  encore  une  histoire  de  la  diplomatie  européenne  à  cette  époque). 
— Ad.  ScHMiDT,  Pariser  Zustaende  wsehrend  der  Revolutionszeit  von  1789-1800. 
i.  Th.  lena,  Dufft.  In-8'',  xj-336  p.  (on  applaudit  l'auteur  qui  «  fait  descendre 
»  de  leur  piédestal  les  héros  de  la  Révolution  française  »).  —  Codicis  Justiniani 
fragmenta  Veronensia  éd.  Krueger.  Berlin,  Weidmann.  In-folio,  vij-84  p.  — 
FiCK,  Die  griechischen  Personennamen.  Gœttingen,  Vandenhœck  u.  Ruprecht. 
In-8",  ccxix-236  p.  (l'auteur  expose  la  formation  des  noms  propres  en  grec  et 
dans  les  langues  congénères;  la  science  doit  adopter  ses  conclusions).  ~  Wal- 


REVUE  Ç^IITIQ^UE 

D'HISTOIRE    ET    DE    LITTÉRATURE 

N*  13  —  27  Mars  —  1875 


Sommaire  :  6i.  Œuvres  de  Tacite,  p.  p.  Jacob.  —  62.  Miklosich,  Théorie  des 
formes  en  Paléoslovène.  —  63.  Zarncke,  Dissertation  sur  la  lettre  de  Prêtre  Jean  à 
Manuel  I  ;  Dissertation  sur  la  lettre  du  pape  Alexandre  III  à  Prêtre  Jean  ;  Dissertation 
sur  le  patriarche  Jean,  précurseur  de  Prêtre  Jean.  —  64.  Greville,  Mémoires,  p.  p. 
Reeve.  —  Sociétés  savantes  :  Académie  des  inscriptions. 


61.  —  Œuvres  de  Tacite,  texte  latin,  revu  et  publié  d'après  les  travaux  les  plus 
récents,  avec  un  commentaire  critique,  philologique  et  explicatif,  etc.,  par  Emile  Jacob, 
ancien  élève  de  l'École  normale,  professeur  de  rhétorique  au  lycée  Saint-Louis.  Annales, 
livres  I-VI.  —  Prix  :  7  fr.  50. 

Cette  édition  de  Tacite,  qui  formera  quatre  volumes  in-8°,  fait  partie  de  la 
Collection  d'éditions  savantes,  entreprise  par  la  maison  Hachette,  et  «  destinée  à 
»  fonder  en  France  une  école  de  philologie  grecque  et  latine,  à  bien  mériter  du 
))  monde  érudit  et  du  monde  universitaire.  »  Parmi  les  éditions  savantes  qui  ont 
paru  jusqu'ici,  nous  ne  connaissons  par  nous-même  que  le  Virgile  de  M.  E.  Benoist 
et  le  Démosthène  de  M.  H.  Weil,  deux  ouvrages  remarquables  l'un  et  l'autre  à 
des  titres  divers.  C'est  donc  avec  un  grand  intérêt  que  nous  avons  examiné  le 
premier  volume  du  Tacite  de  M.  Jacob.  Disons  tout  de  suite  que  nous  y  avons 
pu  constater  un  progrès  réel  sur  les  éditions  de  Tacite  publiées  jusqu'ici  en 
France.  Pour  le  texte  et  pour  le  commentaire,  l'auteur  avait  à  sa  disposition  des 
ressources  qui  manquaient  à  ses  devanciers  ;  aussi  le  texte  en  a-t-il  profité  lar- 
gement, et  le  commentaire  est-il  plus  complet  et  plus  exact.  Peut-être  aurait-on 
pu  davantage  encore  tirer  profit  des  excellents  travaux  que  l'étude  de  Tacite  a 
provoqués  de  nos  jours.  Peut-être  aussi  ce  premier  volume  dénote-t-il  encore 
un  peu  d'inexpérience  dans  ce  genre  de  publications.  Mais  nous  sommes  sûr 
(d'autant  plus  que  l'auteur  le  dit  lui-même)  que  les  volumes  destinés  à  suivre 
profiteront  de  l'expérience  acquise. 

Nous  tâcherons  de  faire  ci-après  quelques  observations  qui  seront  peut-être 
utiles  à  la  suite  de  l'ouvrage,  et  prouveront,  en  tout  cas,  quel  intérêt  nous  atta- 
chons à  la  réussite  complète  d'une  édition  savante  de  Tacite. 

Ce  premier  volume  qui  a  4J0  pages  contient,  outre  le  texte  et  le  commentaire, 
une  page  et  demie  d'errata,  six  pages  et  demie  d'addenda  et  de  corrigenda  et  une 
Introduction  de  52  pages. 

L'Introduction,  écrite,  comme  le  commentaire,  avec  une  clarté  et  une  élégance 
remarquables,  est  divisée  en  cinq  parties,  dont  la  première  a  pour  titre  :  Vie  de 
Tacite.  Ses  ouvrages.  Nous  y  avons  remarqué  deux  bons  passages  sur  la  jeu- 
nesse de  Tacite  et  sur  son  style.  M.  Jacob  a  mis  à  profit  l'Introduction  «  judi- 
»  cieuse  et  substantielle,  »  placée  en  tête  de  l'édition  de  Nipperdey.  Mais  si 
XV  13 


194  -•^    ^    T  ir\  î-*rî HEVUE   GRITIQUE      Mrl  f  "^    TT 

Nipperdey  est  en  général  un  excellent  guide,  nous  ne  voudrions  cependant  pas 
nous  en  tenir  uniquement  à  lui.  Ainsi,  lorsque  M.  Jacob  dit,  comme  lui,  qu'en 
90  Tacite  «  quitta  Rome,  appelé  probablement  au  commandement  d'une  légion,  » 
peut-être  aussi  «  nommé,  en  qualité  de  propréteur,  au  gouvernement  d'une 
»  province,  »  nous  regrettons  qu'il  n'ait  pas  tenu  compte  de  ce  que  M.  Geffroy 
dit  de  cette  partie  de  la  vie  de  Tacite  dans  un  livre  érudit  et  bien  fait,  intitulé  : 
Rome  et  les  Barbares'.  A  l'exemple  de  Nipperdey,  M.  Jacob  attribue  au  grand 
historien  le  Dialogue  sur  les  orateurs;  mais,  après  Nipperdey,,  on  a  produit  contre 
cette  attribution  de  nouvelles  objections  très-fortes,  tirées  de  la  chronologie.  Il 
faut  les  réfuter,  ce  qui  nous  semble  assez  difficile,  ou  bien  en  tenir  compte. 
Relevons  deux  petites  inadvertances  :  l'Agricola  «  paraît  avoir  été  composé  au 
«  commencement  de  l'année  suivante,  »  c'est-à-dire  en  98;  publié  serait  plus 
exact.  Il  est  dit  aussi  que  le  beau-père  de  Tacite  fut  v  rappelé  de  la  Bretagne 
»  après  cinq  ans  d'un  gouvernement  équitable  ;  »  on  sait  qu'Agricola  fut  nommé 
au  gouvernement  de  la  Bretagne  en  78,  et  que  ce  ne  fut, qu'en  85  qu'il  quitta  ce 
pays,  où  il  fit  sept  campagnes.  '  -t-,;,*  ;  ^  i,~ 

Nous  ne  nous  arrêterons  pas  aux  autres  parties  àeVlrîtrdduction.  Elles  sont 
intitulées  :  les  Annales,  les  manuscrits  et  les  plus  anciennes  éditions;  travaux  de 
Juste-Lipse  et  de  ses  contemporains  ;  travaux  postérieurs  à  Juste-Lipse.  Il  nous 
est  cependant  impossible  de  ne  pas  faire  au  moins  une  remarque.  Parmi  les  édi- 
tions indiquées  comme  les  plus  récentes,  nous  trouvons  celles  de  Ritter  (1848), 
de  Nipperdey  (1862),  de  Halm  (1866),  de  Draeger(i869).  M.  J.  aurait  bien  fait 
de  consulter  la  5*  édition  de  Nipperdey,  celle  de  1871,  et  la  seconde  de  Ritter 
(1864).  Parmi  les  publications  postérieures  à  Juste-Lipse,  nous  trouvons  aussi 
une  énumération  des  travaux  dont  la  grammaire  de  Tacite  a  été  l'objet.  Cette 
énumération  pourrait  être  plus  complète.  On  aurait  voulu  y  voir  les  meilleures 
des  nombreuses  dissertations  qui  ont  été  publiées  sur  la  grammaire  et  le  voca- 
bulaire de  Tacite.  Il  y  a  une  faute  d'orthographe  dans  le  nom  de  Zirker 
(au  lieu  de  Sirker),  mais  je  la  prends  sur  mon  compte,  parce  que  je  l'ai  faite  le 
premier  et  qu'on  me  l'a  déjà  reprochée  avec  raison  comme  une  faute  d'impression 
fâcheuse. 

La  Ç  partie  de  l'Introduction  est  intitulée  :  De  la  présente  édition.  En  fait 
d'orthographe,  M.  J.  ne  veut  pas  d'innovations  qui  étonnent  les  yeux  et  troublent 
l'attention;  il  regrette  cependant  de  ne  pas  avoir  écrit  Thrma,  et  Sibulla.  Ses 
innovations  sont  limitées  à  un  petit  nombre  de  mots. 

La  chose  la  plus  difficile  et  la  plus  importante  est  la  constitution  du  texte. 
«  Mon  autorité  pour  le  texte,  dit  M.  J.,  est  celle  d'Orelli  (édit.  de  1859).  » 
Nous  osons  l'engager  à  ne  pas  négliger  dans  l'intérêt  des  volumes  suivants  des 
éditions  plus  récentes,  par  exemple  celle  de  Halm  (1874)  et  celle  de  Ritter 
(1864),  qui  a  pour  la  seconde  fois  fait  la  collation  des  mss. 

Pour  la  commodité  des  savants,  nous  eussions  désiré  que  M,  J.  eût  réuni  dans 
un  appendice  critique  les  changements  qu'il  a  faits  au  texte  d'Orelli.  Nous  sommes 


I.  V.  Rev.  crit.  1874,  n'  10, 


d'histoire  et  de  littérature.  195 

d'avis  que,  même  dans  une  édition  savante,  il  est  bon  de  donner  séparément  la 
critique  du  texte  et  les  notes  grammaticales,  historiques,  géographiques,  esthétiques, 
etc.  Halm,  dont  l'édition  n'a  pas  de  commentaire,  donne  en  tête  de  chaque  volume 
un  Commentarius  criîicus,  et  la  première  édition  de  Ritter,  qui  a  des  notes  exé- 
gétiques,  les  sépare  complètement  des  leçons  des  mss.  S'il  y  a  de  bonnes  raisons 
pour  recommander  cette  manière  de  faire,  j'avoue  qu'elle  n'est  pas  indispensable 
dans  tous  les  cas.  Mais  elle  mérite  d'être  recommandée  pour  une  édition  qui 
prend  pour  base  une  édition  parfaitement  connue.  M.  J.,  en  choisissant  celle 
d'Orelli,  n'avait  plus  qu'à  marquer,  au  commencement  ou  à  la  fin  du  volume, 
les  endroits  où  il  s'éloigne  de  son  autorité.  C'est  ainsi  qu'ont  fait  Draeger  et  Haase, 
qui  ont  pris  pour  base  de  leurs  éditions  celle  de  Halm. 

Nous  nous  rendons  difficilement  compte  des  principes  qui  ont  été  suivis  dans 
la  partie  critique  du  Commentaire.  Voici,  par  exemple,  au  ch.  I  du  livre  I  une 
note  pour  laquelle  il  ne  nous  semble  pas  qu'on  puisse  invoquer  le  principe  d'uti- 
lité :  «  Deterrerenîar.  Leçon  du  Mediceus,  reproduite  par  les  meilleures  éditions, 
»  y  compris  les  plus  récentes.  La  correction  proposée  par  Muret  et  Juste-Lipse, 
»  detererenîur,  n'est  pas  justifiée.  »  Puisque,  depuis  longtemps,  les  meilleures 
éditions,  d'accord  avec  le  Mediceus,  écrivent  deîerrerentur,  qui  est  parfaitement 
clair,  pourquoi  faire  mention  d'une  vieille  correction  dont  personne  ne  veut? 
Voici  une  note  critique  sur  laquelle  nous  avons  à  faire  une  observation  d'un 
autre  genre.  On  lit  au  ch.  8,  liv.  I  :  «  Nomenque  August£.  Le  nom  est  ainsi  écrit 
»  dans  le  Mediceus,  qui  porte  à  cet  endroit  la  trace  d'une  correction.  »  Vient 
ensuite  une  explication  dont  la  conclusion  est  :  «  il  y  a  donc  lieu  de  maintenir 
»  la  leçon  du  manuscrit.  »  L'observation  sur  le  Mediceus  ne  me  paraît  pas  tout 
à  fait  claire.  D'après  Ritter,  dont  la  collation  est  postérieure  à  celle  de  Baiter, 
le  Mediceus  donne  Augusta  ou  Augustu  (dans  le  ms.  les  a,  un  peu  ouverts  en 
haut,  se  distinguent  difficilement  des  u);  Augusta  est  une  correction.  Orelli  avait 
dans  sa  première  édition  Auguste,  dans  la  seconde  il  adopte  Augustum;  Grono- 
vius,  Dœderlein,  Haase,  Nipperdey,  Halm,  Draeger  sont  pour  ^ugi/^ium.  Nipper- 
dey  et  Draeger  donnent  l'explication  de  ce  mot,  et,  pour  ma  part,  je  ne  voudrais 
rejeter  ni  leur  leçon  ni  leur  explication. 

Le  Commentaire  est  très-dé veloppé.  Il  occupe,  en  moyenne,  à  peu  près  les 
deux  tiers  des  pages.  M.  J.  dit  qu'il  a  tiré  un  grand  profit  du  Commentaire  de 
Nipperdey.  Nous  trouvons  qu'il  a  bien  fait  de  l'utiliser.  Nous  voudrions  cepen- 
dant qu'il  eût  profité  davantage  de  celui  de  Draeger,  qui  a  aussi  d'excellentes 
qualités,  et  qu'il  eût  pu  mettre  à  contribution  les  bons  travaux  dont  Tacite  a  été 
l'objet  de  nos  jours,  mais  nous  savons  par  expérience  qu'il  est  souvent  bien  diffi- 
cile de  se  les  procurer. 

«  S'il  y  a  des  omissions  ou,  à  plus  forte  raison,  des  erreurs,  dit  M.  J.,  je 
»  serai  heureux  qu'elles  me  soient  signalées.  »  Nous  ne  voulons  faire  que  quel- 
ques observations  qui,  si  on  les  trouvait  justes,  pourraient  exercer  une  utile 
influence  sur  le  Commentaire  des  autres  volumes.  Disons  tout  d'abord  qu'il  serait 
possible,  selon  nous,  de  rédiger  plus  brièvement  un  assez  grand  nombre  de 
notes,  afin  de  gagner  de  la  place  pour  d'autres  notes  également  utiles.  Prenons 


196  :';'"•;  REVUE   CRITIQUE 

pour  exemple  la  première  phrase  du  ch.  I,  1.  i  :  Urbem  Romam  a  principio  reges 
habuere.  Nous  trouvons  ici  une  longue  note  sur  urbem  Romam  et  sur  une  question 
bien  rebattue  :  cette  phrase  forme-t-elle  un  vers  hexamètre  ou  non  ?  Il  nous 
semble  qu'on  pourrait  énoncer  en  moins  de  lignes  ce  qu'il  y  a  de  plus  utile  à  dire, 
et  ajouter  une  note  sur  a  principio.  Est-ce  que  dans  les  auteurs  classiques,  prin- 
cipio et  a  principio  sont  la  même  chose  ?  Si  les  deux  expressions  y  ont  un  sens 
différent.  Tacite  s'est-il  conformé  à  l'usage  classique?  On  aurait  pu  aussi,  une 
fois  pour  toutes,  faire  une  observation  sur  les  formes  en  ère  et  ërunt  du  parfait, 
observation  qui  a  été  faite  d'abord,  si  je  ne  me  trompe,  par  Wagener,  et  qui  se 
trouve  dans  les  notes  de  Haase  sur  Reisigs  Vorlesungen.  Les  commentaires  de 
Nipperdey  et  de  Drseger  ne  disent  rien  non  plus  sur  a  principio  et  habuere,  mais 
il  n'y  avait  pas  de  raison  de  les  imiter  dans  une  édition  faite  en  France  et  pour 
la  France.  On  aurait  pu  du  reste  se  contenter  ici  d'un  renvoi  à  une  grammaire. 

S'il  y  a  des  endroits  où  des  notes  nécessaires  ou  utiles  manquent ,  il  y  en  a 
en  revanche  qui  en  ont  de  superflues.  Il  me  semble  qu'il  faut  se  garder  de  faire 
des  notes  grammaticales  sur  des  règles  qui  se  trouvent  bien  formulées  dans  les 
grammaires,  à  plus  forte  raison  faut-il  éviter,  dans  une  édition  savante,  des  notes 
trop  élémentaires.  A  qui  ces  notes  pourraient-elles  être  destinées  ?  Non  assuré- 
ment aux  professeurs  qui  n'en  ont  que  faire.  Si  l'on  suppose  qu'il  y  a  un  certain 
nombre  de  personnes  peu  au  courant  de  ces  règles,  il  faut  tout  simplement  faire 
un  renvoi  à  une  grammaire  où  elles  puissent  les  apprendre  dans  leur  ensemble. 
Citons  un  ou  deux  exemples  de  notes  de  grammaire  élémentaire.  Au  ch.  I,  1.  i , 

note  7,  on  lit:  «  Claris  scriptoribus (memorata  sunî).  Tacite,  à  l'exemple  des 

»  poètes,  construit  fréquemment  au  datif  le  régime  indirect  des  verbes  passifs, 
»  quels  que  soient  les  temps.  »  La  règle  du  datif  accompagnant  les  verbes  pas- 
sifs doit  être  connue  de  tout  le  monde.  Du  reste,  Tacite  ne  s'éloigne  pas  ici  de 
la  prose  de  Cicéron  et  la  note  par  conséquent  est  inexactement  rédigée.  Au  ch.  II, 
1.  I ,  il  y  a  une  note  bien  élémentaire  sur  invalida  auxilio.  Une  pareille  note,  selon 
moi,  ne  devrait  pas  même  se  trouver  dans  une  petite  édition  classique.  La  fin  de 
la  note  seulement  s'adresse  aux  professeurs.  Au  ch.  VI,  pour/uxfa  periculoso,  le 
lecteur  est  renvoyé  à  la  note  sur  invalida  auxilio,  et  l'on  compare  comperto,  cognito. 
C'est  confondre  trois  cas  différents.  Il  eût  suffi  de  citer  une  grammaire.  Voici 
un  dernier  exemple  d'une  note  élémentaire  qui  pourrait  être  rédigée  autrement. 
Au  ch.  XVI,  1.  I ,  il  est  dit  sur  Mutatus  princeps  que  la  substitution  du  participe 
passif  au  substantif  abstrait  ne  se  trouve  pas  encore  dans  Cicéron  ;  Draeger  est 
cité  entre  parenthèses.  C'est  là  assurément  une  inexactitude.  On  n'a  qu'à  consulter 
une  grammaire  classique  pour  trouver  des  exemples  de  Cicéron  :  Homerus  fuit 
anîe  Ramam  conditam  (avant  la  fondation  de  Rome). 

Nous  venons  de  voir,  parmi  les  règles  superflues,  quelques-unes  qui  pourraient 
être  rédigées  avec  plus  de  soin.  Il  y  en  a  dont  la  rédaction  laisse  encore  plus  à 

désirer,  par  exemple  :  «  Epistolas,  la  lettre Le  pluriel  est  mis  pour  le  singu- 

»  lier,  à  l'imitation  de  littercB.  «  On  aurait  pu  dire  :  le  pluriel  epistoU  se  trouvé 
déjà  employé  dans  Velléius  Paterculus  pour  désigner  une  seule  lettre;  en  tout 
cas,  le  pluriel  littera  n'est  pas  mis  pour  le  singulier.  Le  commentaire  explicatif 


d'histoire  et  de  littérature.  197 

n'est  pas  non  plus  toujours  d'une  exactitude  scrupuleuse;  exemple  :  «  Hermun- 
»  durorum.  Ils  habitaient  dans  la  Bavière  actuelle,  vers  les  sources  de  l'Elbe.  » 
L'erreur  qu'on  voit  ici  a  probablement  son  origine  dans  la  Germanie  de  Tacite, 
qui  place  les  sources  de  l'Elbe  chez  les  Hermondures. 

Nous  reviendrons  peut-être  un  jour  sur  tous  les  détails  du  commentaire.  Nous 
avons  surtout  voulu  aujourd'hui  appeler  l'attention  de  l'auteur  sur  certaines  règles 
qu'il  est  bon,  selon  nous,  de  s'imposer  dans  un  commentaire  savant.  Nous 
serions  heureux  si  nos  observations  pouvaient  avoir  quelque  utilité,  et  contribuer 
tant  soit  peu  au  succès  complet  des  trois  volumes  suivants,  car  c'est  uniquement 
dans  cette  intention  que  nous  les  avons  faites. 

Gantrelle. 


62. —  Altsiovenische  Formenlehre  in  Paradigmen  mit  Texten  aus  glagoli- 
tischen  Quellen,  von  Franz  Miklosich.  Wien.  1874.  In-8*,  xxxv-96  p.  —  Prix  : 
6fr.  75. 

e-ijVoilà  plus  d'un  quart  de  siècle  que  l'illustre  professeur  de  Vienne,  auteur  de 
cette  Théorie  des  formes  en  ancien  slovène,  cultive  son  champ  favori  avec  un 
zèle  aussi  persévérant  que  fécond.  Chaque  année  nous  apporte  quelque  nouveau 
fruit  de  ses  labeurs  et  chacune  de  ses  publications  jette  de  nouvelles  lumières 
sur  les  questions  encore  inexplorées  ou  difficiles  à  résoudre.  Aussi  est-ce  avec 
une  vive  satisfaction  que  nous  les  voyons  paraître,  assurés  que  notre  attente  ne 
sera  pas  déçue.  .-^I  enni)  î>*v.ry.oti 

L'opuscule  dont  il  s'agit  en  fournit  une  preuve  de  plus.  L'intérêt  en  est  plus 
grand  que  le  titre  ne  semble  le  promettre.  Celui-ci  ne  nous  annonce,  en  effet,  que 
des  paradigmes  de  déclinaison  et  de  conjugaison,  choses  que  l'auteur  avait  déjà 
données  dans  sa  grande  Grammaire  comparée  des  langues  slaves.  Quant  aux  textes 
glagolitiques,  placés  à  la  fin  du  volume,  outre  qu'ils  ne  sont  pas  très-considéra- 
bles, les  spécialistes  les  connaissent  depuis  longtemps.        H'r'tf  ivc 

Mais  en  tête  des  textes  et  de  l'esquisse  grammaticale  il  y  a  une  autre  étude 
de  3  5  pages  qui  est  comme  l'âme  de  l'ouvrage  et  qui,  à  notre  avis,  vaut  un  livre. 
Nous  dirons  quelques  mots  de  chacune  des  trois  parties,  en  insistant  davantage 
sur  la  préface. 

L'auteur  y  fait  une  sorte  de  profession  de  foi,  en  se  déclarant  plus  énergi- 
quement  que  jamais  en  faveur  de  l'origine  pannonienne  du  slavon  liturgique, 
qu'il  appelle  l'ancien  slovène  pour  le  distinguer  du  slovène  moderne.  La  théorie 
qu'il  défend  aujourd'hui,  il  l'avait  déjà  exposée  dans  l'Encyclopédie  d'Ersch  et 
Gruber  (à  l'art,  glagolitisch),  ainsi  que  dans  sa  Grammaire  comparée  des  langues 
slaves.  Mais  la  question  du  paléoslave  étant  de  nouveau  devenue  l'objet  de  débats 
fort  animés,  M.  M.  aura  cru  opportun  de  produire  son  ancienne  thèse  en 
l'accentuant  davantage.  Son  introduction  n'est  pas  un  traité  complet  —  l'espace 
ne  le  comportait  guère  —  c'est  une  déclaration  de  principes. 

Trente  années  de  recherches  assidues  n'ont  fait  que  rendre  en  lui  plus  iné- 
branlable la  conviction  que  l'ancien  idiome  ecclésiastique  est  celui  que  parlaient 
les  Slaves  de  la  Pannonie  (y  comprise  la  Moravie),  vers  le  milieu  du  ix*  siècle 


198  •*'"'"      REVUE    CRITIQUE  ^'"^ 

(863).  Epoque  à  jamais  mémorable  !  car  c'est  alors  que  les  deux  saints  frères, 
Cyrille  et  Méthode,  sont  venus  au  milieu  de  ce  peuple,  en  lui  apportant  des 
livres  liturgiques  traduits  en  sa  langue  maternelle,  et  en  élevant  ainsi  le  slavon 
à  la  dignité  d'un  idome  sacré.  C'est  cette  langue  sacrée  qu'on  appelle  aujour- 
d'hui, quoique  improprement,  paléoslave,  et  que  nous  avons  continuée  d'appeler 
slavonne,  dénomination  parfaitement  correcte  et  rendant  avec  fidélité  le  terme 
primitif  (slovensko  pistno)  que  le  pape  Jean  VIII  (872-882)  traduisait  si  bien  dans 
ses  lettres  par  litierae  slaviniscae. 

Lorsqu'après  la  mort  de  Saint  Méthode,  archevêque  de  Pannonie,  la  nouvelle 
église  slave  cessa  d'exister  dans  ce  pays,  et  que  ses  disciples  se  virent  forcés 
d'aller  chercher  asile  ailleurs,  la  langue  sacrée  des  Slaves  Pannoniens  fut  adoptée 
par  les  peuples  slaves  de  la  Bulgarie,  de  la  Russie,  de  la  Croatie  et  de  la  Serbie 
qui  lui  imprimèrent  chacun  son  cachet  particulier,  en  laissant  s'effacer  de  plus 
en  plus  les  traits  distinctifs  du  dialecte  pannonien.  Je  dis  à  dessein  dialecte  :  car 
à  l'époque  dont  il  s'agit,  c'est-à-dire  vers  le  milieu  du  ix^  siècle,  il  y  avait  autant 
de  dialectes  que  de  peuples  slaves  et  aucune  de  ces  langues  ne  saurait  être 
regardée  comme  étant  la  mère  des  autres.  La  langue-mère,  le  vrai  paléoslave, 
appartient  aux  temps  préhistoriques. 

Ainsi,  d'après  M.  M.,  l'idiome  employé  par  Cyrille  et  Méthode  dans  le 
culte  religieux  fut  celui  des  Slovènes  pannoniens  du  ix*  siècle.  Telle  n'est  pas 
l'opinion  des  autres  slavistes  dont  la  plupart  se  prononcent  en  faveur  de  l'origine 
bulgare  du  paléoslave  et  placent  son  berceau  dans  la  Macédoine,  patrie  des 
deux  apôtres-frères ,  habitée  par  des  slaves  Bulgares.  Nous  voilà  donc  en 
présence  des  deux  hypothèses  bien  formulées.  De  l'aveu  de  l'auteur  lui-même, 
l'hypothèse  bulgare  est  depuis  quelque  temps  devenue  si  générale  que  parmi  les 
slavistes  vivants,  il  croit  être  seul  à  élever  la  voix  contre  elle  (p.  IV).  Il  y  a 
3  5  ans,  le  célèbre  Kopitar,  son  maître,  tenait  un  langage  tout  à  fait  semblable  : 
«  Je  suis  là  tout  seul,  écrivait-il  à  Vostokov  {Ich  stehe  allein).  Après  tant  de  revers 
»  que  vous  reste-t-il?  Moi.  »  (Voy.  la  Corresp.  de  Vostokov,  publiée  par  M.  Srez- 
nevski,  St-Pétersb.  1874,  lettre  de  271,  datée  de  1841).  On  le  sait,  Kopitar  a 
été  le  premier  à  lancer  dans  le  monde  savant  l'idée  de  l'origine  pannonienne  du 
paléoslave,  dont  il  croyait  avoir  découvert  un  véritable  spécimen  dans  son 
Glagolita  Clozianus^.  La  découverte  fut,  en  effet,  très-importante  ;  elle  fit  époque 
dans  les  études  slaves;  mais  aussi  elle  suscita  à  l'heureux  auteur  de  la  précieuse 
découverte  de  nombreux  adversaires.  Depuis  lors  la  science  a  marché  ;  le  nom- 
bre des  documents  paléoslovènes  s'est  considérablement  accru  ;  malgré  cela, 
aujourd'hui  comme  alors,  les  savants  sont  encore  partagés  en  deux  camps  oppo- 
sés. Si,  de  part  et  d'autre,  on  s'affranchissait  davantage  de  préventions  natio- 
nales ou  religieuses,  peut-être  la  question  aurait-elle  été  plus  proche  de  sa 
solution,  car  on  ne  saurait  nier  l'influence  fâcheuse  de  ce  double  élément,  et  la 
critique  impartiale  doit  en  tenir  compte  jusque  dans  l'examen  des  preuves  intrin- 
sèques que  chaque  parti  produit  en  faveur  de  sa  théorie. 

I.  Publié  en  1836. 


d'histoire  et  de  littérature.  199 

^Ge  n'est  pas  le  lieu  d'entrer  dans  des  détails.  Il  suffira  de  faire  remarquer 
avec  l'auteur,  que  dans  tous  ces  débats  l'histoire  doit  être  consultée  non  moins 
que  la  linguistique,  et  que  l'évangélisation  des  Slaves  pannoniens  par  SS.  Cyrille 
et  Méthode  est  un  fait  incontestable,  tandis  que  leur  séjour  en  Bulgarie  n'est 
rien  moins  que  prouvé. 

En  parlant  des  preuves  extrinsèques,  M.  M.  cite  en  sa  faveur  l'autorité 
de  Schafarik,  celui  qui  a  étudié  la  question  glagolitique  à  fond  et  plus  que  tout 
autre.  Eh  bien,  l'illustre  contradicteur  de  Kopitar  a  fini  par  s'avouer  vaincu  et 
par  adopter  pleinement  l'hypothèse  pannonienne,  après  l'avoir  combattue  durant 
de  longues  années  avec  autant  d'ardeur  que  de  science.  Un  esprit  aussi  critique 
que  le  sien  ne  s'est  rendu  assurément  qu'à  l'évidence  des  faits. 

Je  ne  parle  pas  de  l'abbé  Dobrowski,  le  patriarche  des  slavistes.  De  son 
temps  (175 3-1829)  les  études  slaves  existaient  à  peine;  en  fait  d'écrits  glagoli- 
tiques,  on  ne  connaissait  que  ceux  de  la  période  relativement  récente  qu'on 
nomme  croate,  le  Glagolita  de  Cloz  n'était  pas  encore  découvert  ;  en  revanche 
il  connaissait  déjà  l'évangéliaire  cyrillique  d'Ostromir,  écrit  à  Novgorod  en 
1056.  On  conçoit  que  l'auteur  des  Inslitutiones  linguae  slavicae  veteris  dialecù 
(1823)  et  de  tant  d'autres  écrits  ait  pu  voir  dans  la  glagolitza  une  invention  du 
xiii^  siècle,  erreur  à  laquelle  Kopitar,  son  fidèle  ami,  a  donné  un  solennel 
démenti,  en  publiant  en  1836  son  Glagolita  Clotianus,  qui  date  du  xi®  siècle. 

Quant  à  Vostokov,  il  n'a  jamais  rejeté  entièrement  l'hypothèse  de  Kopitar 
(sauf  l'identité  de  l'ancien  slovène  et  du  carinthien)  ;  car  en  plaçant  le  berceau 
du  paléoslave  en  Bulgarie,  Vostokov  n'excluait  pas  la  Moravie  et  la  Pannonie. 
Il  a  même,  à  la  fin  de  sa  carrière,  modifié  son  opinion  dans  ce  sens  qu'à  la 
Bulgarie  proprement  dite,  il  substitua  la  Macédoine  en  y  joignant  toujours  la 
Moravie. 

Ajoutons  que  l'éminent  éditeur  de  l'évangéliaire  d'Ostromir  n'était  pas  versé 
dans  les  études  glagolitiques  aussi  profondément  que  dans  celle  des  monuments 
cyrilliques  que  la  Russie  lui  offrait  en  abondance  et  dont  les  plus  anciens  ont, 
en  outre,  l'avantage  de  porter  une  date  certaine  (io$6,  1073,  1076,  etc.), 
avantage  que  jusqu'à  présent  n'a  aucun  monument  glagolitique.  H  en  est  autre- 
ment de  M.  Sreznevski,  le  vétéran  des  slavistes  de  nos  jours.  Ses  nombreuses 
et  savantes  publications  prouvent  que  les  deux  littératures  paléoslaves  lui  sont 
également  familières.  Une  étude  sérieuse  de  l'une  et  de  l'autre  l'a  amené  à  des 
résultats  défavorables  à  l'hypothèse  de  M.  M.  De  la  sorte,  tandis  que  pour 
l'illustre  professeur  de  Vienne  le  Glagolita  Clozianus  avec  ce  qui  en  approche 
est  la  vraie  base  d'une  grammaire  slave  scientifique  (p.  xxxi),  l'académicien  de 
St-Pétersbourg,  au  contraire,  place  son  point  de  départ  dans  l'évangéliaire 
d'Ostromir,  qu'il  considère,  d'accord  en  cela  avec  Vostokov,  comme  le  plus 
ancien  monument  paléosiave.  Cela  prouverait  que  la  question  dont  il  s'agit  n'est 
pas  encore  assez  mûre  pour  recevoir  une  solution  définitive. 

Après  avoir  exposé  les  deux  théories,  l'auteur,  fidèle  à  son  principe,  partage 
tous  les  monuments  littéraires  en  deux  catégories  qu'il  appelle  pannonienne  et 
non-pannonienne.  Il  énumère  ensuite  les  principaux  écrits  de  l'une  et  de  l'autre, 


200  .S>»U^*'.RKVUE  CRITIQUtfHVfidVVi'C» 

tant  glagolitiques  que  cyrilliques.  En  tête  de  cette  liste,  forcément  incomplète, 
nous  voyons  figurer  l'évangile  de  Zograph  et  le  Glagolita  de  Cloz,  cité  déjà  plus 
d'une  fois.  L'auteur  les  a  choisis  pour  servir  de  spécimen  et  il  en  donne  des 
extraits  à  la  fin  de  l'opuscule.  On  sera  surpris,  sans  doute,  de  ne  pas  voir  à 
leur  suite  les  Fragments  découverts  en  1856  à  Prague  et  publiés  par  Schafarik 
qui  les  place  dans  la  première  moitié  du  x^  siècle  au  plus  tard  (863-950)  et  que 
cette  découverte  inattendue  détermina  à  abandonner  son  ancienne  théorie 
bulgare  pour  embrasser  celle  de  Kopitar. 

Parmi  les  monuments  pannoniens  écrits  en  lettres  cyrilliques,  la  première 
place  est  accordée  au  Livre  de  Sabas  (Savvina  Kniga)  du  xi''  siècle,  récemment 
publié  par  M.  Sreznevski  qui  l'avait  découvert  à  la  Bibliothèque  Typographique, 
non  de  St-Pétersbourg  ainsi  que  le  dit  M.  Miklosich  (p.  xiv,  n.  i),  mais  de 
Moscou.  Suit  le  ms.  de  Souprasl,  également  du  xi*  siècle,  publié  en  entier  par 
l'auteur  en  1 8  5 1  et  remarquable  par  son  affinité  avec  le  texte  glagolitique  de 
Cloz  (8,  n.  14). 

:..  Les  écrits  d'origine  non-pannonienne  sont  classés  en  quatre  familles,  bulgare, 
serbe,  croate  et  russe.  Parmi  ceux  de  la  famille  bulgare,  nous  nommerons  le 
psautier  de  Bologne,  c'est-à-dire  conservé  à  Bologne,  mais  écrit  à  Ochride  sous 
le  roi  Asène  (1186-1196),  et  l'évangile  de  Ternovo  (1273);  parmi  les  mss. 
serbes,  un  évangile  d'Athos  du  xii"  siècle,  un  nomocanon  de  1262,  les  actes  des 
apôtres  de  1324,  du  couvent  de  Schischatovatz,  publiés  par  M.  Miklosich  en 
1854,  enfin  l'évangile  de  Nikolsk  datant  du  xv»  siècle,  mais  copié  sur  un  original 
plus  ancien.  Je  ne  dirai  rien  de  la  famille  croate,  sinon  que  Vostokov  ne  la 
reconnaissait  point. 

L'évangéliaire  d'Ostromir  ouvre  la  longue  série  des  mss.  de  la  famille  russe. 
Nous  l'avons  dit,  dans  l'opinion  de  M.  M.,  ce  vénérable  reste  de  l'anti- 
quité slave  n'appartient  pas  à  la  catégorie  pannonienne,  comme  étant  écrit  à 
Novgorod  et  ayant  subi  l'influence  du  dialecte  russe.  Il  est  inutile  d'ajouter  que 
mes  compatriotes  ne  lui  sauront  point  gré  d'avoir  assigné  la  dernière  place  à  ce 
qu'ils  considèrent  comme  le  plus  beau  joyau  de  la  littérature  paléoslave.  M.  M. 
cite  encore  les  homélies  de  Grégoire  de  Nazianze  (du  xi*  siècle),  le  Recueil 
(Jzbornik)  de  Sviatoslav  (de  1073),  l'évangile  de  Mstislav  (de  1073),  et 
plusieurs  autres.  En  parlant  des  homélies  de  S.  Grég.  de  Nazianze,  il  dit  qu'on 
n'en  a  publié  que  des  extraits.  Cela  pouvait  être  vrai  au  moment  où  il  écrivait 
son  livre  ;  mais  à  l'heure  qu'il  est  ce  précieux  ms.  est  édité  en  entier  et  d'une 
manière  savante  par  M.  Boudilovitch. 

De  ce  qui  précède,  il  est  facile  de  conclure  que  le  traité  des  formes  en  ancien 
Slovène,  celui  qui  fait  le  corps  de  l'ouvrage,  doit  contenir  bien  des  données  qu'on 
chercherait  vainement  dans  le  grand  travail  de  l'auteur,  je  veux  dire  sa  Gram- 
maire comparée  des  langues  slaves  dont  le  y  vol.  traite  le  même  sujet  (p.  1-176)  '. 

1.  Il  faut  en  dire  autant  de  la  Grammaire  de  Bopp,  qui  avait  pris  pour  modèle  celle  de 
Miklosich,  en  tout  ce  qui  regarde  l'idiome  slave  (Voy.  t.  II,  p.  162  de  l'excellente  édition 
française  par  M.  Bréal). 


d'histoire    et   de   littérature.  201 

Il  suffit,  pour  s'en  convaincre,  de  comparer  ceux  des  paradigmes  qui  sont  iden- 
tiques dans  l'un  et  l'autre  ouvrage.  Qu'on  prenne,  par  exemple,  le  modèle  rab 
(esclave),  on  verra  aussitôt  que  l'instrumental  sing.  n'a  pas  la  même  forme 
{rabùmï  et  rabomï)  et  ainsi  des  autres  exemples  du  genre  masculin.  L'instru- 
mental du  féminin  ryba  (poisson)  offre  une  différence  bien  plus  saillante  [rybq  et 
ryboiq).  Mais  ce  qui  frappe  le  plus,  c'est  la  déclinaison  déterminée  des  adjectifs. 
Dans  le  nouveau  îraiîé  des  formes  elle  conserve  dans  toute  leur  intégrité  primi- 
tive les  suffixes  pronominaux  ajoutés  à  la  partie  principale  du  mot  (par  exem- 
ple :  nom.  dobry-j,  gen.  dobra-jego,  dat.  dobrou-jemou,  instr,  dobru-imu,  etc.). 
Cette  transparence  d'agglutination  témoigne  de  l'antiquité  de  la  forme  paléoslo- 
vène,  qui,  d'ailleurs,  n'a  pas  tardé  à  s'altérer  en  se  contractant  de  plus  en  plus, 
sous  l'influence  des  autres  dialectes.  Les  formes  plus  récentes  dominent  déjà 
dans  l'évangéliaire  d'Ostromir  qui  est  de  1056  [dohra-ago,  sUpou-oumou,  etc.). 

Je  ne  cite  que  ces  deux  traits  distinctifs  de  l'ancien  slavon,  afin  que  chacun 
lise  dans  l'auteur  le  chapitre  entier  (XII)  qui  les  indique  tous,  quoique  assez 
sommairement.  Au  reste  ce  point  a  été  déjà  amplement  traité  par  Schafarik,  dans 
sa  mémorable  étude  sur  Vorigine  et  la  patrie  du  glagoUtisme  (Ueber  den  Ursprung 
und  die  Heimath  des  Glagolitismus,  Prag.,  1858),  oii  il  établit  victorieusement 
la  thèse  de  M.  M. 

Après  la  théorie,  la  pratique.  L'auteur  a  placé  à  la  fin  du  livre  des  textes 
extraits,  avons-nous  dit,  de  l'évangile  de  Zograph  et  du  Glagolita  de  Cloz. 
Nous  avons  assez  parlé  du  dernier  pour  ne  pas  y  revenir.  Quant  au  premier, 
appelé  du  nom  d'un  couvent  du  Mont-Athos,  on  sera  bien  aise  d'apprendre  que 
l'original  est  conservé  aujourd'hui  à  la  bibliothèque  publique  de  St-Pétersbourg, 
ainsi  qu'un  fac-similé  photographique  du  ms.  tout  entier,  œuvre  et  don  de  l'in- 
fatigable explorateur  du  Mont-Athos,  M.  Sévastianov.  Une  partie  de  ce  ms.  a 
été  déjà  publiée  par  M.  Sreznevski;  mais  différente  de  celle  de  Miklosich  et 
transcrite  en  lettres  russes,  tandis  que  l'extrait  du  présent  opuscule  est  en  carac- 
tères cyrilliques.  L'un  et  l'autre  ont  eu  en  vue  un  but  pratique.  Je  noterai,  à  ce 
propos,  que  leur  transcription  n'est  pas  identiquement  la  même  et  que  des  diver- 
gences se  rencontrent  dans  la  reproduction  du  même  texte.  Ajoutons  que  les 
textes  sont  accompagnés  de  notes  critiques  comme  M.  M.  en  sait  faire. 

Voilà  une  analyse  trop  incomplète  du  nouveau  traité  des  formes  en  ancien  Slo- 
vène. Malgré  son  peu  d'étendue,  il  est  très-substantiel  et  contient  des  vues  d'en- 
semble fécondes  en  résultats.  Personne  ne  pourra  aborder  les  études  paléoslaves 
sans  avoir  attentivement  consulté  cet  écrit,  qui  nous  paraît  mériter  les  honneurs 
d'une  édition  française. 

J.  Martinov,  s.  J. 


7t 


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_<',1tîL^^  ■■•M    '-'^-'i ■:;••''•-      ^    ^.      ^  .    ^   ,  ^î'Hy'.'j»r^.^-*.?t^t{4î 

oj.— Fr.  Zarncke.  Gommentatio  de  epistola  qaae  sub  nomme  presbyteri 
Johannis  fertur.  Leipzig.  1874.  In-4*,  j8  p. 

Fr.  Zarncke.  Gommentatio  de  epistola  Alexandri  papae  III  ad  presbyte- 
rum  Johannem.  Leipzig.  1875.  In-4',  20  p. 

Fr.  Zarncke.  Gommentatio  de  patriarcha  Johanne  quasi  praecursore 
presbyteri  Johannis.  Leipzig.  1875.  In-4*,  17  p.* 

^  '  Le  premier  et  le  plus  important  de  ces  mémoires  est  consacré  à  la  célèbre 
lettre  du  prêtre  Jean  à  l'empereur  de  Constantinople  Manuel.  M.  Zarncke  en 
énumère  66  manuscrits*,  dont  8  du  xii*  siècle,  et  il  les  classe  ensuite,  en  montrant 
qu'un  seul  d'entre  eux  (Harl.  ^099,  3)  contient  le  texte  primitif,  qui,  au  xii*  s. 
d'abord  puis  au  xv%  a  été  l'objet  d'interpolations  successives.  Le  savant  profes- 
seur de  Leipzig  donne  ensuite,  d'après  ce  ms.,  une  édition  du  texte,  dans 
laquelle  sont  insérés,  et  typographiquement  distingués  les  passages  interpolés 
postérieurement.  On  ne  peut  rien  souhaiter  de  mieux  tant  pour  la  sûreté  et  la 
méthode  de  l'investigation  que  pour  la  disposition  claire  et  pratique  de  l'édition. 
L'auteur  nous  fait  espérer  prochainement  un  travail  sur  les  sources  de  VEpistola, 
qui  répandra  sans  doute  la  lumière  sur  cette  question  encore  bien  obscure,  et 
que  le  livre  de  M.  G.  Oppert  n'a  pas,  il  s'en  faut,  éclaircie  3.  —  M.  Z.  a  obtenu, 
par  voie  d'obligeantes  correspondances,  des  renseignements  sur  un  grand  nombre 
de  manuscrits  disséminés  dans  toute  l'Europe  ;  il  invite  tous  ceux  qui  liront  son 
travail  à  compléter  et  à  rectifier  ses  données  :  nous  souhaitons  que  son  appel 
soit  entendu.  Rien  ne  peut  contribuer  plus  à  faire  rapidement  avancer  la 
science  que  cette  aide  fournie  à  un  travailleur  par  les  autres.  On  sait  générale- 
ment, dans  le  monde  érudit,  que  tel  ou  tel  savant  s'occupe  depuis  longtemps 
d'un  certain  sujet  :  chacun  de  ceux  que  le  hasard  de  leurs  recherches  amène  à 
trouver  quelque  document  concernant  ce  sujet  devrait  se  hâter  de  le  communi- 
quer au  savant  compétent.  Tout  le  monde  y  gagnerait,  et  des  renseignements 
utiles  ne  resteraient  pas  inconnus  de  ceux  qui  peuvent  les  mettre  en  œuvre. 

On  sait  que  le  pape  Alexandre  III,  sur  le  rapport  d'un  médecin  nommé  Philippe, 
adressa  (en  1177,  comme  le  montre  M.  Z.)  une  lettre  au  prêtre  Jean,  dans 
laquelle  il  accrédite  ce  Philippe  auprès  de  lui.  M.  Z.  montre  que  Benoit  de 
Peterborough  est  le  seul  auteur  qui  nous  ait  conservé  cette  lettre  et  que  tous  les 
textes  qui  en  existent  dérivent  du  sien.  Il  donne  ensuite  une  édition  critique  de 
ce  singulier  document.  Le  pape  paraît  avoir  connu  la  prétendue  lettre  du  prêtre 
Jean,  à  laquelle  un  passage  de  la  sienne  fait  allusion;  peut-être  cependant  ce 
passage  se  réfère-t-il  au  récit  de  Philippe,  qui  aurait  alors  puisé  dans  VEpistola 


1 .  Ces  trois  dissertations ,  écrites  en  allemand  malgré  leur  titre  latin,  ont  été  publiées 
parla  Faculté  de  philosophie  de  Leipzig,  dont  M.  Z.  est  actuellement  doyen,  à  l'occasion 
de  diverses  solennités  académiques. 

2.  M.  Z.  ne  se  dissimule  pas  que  beaucoup  de  mss.  lui  ont  échappé;  il  demande  qu'on 
les  lui  signale. 

j.  Voy.  p.  4  le  jugement  extrêmement  sévère  que  M.  Z.  porte  sur  ce  livre;  il  reproche 
à  l'auteur,  outre  son  manque  absolu  de  critique,  de  s'être  approprié  audacieusement  une 
hypothèse  de  M.  d'Avezac. 


d'histoire    et    de   littérature.  20} 

les  données  d'après  lesquelles  il  aurait  composé  l'histoire  de  son  séjour  dans  le 
pays  du  fabuleux  roi  des  Indes.  «  Philippe  se  mit-il  en  route  pour  porter  la 
»  lettre  du  pape  ?  la  lettre  parvint-elle  à  son  adresse,  et  qui  se  trouva  finalement 
»  être  le  personnage  auquel  elle  s'adressait  ?  C'est  ce  dont  nous  ne  pouvons  rien 
»  dire.  » 

La  troisième  dissertation  de  M.  Z.  concerne  un  certain  Jean,  patriarche  de 
l'Inde,  qui  serait  venu  à  Constantinople  en  1 122  pour  y  recevoir  le  pallium,  et 
qui,  ayant  trouvé  là  des  légats  du  pape,  les  aurait  accompagnés  à  Rome  et  y 
aurait  raconté  beaucoup  de  merveilles  sur  son  pays.  Ce  patriarche  Jean  est 
visiblement,  comme  le  dit  M.  Z.,  le  précurseur  du  prêtre  Jean.  Le  récit  qui  le 
concerne  nous  a  été  conservé  par  Albéric  des  Trois-Fontaines,  qui  dit  le  tirer 
des  Gesîa  Calixîi  II,  malheureusement  perdus.  M.  Z.  publie  le  passage  d'Albéric, 
et  une  autre  version,  plus  longue  et  sans  doute  plus  voisine  de  l'original,  qui  se 
trouve  dans  deux  rass.  de  Leipzig  et  dans  diverses  impressions  du  xv^  et  xvi^  s. 


64.  —  The  Greville  Memoirs.  A  Journal  of  the  Reigns  of  King  George  IV  and 
K-ing  William  IV.  By  the  late  Charles  C.  F.  Greville,  Clerk  of  the  Council  to  those 
Sovereigns.  Edited  by  Henry  Reeve,  Registrar  of  the  Privy  Council.  Three  volumes. 
3d  Edition.  London,  Longmans,  Green  and  C°.  1875.  —  Prix  :  48  fr. 

Il  est  peu  de  pays,  je  crois,  oîi,  grâce  aux  circonstances  de  la  vie  nationale, 
l'histoire  moderne  soit  éclairée  d'un  jour  aussi  vif  et  aussi  plein  qu'en  Angle- 
terre; il  n'est  guère  d'homme  d'Etat  dont  on  n'ait  recueilli,  après  sa  mort,  les 
lettres  et  les  discours,  —  et  dans  les  vingt  dernières  années  du  xviii*  siècle  et 
les  trente  premières  du  xix%  on  aurait  peine  à  rencontrer  un  événement  politi- 
que de  quelque  importance  sur  lequel  nous  ne  puissions  connaître  avec  la  der- 
nière minutie  et  les  opinions  des  divers  partis  et  les  démarches  parfois  étrange- 
ment compliquées  qui  l'ont  préparé.  Ce  qui  est  plus  rare  dans  la  littérature 
historique  de  nos  voisins,  c'est  le  genre  des  mémoires  ou  des  journaux  :  on  est 
bien  près  d'en  avoir  épuisé  la  liste  chez  eux  lorsque  l'on  a  cité  les  noms  de  lord 
Malmesbury,  de  Windham,  lord  Colchester,  lord  Holland,  lord  Brougham  et  en 
dernier  lieu  lord  John  Russell.  Enfin,  la  publication  dont  nous  avons  inscrit  le 
titre  en  tête  de  ces  lignes  est  une  entière  nouveauté;  c'est,  croyons-nous,  la 
première  fois  qu'un  homme,  étranger  aux  luttes  des  partis,  profite  de  la  neutra- 
lité de  sa  position  et  des  opportunités  qui  lui  sont  offertes  par  un  emploi  mer- 
veilleusement propre  à  éveiller  et  à  satisfaire  la  curiosité  d'un  observateur,  pour 
révéler  au  public  bien  des  résolutions  et  des  actes  dont  la  coulisse  avait  jusqu'ici 
gardé  le  secret.  Aussi  la  colère  a-t-elle  été  grande. 

Peut-être,  si  ce  livre  ne  contenait  quelques  pages  qui  allèchent  en  scanda- 
lisant, n'aurait-il  pas  obtenu  un  aussi  grand  succès.  En  tous  cas,  il  nous  semble, 
à  ne  le  juger  qu'au  point  de  vue  des  faits  nouveaux  qu'il  ajoute  à  la  connaissance 
de  cette  époque,  ne  présenter  qu'une  valeur  secondaire. 

L'auteur,  né  en  1794,  appartenait  par  son  père  à  la  famille  des  Comtes  de 
Warwick,  et  était  par  sa  mère  petit-fils  du  duc  de  Portland  ;  après  une  éduca- 


204  i^^^H^tŒVUE  CRlTIQyBH-if^Ifl'H 

tidn  un  peu  brusquée  le  comte  Bathurst  le  prit  pour  son  secrétaire  privé  en 
i8i  j;  il  joignit  en  1821  à  la  sinécure  de  secrétaire  de  la  Jamaïque  le  poste 
important  et  confidentiel  de  secrétaire  du  Conseil  privé.  Ses  goûts  le  portèrent 
à  s'occuper  beaucoup  du  turf,  et  la  faveur  du  duc  d'York  lui  confia  pendant  un 
temps  la  direction  de  son  écurie.  Dès  juin  1818,  il  se  mit  à  tenir  un  journal  des 
faits  curieux  qui  venaient  à  sa  connaissance,  des  conversations  intéressantes 
qu'il  avait  et  des  jugements  qu'il  portait.  L'intérêt  réel  de  ce  journal  ne  com- 
mence guère  qu'en  1828  au  moment  où  le  duc  de  Wellington  et  sir  Robert  Peel 
se  déterminèrent  enfin  à  l'émancipation  des  catholiques.  Par  ses  relations  avec 
le  duc,  dont  son  frère  Algernon  Greville  était  secrétaire  privé,  et  avec  lord 
Lyndhurst,  Greville  fut  à  même  de  voir  de  près  les  difficultés  que  rencon- 
trèrent les  ministres  Tories  soit  auprès  des  membres  extrêmes  de  leur  parti  soit 
auprès  du  roi,  sur  l'esprit  duquel  les  violences  de  son  frère,  le  duc  de  Cumber- 
land,  ne  laissaient  pas  d'avoir  quelque  influence.  La  partie  de  beaucoup  la  plus 
neuve  de  ces  trois  volumes,  c'est  dans  les  chapitres  xvi,  xvn  et  xviii  (vol.  II, 
p.  197-324)  le  récit  de  la  scission  du  parti  Tory  au  sujet  du  Reform  Bill  après 
la  dissolution  de  1832,  et  des  négociations  entreprises  entre  lord  Harrowby, 
lord  Wharncliffe  et  le  gouvernement,  par  l'intermédiaire  de  l'auteur  et  de  Charles 
Wood  (alors  secrétaire  de  Lord  Grey,  aujourd'hui  devenu  Lord  Halifax).  — 
Quelques  détails  nouveaux  rendent  assez  curieux  le  récit  de  la  retraite  de  lord 
Grey  et  de  la  formation  du  premier  ministère  de  Lord  Melbourne  (ch.  xxiii, 
vol.  III,  p.  68-1 14)  :  mais  la  publication  du  mémoire  de  lord  Hatherton  sur  ce 
sujet  permet  de  reléguer  dans  le  domaine  de  la  fantaisie  un  grand  nombre  des 
causes  que  Greville  assigne  à  ces  événements.  —  Enfin,  on  rencontre 
quelques  traits  intéressants  dans  le  récit  de  la  formation  du  court  ministère  de 
sir  Robert  Peel  en  1854-3$,  spécialement  sur  les  rapports  du  Times  et  du  nou- 
veau gouvernement.  La  dissolution  du  premier  cabinet  Melbourne  et  l'attitude 
du  roi,  lorsqu'il  eut  été  contraint  de  reprendre  ses  anciens  ministres,  fournissent 
quelques  particularités  curieuses.  C'est  aussi  un  tableau  animé  que  celui  du  pre- 
mier Conseil  qui  suivit  l'avènement  de  la  jeune  reine  Victoria  et  l'ouvrage  se 
termine  ainsi  non  sans  éclat. 

Toutefois,  ce  n'est  pas  dans  les  faits  positifs  que  ces  mémoires  ajoutent  à 
notre  connaissance  de  cette  époque  que  réside  leur  principal  intérêt  :  ils  sont 
surtout  curieux  comme  fidèle  témoignage  de  l'état  d'esprit  d'une  partie  assez 
nombreuse  des  classes  aristocratiques  et  conservatrices  dans  les  vingt  années  qui 
suivirent  la  paix  continentale.  Par  sa  naissance  et  par  ses  relations,  Greville 
appartenait  au  Toryisme  le  plus  pur.  Son  esprit  était  néanmoins  assez  large  pour 
embrasser  sans  peine  d'autres  vues  plus  libérales  et  mieux  accommodées  aux 
nécessités  du  temps.  Aussi  vit-il  avec  plaisir  le  duc  de  Wellington  rompre  le 
charme  fatal  qui  semblait  enchaîner  les  Torys  au  maintien  des  abus  du  passé  en 
prenant  en  main,  avec  cette  vigueur  simple  et  virile  qui  était  sa  grande  qualité, 
l'abolition  du  régime  d'exclusion  qui  pesait  sur  les  catholiques  d'Irlande.  Après 
1830,  au  milieu  de  cette  agitation  inquiète  qui  ébranlait  alors  les  plus  fermes 
courages,  Greville,  qu'aucune  théorie  préconçue  n'entraînait  à  souhaiter  le 


d'histoire  et  de  littérature.  205 

triomphe  des  idées  réformatrices,  n'en  juge  pas  moins  avec  la  plus  implacable 
sévérité  les  efforts  inintelligents  des  «  High-Torys  »  pour  résister  jusqu'au  bout, 
au  risque  d'entraîner  dans  la  ruine  d'institutions  vieillies  les  fondements  mêmes 
de  la  glorieuse  constitution  britannique.  Il  prévoit  avec  sagacité  que  les  Torys 
n'échapperont  à  une  perte  entière  qu'en  se  transformant  en  conservateurs 
libéraux,  et  son  regard  devine  déjà  dans  sir  Robert  Peel,  encore  hésitant,  le 
chef  nécessaire  du  nouveau  parti.  Enfin,  sur  une  question  dont  la  solution  n'a 
pas  encore  été  trouvée  après  un  demi-siècle  de  discussion  et  de  réformes,  sur  la 
question  irlandaise,  Greville  professe  des  opinions  étonnamment  avancées,  et 
dont  la  réalisation  ne  laisserait  pas  de  sembler  encore  chimérique  à  bien  des 
esprits,  je  dis  les  plus  dégagés  de  préjugés.  Il  voudrait  voir  l'Etat  se  faire  des 
alliés  des  prêtres  qui  ont  jusqu'ici  formé  les  cadres  de  l'armée  de  la  désaffection 
et  de  la  révolte,  en  leur  accordant  les  avantages  d'un  subside  pécuniaire.  i 
Si  Greville  est  un  assez  sûr  observateur  des  signes  des  temps,  il  manquait 
essentiellement  du  don  d'apprécier  sainement  les  hommes.  Esprit  à  la  fois  absolu 
et  mobile,  il  ne  savait  pas  nuancer  ses  portraits;  de  là  l'étrange  impression  que 
produisent  les  jugements  si  parfaitement  contradictoires  qu'il  donne  çà  et  là  sur 
le  duc  de  Wellington  (cf.  I,  168,  II,  81-84,  ^^  204-^,  II,  372).  De  là  aussi 
l'exagération  de  certaines  critiques  dans  son  appréciation  de  sir  Robert  Peel 
(cf.  II,  94,  141,  264,  p8,  3^4),  et  enfin  la  parfaite  fausseté  de  ses  jugements 
sur  le  roi  Léopold  de  Belgique  (II,  153,  167,  177),  sur  lord  Melbourne  (II, 
67),  lord  Auckland  (II,  66),  sir  James  Graham  (II,  66,  90,  91)  et  lord  Palmer- 
ston  (II,  66,  III,  20,  56,  136).  Il  n'est  guère  qu'un  homme  d'Etat  dont  Gre- 
ville parle  avec  une  invariable  admiration,  c'est  Canning  (cf.  !_,  104,  106,  272, 
326,  II,  42,  etc.),  et  probablement  les  liens  de  parenté  et  d'amitié  qui  unissaient 
l'auteur  à  lord  George  Bentinck,  l'ancien  secrétaire  de  Canning,  n'ont  pas  peu 
contribué  à  échauffer  ce  si  légitime  enthousiasme. 

Je  touche  ici  à  l'une  des  faiblesses  principales  de  Greville,  le  caractère 
strictement  personnel  de  ses  préférences  et  de  ses  antipathies;  ce  penchant,  qu'il 
ne  dissimule  pas  (cf.  II,  90),  enlève,  de  son  aveu  même,  une  grande  partie  de 
leur  valeur  à  ses  jugements.  C'est  aussi  ce  tour  d'esprit  qui  explique  sans  la 
justifier  l'incroyable  violence  des  critiques  adressées  à  George  IV  et  à  Guillau- 
me IV;  on  conçoit  sans  peine  qu'un  pays  où  le  trône  a  encore  de  solides  assises 
ne  puisse  lire  sans  scandale  les  imputations  si  fréquemment  élevées  contre  les  deux 
oncles  et  prédécesseurs  de  sa  présente  souveraine  :  lâcheté  (I,  1 55),  égoïsme 
(I,  189),  désordre  (II,  189),  folie  (II,  193,  307,  364,  etc.),  le  tout  résumé 
dans  ces  deux  portraits  aussi  sommaires  qu'irrévérencieux.  «  Il  y  a  longtemps 
»  que  j'ai  l'opinion  qu'il  n'existe  pas  un  chien  plus  méprisable,  plus  lâche,  plus 
))  égoïste,  plus  insensible  que  le  présent  roi  »  (George  IV.  —  Vol.  I,  p.  1 55). 
«  Guillaume  IV,  montant  sur  le  trône  à  l'âge  avancé  de  soixante-cinq  ans,  fut 
»  si  excité  par  son  élévation  qu'il  en  devint  presque  fou  ;  il  se  distingua  par 
»  mille  extravagances  de  langage  et  de  conduite,  à  l'alarme  ou  à  l'amusement 
»  de  tous  ceux  qui  étaient  témoins  de  ses  frasques.  Bien  qu'il  se  fût  rangé  peu 
»  après  à  des  habitudes  plus  convenables,  il  n'en  continua  pas  moins  d'être  en 


206  ?""T''-^*EVUE  CRlTIQUlrv'î'''''^''^" 

»  partie  un  mauvais  garnement  et  en  partie  un  bouffon  »  (III,  410).  —  Les 
préventions  de  Greville  l'ont  évidemment  emporté  sur  son  sens  critique  quand, 
souvent  sur  le  témoignage  d'un  valet  du  roi  qu'il  avait  l'indélicatesse  d'interroger 
(I,  143,  190,  200,  etc.),  il  dépeint  sous  des  couleurs  si  fortes  l'avidité  de  lady 
Conyngham,  la  dernière  amie  de  George  IV  (I,  206,  207,  II,  31),  ou  la  haine 
du  roi  pour  son  factotum  sir  William  Knighton  (I,  154  sq.).  Enfin,  il  aurait 
peut-être  mieux  valu  que  l'éditeur,  conformément  à  sa  promesse  (Préface, 
p.  IX),  retranchât  certains  passages  inutilement  blessants  pour  des  personnes 
encore  vivantes  ou  dont  le  souvenir  n'est  pas  éteint  ;  il  ne  se  serait  pas  attiré  de 
démentis  de  la  part  de  M.  Jonathan  Peel  contre  le  jugement  sévère  qu'on  lui 
prête  sur  son  illustre  frère,  ou  de  la  part  de  lady  Burghersh  contre  une  odieuse 
insinuation  sur  une  entrevue  avec  un  jeune  prisonnier  dont  elle  avait  obtenu  la 
grâce  (II,  85),  ou  encore  du  présent  lord  Conyngham  contre  les  propos  mis 
dans  sa  bouche  lorsqu'il  était  lord  Mount-Charles.  On  le  voit,  nous  apprécions 
sans  partialité  ces  mémoires;  est-ce  à  dire  que  nous  souscrivions  pleinement  à 
la  sévérité  des  jugements  que  certains  organes  de  la  presse  tory  ont  portés  sur 
ce  livre  ?  L'histoire  n'a  pas  les  mêmes  raisons  qu'un  parti  pour  tenir  rigueur  à 
l'impitoyable  franchise  des  critiques  adressées  par  Greville  à  ses  amis  politiques, 
et  peut-être  ne  sera-ce  pas  s'éloigner  de  l'équité  que  de  blâmer  en  cet  ouvrage 
un  esprit  trop  personnel,  un  trop  vif  amour  des  petits  commérages  scandaleux, 
l'oubli  de  certaines  convenances  sociales,  le  manque  de  justesse  dans  la  plupart 
des  portraits,  sans  négliger  d'y  louer  la  sage  indépendance  d'un  esprit  véritable- 
ment politique  et  l'abondance  de  renseignements  curieux  sur  les  incidents  de 
coulisse.  Un  homme  d'Etat  anglais  résumait  ainsi  son  appréciation  de  ces  volu- 
mes :  «  Pour  rien  au  monde,  je  ne  voudrais  les  avoir  écrits;  je  ne  voudrais  pas, 
»  pour  beaucoup,  qu'ils  n'eussent  pas  été  publiés.  » 

Francis  de  Pressensé. 


SOCIÉTÉS  SAVANTES. 
ACADÉMIE   DES   INSCRIPTIONS   ET   BELLES-LETTRES. 

Séance  du  12  mars  1875. 

L'académie  se  forme  en  comité  secret  pour  discuter  les  titres  des  candidats  à 
a  place  de  membre  ordinaire  vacante  par  la  mort  de  M.  d'Avezac,  MM.  Bou- 
aric,  Bréal  et  Desjardins. 

M.  Le  Blant  annonce  la  découverte  d'une  inscription,  portant  les  noms  de 
Flavius  Sabinus  (frère  de  Vespasien)  et  de  sa  sœur  Titiana,  qui  vient  d'être 
trouvée  à  Rome  dans  la  catacombe  de  S'^  Domitille,  sépulture  des  chrétiens  de 
la  famille  Flavienne.  On  a  trouvé  aussi  sur  une  colonne  un  bas  relief  du  4'  siècle 
qui  représente  le  martyre  de  S.  Achillée.  Le  bulletin  d'archéologie  chrétienne  de 
M.  de  Rossi  donnera  de  plus  amples  détails  sur  ces  découvertes. 

M.  François  Lenormant  commence  la  lecture  d'un  mémoire  en  réponse  à 
celui  par  lequel  M.  J.  Halévy  a  voulu  soutenir  que  la  langue  primitive  de  la 
Babylonie^  que  les  assyriologues  désignent  sous  les  noms  de  langue  accadienne 


d'histoire  et  de  littérature.  207 

ou  sumérienne,  et  qu'ils  rattachent  à  la  famille  des  langues  ougrofinnoises,  n'avait 
en  réalité  jamais  existé.  M.  Lenormant  se  propose  pour  cette  fois  seulement  de 
démontrer  l'existence  de  la  langue  accadienne  ;  il  se  réserve  d'en  étudier  plus 
tard  le  caractère  linguistique.  i  i«q?^m^^,s3i;'f 

Parmi  les  ouvrages  adressés  à  l'académie,  on  remarque  les  survailts'  : 

Michel  Bréal,  Les  tables  eugubines,  i^  livraison  (Bibl.  des  hautes  études, 
22*  fascicule)  :  Paris  1875,  8".  :!«6t  «i  •^j-^fi-  iitif  éfjW-, 

Histoire  générale  du  Languedoc,  par  dom  Cl.  Devic  et  dbm  J.  Vaîssète  (nouV. 
éd.),  t.  I,  2°  partie  :  Toulouse,  Ëd.  Privât,  1874,  4°. 

Correspondance  des  contrôleurs  généraux  des  finances  avec  les  intendants  des  pro- 
vinces publiée  etc.  par  A.  M.  de  Boislisle,  t.  i,  i68j  à  1699  :  Paris  1874,  4° 
(présenté  par  M.  Alfred  Maury). 

Eug.  Talbot,  Histoire  romaine;  Petit  de  Julleville,  Histoire  grecque  :  2  vol. 
in- 18,  Paris,  Lemerre,  1875. 

Séance  du  19  mars  1875. 

M.  Ernest  Desjardins,  maître  de  conférences  à  l'école  normale  supérieure, 
directeur  adjoint  à  l'école  des  hautes  études,  est  élu  membre  ordinaire  de  l'aca- 
démie en  remplacement  de  M.  d'Avezac,  décédé. 

M.  Eug.  Hucher  adresse  à  l'académie  un  volume  intitulé  Le  jubé  du  cardinal 
Philippe  de  Luxembourg  à  la  cathédrale  du  Mans,  Le  Mans  1875,  g'"-  in-f°.  Cet 
ouvrage  comprend  la  description  de  ce  monument  d'après  les  dessins  de  l'archi- 
tecte du  1 5®  siècle,  et  la  reproduction  de  ces  dessins  en  fac-similé.  —  Est  aussi 
adressée  à  l'académie  une  brochure  intitulée  2uvo':îTt/,Y)  àçYjYYjaiç  ty^ç  ^vio\i.értiç 
àvaxaXutj^etoç  Tou  'OjJiYjpixou  'IXiou  xaxà  xà  Ity)  1870,  1871,  1872  xal  1873, 
UTCO  'Eppixou  2x^iei;.avv  :  'AG'/jvr^aiv  1875,  8°. 

M.  Garcin  de  Tassy  offre  de  la  part  de  M.  Bosworth  Smith  un  volume  intitulé 
Mohammed  and  Mohammedanism,  lectures  delivered  at  the  Royal  Institution  of  Great 
Britain.  Contrairement  au  D''  Arnold,  qui  dit  simplement  que  l'islam  est  une  ira- 
posture  criminelle,  M,  Smith  s'est  attaché  à  montrer  le  beau  côté  de  la  religion 
musulmane.  Elle  est  fondée  sur  la  révélation  de  l'ancien  et  du  nouveau  testa- 
ment, ce  qui  lui  assure  selon  l'auteur  une  vitalité  contre  laquelle  échouent  les 
efforts  des  missionnaires  :  les  chrétiens  devraient  donc  chercher  à  se  faire  des 
musulmans  des  alliés  et  non  des  ennemis.  Les  musulmans  ont  beaucoup  à 
apprendre  des  chrétiens  tout  en  restant  musulmans,  et  selon  l'auteur  les  chrétiens 
peuvent  apprendre  d'eux  quelque  chose  tout  en  restant  bons  chrétiens  :  il  faut 
donc  qu'ils  s'accordent  une  tolérance  réciproque,  ce  qui  serait  très-désirable 
surtout  dans  l'Inde  pour  les  Anglais  et  en  Algérie  pour  les  Français. 

M.  Renan  présente  de  la  part  de  M.  Hartwig  Derenbourg  un  volume  publié, 
à  l'occasion  du  5  o"  anniversaire  du  doctorat  du  prof.  Fleischer,  par  ses  élèves, 
et  dans  lequel  M.  H.  D.,  qui  est  de  ce  nombre,  a  donné  une  édition  et  un 
commentaire  du  Livre  des  locutions  vicieuses  de  Djawaliki  (en  arabe).  Cet  ouvrage 
porte  le  titre  de  Morgenlàndische  Forschungen,  Leipzig,  1 87  5 ,  8". 

M.  de  Rozière  présente  :  —  i°de  la  part  de  M.  Cauvet,  une  étude  historique 


208  REVUE  CRITIQUE    D*HISTOIRE   ET   DE   LITTÉRATURE. 

sur  l'abbaye  de  Fonfroide  ;  —  2*  la  première  livraison  de  1875  de  la  Revue  de 
législation  ancienne  et  moderne,  contenant  un  article  de  M.  Labbé  qui  résume  et 
discute  les  diverses  théories  sur  l'appariîio  des  magistrats  romains,  soutenues  à 
l'académie  par  M.  Naudet  et  M.  Edm.  Le  Blant. 

M.  Delisle  présente  de  la  part  de  M.  Siméon  Luce  un  mémoire  sur  les  négo- 
ciations des  Anglais  avec  le  roi  de  Navarre  pendant  la  révolution  parisienne  de 
1358,  qui  a  été  lu  l'année  dernière  à  l'académie  (extr.  des  mémoires  de  la 
Société  de  l'histoire  de  Paris  et  de  V Ile-de-France);  et  M.  Maury,  de  la  part  de 
M.  J.  Oppert,  un  travail  sur  l'immortalité  de  l'âme  chez  les  Chaldéens  (extr.  des 
Annales  de  philosophie  chrétienne). 

M.  Giraud  continue  la  lecture  de  son  mémoire  sur  les  tribuni  militum  a  populo. 
Parmi  les  inscriptions  qu'il  étudie,  la  principale  est  une  inscription  provenant  de 
l'ancien  municipe  d'Abellinum,  aujourd'hui  Avellino.  On  y  voit  un  personnage 
qui,  après  avoir  exercé  diverses  charges  et  notamment  celle  de  tribunus  militum  a 
populo,  est  admis  à  titre  honoraire  au  nombre  et  même  au  premier  rang  des 
membres  de  Vordo  ou  sénat  d'Abellinum,  avec  dispense  des  conditions  ordinaires 
d'admissibilité.  On  ne  peut  croire  que  ce  soit,  comme  le  voudrait  la  théorie  de 
M.  Duruy,  un  tribun  militaire  du  municipe  d'Abellinum,  car  il  est  probable 
qu'une  telle  charge  eût  emporté  l'admissibilité  à  l'or^^o,  comme  celle  de  tribun 
militaire  romain  rendait  admissible  au  sénat  de  Rome,  et  par  conséquent  la  dis- 
pense des  conditions  d'admissibilité  eût  été  inutile.  La  lecture  de  cette  inscrip- 
tion est  douteuse  en  quelques  points,  et  peut  être  y  faut-il  lire  îribuno  militum  a 
populo  facto  ;  M.  Giraud  rapproche  cette  expression  d'un  passage  de  Frontin  qui 
désigne  un  tribun  militaire  électif  du  peuple  romain  par  les  mots  tribunus  militum 
a  populo  facîus.  —  Les  autres  inscriptions  qu'il  passe  en  revue  éclairent  peu  la 
question.  On  y  trouve  des  charges  municipales  et  la  qualité  de  tr.  m.  a.  p.  réunies 
en  un  même  personnage,  mais  cela  ne  va  pas  contre  la  thèse  de  M.  Giraud,  car 
on  trouve  aussi  des  inscriptions  (M.  G.  en  cite  une  du  musée  de  Nîmes)  qui 
attribuent  à  une  même  personne  des  honneurs  municipaux  et  la  charge  de  tribun 
militaire  d'une  légion  romaine  nominativement  désignée.  —  Passant  ensuite  à 
l'objection  qu'on  pourrait  tirer  contre  son  système  du  grand  nombre  de  tribuni 
m.  a  p.  que  mentionnent  les  inscriptions  de  Pompéi,  et  qui  par  suite  font  plutôt 
songer  à  une  charge  du  municipe  de  Pompéi  qu'à  un  office  romain,  M.  Giraud 
répond  qu'à  raisonner  ainsi  a  priori,  il  devrait  paraître  encore  plus  étrange,  s'il 
fallait  admettre  que  le  tr.  m.  a  p.  fût  un  fonctionnaire  municipal,  de  ne  le  ren- 
contrer jamais  qu'en  Italie  et  de  n'en  trouver  aucune  mention  ni  dans  les  grands 
municipes  de  la  Gaule,  ni  dans  aucune  autre  partie  de  l'empire. 

u.r!EH:.M.bnt  J'iHen  Havet. 


Le  propriétaire-gérant  :  F.  VIEWEG. 


Nogent-le-Rotrou,  imprimerie  de  A,  Gouverneur. 


DER,  Der  Infinitiv  bei  Plautus.  Berlin,  chez  l'auteur.  In-8%  64  p.  (bon  travail). 

—  Commentationes  philologae;  scripss.  sem.   phil.  reg.   Lips Sodales. 

Leipzig,  Giesecke  und  Devrient.  In-8",  iv-288  p.  (art.  analytique).  —  Sybel, 
Die  deutschen  Universitaeten.  Bonn,  Cohen  u.  S.  In-8",  67  p. 


BULLETIN    BIBLIOGRAPHIQUE 
DES  PRINCIPALES  PUBLICATIONS   FRANÇAISES   ET   ÉTRANGÈRES. 


AVIS.  —  On  peut  se  procurer  à  la  librairie  A.  Franck  tous  les  ouvrages 
annoncés  dans  ce  bulletin,  ainsi  que  ceux  qui  font  l'objet  d'articles  dans  la 
Revue  cntiqae.  Elle  se  charge  en  outre  de  fournir  très-promptement  et  sans 
frais  tous  les  ouvrages  qui  lui  seront  demandés  et  qu'elle  ne  posséderait  pas  en 
magasin. 


Arnold  (B.).  De  Atheniensium  saeculi  a 
Ch.  n.  quinti  praetoribus.  In-S",  34  S. 
Dresden  (Hinrichs).  i  fr.  50 

Beccaria  (C).  Délia  commedia  presso  i 
Greci,  i  Latini  e  gl'  Italiani.  Studi.  In-8', 
352  p.  Torino  (Lœscher).  6  fr. 

Bertheau  (F.).  Die  Gesta  Trevirorum 
vom  J.  1152  bis  zum  J.  1259.  Eine 
Quellen  untersuchg.  In-S",  88  S.  Gœttin- 
gen  (Peppmùiier).  2  fr.  75 

Bibliotheca  Casinensis  seu  codicum  ma- 
nuscriptorum  qui  in  tabulario  Casinensis 
asfiervantur  séries  per  paginas  singillatim 
mucleata  notis  characterum  speciminibus 
ad  unguem  exemplatis  aucta  cura  et  stu- 
dio monachorum  ordinis  S.  Benedicti 
Abbatias  Montis  Casini.  T.  i .  In-4*, 
290  p.  et  21  tab.  Montis  Casini  (typ. 
Casinens.). 

Bladé  (J.-F.).  Contes  populaires  recueillis 
en  Agenais.  Traduction  française  et  texte 
agenais,  suivis  de  notes  comparatives  par 
M.  R.  Kœhler.  In-8*,  iv-i68  p.  Paris 
(Baer). 

Boos  (H.),  Die  Liten  und  Aldionen  nach 
den  Volksrechten.  In-8',  70  S.  Gœttin- 
gen  (Peppmùiier),  2  fr.  25 

Champagny  (de).  La  religion  romaine 
d'Auguste  aux  Antonins.  In-8*,  24  p. 
Paris  (Douniol  et  C*). 

Codex  diplomaticus  Cavensis  nunc  primum 
in  lucem  editus  curantibus  DD.  M.  Mor- 
caldi,  M.  Schiani,  S.  de  Stephano  0.  s. 
b.  Accedit  appendix,  quo  prajcipua  bi- 
bliothecse  Ms.  Membranacea  describuntur 
D.  B.  Cajetano  de  Aragonia  0.  s.  b. 
T.  I.  In-4°,  cxlvij-319  p.  c.  5  chromo- 
lith.  tab.  Milano  (Hœpli).  40  fr. 

Corblet  (J.).  Hagiographie  du  diocèse 
d'Amiens.  T.  4.    In-8°,   716  p.  Paris 

(Dumoulin). 


Desfrancs  (L.-B.).  Une  colonie  française 
au  XVIIe  siècle,  ou  analyse  d'un  Mémoire 
inédit  sur  le  Canada.  ^-8%  21  p.  Niprt 
(Clouzot).  >,v,nlvi^i<A 

Dictionnaire  historique  et  archéologique 
du  département  du  Pas-de-Calais,  publié 
par  la  Commission  départementale  des 
monuments  historiques.  Arrondissement 
d'Arras.  T.  2.  In-8°,  364  p.  Arras 
(Sueur  Charresey). 

Du  Boys  (A.).  Histoire  du  droit  criminel 
de  la  F'rance  depuis  le  XV'  jusau'au 
XIX'  siècle ,  comparé  avec  celui  de  l'Ita- 
lie, de  l'Allemagne  et  de  l'Angleterre. 
Pour  faire  suite  à  l'histoire  du  droit  cri- 
minel des  peuples  modernes,  du  même 
auteur.  T.  2.  In-8*,  676  p.  Paris  (Du- 
rand et  Pedone-Lauriel). 

Galitzin  (N.  S.).  Allgemeine  Kriegs- 
geschichte  aller  Vœlker  und  Zeiten.  Aus 
dem  Russ.  ins  Deutsche  ùbers.  v.  Strec- 
cius.  1.  Abth.  2.  Bd.  Gr.  in-8*.  Kassel 
(Kay).  12  fr. 

Girard  (J.).  Études  sur  l'éloquence  attique. 
Lysias,  Hypéride,  Démosthène.  In- 18 
Jésus,  xij-307  p.  Paris  (Hachette  et  C'). 

3  fr.  50 

Gombault  (J.  0.  de).  Epigrammes  iné- 
dites publiées  avec  une  note  bibliogra- 
phique de  M.  P.  Blanchemain.  In- 16, 
22  p.  San-Remo  (J.  Gay  et  fils). 

Handelmann  (H.).  Vorgeschichtliche 
Steindenkmaeler  in  Schleswig-Holstein. 
Hft.  mit  3  lithogr.  Taf.  u.  6  Holzschn. 
in-4°,  8  S.  Kiel  (v.  Maack).       i  fr.  75 

Harster  (W.).  Die  Bauten  d.  rœmischen 
Soldaten  zum  œffentlichen  Nutzen.  In-4*, 
18  S.  Berlin  (Calvary  et  C').  4  fr. 

HégeL  Esthétique.  Traduction  française 
par  C.  Bénard.  2  vol.  in-8»,  lxiv-1083  p. 
Paris  (G.  Baillière). 


7„ 


Heller(J.).  Deutschland  u.  Frankrelch  in 
ihren  politischen  Beziehungen  vom  Ende 
d.  Interregnums  biszum  Tode  Rudolfs  v. 
Habsburg.  Èin  Beitrag  zur  Reichsgesch. 
d.  i^.Jahrh.  In-S",  160  S.  Gœttingen 
(Peppmùller).  4  fr. 

Hertzberg  (H.).  Die  Historien  und  di 
Chroniken  d.  Isidorus  v.  Sevilla.  i.  Thl. 
Die  Historien.   In-8',  83   S.  Gœttingen 
(Peppmùller).  2  fr.  75 

Jacoby  (L.).  Die  Idée  der  Entwickelung. 
Eine  Sozial-philosoph.  Darstellg.  1.  Th. 
In-8*,  134  S.  Berlin  (Oliven).      5  fr.  35 

Klingelhœffer  (W.).  Plante  imité  par 
Molière  et  Shakspeare.  In-4%  32  p.  Ber- 
lin (Calvary  et  G').  i  fr.  50 

K,œnig  (D.).  Kritische  Erœrterungen  zu 
einigen  italienischen  Quellen  f.  die  Ge- 
schichte  d.  Rœmerzuges  Kaiser  Heinrich's 
VII.  In-8',  66  S.  Gœttingen  (Peppmùller). 

2  fr.  25 

Krause  (G.)-  Ueber  die  Beziehungen  ei- 
niger  Spracherscheinungen  zur  Geistes- 
thaetigkeit  unter  Berùcksicht.  der  Ergeb- 
nisse  der  Physiologie  u.  der  Sprachver- 
gleichg.  In-4°,  25  S.  Berlin  (Calvary  et 
C**).  I  fr.  50 

Lukmanoff  (A.  de).  Théorie  de  la  musique 
fondée  sur  le  calcul.  In-4*,  45  p.  et  2  pi. 
Paris  (imp.  Hennuyer). 

Mas  Latrie  (L.  de).  Nouvelles  preuves 
de  l'histoire  de  Chypre  sous  le  règne  des 
princes  de  la  maison  de  Lusignan.  2*  livr. 
In-8*,  64  p.  Paris  (Baur  et  Détaille). 

Madden  (J.-P.-A.).  Lettres  d'un  biblio- 
graphe. 3'  série.  Avec  fac-similé.  In-S", 
xiij-104  p.  Paris  (Tross). 

Maurer  (K.)-  Island  von  seiner  ersten 
Entdeckung  bis  zum  Untergange  d.  Frei- 
staats.  In-8°,  ix-480  S.  Mùnchen  (Kaiser). 

13  fr.  35 

Mayer  (M.  v.).  Die  Papstwahl  Innocenz 
XIII.  Nach  Original  Quellen.  In-8°, 
n  5  S.  Wien  fBraumùller).         3  fr.  25 

Mège  (F.).  Formation  et  organisation  du 
département  du  Puy-de-Dôme  (1789- 
1801).  In-S",  346  p.  Paris  (Aubry).  6f. 

Musaeî  grammatici  carmen  de  Hero  et 
Leandro  rec.  C.  Dilthey.  In-S",  xij-41  p. 
Bonn  (Cohen  u.  Sohn).  2  fr.  75 

Piper.  Ueber  den  Gebrauch  d.  Dativs  im 
Ulphilas,  Heliand  u.  Otfried.  In-4',  30  S. 
Berlin  (Calvary  et  C').  i  fr.  50 


Prûmers.  Rodgero  Albero  v.  Montreuil, 
Erzbischof  v.  Trier.  1132-1 152.  In-8*, 
100  S.  Gœttingen  (Peppmùller).  3  fr.  25 

Richars  li  Biaus.  Zum  ersten  Maie 
hrsg.  V.  D'  W.  Fœrster.  In-8°,  xxix- 
196  S.  Wien  (Hœlder).  8  fr. 

Rufi.  Festi  breviarium  rerum  gestarum  P. 
R.  Rec.  W.  Fœrster,  praemittitur  dis- 
sertatio  de  Rufi  breviario  ejusque  codi- 
cibus.    ^-8°,    23    p.    Wien    (Hœlder). 

1  fr.  75 

Sacut  (M.).  Jessod  Olam,  das  aelteste 
bekannte  dramat.  Gedicht  in  hebr. 
Sprache.  Zum  ersten  Maie  nach  3  Hand- 
schriften  edirt.  u.  m.  e.  Einletg.  versehen 
v.  D'A.  Berliner.  In-8°,  xlij-58  S.  Berlin 
(Benzian).  3  fr.  jo 

Saint-Simon  (duc  de).  Mémoires  publiés 
par  MM.  Chéruel  et  A.  Régnier  fils  et 
collationnés  de  nouveau  pour  cette  édition 
sur  le  manuscrit  autographe,  avec  une 
notice  de  M.  Sainte-Beuve.  T.  15.  In- 18 
Jésus,  495  p.  Paris  (Hachette  et  C"). 

3  fr.  so 

Sauteyra  et  Cherbonneau  (E).  Droit 
musulman.  Du  statut  personnel  et  des 
successions.  T.  2.  Des  successions.  In-8*, 
443  p.  Paris  (Maisonneuve  et  C').  8  fr. 

Susane  (le  général).  Histoire  de  l'artillerie 
française.  In- 1 8  jésus, 449 p.  Paris (Hetze! 
et  C-).  3  fr.  50 

Talmud  hierosolymitanum.  Ordo  Seraïm. 
Ad  finem  Venetae  Danielis  Bombergi 
editionem  recognovit,  consonentariis  il- 
lustra vit,  praefatus  est  Frankel.  Vol.  1. 
Continens  Massechoth,  Berachoth,  Pean. 
In-4*,  ix-184  p.  Wien  (Winter).      8  fr, 

Tissot  (J.).  Introduction  philosophique  à 
l'étude  du  droit  pénal  et  de  la  réforme 
pénitentiaire.  In-8°,  xiv-584  p.  Paris 
(Marescq  aine).  9  fr. 

Tliiimen.  Einfùhrung  in  Lessings  ham- 
burger Dramaturgie.  I.  Thl.  In-4',  16  S. 
Berlin  (Calvary  et  C'),  1  fr.  50 

Vogel.  De  romanorum  in  Gâllia  Transal- 
pina  gestis  ante  G.  Jul.  Caesarem.  In-4*, 
10  p.  Berlin  (Calvary  et  C*).       i  fr.  50 

"WaGlismuth  (C).  Commentatio  II,  de 
Zenone  Citiensi  et  Cleanthe  Assio.  In-40, 
20  p.  Gœttingen  (Dieterich).        i  fr.  50 

"Wailly  (N.  de).  Mémoire  sur  le  Romant, 
ou  Chronique  en  langue  vulgaire,  dont 
Joinville  a  reproduit  plusieurs  passages. 
In-8*,  36  p.  Nogent-le-Rotrou  (imp. 
Gouverneur). 


Noger.i-le-Rotrou.  Imprimerie  de  A.  Gouverneur. 


N*  14  Neuvième  année.  3  Avril  1875 


REVUE  CRITIQUE 

D'HISTOIRE   ET  DE  LITTÉRATURE 

RECUEIL  HEBDOMADAIRE  PUBLIÉ  SOUS  LA  DIRECTION 

DE  MM.  C.  DE  LA  BERGE,  M.  BRÊAL,  G.  MONOD,  G.  PARIS. 


Secrétaire  de  la  Rédaction  :  M.  Stanislas  Guyard. 

Prix   d'abonnement  : 

Un  an,  Paris,  20  fr.   —  Départements,  22  fr.  —  Etranger,  le  port  en  sus 

suivant  le  pays. 

PARIS 
LIBRAIRIE    A.    FRANCK 

F.    VIEWEG,    PROPRIÉTAIRE 
67,  RUE  RICHELIEU,  6j 


G.  PARIS 


Adresser  toutes  les  communications  à  M.  Stanislas  Guyard,  Secrétaire  de  la 
Rédaction  (au  bureau  de  la  Revue  :  67,  rue  Richelieu). 

ANNONCES 

En  vente  à  la  librairie  A.  Franck,  F.  Vieweg  propriétaire,     :  ^'-^'^^  ^J 
67,  rue  de  Richelieu.  ';"'- 

Le  Petit  Poucet  et  la  Grande  Ourse,  i  vol.  in-i6 
imprimé  en  caractères  elzeviriens.  2  fr.  50 

BIBLIOTHÈQUE  DE  l'ÉCOLE  DES  HAUTES  ÉTUDES 

20^  FASCICULE. 

r\  î  î  î  XT  nr  Î  l  T  tr  ni  ^"stitution  oratoire.  Collation  d'un  ms. 
V^  U  i  IN  1  1  l_i  1  Il<  1 N  du  xe  siècle,  par  Emile  Châtelain  et  Jules 
Le  Coultre,  licenciés  ès-lettres,  élèves  de  PÉcole  des  hautes  études.  3  fr. 

1 8^  ET  1 9*  fascicules  précédemment  parus  : 

RnFT    î    AQTFTVRÏR   ^^^^^  ^^^  ^^^  ^'^^^^^  ^^ 
•      L' IL      l_ir\.0   1    IL  I    IV 1  IL     vicomtes     de     Limoges 

antérieurs  à  l'an  1000.  5  fr. 

Ar^  A  D  IV  /T  t7  Ç  '"P  HT  '"P  17  O     '^'"^^^^  ^^  ^^  formation  des 
•    L-'/\rviVl  IL  O   1    Cj    1    iLlV    mots    composés   dans   la 

langue  française  comparée  aux  autres  langues  romanes  et  au  latin.  12  fr. 

Pour  paraître  très-prochainement  : 
2 1«  fascicule.  Hymne  à  Ammon  Ra  des  papyrus  de  Boulaq,  traduit  et  com- 
menté par  Eugène  Grébault,  avocat,  élève  de  l'École  des  hautes  études. 


PERIODIQUES. 

The  Academy,  N*  149,  new  séries,  i  ?  mars.  The  Encyclopaedia  Britannica. 
Ninth  Edition.  Vol.  I.  Edinburgh,  Adam  and  Black  (Jas.  S.  Cotton).  —  Doran, 
Lives  of  the  Queens  of  England  of  the  House  of  Hanover.  Fourth  Ed.  2  vols. 
London,  Bentley  (Alex.  Charles  Ewald).  —  Cléments  R,  Markham,  Statement 
exhibiting  the  Moral  and  Material  Progress  and  Condition  of  India  during  the 
Years  1872-73  (2^  art.  James  Innés  Minchin).  —  Notes  and  News.  —  Notes  of 
Travel.  —  Correspondence.  Mr.  James  Fergusson  and  St.  Paul's  Cathedral  (J.  T. 
Micklethwaite).  —  Captain  Marryat  a  Plagiarist  (H.  C.  Coote).  —  Shakes- 
perian  Verse-Tests  (John  K.  Ingram)  —  Our  Oldest  Ms.  and  who  mutilated  it 
(Edmund  S.  Ffoulkes;  P.  Le  Page  Renoue  :  VAcad.  déclare  que  la  discussion 
ne  saurait  aller  plus  loin).  —  Meetings  of  Societies  (Soc.  des  antiquaires,  de 
philologie,  de  géographie. 

The  Athenseum,  N°  2472,  13  mars.  Von  Ranke,  A  History  of  England, 
principally  in  the  Seventeenth  Century.  6  vols.  Clarendon  Press  (2^  art.).  — 
A.  J.  Ellis,  Practical  Hints  on  the  Quantitative  Pronunciation  of  Latin,  for  the 
Use  of  Classical  Teachers  and  Linguists.  Macmillan  and  Co.  (l'auteur  voudrait 
réformer  la  prononciation  du  latin  en  Angleterre).  —  John  Stuart,  A  Lost 
Chapter  in  the  History  of  Mary  Queen  of  Scots  Recovered.  Edinburgh,  Edmon- 
ston  and  Douglas  (traite  du  mariage  de  Bothwell  avec  Lady  Jane  Gordon,  de 
son  divorce,  et  de  sa  seconde  union  avec  Marie  Stuart).  —  De  Saulcy,  La 
Numismatique  de  la  Terre-Sainte.  Paris,  Rothschild  (art.  très-favorable).  — 
The  Ballad  of  Dom  Doardos.  —  Literary  Gossip.  —  Societies  (Soc.  de  géogr.  de 
l'institut  archéologique,  de  philologie,  de  l'institut  anthropologique). 

Literarisches  Centralblatt,  N°  12,  20  mars.  Schmidt,  Die  Expédition 
gegen  Chiwa  im  J.  1873.  St.  Petersburg,  Rôttger,  In-S",  viij-200  p.  (l'ouvrage 
le  plus  détaillé  et  le  plus  complet  qui  ait  paru  sur  la  question).  —  Exempla 
Inscriptionum  latinarum  comp.  Willmanns.  T.  I  et  II.  Berlin,  Weidmann.  In-B", 
xvij-532;  737  p.  (très-utile  manuel  d'épigraphie  latine).  —  Baehrens,  Analecta 
Catulliana.  lena,  Dulït.  In-8°,  80  p.  (i"chap.  «  de  Catulli  et  Lesbiae  amoribus;  » 
2«  ch.  «  de  libri  Catulliani  fatis;  »  3"  ch.  «  Emendationes  CatuUianae;  «  beau- 
coup des  conjectures  de  M.  B.  sont  inadmissibles).  —  Hûbschmann,  Zur  Casus- 
lehre.  Mùnchen,  Ackermann.  In-8°,  viij-338  p.  (ouvrage  de  grande  valeur  dont 
la  I  ''-°  partie  contient  une  histoire  critique  des  théories  des  cas  et  la  seconde 
une  étude  sur  l'emploi  des  cas  dans  les  langues  iraniennes).  —  Hasdeù, 
Istoria  criticâ  a  Românilorù  ;  Ders. ,  Principie  de  filologia  comparativâ  ario- 
europeâ  eu  aplicatiuni  la  istoria  limbe!  romane;  Columna  lui  Traianu  (Périodique 
p.  p.  Hasdeù);  T.  Maiorescu,  critice.  —  Der  Hopfen.  Homburg,  Steinhâuser, 
In-8",  xij-24  p.  (l'auteur  croit  que  le  houblon  est  d'origine  slave).  —  Wey- 
MOUTH,  On  early  English  pronunciation.  London,  Asher  and  Co.  In-8",  xij-i  5 1  p. 
(l'ouvrage  de  M.  W.  est  dirigé  contre  les  vues  de  M.  Ellis;  le  Centralblatt  donne 
raison  à  ce  dernier). 

Anzeiger  fur  Kunde  der  deutschen  Vorzeit,  N°  2,  février  1875.  Bunt- 
glasierte  Thonwaaren  des  1 5.-18.  Jahrh.  im  germanischen  Muséum.  X  (A.  Es- 
senwein).  —  Handschriften  der  Stockholmer  Bibliothek  (fin  :  Wattenbach). 
—  Mittheilungen  aus  dem  Hausbuche  des  Rathsherrn  Christophe  Hueber  von 
Linz  (fin  :  Cari  Waldemar  Neumann).  —  Handschriftliches  aus  dem  Bauschutte 
des  Mainzer  Dômes  (Friedrich  Schneider).  —  Ein  Ehescheidungsbrief  vom  17. 
Mai  1395  (Baader).  —  Zu  dem  «  Nonnengebetbuch  des  16.  Jahrhunderts  >> 
(Pfarrer  Busl).  —  Zur  Geschichte  der  Feuerwaffen  (Jacobs).  —  Zur  Vernich- 
tung  des  ehemaligen  churfùrstlich  mainzischen  Archivs  (Dr.  C.  Will).  —  Find- 


REVUE  CRITIQUE 

D'HISTOIRE    ET    DE    LITTÉRATURE 

N*  14  —  3  Avril  —  1875    , 

Sommaire  :  6y  Eggeb.  Notions  élémentaires  de  grammaire  comparée,  7»  édit.;  Les 
substantifs  veroaux,  2"  éd.  —  66.  Stender,  Histoire  critique  de  !a  fable  de  l'expé- 
dition des  Argonautes.  —  67.  Busson,  Contribution  à  l'histoire  de  la  ligue  de  paix 
conclue  entre  plusieurs  villes  allemandes  en  1254.  —  Variétés  :  Les  Chants  bulgares  du 
Rhodope;  —  Annuaire  géographique,  p.  p.  Behm,  t.  V;  Vivien  de  Saint- Martin; 
L'année  géographique,  t.  XII  (1874).  —  Correspondance:  Remarques  supplémentaires  sur 
le  Dictionnaire  étymologique  latin,  etc.  -sanscrit  de  Zehetmayr  (Th.  N.).  —  Sociétés 

.    savantes  :  Académie  des  inscriptions. 

liW^, _— , 

6j.  —  Notions  élémentaires  de  grammaire  comparée  pour  servir  à  l'étude 
des  trois  langues  classiques,  par  E.  Egger,  membre  de  l'Institut.  7"  édition.  Paris, 
Durand.  1875.  In-12,  viij-2ji  p.  —  Prix  :  3  fr. 

Les  substantifs  verbaux  formés  par  l'apocope  de  Pinfînitif.  Observations 
sur  un  procédé  de  dérivation  très-fréquent  dans  la  langue  française  et  dans  les  autres 
idiomes  néo-latins,  par  E.  Egger  ,  membre  de  l'Institut.  2'  édition.  Paris,  Pedone- 
Lauriel,  1875.  In-8*,  x-67  p.  —  Prix  :  2  fr. 

Les  Notions  élémentaires  de  grammaire  comparée,  bien  connues  de  tous  ceux  qui 
pratiquent  ou  qui  aiment  la  philologie,  ont  paru  pour  la  première  fois  en  1854. 
Le  ministre  qui  dirigeait  alors  l'instruction  publique  n'a  pas  laissé  dans  PUni- 
versité  un  souvenir  populaire  ;  mais  comme  l'ambition  de  cette  Revue  est  d'être 
impartiale  pour  tout  le  monde,  nous  dirons  qu'il  possédait  au  moins  une  qualité  : 
il  avait  du  goût  pour  la  grammaire  comparative.  Ce  fut  lui  qui  encouragea  la 
publication  des  Notions  élémentaires,  et  une  fois  le  livre  publié,  il  ne  résista  pas  à 
la  tentation  de  le  rendre  obligatoire  dans  les  classes.  La  nature  humaine  est 
malheureusement  si  imparfaite  que  même  sous  un  ministre  aussi  puissant  que 
l'était  M.  Fortoul,  nos  professeurs  éprouvèrent  de  la  difficulté  à  enseigner  ce 
qu'ils  ne  savaient  point.  Pendant  quelques  années  le  Manuel  de  M,  Egger  fut 
appris  par  cœur  et  récité  :  l'auteur,  un  peu  inquiet  de  ce  succès,  avait  beau  pro- 
tester dans  ses  préfaces,  les  éditions  se  succédaient  rapidement,  le  libraire,  en 
hotnme  intelligent,  faisait  clicher  le  volume,  et  d'un  bout  de  la  France  à  l'autre 
la  grammaire  comparée  paraissait  devenue  à  jamais,  une  fois  par  semaine,  l'ali- 
ment des  élèves  de  quatrième.  Mais  si  l'Université,  dans  certaines  occasions,  se 
résout  assez  facilement  à  obéir  sans  être  convaincue,  elle  se  dédommage  et  satis- 
fait aux  droits  de  la  conscience  par  une  opposition  aussi  insaisissable  qu'active. 
Elle  est  en  ceci  l'image  exacte  de  la  France.  Lorsque  M,  Fortoul  quitta  le 
ministère  en  même  temps  que  la  vie,  son  successeur,  M.  Rouland,  céda  à  l'opi- 
nion qui  dès  lors  ne  craignit  point  de  se  faire  entendre,  et  rendit  la  grammaire 
comparée  facultative  :  ce  fut  pour  le  Manuel  le  point  de  départ  d'une  vie  à  pul- 
sations moins  fréquentes  et  plus  saine. 

Le  voici  arrivé  à  sa  vingtième  année  et  à  sa  septième  édition.  L'auteur  a  pensé 
XV  14 


210  ''If?  TAfl  REVUE  CRITIQUE  ï    O 

que  dans  l'état  actuel  de  la  science  il  ne  devait  pas  le  réimprimer  sans  modifi- 
cations :  il  en  a  donc  préparé  une  édition  qui  mérite  justement  le  nom  d'édition 
augmentée  et  corrigée.  Nous  l'avons  rapprochée  de  la  précédente,  et  nous  avons 
pu  constater  qu'à  toutes  les  pages  l'auteur  a  enrichi,  amélioré,  émondé  son 
œuvre.  En  voici  quelques  exemples.  Dans  la  6'' édition,  l'auteur  fait  la  distinction, 
parfaitement  justifiée  en  soi,  entre  les  mots  variables  et  les  mots  invariables 
(chap.  VII)  :  Mais  il  ne  dit  rien  sur  l'origine  de  ces  derniers.  Cette  fois  il  fait 
voir  par  des  mots  bien  choisis  que  les  termes  invariables  sont  généralement  des 
mots  revêtus  d'une  flexion,  comme  x^?^'^)  ë^^i^^>  Srj[jLo<n'a,  oixot,  domi,  private, 
mais  sortis  pour  une  cause  quelconque  des  cadres  réguliers  de  la  déclinaison. 
Au  chap.  XI,  nous  trouvons  une  note  judicieuse  et  fine  sur  l'emploi  des  temps 
du  verbe  chez  les  écrivains  classiques  de  l'antiquité.  «  Il  semble  que  les  Grecs 
»  et  les  Romains  aient  usé  des  formes  du  verbe  avec  une  liberté  dont  ne  jouit 
»  plus  la  grammaire  française.  Que  l'on  prenne,  par  exemple,  la  première  page 
»  de  l'Anabase  de  Xénophon,  et  qu'on  la  traduise  en  mettant  avec  soin  le  pré- 
»  sent  français  pour  le  présent  grec,  l'imparfait  pour  l'imparfait,  le  prétérit 
»  simple  pour  l'aoriste,  etc.  On  s'apercevra  que  la  phrase  française,  écrite  selon 
»  ce  strict  mot  à  mot,  sera  inadmissible.  Il  y  avait  donc  quelque  chose  d'un  peu 
»  artificiel  dans  les  dénominations  attachées  aux  formes  temporelles  et  aux  formes 
;)  modales  dans  les  langues  grecque  et  latine.  Nos  paradigmes  français  s'accordent 
»  mieux  avec  l'usage  syntactique  de  notre  langue.  »  Cette  remarque,  qui  est  à 
la  fois  d'un  grammairien  et  d'un  helléniste,  vient  confirmer  les  observations  de 
M.  Thurot,  consignées  dans  les  Mémoires  de  la  Société  de  linguistique  (I,  p.  1 1 1). 
—  Citons  encore  au  chapitre  IV  cette  note  empruntée  à  Quintilien,  et  qui  pour- 
rait servir  d'épigraphe  à  un  livre  sur  l'accent  tonique  dans  les  langues  romanes  : 
Quorum  (verborum)  pars  devorari,  pars  destitui  solet,  plerisque  extremas  syl- 
labas  non  proferentibus,  dum  priorum  sono  indulgent  (Inst.  Or.  XI,  ^,  3^).  — 
D'autres  fois  c'est  par  des  retranchements  que  se  décèle  la  main  qui  retouche  et 
qui  perfectionne.  Nous  ne  retrouvons  plus  au  chap.  XI  dans  la  7*  édition  une 
observation  qui  a  dû  sans  doute  au  cliché  sa  longévité  imméritée,  sur  l'w  de  X6a) 
qui  rappellerait  l'w  du  pronom  èYw.  La  différence  entre  la  r*  syllabe  de  qu'il 
vienne  et  celle  de  que  nous  venions  n'est  plus  attribuée  à  une  compensation,  mais 
à  l'accent  tonique  • . 

'  Pour  les  lecteurs  qui  ont  puisé  dans  ce  livre  en  sa  nouveauté  leurs  premiers 
éléments  de  linguistique,  comme  c'est  le  cas  pour  l'auteur  de  cet  article,  il  est 
intéressant  de  retrouver  à  certaines  pages  le  germe  de  travaux  qui  depuis,  sous 
la  main  de  l'auteur  ou  entre  des  mains  étrangères,  se  sont  étendus  et  complétés, 
et  sont  quelquefois  devenus  des  ouvrages.  La  distinction  entre  les  mots  français 
d'origine  savante  et  d'origine  populaire,  distinction  aujourd'hui  d'usage  courant, 
est  entrée  dans  l'enseignement  grâce  au  manuel  de  M,  E.,  où  elle  est  exposée 

I,  Nous  regrettons  de  n'avoir  pas  vu  disparaître  la  note  17,  devenue  la  note  24, 
d'après  laquelle  monere  fait  monêre,  et  amàre  fait  amâre,  en  vertu  d'une  loi  organique,  qui 
a  pour  résultat  que  «  la  voyelle  s'allonge  d'elle-même.  »  Organique  est,  en  effet,  une  rai- 
son :  mais  il  n'y  a  rien  à  repondre  à  organique. 


d'histoire  et  de  littérature.  211 

au  chap.  XXI.  De  là  aussi  les  doublets  ont  pris  leur  vol.  Une  observation  de 
l'auteur  sur  les  formations  verbales  par  apocope  {accord  de  accorder,  aide  de 
aider)  est,  au  contraire,  postérieure  au  Manuel,  où  elle  a  trouvé  maintenant  sa 
place  p.  170  '.  Presque  à  tous  les  chapitres  on  rencontre  une  occasion  de  faire 
des  retours  sur  le  développement  de  cette  branche  d'études.  L'originalité  du 
livre  est  dans  l'intime  et  utile  mélange  des  données  de  la  linguistique  avec  les 
enseignements  de  la  grammaire  gréco-latin.  Au  moment  où  il  parut,  il  dut  son 
succès  à  la  linguistique,  inconnue  du  plus  grand  nombre  :  aujourd'hui,  c'est 
plutôt  la  tradition  de  la  grammaire  classique  qu'on  y  va  chercher  2.  Ainsi  les 
Notions  élémentaires  présentent  un  assemblage  de  connaissances  qui  les  empêche 
de  vieillir.  Comme  un  conseiller  aimable  et  sage  qu'on  a  toujours  avantage  et 
plaisir  à  interroger,  ce  livre  nous  apprend  quantité  de  choses  que  vainement  on 
demanderait  à  de  gros  volumes  :  également  éloigné  de  l'engouement  et  des 
exclusions  systématiques,  il  fait  aux  découvertes  nouvelles  leur  part  sans  renoncer 
aux  théories  consacrées  par  l'expérience  ;  il  va  volontiers  vers  les  patois  pour 
leur  inspirer  confiance  en  eux-mêmes  et  il  parle  des  grands  modèles  avec  la 
sûreté  que  donne  l'élévation  naturelle  de  l'esprit  jointe  à  une  longue  habitude. 

M.  B. 


66.  —  De  Argonautarum  ad  Colchos  usqne  expeditione  fabulse  historia 
critica.  Scripsit  D'  Julius  Stender.  Kilise,  C.  Weichmar.  1874.  68  p.  —  Prix  : 
2  fr.  75. 

C'est  une  étude  très-intéressante  que  celle  du  développement  historique  de  la 
fable  des  Argonautes.  Ces  monographies  ont  l'avantage  de  montrer  avec  la 
clarté  d'un  exemple  avec  quelle  infatigable  variété,  sur  ce  fond  poétique  et  reli- 
gieux des  vieux  âges,  s'exerça  la  pensée  grecque.  Lorsqu'en  outre,  comme  dans 
le  cas  présent,  la  fable  revêt  la  forme  d'un  récit  historique,  ce  n'est  qu'en  la 
soumettant  à  une  attentive  analyse  qu'on  peut  arriver  à  dégager  la  part  de  réalité 
qu'elle  recouvre.  Il  y  a  bien  quelque  étrangeté  en  effet  à  accepter,  ainsi  que  cela 
arrive,  ces  récits  comme  l'expression  de  faits  réels  dont  les  circonstances  seules 
seraient  fabuleuses.  On  se  demande  en  vérité  de  quel  droit  l'historien,  qui  suit 
jusqu'aux  bords  du  Phase  les  aventureux  navigateurs,  les  abandonne  quand  ils 
vont  en  remonter  le  cours,  pour  s'engager  dans  le  fleuve  Océan.  Seule,  l'analyse 
des  récits  qui  nous  sont  parvenus  peut  permettre  d'y  distinguer  les  parties 
anciennes  et  récentes,  et  nous  aider  ainsi  à  déterminer  l'époque  approximative 
où  la  légende  s'est  localisée,  suivant  l'expression  consacrée,  sur  les  divers  points 
de  son  itinéraire  définitif.  Car  c'est  la  légende  elle-même  qui  voyage,  du  même 
pas  que  les  connaissances  géographiques  de  la  race  dont  l'imagination  l'a  créée 
et  la  renouvelle  sans  cesse.  Chaque  âge  s'ingénie  à  mettre  l'antique  et  populaire 
récit  en  accord  avec  la  réalité  qui  se  découvre  à  ses  yeux.  Celui-ci  dans  sa  rédac- 

1.  Cette  observation  a  donné  naissance  à  un  mémoire  de  M.  E.  qui  est  lui-même  par- 
venu aujourd'hui  à  sa  seconde  édition.  Nous  en  avons  inscrit  le  titre  en  tête  de  cet 
article. 

2.  Une  bonne  addition  à  ce  point  de  vue  est  la  liste  alphabétique  des  termes  techniques 
de  la  grammaire  chez  les  Grecs  et  les  Romains,  p.  22$. 


I 


212  .'^flî.iT      REVUE   CRITIQUE 

tion  porte  l'empreinte  du  travail  graduel  qui  l'a  arrangé  et  remanié  tour  à  tour, 
et  qui,  sans  le  fixer  absolument,  lui  a  donné  sa  forme  définitive. 

Ces  idées,  développées  par  Otfried  MûUer  et  par  Grote,  sont  celles  qui  inspirent 
le  travail  de  M.  Stender.  L'auteur  connaît  bien  les  textes  anciens,  et  montre  des 
habitudes  de  discussion  précise  et  rigoureuse.  On  regrette  que  dans  ce  travail 
sérieux  l'étude  des  monuments  figurés  ait  été  un  peu  trop  laissée  de  côté.  M.  St. 
aurait  dû  aussi  ne  pas  négliger  certains  soins  d'exposition,  dont  l'absence  nuit  à 
la  clarté  de  son  livre.  Le  lecteur  ne  trouve  ni  titre  de  chapitre,  ni  index,  pour 
s'orienter  dans  un  texte  encombré  de  longues  citations  in  extenso.  Cette  prodi- 
galité de  citations  n'est  pas  partout  nécessaire  ;  et  souvent  un  simple  renvoi  eût 
suffi'. 

M.  St.  consacre  une  sorte  d'introduction  à  la  comparaison  des  principaux 
catalogues  Argonautiques  (p.  6-13),  et  aux  scoliastes  d'Apollonius  (p.  13-18). 
On  peut  remarquer  qu'il  considère  le  catalogue  du  poème  Orphique  comme  copié 
d'Apollonius;  ailleurs  encore  il  relève  d'autres  indices  semblables  (p.  61),  —  on 
n'en  sera  pas  surpris,  —  dans  cette  compilation  du  iv*  siècle,  dont  la  prétendue 
originalité,  malgré  le  caractère  antique  de  certains  détails,  n'est  qu'une  illusion 
due  au  hasard  qui  nous  a  conservé  cette  épave  au  milieu  de  tant  de  pertes. 
Quant  aux  importantes  scholies  d'Apollonius,  il  se  range  à  l'opinion  qui  en  fait 
remonter  pour  la  meilleure  part  la  composition  avant  le  1"  siècle  de  notre  ère  ; 
nous  ne  voyons  pas  trop  pourquoi  il  place  en  tète  le  commentateur  Irénée  (p.  1 2). 

En  général  la  valeur  des  sources  est  sainement  appréciée,  parfois  même  avec 
une  sorte  de  rigorisme.  Il  vint  un  moment,  dit  M.  St.  (p.  50),  où,  pour  la  fable 
qui  nous  occupe,  à  une  période  de  simples  changements  succéda  une  période 
d'altérations.  Ce  fut  à  partir  de  Denys  de  Mitylène  ;  dans  le  récit  duquel  on  voit, 
à  travers  Diodore,  l'envahissement  manifeste  des  idées  evhémériques.  Les  docu- 
ments de  cette  période  n'ont,  dit-il,  qu'une  autorité  inférieure.  —  S'il  convient  en 
efîet  d'user  avec  eux  de  plus  de  circonspection,  il  ne  faut  pas  pourtant  les  condamner 
sur  la  date.  Dans  sa  préoccupation  de  tout  simplifier,  Diodore  tombe  sans  doute 
en  d'étranges  confusions.  Mais  il  n'en  est  pas  moins  vrai  que  son  éclectisme,  si 
arbitraire  qu'on  le  suppose,  nous  a  conservé  des  parties  véritablement  anciennes, 
que  nous  ne  connaîtrions  pas  sans  lui.  Quand  par  exemple  il  nous  fait  voir  que 
les  Argonautes  touchèrent  d'abord  en  Tauride,  M.  St.  se  garde  avec  raison  de 
rejeter  son  témoignage. 

La  vieille  légende  alla  se  transformant,  comme  l'hellénisme,  et  fut  de  plus  en 
plus  défigurée  par  les  variantes  de  circonstance  et  les  additions  intéressées  aux^ 
quelles  sa  popularité  même  la  condamnait  à  donner  asile.  Les  inventions  nou- 
velles d'un  culte  en  défaillance  cherchaient,  en  se  rattachant  à  elle,  à  se  donner 
une  consécration.  Le  christianisme  lui-même  ne  mit  pas  fin  à  cette  végétation 
parasite  enlacée  autour  du  tronc  primitif  M.  St.  cite  un  texte  de  Jean  d'Antioche 
(^Fragm.  hist.  gr.  t.  IV,  p.  548),  où  l'on  voit  en  pleine  Argonautique  intervenir 
la  Vierge  Marie  et  l'archange  Michel.  Telle  fut  la  carrière  d'une  fable  qui,  dans 

I.  A  condition  d'être  exact;  à  la  page  43  (nouvelle  fondation  de  Trachis),  c'est  Thu- 
cydide IV,  93,  et  non  III;  —  p,  8,  loçoXf);? 


d'histoire  et  de  littérature.  21  î 

ses  linéaments  principaux,  hantait  déjà  l'esprit  du  chantre  des  poèmes  homé- 
riques. 

Relevons  maintenant  quelques-unes  des  conclusions  de  détail  auxquelles  s'est 
arrêté  M.  St. 

Il  y  a  une  sorte  de  contradiction  entre  l'Iliade  et  l'Odyssée.  Dans  l'Iliade  (VII, 
vers  467-69),  le  fils  de  Jason  et  d'Hypsipyle  règne  à  Lemnos;  indication  qui 
s'accorde  avec  la  direction  Nord-Est  adoptée  par  la  légende.  Dans  l'Odyssée, 
l'île  d'Ma,  les  écueils  mobiles  appelés  lïkayv.xcà  se  trouvent  incontestablement, 
quoi  qu'on  ait  pu  dire,  dans  les  mers  occidentales.  M. St.  refuse  néanmoins  de 
croire  avec  Otf.  MùUer  qu'il  ait  existé  une  divergence  dans  la  tradition  primitive. 
Les  vers  3-4  du  XI T  chant,  à  les  interpréter  à  la  lettre,  sont  en  désaccord  avec 
la  donnée  homérique  : 

VY;a6v  t'  Atafr^v,  56i  t'  'HoOç  -^piYeveiYjç 
oixia  xai  /opoi  eiai  y.cù  àvToXal  'HeXi'oio. 

Plus  loin  (vers  66  sq.),  le  vers  'Ap^tî)  ^cact  né>.ouaa,  etc.  n'offre,  dit-il,  un  sens 
satisfaisant  que  si  l'on  entend  tous  les  héros  qui  montaient  le  navire.  Ce  passage  et 
le  précédent  seraient  donc  un  emprunt  à  quelque  chant  Argonautique  antérieur 
(p.  18-20).  Cette  hypothèse  devient  pour  l'auteur  le  point  de  départ  d'une  resti- 
tution très-hasardée  de  la  fable  antéhomérique.  -i-rairif^ 

L'application  de  la  fabuleuse  Ma  à  la  Colchide  est  un  trait  qui  n'apparaît  fixé 
qu'à  l'époque  d'Hécatée  de  Milet,  c'est-à-dire  après  la  colonisation  milésienne. 
Il  ne  se  trouve  pas  dans  Mimnerme.  Nous  doutons  que  les  fragments  d'Eumèle, 
où  se  trouve  le  nom  de  Colchide,  remontent  aussi  haut  que  7 50 (p.  23.  Cf.  p.  63): 
Grote  les  place  entre  500  et  600  avant  J.-C.  Quoi  qu'il  en  soit,  M.  St.  admet, 
comme  0.  MùWer  {Orchomenos ,  ch.  12,  p.  275.  2®  éd.),  l'existence  antique, 
nous  dirions  antérieure,  de  la  tradition  qui  porte  le  navire  Argo  sur  les  côtes  de 
la  Chersonnèse  Taurique.  Il  établit  en  outre  que  de  tout  temps,  fort  tard  même, 
le  nom  de  Scythie  resta  trop  vague,  pour  qu'on  puisse  y  voir  une  troisième 
variante  du  terme  de  l'expédition  (p.  26).  La  Colchide  elle-même  a  longtemps 
des  contours  fort  indécis. 

Dans  ses  étapes  le  long  de  la  Propontide,  la  fable  Argonautique,  en  s'associant 
à  celle  d'Hercule,  s'enrichit  de  nombreux  épisodes.  Le  mariage  des  deux  légendes, 
l'admission  d'Hercule  parmi  les  Argonautes,  dut  être,  d'après  M.  St.  (p.  48), 
l'œuvre  de  Pindare.  Cette  union  ne  pouvait  manquer  de  s'accomplir  entre  deux 
fables  depuis  longtemps  fixées  l'une  et  l'autre  sur  la  même  côte.  L'influence 
d'Héraclée  du  Pont,  une  des  plus  récentes  colonies  grecques,  influence  d'ailleurs 
très-réelle  et  très-manifeste  en  d'autres  parties  de  la  légende,  doit  être  ici  écartée. 
Car  d'un  côté,  des  récits  tels  que  ceux  qui  couraient  à  Cius  sur  Hercule  et  Hylas, 
l'enfant  disparu  et  appelé  par  des  cris  à  de  certains  jours,  marquent  une  combi- 
naison déjà  fort  ancienne  d'un  culte  grec  avec  un  culte  asiatique.  Et  d'autre  part 
on  ne  saurait  admettre  que  la  fable  des  Argonautes  soit  postérieure  sur  ces 
rivages  au  premier  établissement  Thessalien  à  Cyzique,  c'est-à-dire  environ  aux 
temps  de  la  7""'  Olympiade. 

Je  ne  sais  pourquoi  M.  St.  récuse  le  témoignage  du  scholiaste  d'Apollonius  sur 


iI4  REVUE  CRITIQUE 

Pexistence,  dans  le  Bosphore  de  Thrace,  d'une  baie  et  d'un  heroon  attribué  à 
Amycos  (p.  5  5  sq.).  Le  '/,6Xtoç  "Apxoç  de  Denys  de  Byzance  ',  le  portas  Amyci 
de  Pline,  où,  surmontant  le  tumulus  du  chef  barbare,  croît  le  laurier  qui  fait 
naître  des  disputes 2,  répond  au  lieu  désigné  sous  le  nom  de  AasvY^  |j,atvo[ji,£VY) 
par  Arrien  et  Etienne  de  Byzance?.  Le  texte  même  de  Jean  d'Antioche,  dont 
nous  avons  parlé  plus  haut  (cf.  le  Périple  anonyme,  c.  90),  offre  la  trace  d'une 
tradition  qui  rattachait  à  la  même  fable  le  nom  de  Sosthenes  ou  Sosthenion,  situé 
en  face  sur  la  côte  d'Europe.  Ces  témoignages  ne  remontent  pas  il  est  vrai  à  une 
très-haute  antiquité;  mais  ils  sont  assez  nombreux,  et,  dans  leur  variété,  assez 
concordants ,  pour  qu'il  n'y  ait  pas  lieu  de  tirer  un  argument  du  silence  de  Stra- 
bon,  et  du  prétendu  silence  d'Etienne  de  Byzance. 

Quand  les  Argonautes  ont  franchi ,  avec  l'aide  de  Phinée,  les  redoutables 
Symplégades,  —  vieux  mythe  phénicien  déjà  associé  par  Hésiode  au  récit  grec, 
—  l'itinéraire  se  divise  (variantes  du  site  de  Salmydessus).  Sur  les  côtes  méridio- 
nales de  l'Euxin,  les  récits  véritablement  antiques  tarissent.  Apollonius  ne  trouve 
plus  que  les  inventions  patriotiques  propagées  par  les  mythographes  d'Héraclée. 
Il  a  recours  alors  aux  ouvrages  géographiques  (p.  65),  et  écrit  une  sorte  de 
périple  en  vers.  Seul,  l'épisode  de  l'île  Aria  ou  Aretias  a  un  caractère  ancien. 
Aria,  qu'Apollonius  place  à  l'Est  du  Thermodon,  sera  au  contraire  dans  Hygin 
voisine  des  Symplégades.  La  géographie  mythique  nous  habitue  à  ces  surprises. 
Ces  tâtonnements  trahissent  l'embarras  de  la  légende ,  qui  dans  cette  mer  sans 
îles  ne  trouve  pour  se  fixer  que  d'insignifiants  écueils  {Aretias  dans  Arrien,  Area 
dans  P.  Mêla,  Ada  aujourd'hui,  d'après  Hamilton,  Researches  I,  p.  261). 

M.  St.  termine  son  étude  à  l'arrivée  du  navire  Argo  en  Colchide.  Le  soin 
consciencieux  qu'atteste  son  travail  nous  fait  désirer  qu'il  en  donne  la  suite. 

P.  Vidal-Lablache. 


67,  —  Zur  Geschichte  des  grossen  Landfriedensbundes  deutscher  Stsedte. 

1254.  Von  Arnold  Busson.  Innsbruck,  Wagner'scheUniversitaets-Buchhandlung.  1874. 
In-8',  94  p.  —  Prix:  2  fr.  $0. 

Le  présent  travail  est  un  des  nombreux  écrits  publiés  à  l'occasion  du  cinquan- 
tième anniversaire  de  la  carrière  professorale  de  M.  George  Waitz,  l'illustre 
historien  de  Gœttingue.  M.  Busson,  professeur  à  l'Université  d'Innsbruck,  que 
nous  avons  déjà  eu  l'occasion  de  mentionner  à  nos  lecteurs  4,  s'est  occupé  dans 
ces  pages  de  l'origine  et  du  développement  de  la  confédération  des  villes  libres 
de  l'Empire,  à  cette  époque,  si  néfaste  pour  l'Allemagne,  qui  suivit  la  chute  des 
Hohenstaufen  et  qu'on  désigne  d'ordinaire  sous  le  nom  du  Grand  Interrègne.  Plus 
d'une  fois  dans  le  cours  des  siècles,  surtout  vers  la  fin  du  moyen-âge,  les  villes 
libres  de  l'Allemagne  ont  essayé  de  se  protéger,  les  armes  à  la  main,  contre  les 
agresseurs  princiers,  qui  voyaient  en  elles  de  faciles  victimes,  ou  de  forcer  leurs 

1.  Anapl.  Bosp.  Thrac,  dans  les  Fragm,  hist.  gr.,  t.  V,  p.   188. 

2.  Pline,  V,  43  —  XVI,  89. 

3.  Périple,  c.  37  —  Et.  de  Byz.  (s.  v.  Aàfvri). 

4.  Revue  critique,  31  juillet  1869. 


d'histoire  et  de  littérature.  215 

voisins  à  leur  garantir  la  paix  et  la  sécurité  indispensables  à  la  prospérité  de 
leur  commerce.  C'est  l'une  de  ces  tentatives  que  nous  retrace  le  présent  opus- 
cule. Elle  n'a  point  eu  plus  d'importance  que  beaucoup  de  faits  semblables,  mais 
par  une  fortune  singulière,  elle  a  trouvé  des  historiens,  qui,  dans  les  meilleures 
intentions  du  monde,  ont  fait  de  cet  essai  de  coalition  des  villes  du  Rhin  et  de  la 
Westphalie  l'un  des  événements  les  plus  importants  de  l'histoire  d'Allemagne  au 
moyen-âge,  et  ont  désigné  l'obscur  citoyen  de  Mayence  qui  fut  l'un  des  signa- 
taires de  la  pièce  diplomatique  par  laquelle  les  villes  se  promettaient  aide  et 
secours,  comme  «  l'un  des  sauveurs  de  son  .pays  et  l'un  des  bienfaiteurs  de 
»  l'humanité  '.  »  a'«  kip  ?x>l\bhbn;m  pb'MMimdini't'j^  ihuu 

M.  B.  a  ramené  cet  enthousiasme  chimérique  dans  de  justes  limites.  Uti- 
lisant dans  la  mesure  du  possible  des  documents  trop  peu  nombreux*,  il  nous 
fait  assister  aux  premières  négociations  entre  Mayence  et  Worms,  en  février  1254, 
d'où  devait  sortir  la  confédération  nouvelle.  Ces  négociations  aboutirent  à  une 
trêve  ou  paix  publique  {Landfrieden)  jurée  pour  dix  ans  par  un  grand  nombre 
de  villes  rhénanes,  à  Mayence,  le  1 3  juillet  de  la  même  année.  Ni  le  nom  de 
ces  villes,  dans  leur  ensemble,  ni  celui  des  princes  ecclésiastiques  et  laïques  qui 
adhérèrent  à  la  confédération  ne  sont  établis  d'une  façon  tout  à  fait  certaine,  les 
documents  dont  on  s'était  toujours  servi  jusqu'ici  pour  en  dresser  la  liste,  étant 
déclarés  inauthentiques  par  M.  B.  On  y  peut  faire  figurer  cependant,  hors  de 
toute  contestation,  les  archevêques  de  Mayence  et  de  Cologne,  les  évêques  de 
Worms  et  de  Bâle,  les  villes  de  Spire,  Strasbourg  et  Francfort,  pour  ne  nommer 
que  les  états  les  plus  puissants.  Un  instant  la  ligue  fut  prospère,  et  grâce  à  la 
confirmation  qu'elle  obtint  de  ses  statuts  par  le  roi  d'Allemagne,  Guillaume  de 
Hollande,  elle  sembla  devoir  étendre  la  sphère  de  son  influence  des  Alpes  à  la 
mer  du  Nord.  Mais  à  la  mort  de  Guillaume,  assommé  dans  leurs  marais  par  les 
paysans  frisons,  cette  prospérité  apparente  se  dissipa  du  coup.  Entraînés  les  uns 
dans  le  parti  d'Alphonse  de  Castille,  les  autres  dans  celui  de  Richard  de  Cor- 
nouailles,  les  aUiés  se  brouillèrent  bientôt  et  se  séparèrent,  laissant  leur  programme 
pacifique  sans  exécution.  Avant  même  que  les  circonstances  politiques  eussent 
entravé  leurs  projets,  on  avait  pu  constater  combien  peu  leurs  forces  étaient 
suffisantes  et  organisées  pour  la  lutte.  Il  n'existait  aucun  centre  de  gouver- 
nement ou  d'action  ;  trop  peu  d'intérêts  communs  rattachaient  les  villes  de  la 
Westphalie  à  celles  de  l'Alsace,  par  exemple,  et  trop  de  raisons  poussaient  les 
plus  importantes  parmi  les  cités  libres  impériales  à  se  jalouser  mutuellement, 
pour  que  l'union  entre  elles  pût  résister  à  la  moindre  épreuve  sérieuse.  C'est  ce 
que  M.  B.  a  montré  d'une  façon  convaincante  et  l'on  doit  le  louer  d'avoir 
ramené  à  de  justes  proportions  ce  mouvement  de  1254,  qui,  parti  des  villes, 
aurait  eu  besoin  de  l'appui  loyal  des  princes  pour  réussir,  et  que  l'hostilité  latente 
des  seigneurs  ecclésiastiques  et  laïques  paralysa  dès  le  début,  en  attendant  que 

1.  Schdiib,  Gcschichte  des  grossen  rhdnischen  Stadtebundes.  Mainz,  1843-1845.  2  vol. 
in-go. 

2.  Le  traité  principal  entre  les  différentes  villes,  la  forma  pacis  de  1254,  n'a  pu  être 
retrouvé  dans  les  archives  rhénanes  et  semble  définitivement  perdi}. 


2l6  .'TtTTi  vftEVUE  CRITIQyiînT'!i'''M 

des  circonstances  majeures  vinssent  dissoudre  la  ligue,  à  peine  conclue.  Seule- 
ment il  aurait  pu  insister  davantage  sur  un  point,  qu'il  n'a  fait  que  toucher  en 
passant,  c'est  que  les  villes  n'avaient  point  encore  alors  la  force  matérielle  né- 
cessaire au  rôle  qu'elles  prétendaient  jouer;  ce  n'est  que  de  l'invention,  de 
l'usage  de  l'artillerie,  que  date  la  puissance  des  villes  libres  d'Allemagne.  Quand 
chacune  d'elles  eut  sa  fonderie  de  canons,  les  petits  dynastes  commencèrent  à 
avoir  peur  d'elles  et  les  princes  recherchèrent  leur  alliance.  Mais  il  s'en  fallait 
d'un  siècle  que  ce  moment  de  splendeur  fût  venu  pour  elles.  Il  ne  faudrait  donc 
point  accuser  trop  exclusivenient  leur  incapacité  politique,  mais  tenir  compte 
aussi  des  impossibilités  matérielles  qui  s'opposaient  à  ce  que  les  villes  exerçassent 
une  influence  aussi  considérable  qu'elles  l'auraient  voulu.  La  plus  habile  politique 
n'aurait  pu  changer  non  plus  la  situation  géographique  des  différents  alliés,  qui 
rendait,  elle  aussi,  l'entente  et  la  coopération  presque  toujours  impossibles. 

Quelques  fautes  d'impression  sont  restées  dans  le  texte  et  les  notes,  à  cause 
de  la  rapidité  sans  doute  avec  laquelle  l'auteur  a  dû  terminer  son  intéressant  tra- 
vail, pour  pouvoir  le  présenter  au  maître  respecté  auquel  il  en  offrait  la  dédicace. 

'■■  ^  .,^.,i.rti.  ,:i.  Rod.  ReUSS. 

VARIÉTÉS.  <.> 

.,  Les  chants  bulgares  du  Rhodope.  '  '^ 

Nous  avons,  dans  la  Revue  politique  du  22  novembre  187?,  analysé  le  rapport 
de  M.  Dozon  sur  les  chants  bulgares  du  Rhodope  recueillis  par  M.  Verkovitch. 
Tout  en  rendant  justice  au  consciencieux  travail  de  M.  Dozon  nous  avons  ex- 
primé sur  la  valeur  mythique  et  sur  l'authenticité  absolue  de  ces  chants  des 
doutes  sérieux.  Nous  nous  proposions  d'étudier  à  fond  ces  poèmes  dès  qu'ils 
seraient  intégralement  publiés;  des  raisons  toutes  personnelles  nous  ont  empêché 
jusqu'ici  d'aborder  cette  étude.  Toutefois  nous  n'avons  cessé  de  faire  nos  réserves 
sur  la  valeur  de  ces  poèmes  et  ces  réserves  nous  les  avons  indiquées  à  différentes 
reprises,  notamment  au  congrès  des  archéologues  slaves  tenu  à  Kiev  l'été  der- 
nier et  tout  récemment  encore  dans  la  Revue  critique.  Jusqu'à  nouvel  ordre  nous 
n'entendons  point  prendre  part  aux  polémiques  entamées  sur  ce  sujet  délicat. 
Nous  nous  contentons  de  provoquer  une  enquête  vraiment  scientifique  et  nous 
sommes  certain  qu'elle  tournera  au  profit  de  la  vérité.  Jusqu'ici  aucun  travail 
sérieux  n'avait  été  écrit  dans  les  pays  slaves  sur  le  volume  que  MM.  Schafarik 
(neveu)  et  Verkovitch  ont  récemment  publié  à  Belgrade  sous  ce  titre  emphatique, 
Le  Véda  slave,  chants  populaires  bulgares  de  l époque  anîéhisîorique  et  antéchrétienne. 
Il  semblait  que  par  une  sorte  de  pudeur  ou  de  patriotisme  malentendu  personne 
n'osât  directement  aborder  la  question.  Ce  silence  vient  d'être  enfin  rompu  par 
un  savant  de  premier  ordre,  M.  Joseph  Jiretchek.  M.  Jiretchek  est  l'un  des  maîtres 
de  la  science  slave,  qui  lui  doit  de  nombreux  travaux;  son  témoignage  est  d'autant 
moins  suspect  qu'il  est,  par  une  alliance  de  famille,  parent  assez  proche  de 
M.  Jean  Schafarik,  l'enthousiaste  éditeur  des  chants  bulgares. 


d'histoirb  et  de  littérature.  217 

Dans  un  travail  en  langue  tchèque  lu  récemment  à  la  section  de  philosophie, 
histoire  et  philologie  de  la  Société  royale  des  sciences  de  Prague",  M,  Jiretchek 
étudie  un  certain  nombre  de  mystifications  littéraires  qui  se  sont  produites 
récemment  chez  les  Slaves  méridionaux  et  montre  dans  quelles  circonstances  et 
sous  quelles  formes  elles  se  sont  produites.  Il  aborde  ensuite  la  question  des 
chants  bulgares  du  Rhodope  et  s'exprime  en  ces  termes. 

a  Le  Serbe  Etienne  Verkovitch  voyage  depuis  plusieurs  années  dans  les 
»  régions  de  la  presqu'île  du  Balkan,  recueille  des  antiquités  et  en  fait  commerce. 
»  Ainsi  qu'il  le  raconte  lui-même,  il  fut  «  ennuyé  »  de  voir  que  les  Slaves 
»  n'avaient  point  d'anciens  documents  et  il  lui  vint  l'idée  que  dans  les  recoins 
»  éloignés  et  inconnus  de  la  Bulgarie  il  pourrait  trouver  des  documents  de  ce 
»  genre  dans  les  chants  populaires.  Il  s'adressa  à  ses  amis  et  connaissances  en 
»  les  priant  de  rechercher  des  chants  concernant  Alexandre  le  Grand,  Orphée, 

»  etc Pendant  longtemps  ses  recherches  restèrent  sans  résultat;  à  la  fin 

»  pourtant  une  personne  complaisante  se  trouva  pour  contenter  son  désir.  En 
»  1866  on  lui  envoya  du  Rhodope  un  poème  sur  Alexandre.  Puis  vinrent 
»  d'autres  poèmes  de  très-ancienne  origine. 

»  A  l'exposition  ethnographique  de  Moscou,  M.  Verkovitch  put  présenter  un 
»  chant  sur  Orphée,  où  sont  relatés  la  jeunesse  du  merveilleux  musicien  et  plus 
»  longuement  son  mariage  avec  la  fille  d'un  roi  d'Arabie.  Le  président  de  l'ex- 
»  position  M.  Dachkov  fit  imprimer  ce  poème  avec  une  traduction  russe.  Peu 
»  de  temps  après  M.  Dozon  donna  un  compte-rendu  des  nouvelles  découvertes. 
»  Récemment  M.  Verkovitch  lui-même  a  publié  la  première  partie  de  sa  collec- 
»  tion  sous  ce  titre  :  Le  Véda  slave.  Ce  volume  contient  quinze  poèmes  :  cinq 
»  variantes  d'un  chant  sur  l'établissement  d'un  peuple  dans  le  bassin  du  Danube, 
»  un  poème  sur  le  mariage  du  Soleil  avec  la  vierge  Vlkana,  quatre  poèmes  sur 
»  le  roi  Talatin  et  cinq  poèmes  sur  Orphée. 

-;  »  Dès  le  premier  coup-d'œil  ces  poèmes  éveillent  l'étonnement  :  tous  les 
»  chants  épiques  bulgares,  comme  les  chants  serbes  ont  un  mètre  régulier, 
»  composé  d'un  nombre  précis  de  syllabes;  les  chants  du  Rhodope  n'ont  ni 
»  rythme  ni  mètre  ;  des  vers  de  six  syllabes  alternent  avec  des  vers  de  vingt 
»  syllabes  I  C'est  de  la  prose  pure  et  simple  ? 

■  »  Le  sujet  des  chants  est  encore  plus  bizarre.  Peut-on  supposer  que  la  race 
»  slave  si  isolée  qu'elle  fût  du  reste  du  monde,  ait  gardé  des  souvenirs  si  nets  de 
»  sa  première  émigration?  Peut-on  supposer  que  des  chanteurs  même  dans  les 
»  gorges  du  Rhodope  aient  gardé  le  nom  du  Dieu  Vichnou,  du  Dieu  Ogne 
»  (Agni)?  Peut-on  supposer  que  du  nom  de  la  fête  Koleda  personne  sauf  un 
»  mythologue  de  cabinet,  ait  jamais  fait  un  Dieu  Koleda  ?  Tout  cela  se  trouve 
»  dans  le  recueil  de  Verkovitch. 

»  Nous  ne  saurions  nier  que  l'inspiration  de  ces  chants  ne  soit  assez  poétique. 
»  Si  leur  auteur  ne  les  avait  pas  envoyés  à  Verkovitch,  comme  des  chants  anciens, 
»  mais  simplement  comme  son  œuvre,  il  aurait  enrichi  la  littérature  nationale  ; 


I.  Séance  du  20  décembre  1874.. 


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31  s  REVUE   CRITIQUE 

»  tels  qu'ils  nous  sont  présentés  ils  portent  au  front  le  stigmate  de  l'imposture  K  » 
Telle  est,  traduite  littéralement,  la  note  de  M.  Jiretchek:  nous  le  remercions 
d'avoir  le  premier  parmi  les  Slaves  hardiment  dévoilé  une  mystification  que  des 
esprits  clairvoyants  avaient  depuis  longtemps  soupçonnée.  Nous  espérons  qu'il 
ne  s'en  tiendra  pas  là  et  qu'il  nous  donnera  une  étude  complète  sur  la  question. 
Principiis  obsta! 

:')i  voblTsV,'    Louis  LEGER. 

Geographisches  Jabrbach.  V  Band,  1874.  Herausgegeben  y,  E.  Behm.  Gotha, 
'  Justus  Perthes,  1874.  In-12,  503  p,  —  Prix  :  10  fr,  7<.  .,  ^  •      .J- 

L^année  géographique  par  M.  Vivien  de  Saint-Martin.  T.  XII  {treizième  année. 
1874).  Paris,  Hachette.  1875.  In- 12,  xi)-429  p.  —  Prix  :  3  fr.  50. 

s  L'annuaire  géographique  de  M.  Behm  paraît  tous  les  deux  ans,  depuis  1866. 
Le  but  de  cette  publication  nouvelle  de  la  célèbre  maison  de  Gotha  était  de 
compléter  les  recueils  géographiques,  d'une  part  en  réunissant  tous  les  matériaux 
de  statistique,  de  géodésie,  de  détermination  d'altitude,  etc.  qui  modifient  in- 
cessamment les  données  numériques  de  la  géographie;  d'autre  part  en  résumant, 
dans  des  rapports  demandés  à  des  spécialistes,  le  progrès  des  différentes  branches 
4e  la  science  géographique.  Après  la  publication  de  trois  volumes,  l'abondance 
des  matériaux  força  l'éditeur  à  scinder  l'annuaire.  La  partie  statistique  constitue, 
dès  1872,  un  recueil  annuel  qui  forme  un  supplément  aux  Mittheilungen  sous  ce 
titre  «  la  population  de  la  Terre  »  (die  Bevolkerung  der  Erdé).  Désormais,  les 
rapports  occupent  seuls  l'annuaire  et  cette  modification,  leur  laissant  plus  d'espace, 
leur  donne  plus  d'importance. 

«.,  Le  tome  V,  récemment  paru,  contient  les  travaux  suivants  :  J.  Hann  :  Sur  les 
progrès  de  la  météorologie;  •—  Grisebach  :  Sur  les  progrès  de  la  géographie 
botanique  ;  —  Schmarda  :  Sur  les  progrès  de  notre  connaissance  de  la  distribu- 
tion géographique  des  animaux  ;  —  Bruhns  :  sur  les  récents  progrès  de  la  géo- 
désie européenne  ;  —  Nessmann  :  Sur  les  progrès  de  la  statistique  de  la  popu- 
lation ;  —  Behm  :  Les  voyages  géographiques  les  plus  importants  des  années 
1872  et  1873  ;  —  Koner  :  L'Expédition  allemande  pour  l'exploration  de  l'Afrique 
équatoriale;  —  Behm  :  Sociétés  et  revues  géographiques;  —  Fr.  Muller  :  Le 
but  et  la  méthode  en  ethnographie  et  en  anthropologie;  —  Seligmann  :  Sur  les 
progrès  de  l'ethnologie;  —  Neumann  :  Aperçus  sur  la  production,  le  commerce 
universel  et  les  moyens  de  communication. 

On  voit  par  ce  sommaire  que  l'annuaire  de  M.  Behm  est  de  nature  à  intéresser 
les  physiciens,  les  naturalistes  et  les  économistes  aussi  bien  que  les  géographes. 
Les  rapports  sont  dus  aux  hommes  les  plus  compétents  dans  chaque  branche  ; 
nous  avons  donc  peu  de  chose  à  en  dire.  —  Le  rapport  de  M.  Frédéric  Muller 
ne  se  compose  que  de  quelques  pages  :  une  ophthalmie ,  nous  dit  l'éditeur ,  a 
empêché  le  savant  professeur  de  Vienne  d'apporter  son  tribut  habituel.  Il  se 


1.  La  note  de  M.  Jiretchek  forme  une  plaquette  de  huit  pages  extraite  des  bulletins  de 
la  Société  royale  et  qui  n  est  pas  dans  le  commerce. 


d'histoire  et  de  littérature.  219 

borne  à  rappeler  la  distinction  entre  l'ethnographie  et  l'anthropologie  qu'il  avait 
déjà  établie  dans  de  précédents  écrits  ;  mais  tant  de  confusion  obscurcit  encore 
les  idées  de  maint  savant  à  cet  égard  qu'il  n'est  pas  inutile  de  revenir  sur  ce 
sujet.  —  On  pouvait  s'attendre  à  voir  M.  Seligmann  passer  en  revue,  dans  son 
«  rapport  sur  les  progrès  de  l'ethnologie  »  les  travaux  d'ethnologie  et  d'anthro- 
pologie historique  que  ces  dernières  années  ont  vus  éclore.  Il  n'en  est  rien,  et  il 
se  borne  à  peu  près  à  exposer  les  idées  des  récents  ouvrages  de  Darwin  et  la 
controverse  Darwinienne. —  M.  Nessmann,  dans  son  rapport  sur  les  progrès  de 
la  statistique,  adresse  à  notre  administration  des  reproches  qui  nous  semblent 
mérités.  Il  s'agit  de  notre  dernier  recensement  à  l'exécution  duquel  on  a  consacré 
plusieurs  semaines  :  une  opération  de  ce  genre,  pour  avoir  sa  pleine  valeur 
scientifique,  doit  être  instantanée  :  d'autres  pays,  comme  l'Angleterre,  l'Allemagne, 
la  Suisse,  en  ayant  recours  à  d'autres  procédés,  l'exécutent  en  un  jour  :  pour 
cela  il  n'est  pas  nécessaire  d'aller  jusqu'aux  mesures  que  l'excès  de  zèle  statis- 
tique a  inspirées  au  gouvernement  de  Venezuela  dans  le  recensement  de  Caracas 
en  1873.  Un  coup  de  canon,  raconte  M.  Nessmann,  servit  de  signal  au  commen- 
cement de  l'opération  du  recensement  :  à  ce  signal,  les  habitants  devaient 
rentrer  chez  eux  et  ne  plus  en  sortir  jusqu'à  la  fin  de  l'opération.  Le  recense- 
ment dura  trois  jours!  Les  habitants  ennuyés  d'être  consignés  tout  ce  temps,  il  y 
eut  des  troubles  dans  la  ville. 

Le  seul  reproche  qu'on  puisse  adresser  au  recueil  de  M,  Behm  est  de  ne  pas 
être  complet.  On  voudrait  y  voir  tout  d'abord  un  rapport  sur  les  travaux  de 
géographie  historique,  et  l'on  regrette  d'autant  plus  cette  lacune  que  dans  les 
deux  précédents  annuaires  cette  branche  de  la  science  était  représentée  par  des 
articles  de  feu  Spôrer.  —  La  géographie  des  langues  est  depuis  quelques  années 
l'objet  d'intéressantes  monographies  dans  tous  les  pays  de  l'Europe,  et  elle 
constitue  une  contribution  importante  à  l'étude  de  l'ethnographie.  Un  rapport 
de  M.  Richard  Bœckh  ou  de  M.  Kiepert  sur  cette  matière  serait  le  bienvenu. 

—  Les  recherches  d'archéologie  préhistorique  qui  prennent  un  si  grand  déve- 
loppement mériteraient  peut-être  aussi  de  figurer  dans  le  cadre  de  cet  annuaire. 

—  Si  nous  signalons  ces  lacunes,  ce  n'est  pas  pour  diminuer  le  mérite  du  recueil 
de  M.  Behm;  c'est  pour  lui  demander  de  rendre  aux  sciences  géographiques 
plus  de  services  qu'il  ne  leur  en  rend  déjà. 

L^arinaaire  de  M.  Behm  s'adresse  au  public  savant  :  celui  dé  M.  Vivien  de 

Saint-Martin  s'adresse  au  grand  public.  Dans  un  pays  comme  le  nôtre  où  les 
recueils  géographiques  sont  encore  rares,  où,  notamment,  les  travaux  étrangers 
sont  peu  ou  point  connus,  les  années  géographiques  rendent  un  véritable  service. 
Elles  permettent  de  suivre  le  mouvement  général  de  la  science  géographique 
et  l'histoire  des  explorations,  et  en  même  temps  elles  forment  un  répertoire 
bibliographique  à  l'aide  duquel  on  peut  se  renseigner  sur  telle  ou  telle  question. 
Nous  n'avons  rien  à  changer  aux  éloges  que  nous  avons  déjà  donnés  à  cette 
publication  (Revue  critique,  1874,  t.  I,  p.  237),  et  nous  nous  bornerons  à  quel- 
ques remarques  de  détail.  —  Dans  le  récit  du  voyage  de  MM.  de  Compiègne  et 


220  REVUE   CRITIQUE 

Marche  à  l'Ôgovaï,  M.  Vivien  désigne  (après  ces  voyageurs)  une  tribu  riveraine 
de  l'Ogovaï  du  nom  de  Gallois.  Notre  langue  n'a  connu  jusqu'ici  ce  nom  de 
Gallois  que  pour  désigner  les  habitants  de  la  principauté  de  Galles,  qui  se 
nomment  eux-mêmes  Cymry  et  que  les  Anglais  appellent  Welsh.  Il  nous  semble 
qu'il  faudrait  leur  réserver  ce  nom,  et  que,  pour  ne  pas  créer  fût-ce  une 
ombre  de  confusion,  il  conviendrait  d'appeler  ce  peuple  africain  de  son  nom 
phonétique  Galloa  :  c'est  du  reste  la  forme  de  ce  nom  qu'emploient  les  géo- 
graphes allemands.  —  M.  Vivien  de  S*-M.  analyse  le  projet  de  mer  saharienne 
présenté  par  M.  Roudaire  et  les  objections  faites  à  ce  projet.  Il  eut  été  conve- 
nable, pensons-nous,  de  rappeler  que  l'idée  d'amener  les  eaux  de  la  Méditerranée 
dans  les  chotts,  en  perçant  l'isthme  de  Gabès,  avait  déjà  été  émise  quelques 
années  auparavant  par  un  géographe  français,  M.  Georges  Lavigne  {Le percement 
de  Gabès,  dans  la  Revue  moderne  du  25  novembre  1869).  Ce  souvenir  ne  diminue 
pas  le  mérite  du  capitaine  Roudaire  qui  par  ses  travaux  sur  le  terrain,  ses 
nivellements,  et  son  ardente  prédication  a  fait  entrer  cette  grande  question  dans 
la  discussion  pratique  ;  mais  il  convient  de  restituer  à  chacun  sa  part  d'honneur. 

H.  Gaidoz. 


CORRESPONDANCE. 


Sur  un  article  déjà  assez  ancien,  puisqu'il  a  paru  dans  le  n*  du  15  août  1874,  on  nous 
envoie  d'Allemagne  une  lettre  que  nous  insérons  volontiers,  quoiqu'elle  ne  fasse  guère  que 
confirmer  la  critique  publiée  dans  la  Revue.  Il  s'agit  du  Lexicon  etymologicum  latino  etc. 
-sanscritum  comparativum  de  M.  Zehetmayr.  Au  fond,  l'auteur  de  cette  lettre  est  d'ac- 
cord avec  nous  :  la  différence  est  dans  la  sympathie  particulière  qu'il  paraît  éprouver  pour 
M.  Z.,  sympathie  dont  nous  ne  songeons  d'ailleurs  pas  à  contester  la  légitimité.  Quelques 
annotations  au  bas  des  pages  suffiront  pour  répondre  aux  observations  de  notre  corres- 
pondant. Ajoutons  seulement,  pour  prévenir  tout  malentendu,  que  les  initiales  G.  de  G. 
qui  terminaient  cet  article,  désignent  la  Conférence  de  Grammaire  à  l'École  pratique  des 
Hautes-Études,  où  l'ouvrage  de  M.  Z.  avait  été  analysé. 

M.  B. 

Remarques  supplémentaires  sur  le  Dictionnaire  étymologique  latin,  etc.  -sanscrit  de 

Zehetmayr  ' . 

Après  avoir  parcouru  le  «  Lexicon  etymologicum  latino,  etc.  -sanscritum  com- 
»  parativum  »  de  M.  Seb.  Zehetmayr  avec  un  intérêt  tout  particulier,  je  prie 
qu'on  veuille  bien  me  permettre  de  présenter  quelques  observations  sur  l'article 
que  la  Revue  critique  a  consacré  à  cet  ouvrage. 

Le  critique,  M.  C.  de  G.,  dit  d'abord  que  le  titre  a  quelque  chose  d'énigma- 
tique,  et  que  la  lecture  de  l'ouvrage  ne  dissipe  pas  entièrement  l'incertitude  oh 
il  laisse  sur  les  intentions  de  l'auteur.  Néanmoins,  le  critique  semble  avoir  deviné 
(p.  98)  ou  entrevu  l'intention  de  l'auteur,  en  disant  relativement  à  l'idée  de 
«  pousser  »  commune  à  plusieurs  mots  de  diverses  racines,  que  «  cet  article  ne 
»  laisse  pas  que  d'avoir  son  utilité  pour  l'étude  du  sens  :  qu'on  y  voit  comment 

I.  Voir  n»  33,  \\  août  1874.        S^  —.:  ^:  -^i-^  -  ■  ... 


D*H1ST0IRK    ET    DE   LITTÉRATURE.  22 r 

»  différentes  langues  emploient  des  verbes  signifiant  «  pousser  *  pour  marquer 
»  la  floraison  des  bourgeons.  »  Voilà  précisément  ce  que  M.  Z,,  en  contraste 
avec  les  philologues,  semble  avoir  eu  en  vue  presque  par  tout  son  livre.  Faire 
voir  que  le  même  sens  se  retrouve  dans  nombre  de  mots  de  langues  différentes, 
c'est  avancer  et  favoriser  infiniment  les  recherches  étymologiques.  Ce  qui  se 
trouve  à  l'état  rare  et  dispersé  dans  d'autres  ouvrages  est  un  caractère  essentiel 
chez  M.  Z.  :  c'est  outre  l'étymologie  la  substance  de  son  livre.  La  brièveté  peu 
commune  et,  il  faut  bien  l'avouer,  presque  énigmatique  de  ses  explications  fait 
aisément  perdre  de  vue  le  service  éminent  que  M.  Z.  a  rendu  à  la  linguistique. 
Entrons  dans  quelques  détails.  Le  critique  trouve  que  l'adjectif  mansuetus  n'est 
pas  mentionné.  Mais  il  aurait  trouvé  l'éclaircissement  désiré  sous  le  mot  con- 
suesco  ',  p.  6i.  —  Quant  au  mot  «  mando,  »  d'où  dérive  «  Mandarin,  »  M.  C. 
de  G.  traite  cette  étymologie  comme  douteuse  pour  ce  nom  de  fonctionnaire 
chinois,  et  dit  que  «  ce  n'est  peut-être  pas  assez  pour  nous  renseigner  sur  le  verbe 
»  latin  en  question.»  Il  est  vrai  que  M.Z.  aurait  bien  fait  d'expliquer  v Mandarin» 
comme  importé  par  les  Portugais,  mais,  sans  doute,  dérivant  de  «  mandare^.  ». 
—  Relativement  à  «  adfero  »  =  ags.  odhbëran  on  a  repris  l'explication  de  M.Z. 
Comme  «  Lexicon  comparativum ,  »  l'ouvrage  de  M.  Zehetmayr  ne  fait  que 
mettre  en  parallèle  ad-  avec  odh,  et  fero  avec  b'éran.  —  A  propos  du  mot 
«  Tiberis,  »  le  critique  semble  reprendre  le  peu  de  clarté  qui  se  trouve  dans  tout 
l'article.  Mais  M.  C.  de  G.  semble  ne  pas  avoir  remarqué  que  c'est  principale- 
ment de  l'analogie  qu'il  s'agit  dans  cet  article  :  il  aurait  dû  faire  attention  aux 
mots  :  «  De  sensu  fere  eodem  confer.  »  «  Tiberis  »  veut  dire  «  Vils,  »  en  allemand 
«  Felsbach  »  (en  français  à  peu  près  :  torrent  qui  se  précipite  sur  des  rochers). 
Sans  doute,  l'auteur  a  voulu  constater  par  plusieurs  exemples  que  «  Fels  » 
(falaise)  signifie  la  hauteur,  et  que  cette  signification  provient  de  ce  que  (.(Fel»-s 
et  (f  Fel  »  -d  (en  français  champ)  se  retrouve  en  «  pel  »  -1ère,  verbe  dont  le  sens 
peut  aussi  être  celui  de  «pousser  en  haut.  »  —  «  Proîrudere  gemmas  »  a  été  traité 
comme  article  à  part  à  cause  de  l'analogie  qui  existe  entre  plusieurs  mots,  con- 
formément au  titre  de  l'ouvrage.  —  A  propos  du  génitif  «  quorum  »  M.  Z. 
semble  avoir  composé  tout  un  article,  parce  qu'il  a  voulu  faire  un  «  Lexi- 
»  con  comparativum  »  au  lieu  d'un  simple  lexique  où  l'on  ne  cherche  que  le 
nominatif.  Sans  doute,  il  est  pour  la  linguistique  d'une  grande  importance  d'ex- 
pliquer la  formation  originaire  des  cas.  Voilà  pourquoi  aussi  cujus,  ejus 

forment  un  article  séparé  5.  —  De  même,  as^  assis  dérivant  de  astis  implique  une 


1.  C'est  précisément  ce  qu'il  est  difficile  de  deviner.  Pourquoi  l'auteum'a-t-il  pas  pris 
le  verbe  simple  suesco?  L'article  en  question  se  réduit  d'ailleurs  à  ces  mots  :  Consuesco 
j.Ex  «  su  »  -i,  «  si  î  -bi...,;  v.  suus  =  swa.  Un  verbe  tiré  d'un  adjectif  possessif 
méritait  plus  d'explications. 

2.  Nous  continuons  à  penser  qu'une  explication  sur  l'origine  de  mandare  aurait  été  plus 
à  sa  place  dans  un  dictionnaire  latin  (fût-il  comparatif)  que  ces  simples  mots  :  mando  i . 
Hinc  der  Mandarin ,  cujus  est  mandare.  L'étymologie  portugaise  nous  paraît  suspecte, 
parce  qu'il  n'est  pas  ordinaire  de  voir  des  mots  en  ino  tirés  d'infinitifs. 

3.  Ces  articles  prouvent  que  nous  avions  raison  de  dire  que  l'auteur  n'a  pas  vu  claire- 
ment ce  qu'il  voulait  faire.  Déplacés  dans  un  dictionnaire  étymologique,  ils  ne  sont  d'au- 


222  .  ««*^f^  ■  REVUE   CRITIQUE       J^««*^ 

faute  selon  le  critique.  Fick,  p.  510,  place  également  assis  sous  astis,  et  cite 
l'accusatif  du  mot  borussien  asti-n  =  rem,  Nesselmann,  dans  son  thésaurus 
linguae  Prussicas,  traduit  cet  asti-n  par  «  Handlung,  r»  action,  proprement  l'être, 
par  conséquent  une  analogie  de  ces  mots.  On  pourrait,  de  même,  dire  uEdles;» 
car  as-ti,  parent  de  èa-xt,  esse,  s'accorde  avec  h-^héq  «  edel.  »  Si  M.  C.  de  G. 
dit  à  propos  du  mot  as  que  l'importance  accordée  aux  mots  sanscrits  est  exces- 
sive, et  que  parfois  ils  sont  cités  hors  de  propos,  il  aurait  dû  remarquer  que 
c'est  précisément  le  titre  «  latino  etc.  -sanscritum  »  qui  fait  espérer  ces  citations. 
Il  fallait  constater  mot  pour  mot  le  caractère  homogène  des  langues  latines  avec 
le  sanscrit,  et  l'auteur  avait  devant  ses  yeux  un  public  qui  se  compose,  non 
d'experts,  mais  de  lecteurs  qui  jusqu'ici  n'avaient  aucun  pressentiment  d'une 
parenté  aussi  profonde.  C'est  pourquoi  M.  Z.  a  eu  aussi  égard  aux  terminaisons 
ou  suffixes  qui  se  rencontrent  dans  le  sanscrit  ' .  —  Quant  au  mot  «  bonus,  » 
ancien  duonus,  M.  Z.  ne  le  rapporte  pas  en  premier  lieu  à  «  dvi;  »  au  contraire, 
il  rapproche  duonus  et  bonus  du  mot  sanscrit  duvas  (Petersburger  Wœrterbuch, 
III,  697).  Bene  dérive  de  dvene,  comme  bellum  de  duellum,  comme  bis  de  dvis, 
aussi  Curtius  dit-il  dans  ses  «  Grundzûgen,  »  p.  425  :  bonus  tire  son  origine  de 
duonus,  comme  bis  de  duis.  Le  suffixe  -nus  en  bonus  est  sans  contredit  le  même 
que  dans  dig-nus=<.(  montré,  »  comme  traduit  Bopp  dans  sa  «Vergl.  Gramm.» 
§  83^  ;  c'est  donc  le  partie,  de  die-,  semblable  à  mag-nus,  proprement  =  crû, 
comme  Bopp  le  traduit  dans  le  livre  cité.  Dans  le  §  946  Bopp  revient  à  ce 
suffixe  2. 

Restent  encore,  pour  passer  sous  silence  quelques  malentendus  d'une  moindre 
importance,  les  mots  virbius,  faustus,  tulipa.  Virbius  se  trouve  où  il  faut  le  cher- 
cher, à  savoir  sous  vireo,  p.  301.  —  Faustus  est  correctement  dérivé  defavos- 
pour  favos-tus,  p.  91.  Bhawat,  dans  l'appendice,  n'y  appartient  qu'à  moitié  avec 
son  «  bhawi.  n- —  Le  critique  s'étonne  de  trouver  «  tulipa  »  dans  ce  dictionnaire 
latin.  Mais  l'ouvrage  de  M.  Z.  embrasse,  vu  son  caractère  comparatif,  plusieurs 
langues  qui  appartiennent  à  la  famille  indo-européenne.  Comment  faire  avec 
d'autres  mots  d'origine  celtique,  tels  que  alauda,  cerevisia,  reda....?  «  Tulipa,  » 
du  reste,  sert  très-bien  à  faire  des  comparaisons  intéressantes  à  cause  du  chan- 
gement des  lettres  liquides. 

cun  usage  dans  un  dictionnaire  comparatif.  La  vraie  place  de  ces  explications  est  dans 
une  grammaire. 

1.  Ici  le  défenseur  obligeant  de  M.  Z.  ne  se  place  pas  sur  un  bon  terrain.  La  démon- 
stration de  la  parenté  du  sanscrit  avec  les  langues  de  l'Europe  a  été  faite  d'une  manière 
qui  ne  laisse  rien  à  désirer,  et  qui  dispense  d'y  revenir.  Le  livre  de  M.  Z.  peut  avoir, 
comme  nous  l'avons  dit,  un  certain  intérêt  pour  les  spécialistes,  parce  qu'au  milieu  d'un 
amas  confus  de  notes  il  renferme  çà  et  là  quod  tollere  velks.  N'allons  pas  plus  loin  :  M.  Z. 
a  trouvé  des  critiques  moins  bienveillants. 

2.  Toutes  ces  étymologies,  que  notre  correspondant  regarde  comme  démontrées,  sont 
plus  que  douteuses.  Il  n'a  pas  l'air  de  se  douter  des  difficultés  qu'il  soulève  à  toutes  les 
lignes. 

3 .  A  la  page  9 1 ,  l'auteur  dit,  faustus  ex  favostus  =  skr.  bhuwatwant.  Il  fallait  s'ar- 
rêter sur  favostus  :  bhuwadwant  (c'est  au  moins  ainsi  qu'il  faudrait  écrire)  diffère  par  la 
racine  et  par  le  suffixe. 


-    '"  "    I>*H1ST01RE    ET   DE    LITTÉRATURE.  22? 

£»0n  ne  saurait  nier  que  M.  Z.,  par  une  méthode  d'arrangement  plus  claire, 
n'eût  évité  nombre  de  méprises;  et  le  critique  aurait  été,  sans  doute,  mis  en 
état  de  mieux  reconnaître  la  grande  utilité  de  ce  livre.  Il  faut  inférer  cela  par  la 
manière  loyale  dont  M.  C.  de  G.  a  rendu  justice  au  mérite  de  M.  Z.,  toutes  les 
fois  que  ses  expositions  ne  laissent  aucun  doute.  Néanmoins  l'auteur  de  cette 
lettre  n'a  pu  s'empêcher  d'apporter,  par  suite  d'une  étude  toute  particulière  de 
l'ouvrage  en  question,  les  éclaircissements  nécessaires  sur  différents  malentendus, 
et  de  rendre,  par  là,  et  principalement  en  faisant  ressortir  la  grande  valeur 
d'une  analogie  suivie  qui  a  trouvé  la  place  méritée  dans  ce  livre,  justice  aux 
services  que  son  compatriote  a  rendus  à  la  linguistique  ' ,  ri'jciîugîi  iiâMot^ 

Th.  N. 


SOCIÉTÉS  SAVANTES.  ,; 

ACADÉMIE    DES    INSCRIPTIONS   ET   BELLES-LETTRES.  '^ 

j,(.  Séance  du  24  mars  1875. 

Une  lettre  de  M.  Alb.  Dumont  donne  des  détails  sur  les  collations  de  mss, 
auxquelles  travaillent  sous  sa  direction  MM.  Léon  Clédat,  archiviste  paléographe, 
et  l'abbé  Duchesne.  —  De  nouveaux  estampages  sont  envoyés  par  M.  de  S*^ 
Marie. 

L'académie,  ayant  à  choisir  un  lecteur  pour  la  séance  trimestrielle  de  l'institut 
qui  aura  lieu  au  mois  d'avril,  désigne  M.  Naudet. 

M.  Ch.  Giraud  termine  la  lecture  de  son  mémoire  sur  les  tribuni  militum  a 
populo.  —  Continuant  l'examen  des  inscriptions  où  l'on  trouve  ce  titre,  il  étudie 
celles  qui  proviennent  de  Pompéi,  et  qui  sont  toutes  du  temps  d'Auguste.  Il  y 
en  a  dix,  soit  la  moitié  d'entre  toutes  celles  qui  mentionnent  ces  officiers  :  mais 
dans  ce  nombre  on  trouve  à  diverses  reprises  plusieurs  inscriptions  relatives  à 
un  même  personnage,  en  sorte  que  le  nombre  des  tribuni  militum  a  populo  dont 
elles  nous  donnent  le  nom  est  de  cinq  seulement.  On  peut  expliquer  ce  nombre 
encore  relativement  considérable  sans  supposer  que  la  charge  mentionnée  dans 
ces  textes  fût  une  charge  municipale  pompéienne.  En  effet  la  révolution  qui  fut 
opérée  par  Auguste  dans  l'organisation  militaire,  et  qui  consista  essentiellement 
dans  la  substitution  d'une  armée  permanente  aux  troupes  levées  pour  chaque 
campagne  et  licenciées  après  la  victoire,  dut  entraîner  la  nécessité  de  n'employer 
que  des  officiers  nommés  d'une  manière  permanente  par  l'empereur,  et  les  tribuns 
élus  chaque  année  durent  le  plus  souvent  rester  en  disponibilité  sans  servir  (ce 
qui  amena  peu  à  peu  la  disparition  du  tribunat  électif)  ;  leur  titre  fut  purement 
honorifique.  Dans  ces  conditions  il  n'est  pas  étonnant  qu'on  trouve  cinq  officiers 
de  cette  espèce  réunis  vers  la  même  époque  dans  une  ville  de  plaisir  où  affluaient 
les  étrangers.  D'ailleurs  ce  qui  prouve  qu'il  n'y  avait  pas  à  Pompéi  de  charge 
municipale  de  tr.  m.  a  p.,  c'est  que,  le  tremblement  de  terre  de  63  ayant  surpris 

I.  Puisque  notre  correspondant  se  sert  si  bien  de  la  langue  française,  recommandons- 
lui  pour  finir,  La  Fontaine,  Fables,  VIII,  10. 


224  REVUE   CRITIQUE    D'HISTOIRE   ET    DE    LITTÉRATURE. 

la  ville  au  milieu  ou  au  lendemain  d'une  période  d'agitation  électorale,  nous 
avons  les  affiches  des  candidats  et  les  autres  documents  relatifs  à  l'élection,  qui 
nous  donnent  la  liste  complète  des  charges  électives  de  la  cité,  et  que  nous  n'y 
trouvons  pas  celle  de  tribun  militaire.  —  M.  Giraud  étudie  ensuite  séparément 
chacune  des  inscriptions  en  question.  Des  dates  qu'on  peut  assigner  à  chacune 
d'elles,  il  résulte  que  c'est  à  un  même  moment  qu'il  s'est  trouvé  à  la  fois  à 
Pompéi  4  ou  5  tribuns  militaires  a  populo  :  si  c'étaient  des  commandants  des 
forces  municipales,  celles-ci  auraient  donc  été  bien  considérables.  —  M.  Giraud, 
d'ailleurs,  n'est  pas  seul  à  admettre  la  thèse  qu'il  défend  contre  M.  Duruy  :  il  a 
pour  lui  l'autorité  de  M.  Th.  Mommsen,  qui  a  soutenu  la  même  opinion  dans  le 
second  vol.  de  son  Romisches  Sîaaîsrecht.  —  Enfin  quant  au  chap.  103  de  la  loi 
de  la  colonie  de  Genetiva  Julia,  qui  permet  aux  duumvirs  de  prendre,  avec  le 
consentement  des  décurions,  le  commandement  d'une  troupe  formée  pour  défendre 
la  colonie,  il  ne  faut  y  voir  qu'une  clause  exceptionnelle  nécessitée  par  la  posi- 
tion de  Genetiva,  exposée  à  de  plus  grands  dangers  que  la  plupart  des  villes  de 
l'empire.  —  En  résumé  M.  Giraud,  jusqu'à  la  preuve  du  contraire,  croit  que 
partout  où  l'on  trouve  les  mots  tribunus  militum  a  populo,  cette  expression 
désigne  un  tribun  militaire  romain,  élu  à  Rome  dans  les  comices. 

M.  Duruy  déclare  qu'il  n'est  pas  convaincu  par  l'argumentation  de  M.  Giraud 
et  qu'il  persiste  dans  son  sentiment.  Il  ne  se  propose  pas  de  réphquer  pour  le 
moment,  M.  Léon  Renier  ayant  l'intention  d'intervenir  dans  le  débat.  Il  se  borne 
à  faire  remarquer  :  i"  que  rien  n'indique  que  les  tribuns  militaires  électifs  de 
Rome  aient  jamais  été  appelés  tribuni  militum  a  populo,  vu  que  dans  les  deux 
seuls  passages  allégués  par  M.  Giraud  pour  établir  ce  point,  «  ergo  ubi  primum 
(Marius)  tribunatum  militarem  a  populo  petit  »  (Salluste  [lug.  63]),  et  «  Porcius 
Cato  qui  tum,  iam  consularis,  tribunus  militum  a  populo  factus  in  exercitu  erat  » 
(Frontin  [Strat.  2.  4.  4]),  a  populo  se  rapporte  au  verbe  et  non  au  substantif; 
2°  que  la  dernière  mention  certaine  du  tribunal  électif  qui  nous  soit  parvenue  se 
rapporte  à  une  date  antérieure  de  dix  années  au  premier  triumvirat ,  qu'on  ne 
comprend  pas  comment  cette  institution  aurait  pu  continuer  d'exister  sous  le 
pouvoir  absolu  de  César  ou  sous  celui  des  triumvirs,  et  qu'il  n'est  pas  vraisem- 
blable qu'une  fois  abolie  elle  ait  été  rétablie  par  Auguste;  3°  que  si  l'on  ne  trouve 
pas  de  tribuni  militum  a  populo  dans  les  provinces,  c'est  que  les  officiers  qui 
remplissaient  dans  les  municipes  provinciaux  les  fonctions  des  tribuni  militum  a 
populo  italiens  ne  portaient  pas  le  même  titre,  mais  d'autres  qui  variaient  suivant 
les  localités,  tels  que  ceux  de  préfet  des  vigiles,  du  littoral,  praefectus  armorum, 
praefectus  latrociniis  arcendis,  Gxpaxri^oq  i7:\  xà  5xXa,  etc.  Il  pense  que  les  tribuni 
militum  a  populo,  comme  ces  divers  fonctionnaires,  étaient  les  chefs  élus  d'une 
troupe  armée  au  service  du  municipe. 

M.  Naudet  annonce  l'intention  de  présenter  sur  la  question  une  opinion  tierce, 
différente  de  celle  de  M   Giraud  et  de  celle  de  M.  Duruy. 

Julien  Havet. 

Le  propriétaire-gérant  :  F.  VIEWEG. 

Nogent-le-Rotrou,  imprimerie  de  A.  Gouverneur. 


ling  (Dr.  Frommann).  —  Beilage  zum  N"  i.  Chronik  des  germ.  Muséums.  — 
Schriften  der  Akademien  und  historischen  Vereine.  —  Nachrichten.  En  appen- 
dice :  Einundzwanzigster  Jahres-Bericht  des  germ.  Nationalmuseums. 


BULLETIN    BIBLIOGRAPHIQUE 
DES  PRINCIPALES   PUBLICATIONS   FRANÇAISES   ET    ÉTRANGÈRES. 


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annoncés  dans  ce  bulletin ,  ainsi  que  ceux  qui  font  l'objet  d'articles  dans  la 
Revue  critique.  Elle  se  charge  en  outre  de  fournir  très-promptement  et  sans 
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mandois  et  siège  présidial  de  Laon.  In-8*, 
167  p.  Paris  (Leroux). 

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Compte-rendu  de  la  1"  session.  Paris. 
1873.  T.  I  avec  pi.  et  fig.  intercalées 
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7th  edit.  2  vol.  in-8*  cart.  996  p.  London 
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en  matière  d'enseignement.  ^-8°,  59  p. 
Langres  (Dangien). 

Gibson  (C.  B.).  Philosophy,  science,  and 
Révélation.  2nd  Edit.  In-8*  cart.  London 
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Gras  (L.-P.).  Répertoire  héraldique,  ou 
Armoriai  général  du  Forez,  dressé  d'après 
les  monuments,  suivi  de  la  description 
des  blasons  de  la  Diana,  etc.  ^-8",  xx- 
329  p.  et  4  pi.  Lyon  (Mougin-Rusand). 


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In-i6,  X-146  p.  (Lib.  des  Bibliophiles), 

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Berlin  (Nicolai),  6  fr.  75 

Grueber  (H.  A.).  Roman  Médaillons  in 
the  British  Muséum.  Edited  by  S.  R. 
Poole.  Gr.  in-8°  cart.  London  (Piclce- 
ring).  26  fr.  25 

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mants by  J.  T.  Thomson.  In-8°  cart. 
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Helps  (A.).  Ivan  de  Biron;  or,  the  Rus- 
sian  Court  in  the  Middle  of  last  Century. 
In-8*,   cart.  473  p.    London   (Isbister). 

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Staate  der  Athener.  In-4*,  5 1  S.  Berlin 
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Laurent.  Examen  des  derniers  éclaircisse- 
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In-8"*,  23  p.  Amiens  (imp.Lenoël-Hérault). 

Legendre  (P.).  Histoire  de  la  persécution 
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dernier  siècle.  Précédée  d'une  notice  his- 
torique et  bibliographique  et  suivie  d'un 
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Adeline.  ^-4°,  xxx-216  p.  Rouen  (imp. 
Deshays). 

Lieutaud(V.).  Notes  pour  servir  à  l'his- 
toire de  Provence.  N"  6.  Le  pape  Léon  X, 
archevêque  d'Aix  (8-20  juin  1483).  ^-8°, 
8  p.  Marseille  (Boy  fils). 

liittrë  (E.).  Études  sur  les  Barbares  et  le 
moyen-âge.  3^  édit.  In- 12,  xxxij-460  p. 
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quelques  objets  antiques  figurés  dans  les 
livres  chinois  et  japonais  présentées  au 
premier  congrès  des  orientalistes  à  propos 
de  l'exposition  des  collections  de  l'extrême 
Orient  par  M.  H.  Cernuschi.  In-8',  16  p. 
et  2  pi.  Paris  (imp.  V'  Bouchard- 
Huzard). 

Marsh  (G.  P.).  The  Earth,  as  Modified 
by  Human  Action.  A  new  edit.  of  «  Man 
and  Nature.  »  In-8"  cart.  656  p.  London 
(Low).  22  fr.  50 

Original  (the).  Lists  of  Persons  of  Qua- 
lity,  1600-1700.  Edited  by  J.  CamHen 
Hotten.  In-4°  cart,  London  (Chatto  and 
W.).  47fr.75 

Poulbrière  (J.-B.).  L'Église  de  Saint- 
Pierre  de  Beaulieu  (diocèse  de  Tulle)  et 
son  portail  sculpté.  Notice  descriptive. 
^-8°,  68  p.  Paris  (Chapoulaud  frères). 

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Racine  (i.).  Théâtre.  Orné  de  vignettes 
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Hillemacher  par  F.  Hillemacher.  T.  3. 
^-8°,  325p.  Paris  (Lib.  des  Bibliophiles). 

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Rio  (A. -F.).  De  l'art  chrétien.  Nouvelle 
édition,  entièrement  refondue  et  considé- 
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489  p.  Paris  (Bray  et  Retaux). 

Rolland.  Histoire  de  Saint  François  de 
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In-8*,  xvj-402  p.  Paris  (Poussielgue 
frères).  7  fr.  50 

Romant  (Le)  de  Jehan  de  Paris,  roy  de 
France;  revu  pour  la  première  fois  sur 
deux  manuscrits  de  la  fin  du  XV*  siècle, 
par  M.  A.  de  Montaiglon.  In- 16,  xlviij- 
160  p.  Paris  (Lemerre).  2  fr.  50 

Umpfenbach  (F.).  AnalectaTerentiana. 
In-4*,   32   p.    Berlin    (Calvary  et  G*). 

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Vie-w  (A.).  Of  the  Prophecies  of  Daniel, 
Zechariah,  and  the  Révélation.  By  M.  E. 
H.  With  a  Map.  In-8*  cart.  404  p.  Lon- 
don (Macintosh).  5  fr.  6j 


Nogent-le-Rotrou,  Imprimerie  de  A.  Gouverneur. 


N*  15  Neuvième  année.  10  Avril  1875 

REVUE  CRITIQUE 

D'HISTOIRE   ET  DE  LITTÉRATURE 

RECUEIL  HEBDOMADAIRE  PUBLIÉ  SOUS  LA  DIRECTION 


j  I 


DE  MM.  C.  DE  LA  BERGE,  M.  BRÉAL,  G.  MONOD,  G.  PARIS.  ,-: 


Secrétaire  de  la  Rédaction  :  M.  Stanislas  Guyard. 

Prix    d'abonnement  : 

Un  an,  Paris,  20  fr,  —  Départements,  22  fr.  —  Etranger,  le  port  en  sus 

suivant  le  pays. 

PARIS 

LIBRAIRIE    A.    FRANCK 

F.    VIEWEG,    PROPRIÉTAIRE  '  "'■ 

67,  RUE  RICHELIEU,  67 


Adresser  toutes  les  communications  à  M.  Stanislas  Guyard,  Secrétaire  de  la 
Rédaction  (au  bureau  de  la  Revue  :  67,  rue  Richelieu). 


ANNONCES  .vivnobf 


En  vente  à  la  librairie  A.  Franck,  F.  Vieweg  propriétaire, 
67,  rue  de  Richelieu.  ""y.c  \' 

GO  A  D  T  Ç     ^^  ^^^^^  Poucet  et  la  Grande  Ourse,   i  vol.  in-i6 
,     .  •     1    /v  l\  1  O    imprimé  en  caractères  elzeviriens.  2  fr.  50 

BIBLIOTHÈQUE  DE  L'ÉCOLE  DES  HAUTES  ÉTUDES 

20^  FASCICULE. 

r\  î  T  î  XTT'  T  î  î  T7  IVT  ^"^'^'^"^'°"  oratoire.  Collation  d'un  ms. 
is^  U  1  IN  1  1  Li  1  lL  1 N  du  xe  siècle,  par  Emile  Châtelain  et  Jules 
Le  Coultre,  licenciés  ès-lettres,  élèves  de  l'École  des  hautes  études.  3  fr. 

1 8^  ET  1 9'  fascicules  précédemment  parus  :  '' 

t>'Tr\.::      T^  r?      TA  QT  Î7  V  R  T  PT     ^^^^^  ^"^  ^^^  comtes  et 
-îFV.     U  Ht     Li/\o  1    Ej  1    rv  i  lL    vicojptes  ;.de,  Umoges 

antérieurs  à  l'an  looo.-''''^  .«à/ooiî  z'zal  li'up  ,b  «rfD/fljjD .  «»1  ètidutift. 

,,,..■,..,..•  I.,  .         .       .         .  '  • 

A      HA  R  \/T]H'^T'FrT'FrP     '^'"^^^^  ^^  '^  formation  des 
•    l-/r\rviVl  LliO   1    IL   1    IL  rV    mots    composés  daas  la 

langue  française  comparée  aux  autres  langues  romanes  et  au  latin. ôjjv'-iziîf. 

Pour  paraître  très-prochainement  : 
2 le  fascicule.  Hymne  à  Ammon  Ra  des  papyrus  de  Boulaq,  traduit  et  com- 
menté par  Eugène  Grébault,  avocat,  élève  de  l'École  des  hautes  études. 


PERIODIQUES. 

The  Academy,  N°  i  $o,  new  séries,  20  mars.  The  Poetical  Works  of  John 
Milton.  Ed.  by  David  Masson.  In  three  and  in  two  vols.  London,  Macmillan 
and  Co.  (R.  C.  Browne).  —  Viscountess  Strangford,  Egyptian  Sepulchres 
and  Syrian  Schrines.  New  Ed.  London,  Macmillan  and  Co.  ;  Brugsch-Bey, 
Histoire  d'Egypte.  Leipzig,  Hinrichs;  Kiepert,  Neue  Wandkarte  von  Palaestina. 
Berlin,  Reimer  (E.  H.  Palmer  :  le  i"  de  ces  ouvrages  est  très-agréable  à  lire  et 
peut  être  utile  aux  touristes;  le  second  est  au-dessus  de  tout  éloge,  comme  le 
peut  faire  prévoir  le  nom  de  son  auteur;  quant  à  la  carte  de  Kiepert,  elle  est 
parfaitement  au  courant  de  la  science).  —  Von  Ranke,  A  History  of  England, 
principally  in  the  Seventeenth  Ceniury.  In  six  Vols.  Oxford,  Clarendon  Press 
(Samuel  R.  Gardiner).  —  A.  Schmidt,  Shakespeare-Lexicon.  Vol.  I.  A-L. 
Berlin,  Reimer;  London,  Williams  and  Norgate  (J.  W.  Hales  :  appréciation 
favorable). — J.  J.  Bond,  Handy-Book  of  Rules  and  Tables  for  Verifying  Dates. 
London,  Bell  and  Sons;  Bartlett  and  Co.  (H.  A.  Pottinger  :  recommande 
chaudement  cet  ouvrage).  —  Books  relating  to  the  English  Counties  (notes  de 
l'éditeur).  —  Notes  and  News.  —  Notes  of  Travel.  —  Notes  of  a  Tour  in  the 
Cyclades  and  Crète.  IV.  Crète  (continued  :  H.  F.  Tozer).  —  Correspondence. 
«  What-What  »  (Richard  Morris  :  cite  des  exemples  de  cet  emploi  en  ancien 

anglais.  A  ce  propos,  M.  Furnivall  nous  écrit  que  what w^hat  signifie  d'un 

côté de  l'autre,  tant cjue,  et  ne  marque  nullement  une  alternative,  cf.  Rev. 

crit.,  n°  13,  couv.  Nous  reconnaissons  la  justesse  de  cette  observation;  mais 

nous  avons  voulu  dire  que  what  what  a  dû  exprimer  d'abord  une  alternative 

pour  arriver  au  sens  de  tant  (ceci)  que  (cela),  cf.  le  latin  quà  cjuà).  —  «  A 

n  Libel  concerning  Campion  »  (Edward  Peacock).  —  The  Numerals  in  old 
Cornish  (W.  S.  Lach-Szyrma).  —  The  Ethics  of  Aristotle.  By  sir  Al.  Grant. 
Third  Ed.  London,  Longmans  and  Co.  (James  R  Thursfield  :  -éd.  très-amé- 
liorée).  —  The  Origin  of  the  Phoenician  Cosmogony  and  the  Babylonian  Garden 
of  Eden  (A.  H.  Sayce  :  important  article).  —  Science  Notes.  Anthropology.  — 
Meetings  of  Societies  (Soc.  d'archéologie  biblique,  de  l'Inst.  anthrop.,  des  anti- 
quaires). 

.j,^  The  Athenœum,  N**  2473,  20  mars.  Milton,  Areopagitica.  ByJ.  W.  Hale3- 
Clarendon  Press.  —  Calendar  of  State  Papers.  Foreign  Séries,  of  the  reign  of 
Elizabeth.  1569-1 571.  Ed.  by  A.  J.  Crosby.  Longmans  and  Co.  —  Shakes- 
peare's  Century  of  Prayse.  Trûbner  and  Co.  —  Notes  from  St.  Petersburg  (S. 
les  progrès  des  études  orientales  en  Russie).  —  Edinburgh  Critics  and  Quarterly 
Reviewers  (Charles  J.  Monk).  —  Literary  Gossip.  —  Anthropological  Notes. 
Miscellanea.  Excavations  at  Rome  (Thos.  H.  Dyer). 

Literarisches  Centralblatt,  N°  î  3,  27  mars.  Acta  genuina  SS.  oecumenici 

concilii  Tridentini édita  ab  Aug.  Theiner.  II  tomi.  Agram.  Leipzig,  Breit- 

kopf  und  Haertel.  Gr.  in-4'',  xxij-722;  701  p.  (art.  défavorable).  —  Rothe's 
Vorlesungen  ùber  Kirchengeschichte.  Herausg.  v.  Weingarten.  i.  Th.  Die 
katholische  oder  kirchliche  Zeit.  Heidelberg,  Mohr.  In-8°,  xj-491  p.  (l'éditeur 
a  publié  les  cahiers  de  Rothe  tels  qu'il  les  a  trouvés,  en  ne  retranchant  que  les 
parties  qui  avaient  été  empruntées  à  d'autres  ouvrages).  —  Ziegler,  Illustra- 
tionen  zur  Topographie  des  alten  Rom.  2.  Heft.  i.  u.  2.  Abth.  Stuttgart,  NefF. 
In-folio,  4  pi.  —  Boeckhii  opuscula  academica  Berolinensia.  Edd.  Ascherson, 
Bratuscheck,  Eichholtz.  Leipzig,  Teubner.  In-8°,  viij-547  p.  (IV  volume 
des  Opuscules  de  Boeckh).  —  Mùlleri  Luc.  de  Phaedri  et  Aviani  fabulis  libellus. 
Leipzig,  Teubner.  In-8°,  iv-34  p.  (assez  insignifiant).  —  Terentianus  Morus, 
Marius  Plotius  Sacerdos,  Rufinus,  Mallius  Theodorus,  fragmenta  et  excerpta 
metrica  ex  recens.  H.  Keil.  Leipzig,  Teubner.  In-8°,  xxviij-p.  313-669  (fasc. 


REVUE  CRITIQUE  . 


D'HISTOIRE    ET    DE    LITTÉRATURE 


w 

N'  15  —  10  Avril  —  ,  ^.^  3,^,  1875^1 

".  \  !'.  .  [''  V 

Sommaire  :  68.  Rig-Veda-Sanhitâ,  p.  p.  Max  Muller,  t.  VI.  —  69.  Wimmer, 
Histoire  de  l'écriture  runique  dans  le  Nord.  —  70.  Lenz,  Le  roi  Sigismond  et  Henri  V 
d'Angleterre.  —  71.  De  Magny,  Les  Souspirs,  p.  p.  Courbet. —  Sociétés  savantes  : 
Académie  des  inscriptions.  

'Hf'il     'iiî 

68.  —  Rig'Veda-Sanhita,  the  sacred  hymns  of  the  Brahmans;  together  with  the 
Commentary  of  Sayanacharya.  Edited  by  F.  Max  Muller.  Vol.  VI.  London,  Allen 
et  Co.  1874.  ^-4»,  p.  lix;  32;  785;  401-762. 

Ce  sixième  et  dernier  volume  du  Rig-Véda  de  M.  Max  Muller  contient  le 
texte  et  le  commentaire  des  146  derniers  hymnes  (46-191)  du  X*  livre.  L'édi- 
teur y  a  joint  une  récapitulation  générale  du  Sarvânukrama  de  Kâtyâyana,  des 
index  spéciaux  des  divinités ,  des  rishis  et  des  commencements  de  vers,  et  un 
^rata  complet  pour  l'ensemble  de  l'ouvrage.  Les  variantes  et  les  additions 
connues  sous  le  nom  de  Khila  occupent  32  pages  à  la  suite  de  la  Préface.  Enfin 
la  2*  moitié  du  volume  contient  la  fin  de  l'index  des  mots  et  des  formes  employés 
dans  le  Rig-Véda,  plus  un  répertoire  spécial  des  mots  composés  rangés  selon 
l'ordre  alphabétique  de  leur  second  terme.  Ainsi  se  trouve  achevée  une 
publication  dont  la  fin  s'est  fait  longtemps  attendre  et  qui,  à  défaut  de  critiques, 
a  provoqué  jusqu'ici  bien  des  murmures  d'impatience  ;  mais  qui  restera  aussi 
comme  une  des  plus  belles  œuvres  de  notre  époque,  tant  par  l'importance 
exceptionnelle  du  document  qui  s'y  trouve  mis  au  jour,  que  par  la  perfection 
que  l'éditeur  a  su  donner  à  son  travail.  ci&i  ,M  .H  .14  4>il 

A  peu  d'interruptions  près,  M.  Max  Muller  n'a  pas  employé  moins  de  30  années 
à  ériger  ce  monument.  Aussi  conçoit-on  qu'arrivé  à  la  fin  de  sa  tâche,  il  l'ait 
quittée  avec  le  sentiment  qu'on  éprouve  à  se  séparer  d'un  vieil  ami,  et  qu'il  n'ait 
pu  s'empêcher  de  faire  un  retour  ému  sur  ce  long  passé.  Sa  Préface  contient 
à  ce  sujet  des  détails  pleins  d'intérêt  sur  les  origines  et  la  marche  de  son  œuvre 
depuis  le  jour  qu'il  en  conçut  l'idée  sous  les  auspices  de  Burnouf;  sur  l'état  des 
études  sanscrites  d'alors  ;  sur  sa  propre  inexpérience  au  début,  et  sur  les  diffi- 
cultés sans  nombre  contre  lesquelles  il  eut  à  lutter  pour  arriver  à  établir  un  texte 
critique  du  commentaire  de  Sâyana,  si  maltraité  par  les  copistes,  et  des  nombreuses 
citations  qu'il  renferme ,  citations  souvent  tronquées  et  incorrectes ,  se  réduisant 
parfois  à  d'obscures  allusions,  qui  étaient  empruntées  d'ailleurs  à  une  littérature 
alors  inconnue,  à  des  ouvrages  dont  il  n'existait  ni  index  ni  éditions,  et  qui 
presque  toutes  étaient  à  vérifier  sur  manuscrit.  Il  y  aurait  eu  sans  doute  un 
moyen  d'abréger  considérablement  toute  cette  besogne.  C'eût  été  de  se  borner 
à  donner  une  édition  critique  du  texte  même  des  hymnes,  pour  laquelle  il  suffisait 
de  comparer  quelques  manuscrits  et  de  dépouiller  le  Prâtiçâkhya,  et  quant  au 
XV  I  j 


226  REVUE  CRITIQUE  f  'î  f  '"'^    ''  * 

commentaire,  d'où  venaient  les  principales  difficultés,  de  ne  le  donner  que  par 
extraits  ou  de  le  reproduire  tel  quel,  après  quelques  collations  hâtives  et  en 
recourant  largement  aux  conjectures  pour  enlever  les  plus  grosses  taches. 
M.  M.  M.  ne  fut  point  de  cet  avis.  Dès  le  début,  il  se  rendit  aux  conseils  de 
Burnouf  et  jugea  que  du  moment  qu'on  entreprenait  cette  œuvre,  ce  devait  être 
de  façon  qu'elle  fût  faite  une  fois  pour  toutes.  Il  résolut  en  conséquence  d'y 
appliquer  rigoureusement  d'un  bout  à  l'autre  les  mêmes  principes  de  critique 
qui  se  sont  montrés  si  féconds  sur  le  terrain  de  l'antiquité  classique  et  qui  sont 
devenus  ceux  mêmes  de  la  philologie  moderne. 

Le  résultat  auquel  il  est  arrivé  dans  des  conditions  aussi  difficiles 
suffirait  à  lui  seul  à  justifier  ces  principes ,  s'ils  avaient  encore  besoin 
de  justification.  Voici  25  ans  que  son  1"  volume  est  soumis  à  l'examen  des 
indianistes  et  que  les  autres  se  suivent  à  des  intervalles  plus  ou  moins  réguliers. 
Bien  que  l'envie  de  le  trouver  en  défaut  n'ait  certainement  pas  manqué,  son 
œuvre  est  sortie  intacte  de  cette  longue  épreuve  et,  jusqu'à  la  fin,  M.  M.  M. 
aura  eu  ce  rare  bonheur  d'arriver  presque  toujours  le  premier  à  signaler  ses  peu 
nombreuses  méprises  et  d'être  à  lui-même  son  plus  pénétrant  critique. 

La  Préface  du  nouveau  volume  contient  à  son  tour  un  ample  et  curieux  sup- 
plément à  cette  espèce  d'examen  de  conscience  que  M.  M.  M.  a  déjà  plusieurs 
fois  entrepris.  Comme  toujours,  il  sait  présenter  ces  minuties  nécessaires  avec 
beaucoup  d'art,  je  dirais  presque  de  coquetterie.  Nul  ne  s'entend  mieux  que  lui 
à  donner  un  tour  agréable  à  une  discussion  d'accent  ou  d'orthographe,  ce  dont 
personne  à  coup  sûr  ne  se  plaindra,  si  ce  n'est  ceux  toutefois  qui  s'y  trouvent 
effleurés  en  passant.  Genus  irritabile  doctorum  !  Dans  cette  intéressante  revue, 
M.  M.  M.  a  semé  un  grand  nombre  de  remarques  curieuses  sur  la  plupart  des 
ouvrages  qui  ont  un  rapport  plus  ou  moins  étroit  avec  l'œuvre  de  Sâyana,  sur 
Sâyana  lui-même,  sur  son  identité  avec  Mâdhava  suggérée  par  M.  Burnell  et  au 
sujet  de  laquelle  M.  M.  M.  reproduit  les  réserves  qu'il  a  déjà  faites  dans  VAca- 
demy  {]\  janvier  et  11  avril  1874),  sur  les  écrivains  qui  ont  précédé  Sâya/ia 
comme  interprètes  du  Rig-Véda,  et  sur  la  littérature  qui  est  citée  dans  ses  com- 
mentaires ' . 

Le  reste  de  la  Préface  est  presque  entièrement  polémique.  Nous  sommes  assez 
désintéressés  en  France  dans  ces  querelles,  que  nous  ne  voyons  pour  ainsi  dire 
que  de  surface.  Nous  aimons  à  croire  que  M.  M.  M.,  qui  peut  avoir  des  adver- 
saires parmi  nous,  n'y  a  pas  d'ennemis,  et  nous  savons  de  reste  qu'il  n'en  est 
pas  de  même  ailleurs.  A  propos  de  son  Rig-Véda  en  particulier,  on  lui  a  repro- 
ché sa  lenteur  avec  un  zèle  parfois  indiscret  et  une  insistance  qui  ferait  croire 

I.  M.  M.  M.  revient  aussi  sur  la  question  des  avantages  du  ndgart  sur  le  caractère 
romain,  déjà  traitée  par  lui  dans  sa  petite  édition  du  Rig-Veda,  Pada-Text  (cf.  Rev.  ait. 
du  II  avril  1874).  Pour  le  fond,  il  est  impossible  de  ne  pas  être  de  son  avis,  bien  que 
sa  a  démonstration  géométrique  »  ne  soit  peut-être  pas  tout  à  fait  aussi  rigoureuse  qu'elle 
le  semble  de  prime  abord.  Le  plus  ou  le  moins  de  fatigue  de  la  vue  ne  dépend  pas  seule- 
ment de  la  dimension  des  caractères,  mais  surtout  de  leur  formCj  et  pour  l'œil  au  lecteur, 
ce  n'est  pas  à  sa  2'  colonne  ndgart  que  répond  sa  colonne  romaine,  bien  qu'elles  soient 
toutes  deux  fondues  sur  le  même  corps,  mais  plutôt  à  la  1". 


d'histoire  et  de  littérature.  227 

que  les  auteurs  de  ces  plaintes  avaient  réellement  un  droit  sur  ses  journées  et 
sur  ses  heures.  M.  M.  M.  qui,  coupable  ou  non  de  n'avoir  pas  fait  toute  la  dili- 
gence possible,  a  été  assez  puni  de  ses  retards  par  le  fait  qu'un  tiers  du  Rig- 
Véda  a  été  lu  pendant  de  longues  années  dans  une  autre  édition  que  la  sienne, 
a  fini  par  se  fâcher  de  cette  «  sollicitude  maternelle  »  qu'on  ne  se  lassait  pas  de 
témoigner  pour  son  œuvre,  et  il  a  cru  devoir  montrer  comme  quoi  M.  Weber 
qui,  en  matière  semblable,  avait  été  plus  expéditif,  n'avait  pas,  à  beaucoup  près, 
fait  aussi  bien  que  lui.  On  s'en  doutait  bien  un  peu  :  en  tous  les  cas  nous  gagnons 
à  la  démonstration  une  discussion  très-substantielle  sur  l'emploi  du  sandhi  dans 
les  manuscrits,  plus  4  pages  in-4"  de  variantes  pour  le  commentaire  de  Mahîdhara 
sur  la  Vâjasaneyi-Sanhitâ,  et  pour  peu  que  M.  Weber  réplique  de  la  même  façon, 
ce  sera  tout  profit.  Mais  pour  nous  la  meilleure  réponse  de  M.  M.  M.  sera  tou- 
jours son  édition  même.  L'essentiel  ici  autant  et  plus  qu'ailleurs  était,  non  pas 
de  faire  vite,  mais  de  faire  bien.  Ne  semble-t-il  pas  du  reste  que  moins  que 
toute  autre  branche  d'études,  la  nôtre,  sous  peine  de  faire  rire  à  ses  dépens, 
doive  se  donner  l'air  affairé  et  tracassier  ?  Nous  sommes  un  petit  groupe  engagé 
dans  ce  qu'on  appelait  jadis  des  «  recherches  curieuses  »  et,  bien  que  les  choses 
aient  changé  depuis  le  temps  que  cette  locution  n'est  plus  de  mode,  il  y  aurait 
tout  de  même  quelque  ridicule  à  croire  que  le  bien  public  nous  défende  de  nous 
souvenir  du  précepte  d'Horace  :  nonum  que  prematur  in  annum.  ^intrmi 

Dans  la  Varieîas  Lectionis  p.  24,  1.  5,  il  faut  lire  ye  au  lieu  de  y  a;  p.  i^pfet^ 
infira.  Tait.  Br.  II,  4,  3,  2;  p.  52, 1.  1  infra,  Atharva-veda  III,  8,  5.      -^ua^é 

A.  Barth. 


69.  —  Lndv.  F.  A.  WimmeRj  Runeskrîftens  Oprindelse  og  Udviklîng  i 
Norden.  K.œbenhavn,  V.  Priors  Boghandel.  1874.  In-8°,  ij-ayo  p.,  3  pi.  et  figures 
dans  le  texte  (Extrait  des  Aarboger  Jor  nordisk  Oldkyndighed  og  Historié,  1 874,  cah. 
1-2).  —    nx  .  5   r.  70-^^,p.jj^,^^^i,.jjj^  j.,Q,j^<jj^;jjj^j^|,j  2lft,iç^|eqa,$f^,j^ 

Les  inscriptions  runiques  du  Nord  germanique  lîaisseht  encore,  comme  on  sait, 
aux  philologues  bien  des  problèmes  difficiles  à  résoudre.  L'alphabet  simple  des 
inscriptions  récentes  est  restreint  à  16  signes,  qui  ne  furent  multipliés  qu'assez 
longtemps  plus  tard  par  l'addition  de  points;  d'autre  part,  dans  le  Nord  et  ail- 
leurs, les  inscriptions  archaïques  offrent  un  alphabet  d'environ  24  signes,  dont 
les  uns  concordent  avec  les  16  signes  mentionnés  ci-dessus,  et  dont  les  autres 
présentent  des  formes  nouvelles.  Faut-il,  comme  il  semble  à  priori  qu'on  le  doive, 
reconnaître  dans  les  16  signes  l'alphabet  le  plus  ancien,  d'où  l'alphabet  plus 
complet  de  24  signes  se  serait  développé  ensuite,  ou,  au  contraire,  est-ce  à  ce 
dernier  qu'on  attribuera  la  priorité,  en  se  fondant  sur  ce  qu'il  est  le  plus  répandu 
et  celui  qu^on  a  jusqu'ici  trouvé  le  plus  anciennement  employé,  auquel  cas 
l'alphabet  de  1 6  signes  en  procéderait  par  simpHfication  ?  Il  y  a  plus  :  les  inscrip- 
tions du  Nord  germanique  qui  se  servent  des  24  signes  appartiennent  en  majo- 
rité au  Danemark,  ou  du  moins  au  rivage  méridional  de  la  presqu'île  Scan- 
dinave, et  elles  sont  conçues  en  un  dialecte  qui  s'écarte  notablement  des  dialectes 
germaniques  septentrionaux  postérieurs  et  se  rapproche  au  contraire  beaucoup 


228  .B^t«lfL^    REVUE   CRITIQUE 

plus  que  ces  derniers  des  dialectes  germaniques  du  Sud.  Doit-on  conclure  de  là, 
comme  l'ont  fait  des  savants  compétents,  en  s'appuyant  sur  d'autres  considéra- 
tions encore,  que  les  pays  danois  et  gothiques  furent  colonisés  par  une  population 
germaine  méridionale  qui  ensuite  fut  soumise  et  peu  à  peu  absorbée  par  une 
migration  venue  du  Nord,  ou  bien  faut-il  voir  dans  ces  inscriptions  une 
forme  antique  du  dialecte  du  Nord ,  qui ,  précisément  parce  qu'elle  est 
plus  ancienne,  se  rapproche  plus  que  les  dialectes  postérieurs  de  la  langue 
primitive  de  la  famille  germanique?  Enfin  l'alphabet  runique,  aussi  bien 
celui  de  i6  que  celui  de  24  signes,  contient  un  certain  nombre  de  lettres  qui  ont 
une  similitude  frappante  avec  les  lettres  correspondantes  des  alphabets  latin, 
grec  et  môme  phénicien.  Admettra-t-on,  ou  non,  que  l'alphabet  runique  dérive 
de  l'un  des  trois  derniers  ?  Et  si  on  l'admet,  auquel  des  trois  conviendra-t-il  de 
s'adresser.?  Il  va  de  soi  que  l'examen  de  ces  questions,  qui  exige  la  critique  la 
plus  sage  et  les  connaissances  les  plus  étendues,  devait  conduire  les  savants  mal 
préparés  ou  trop  aventureux  aux  hypothèses  les  plus  extravagantes  et  donner 
naissance  même  parmi  les  esprits  les  plus  minutieux  et  les  plus  méthodiques  à 
des  opinions  très-divergentes.  M.  Wimmer  n'en  a  que  plus  de  mérite  d'avoir 
entrepris  de  faire  l'histoire  complète  des  runes  depuis  leur  origine,  surtout  quand  il 
nous  promet  de  parfaire  son  œuvre  en  traitant  dans  un  futur  ouvrage  des  dialectes 
mêmes  des  inscriptions  runiques  du  Nord  anciennes  et  modernes.  Plusieurs  indi- 
cations données  incidemment  par  l'auteur  dans  de  précédents  mémoires  faisaient 
beaucoup  espérer  du  présent  ouvrage.  Aujourd'hui  qu'il  est  sous  nos  yeux,  nous 
pouvons  dire  que  ces  prévisions  n'étaient  point  trompeuses. 

La  partie  de  beaucoup  la  plus  étendue  de  ce  travail  (p.  8-152)  est  consacrée 
à  l'Origine  de  l'alphabet  runique  :  c'était  le  point  le  plus  difficile  de  la  tâche,  sur 
lequel  les  avis  étaient  le  plus  partagés,  sur  lequel  on  avait  le  plus  divagué. 
M.  W.,  en  donnant  sous  forme  d'introduction  un  aperçu  des  théories  de  ses 
devanciers,  appelle  l'attention  d'abord  sur  ce  fait  que  tous  ceux  qui  l'ont  précédé 
partent  invariablement,  dans  leurs  comparaisons,  de  l'alphabet  runique  simple 
comme  de  l'alphabet  primitif,  alors  que  de  nombreuses  découvertes,  tant  dans  le 
Nord  que  sur  d'autres  points,  ont  récemment  établi  l'antiquité  plus  haute  de 
l'alphabet  de  24  signes,  ensuite  que  la  plupart  de  ces  savants,  bien  qu'ils  cher- 
chent avec  raison  leurs  rapprochements  dans  les  anciens  alphabets  européens  du 
Sud,  ne  se  donnent  pas  la  peine  de  tirer  au  clair  les  rapports  de  ces  alphabets 
entre  eux  et  avec  l'alphabet  phénicien.  Evitant  ces  deux  erreurs,  M.  W.  établit 
d'abord,  un  peu  trop  brièvement  peut-être,  que  l'alphabet  runique  de  24  signes 
appartient,  en  ce  qui  concerne  les  inscriptions  du  Nord,  à  la  période  la  plus 
ancienne  de  l'âge  du  fer,  c'est-à-dire  aux  années  200-650  après  J.-C,  et 
l'alphabet  de  16  signes  à  la  période  la  plus  récente  de  cet  âge,  soit  aux  années 
800-1000.  C'est  dans  la  période  intermédiaire,  650-800,  qu'il  faut  placer  les 
inscriptions  dont  la  langue  et  l'écriture  flottent  entre  les  deux  autres  formes  bien 
caractérisées.  Il  cherche  ensuite  (p.  20-41)  à  déterminer  les  rapports  de  l'ancien 
alphabet  sémitique,  surtout  du  phénicien,  avec  les  alphabets  grecs,  et  par  une 
suite  de  fines  comparaisons  arrive  à  ce  résultat  que  ces  alphabets  se  partagent 


d'histoire  et  de  littérature.  229 

en  deux  groupes  qui  dérivent  lettre  pour  lettre  du  phénicien  et  n'ont  modifié  ou 
augmenté  l'alphabet  sémitique  primitif  que  dans  un  petit  nombre  de  cas  déter- 
minés. Passant  ensuite  aux  alphabets  italiques,  l'auteur  montre  (p.  41-J6)  qu'ils 
proviennent  des  alphabets  grecs  et  en  particulier  du  groupe  dorique  auquel  se 
rattachent  les  colonies  chalcidiques  et  achaïques  de  l'Italie.  A  leur  tour,  les 
alphabets  italiques  se  divisent  en  deux  groupes  dont  l'un  comprend  l'étrusque 
commun  et  l'étrusque  septentrional,  l'ombrien,  l'osque  et  le  sabellien,  et  l'autre 
le  latin  et  le  falique.  C'est  seulement  alors  que  M.  W.  aborde  l'écriture  runique, 
dont  il  délimite  tout  d'abord  l'extension  (p.  56-71).  A  côté  des  nombreuses 
inscriptions  de  l'Angleterre  et  du  Nord  appartenant  à  la  plus  ancienne  espèce,  il 
faut  placer  les  cinq  bractéates  runiques  trouvées  en  Poméranie  et  dans  le 
Hanovre,  le  grand  anneau  d'or  de  Bucharest,  le  petit  anneau  de  CÔslin,  les 
boucles  de  ceinturon  de  Charnay,  de  Nordendorf  et  d'Osthofen,  auxquelles  il 
faut  ajouter  (supplément,  p.  263-265)  celle  qui  a  récemment  été  découverte  à 
Freilaubersheim,  enfin  le  fer  de  lance  de  Mûncheberg.  Des  différences  dialec- 
tales que  présente  la  langue  de  ces  inscriptions,  M.  W.  tire  la  conclusion  qu'il 
ne  faut  pas  voir  dans  ces  monuments,  avec  G.  Stephens,  des  objets  apportés  du 
Nord,  mais  bien  des  produits  originaux  de  tribus  gothiques  ou  germaines.  Le 
fait,  déjà  établi  par  là,  que  la  race  germanique  dans  son  ensemble  posséda  de 
bonne  heure  un  alphabet  runique  commun,  dont  les  caractères  sont  essentielle- 
ment les  mêmes  que  ceux  des  inscriptions  anciennes  du  Nord,  est  confirmé  en 
outre  par  des  raisons  linguistiques  et  des  témoignages  historiques,  et  en  parti- 
culier aussi  par  la  conformité  des  noms  des  lettres  dans  le  gothique  et  le 
runique.  L'auteur  pense  qu'aux  environs  de  la  naissance  de  J.-C,  tous  les 
Germains  étaient  en  possession  d'un  alphabet  runique  commun  qui  fut  ensuite 
abandonné  par  les  différentes  tribus  séparément  et  à  des  époques  très-diverses. 
Vient  ensuite  un  examen  de  la  nature  de  cet  alphabet  primitif,  ainsi  que  l'éluci- 
dation  de  la  question  de  son  origine  (p.  71-126).  L'auteur  s'appuie  sur  trois 
inscriptions  qui  en  fournissent  un  spécimen,  et  dont  deux  remontent  suivant  lui 
à  environ  500  après  J.-C.  et  la  troisième  à  700  environ  :  ce  sont  la  bractéate 
de  Vadstena,  la  boucle  de  ceinturon  de  Charnay  et  le  couteau  trouvé  dans  la 
Tamise,  monuments  qui  appartiennent,  comme  on  le  voit,  aux  points  les  plus 
divergents  du  monde  germanique.  Leur  comparaison  montre  que  les  alphabets 
de  Vadstena  et  de  Charnay  concordent  entièrement,  car  tous  deux  nous  ramènent 
à  24  signes  pareils  et  devant  être  semblablement  disposés,  tandis  que  l'alphabet 
du  couteau  de  la  Tamise  en  diffère  quelque  peu  et  par  le  nombre  des  lettres  (28) 
et  par  la  succession  des  caractères  qu'il  suppose.  Toutefois  un  rapprochement 
avec  d'autres  vieux  alphabets  anglais  fait  bientôt  reconnaître  que  ces  différences 
ne  sont  pas  primitives,  mais  résultent  d'une  part  du  besoin  de  créer  de  nouveaux 
signes  pour  représenter  des  sons  propres  à  l'ancien  anglais,  d'autre  part  de  la 
nécessité  d'intercaler  dans  la  série  des  lettres  les  noms  modifiés  de  quelques-uns 

I .  Revue  archéologique,  t.  XVI,  1867,  et  Essai  sur  la  propagation  de  l'alphabet  phénicien 
dans  l'ancien  monde,  l,  1872.       ..    .-......,    .,.,.,,,..;.,,,„,.„-..-.,„,,,..,,,..  ^.,,  .^^^.^ . 


2J0  '.MéW  REVUE  CRITIQUE 

des  caractères  runiques.  Maintenant,  sur  les  24  signes  primitifs,  21  se  rencon- 
trent dans  les  inscriptions  de  la  première  période  de  l'âge  du  fer,  et  3  seulement 
en  sont  absents,  à  savoir  le/,  le  eu  et  le  p  :  circonstance  dont  les  raisons  seront 
données  plus  loin.  Beaucoup  de  ces  runes  anciennes  ressemblent  d'une  manière 
frappante  aux  lettres  correspondantes  de  l'alphabet  gréco-italique,  et  on  ne  sau- 
rait expliquer  ces  ressemblances  en  invoquant  une  dérivation  commune  du  phé- 
nicien ou  de  l'alphabet  sémitique  primitif,  seule  source  possible  de  ces  alphabets, 
car  les  runes  concordent  dans  beaucoup  de  cas  avec  l'alphabet  gréco-italique  là 
précisément  où  ce  dernier  a  innové  et  s'écarte  du  sémitique,  et,  réciproquement, 
on  ne  voit  jamais  les  caractères  runiques  reproduire  ceux  de  l'alphabet  sémitique 
qui  ne  correspondent  pas  à  des  lettres  de  la  branche  gréco-italique.  M.  W.  ex- 
cluant ainsi  l'opinion  défendue  par  Fr.  Lenormant  '  et  par  d'autres  que  les  runes 
proviendraient  directement  du  phénicien,  et  prouvant  qu'il  faut  les  ramener  à 
l'un  des  alphabets  gréco-italiques,  établit  ensuite  par  une  discussion  approfondie 
que  c'est  l'alphabet  latin  seul  qui  doit  être  envisagé  comme  ayant  engendré  les 
runes.  Une  analyse  détaillée  de  cette  partie  du  travail  nous  entraînerait  trop 
loin.  Bornons-nous  à  dire  que  la  discussion  relative  aux  caractères/ et  k,  b  eid 
nous  paraît  décisive.  Que  si  maintenant  on  songe  à  l'influence  que  l'emploi  du 
bois  comme  matière  graphique  devait  exercer  sur  la  forme  des  lettres,  en  con- 
traignant à  remplacer  les  courbes  par  des  lignes  droites,  perpendiculaires  et 
obliques,  et  des  lignes  brisées,  on  s'expliquera  d'une  façon  très-satisfaisante  les 
modifications  qu'ont  subies  les  lettres  latines,  sans  qu'il  soit  besoin  de  recourir 
aux  formes  carrées  primitives  du  latin,  et  on  reconnaîtra  que  16  des  24  runes  se 
laissent  ramener  sans  difficulté  à  l'écriture  latine.  De  plus,  15  de  ces  runes 
représentent  les  mêmes  sons  que  marquent  les  lettres  latines  correspondantes  : 
un  seul,  le  f),  qui  pour  la  forme  est  le  D  latin,  rappelle  plutôt  le  5  grec  pour  le 
son.  Quant  aux  8  autres  runes,  il  est  encore  possible  de  les  retrouver  dans  le 
latin  :  deux  >  accouplés  ont  donné  le  d  (le  D  ayant  servi  à  rendre  un  son  voi- 
son);  —  le  caractère  <  {k,  c)  redoublé  désigna  le  g,  puis  une  légère  modifica- 
tion dans  l'agencement  des  deux  signes  permit  de  marquer  les  sons  ng  et/;  — 
le  caractère  y,  plus  tard  devenu  /K,  serait,  suivant  l'auteur,  une  modification  du 
Z  :  ce  caractère  exprime  le  r  faible,  altération  d'un  ancien  s  ou  d'un  z,  quoique 
plus  tard  il  ait  été  employé  pour  transcrire  de  tout  autres  sons,  quand  le  r  faible 
eut  disparu  des  dialectes  germaniques  méridionaux  ;  —  les  caractères  très-divers 
qui  rendent  le  p  seraient  formés  par  l'accouplement  de  deux  B,  et  ce  B, 
partagé  en  deux,  aurait  servi  à  noter  le  jv  ;  —  enfin  le  caractère  qui  exprime  eu 
dériverait  du  signe  n  (")•  Assurément,  ces  dernières  considérations  laissent  place 
à  bien  des  doutes,  surtout  en  ce  qui  concerne  les  3  derniers  caractères;  toute- 
fois, il  est  permis  de  regarder  comme  parfaitement  démontré  que  les  runes  ont 
pour  origine  l'alphabet  latin  et  en  particulier,  l'auteur  pense  en  avoir  fourni  des 
raisons  suffisantes,  l'alphabet  latin  le  plus  récent  caractérisé  par  l'existence  du 
Z  au  nombre  des  lettres  qui  le  composent.  Une  autre  discussion  sur  la  direction 
de  l'écriture  et  sur  les  signes  de  séparation  (p.  126-147)  amène  enfin  M.  W.  à 
la  conclusion  que  sur  ces  deux  points  les  scribes  suivaient  leur  fantaisie,  car  les 


d'histoire  et  de  littérature.  231 

inscriptions  sont  tracées,  sans  principe  arrêté,  tantôt  de  droite  à  gauche,  tantôt 
de  gauche  à  droite,  tantôt  Pouaxpoçr^Sbv,  et  quant  aux  signes  de  séparation, 
parfois  ils  sont  complètement  omis,  parfois  ne  se  rencontrent  qu'au  début  et  à  la 
fin  de  l'inscription,  et  lorsqu'ils  se  trouvent  entre  les  mots  se  présentent  tantôt 
sous  la  forme  de  2,  de  3  ou  de  4  points,  et  tantôt  sous  d'autres  formes  arbi- 
traires. 

Examinant  ensuite. les  runes  en  elles-mêmes.  M,  W.  conclut  que  l'alphabet 
archaïque  commun  à  tous  les  Germains  consistait  en  24  caractères  dérivant  en 
bloc  des  lettres  capitales  latines  en  usage  au  commencement  de  l'Empire.  Sans 
doute,  cet  alphabet  diffère  entièrement  du  latin  par  l'ordre  dans  lequel  sont 
rangées  les  lettres  (ordre  que  l'accord  de  plusieurs  traditions  indépendantes 
établit  d'une  manière  positive)  aussi  bien  que  par  les  noms  respectifs  des  lettres 
et  par  leur  division  en  trois  groupes  qui,  il  faut  le  dire,  paraît  être  primitive,  et 
l'auteur  renonce  à  expliquer  ces  particularités.  Néanmoins,  il  fait  observer,  avec 
juste  raison,  que  ces  mêmes  particularités  distinguent  l'alphabet  runique  de  tout 
autre  système  d'écriture  qu'on  pourrait  faire  entrer  ici  en  ligne  de  compte,  et 
que,  par  conséquent,  les  mêmes  difficultés  surgiraient  si  l'on  voulait  rattacher 
l'alphabet  runique  à  l'alphabet  grec  ou  au  phénicien.  M.  W.  met  ensuite  en 
pleine  lumière  (p.  1 47-1 5  2)  ce  fait  que  les  inscriptions  runiques  les  plus  anciennes 
ne  remontent  pas  au  delà  de  l'an  200  de  notre  ère.  Or  l'archéologie  nous  enseigne 
qu'à  cette  époque  le  monde  germanique  subissait  pleinement  l'influence  romaine. 
L'influence  étrusque  supposerait  une  époque  antérieure  ;  l'influence  grecque  une 
époque  postérieure  ;  et,  d'un  autre  côté,  les  quelques  lettres  grecques  à  la  forme 
desquelles  on  pourrait  ramener  certains  caractères  runiques  appartiennent  à  une 
période  trop  reculée  correspondant  à  l'âge  du  bronze  du  Nord.  Ainsi  les  preuves 
historiques  et  archéologiques  conduisent  aux  mêmes  résultats  qui  ressortent  de 
l'étude  de  l'alphabet  runique.  Pour  ce  qui  est  de  la  voie  par  laquelle  l'alphabet 
latin  a  pénétré  chez  les  Germains,  M.  W.  n'ose  se  prononcer  catégoriquement. 
Une  importation  directe  serait  possible  ;  mais  on  pourrait  songer  aussi  à  l'inter- 
médiaire des  Celtes,  car  les  Gallo-Celtes  et  les  Celtes  de  l'Italie  supérieure 
avaient  échangé  dès  les  débuts  de  l'Empire  contre  l'alphabet  latin  les  premiers 
leur  alphabet  grec,  les  seconds  leur  alphabet  étrusque  septentrional.  En  tous  cas, 
M.  W.  refuse  absolument  d'admettre  la  possibilité,  à  laquelle  croit  un  professeur 
de  Christiania,  M.  Sophus  Bugge',  d'une  influence  de  l'alphabet  étrusque  sep- 
tentrional sur  l'alphabet  runique. 

La  seconde  partie  du  travail,  de  beaucoup  la  plus  courte  (p.  152-212),  traite 
du  développement  de  l'écriture  runique  dans  le  Nord.  L'auteur,  après  avoir  relevé 
le  caractère  exclusivement  septentrional  de  l'alphabet  de  16  lettres  de  la  dernière 
période  de  l'âge  du  fer,  observe  que  9  de  ces  lettres  sont  de  tous  points 
conformes  aux  lettres  correspondantes  de  l'alphabet  de  24  signes,  et  2  extrême- 
ment voisines  de  leurs  représentants  dans  l'ancien  alphabet.  Cette  conformité 
s'étend  aux  noms  respectifs  des  lettres  dans  les  deux  alphabets  et  à  la  division 

I.  Aarbôger  for  nordisk  Oldkyndighet  qg  Hw(o^V^^,l87^,  p.  ijj.  ^ 


2J2  -^SHIPA^REVUE  CRITIQU*' ">><*'*■' '*5 

des  lettres  en  trois  groupes,  de  sorte  que  l'étroite  affinité  des  deux  alphabets 
est  mise  hors  de  doute  et  qu'il  ne  reste  plus  à  en  déterminer  que  le  mode.  Si 
l'origine  latine  de  l'alphabet  de  24  lettres  est  démontrée,  il  va  sans  dire  que 
l'alphabet  de  16  signes  doit  être  issu  de  ce  dernier.  Mais  l'auteur,  non  content 
de  cette  évidence,  cherche  à  corroborer  encore  cette  conclusion  par  des  argu- 
ments positifs  et  négatifs.  Jusqu'ici,  on  avait  généralement  admis  que  c'était 
l'alphabet  le  plus  compliqué  qui  était  sorti  du  plus  simple,  ou  bien  que  tous  deux 
provenaient  d'un  alphabet  antérieur,  formé,  comme  le  plus  court,  de  16  signes, 
et  qui  à  son  tour  serait  dérivé  du  latin.  Dans  cette  hypothèse,  il  faudrait  poser 
en  fait  qu'un  ancien  alphabet  de  16  signes,  dont  toute  trace  aurait  disparu,  se 
serait  de  bonne  heure  bifurqué,  donnant  naissance  à  un  alphabet  du  Nord  qui 
aurait  conservé  l'ancien  nombre  de  1 6  signes  dont  il  n'aurait  modifié  que  par- 
tiellement la  forme  et  la  valeur,  et  d'autre  part  à  un  alphabet  du  Sud  qui  par 
l'addition  de  8  nouveaux  caractères  serait  devenu  l'alphabet  de  24  signes,  lequel 
aurait  subi  ensuite  en  Angleterre  un  accroissement  de  quelques  lettres.  Cette 
hypothèse,  remarque  M.  W.,  était  parfaitement  justifiée  tant  qu'on  voyait  dans 
la  langue  des  inscriptions  du  Nord  écrites  avec  les  24  caractères  un  dialecte 
germanique  méridional  '  ;  mais  elle  s'écroule  dès  qu'on  y  reconnaît  au  contraire 
une  simple  phase  du  dialecte  du  Nord.  M.  W.  nie  également  la  relation  qu'on 
avait  établie  entre  la  question  des  affinités  des  deux  alphabets,  des  formes  dia- 
lectales que  présentent  les  inscriptions  des  deux  genres,  et  l'hypothèse  qu'à 
l'époque  de  la  dernière  période  de  l'âge  du  fer  aurait  eu  lieu  l'immigration  d'un 
nouveau  peuple  dans  le  Nord.  Il  pense,  d'accord  en  cela  avec  Worsaae^  et  J.  E. 
Sars3,  que  cette  hypothèse  n'est  nullement  fondée.  Réservant  le  côté  linguistique 
de  la  question  pour  un  ouvrage  ultérieur,  M.  W.  se  contente  en  passant  de 
rappeler  que  l'abandon  dans  l'écriture  de  caractères  distincts  primitivement  usités 
pour  exprimer  des  sons  voisins  n'est  pas  un  fait  inouï  dans  les  fastes  de  la  gra- 
phologie. C'est  ainsi  qu'en  latin  le  C  représenta  d'abord  exclusivement  le  son  g, 
pendant  que  le  K  était  réservé  pour  la  gutturale  forte,  puis  servit  à  noter  à  la 
fois  le  g  et  le  k,  et  finalement  fut  restreint  à  la  notation  du  k,  tandis  qu'un  autre 
signe  apparaissait  pour  transcrire  le  g;  en  danois  le  d  et  le  g  aspirés  ont  cessé 
d'être  distingués  du  d  ex  du  g  simples,  le  v  et  le  w  sont  confondus  dans  l'écriture, 
bien  que  la  prononciation  continue  de  séparer  nettement  ces  divers  sons.  Enfinj 
et  c'est  là  que  gît  la  difficulté  principale,  M.  W.  cherche  à  retracer  la  route  qu'a 
suivie  l'alphabet  complet  de  24  signes  pour  devenir  celui  de  16  signes,  à  mon- 
trer les  étapes  qu'il  a  successivement  parcourues.  Je  n'hésite  pas  à  considérer 
cette  partie  comme  la  plus  brillante  de  tout  l'ouvrage.  M.  W.  avait  à  examiner 
de  bien  nombreuses  questions.  1"  Le  caractère  qui  dans  l'ancien  alphabet  exprime 


1.  L'auteur  dit  :  «  gotisk  eller  germansk ;  s  mais  j'emploie,  ici  comme  ailleurs,  les 
termes  qui  me  sont  propres ,  de  germain  septentrional  pour  désigner  le  danois ,  le  suédois 
et  le  norvégien,  et  de  germain  méridional  pour  désigner  l'allemand,  le  gothique  et  l'anglais. 

2.  Dans  ses  recherches  sur  la  population  et  la  culture  de  la  Russie  et  de  la  Scandinavie 
septentrionale  {Aarbôger,  1872,  p.  509-430). 

3.  Coup-d'œd  sur  l^ histoire  de  Norvège,  QMr'iiixdiXiVà,  1873, 


d'histoire  et  de  littérature.  2?} 

le;  est  devenu  la  lettre  a  dans  le  nouveau.  Cette  transformation  est  facile  à  ex- 
pliquer :  le  nom  ancien  du  y  était  yâra  (Jahr);  le  j  initial  tomba  dans  la  pronon- 
ciation, et  comme  il  est  de  règle  que  toute  lettre  représente  le  premier  son  du 
nom  qu'elle  porte,  on  conçoit  que  le  j  ait  pris  la  valeur  de  a.  Mais  l'ancien 
alphabet  possédait  déjà  un  signe  pour  a  et  le  nommait  ansur  (ansuz).  On  eut 
donc  pendant  quelque  temps  deux  caractères  pour  le  a,  dont  l'un  représentait 
un  a  sourd  et  nasal,  jusqu'à  ce  qu'enfin  tous  deux  furent  complètement  assimilés 
l'un  à  l'autre;  en  dernier  lieu,  le  caractère  ansur  se  prononça  o  et  reçut  en  vieil 
anglais  la  dénomination  de  âss.  M.  W.  fait  observer,  en  particulier,  comment  le 
caractère  jâra  subit  dans  la  forme  en  même  temps  que  dans  la  valeur  plusieurs 
modifications,  et  signale  2°  des  métamorphoses  analogues  pour  le  s,  le  h,  le  m, 
le  r,  altéré  du  s  faible,  et  le  k.  Ces  métamorphoses  ne  se  sont  pas  produites  d'un 
coup,  mais  ont  traversé  des  phases  intermédiaires,  et  cela  de  façons  très-diverses 
suivant  le  temps  et  le  lieu  ;  quelquefois  on  rencontre  à  côté  l'une  de  l'autre  des 
formes  différentes  du  même  caractère,  souvent  dans  la  même  inscription.  L'au- 
teur essaie  de  déterminer  approximativement  les  époques  où  se  sont  manifestés 
ces  changements  successifs,  tentative  d'autant  plus  difficile  que  l'âge  de  la  plu- 
part des  monuments  runiques  est  mal  connu.  Heureusement,  la  sûreté  des  résultats 
généraux  est  entièrement  indépendante  du  plus  ou  moins  de  certitude  de  ces 
évaluations  particulières,  j"  Le  nouvel  alphabet  a  perdu  8  lettres  anciennes  :  le 
p  et  le  eu  semblent  avoir  disparu  de  très-bonne  heure,  et  on  peut  en  dire  autant 
du  ng;  au  contraire  les  lettres  exprimant  e,  0,  g,  detw  persistèrent  plus  long- 
temps. On  peut  rendre  compte  de  la  disparition  du  g  et  du  4  par  ce  fait  qu'on 
attribua  respectivement  au  k  et  au  t,  outre  leur  valeur  propre ,  la  valeur  de  la 
gutturale  sonore  et  de  la  dentale  sonore.  Le  caractère  0  disparut  parce  que  ô  et 
0  devinrent  phonétiquement  â  et  u.  Le  caractère  e  cessa  d'être  employé  quand 
son  nom  éhwa  fut  devenu  jàr.  Enfin  la  perte  du  caractère  w,  qui  se  maintint  le 
plus  longtemps,  est  due  probablement  à  la  ressemblance  des  sons  w  et  u.  Toutes 
ces  altérations  ne  se  produisirent  naturellement,  elles  aussi,  que  peu  à  peu.  On 
ne  saurait  qu'approuver  M.  W.  d'avoir  consacré  une  attention  toute  spéciale 
aux  inscriptions  qui  présentent  des  formes  transitoires.  4"  Enfin,  trois  signes 
ont  changé  de  place  dans  l'alphabet  récent.  L'alphabet  de  24  signes  fait  précéder 
le  /  du  m;  l'alphabet  de  16  signes  intervertit  cet  ordre;  de  plus  il  rejette  en 
dernier  le  caractère  qui  exprime  le  r  correspondant  à  l'ancien  s  faible  ;  il  en 
change  d'abord  le  nom  {yr  au  lieu  de  elgr)  et  plus  tard  la  valeur  (y  au  lieu  de  r). 
L'auteur  déploie  la  plus  grande  pénétration  lorsqu'il  expose  les  raisons  qui  ont 
amené  ces  deux  modifications,  et  quand  il  montre  pourquoi,  seul  entre  tous  les 
noms  des  caractères  runiques,  le  mot  yr  finit,  au  lieu  de  commencer,  par  la 
lettre  qu'il  désigne.  Mais  il  nous  paraît  moins  heureux  lorsqu'il  tire  le  mot  yr  du 
vieil  anglais  yr,  nom  de  la  lettre  y,  et  suppose  qu'il  ne  serait  apparu  dans  le 
Nord  qu'à  une  époque  où  le  caractère  qu'il  désigne  aurait  déjà  perdu  sa  valeur 
de  r  final  et  serait  devenu  la  lettre  y. 

Dans  une  courte  conclusion,  M.  W.  s'occupe  des  destinées  ultérieures  de  l'al- 
phabet runique.  Après  que  l'alphabet  de  24  signes  se  fut  réduit  à  16,  le  besoin 


2}4  i?fl'Q*/    REVUE   CRITIQUE 

se  fit  sentir  de  distinguer  dans  l'écriture  les  sons  différents  qu'elle  confondait.  A 
partir  de  la  fin  du  x*  siècle,  on  commença  à  ponctuer  certaines  runes  ;  plus  tard 
on  en  figura  de  nouvelles.  Cet  alphabet  ainsi  amplifié  resta  longtemps  en  usage 
dans  le  peuple  à  côté  de  l'alphabet  romain  qu'employaient  les  savants,  puis  tomba 
complètement  en  désuétude  pour  faire  place  à  ce  dernier.  Pour  la  seconde  fois 
l'alphabet  latin  s'implanta  en  vainqueur  dans  le  Nord. 

Un  supplément  étendu  (p.  213-262)  est  consacré  aux  anciennes  pierres 
runiques  danoises  de  la  dernière  période  de  l'âge  du  fer,  c'est-à-dire  à  celles 
dont  l'écriture  et  la  langue  présentent  des  formes  intermédiaires.  L'abondance 
des  renseignements  que  contient  cette  partie  de  l'ouvrage  est  telle  que  je  renonce 
à  l'analyser. 

Je  ne  puis  terminer  sans  résumer  mon  opinion  sur  l'ensemble  du  livre  de 
M.  W.  Ce  livre  me  paraît  devoir  imprimer  aux  études  runiques  une  direction 
toute  nouvelle.  Sans  doute,  antérieurement  à  M.  W.,  plusieurs  savants,  et  prin- 
cipalement Kirchhoff ',  avaient  déjà  soutenu  que  l'alphabet  runique  a  son  origine 
dans  l'alphabet  latin  et  apporté  à  l'appui  de  leur  thèse  des  arguments  du  plus 
grand  poids.  Mais,  somme  toute,  ils  ne  pouvaient  résoudre  la  question  d'une 
manière  décisive,  puisqu'ils  partaient  de  l'hypothèse  que  l'alphabet  de  16  signes 
est  le  plus  ancien  ou  au  moins  le  plus  voisin  de  l'alphabet  primitif.  D'autres 
savants,  tels  que  Bredsdorfi,  Lauth,  Dyrlund,  concédaient  bien  la  possibilité  de 
faire  dériver  l'alphabet  simple  de  l'alphabet  compliqué,  ou  même  regardaient  cette 
dérivation  comme  vraisemblable  ;  mais  ils  ne  disaient  pas  de  quelle  façon  s'est  opéré 
le  passage,  et  émettaient  sur  l'origine  de  l'alphabet  primitif  les  opinions  les  plus 
erronées.  M.  W.  est,  à  mon  avis,  le  premier  qui  ait  fourni  sur  ces  deux  points  des 
données  positives,  et  qui  ait  tenté  de  résoudre  scientifiquement  le  problème  dans 
un  travail  méthodique  embrassant  la  question  sous  toutes  ses  faces  2.  Une  heu- 
reuse circonstance  me  met  en  état  de  contrôler  l'exactitude  des  résultats  variés 
auxquels  est  parvenu  M.  W.,  et  c'est  le  guide  le  plus  sûr  en  ces  matières,  M.  So- 
phus  Bugge  de  Christiania,  qui  m'en  offre  les  moyens.  Je  trouve  dans  les 
Mémoires  de  l'Académie  des  sciences  de  Christiania  pour  Vannée  1 87  j ,  condensée 
en  deux  pages  in-8°,  la  substance  d'une  communication  faite,  le  7  novembre  de 
l'année  précédente,  par  M.  Bugge,  à  la  section  d'histoire  et  de  philologie,  «sur 
))  l'origine  et  l'histoire  primitive  de  l'écriture  runique.  »  On  voit  par  la  susdite 
communication  que  ce  Maître  fait  procéder,  lui  aussi,  l'alphabet  de  16  signes  de 
celui  de  24  signes  et  qu'il  en  place  la  formation  également  dans  le  Nord;  qu'il 
tire  l'alphabet  de  24  signes  de  l'alphabet  latin  et  en  fait  le  bien  commun  de  toute 
la  famille  germanique.  Seulement,  et  c'est  là  qu'il  se  sépare  de  M.  W.,  il  ne  croit 
pas  que  les  Germains  aient  reçu  leur  alphabet  directement  des  Romains,  mais 
pense  qu'ils  ont  adopté  celui  d'une  tribu  celtique  établie  au  nord  des  Alpes  qui 

1.  Das  gothische  Kunenalphabet,  2'  éd.,  1854. 

2.  Il  ne  faut  d'ailleurs  pas  dissimuler,  pour  être  juste,  que  les  trouvailles  relativement 
récentes  (1857)  de  monuments  runiques  :  les  boucles  de  ceinturon  de  Charnay,  le  couteau 
de  la  Tamise,  ont  apporté  à  M.  W.  d'immenses  secours  dont  étaient  privés  ses  prédé- 
cesseurs. 


d'histoire  et  de  littérature.  255 

aurait  approprié  à  ses  besoins  un  ancien  alphabet  latin  modifié  par  l'influence  du 
système  étrusque  septentrional.  Personne  ne  doutera  que  les  deux  coryphées 
des  études  runiques  actuelles  n'aient  travaillé  indépendamment  l'un  de  l'autre. 
Si  donc  ils  s'accordent  sur  tous  les  points  fondamentaux  et  ne  diffèrent  que  sur 
des  points  de  détail,  nous  pouvons  saluer  dans  cet  accord  l'avènement  d'une 
vérité  nouvelle  et  déclarer  que  désormais  la  voie  est  frayée  dans  laquelle  devront 
s'engager  les  futurs  explorateurs. 

Il  ne  me  reste  plus  qu'à  souhaiter  d'avoir  réussi  à  dire  mon  avis  sur  l'excellent 
ouvrage  de  M.  W.  et  sur  les  matières  qui  y  sont  traitées  avec  toute  la  modestie 
et  toute  la  réserve  qui  convenaient  à  mon  imparfaite  compétence  du  sujet  que 

j'avais  à  aborder  ici. 

K.  Maurer. 

70.  —  Kœnig  Sigismund  und  Helnrich  dér  Fûnfte  von  England,  ein  Bel; 

trag  zur  Geschichte  der  Zeit  des  Constanzer  Concils,  von  D'  Max  Lenz.  Berlin, 
Reimer.  1874.  In-8*,  viij-215  p.  —  Prix  :  4  fr. 

L'histoire  intérieure  de  l'Allemagne,  exploitée  par  de  nombreux  historiens, 
présente  de  moins  en  moins  des  sujets  restreints  que  puisse  traiter  avec  fruit 
un  débutant  dans  la  science,  qui  n'a  ni  le  temps  ni  les  moyens  de  pénétrer  dans 
les  archives  et  d'y  chercher  des  sources  inédites.  Aussi  pouvons-nous  observer, 
depuis  quelque  temps  déjà,  que  l'attention  des  jeunes  écrivains  allemands  se  porte 
de  préférence  sur  l'histoire  des  relations  extérieures  de  leur  pays,  moins  bien 
connues,  et  que  la  richesse  de  la  plupart  des  bibliothèques  universitaires  d'Alle- 
magne permet  d'étudier  sur  place,  sans  voyages  au  dehors.  Le  présent  volume 
est  un  des  plus  intéressants  parmi  les  travaux  de  ce  genre  qui  ont  paru  dans 
les  dernières  années.  C'est  un  début  :  on  le  sent  à  une  certaine  prolixité,  à 
la  minutie  avec  laquelle  l'auteur  s'arrête  à  des  points  secondaires.  Mais  si  je 
signale  ces  longueurs  et  si,  pour  tout  dire,  l'étendue  du  travail  ne  me  semble 
aucunement  en  rapport  avec  les  résultats  obtenus,  il  serait  injuste  de  ne  pas 
constater  aussi  le  soin  avec  lequel  M.  L.  a  dépouillé  les  sources  anglaises, 
encore  très-peu  connues  et  utilisées  chez  nous,  du  règne  de  Henri  V,  les  histo- 
riens français  et  bourguignons,  et  de  ne  pas  dire  que  son  travail  nous  montre 
sous  un  aspect  nouveau  la  politique  allemande  et  anglaise  à  l'égard  de  la  France, 
dans  les  années  1414  a  1420.  L'introduction  de  l'ouvrage  traite  des  sources;  il 
y  est  surtout  parlé  de  la  Chronique  d'Eberhard  Windecke,  que  l'auteur  regarde 
comme  une  autorité  surfaite.  Windecke  a  bien  été  le  serviteur  de  Sigismond  et 
l'accompagnait  dans  ses  voyages  en  France  et  en  Angleterre  ;  mais  il  n'a  rédigé 
ou  dicté  son  récit  que  bien  des  années  plus  tard,  et  ses  erreurs  nombreuses  lui 
enlèvent  beaucoup  de  l'autorité  qu'on  réclame  souvent  pour  lui.  Parmi  les  sources 
françaises  c'est  surtout  sur  la  narration  du  Religieux  de  Saint-Denys  que  s'appuie 
notre  auteur.  Les  Foedera  de  Rymer  et  diverses  chroniques  récemment  publiées 
dans  les  Scripîores  Remm  Anglïcamm  forment  le  principal  appoint  à  cette  étude 
préliminaire. 

Les  deux  premiers  chapitres  contiennent  le  récit  des  négociations  entamées 


236  "'"""     REVUE   CRITIQUE 

par  Sigismond  d'Allemagne  avec  Charles  VI  et  Henri  V,  à  partir  de  141 1.  Par 
les  traditions  de  sa  famille,  l'empereur  était  lié  aux  Valois.  Son  grand-père,  Jean 
de  Bohème,  était  mort  à  Crécy  ;  son  père,  Charles  IV,  avait  été  blessé  dans  la 
même  bataille.  La  France  n'avait  point  oublié  ces  services;  c'est  grâce  surtout 
à  la  chevalerie  française  que  Sigismond  put  essayer  d'arrêter  à  Nicopolis,  en 
1399,  le  torrent  de  l'invasion  musulmane.  Il  semblait  donc  devoir  continuer  à 
son  tour  les  relations  paternelles.  En  juin  14141!  signait  en  effet  un  traité  d'al- 
liance avec  Charles  VI  et  tous  les  princes  français;  mais  en  même  temps  ses 
intrigues  pour  une  alliance  directement  hostile  à  la  France  avaient  commencé 
déjà  par  l'intermédiaire  d'un  envoyé  du  roi  d'Angleterre,  Hartung  van  Clux. 
Quelle  était  la  raison  d'une  duplicité  pareille?  M.  L.  pense  qu'il  songeait  peut- 
être  à  profiter  du  démembrement  de  la  France,  attendu  des  victoires  de  Henri  V, 
pour  obtenir  le  royaume  d'Arélat  dont  ses  prédécesseurs  avaient  porté  la  couronne 
(p.  57).  Peut-être  aussi  ne  se  laissa-t-il  entraîner  que  peu  à  peu  à  trahir  ses 
premières  promesses  ' .  Le  traité  que  nous  citions  plus  haut  est  de  1 4 1 4  ;  mais 
ce  n'est  qu'après  Azincourt  que  Sigismond  poussa  jusqu'à  Paris,  dans  le  cours 
de  son  voyage,  officiellement  entrepris  pour  rétablir  la  paix  générale  dans  la 
chrétienté,  à  la  demande  du  concile  de  Constance.  Il  y  vit  naturellement  les 
affaires  de  notre  pays  dans  le  plus  grand  désarroi,  et  lorsqu'il  eut  passé  la  mer, 
Henri  V  lui  représenta  sans  doute  le  profit  qu'il  aurait  à  s'allier  au  vainqueur. 
C'est  alors  que  l'empereur  signa  avec  lui  le  traité  de  Cantorbéry,  en  août  141 6, 
par  lequel  les  deux  monarques  se  liguaient  contre  la  France  ^  En  effet,  Sigis- 
mond, de  retour  à  Constance  en  avril  1417,  déclarait  la  guerre  à  Charles  VI. 
Mais  il  ne  prit  aucune  part  sérieuse  à  la  lutte  entre  la  France  et  l'Angleterre, 
les  troubles  des  Hussites  ayant  éclaté  bientôt,  absorbant  toute  son  attention  et 
toutes  ses  ressources.  En  réalité  cette  alliance  anglo-germanique  ne  porta  de 
fruits  que  sur  le  terrain  ecclésiastique,  à  Constance  même,  en  déplaçant  la 
majorité  du  concile.  Jusqu'alors  les  Français,  les  -Allemands  et  les  Anglais 
avaient  travaillé  de  concert  à  réformer  les  abus  de  l'Église  et  de  la  papauté. 
M.  L.  montre  en  détail  et  non  sans  arguments  sérieux,  ce  me  semble,  que  depuis 
le  moment  de  la  coalition  des  deux  souverains  la  nation  française  au  concile 
passa  du  côté  des  Italiens  et  des  Espagnols,  et  par  esprit  d'opposition  patriotique 
(mal  entendu,  sans  doute)  empêcha  les  réformes  désirées  de  s'accomplir.  Le 
seul  résultat  pratique  du  traité  de  Cantorbéry  fut  donc  de  détruire  les  espérances 
fondées  par  la  chrétienté  sur  la  grande  assemblée  œcuménique  de  1414.  Les 
deux  alliés  parvinrent  aussi  à  empêcher  l'exaltation  au  saint-siége  du  cardinal 
Pierre  d'Ailly,  qui  jusque-là  semblait  avoir  le  plus  de  chances,  et  ils  réussirent 
à  faire  nommer,  grâce  au  concours  des  Italiens,  Othon  de  Colonna  qui  prit  le 

1 .  Pour  ma  part',  le  caractère  bien  connu  de  Sigismond  me  fait  pencher  vers  cette 
seconde  alternative. 

2.  M.  L.  me  semble  écarter  avec  raison  la  tradition  historique,  consignée  par  certams 
chroniqueurs,  qui  nous  représentent  Sigismond  signant  ce  traité  par  peur,  privé  des  moyens 
de  quitter  librement  l'Angleterre,  puisque  le  comte  de  Hollande  était  parti,  emmenant  les 
vaisseaux  qui  avaient  escorté  l'empereur. 


d'histoire  et  de  littérature.  2J7 

nom  de  Martin  V.  Mais  ce  fut  une  singulière  victoire ,  où  les  antipathies  natio- 
nales l'emportèrent  encore  une  fois  sur  les  opinions  ecclésiastiques,  puisqu'en 
définitive  ils  combattaient  dans  cette  élection  les  principes  qu'ils  avaient  soutenus 
tout  d'abord. 

C'est  la  combinaison  de  ces  deux  séries  de  faits,  peu  étudiés  dans  leur  en- 
semble par  les  nombreux  historiens  du  concile  de  Constance,  qui  donne  à  l'étude 
de  M.  L.  un  intérêt  particulier.  Autant  qu'on  peut  asseoir  un  jugement  sur  les 
documents  bien  clair-semés  dont  nous  disposons  jusqu'à  ce  jour,  je  ne  vois  point 
quelles  objections  on  pourrait  faire  à  ces  développements  historiques.  Çà  et  là 
l'auteur  est  forcément  entré  dans  le  domaine  de  l'hypothèse,  mais  on  doit  dire, 
.à  sa  décharge,  qu'au  moins,  chez  lui,  l'hypothèse  est  toujours  plausible  '. 

Rod.  Reuss. 


71.  —  Les  Souspirs  d'Olivier  de  Magny,  texte  original,  avec  notice  par  E. 
Courbet.  Paris,  Lemerre.  1874.  In- 12  écu  (sur  papier  de  Hollande)  de  xxiij-i2j.  p. 

—  Prix  :  5  fr.  ;j!b>a  W  i  ,1  jî)  .ki!f;5i;^t)i?p.é^(ttfO 

Ce  délicieux  petit  volume  met  un  critique  dans  un  grand  embarras  :  On  a  beau 
l'examiner  de  près,  de  très-près,  et  même  avec  une  loupe  des  plus  grossissantes; 
on  n'y  découvre  aucune  tache.  Admirablement  imprimé  par  Perrin,  le  recueil 
de  1874  reproduit  avec  une  exactitude  minutieuse  le  recueil  de  1 557.  Rien  ne 
différencie  les  176  sonnets  publiés  par  Vincent  Sertenas  des  176  sonnets  publiés 
par  M.  Lemerre,  et  il  semble  que  M.  Courbet  se  soit  dit  :  Tu  n'ajouteras  ni  ôteras 
un  iota.  La  notice  dont  cet  habile  érudit  a  fait  précéder  les  Souspirs  n'est  pas 
moins  irréprochable  que  le  texte.  Ce  texte  y  est  analysé  et  apprécié  avec  goût, 
avec  justesse,  avec  sobriété.  M.  C.  s'élève  tout  d'abord  contre  l'opinion  de  ceux 
qui,  sur  la  foi  du  titre,  ont  cru  que  les  Souspirs  sont  «  un  recueil  de  plaintes  sen- 
»  timentales,  de  lamentations  amoureuses.  »  Non,  01.  de  Magny  n'est  point, 
dans  ce  livre,  un  tourtereau  qui  nous  fait  entendre  de  monotones  roucoulements  : 
c'est  bien  plutôt  un  pinson  au  chant  joyeux,  volant  de  branche  en  branche,  en- 
traîné un  peu  partout  par  sa  vivacité.  «  Il  allait,  »  dit  (p.  x)  M.  C,  «  droit 
»  devant  lui,  s'exprimant  en  liberté  sur  tout  ce  qu'il  sentait  comme  sur  tout  ce 
»  qu'il  voyait,  tantôt  poussé  par  l'amour,  tantôt  emporté  par  la  satires  »  On 
lira  avec  intérêt  les  détails  que  contient  la  Notice  sur  le  séjour  du  poète  à  Rome 
(i  5  54-1 5  57),  séjour  pendant  lequel  il  composa  les  Souspirs,  pleins  de  renseigne- 
ments précieux  relatifs  à  l'Italie;  sur  ses  relations  avec  son  compatriote  et  pre- 
mier protecteur,  Hugues  Salel,  abbé  de  Saint-Chéron ,  le  traducteur  de  Viliade, 
et  avec  son  second  protecteur,  Jean  de  Saint-Marcel,  seigneur  d'Avanson, 

1.  Je  voudrais  seulement  que  M.  L.  nous  donnât  un  peu  plus  souvent  les  citations  des 
textes  sur  lesquels  il  s'appuie.  Quand  on  aborde  un  terrain  aussi  mouvant  et  qu'on  le  par- 
court le  premier,  de  nomljreux  renvois  sont  absolument  nécessaires. 

2.  Rapprochons  de  ce  passage  les  conclusions  de  la  Notice  (p.  xxiij)  :  «  Les  Souspirs 
»  constituent  un  livre  éminemment  curieux.  L'auteur  porté  par  nature  à  une  excessive 
»  liberté,  n'a  subi  aucune  contrainte.  Il  s'est  abandonné  à  tous  les  caprices  de  son  inspi- 
ration, sans  gâter  son  œuvre,  qui  n'offre  pas  moins  de  beautés  que  de  bizarreries.  » 


«.•^S  '    '^         REVUE  CRITIQUE 

«  maistre  des  requestes  de  la  maison  du  Roi  et  le  Mécène  de  ce  temps-là  '  ;  » 
sur  les  événements  politiques  auxquels  fut  mêlé  le  secrétaire  de  cet  ambassadeur 
à  Rome,  événements  dont  on  retrouve  l'histoire  dans  les  transparentes  allusions 
de  ses  vers;  enfin  sur  ses  amours  avec  Louise  Labé,  amours  entrevues  par 
M.  Turquety,  admises  par  M.  Sainte-Beuve,  et  qui,  grâce  aux  ingénieuses 
recherches  de  M.  C,  paraissent  aussi  certaines  que  peuvent  l'être  jamais,  à  la 
distance  où  nous  en  sommes,  des  choses  de  ce  genre.  Le  soin  avec  lequel  toute 
la  notice  est  rédigée  donne  d'avance  la  plus  favorable  idée  de  ce  «Glossaire  index 
»  où  seront  présentées  dans  un  ordre  régulier  les  notes  de  toute  nature  qu'un 
»  ouvrage  en  un  seul  volume  comporterait  logiquement  à  sa  suite  ^,  »  travail  qui 
doit  accompagner  le  volume  des  Amours,  dont  la  publication  suivra  celle  des 
Odes.  Que  M.  C,  encouragé  par  le  succès  de  son  édition  des  Gayeîezi  et  par  le 
succès  non  moins  rapide  réservé  à  son  édition  des  Souspirs ,  mette  bientôt  dans 
nos  mains  les  deux  autres  recueils  de  Magny  I  Tous  les  vrais  lettrés  sont  impa- 
tients de  posséder,  en  une  si  fidèle  et  si  ravissante  édition,  la  série  des  œuvres 
complètes  de  l'ami  de  J .  Du  Bellay,  et  cette  impatience  n'est  pas  moins  provo- 
quée par  la  fine  érudition  du  commentateur  que  par  le  gracieux  talent  du  poète. 

T.  DE  L. 


SOCIÉTÉS  SAVANTES. 

ACADÉMIE   DES   INSCRIPTIONS   ET   BELLES-LETTRES. 

Séance  du  i  avril  1875. 

Le  ministre  de  l'instruction  publique  transmet  à  l'académie  un  décret  qui 
approuve  l'élection  de  M.  Ernest  Desjardins.  M.  Desjardins  est  introduit  et 
prend  place. 

Le  ministre  envoie  encore  : 

1°  Une  lettre  de  M.  Albert  Dumont  qui  donne  des  détails  sur  les  travaux  des 
membres  de  l'école  archéologique  placée  sous  sa  direction  à  Rome; 
,,    2°  Une  notice  sur  les  statues  récemment  découvertes  à  Aptéra  en  Crète, 
écrite  par  le  gérant  du  consulat  de  France  à  la  Canée,  et  transmise  par  le  mi- 
nistère des  affaires  étrangères. 

M.  Dumas,  secrétaire  perpétuel  de  l'académie  des  sciences,  envoie  un 
exemplaire  du  fac  simile  d'un  document  relatif  à  la  découverte  de  l'Australie 
par  les  Portugais,  dont  plusieurs  exemplaires  lui  ont  été  adressés  par  le  ministre 
du  Portugal. 


1.  Pourquoi  le  Mklne?  c'est  bien  exclusif.  Un  des  Médnes  aurait  suffi.  M.  C.  le  sait 
aussi  bien  que  personne,  le  cardinal  d'Armagnac  et  le  cardinal  deTournon,  pour  ne 
nommer  que  ces  deux  personnages,  partagèrent  avec  d'Avanson  la  gloire  de  combler  de 
bienfaits  les  poètes,  les  savants  et  les  artistes. 

2.  Les  Gayetez  d'Olivier  de  Magny,  1871.  Avertissement,  p.  vij. 

<i-  3 .  Cette  édition  est  épuisée.  On  n'a  pas  oublié  les  éloges  qui  lui  ont  été  donnés  ici 
(ij  avril  1872,  t.  VI,  p.  228-229). 


d'histoire  et  de  littérature.  2J9 

M.  Hauréau  lit  un  mémoire  sur  les  récits  d'apparitions  dans  les  sermons  du 
moyen  âge.  Ce  fut  un  procédé  habituel  des  prédicateurs,  au  1 3®  siècle  surtout, 
de  raconter  qu'un  personnage  connu  pour  s'être  livré  au  péché  qu'ils  combat- 
taient était  apparu  sur  la  terre  après  sa  mort  et  avait  révélé  les  peines  qu'il 
souffrait  au  purgatoire.  M.  Hauréau  a  réuni  dans  ce  mémoire  un  grand  nombre 
de  ces  récits  d'apparitions  :  on  ne  peut  ici  qu'en  citer  quelques  exemples.  Plu- 
sieurs sont  inspirés  par  l'idée  de  la  vanité  de  la  science  :  telle  est  la  légende  de 
l'apparition  d'Aristote  à  un  de  ses  disciples,  qui  en  le  voyant  lui  demanda  : 
«  Qu'est-ce  que  l'espèce,  qu'est-ce  que  le  genre  ?»  —  «  Demande  plutôt,  dit 
»  Aristote,  ce  que  c'est  que  de  souffrir  et  de  ne  point  souffrir.  »  Telle  est  aussi 
l'histoire  d'un  professeur  de  Paris,  M^  Serlon,  qui  abandonna  l'étude  pour  la 
vie  monastique  quand  il  eut  su  les  peines  que  souffrait  au  purgatoire  un  de  ses 
anciens  amis,  autrefois  maître  à  Paris  comme  lui  :  il  le  vit,  quelques  jours  après 
sa  mort,  revêtu  d'une  chape  formée  de  feuilles  de  parchemin  couvertes  d'écri- 
ture ;  le  mort  lui  dit  que  sur  ces  parchemins  étaient  écrits  tous  les  sophismes  et 
les  vains  arguments  dont  il  avait  coutume  de  faire  gloire,  et  que  le  poids  en 
était  si  lourd  qu'il  eût  mieux  aimé  avoir  à  porter  la  tour  de  l'église  voisine. 
Tantôt  on  employa  les  récits  d'apparition  pour  soutenir  une  doctrine  théologi- 
que; ainsi  l'on  fit  revenir  S.  Bonaventure  et  S.  Bernard  du  purgatoire  pour 
raconter  les  tortures  qu'ils  y  souffraient  en  punition  d'avoir  combattu  la  doctrine 
de  l'immaculée  conception.  Tantôt  on  s'en  servit  pour  flétrir  la  négligence  des 
prêtres  à  remplir  certains  devoirs,  tels  que  celui  de  chanter  les  offices.  Un  prêtre 
de  Sens,  disait-on,  vit  au  purgatoire  une  multitude  de  clercs  chargés  de  sacs 
dont  le  poids  les  écrasait  :  ces  sacs  contenaient  les  syllabes  que  chacun  d'eux 
avait  passées  en  chantant  les  psaumes,  pour  que  l'office  fût  plus  vite  fini.  Il  y 
avait  des  récits  analogues  à  l'appui  de  l'obligation  de  prier  pour  les  morts,  de  la 
défense  faite  aux  moines  de  rien  posséder  en  propre  :  un  moine  ayant  reçu  des 
souliers  neufs  cache  les  vieux  souliers  sous  son  lit  pour  les  donner  à  son  père  ; 
il  meurt  peu  de  temps  après  ;  son  âme  apparaît  à  un  autre  moine  son  ami  et  lui 
révèle  le  châtiment  qu'elle  subit  pour  cette  violation  du  vœu  de  pauvreté;  elle 
n'est  délivrée  que  quand  l'ami  est  allé  chercher  les  souliers  cachés  et  les  a  rendus 
au  couvent.  On  employa  encore  la  même  arme  contre  l'ambition  des  clercs 
séculiers,  contre  le  népotisme,  la  simonie,  la  pluralité  des  bénéfices,  etc.  M.  Hau- 
réau fait  remarquer  la  grande  liberté  de  langage  à  l'égard  des  personnes  qui 
paraît  dans  tous  ces  récits  (dont  les  personnages  sont  souvent  des  personnages 
historiques  connus)  comme  au  reste  en  général  dans  les  sermons  du  moyen  âge. 
On  ignorait  alors,  dit-il,  l'art  de  blâmer  sans  injurier. 

M.  Derenbourg  fait  remarquer  qu'un  grand  nombre  de  récits  analogues  à 
ceux  qu'a  cités  M.  Hauréau  se  rencontrent  dans  les  écrits  cabalistiques. 

M.  Wallon,  secrétaire  perpétuel  de  l'académie,  donne  lecture  de  plusieurs 
extraits  des  procès  verbaux  des  séances  de  l'académie  des  beaux  arts,  relatifs  à 
la  proposition  faite  par  la  commission  administrative  de  l'institut  d'adopter  un 
type  nouveau  pour  la  tête  de  Minerve  gravée  sur  les  médailles  et  sur  les  papiers 
de  l'institut.  L'académie  des  beaux  arts,  à  laquelle  avait  été  renvoyée  la  question, 


240  REVUE   CRITIQUE    D'HISTOIRE    ET    DE    LITTÉRATURE. 

a  décidé  qu'il  y  avait  lieu  de  substituer  au  type  actuel  une  copie  de  la  Pallas  de 
Velletri,  et  d'ouvrir  un  concours  pour  l'exécution  de  cette  copie.  Cette  résolution 
est  maintenant  soumise  à  l'examen  des  diverses  académies.  La  question  parais- 
sant être  de  la  compétence  de  l'institut  entier  réuni  en  assemblée  générale,  et 
comme  d'ailleurs  il  n'appert  pas  par  qui  l'académie  des  inscriptions  en  est  main- 
tenant saisie,  l'académie  passe  à  l'ordre  du  jour. 

Ouvrages  déposés  sur  le  bureau  : 

Recueil  des  historiens  des  croisades,  publié  par  les  soins  de  l'académie  des 
inscriptions  et  belles  lettres  :  historiens  grecs,  t.  i*^"";  Paris,  1875,  î°.  MM.  Hase, 
Alexandre  et  Miller  ont  successivement  travaillé  à  ce  volume. 

C.  Defrémery,  Examende  la  nouvelle  édition  de  No'cl  du  Fail  (extr.  de  la  Revue 
critique). 

C.  Jourdain,  Un  compte  de  la  nation  d^ Allemagne  à.  l'université  de  Paris  (extr. 
des  mémoires  de  la  Soc.  de  l'hist.  de  Paris  et  de  l'Ile  de  France). 

Mittheilungen  der  deutschen  Gesellschaft  fiir  Natur-  und  Vôlkerkunde  Ostasien's 
hrgg.  V.  dem  Vorstande,  6  tes  Heft,  Dec.  1 874  :  Yokohama,  Buchdrucherei  des 
«  Écho  du  Japon  »,  4°. 

M.  de  Witle  présente  le  premier  cahier  d'une  nouvelle  publication  dirigée  par 
M.  Fr.  Lenormant  et  intitulée  Gazette  archéologique.       i-Jv^-î  îfti  no'l  knh:  -si-mj 

M.  Heuzey  présente  V Annuaire  et  les  Monuments  gréa  publiés  par  l'association 
pour  l'encouragement  des  études  grecques  en  France  (année  1874). 

M.  Lenormant  continue  la  lecture  de  son  mémoire  sur  la  langue  accadienne. 
Il  s'attache  à  établir  les  preuves  de  la  lecture  phonétique  des  pronoms  personnels 
de  cette  langue. 

;Gaq  £«.!  ,      Julien  Havet. 


LIVRES  DÉPOSÉS  AU  BUREAU  DE  LA  REVUE. 

Le  Père  Cahier,  Nouveaux  Mélanges  d'archéologie,  d'histoire  et  de  littérature  sur  le 
Moyen-Age.  Décorations  d'églises  (Paris,  Didot).  —  Chappell,  The  History  of  Music. 
Vol.  I  (London,  Chappell  and  Co.).  —  Duruy,  Histoire  des  Romains,  tomes  III  et  IV 
(Paris,  Hachette).  —  Von  Libloy,  Der  Socialismus  und  die  Internationale  nach  ihren 
hervorragenden  Erscheinungen  in  Literatur  und  Leben  (Leipzig,  Koschny).  —  Luchaire, 
Du  mot  basque  IRI  et  de  son  emploi  dans  la  composition  des  noms  de  lieux  (Pau, 
Ribaut).  —  Reuter,  Geschichte  der  religiœsen  Aufklasrung  im  Mittelalter.  Bd.  I.  (Ber- 
lin, Hertz).  —  RossBACH,  Geschichte  der  Gesellschaft.  VII.  Th.  (Wùrzburg,  Stuber). 
—  Storm,  Sagnkredsene  om  Karl  den  Store  og  Didrik  af  Bern  (Kristiania,  Mailing). — 
SuMNER  Maine,  Lectures  on  the  early  History  of  Institutions  (London,  Murray).  — 
The  Rights  of  Women  (London,  Trûbner). 


Le  propriétaire-gérant  :  F.  VIEWEG. 


Nogent-le-Rotrou,  imprimerie  de  A.  Gouverneur. 


II  du  VI*  vol.  des  Grammatici  latini  :  éd.  digne  de  l'auteur).  —  E.  Schmidt, 

i'JReinmar  von  Hagenau  und  Heinrich  von  Rugge.  Strassburg,  Trubner  (alors 

'îmême  qu'on  peut  différer  avec  l'auteur  sur  beaucoup  de  points  essentiels,  il  faut 

reconnaître  qu'il  apporte  une  utile  contribution  à  l'histoire  de  la  poésie  allemande 

du  moyen-âge).  —  Benecke,  Wœrterbuch  zu  Hartmann's  Iwein.  2.  Ausg.  v. 

WiLKEN.   Gœttingen,  Dieterich.   ln-8",  viij-591   p.  (il  est  regrettable  que  les 

■  renvois  se  rapportent  seulement  aux  pages  et  n'indiquent  pas  les  lignes,  et  que 

toutes  les  variantes  n'aient  pas  été  données).  —  Schuchard,  Ritornell  und  Ter- 

zine.   I.  Th.   Halle,  Lippert.  In- 4»,  iv-66  p.  (excellente  étude).  —  Bernard, 

William  Langland.  A  grammatical  treaiise.  Bonn,  Strauss.  In-8",  94  p. 

•■''  The  Indian  Antiquary,  éd.  by  Jas.  Burgess.  Part  XXXIX  (vol.  IV), 
february  1875.  Sketch  of  Sabaean  Grammar  (E,  Rehatsek,  Jin).  —  Archaeolo- 
gical  Notes.  II.  Snake-Stones.  III.  Corpse-Candles  and  Will  -0'-  the  Wisps 
(M.  J.  Walhouse).  —  Kalhât  in  S.  E.  Arabia  (Major  S.  B.  Miles).  —  Munda- 
Kolh  Wedding  Songs,  from  the  German  of  the  Rev.  Th.  Jellinghaus.  —  Bengali 
Folklore  (G.  H.  Damant).  —  The  Author  of  the  Pâialachhî  (J.  G.  Bùhler).— 
Miscellanea  and  Correspondence.  Hinduism  and  Révélation.  —  The  ToUs  on  Goaïl 
Hât.  —  Query  :  «  Lada  Lippee.  »  —  Notices  of  Books.  Pantchatantra,  Bombay 
Sanskrit  Séries..— ,T9lb.çyisWbepler's,  ti^sjlp^y.pf  Irv^i^,  vqI.  J,H  (cf.  R/v.^crz|., 

01875,  h  p.   l6l),[l-id-^i?.)  §iud.M:jV/      !   .q  8vi    /8-pI  '.3r,Kq2   é'  jjvb  ùoih'al'^: 


.;l(^.na 


BULLETIN    BIBLIOGRAPHIQUE 


DES  PRINCIPALES   PUBLICATIONS   FRANÇAISES   ET    ÉTRANGÈRES. 


AVIS.  — *  On  peut  se  procurer  à  la  librairie  A.  Franck  tous  les  ouvrages 
annoncés  dans  ce  bulletin ,  ainsi  que  ceux  qui  font  l'objet  d'articles  dans  la 
Revue  critique.  Elle  se  charge  en  outre  de  fournir  très-promptement  et  sans 
frais  tous  les  ouvrages  qui  lui  seront  demandés  et  qu'elle  ne  posséderait  pas  en 
magasin. 


.AncMeta  (J.  de).  Arte  de  grammatica  da 
r.  lingua  mais  usada  na  Costa  do  Brasil, 
n  novamente  dado  a  luz  por  J.  Platzmann. 
-;;j  xij-82  p.  Leipzig  (Teubner).      10  fr.  75 

^Bachelet  (T.).    Histoire   contemporaine 

1  ;,  (j*  partie  de  l'histoire  de  France).  Gr. 

in-i8,  332  p.  Pasis  (Cpurcier).  3  fr.  50 

''Begemann  (W.).  Zur  Bedeutung  des 
schwachen  Praeteritums  der  german. 
Sprachen.  Ergaenzung  zu  d.  Verf.  Schrift. 
Das  schwache  Praeteritum  d.  german. 
Sprachen.  In-8*,  lij-192  S.  Berlin  (Weid- 
mann).  6  fr.  75 

Berlan  (F.).  Studi  storico-critici  sugli 
statuti  di  Pistoia  del  secolo  XII.  Fasc. 
I.  In-S",  xij-6o  p.  Pistera  (tip.  Rossettij. 

Bignon  (J.).  Traité  de  l'élection  du  Pape. 
In-8%  v-n9  p.  et  4  pi.  Paris  (Jouby  et 
Roger). 

Bouche.  Le  Dahomey,  In-8%  24  p.  Paris 

(imp.  Martinet). 


Boutiot  (T.).  Notes  sur  les  justices  sei- 
gneuriales de  la  ville  et  des  faubourgs  de 
Troyes.  In-8°,  31  p.  Troyes  (irap.^Du- 
fbur-Bouquet).      MftyîH  .j.^î  .A.  *ioT 

Catalogue  méthodique  de  là  Bibliothèque 
publique  de  la  ville  de  Nantes  par  E. 
Péhant.  6«  vol.  Histoire  (suite  et  fin). 
Polygraphie.  Nouvelles  acquisitions.  In- 
8*,  xij-680  p.  Nantes  (imp.  Forest  et 
Grimaud). 

Chanson  (la)  du  chevalier  au  Cygne  et  de 
Godefroid  de  Bouillon;  publiée  par  C. 

-  Hippeau.  i"  partie  :  Le  Chevalier  au 
Cygne.  In-8',  viij-268  p.  Paris  (Aubry). 

8  fr. 

Clouet  (C).  Invasions  des  Normands  dans 
le  Berry.  Histoire  et  conjectures.  Origine 
probable  de  Vierzon.  In-8*,  45  p.  Bourges 
(imp.  Veret). 

Delaunay  (F.).  Moines  et  Sybilles  dans 
l'antiquité  judéo-grecque.  2'  édit.  In- 12, 
xix-403  p.  Paris  (Didier  et  C^).  3  fr.  50 


Desjardins  (E.).  Les  sciences  géogra- 
phiques en  France  et  à  l'étranger.  In-8*, 
23  p.  Paris  (imp.  Claye). 

Dureau  (A.).  Notes  sur  les  sépultures  en 
forme  de  puits  et  les  excavations  ana- 
logues. In-S",  23  p.  et  2  pi.  Angers  (imp. 
Lachèse,  Belleuvre  et  Dolbeau). 

Gambini  (C).  Vocabulario  pavese  italiano 
con  aggiunta  di  una  série  ai  vocaboli  pa- 
vesi-italiana  che  del  tutto  tra  di  loro 
diversificano.  In-8".  Como  (Tip.  Nazio- 
nale). 

Gelmetti  (L.).  La  lingua  pariata  di  Fi- 
renze  e  la  lingua  letteraria  d'Italia  :  studio 
comparativodeilaquestione.  In- 16, 344  p. 
Milano  (Battezzati).  4  fr.  50 

Holtzmann  (A.).  Deutsche  Mythologie. 
Vorlesgn.  Hrsg.  v.  A.  Holder.  In-8*, 
viij-308  S.  Leipzig  (Teubner).   10  fr.  7$ 

Jannet  (C).  Les  Institutions  sociales  et 
le  droit  civil  à  Sparte.  In-8',  1 58  p. 
Paris  (Durand  et  Pedone-Lauriel). 

Lefmann  (S.).  Lalita  Vistara.  Erzaehlung 
V.  dem  Leben  u.  der  Lehre  d.  Çâkya 
Simha.  Aus  dem  Original  d.  Sanskrit  u. 
d.  Gâthâdialects  zu  erst  im  deutsche 
ùbersetzt  u.  m.  sach.  Erklaergn.  versehen. 
I.  Lief.  In-8*,  viij-22  i  S.  Berlin  (Dùmm- 
ler).  1 2  fr. 

Matscheg  (A.).  Cesare  ed  il  suo  tempo. 
Storia  critica.  2a  ediz.  In-16,  xvj-560  p. 
Firenze  (Barbera).  5  fr. 

Mira  (G.  M.).  Bibliografia  siciliana  ovvero 
Cran  dizionario  délie  opère  édite  ed  iné- 
dite antiche  e  moderne,  di  argomento 
siciliano,  stampate  in  Sicilia  e  fuori.  In- 
4%  p.  273-392.  Palermo  (tip.  Gaudiano). 

Pott  (A.  F.).  Etymologische  Forschungen 
auf  dem  Gebiete  der  indogermanischen 
Sprachen  unter  Berûcksicht.  ihrerHaupt- 
formen  Sanskrit;  Zend-Persich  ;  Grie- 
chisch-Lateinisch,  etc.  2.  Aufl.  in  vœllig 
neuer  Umarbeitg.  A,  u.  d.  T.:  Wurzel- 
Wœrterbuch  der  indo-german.  Sprachen. 
S.  Bd.  Wurzeln  auf  labiale  Mutae.  In-8*, 
lxxix-433  S.  Detmold(Meyer).  13  fr.  35 
Les  volumes  i  à  5.  120  fr.  75 

Principali  (I)  Monument!  del  Museo 
archeologico  di  Milano  nel  Palazzo  di 
Brera.  In-8°,  8  p.  Milano  (tip.  degli  In- 
gegneri). 

Queux  de  Saint-Hilaire  (de).  Le  livre 
des  cent  ballades,  contenant  des  conseils 
à  un  chevalier  pour  aimer  loialement  et 


les  réponses  aux  ballades,  publié  d'après 
les  manuscrits  de  la  Bibliothèque  de  Paris 
et  de  la  bibliothèque  de  Bourgogne  de 
Bruxelles  avec  une  introduction,  des  notes 
historiques  et  un  glossaire.  Complément. 
In-8*,  xxiv-19  p.  Paris  (Maillet  et  G'). 

Robert  (P.-C.).  Mélanges  de  numisma- 
tique. I"  et  2'  fascicules.  Avec  5  pi. 
In-8',  45  p.  Paris  (imp.  Pillet). 

Rûckert  (F.).  Grammatik,  Poetik  und 
Rhetorik  der  Perser.  Nach  dem  7.  Bd. 
d.  Heft  Kolzum  dargestellt.  Neu  hrsg.  v. 
W.  Pertsch.  In-8',  xx-414  S.  Gotha 
(F.  A.  Perthes).  32  fr. 

Saulcy  (F.  de).  Note  sur  des  projectiles 
à  main,  creux  et  en  terre  cuite,  de  fabri- 
cation arabe.  In-8*,  19  p.  Nogent-Ie- 
Rotrou  (imp.  Gouverneur). 

Schanz  (M.).  Studien  zur  Geschichte  d. 
Platonischen  Textes.  In-8*,  iv-88  S. 
Wurzburg  (Stahel).  6  fr.  50 

Terninck  (A,)-  Essai  sur  l'industrie  gallo- 
romaine  en  Attrébatie.  T.  2.  In-S», 
180  p.  Arras  (imp.  V'  Brissy). 

Études  sur  l' Attrébatie  avant  le  VI'  s. 

In-8°,  180  p.  Arras  (la  même). 

Trois  recès  inédits  des  États  de  Franche- 
Comté.  In-8°,  9!  p.  Lons-le-Saulnier 
(imp.  Gauthier  frères), 

Valerga  (P.).  Il  divano  di  Omar-ben-al 
Fàre'd  tradotto  e  paragonato  col  Canzo- 
niere  del  Petrarca.  In- 16,  174  p.  Firenze 
(tip.  Cellini  e  G.)-  3  fr.  50 

Volkmann  (R.).  Geschichte  u.  Kritik  d. 
Wolfschen  Prolegomena  zu  Homer.  Ein 
Beitrag  zur  Geschichte  der  Homerischen 
Frage.  In-8°,  xix-364  S.  Leipzig  (Teub- 
ner). 10  fr.  7J 

Wachsmuth  (C).  Die  Stadt  Athen  im 
Alterthum.  i.  Bd»  Mit  2  Taf.  In-S*, 
767  S.  Leipzig  (Teubner).         26  fr.  75 

Zaboro-wski-Moindron.  De  l'ancien- 
neté de  l'homme,  résumé  populaire  de  la 
préhistoire,  avec  préface,  tableaux,  figures, 
index.  2*  partie.  In-8*,  236  p.  Pans  (G. 
Baillière).  5  fr.  50 

Zenone  da  Pistoia.  La  pietosa  fonte  : 
poema  in  morte  di  messer  Francesco  Pe- 
trarca. Testo  di  lingua  messo  novella- 
mente  in  luce  con  giunte  e  correzioni  da 
F.  Zambrini.  In- 16,  lx-172  p.  Bologna 
(Romagnoli).  9  fr. 


Nogent-le-Rotrou.  Imprimerie  de  A.  Gouverneur. 


N*  16  Neuvième  année.  17  Avril  1875 


REVUE  CRITIQUE 

D'HISTOIRE   ET   DE   LITTÉRATURE 

RECUEIL  HEBDOMADAIRE   l'UBLIÉ  SOUS  LA  DIRECTION 

DE  MM.  C.  DE  LA  BERGE,  M.  BRÉAL,  G.  MONOD,  G.  PARIS. 


Secrétaire  de  la  Rédaction:  M.  Stanislas  Guyard. 


Prix    d^abonnement  : 

Un  an,  Paris,  20  fr.   —  Départements,  22  fr.  —  Etranger,  le  port  en  sus 

suivant  le  pays. 


PARIS 

LIBRAIRIE    A.    FRANCK 

F.    VIEWEG,    PROPRIÉTAIRE 
67,   RUE  RICHELIEU,  67 


Adresser  toutes  les  communications  à  M.  Stanislas  Guyard,  Secrétaire  de  la 
Rédaction  (au  bureau  de  la  Revue  :  67,  rue  Richelieu). 


ANNONCES 


En  vente  à  la  librairie  A.  Franck,  F.  Vieweg  propriétaire, 
67,  rue  de  Richelieu. 

BIBLIOTHÈQUE  DE  l'ÉCOLE  DES  HAUTES  ÉTUDES 

2I«  fascicule. 

1— I"V1\/T  Pvî  T7     ^    Ammon-Ra   des  papyrus  égyptiens  du  musée  de 

r~l    1    IVl  i N   L_i     Boulaq,  traduit  et  commenté   par  Eugène  Grébaut, 

avocat  à  la  Cour  d'appel  de  Paris.  22  fr. 

22^  FASCICULE. 

Lr-iç  p)!  "CTTIDÇ  ^^  Philippe.  Poème  en  vers  politiques  de 
>  1-^  O  r  l_i  JZ/  LJ  rvo  Philippe  le  Solitaire,  publié  dans  le  texte 
pour  la  première  fois,  d'après  six  mss.  de  la  Bibliothèque  nationale,  par  l'abbé 
E.  Auvray,  licenciées-lettres.  5  fr.  75 

COLLECTION    PHILOLOGIQUE    (ANCIENNE  SÉRIE) 

^e  FASCICULE. 

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9'  En  distribution  : 

.    Le  i"  numéro  1875  de  la  Romania. 


•^'^^^PÉRIODIQUES!'^^'^' 


Il      t 


The  Academy,  N*  1 51,  new  séries,  27  mars.  Owen  Legge,  Pius  IX  :  the 
Story  of  his  Life.  London,  Chapman  and  Hall  (G.  A.  Simcox).  —  Chaucer, 
The  Prioresses  Taie,  Sire  Thopas,  The  Monkes  Taie,  The  Clerkes  Taies,  etc. 
Ed.  by  W.  W.  Skeat.  Oxford,  Clarendon  Press  (F.  J.  Furnivall  :  édité  magis- 
tralement; excellente  introduction).  —  Yeatman,  An  Introduction  to  the  Study 
of  Early  English  History.  London,  Longmans  and  Co.  (Geo.  F.  Warner  :  amas 
d'absurdités).  —  Some  tracts  on  Education  (notes  de  l'éditeur).  —  Notes  and 
News  (on  signale  un  fait  curieux  :  une  grammaire  grecque  écrite  en  hindi  paraît 
dans  l'Inde  sous  le  titre  de  Yavan  bhâshâka  Vyâkarana).  —  Notes  of  Travel.  — 
Paris  Letter  (G.  Monod  :  passe  en  revue  les  plus  récentes  publications  philo- 
sophiques). —  Correspondence.  The  Indian  Affmities  of  the  Gipsies  (Richard 
F.  BuRTON,  à  propos  de  la  brochure  de  M.  de  Goeje  sur  les  Tsiganes,  repro- 
duit quelques  passages  de  son  propre  ouvrage  :  Sindh  and  the  Races  that  Inhabit 
the  Valley  of  the  Indus,  London,  Allen  1851,  où  il  discutait  les  mêmes  questions 
dont  s'occupe  la  brochure  de  M.  de  Goeje;  M.  Burton  ajoute  modestement  qu'il 
n'est  pas  étonné  que  ses  humbles  travaux  aient  échappé  aux  savants  ;  mais  il 
espère  qu'on  voudra  bien  ressusciter  en  cette  occasion  son  ouvrage  oublié  et 
enterré;  nous  sommes  heureux  de  nous  faire  l'écho  de  ce  vœu  d^autant  plus 
légitime  que  la  lettre  de  M.  Burton  est  pleine  d'intérêt).  —  Spenser's  Last  Lines 
(F.  J.  Furnivall).  — -  The  Word  «  Fye-Marîen  »  (F.  G.  Fleay).  —  Sayce, 
The  Principles  of  Comparative  Philology.  London,  Trûbner  (J.  Rhys  :  l'auteur 
fait  un  procès  de  tendance  à  la  Grammaire  comparative  officielle).  —  Meetings  of 
Societies  (Soc.  de  numismatique  et  de  philologie).  —  The  Esquiline  and  Palatine 
Hills  (C.  I.  Hemans). 

The  Athenœum,  N"  2474,  27  mars.  Sir  Travers  Twiss,  The  Black  Book 
of  Admiralty,  Vol.  III.  Longmans  and  Co.  —  Myers,  Remains  of  Lost  Empires. 
Sampson  Low  and  Co.  (récit  attrayant  d'un  rapide  voyage  de  Palmyre  à  Kasch- 
mir).  —  MyETZNER,  An  English  Grammar.  Transi,  from  the  German  by  Clair 
James  Grèce.  3  vols.  Murray  (on  constate  qu'aucune  grammaire  écrite  en  An- 
gleterre ne  peut  soutenir  la  comparaison  avec  cette  œuvre  d'un  étranger).  — 
Calcoen,  A  Dutch  Narrative  of  the  second  voyage  of  Vasco  da  Gama  to  Calicut. 
Printed  at  Antwerp  circa  1 504.  With  Introd.  and  Transi,  by  Berjeau.  Pickering. 
Our  Library  Table  (note  favorable  sur  le  Jules  Michelet  de  M.  Monod).  —  Notes 
ou  Stillingîleet,  by  S.  T.  Coleridge.  —  Literary  Gossip.  —  The  Art  of  Travel. 

—  Dolmen-Mounds  of  the  Boyne  (S.  P.  Oliver).  —  Societies  (Soc.  de  géogra- 
phie, de  numismatique,  de  philologie).  —  Frœhner,  Les  Musées  de  France. 
Paris,  Rothschild.  —  Schliemann's  «  Troy  ».  —  Michael  Angelo.  —  Miscellanea. 
Herod's  Temple  (Samuel  Sharpe. 

Literarisches  Centralblatt,  N"  '.4,  3  avril.  Giesebrecht,  Geschichte  der 
deutschen  Kaiserzeit.  4.  Bd.  2.  Abth.  Braunschweig,  Schwetschke.  In -8°,  xx- 
309  p.  (suite  des  Staufer  und  Welfen,  cf.  Rev.  crit.,  I,  233,  pour  la  i""'  partie). 

—  Jaffé  et  Wattenbach  ,  Ecclesiae  metropolitanae  Coloniensis  codices  mss. 
descripti.  Berlin,  Weidmann.  In-B",  x-i66  p.  (travail  magistral).  —  Roscher, 
Geschichte  der  Nationalœkonomik  in  Deutschland.  Mùnchen,  Oldenbourg.  In-8°, 
!o8)  p.  (cet  important  ouvrage  forme  le  14"  vol.  de  l'Histoire  des  sciences  en 
Allemagne).  —  Curiosités  de  voyages  en  Alsace  (cf.  Rev.  crit.  1875,  I,  181).  — 
Bastelberger,  Dîe  militârischen  Reformen  unter  Mahmud  II.  Gotha,  Perthes. 
In-8",  208  p.  (recommandable).  —  Gertz,  Studia  critica  in  4.  Annaei  Senecae 
dialogos  (cf.  Rev.  crit.,  187$,  p.  68).  —  Kilian,  Die  Théorie  der  Halbvocale. 
Strassburg,  Trûbner.  In-8°,  i8  p.  (sans  valeur).  —  Lenormant,  Choix  de 
textes  cunéiformes.  1.-3.  fasc.  Paris,  Maisonneuve.  In-4°,  172  p.  (très-fautif). 


REVUE  CRITIQ^UE 

D'HISTOIRE    ET    DE    LITTÉRATURE 

N*  16  —  17  Avril  —  1875 

Sommaire  :  72.  VAryabhattya,  p.  p.  Kern.  —  73.  Hehn,  Introduction  en  Europe 
des  Plantes  cultivées  et  des  Animaux  domestiques,  2'  éd.  —  74.  Teuffel,  Histoire 
de  la  littérature  romaine.  —  Sociétés  savantes  :  Académie  des  inscriptions. 


72.  —  The  Aryabhatîya ,  with  the  Commentary  Bhafadîpikâ  of  Paramâdîçvara, 
edited  by  D'  H.  Kern.  Leiden,  E.  J.  Brill.  1874.  Gr.  in-4",  xij-107  p.  —  Prix  : 
10  fr.  50. 

Les  premières  informations  positives  concernant  Aryabha/a  sont  dues,  comme 
tant  d'autres,  à  Colebrooke  (As.  Res.  XII,  Calcutta  1816  et  Algebra...  of 
Brahmagupta  and  Bhâskara,  London  1817).  Malgré  leur  insuffisance  et  leur 
état  fragmentaire,  ces  renseignements  furent  aussitôt  accueillis  avec  un  vif  inté- 
rêt. Ce  n'était  pas  en  effet  une  donnée  de  médiocre  importance  pour  l'histoire 
des  sciences  mathématiques,  que  l'existence  avérée  et  nullement  légendaire  d'un 
astronome  indien  qui,  dès  les  premiers  siècles  de  notre  ère  et  encore  plus  tôt 
peut-être,  avait  présenté  un  système  scientifique  du  monde,  système  en  appa- 
rence original,  dans  lequel  les  révolutions  célestes  étaient  évaluées  avec  une 
exactitude  surprenante  et  où  se  trouvaient  enseignés  la  précession  des  équinoxes 
et  le  mouvement  de  la  terre  autour  de  son  axe.  Malheureusement  Colebrooke 
n'avait  point  eu  accès  à  l'œuvre  même  d'Aryabha/a,  qu'il  ne  connaissait  que  par 
l'intermédiaire  des  écrivains  postérieurs.  Aussi  toutes  ses  assertions  ne  sont-elles 
pas  également  fondées,  et  le  fait,  pour  nous  capital,  que  cette  œuvre  est  rigou- 
reusement datée,  lui  avait-il  échappé.  Ses  autorités,  que  des  indications  de  ce 
genre  ont  toujours  médiocrement  intéressées,  s'étaient  bien  gardées  de  relever 
celles-ci  et,  d'autre  part,  parmi  les  données  numériques  du  système  qu'il  avait  pu 
recueillir,  il  ne  s'en  trouvait  pas  qui  fussent  de  nature  à  lui  fournir  une  détermi- 
nation chronologique.  En  général,  les  données  impliquant  une  date,  telles  que 
seraient  par  exemple  les  éléments  d'une  éclipse,  sont  très-rares,  si  tant  est  qu'il 
s'en  trouve,  dans  les  écrits  astronomiques  des  Indiens.  On  n'y  rencontre  que  des 
mesures  angulaires  dont  on  ne  peut  tirer  que  des  conclusions  peu  précises,  parce 
que  ces  mesures  sont  souvent  inexactes,  l'erreur  pouvant  aller  jusqu'à  plusieurs 
degrés,  et  qu'elles  se  rapportent  en  outre  à  des  mouvements  révolutifs  la  plupart 
d'une  extrême  lenteur.  C'est  ainsi  que  l'âge  de  compilations  volumineuses  et 
remplies  de  détails,  telles  que  le  Sûrya-siddhânta,  n'a  pu  encore  être  déterminé 
que  d'une  façon  tout  approximative,  et  il  n'en  serait  pas  autrement  de  l'ouvrage 
d'Aryabha/a,  si  l'auteur  n'avait  pas  eu  soin  de  nous  indiquer  lui-même  l'année 
de  sa  naissance  et  celle  aussi,  selon  toute  apparence,  à  laquelle  il  entendait  rap- 
porter son  traité.  En  dehors  de  cette  donnée,  je  ne  vois,  en  effet,  dans  tout  le 
livre,  qu'une  seule  indication  explicite  qui  permette  d'en  déterminer  approxima- 
XV  i6 


tivement  l'époque  :  la  valeur  qu'on  y  donne  pour  la  longitude  de  l'apogée  du 
soleil  estimée  égale  à  78".  Grâce  à  la  date  fournie  par  l'auteur  lui-même,  nous 
voyons  que  cette  valeur,  qui  correspondrait  à  549  ap.  J.-C.  est  trop  forte  d'en- 
viron 50'  et  qu'elle  implique  une  erreur  en  plus  d'une  cinquantaine  d'années. 
Mais  sans  le  secours  de  la  date,  même  en  ne  supposant  pas  l'erreur  plus  grande 
(et  elle  aurait  pu  l'être)  qu'elle  n'est  en  réalité,  il  est  évident  que  nous  ne  sau- 
rions pas  en  quel  sens  la  prendre,  et  que  la  détermination  déduite  de  cette 
donnée  resterait  ainsi  flottante  en  deçà  ou  au-delà  de  $49  dans  la  limite  d'un 
siècle. 

Cette  date  qui  tranche  la  question  et  qui  était  restée  inconnue  à  Colebrooke 
fut  produite  plus  tard  par  M.  Wish,  et  avec  plus  de  précision  et  d'autorité  par 
M.  Bhau  Dadji  (J.  of  the  Roy.  As.  Soc.  1864).  De  nouveaux  renseignements 
furent  également  ajoutés  à  ceux  qu'on  possédait  déjà  par  MM.  Fitz-Edward 
Hall  et  Kern.  Mais  il  suffit  de  jeter  un  regard  sur  la  notice  que  M.  Lassen, 
qui  disposait  cependant  de  toutes  ces  sources  d'information^  a  consacrée  à 
Aryabhafa  dans  la  2*^  édition  de  son  Indische  Alterthumskunde,  II,  1147,  pour 
voir  combien  il  restait  encore  de  points  obscurs  même  pour  les  savants  le  mieux 
en  position  d'être  bien  renseignés.  Fallait-il  admettre  un  seul  auteur  de  ce  nom  ? 
Fallait-il  en  admettre  deux  ou  même  trois?  Et  comment  devait-on  répartir  entre 
les  homonymes  les  écrits  qui  ont  été  transmis  avec  cette  attribution  î  A  ces 
questions  et  à  d'autres  encore,  il  n'y  avait  de  réponse  à  faire  qu'à  la  condition 
d'avoir  les  textes.  C'est  donc  un  service  de  premier  ordre  que  l'éditeur  et  le 
traducteur  de  Varâha-Mihira  vient  de  rendre  à  cette  branche  des  études  indiennes, 
en  publiant  celui  de  ces  textes  que  son  contenu,  ainsi  que  la  tradition,  oblige  de 
reconnaître  comme  le  plus  ancien  et  le  seul  authentique, 

Aryabhafa  se  nomme  lui-même  en  deux  qndroits  de  son  ouvragé  :  la  première 
fois  dans  l'une  des  deux  stances  d'introduction  à  la  Daçagîîikâ,  stances  dont  rien 
ne  nous  autorise  à  suspecter  l'authenticité,  bien  qu'elles  ne  soient  pas  comptées, 
aussi  peu  que  la  stance  finale,  au  nombre  des  sûtras  de  cette  section  ;  la  deu- 
xième fois  dans  la  première  stance  de  la  deuxième  section.  IV,  50  le  traité  est 
appelé  VAryabhatîya,  et  c'est  aussi  le  seul  titre  que  semble  reconnaître  le  com- 
mentaire. II,  I  nous  montre  l'auteur  fixé  à  Kusumapura,  c'est-à-dire  Pâ/ali- 
putra  sur  le  Gange;  enfin  III,  10  il  nous  apprend  qu'après  l'an  j6oo  du  Kaliyuga 
(==  498  ap.  J.-C.)  révolu,  «  23  années  s'étaient  écoulées  depuis  sa  naissance.  » 
On  peut  donc  admettre  le  commencement  de  l'année  499,  sinon  pour  la  date 
même  de  la  rédaction  du  traité,  comme  le  veut  le  commentaire,  du  moins  pour 
le  point  de  départ  des  calculs  rétrospectifs  sur  lesquels  il  est  fondé. 

Dans  la  tradition  indienne  (vid.  Préface,  p.  X),  Aryabha/a  passe  pour  avoir 
été  un  réformateur,  dans  la  mesure  du  moins  dans  laquelle  on  y  conçoit  un 
pareil  rôle  à  l'égard  d'une  science  tenue  pour  immuable  et  révélée  ;  et  le  fait  en 
lui-même  n'a  rien  d'improbable,  bien  qu'à  la  lecture  de  l'ouvrage  il  n'y  paraisse 
guère>,  Irt^i  polémique,,  qui  semble  inséparable  des  nouveautés,  et  qui  a  su  se  faire 
sa  place  jusque  dan^  les  oeuvres  les  plus  sèches  et  les  plus  décharnées  de,  la 
littérature  sanscrite,  n'a  pas  laissé  de  traces  dans  celle-ci.  L'auteur  ne  se 


d'histoire  et  de  littérature.  24J 

réclame  de  personne,  ne  cite  aucune  autorité,  soit  pour  s'en  prévaloir,  soit  pour 
la  combattre.  S'il  termine  en  vouant  à  l'enfer  ceux  qui  s'aviseraient  de  faire 
opposition  à  son  livre,  c'est  que  ce  livre  contient  «  la  doctrine  éternelle, 
»  révélée  jadis  par  Brahmâ  '  »  IV,  50.  S'il  déclare  que  c'est  «  par  faveur  spé- 
»  ciale  de  la  divinité  qu'il  a  pu,  monté  sur  la  nef  de  son  intelligence,  retirer  cet 
«  excellent  joyau  de  vraie  doctrine  du  sein  de  l'océan  de  la  science  absolue  » 
IV,  49,  il  se  charge  lui-même  d'interpréter  ces  paroles  infiniment  moins  empha- 
tiques en  sanscrit  qu'en  français,  en  nous  prévenant  ailleurs  qu'il  va  «  exposer 
»  la  science  tenue  en  honneur  à  Kusumapura  »  II,  i .  Peut-être  y  a-t-il  toutefois 
dans  ce  dernier  passage  une  allusion  à  des  rivalités  d'écoles.  Il  ressort  en  effet 
de  l'usage  que  fait  Aryabhafa  du  méridien  d'Ujjayinî,  que  cette  ville  était  dès 
lors  le  principal  siège  de  la  science  astronomique.  Toute  cette  époque,  du  reste, 
fut  pour  cette  étude  une  période  de  singulière  activité.  La  littérature  des 
Siddhânta  était  alors  en  pleine  élaboration,  et  un  intervalle  de  moins  d'un  siècle 
voyait  paraître  les  écrits  d'Aryabha/a,  de  Varâha-Mihira  et  la  dernière  rédaction 
du  Sûrya-Siddhânta.  Il  est  d'autant  plus  étonnant  qu'Aryabhafa,  qui  fait  si 
souvent  bande  à  part,  ait  pu  garder  dans  tout  le  reste  de  son  traité  un  ton  aussi 
impersonnel.  La  nouveauté  même  à  laquelle  son  nom  demeure  attaché  et  qu'on 
est  le  plus  tenté  de  regarder  comme  son  bien  propre,  le  mouvement  diurne  de 
la  terre,  est  énoncée  sans  apprêts  et  comme  une  vérité  courante.  L'impression 
produite  est  d'un  manuel  résumant  une  tradition  ancienne  et  bien  assise,  et 
nullement  du  manifeste  d'une  école  nouvelle. 

Comme  la  plupart  des  ouvrages  de  ce  genre,  le  traité  est  rédigé  en  vers,  mais 
sans  aucun  des  ornements  plus  ou  moins  poétiques  qui  encombrent  par  exemple 
certaines  parties  de  la  Brihat-Sa/nhitâ  et  du  Sûrya-Siddhânta.  Comparé 
à  ce  dernier  surtout  enchâssé  dans  son  cadre  mythologique  qui  rappelle  celui  des 
Purâ/zas,  il  se  comporte  exactement  comme  un  Dharma-Sûtra,  celui  d'Apas- 
tamba,  par  exemple,  vis-à-vis  du  Code  de  Manu.  Par  contre,  la  plupart  de  ces 
vers  sont  d'une  extrême  concision.  Ainsi  les  règles  de  l'extraction  des  racines 
carrée  et  cubique,  avec  l'indication  de  toutes  les  opérations  essentielles,  sont 
renfermées  chacune  en  un  seul  distique,  et  en  un  seul  aussi  se  trouve  condensée 
l'exposition  de  tout  un  système  très-compliqué  de  numération  syllabique.  Le 
Sûtra^,  II,  19  ne  contient  pas  moins  de  quatre  règles  distinctes  enlacées  pour 
ainsi  dire  les  unes  dans  les  autres  et  qu'on  ne  peut  en  dégager  qu'en  soumettant 
successivement  le  distique  à  quatre  constructions  différentes.  Aussi  beaucoup  de 
ces  stances  seraient-elles  inintelligibles  sans  le  secours  du  commentaire  J.  Par 
bonheur  celui-ci  est  excellent,  surtout  pour  la  section  mathématique.  Dans  les 
autres  parties,  il  est  quelquefois  moins  heureux;  par  exemple  I,  i  et  IV,  9,  où 
il  fait  violence  au  texte  et  au  sens  commun  pour  faire  dire  à  Aryabha/a  que  la 

1 .  Le  commentaire  conclut  de  là  ainsi  que  de  l'invocation  à  Brahmâ  par  laquelle  débute 
l'ouvrage,  quS\ryabhaîa  reconnaît  pour  son  autorité  le  Brahma-Siddhdnta. 

2.  Le  commentaire  qualifie  ainsi  les  distiques  du  texte.  L'auteur  s'est  lui-même  servi 
de  ce  terme,  mais  dans  le  sens  propre  de  «  collection  de  règles.  »  I,  1 1,  il  appelle  toute 
la  I"  section  Daçagîtikâsûtra,  «  le  sûtra  des  10  stances.  » 

3 .  Il  en  est  d'autres  qui  paraissent  parfaitement  claires,  mais  qui  conduiraient  à  d'étranges 


i^  «-SM.      REVUE   CRITIQUE 

terre  est  immobile  ;  ou  IV,  5,  quand  il  avance  que  Mercure  et  Vénus,  bien 
qu'étant  des  planètes  inférieures,  n'ont  pas  de  phases  comme  la  lune,  mais  que, 
par  suite  de  leur  proximité  du  soleil,  et  de  la  grandeur  de  celui-ci,  leur  disque 
reste  toujours  éclairé.  Il  faudrait  traduire  cette  explication  bien  largement  pour 
la  réconcilier  avec  la  géométrie.  Le  reproche  toutefois  qu'on  serait  le  plustenté^v 
mais  aussi,  en  raison  du  caractère  spécial  de  la  littérature  scientifique  des  Indiens/ 
le  moins  en  droit  de  lui  faire,  c'est  qu'il  se  borne  à  interpréter  son  texte  sans, 
au  fond,  l'éclairer  suffisamment.  Aryabhafa  énonce  et  prescrit,  mais  il  ne  démontre 
pas.  Son  traité  est  une  suite  de  résultats  sans  justification,  et  de  recettes  sans 
théorie.  Le  mal  à  cela  n'est  pas  grand  pour  la  partie  purement  mathématique, 
la  façon  seule  de  poser  la  question  ou  d'en  indiquer  la  solution,  étant  presque 
toujours  un  indice  suffisant  de  la  méthode.  Mais  pour  les  données  astronomiques 
il  n'en  est  pas  de  même,  et  là,  le  plus  intéressant  serait  précisément  de  savoir 
comment  il  y  est  arrivé.  Il  ne  le  dit  pas,  et  le  commentaire,  sans  doute  pour  de 
bonnes  raisons,  ne  nous  en  apprend  pas  plus  que  lui.  L'auteur  de  ce  commen- 
taire, Paramâuîçvara,  n'est  pas  autrement  connu.  Il  nous  apprend  lui-même 
dans  l'introduction  qu'il  a  commenté  la  Lîlâvatî  et  d'autres  écrits  de  Bhâskara, 
ainsi  que  deux  traités  intitulés  Mânasa  et  dont  l'un  est  qualifié  de  Laghu.  Il  cite  le 
Sûrya-Siddhânta,  Varâha-Mihira,  Lalla,  la  Lîlâvatî,  Brahmagupta,  un  commen- 
taire de  l'Aryabha/iya  antérieur  au  sien,  la  Prakâçikâ  de  Sùryadeva  ',  et  une 
SiddhântadîpJkâ  qui  est  probablement  son  propre  commentaire  sur  l'œuvre  de 
Bhâskara  {p.  26,  ^i,  86). 

La  science  astronomique  pour  Aryabhafa  se  divise  en  trois  branches,  ganita 
ou  le  calcul,  kâlakriyâ  ou  la  connaissance  des  temps,  et  gola  ou  la  théorie  de 
la  sphère  ^  (stance  d'introduction).  A  ces  trois  parties  correspondent  les  sections 

méprises,  si  on  les  prenait  au  mot.  Le  sûtra  I,  10,  après  avoir  énuméré  24  nombres,  225, 

224,  222,  219 37,  22,  7,  ajoute  :  «  ce  sont  là  les  sinus  des  kalâs  (ou  les  sinus 

»  en  kalâs).  »  Il  semble  que  si  ces  mots  ont  un  sens,  ce  doit  être  celui  que  les  nombres 
donnés  sont  les  valeurs  des  sinus.  Kalâ,  il  est  vrai,  est  obscur  :  il  a  ici  la  signification  de 
minute  d'arc;  mais  il  pourrait  en  avoir  d'autres,  par  exemple  celle  d'une  partie  quel- 
conque, soit  d'un  arc,  soit  du  rayon.  Qu'on  ne  se  rappelle  pas  dans  le  moment  la  table 
toute  semblable  dont  la  construction  est  enseignée  dans  le  S(!lrya-Siddhânta,  ou  qu'on 
néglige  2  lignes  du  commentaire,  et  on  sera  naturellement  amené  à  voir  dans  les  nombres 
énoncés  les  sinus  exprimés  en  parties  du  rayon  pour  24  subdivisions  du  quart  de  cercle, 
le  rayon  étant  égal  à  225.  On  n'irait  pas  bien  loin,  il  est  vrai,  sans  s'apercevoir  qu'on 
est  fourvoyé;  mais,  sans  autre  guide  que  le  texte,  on  chercherait  peut-être  longtemps 
avant  de  trouver  le  bon  chemin.  En  réalité  ces  24  sinus  sont  exprimés  en  minutes  d'arc, 
desquels  le  rayon  contient  3438,  et  les  nombres  énoncés  donnent,  non  pas  la  valeur  de 
ces  sinus,  mais  celle  de  l'excès  de  chaque  sinus  sur  le  sinus  précédent.  On  obtient  ainsi 
une  table  des  sinus  de  225'  en  225'  fort  exactement  calculée,  si  on  tient  compte  de  l'ha- 
bitude des  Indiens  de  négliger  les  tractions. 

1.  M.  Kern  en  a  publié  l'introduction  dans  sa  Préface. 

2.  Ces  divisions  sont  quelquefois  établies  autrement,  mais  le  principe  même  d'une  divi- 
sion ternaire  est  resté  d'usage  courant.  Triskandhàrthajna  «  celui  qui  connaît  les  3  sections  » 
est  presque  synonyme  d'astronome.  —  Aryabhafa  s'est  renfermé  strictement  dans  les  li- 
mites indiquées  ci-dessus.  L'astrologie  ou  Hord,  qui  occupe  une  si  grande  place  dans 
d'autres  ouvrages,  est  restée  tout  à  fait  en  dehors  de  son  traité.  Mais  il  la  connaissait, 
puisqu'il  en  a  donné  une  des  règles  fondamentales ,  celle  qui  détermine  pour  chaque  jour 
de  la  semaine  et  pour  chaque  heure  du  jour  la  planète  qui  les  régit,  III,  16. 


d'histoire  et  de  littérature.  245 

II,  III  et  IV  de  son  traité  qui,  réunies,  forment  en  quelque  sorte  un  tout  à  part, 
souvent  désigné,  à  cause  de  ses  108  distiques,  sous  le  titre  d^AryâshXaçata.  En 
tête  et  comme  la  base  de  l'ouvrage,  se  place  la  section  I  ou  Daçagîtikâsâîra,  qui 
contient  les  données  numériques  du  système  du  monde.  Que  ces  deux  parties 
aient  formé  dans  la  pensée  même  de  l'auteur  deux  ensembles  plus  ou  moins 
distincts,  cela  est  très-probable,  puisqu'elles  ont  chacune  son  introduction  et  son 
post-scriptum,  et  que  le  système  particulier  de  numération  syllabique  employé 
dans  la  première,  ne  reparaît  pas  dans  la  seconde.  Mais  là  s'arrêtent  les  diver- 
gences. Colebrooke,  il  est  vrai,  a  supposé  que  ces  deux  parties  exposaient  deux 
systèmes  astronomiques  différents  {Mise.  Ess.  II,  378  et  474).  Mais  je  ne 
retrouve  pas  dans  le  texte  les  contradictions  qu'il  mentionne  sur  la  foi  de  ses 
autorités.  Le  commentateur  ne  paraît  pas  les  avoir  aperçues  non  plus.  Il  se 
contente  de  prêter  à  l'auteur  quelques  sous-entendus,  et  il  déclare,  d'accord  en 
ceci  avec  Lalla,  lequel  passe  pour  avoir  été  un  disciple  d'Aryabhaîa,  que  celui- 
ci,  en  spécifiant  l'année  499  dans  VAryâshtaçaîa,  a  voulu  signifier  que  les  mou- 
vements moyens  calculés  à  l'aide  des  nombres  donnés  dans  la  Daçagîtikâ 
fournissaient  des  positions  vraies  pour  cette  année-là.  L'assertion,  prise  à  la 
lettre,  est  sujette  à  caution  ;  elle  exclut  cependant  de  grosses  divergences  théori- 
ques, et  de  fait,  les  deux  parties  de  l'ouvrage,  dans  quelques  circonstances 
d'ailleurs  qu'elles  aient  été  composées,  semblent  bien  ne  présenter  qu'une  seule 
et  même  doctrine.  A  plus  forte  raison  est-il  impossible  d'admettre  la  supposition 
de  M.  Lassen  d'après  laquelle  la  Daçagîtikâ  serait  l'œuvre  d'un  Aryabhaïa  antérieur 
de  deux  ou  trois  siècles  et  mentionné  dès  le  milieu  du  iv^  par  les  chroniqueurs 
byzantins  sous  le  nom  d'Andubarios.  La  valeur  de  78°  donnée  à  la  longitude  de 
l'apogée  du  soleil  impliquerait  dans  ce  cas  une  erreur  beaucoup  trop  forte,  même 
pour  un  observateur  indien.  Quel  qu'ait  pu  être  par  conséquent  l'original  de  l'An- 
dubarios  du  Chronicon  Paschale,  on  peut  affirmer  qu'il  n'a  rien  à  faire  ici  et 
que,  jusqu'à  nouvel  ordre,  nous  devons  nous  borner  à  distinguer  deux  Arya- 
bha?a,  l'auteur  des  deux  parties  du  présent  traité,  et  l'homonyme  ou  le  pseudo- 
nyme postérieur  à  qui  M.  Kern  a  attribué  ailleurs  le  Mahâ-Siddhânta. 
\  Ce  ne  saurait  être  ici  mon  but  de  donner  une  analyse  détaillée  de  l'Aryabha- 
rîya  :  j'essaierai  cependant,  autant  que  le  comporte  le  cadre  de  la  Revue,  d'en 
indiquer  les  points  principaux,  en  commençant  par  la  Daçagîtikâ. 

Les  données  des  révolutions  sidérales  du  soleil,  de  la  lune,  des  planètes,  des 
apsides  et  des  nœuds  lunaires  sont  exprimées  chez  Aryabha/a  comme  ailleurs 
par  des  chiffres  représentant  le  nombre  de  ces  révolutions  accomplies  durant  le 
cours  d'un  yuga  '  (I,   1.  2).  Ce  yuga  qui  diffère  sensiblement  de  celui  qu'on 

I .  J|ai  déjà  eu  l'occasion  (Rev.  ait.  du  21  mars  1874)  de  toucher  à  quelques-unes  des 
questions  que  soulève  l'usage  de  ces  grandes  périodes,  et  je  n'y  reviendrai  pas  ici.  —  Par 
yuga,  Aryabhaia  entend  la  période  complète  du  mahd-  ou  catur-yuga.  III,  12,  il  l'appelle 
«  yuga  des  dieux.  «  1008  yugas,  correspondant  à  72  règnes  de  Manu,  font  un  jour  de 
Brahmâ  (I,  j.  III,  8).  Le  yuga  se  compose  de  4  âges  d'égale  durée  (I,  j.  III,  10),  et  se 
partage  en  2  moitiés,  \'Ulsarpim  et  VAvasarpinî;  la  partie  mitoyenne  est  dite  Sushamd, 
les  2  extrémités  sont  les  Dushshamâ  (III,  9.  Paramâdîçvara  n'explique  pas  cette  stance 
dont  la  terminologie  est  celle  des  Jainas).  Le  yuga  a  commencé  le  i"  de  Caitra,  un  mer- 


246  <»»<-^.       REVUE    CRITIQUE    -??f^*:<^ 

trouve  chez  d'autres  autorités,  comprend  le  nombre  ordinaire  d'années  sidérales 
solaires  (4,320,000),  mais  celles-ci  renferment  un  nombre  de  jours  différent.  La 
terre  est  censée  en  effet  accomplir  durant  cette  période  1,582,237,500  révolu- 
tions diurnes,  ce  qui  donne  1,577,917,500  jours  dans  un  yuga  et,  pour  la 
durée  de  l'année  sidérale  solaire,  le  chiffre  particulier  de  565  j.  6  h.  12'"  3o^ 
Les  valeurs  qu'on  obtient  pour  la  durée  des  autres  révolutions,  présentent  natu- 
rellement des  différences  analogues.  Tous  ces  chiffres  du  reste  sont  donnés  sans 
aucune  indication  quant  à  leur  origine.  Il  est  donc  inutile  de  s'y  arrêter  plus 
longuement.  On  ne  pourra  les  discuter  avec  fruit  que  lorsqu'on  possédera  tous 
les  monuments  de  l'ancienne  astronomie  indienne,  et  aussi  qu'on  aura  dépouillé 
plus  complètement  les  restes  des  vieilles  archives  de  la  Chaldée.  Je  remarquerai 
seulement  que,  si  on  compare  ces  données  avec  celles  du  Sûrya-Siddhânta  et 
avec  celles  qu'on  peut  regarder  jusqu'à  présent  comme  la  source  des  unes  et  des 
autres,  les  évaluations  d'Hipparque,  on  trouve  que  sept  fois  sur  neuf  Aryabhafa 
exagère  l'écart  qui  s'observe  entre  le  traité  indien  et  l'astronome  grec,  et  cela 
quel  que  soit  le  sens  de  cet  écart.  Il  lui  arrive  ainsi  trois  fois  d'être  plus  exact 
que  l'un  et  l'autre,  trois  fois  par  contre  de  l'être  moins,  et  une  fois  de  l'être  plus 
qu'Hipparque  mais  moins  que  le  Sûrya-Siddhânta.  Une  seule  fois,  pour  Jupiter, 
il  s'écarte  d'Hipparque  en  sens  inverse  du  Sûrya-Siddhânta,  pour  tomber  moins 
juste  que  l'un  et  l'autre.  Pour  la  révolution  de  Vénus,  l'écart  chez  lui  est 
moindre,  tout  en  ayant  lieu  dans  le  même  sens.  Mais  ce  cas  est  d'une  nature 
particulière,  le  Siddhânta  présentant  ici  une  erreur  assez  forte  qui  semble  trahir 
un  emprunt  maladroit  et  résulter  d'un  chiffre  lu  de  travers.  Aryabhafa  n'a  pas 
commis  cette  erreur  et,  en  même  temps,  son  résultat  est  plus  exact  que  celui  de 
l'astronome  grec.  De  ce  rapprochement  il  semble  ressortir  d'abord,  que  la  part 
de  la  véritable  observation  dans  ces  divergences  doit  avoir  été  bien  modeste  et 
qu'elle  s'est  probablement  réduite  à  l'introduction  de  changements  arbitraires 
destinés  à  rétablir  pour  quelque  temps  l'accord  entre  les  résultats  du  calcul  et 
l'état  actuel  du  ciel;  en  second  lieu,  que  ces  variations,  malgré  leur  irrégularité 
apparente,  semblent  cependant  être  soumises  à  une  certaine  loi  qui  aidera  peut- 
être  un  jour  à  en  faire  découvrir  la  filiation. 

Aryabha/a  ne  donne  pas  d'indication  spéciale  relativement  aux  positions  des 
apsides  et  des  nœuds  de  la  lune.  On  devra  les  déduire,  pour  un  moment  donné, 
des  nombres  assignés  aux  révolutions  de  ces  points  dans  le  cours  d'une  yuga,  en 
faisant  les  corrections  nécessaires,  et  sachant  qu'à  l'origine  de  la  période  les 
longitudes  du  périgée  et  de  l'un  des  nœuds  (probablement  le  nœud  ascendant; 
il  ne  dit  pas  lequel)  étaient  toutes  les  deux  nulles  •.  Mais  il  donne  directement 

credi,  au  moment  du  lever  vrai  pour  le  méridien  de  Lanka  et  de  l'entrée  du  soleil  dans 
le  signe  du  Bélier  (I,  2.  III,  11).  Le  dernier  quart,  ou  l'âge  Kali  dans  lequel  nous  vivons, 
a  commencé  le  lendemain  du  «  Jeudi  des  Bhâratas  »  ou  du  départ  de  Yudhish/hira  et  de 
ses  frères  pour  le  ciel  (î.  3).  Le  commencement  du  yuga  a  coïncidé  avec  une  conjonction 
générale  (I,  2);  de  là  l'expression  de  «  yuga  commun  des  planètes  »  (III,  8);  parce  que, 
ajoute  le  commentaire,  le  soleil  et  toutes  les  planètes  se  trouvent  alors  réunis  au  point 
d'origine  du  zodiaque,  ce  qui  dispense  de  tenir  compte  dans  le  calcul  de  leurs  mouve- 
ments, des  nombres  entiers  de  yugas. 

i.  Si  Aryabhafa  a  réellement  entendu  rapporter  son  traité  à  l'an  499,  et  si  l'assertion 


d'histoire  et  de  littérature.  247 

les  loîîgitudêS  de  l'apogée  et  du  nœud  ascendant  des  planètes,  ainsi  que  celle 
de  l'apogée  du  soleil (I,  1).  Ce  fait  seul  autorise  la  supposition  qu'il  ignorait  les 
mouvements  de  ces  points.  Et  en  effet,  son  traité  ne  contient  aucune  indication 
précise',  aucune  évaluation  relative  à  leur  déplacement,  pas  plus  en  ce  qui 
concerne  Saturne,  pour  l'apogée  duquel  Colebrooke  lui  fait  admettre  cinquante- 
quatre  révolutions  dans  un  kalpa,  qu'en  ce  qui  concerne  les  autres  planètes. 
Quant  aux  équinoxes  et  aux  solstices,  il  se  contente  de  les  rapporter  aux  divi- 
sions du  zodiaque  (IV,  i);  mais  je  ne  vois  nulle  part  qu'il  ait  éprouvé  le  besoin 
d'en  déterminer  la  position  sidérale,  ou  d'en  évaluer  le  mouvement.  En  particu- 
lier je  ne  retrouve  pas  dans  le  traité  le  passage  cité  par  Colebrooke  {Misc^  Ess. 
U;  378)  comme  tiré  de  l'Aryâsh/açata,  et  dans  lequel  il  serait  question  d'un 
déplacement  libratoire  de  l'écliptique.  Il  n'est  donc  nullement  démontré 
qu'Aryabhafa  n'ait  pas  regardé  ce  cercle  comme  fixe.  Il  y  a  au  contraire  tout 
lieu  de  croire  qu'en  faisant  coïncider  au  commencement  du  yuga  l'équinoxe 
vernal  avec  le  premier  du  Caitra  (ce  qui  suppose  le  soleil  dans  la  constellation  des 
Poissons),  il  entendait  donner  une  fois  pour  toutes  une  indication  valable  pour 
toute  la  durée  de  la  période,  et  que  dans  sa  pensée,  les  années  qui  commencent 
avec  ce  mois  avaient  de  tout  temps  commencé  aux  environs  de  l'équinoxe,  sans 
autre  variation  que  celle  qu'entraînait  la  nature  même  du  mois  mobile  de  Caitra. 
Il  semble  donc  qu'on  se  soit  trop  hâté  en  lui  attribuant  la  connaissance  de  la 
précession  ou  du  moins  d'une  libration  des  points  équinoxiaux. —  L'inclinaison  de 
l'écliptique  sur  l'équateur  est  évaluée  par  lui  à  24°  avec  une  erreur  de  22'  (1,  6). 
Pour  l'obliquité  des  orbites  planétaires,  l'erreur  est  parfois  encore  plus  forte,  de 
5''  par  exemple  pour  Mercure, 

I,  4  et  5  donnent  la  circonférence  des  orbites  du  soleil,  de  la  lune  et  des 
planètes,  ainsi  que  les  diamètres  de  ces  astres  et  celui  de  la  terre.  Ce  dernier 
est  de  )o^o yojanas,  le  yojana  étant  de  8000  hauteurs  d'homme  de  4  hastas  ou 
coudées  chacune.  Cette  mesure  est  en  tous  les  cas  notablement  trop  forte  2  ; 
elle  n'en  est  pas  moins  remarquable  pour  un  peuple  qui  logeait  le  pôle  immédia- 
•  tement  derrière  l'Himalaya.  Est-elle  de  provenance  indigène  ou  étrangère  ?  Les 
Indiens  savaient-ils  tracer  une  méridienne  et  la  mesurer  ?  Rien  n'indique  qu'ils 
aient  possédé  un  réseau  géodésique  comparable  même  de  loin  à  celui  que 
possédaient  les  Grecs  dès  le  temps  d'Eratosthène,  et  l'erreur  de  47'  que  com- 


du  commentaire  est  fondée,  que  les  positions  moyennes  calculées  sont  vraies  pour  cette 
année,  on  aurait  pour  la  longitude  du  périgée  au  commencement  du  printemps  499,  3  5° 
42'  et  pour  celle  de  l'un  des  nœuds  352°  12'.  Il  serait  intéressant  de  vérifier  ces  posi- 
tions. 

1.  J'ai  quelque  peine  à  accepter  comme  telle  IV,  2  où  il  est  dit  que  les  nœuds  des 
planètes  et  de  la  lune,  ainsi  que  le  soleil,  se  meuvent  sur  l'écliptique.  En  tous  les  cas  Arya- 
bhafa  n'a  nulle  part  évalué  ce  mouvement,  et  je  me  demande  si,  l'ayant  connu,  il  ne  l'au- 
rait pas  évalué  coûte  que  coûte,  comme  l'ont  fait  tous  les  astronomes  indiens,  dont  les 
chiffres  à  ce  sujet  sont  de  pure  fantaisie. 

2.  Il  serait  intéressant  de  pouvoir  la  comparer  avec  celles  qu'ont  laissées  les  Grecs.  Mal- 
heureusement les  différentes  espèces  de  stade  ne  sont  guère  mieux  déterminées  que  le  yo- 
jana. Dans  le  Sûrya-Siddhânta  la  hauteur  d'homme  est  la  mesure  d'un  homme  debout, 
les  bras  levés.  -■^■\i./rJ^,ti\::i':^bù^iiy>L^u\f;^^)i^i  s.')iiLUknii 


248  . 3 fl'"^'i    REVUE    CRITIQUE        yN*'c 

met  Aryabha^a  dans  l'évaluation  de  la  latitude  d'un  lieu  aussi  important 
qu'Ujjayinî  (22°  ?o'  d'après  IV,  14),  n'est  pas  faite  pour  inspirer  une  grande 
confiance  en  leur  habileté  pratique.  Les  mesures  r.elatives  à  la  lune  suggèrent 
des  questions  semblables.  En  prenant  le  rayon  de  la  terre  pour  unité,  on  trouve 
qu'Aryabhafa  donne  pour  celui  de  la  lune  0,3  au  lieu  de  0,27,  et  pour  celui  de 
l'orbite  65,48  au  lieu  de  60.  Quant  aux  autres  valeurs,  il  est  plus  facile  de  voir 
comment  elles  ont  été  obtenues  :  elles  résultent  de  l'idée  préconçue  et  chimé- 
rique que  la  vitesse  est  la  même  pour  le  soleil  et  pour  toutes  les  planètes  et  que, 
par  conséquent,  les  dimensions  des  orbites  sont  en  raison  directe  de  la  durée 
des  révolutions.  De  l'orbite  se  déduit  ensuite  le  diamètre  de  l'astre.  Celui  du 
soleil  est  à  celui  de  la  terre  comme  4,2  est  à  i  ;  ceux  des  planètes  sont  repré- 
sentés à  plus  forte  raison  par  des  chiffres  de  pure  fantaisie,  et  tellement  petits, 
que  la  plupart  de  ces  astres  seraient  invisibles,  même  à  la  distance  à  laquelle 
l'auteur  les  place.  Ce  qui  n'est  pas  dit,  mais  qu'il  est  permis  de  supposer, 
c'est  que  les  dimensions  du  soleil,  de  la  lune  et  de  la  terre  ainsi  que  leurs 
distances  respectives  une  fois  obtenues,  on  les  aura  corrigées  de  façon  à  établir 
entre  eux  les  rapports  nécessaires  à  l'explication  des  éclipses.  —  I,  8  et  9  con- 
tiennent les  données  numériques  relatives  aux  épicycles  imaginés  pour  expliquer 
les  irrégularités  des  mouvements  des  planètes  et  sur  lesquels  ces  astres  sont 
supposés  se  mouvoir  uniformément  (les  excentricités  des  orbites  sont  données 
III,  18,  19).  Enfin  I,  10  fournit  la  table  des  sinus  dont  il  a  déjà  été  question. 

La  II®  section,  ou  ganitapâda,  est  purement  mathématique.  Elle  comprend  : 
la  numération  II,  2;  la  définition  du  carré  et  du  cube  numériques  et  géométri- 
ques; l'extraction  des  racines  carrée  et  cubique,  II,  3-5  ;  la  mesure  des  surfaces, 
polygones,  cercle,  sphère,  II,  6-9;  le  rapport  de  la  circonférence  au  diamètre 

représenté  oar  -^— *  II,  10:  la  manière  de  calculer  directement  les  sinus  en 

^  '       20000     '      ' 

partant  des  côtés  du  carré  et  du  triangle  inscrits,  II,  11;  une  méthode  qui  serait 
curieuse,  si  elle  était  juste,  de  calculer  les  éléments  de  la  table  donnée,  I,  10. 
Cette  méthode  enseignée  aussi  dans  le  Sûrya-Siddhânta,  aboutit  à  une  erreur 
d'une  unité  en  moins  dès  le  7®  résultat,  II,  12;  la  construction  d'une  figure 
donnée,  II,  13;  les  relations  des  côtés  du  triangle  rectangle  appliquées  aux 
lignes  du  gnomon  et  aux  lignes  trigonométriques  (sinus,  cosinus  et  flèches,  les 
seules  dont  le  traité  fasse  usage),  II,  14-17;  la  détermination  de  la  surface 
commune  de  deux  cercles  qui  se  pénètrent,  ou  des  dimensions  d'une  éclipse, 
II,  18  ;  les  relations  des  éléments  d'une  progression  arithmétique,  II,  12,  20; 
la  sommation  de  la  série  des  nombres  triangulaires  et  de  celle  des  nombres 
carrés,  sous  une  forme  qui  rappelle  tout-à-fait  le  problème  des  piles  de  boulets 
de  nos  traités,  II,  21-22;  le  développement  du  carré  de  la  somme  de  deux 
'nombres,  II,  23;  deux  exemples  de  la  solution  de  l'équation  du  2^  degré,  II, 
24-25  ;  la  règle  de  trois,  II,  26;  le  calcul  des  fractions  et  la  réduction  au  même 
dénominateur,  II,  27  ;  la  règle  de  la  transposition  des  termes  dans  une  équation, 
^11,  28;  trois  problèmes  du  i*'  degré  à  une  et  à  plusieurs  inconnues,  entr'autres 
la  détermination  du  moment  de  la  prochaine  et  de  la  dernière  conjonction  de 
deux  planètes,  étant  donnés  les  positions,  les  vitesses  et  le  sens  des  mouvements, 


d'histoire    et    de    LITTÉRAIURE.  249 

II,  29-ji  ;  l'opération  du  kultâkâra  ',  ou  la  solution  générale  de  l'équation  indé- 
terminée du  i^'  degré  ax-by  ±:  c  =  o.  Cette  solution,  que  les  modernes  n'ont 
retrouvée  qu'au  xvii^  siècle,  est  présentée  ici  pour  le  cas  complexe  où  x  doit 
satisfaire  en  outre  à  une  2^  équation  a'x-b'y'±:c'  =  o.  Les  valeurs  de  x  déduites 
de  chaque  équation  séparément  sont  appelées  les  agras  ou  antécédents  de  la 
valeur  définitive,  et  selon  que  l'opération  est  bornée  à  une  équation  ou  qu'elle  en 
embrasse  deux,  elle  est  dite  niragra  ou  sàgra  kultâkâra^  U,  5  2-?  3.  ^ 

La  IIP  section,  ou  kâlakriyâpâda,  s'occupe  spécialement  du  comput.  Elle 
traite  de  l'année  et  de  ses  subdivisions,  du  rapport  des  divisions  du  temps  à 
celles  du  cercle,  III,  1-2;  des  différentes  espèces  de  temps,  solaire,  lunaire, 
sidéral;  une  mention  spéciale  est  faite  de  l'année  de  Jupiter,  III,  3-6;  des  yugas 
et  de  leurs  divisions,  III,  7-1 1  ;  du  rang  des  planètes  dans  l'espace  et  de  l'ordre 
dans  lequel  elles  président  aux  jours  et  aux  heures  de  la  semaine,  III,  12-16; 
de  la  disposition  des  orbites  vraies,  excentriques  à  la  terre,  et  des  épicycles 
qu'elles  supportent,  III,  17-21;  Delà  réduction  des  positions  moyennes  aux 
positions  vraies,  III,  22-25.  '  J^J^  àWKf^Qf^^:^^''^^lil^^(fi 

Dans  la  IV«  et  dernière  section,  ou  golapâda,  l'auteur  expose  enfin  ce  qui, 
d'après  nos  idées,  eût  été  mieux  placé  au  commencement.  Il  se  décide  à  décrire 
cet  univers  qu'il  a  supputé  jusqu'ici,  à  le  figurer  par  des  lignes  et  à  indiquer 
sinon  des  méthodes  précises  d'observation,  du  moins  quelques  procédés  géné- 
raux à  Haide  desquels  on  est  parvenu  soit  à  ordonner  les  aspects  variés  du  ciel, 
soit  à  les  représenter.  U  commence  par  tracer  l'écliptique  avec  ses  douze  signes, 
sur  lequel  cheminent  le  soleil,  les  nœuds  des  planètes  et  l'ombre  de  la  terre. 
Tous  les  astres,  les  étoiles  comprises,  sont  des  globes  obscurs  par  eux-mêmes, 
qui  empruntent  leur  éclat  à  la  lumière  du  soleil.  Au  centre  de  leurs  orbites  et  de 
l'espace,  la  terre  est  suspendue,  massive  et  parfaitement  arrondie,  «  semblable 
»  au  poteau  autour  duquel  tournent  les  bœufs  sur  l'aire  w  (III,  1 5).  Malgré  sa 
solidité,  elle  subit  l'action  du  temps  :  son  diamètre  s'accroît  d'un  yojana  dans  un 
jour  de  Brahmâ,  et  décroît  d'autant  la  nuit  suivante.  Son  immobilité,  du  reste, 
n'est  que  relative  :  elle  tourne  sur  son  axe,  sans  que  ses  habitants  s'en  aperçoi- 
vent :  «  comme  le  nautonier  allant  au  fil  de  l'eau  voit  le  rivage  immobile  fuir 
»  en  sens  contraire,  ainsi  voit-on  les  étoiles  immobiles  traverser  directement  de 
»  l'est  à  l'ouest  le  méridien  à  Lanka  ^  «  (IV,  9).  Les  deux  pôles,  où  le  jour 
— — — -^i 

1.  Cette  expression  n'est  pas  employée  dans  le  texte  même.  Le  commentaire  s'en  sert, 
un  peu  contre  l'analogie,  non  pas  pour  désigner  x,  mais  bien  l'opération  au  moyen  de 
laquelle  on  le  détermine. 

2.  Le  commentateur,  qui  soutient  l'immobilité  absolue  de  la  terre,  veut  qu'on  traduise 
la  fin  de  ce  passage  «  ainsi  les  étoiles  qui  traversent  le  méridien  de  l'Est  à  l'Ouest,  s'ima- 
»  ginent  que  la  terre  immobile  se  meut  en  sens  contraire.  »  Mais  il  est  évident  qu'Arya- 
hhata.  n'avait  point  à  se  soucier  de  l'illusion  que  peuvent  se  faire  les  étoiles.  Ce  passage 
n'est  du  reste  pas  le  seul  où  il  parle  de  la  révolution  diurne  de  la  terre.  Il  la  mentionne 
tout  aussi  nettement  I,  1;  et,  sans  parler  d'autres  indices,  l'expression  singulière  de 
»  conjonctions  du  soleil  et  de  la  terre  »  par  laquelle  il  désigne  III,  5,  les  levers  du  soleil, 
s'expliquerait  difficilement  dans  l'autre  hypothèse.  Il  est  vrai  que  dans  le  vers  suivant, 
IV,  10,  il  semble  se  dédire  tout  aussi  nettement  :  «  La  sphère  sidérale  produit  le  lever 
»  et  le  coucher,  entraînée  qu'elle  est  avec  .toutes  les  planètes  d'Orient  en  0.çcidjÇ|i|^jpar 


250  'f'»^^^"'' REVUE   CRITIQUE 

et  la  nuit  sont  de  six  mois,  sont  marqués  par  le  Meru  qui  est  la  résidence  des 
dieux,  et  par  la  Bouche  de  la  Cavale,  entrée  des  enfers,  près  de  laquelle  séjour- 
nent les  trépassés.  Des  deux  hémisphères  que  ces  points  dominent,  l'un  est 
continental,  l'autre  est  entièrement  occupé  par  l'océan.  Aux  quadrants  de  l'équa- 
teur  qui  les  sépare,  sont  placées  les  quatre  cités  fabuleuses  de  Lanka ,  de 
Siddhàpura,  de  Yavakoù  et  de  Romaka.  Sous  le  méridien  de  Lanka,  qui  est  le 
premier  méridien,  se  trouve  Ujjayinî,  IV,  1-17,        '3î'î>  î?^''  Ar-^;  dm'. 

L'univers  étant  ainsi  décrit,  il  s'agit  de  le  figurer.  Pour  cela  on  construit  une 
sphère  composée  de  deux  cercles  verticaux  se  coupant  à  angle  droit,  et  dont 
l'un  représente  le  méridien,  d'un  cercle  horizontal  et  d'un  cercle  horaire  perpen- 
diculaire au  méridien.  Dans  l'intérieur  de  cette  première  sphère,  le  commentaire 
en  loge  une  deuxième  dont  le  texte  ne  parle  pas  :  celle-ci  est  mobile  autour  de 
son  axe  dont  les  pôles  sont  ceux  du  monde,  et  consiste  en  un  cercle  équatorial, 
en  deux  cercles  figurant  les  colures  et  en  un  écliptique  par  les  divisions  duquel 
on  pourra  mener  en  outre  un  nombre  voulu  de  parallèles  diurnes.  Ces  cercles 
sont  en  bambou,  et  à  certaines  recommandations  sur  la  manière  de  les  monter 
que  fait  le  commentateur,  il  n'est  que  trop  visible  qu'il  était  étranger  aux  pro- 
cédés de  construction  même  les  plus  élémentaires.  L'appareil  ainsi  disposé 
constitue  une  sphère  armillaire  bonne  pour  la  démonstration,  mais  évidemment 
impropre  à  l'observation.  Il  n'en  est  pas  tout-à-fait  de  même  de  deux  autres 
cercles,  l'un  vertical,  l'autre  horizontal,  et  dont  le  centre  est  l'œil  de  l'observa- 
teur. i\  n'est  pas  dit  si  ces  cercles  sont  indépendants  ou  s'ils  font  partie  du  pre- 
mier appareil,  ni  comment,  dans  ce  dernier  cas,  ils  doivent  y  être  adaptés; 
maniés  à  part,  ils  constitueraient  du  moins  un  instrument  rudimentaire  pour 
déterminer  la  position  des  astres.  Enfin  la  machine  entière  (ou  une  boule  en  bois 
placée  au  centre  représentant  la  terre  ?  ou  une  boule  quelconque  tout-à-fait  indé- 
pendante du  premier  appareil  ?)  devra  être  mue  «  proportionnellement  au 
»  temps,  à  l'aide  de  mercure,  d'huile  et  d'eau  »,  ce  que  le  commentaire  expli- 
que de  la  façon  suivante  :  l'appareil  est  rendu  mobile  autour  d'un  axe  horizontal 
fixé  sur  deux  poteaux  orientés  nord-sud  :  dans  les  trous  par  lesquels  s'engage 
l'axe  on  verse  de  l'huile  :  sur  l'équateur,  au  point  ouest,  on  plante  une  fiche  de 
bois  à  laquelle  on  attache  une  corde  qu'on  enroule  sur  l'équateur  en  la  passant 
d'abord  en  dessous  et  en  la  ramenant  en  dessus  au  point  ouest  :  à  l'extrémité 
libre  de  la  corde  on  suspend  une  petite  calebasse  remplie  de  mercure  :  celle-ci 
vient  flotter  dans  l'eau  qui  est  contenue  dans  une  tige  creuse  de  bambou  de 
hauteur  égale  à  la  longueur  de  la  corde  et  au  bas  de  laquelle  on  a  percé  un 

»  le  vent  Pravaha.  »  Si  ce  vers  est  bien  authentique,  il  faut  admettre  qu'après  avoir  établi 
l'état  réel  des  choses,  Aryabha^a  est  revenu  au  langage  courant.  Mais  dans  ce  cas  il  faut 
admettre  aussi  que  le  vent  Pravaha  a  une  autre  signification  chez  lui  que  dans  la  tradition, 
et  que  ce  tourbillon,  cause  du  lever  et  du  coucher  des  astres,  est  conçu  par  lui  comme 
agissant  sur  la  terre  et  non  pas  sur  les  étoiles.  Or  I,  9  il  parle  d'un  «  vent  de  la  terre  » 
qui  enveloppe  notre  globe  jusqu'à  la  hauteur  de  12  yojanas.  Le  commentaire  entend  par 
là  la  région  des  vents  terrestres  variables,  au  delà  desquels  règne  le  vent  des  cieux.  Mais 
il  est  permis  de  supposer  que  c'est  précisément  ce  dernier  que  l'auteur  a  entendu 
désigner. 


d'histoire  et  de  littérature.  251 

trou  de  telle  façon  que  l'eau  mette  juste  24  heures  à  s'écouler.  On  ouvre  le  trou 
et  le  flotteur,  baissant  avec  le  niveau  de  l'eau,  entraîne  la  machine  d'un  mouve- 
ment uniforme  d'orient  en  occident.  Le  commentaire  a  soin  d'ajouter  que  l'ap- 
pareil fonctionnant  ainsi  ne  représentera  en  aucune  façon  les  mouvements  com- 
pliqués du  ciel,  mais  il  servira  d'horloge  !  C'est  là  tout  ce  que  nous  apprenons 
concernant  l'outillage  de  l'observatoire  d'Aryabha/a  '  (IV,  18-22). 

Le  reste  de  la  section  (IV,  23-50)  s'occupe  de  traduire  sur  la  sphère  en  lignes 
trigonométriques  les  quantités  usuelles  en  astronomie  ainsi  que  les  rapports  qui 
les  relient  (latitude  terrestre;  longitude,  déclinaison  et  distance  zénithale  du 
soleil;  rayon  d'un  parallèle  diurne  donné;  levers  équatoriaux,  ou  pour  une 
latitude  quelconque,  des  divisions  de  l'écliptique  ;  accroissement  et  diminution 
des  jours;  le  gnonom  d'une  heure  donnée;  la  position  des  points  du  lever  et  du 
coucher,  etc.).  Toute  cette  partie  dénote  chez  Aryabhaîa  une  connaissance 
étendue  et  surtout  un  usage  très-ingénieux  de  la  géométrie  du  cercle.  Il  passe 
ensuite  à  la  détermination  du  lieu  d'un  astre,  particulièrement  du  soleil  et  de  la 
lune  en  vue  des  éclipses,  et  il  donne  la  vraie  théorie  de  ces  dernières.  Il  note 
également  les  effets  de  la  pénombre  et  de  la  réfraction  dans  les  éclipses  de  lune, 
mais  sans  essayer  d'explication.  On  se  rend  moins  bien  compte  de  l'origine  d'une 
autre  remarque,  à  savoir  que  la  lune,  étant  à  l'état  liquide,  est  transparente  vers 
le  bord  et  que,  par  suite,  dans  les  éclipses  du  soleil,  la  partie  éclipsée  de  l'astre 
est  plus  grande  en  réalité  qu'en  apparence.  Peut-être  faut-il  voir  là  un  reste 
d'idées  mythologiques,  car  ses  données  suffisaient  à  l'explication  de  tous  les 
aspects  du  phénomène,  y  compris  celui  de  l'éclipsé  annulaire. 

Il  résulte  de  cette  trop  longue  analyse,  mais  qu'il  n'a  pas  dépendu  de  moi  de 
faire  plus  courte,  qu'Aryabha^a  appartient  entièrement  à  la  nouvelle  astronomie 
indienne,  à  celle  qui  est  représentée  par  les  Siddhântas  et  qui  relève  des  Grecs, 
en  particulier  d'Hipparque.  Le  seul  emploi  du  mot  horâ  W,  1 5  (dans  le  sens 
d'heure)  attesterait  au  besoin  l'influence  étrangère.  La  base  de  l'ancienne  science, 
les  naxatras,  n'ont  plus  aucun  rôle  dans  son  traité  ;  le  mot  même  n'y  paraît  plus 
dans  son  sens  propre.  Quant  à  la  chose,  il  y  fait  allusion  une  seule  fois,  à 
propos  des  années  de  Jupiter  (III,  4),  qu'il  dénomme  d'après  la  liste  qui  com- 
mence par  Açvinî.  En  même  temps  l'astronomie  est  devenue  déjà  toute  mathé- 
matique et  la  connaissance  pratique  du  ciel  semble  y  tenir  peu  de  place.  Ce 
serait  abuser  toutefois  de  la  preuve  négative  que  de  le  mettre  sous  ce  rapport 
au  même  niveau  que  la  plupart  des  écrivains  plus  modernes,  et  de  lui  reprocher 
la  même  indifférence  pour  l'observation  dont  fut  certainement  affligé  par  exemple 
son  commentateur.  Il  est  fort  probable,  en  effet,  que  la  codification  de  la  science 
en  un  certain  nombre  d'écrits  de  haute  autorité  ait  eu  dans  l'Inde  une  influence 

1.  Les  autres  instruments  qu'il  mentionne  ou  auxquels  il  fait  allusion  sont  le  gnomon 
(que  le  commentaire  fixe  à  1/2  coudée),  le  fil  à  plomb,  la  règle  et  le  compas  II,  1 3.  Celui- 
ci  consiste  d'après  le  commentaire  en  une  tige  de  bois  fendue  dans  le  sens  de  la  longueur 
et  muni  à  l'une  des  extrémités  d'une  forte  ligature  :  les  2  branches  sont  taillées  en  pointe, 
et  l'écartement  s'en  détermine  au  moyen  d'une  fiche  de  bois  qu'on  fait  glisser  dans  la 
fente.  Le  niveau  se  détermine  par  l'eau,  ibid.  Pour  s'assurer  si  un  plan  est  horizontal, 
on  y  creuse  une  rigole  circulaire  qu'on  remplit  d'eau  (Comment,). 


2^2  -vM".,!  REVUE   CRITIQUE 

semblable  à  celle  que  Biot  accuse  quelque  part  l'Almageste  de  Ptolémée  d'avoir 
exercée  en  Occident  :  d'avoir  ouvert  la  porte  à  la  routine  en  substituant  l'étude 
d'un  livre  à  celle  des  faits.  Il  se  peut  donc  qu'Aryabha/a  ne  doive  pas  être  rangé 
lui-même  parmi  ces  astronomes  indiens  qui  calculaient  les  aspects  du  ciel  sans 
jamais  le  regarder  ;  mais  il  a  certainement,  par  toute  la  tendance  de  son  manuel, 
aidé  à  préparer  leur  avènement. 

j  Le  dépouillement  complet  du  texte  et  du  commentaire  de  l'Aryabharîya  four- 
nirait un  contingent  assez  considérable  de  termes  et  d'acceptions  qui  ne  se 
trouvent  pas  dans  les  lexiques.  Il  ne  faudrait  pas  sans  doute  aller  trop  loin  dans 
cette  voie,  surtout  en  ce  qui  concerne  les  acceptions,  ni  enregistrer  indistincte- 
ment toutes  les  hardiesses  de  ce  style  de  rébus.  Mais  il  n'en  reste  pas  moins  un 
certain  nombre  de  termes,  la  plupart  techniques,  que  l'étymologie  seule  ne 
détermine  pas  suffisamment  et  dont  il  est  à  espérer  que  les  auteurs  du  Diction- 
naire de  Saint-Pétersbourg  feront  leur  profit  pour  leurs  derniers  suppléments. 
En  voici  quelques-uns ,  ceux  qui  se  trouvent  dans  le  texte  même  sont  en  itali- 
ques :  agra  et  ses  composés  niragra  et  sâgra  ;  il  en  a  été  parlé  plus  haut  à  propos 
du  kuHâkâra;  ce  dernier  terme  manque  également  dans  le  Dictionnaire.  — 
Ashri,  le  nombre  i6;  atyash/i,  le  nombre  17.  —  Avalambaka,  le  cosinus  de  la 
latitude  terrestre  représenté  par  le  gnomon  majeur  du  midi,  le  jour  de  l'équinoxe. 
Le  gnomon  majeur,  mahâçanku,  a  pour  hypothénuse  le  rayon  de  la  sphère 
céleste  ;  paraçanku  est  le  gnomon  du  midi  :  ces  deux  termes  manquent  égale- 
ment. —  Asu,  division  du  temps,  synonyme  de  prâna.  —  Ahi,  aussi  nâga,  le 
nombre  8.  —  Udayajyâ  le  sinus  de  la  distance  du  point  Est  au  point  où  un 
astre  se  lève.  —  Karna,  le  rayon  vecteur  d'une  planète.  — Khara,  le  nombre  7. 
—  Jalamadhya,  le  pôle  sud,  le  pôle  de  l'eau,  opposé  à  sîhalamadhya,  le  pôle 
nord,  le  pôle  de  la  terre  ferme  :  madhya  désigne  le  centre  quand  il  s'agit  d'une 
sphère  et  le  pôle  quand  il  s'agit  d'un  hémisphère;  ainsi  Khamadhyas\gmï\QXdiX\Xb\. 
le  centre  de  l'univers,  tantôt  le  zénith.  —  Tiîhipralaya,  l'excès  du  nombre  des 
jours  lunaires  sur  celui  des  jours  solaires  pendant  un  yuga.  —  Dîpayashii, 
dîpabhujâ,  la  hauteur  du  point  lumineux  au-dessus  du  plan  sur  lequel  se  projette 
l'ombre;  bhujâ,  un  des  petits  côtés  du  triangle  rectangle,  est  toujours  employé 
au  féminin  par  Aryabhaïa.  —  Madhyajyà,  le  sinus  de  la  distance  zénithale  du 
soleil  à  midi.  —  Mara,  dans  amaramarâh,  les  immortels  et  les  trépassés;  alterne 
avec  prêta.  —  Mùla,  dénominateur;  ce  sens  résulte  de  II,  7.  —  Vishuvajjyâ,  le 
sinus  de  la  distance  zénithale  du  soleil  à  midi,  le  jour  de  l'équinoxe,  égal  au 
sinus  de  la  latitude.  —  Vislmcchayâ,  la  même  quantité  exprimée  par  l'ombre  du 
gnomon  majeur  pour  le  même  moment.  —  Çakra,  le  nombre  14.  Etc.;  la  liste 
complète  serait  beaucoup  plus  longue. 

Quant  au  travail  de  l'éditeur,  il  est  tel  qu'on  devait  l'attendre  de  la  part  de 
M.  Kern,  c'est-à-dire  excellent.  La  correction  peut  passer  pour  irréprochable 
dans  une  matière  aussi  difficile.  L'exécution  matérielle,  de  son  côté,  ne  laisse  rien 
à  désirer  sous  le  rapport  de  l'élégance  et  de  la  clarté.  Une  seule  chose  manque 
à  cette  belle  publication,  une  traduction,  pour  laquelle  nul  ne  peut  être  mieux 
préparé  que  M.  Kern,  et  sans  laquelle  le  livre  ne  rendra  qu'imparfaitement  tous 


D*H1ST01RE    ET    DE    LITTéRATURE.  2^^ 

les  services  qu'on  peut  en  attendre  pour  l'étude  du  passé  de  l'Inde  et  de  l'histoire 

des  sciences  en  général.  En  ce  qui  me  concerne  du  moins,  je  n'hésite  pas  à  faire 

l'aveu  que  ce  ne  sera  que  du  jour  où  je  posséderai  ce  complément  indispensable, 

que  je  croirai  pouvoir  former  un  avis  définitif  sur  plus  d'un  point  obscur.        '^ 

Voici  quelques  incorrections  que  je  crois  devoir  relever  :  p.  4,  1.   12  au  lieu 

de  shu,  lire  ba.  —  Ibid.  et  p.  5,1.  $,  il  y  a  confusion  des  caractères  U  et  Iri. 

—  P.  5,  1.  6,  au  lieu  de  ci,  lire  gi.  —  P.   5,1.  2,  infra,  ajouter  tadvat  après 

bhâni.  —  P.  1 5 , 1.  I ,  infra,  et  p.  17,  1.  9,  au  lieu  de  svaki,  lire  skaki  :  le  nombre 

figuré  est  191.  —  P.  19,  1.  1 3,  au  lieu  de  dvâdaçâgra,  lire  dvMaçâçra,  à  moins 

qu'il  faille  admettre  pour  agra  la  signification  d'arête  d'un  polyèdre  ?  —  P.  22, 

1.  6,  il  faut  probablement  lire pûrvasîhâpitaghanamàlâ''  en  un  seul  mot;  de  même 

1.  13  et  14,  au  lieu  de  ghanapankti,  ghanamûlapankti  ou  mûlapdnkti;  de  plus  les 

lignes  I G  et  11  et  les  deux  dernières  syllabes  de  la  ligne  9  sont  à  effacer.  — 

P.  46,  1.  14,  au  lieu  de  vakrayor,  lire  vakrâvakrayor,  deux  planètes  allant  en  sens 

contraire  ne  pouvant  être  toutes  les  deux  rétrogrades.   ~  P.  47,  1.   3  infra, 

kuttâkâra.  —  P.  71,  ligne  i  infra,  au  lieu  de  3,  lire  6.  —  P.  72,  1.  i  infra,  au 

lieu  de  3,  lire  6.  —  P.  83,  1.  14,  svâhorâtra".  —  P.  86,  1.  2  infra,  au  lieu  du 

i"  çaçi,  il  faut  probablement  lire  kha  ;  le  commentaire  adopte  partout,  pour  la 

valeur  de  la  déclinaison  solsticiale  du  soleil,  celle  du  texte,  c'est-à-dire  24°  dont 

le  cosinus  indien  est  3 140  et  non  3 141.  —  P.  9$,  1.  3,  au  lieu  de  candra,  lire 

sùrya. 

A.  Barth.  m» 


73.  —  Culturpflanzen  und  Hausthiere  in  ihrem  Uebergang  aus  Asien  nach  Grie- 
chenland  und  Italien  sowie  in  das  ùbrige  Europa,  historisch-linguistische  Sicizzen,  von 
Victor  Hehn.  2^  édit.  revue  et  corrigée.  Berlin.  1874.  i  vol.  in-8°.  —  Prix  :  12  fr. 

Nous  avons  déjà  rendu  compte  dans  la  Revue  (n»  du  12  avril  1873)  de  la  pre- 
mière édition  de  cet  excellent  ouvrage,  également  intéressant  pour  l'érudit  et 
pour  le  simple  lettré.  La  seconde  édition  nous  a  paru  retouchée  avec  soin.  L'au- 
teur y  a  cédé  au  vœu  général  de  ses  critiques  en  traduisant  de  nombreuses  cita- 
tions grecques  qu'il  s'était  d'abord  contenté  de  donner  en  original  ;  mais  pour 
faire  cette  concession  à  la  faiblesse  des  lecteurs  ordinaires  il  a  supprimé  les  textes 
eux-mêmes,  en  quoi  nous  pensons  qu'il  a  eu  tort.  Il  fallait  les  laisser  subsister, 
au  moins  en  note,  afin  qu'on  pût  s'y  référer  à  volonté.  D'ailleurs  les  renvois  des 
traductions  ne  sont  pas  toujours  justes  :  ainsi,  p.  20,  on  cite  comme  apparte- 
nant au  Juchant  de  l'Iliade  une  description  poétique  du  cheval  qui  appartient 
au  6^ 

La  nouvelle  édition  est  enrichie  d'un  grand  article  sur  le  cheval,  dont  les 
détails  sont  précieux,  mais  dont  la  conclusion  n'est  peut-être  pas  assez  claire- 
ment démontrée.  L'auteur  voudrait  établir  que,  lors  de  leur  grande  émigration, 
les  Indo-européens  ne  possédaient  pas  encore  le  cheval,  et  que  plus  tard  seule- 
ment, par  l'intermédiaire  de  l'Iran,  ils  le  reçurent  des  Turks  et  des  Mongols, 
auxquels  reviendrait  l'honneur  d'avoir  dompté  les  premiers  le  roi  des  solipèdes 
dans  les  steppes  de  l'Asie  centrale,  sa  patrie  originelle.  C'est  en  effet  vers  ce 


254  '-      REVUE  CRITIQUE         T'^r  " 

point  ({m  nous  ramène  la  géographie  zoologique.  Mais  la  correspondance  régu- 
lière entre  les  noms  du  cheval  chez  les  peuples  de  descendance  aryenne  ne  nous 
contraint-elle  pas  de  supposer  qu'ils  connaissaient  déjà  l'animal,  et  qu'ils 
l'avaient  tout  au  moins  reçu  de  leurs  voisins  nomades,  avant  la  grande  dispersion 
de  notre  race  ? 

Nous  avions  adressé  à  la  première  édition  quelques  critiques  de  détails  dont 
la  plupart  subsistent  en  face  de  la  seconde.  Nous  y  renvoyons  le  lecteur. 

F.  Baudry. 


74.  —  Geschîchte  der  rœmischen  Literatur  von  W.  S.   Teuffel.  Dritte 
Auflage.  Leipzig,  Teubner.  1875.  Gr.  in-8',  xvj-1216  p.  —  Prix  :  18  fr.  75. 

L'Histoire  de  la  littérature  romaine  de  M,  Teuffel  est  un  ouvrage  universelle- 
ment estimé  en  Allemagne  et  véritablement  excellent,  indispensable  à  quiconque 
s'occupe  des  auteurs  latins.  La  seconde  édition  a  été  enlevée  en  trois  ans  ;  la 
troisième,  celle  qui  vient  de  paraître,  a  été  mise  au  courant  des  travaux  qui  ont 
paru  pendant  ce  court  intervalle,  et  comprend  une  quarantaine  de  pages  de  plus. 
On  ne  pourrait  indiquer  aux  latinistes  un  répertoire  littéraire  plus  complet,  plus 
précis  ou  plus  facile  à  consulter.  J'ajoute  que  M.  T.  ne  donne  en  aucune 
façon  dans  les  bizarreries  philologiques  où  se  complaisent  quelques-uns  de  ses 
compatriotes  et  qui  font  un  tort  si  sensible  à  l'Allemagne  et  à  la  science;  sa  cri- 
tique est  aussi  saine  que  son  érudition  est  étendue  et  sûre.  Il  est  remarquable- 
ment au  courant  des  travaux  —  trop  rares  —  qui  se  publient  en  France  '. 

M.  T.  consacre  encore  dans  cette  édition  un  chapitre  aux  fameuses  Tables 
d'Iguvium,  et  dit  qu'elles  sont  rédigées  partie  en  ombrien,  partie  en  latin.  C'est 
là  une  erreur;  les  sept  tables  sont  écrites  dans  une  seule  et  même  langue,  celle 
qu'on  appelle  l'ombrien;  l'alphabet  seul  est  tantôt  romain  et  tantôt  étrusque. 
Les  tables  iguvines  n'appartiennent  pas  à  l'histoire  de  la  littérature  latine, 

M.  T.  indique  comme  source  unique  pour  le  texte  des  relationes  de 
Symmaque  le  ms.  de  Munich  18787,  qui  a  été  seul  bien  mis  à  profit  par 
M.  W.  Meyer  dans  son  édition.  J'ai  montré  ici  que,  contrairement  à  l'opinion 
énoncée  sans  preuves  par  M.  Meyer,  l'édition  de  1549  représente  pour  nous 
un  ms.  d'une  autre  famille;  v.  Rev.  crit.  1873,  2,  252. 

Les  quelques  erreurs  de  détail  qu'on  peut  découvrir  dans  ce  gros  livre  n'en 
diminuent  pas  la  valeur.  Un  Français  qui  le  traduirait  rendrait  à  son  pays  un 
grand  service;  en  attendant  ceux  même  qui  ne  lisent  pas  l'allemand  peuvent 
sans  peine  tirer  parti  des  citations,  qui  sont  nombreuses  et  bien  classées. 

L.  Havet. 


1.  M.  T.  ne  signale  pas  la  Notice  de  M.  Thurot  sur  un  ms.  du  XII"  s.  des  Epistolae 
ad  familiares  (Biblioth.  des  Hautes-Études,  fasc.  17.  1874). 


d'histoire  et  de  littérature.  2<j5. 

SOCIÉTÉS  SAVANTES.  f  «tfèoMra  ^«f. 

ACADÉMIE   DES   INSCRIPTIONS   ET    BELLES-LETTRES.  ■       • 

Séance^  du  9  avril  1 87  5 . 

L,e  ministre  de  l'instruction  publique  transmet  à  l'académie  des  estampages 
envoyés  par  M.  de  S'''  Marie  (n°s  1 201-1300),  et  un  mémoire  de  M.  Collignon, 
membre  de  l'école  d'Athènes,  sur  quelques  vases  doriques,  envoyé  par  M.  Ém. 
Bumouf. 

M.  Darcel  écrit  à  l'académie  pour  la  consulter  au  sujet  des  inscriptions  qui 
doivent  figurer  sur  plusieurs  tapisseries  en  cours  d'çxécution  à  la  manufacture 
des  Gobelins. 

La  photographie  d'un  silex  trouvé  aux  environs  d'Amiens,  qui  paraît  avoir  pu 
servir  de  balle  de  fronde,  est  envoyée  à  l'académie.  ..{y  sin^2(, . 

M.  de  Saulcy  présente  de  la  part  de  M.  Victor  Guérin  deux  volumes  intitulés. 
Description  géographique,  historique  et  archéologique  delà  Palestine;  seconde  partie  : 
Samarie;  Paris,  impr.  nat.,  1874-5,  8".  Il  fait  le  plus  grand  éloge  de  cet  ouvrage 
et  émet  le  vœu  que  M.  Guérin  soit  chargé  d'explorer  d'autres  parties  de  la  Pa- 
lestine. 

M.  Mohl  présente  de  la  part  de  M.  Birch  les  empreintes  de  quatre  inscriptions 
provenant  d'Idalion  en  Chypre,  dont  les  marbres  sont  à  Londres  au  musée  bri- 
tannique. 

M.  Waddington  présente  la  83e  livraison  du  Voyage  archéologique  de  Philippe 
Le  Bas  dont  la  publication  est  continuée  sous  sa  direction. 

Autres  ouvrages  offerts  à  l'académie  : 

Transactions  of  the  society  of  biblical  archeology,  vol.  III,  p.  i  ;  London, 
1874,  8°; 

Aug.  Castan,  Faut-il  dire  Rognon  ouRosemont?  Besançon,  1 874  ;  brochure  8°; 

Hyde  Clarke,  Researches  in  prehistoric  and  protohistoric  comparative  philology, 
etc.,  London,  1875,  8°. 

M.  Naudet  commence  la  lecture  d'un  mémoire  sur  la  question  des  tribuai. 
militum  a  populo.  La  partie  de  ce  mémoire  lue  à  cette  séance  est  consacrée  à  la 
réfutation  des  opinions  émises  sur  cette  question  par  MM.  Duruy  et  Ch.  Giraud. 
—  M.  Naudet  ne  pense  pas  qu'on  puisse  admettre,  comme  le  veut  M.  Giraud, 
que  les  îribuni  militum  a  populo  fussent  des  tribuns  militaires  électifs  du  peuple 
romain.  Une  telle  élection  lui  paraît  impossible  sous  le  pouvoir  absolu  des  em- 
pereurs. Il  est  certain  d'une  part  que  dès  le  temps  de  César  l'usage  de  laisser 
le  choix  des  tribuns  militaires  aux  commandants  d'armée  prévalut,  et  de  l'autre 
que  les  comices  électoraux  disparurent  après  Auguste.  Les  éloges  mêmes  que 
Pline  donne  à  Trajan  pour  avoir  rétabli  ces  comices  montrent  qu'ils  avaient 
absolument  cessé  d'exister  auparavant,  et  il  est  facile  de  voir  que  Trajan  lui- 
même  ne  rétablit  pas  l'élection  des  magistrats  par  le  peuple  :  le  peuple  ne  se 
réunissait  que  pour  entendre  proclamer  les  nouveaux  magistrats.  D'ailleurs  les 
tribuns  militaires  élus,  à  l'époque  où  l'on  en  rencontre  encore,  sont  désignés  sous 
d'autres  noms  que  celui  de  tribunus  militum  a  populo.  Enfin  cette  expression  ne 


256  REVUE   CRITIQUE    D'hïSTOIRE    ET    DE    LITTÉRATURE. 

pouvait  suffire  pour  désigner  un  élu  du  peuple  romain,  il  aurait  fallu  a  populo 
romano  :  dans  les  autres  cas  où  l'on  trouve  le  mot  populas  sans  autre  indication 
dans  des  inscriptions  étrangères  à  Rome,  ce  mot  veut  toujours  dire  le  peuple 
du  municipe  sur  le  territoire  duquel  se  trouvait  l'inscription.  —  M,  Naudet 
refuse  également  de  voir  avec  M.  Duruy  dans  les  tr.  m.  a  p.  les  commandants 
électifs  d'une  milice  municipale.  Les  conclusions  que  M.  Duruy  a  voulu  tirer  de 
l'art.  103  de  la  loi  de  Genetiva  sont  très-hasardées,  les  restrictions  nombreuses 
que  cette  loi  apporte  au  droit  qu'elle  accorde  en  certains  cas  d'armer  une  troupe 
pour  la  défense  du  municipe,  montrent  le  caractère  exceptionnel  de  cette  dispo- 
sition et  la  défiance  du  gouvernement  romain  à  l'égard  des  cités  provinciales; 
et  le  fait  que  le  commandement  de  ces  sortes  de  troupes  est  attribué  par  la 
même  loi  aux  duumvirs  ou  à  leurs  délégués  prouve  qu'il  n'y  avait  pas  dans  la 
colonie  de  fonctionnaire  chargé  spécialement  de  les  commander.  Quant  aux 
officiers  de  police  qu'on  trouve  dans  divers  municipes,  les  irénarques,  les  stra- 
tèges, les  praefecti  armorum,  uigilum,latrocinus  arcendis,  ils  ne  commandaient  que 
des  agens  de  police  non  armés.  Comment  d'ailleurs  les  Romains  auraient-ils 
permis  aux  cités  d'entretenir  des  troupes  d'hommes  armés,  quand  on  voit  Trajan 
refuser  à  Pline  le  jeune  la  permission  d'établir  dans  la  ville  de  Nicomédie  un 
corps  de  pompiers  de  1 50  hommes  (Plin.  epist.  10,  42-43)  ?  —  Dans  la  suite 
de  ce  mémoire  M.  Naudet  exposera  le  système  qu'il  propose  de  substituer  à 
ceux  de  MM.  Duruy  et  Giraud. 

M.  Le  Blant  lit  une  note  sur  une  inscription  qui  provient  d'une  hypogée  de 
Rome,  où  elle  était  gravée  sur  la  tombe  d'une  femme  païenne,  et  dans  laquelle 
on  lit  ces  mots  :  «  Plures  me  antecesserunt,  omnes  expecto.  Manduca,  uibe 
»  (i.  e.  bibe),  lude  et  ueni  at  me.  Cum  uibes  (uiuis)  bene  fac  :  hoc  tecum 
»  feres.  »  Ces  derniers  mots  ont  été  interprétés  jusqu'ici  comme  une  exhortation 
à  la  bienfaisance.  M.  Le  Blant  pense  au  contraire  que  l'inscription  est  tout 
entière  inspirée  du  sentiment  épicurien  qui  a  dicté  les  mots  précédents  «  man- 
duca, uibe;  lude»,  et  que  le  membre  de  phrase  en  question  doit  être  entendu 
à  peu  près  dans  le  même  sens  que  cette  autre  épitaphe  païenne  qui  nous  est 
parvenue  :  «  quod  edi,  bibi,  mecum  habeo  quod  reliqui  perdidi  ».  Il  cite  à 
l'appui  de  cette  interprétation  un  passage  de  S.  Augustin  (serm.  361,  deresurr.  ' 
mortuorum,  ch.  5  et  6)  où  l'auteur  se  plaint  du  matérialisme  de  ses  contempo- 
rains et  les  représente  disant  :  «  Manducemus  et  bibamus,  crasenim  morimur... 
»  Bene  nobis  faciamus,  cum  uiuimus  ».  M.  Le  Blant  pense  donc  que  le  bene  fac 
de  l'inscription  en  question  peut  être  traduit  par  fais-toi  du  bien,  réjouis-toi  :  et 
l'on  trouve  en  effet  facere  bene  employé  en  ce  sens  dans  un  passage  de  la  Vulgate, 
où  la  signification  en  est  assurée  par  la  comparaison  avec  le  texte  hébreu  '. 

Julien  Havet, 


Le  propriétaire-gérant  :  F.  VIEWEG. 


I,  Ecclésiaste,  ch.  3,  v.  12  :  Et  cognoui  quod  non  esset  melius  nisi  laetari  et  facere 
bene  in  uita  sua. 

Nogent-ie-Rotrou,  imprimerie  de  A.  Gouverneur. 


—  Laur,  Zur  Geschichte  der  franzôsischen  Litteratur.  Mannheimj  Schneider- 
In-S",  1 19  p.  (trois  leçons  sur  Paiissy,  La  Rochefoucauld  el  Rivarol).  —  Zan- 
DONELLA,  Saggio  sulla  ritmica  dei  dialetti  italiani.  Florenz,  Bencini.  In-8",  1  ^  p. 
(l'auteur  de  l'article  H.  Sch....rdt  (Schuchardt)  applaudit  à  l'idée  de  cette  bro- 
chure, et  déclare  qu'il  a  lui-même  fait  en  1870  une  leçon,  qui  n'a  pas  été  im- 
primée, sur  le  rythme  des  mots;  M.  Stanislas  Guyard  nous  prie  d'ajouter  qu'il 
avait  exposé  les  mêmes  idées  en  1 87 1 ,  dans  une  conférence  de  PÉcole  des  Hautes- 
Études,  en  présence  de  MM.  Bréal,  Bergaigne  et  Havet  :  il  a  de  plus  lu  à  la 
séance  de  février  1875  de  la  Société  asiatique  une  communication  sur  le  rythme 
des  mots  en  arabe  et  sur  les  conclusions  qu'on  en  peut  tirer  pour  la  métrique  de 
cette  langue  ;  cette  communication,  qui  sera  insérée  au  procès-verbal  de  la  séance 
susdite,  est  extraite  d'un  mémoire  sur  la  métrique  arabe  dont  la  rédaction  est 
très-avancée,  et  dans  l'introduction  de  laquelle  M.  Guyard  établit  que  la  quantité 
des  mots  est  une  conséquence  de  leur  rythme  naturel).  —  Koch,  Linguistische 
Allotria.  Herausg.  v.  VVilhelm.  Eisenach,  Bacmeister.  In-8",  xxiv-94  p.  (bro- 
chure consacrée  aux  mots  anglais  formés  par  répétition  d'une  syllabe  avec  dissi- 
milation  d'une  voyelle  ou  d'une  consonne,  comme  bow-vow,  currie-v.  irrie,  etc.). 

—  Das  Nibelungenlied,  herausg.  v.  Zarncke,  5.  Aufl.  Leipzig,  Wigand.  In-8", 
cxxvj-445  p.  Idem,  hrsg.  v.  Zarncke.  Ausg.  fur  Schulen.  Daselbst.  In-8", 
xviij-409  p.  —  Dictionnaire  des  antiquités  grecques  et  romaines,  p.  p.  Darem- 
BERG  et  Saglio.  Fasc.  3,  Paris,  Hachette  (note  anal.), — Jahresbericht  ùber  die 
Fortschritte  der  classischen  Alterthumswissenschaft,  herausg.  von  Bursian  (cf. 
Rcv.  crit.,  1874,  II,  p.  379). 

Philosophische  Monatshefte.  XI.  Band.  1875. 

j'"'  livraison.  Philosophie  générale  :  E.  Pfleiderer,  prof,  à  Kiel.  De  l'objet 
de  la  philosophie  à  l'époque  actuelle.  —  Histoire  de  la  philosophie  :  R.  Eucken, 
prof,  à  léna.  Sur  la  valeur  de  l'histoire  de  la  philosophie.  —  Georg.  Morris  : 
traduction  anglaise  de  l'Histoire  de  la  philosophie  d'Ueberweg.  —  A.  Weber, 
prof,  à  Strasbourg.  Histoire  de  la  philosophie  européenne  (La  vérité  métaphysique 
ne  se  rencontre  ni  dans  le  matérialisme,  ni  dans  le  spiritualisme  dualistique;  mais 
dans  un  spiritualisme  concret  qui  considère  la  force  et  l'intelligence  comme  des 
attributs  distincts,  quoique  inséparables,  de  l'esprit).  —  R.  Zimmermann,  prof. 
à  Vienne  :  Kant  et  le  Positivisme  (ce  dernier  n'est  qu'un  dogmatisme  sans  cri- 
tique). —  Bibliographie.  —  Notice  sur  Ahrens. 

2^  livraison.  Bratuscheck.  Le  Positivisme  dans  la  science  (Discours  d'ouver- 
ture). —  WuNDT,  prof,  à  Zurich.  De  l'objet  de  la  philosophie  actuelle  (Concep- 
tion monistique  du  monde;  nécessité  de  l'expérience  externe,  mais  elle-même  se 
ramène  à  l'expérience  interne).  —  Histoire  de  la  Philosophie.  F.  G.  Pœtter  : 
I.  Esquisses  d'histoire  de  la  philosophie.  2.  La  personnalité  de  Dieu  et  le  Monde. 

—  Ch.  A.  Thilo.  Services  rendus  par  Herbart  à  la  philosophie;  à  propos  du 
monument  qui  doit  lui  être  élevé  à  Oldenburg  le  4  mai  1 876  (Précision  de  Her- 
bart, ses  emprunts  aux  mathématiques).  —  Bibliographie.  —  Revues. 


BULLETIN    BIBLIOGRAPHIQUE 
DES  PRINCIPALES   PUBLICATIONS   FRANÇAISES   ET    ÉTRANGÈRES. 

AVIS.  —  On  peut  se  procurer  à  la  librairie  A.  Franck  tous  les  ouvrages 
annoncés  dans  ce  bulletin ,  ainsi  que  ceux  qui  font  l'objet  d'articles  dans  la 
Revue  critique.  Elle  se  charge  en  outre  de  fournir  très-promptement  et  sans 
frais  tous  les  ouvrages  qui  lui  seront  demandés  et  qu'elle  ne  posséderait  pas  en 
magasin. 


Adam  (L.).  De  l'harmonie  des  voyelles 
dans  les  langues  ouraio-altaïques,  ln-8°, 
77  p.  Paris  (Maisonneuve  et  C'). 

Barthélémy  (A.  de).  Variétés  historiques 
et  archéologiques  sur  le  Chalonnois  et  le 
Rémois,  d'après  des  documents  inédits. 
3'  série.  In-S",  91  p.  Paris  (Aubry). 

Baumgart  (H.).  MWus  Aristides  aïs 
Repraesentant  d.  sophistischen  Rhetorik 
d.  2.  Jahrhunderts  d.  Kaiserzeit.  In-S", 
viij-240  S.  Leipzig  (Teubner).         8  fr. 

Blume  (L.).  Das  Idéal  d.  Helden  u.  d. 
Weibes  bei  Homer.  Mit  Rùcksicht  auf 
das  deutsche  Alterthum.  In-8°,  vj-55  S. 
Wien  (Hœlder).  i  fr.  75 

Baumann  (J.  J.).  6.  Vortraege  aus  dem 
Gebiete  der  praktischen  Philosophie. 
In-8*,  168  S.  Leipzig  (Hirzel).    3  fr.  25 

Christ  (W.).  Metrik  der  Griechen  und 
Rœmer.  In-8*,  xij-684  S.  Leipzig  (Teub- 
ner). 18  fr.  75 

Cirot  de  La  Ville.  Essai  de  philosophie 
sacrée,  ou  de  l'Écriture  sainte  d'après  les 
Saints  Pères  et  la  tradition  catholique. 
T.  I.  Impartie.  Dieu.  In-8°,  333  p.  Paris 
(Jouby  et  Roger). 

Gorssen  (W.).  Ueber  die  Sprache  der 
Etrusker.  i.  Bd.  Mit  Holzschn.  u.  25 
lithog.  Taf.  Gr.  in-8*,  xxxv)-ioi6  S. 
Leipzig  (Teubner).  40  fr. 

Durand  de  Villegagnon  (N.).  Relation 
de  l'expédition  de  Charles-Quint  contre 
Alger.  Suivie  de  la  traduction  du  texte 
latm  par  P.  Tolet.  Publiées  avec  avant- 
propos,  notice  biographique,  notes  et 
appendice,  par  H.  D.  de  Grammont. 
In-8°,  viij-149  p.  Paris  (Aubry). 

Félibien  (A.).  Mémoires  pour  servir  à 
l'histoire  des  maisons  royalles  et  basti- 
ments  de  France.  Publiés  pour  la  pre- 
mière fois,  d'après  le  manuscrit  de  la 
Bibliothèque  nationale.  In-8*,  xv-104  p. 
Paris  (Baur). 

Froissart  (J.).  Chroniques  publiées  pour 
la  Société  de  l'Histoire  de  France  par 


S.  Luce.  T.  5.  13  56-1 360.  Depuis  les 
préliminaires  de  la  bataille  de  Poitiers 
jusqu'à  l'expédition  d'Edouard  III  en 
Champagne  et  dans  l'Ile-de-France.  In-8'', 
lxxj-436  p.  Paris  (Renouard).  9  fr. 

Gaillardin  (C).  Histoire  du  règne  de 
Louis  XIV,  récits  et  tableaux.  2*  partie. 
L'époque  de  puissance  et  de  gloire  sous 
Colbert  et  Louvois.  T.  3  et  4.  In-8*, 
1297  p.  Paris  (Lecoffre  et  fils). 

Gerber  (G.).  Die  Sprache  als  Kunst  2. 

Bd.  2.  Haelfte(Schluss).  In-8-,  iv-301  S. 

Bromberg  (Mittler).  8  fr. 

Complet.  25  fr.  35 

Hœckel  (E.).  Anthropogenie.  Entwicke- 
lun^sgeschichte  d.  Menschen.  Mit  12  Taf. 
210  Holzschn.  u.  36  genêt.  Taf.  In-8", 
XVJ-732S.  Leipzig  (Engelmann).  i8f.  7J 

Katalog  der  Bibliothek  d.  kœnigl.  statis- 
tischen  Bureaus  zu  Berlin.  1.  Abth. 
Nach  Wissenschaften  geordnet.  In-4'', 
xij-6î2  u.  Ixxj  S.  Register.  Berlin  (Ver- 
lag  d.  k.  statist.  Bureaus  1.        13  fr.  35 

Luthardt  (C.  E.).  Der  Johanneische 
Ursprung  d.  4.  Evangeliums  untersucht. 
In-8%  viij-221  S.  Leipzig  (Dœrffling  u. 
F.).  5  fr. 

Plœtz  (G.I.  Étude  sur  Joachim  du  Bellay 
et  son  rôle  dans  la  réforme  de  Ronsard. 
In-8',  68  p.  Berlin  (Herbig).       i  fr.  75 

Strighe  (Le).  Leggende  popolari  vene- 
ziane  raccolte  da  D.  G.  Bernoni.  (In  dia- 
letto  veneziano).  In- 16,  32  p.  Venezia 
(tip.  Antonelli). 

Sybel  (H.  v.).  Die  deutschen  Universi- 
taeten,  ihre  Leistungen  u.  Bedùrfnisse. 
Zugleich  als  2.  verb.  u.  verm.  Aufl.  der 
Schrift.  «  Die  deutschen  u.  die  auswaert. 
Universitaîten.  »  In-8'',  67  S.  Bonn 
(Cohen  u.  Sohn).  '  ff-  7S 

Wolf  (A.).  William  Roye's  dialogue  bef 
ween  a  Christian  father  and  his  stubborn 
son.  Nach  dem  einzigen  auf  d.  wiener 
k.  k.  Hofbibliothek  befindl.  Exemplar 
hrsg.  In-8%  88  p.  Wien  (Gerold'Sohn). 

,    2  fr. 


Nogent-le-Rotrou,  Imprimerie  de  A.  Gouverneur. 


N*  17  Neuvième  année.  24  Avril  1875 

REVUE  CRITIQUE 

D'HISTOIRE   ET  DE  LITTÉRATURE 

RECUEIL  HEBDOMADAIRE  F'UBLIÉ  SOUS  LA  DIRECTION 

DE  MM.  C.  DE  LA  BERGE,  M.   BRÉAL,  G.  MONOD,  G.  PARIS. 
Secrétaire  de  la  Rédaction  :  M.  Stanislas  G u yard. 


I  Prix   d'abonnement  : 

Un  an,  Paris,  20  fr.  —  Départements,  22  fr.  —  Étranger,  le  port  en  sus 

suivant  le  pays. 


PARIS 
LIBRAIRIE    A.    FRANCK 

F.    VIEWEG,    PROPRIÉTAIRE 
67.  RUE  RICHELIEU,  67 


Adresser  toutes  les  communications  à  M.  Stanislas  Guyard,  Secrétaire  de  la 
Rédaction  (au  bureau  de  la  Revue  :  67,  rue  Richelieu). 


ANNONCES 


En  vente  à  la  librairie  A.  Franck,  F.  Vieweg  propriétaire, 
67,  rue  de  Richelieu. 

BIBLIOTHÈQUE  DE  l'ÉCOLE  DES  HAUTES  ÉTUDES 

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TTxrTV/T  IVT  r?     ^    Ammon-Ra  des  papyrus  égyptiens  du  musée  de 

n    1    iVl  IN  IL     Boulaq,  traduit  et  commenté  par  Eugène  Grébaut, 
^     avocat  à  la  Cour  d'appel  de  Paris.  22  fr. 

I  22^  FASCICULE. 

Lt7Q  OT  IhÎÎDQ  ^^  Philippe.  Poème  en  vers  politiques  de 
i~-t^  i  L-jLj  KJ  IX^  Philippe  le  Solitaire,  publié  dans  le  texte 
pour  la  première  fois,  d'après  six  mss.  de  la  Bibliothèque  nationale,  par  l'abbé 
E.  Auvray,  licencié  ès-lettres.  î  fr-  75 

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Architecture  of  Ireland  to  the  close  of  the  Twelfth  Century.  Dublin,  Kelly  ;  London, 
Simpkin,  Marshall  and  Go.  (James  Graves).  —  Mayers,  The  Ghinese  Reader's 
Manual  :  A  Handbook  of  Biographical,  Historical,  Mythological,  and  General 
Literary  Référence.  London,  Trùbner  (Joseph  Edkins  :  manuel  clair,  commode 
et  sûrement  renseigné).  — •  Yriarte,  La  Vie  d'un  Patricien  de  Venise  au  xvi''  s. 
Paris,  Pion  (M.  Greighton  :  c'est  un  roman  et  non  une  page  d'histoire).  — 
Trotter,  The  History  of  India,  from  the  earliest  Times  to  the  présent  Day 
(F.  J.  Goldsmid  :  manuel).  —  Glements  R.  Markham,  A  Memoir  of  the  Lady 
Ana  de  Osorio,  Gountess  of  Ghinchon  and  Vice-Queen  of  Peru  (A.  D.  1629-39). 
London,  Trùbner  (Daniel  Hanbury  :  c'est  de  la  cure  de  cette  dame  par  le  quina 
que  date  l'introduction  de  cette  substance  en  Europe).  —  Notes  and  News.  — 
Notes  of  Travel.  —  Edgard  Quinet  and  Amédée  Achard  (Evelyn  Jerrold).  — 
George  Herbert's  Présentation  to  Bemerton  (Samuel  R.  Gardiner).  —  The 
Russian  Révolution  of  1762  (J.  W.  Willis  Bund).  —  Letter  from  Persia  (A. 
,,,Schindler).  —  Correspondence.  The  Barhut  Sculptures  (R.  G.  Ghilders),  — 
"  «  A  Golden  Verse  »  (W.  D.  Macray).  —  Fye  Marten  (F.  J.  Furnivall).  — 
Boyd-Dawkins,  Gave-Hunting  :  Researches  on  the  Evidence  of  Gaves  respec- 
ting  the  Early  Inhabitants  of  Europe.  London,  Macmillan  (F.  W.  Rudler  :  ou- 
vrage du  plus  haut  intérêt).  —  Pfleiderer,  Das  Paulinismus.  Ein  Beitrag  zur 
Geschichte  der  urchristlichen  Théologie.  Leipzig  (Robert  B.  Drummond). 

The  Athenseum,  N°  2475,  ?  avril.  The  Périls  of  Griticism  (surprenant  juge- 
ment rendu  en  Ecosse  contre  VAthenaurn).  —  Sir  Henry  Rawlinson,  England 
and  Russia  in  the  East.  Murray  (article  très-défavorable).  —  The  Anglo-Saxon 
Gospels.  Ed.  by  W.  Skeat.  2  vols.  Gambridge,  University  Press  (excellente 
édition).  —  G.  Edmund  Maurice,  Lives  of  English  Popular  Leaders  in  the 
Midle  Ages.  Vol.  II.  King  and  Go.  (Vie  de  Tyler,  Bail  et  Oldcastle).  —  The 
Life  and  Works  of  Mencius.  By  James  Legge.  Trùbner  (M.  Legge  aura  bientôt 
terminé  son  inappréciable  collection  des  classiques  chinois).  —  The  First  Voyage 
round  the  World,  by  Magellan.  Translated,  etc.  by  Lord  Stanley  of  Alderley. 
Hakluyt  Society  (il  est  à  peine  besoin  de  signaler  l'intérêt  de  cette  publication). 
—  Notes  on  Hamlet  attributed  to  the  Earl  of  Rochester  (G.  Elliot  Browne). 
' —  Leonardo  da  Vinci  (R.  H.  Major:  curieuse  communication  sur  le  caractère 
et  le  génie  de  Vinci).  —  The  Basque  Language  (Louis-Lucien  Bonaparte  :  ré- 
fute M.  Broca  sur  deux  points  de  son  article  :  l'Origine  et  la  Répartition  de  la 
langue  basque).  —  M.  Edgar  Quinet.  —  Literary  Gossip. 

Literarisches  Centralblatt,  N°  i$,  10  avril.  VoN  Hartmann,  Die  Selbst- 
zersetzung  des  Christenthums  und  die  Religion  der  Zukunft.  Berlin,  Duncker. 
In-S",  122  p.  (réimpression  d'articles  parus  dans  le  journal  Die  Literatur)  — 
Hartsen,  Grundzùge  der  Logik.  Berlin,  Henschel.  In-S",  viij-i?9  p.  (sans 
grande  valeur).  —  A.  Mayer,  Die  Lehre  von  der  Erkenntniss.  Leipzig,  Thomas. 
In-8°,  x)-38i  p.  (peu  démonstratif).  —  Horwicz,  Psychologische  Analysen. 
2  Th.  I.  Haelfte:  Analyse  des  Denkens.  Halle,  Pfeflfer.  In-8",  xij-183  p.  (plein 
de  fines  observations).  —  Scheffer-Boichorst,  Florentiner  Studien.  Leipzig, 
Hirzel.  In-8°,  ix-283  p.  (conclut  à  la  non-authenticité  des  ouvrages  historiques 
qui  portent  les  noms  de  Malespini  et  Dino  Gompagni). — Fournier,  Abt  Johann 
von  Viktring  und  sein  Liber  certarum  historiarum.  Berlin,  Vahlen.  In-8°,  xij- 
153  p.  (bon  travail).  —  Waitz,  Deutsche  Verfassungsgeschichte.  5.  Bd._  Kiel, 
Homann.  In-8^  ix-447  p.  (art.  anal.).  —  Benfey,  Die  Quantilagtsverschieden- 
heiten  in  den  Samhitâ-  und  Pada-Texten  der  Veden.  1 .  Abhdlg.  Gœttingen , 
Dielerich.  In-4°,  44  p.  (article  développé  de  Weber).  —  Zwei  Achener  histo- 


REVUE  CRITIQUE 

D'HISTOIRE    ET    DE    LITTÉRATURE 

N*  17  —  24  Avril  —  1875 

Sommaire  :  75.  Djawaliki,  Le  livre  des  Loculions  vicieusesy  p.  p.  H.  Derenbourg. 
—  76.  Rivière,  Histoire  des  Institutions  de  l'Auvergne.  —  77.  Pétrarque. 
L'Africa,  p.  p.  Pingaud.  —  78.  Fëugère,  Érasme.  —  79.  De  Rémusat,  Lora 
Herbert  de  Cnerbury  ;  Histoire  de  la  Philosophie  en  Angleterre.  —  Sociétés  savantes  : 
Académie  des  inscriptions.  „ 

75.  —  Le  livre  des  locutions  vicieuses  de  Djawaliki,  publié  pour  la  première 
fois  d'après  le  manuscrit  de  Paris,  par  Hartwig  Derenbourg.  S.  1.  n.  d.  P.  109-166. 

Ce  petit  ouvrage  fait  partie  de  la  série  de  mémoires  et  de  thèses  composés 
par  divers  savants  étrangers,  à  l'occasion  du  Doctorjubilàum  de  M.  Fleischer. 
L'auteur  n'a  pas  oublié  ce  qu'il  doit  à  l'enseignement  de  l'Allemagne  et,  par  ce 
témoignage  de  gratitude,  il  a  voulu  s'associer  à  la  pléiade  d'élèves  distingués 
que  le  célèbre  professeur  de  Leipzig  a  formés  depuis  un  demi-siècle.  Patria  ubi 
docte.  La  science  n'a  pas  de  frontières  :  nous  ne  pouvons  donc  qu'approuver  le 
sentiment  qui  a  inspiré  cette  publication  et  le  soin  avec  lequel  elle  a  été  exé- 
cutée. 

Il  est  regrettable  que  le  temps  n'ait  pas  épargné  les  travaux  du  grammairien 
Djawâlîkî;  le  peu  qu'il  nous  en  reste  prouve  quelles  utiles  contributions  ils 
auraient  apportées  à  l'histoire  de  la  langue  arabe.  Nous  savons  peu  de  choses  de 
la  vie  de  cet  écrivain.  Né  vers  la  fin  du  xi*  siècle  de  notre  ère,  Abou  Mansour 
Djawâlîki  étudia  à  Bagdad  sous  la  direction  de  Tabrîzî,  le  commentateur  bien 
connu  du  Hamâsa.  Il  exerça  les  fonctions  à'imam  sous  le  règne  d'El-Mouktafî  et 
occupa,  pendant  plusieurs  années,  la  chaire  de  belles-lettres  à  l'Université  dite 
Nidhâmyah,  dans  la  capitale  même  du  Khalifat.  On  cite  parmi  ses  principaux 
ouvrages  un  commentaire  sur  le  «  Manuel  du  secrétaire  «  d'Ibn-Kotaïbah  et  le 
Mouarrab,  ou  vocabulaire  des  mots  étrangers  usités  chez  les  Arabes.  Ce  dernier 
ouvrage,  ou  pour  mieux  dire,  les  fragments  conservés  ont  été  publiés  par 
M.  Sachau  en  1867. 

On  sait  que  de  très-bonne  heure  des  alliages  étrangers  altérèrent  la  pureté  de 
l'idiome  de  Modar.  Dès  avant  la  prédication  de  l'islamisme,  des  vocables 
pehlevis  ou  parsis  avaient  reçu  droit  de  cité  dans  différentes  parties  de  la  pénin- 
sule. A  Hira,  où  l'administration  des  Benou-Nasr  s'était  modelée  sur  celle  des 
Sassanides,  dans  l'Oman  et  le  Bahreïn  où  résidaient  des  gouverneurs  et  une 
garnison  d'origine  iranienne,  le  contact  des  deux  nationalités  et  le  développe- 
ment des  relations  commerciales  favorisaient,  au  moins  autant  que  la  similitude 
des  institutions  politiques,  l'introduction  des  mots  étrangers.  L'islam  n'arrêta 
nullement  cette  invasion  et,  bien  que  l'idiome  du  Koran  s'imposât  aux  popula- 
tions conquises,  les  besoins  nouveaux  qui  se  manifestaient  dans  la  jeune  société 
XV  17 


2  58  ';?    f   î  fSJ^tiiWE   CRITIQIÏE'   ffÇf  ^    Q 

musulmane  facîlitèrent  sfngulièrement  les  néologîsmes  et  les  emprunts  faits  aux 
idiomes  voisins.  Le  Koran  lui-même  n'avait  pas  entièrement  résisté  aux 
influences  extérieures  :  les  premiers  exégètes,  ceux  surtout  de  l'école  orthodoxe, 
qui  admettaient  que  les  feuillets  apportés  par  l'ange  Gabriel  étaient  écrits  dans 
l'arabe  le  plus  pur,  se  mettaient  l'esprit  à  la  torture  pour  démontrer  l'origine 
nationale  de  certains  mots  rebelles  au  génie  peu  flexible  de  cette  langue.  On 
sait  comment  les  races  asiatiques  et  surtout  les  Arabes  procèdent  en  matière 
d'étymologie.  Entièrement  dépourvus  du  sens  étymologique  et  ignorants  des  lois 
de  la  dérivation  phonétique,  ils  se  contentent  de  jeux  de  nsots,  d'à  peu  près 
quelquefois  ingénieux,  la  plupart  du  temps,  absurdçs.  ■■^^'-'^'■W'^^^ 

Djawâlîkî  occupe  une  des  premières  places  parmi  les  grammairiens  qui  essayè- 
rent d'endiguer  le  torrent  et  d'établir  une  limite  entre  le  domaine  national  et  les 
apports  exotiques.  Mais  il  était  de  son  temps  et  ne  pouvait  se  soustraire  aux 
défauts  que  nous  venons  de  signaler.  Il  faut  reconnaître  pourtant  qu'il  indique 
avec  exactitude  la  provenance  des  éléments  étrangers  ;  il  confond  moins  souvent 
que  ses  contemporains  le  grec  du  bas-empire  avec  le  perse  des  Sassanides.  Mais, 
d'autre  part,  il  ignore  la  première  de  ces  langues  et  sait  imparfaitement  la 
seconde  ;  de  là  d'inévitables  confusions  dans  ses  explications  comme  dans  l'or- 
thographe qu'il  adopte.  Sa  bonne  foi,  il  est  vrai,  compense,  jusqu'à  un  certain 
point  son  insuffisance  philologique.  Le  mot  là  edry  «  je  ne  sais  pas  »  qui  revient 
souvent  sous  sa  plume  nous  prouve  qu'il  préfère  avouer  son  ignorance  plutôt 
que  de  recourir  aux  inventions  ridicules  qui  défrayent  les  recueils  des  lexicogra- 
phes ses  confrères.  H  a  d'ailleurs  un  autre  mérite  à  nos  yeux.  Elève  de  l'école 
grammaticale  de  Bagdad,  dont  il  représente  fidèlement  l'esprit  éclectique,  il  se 
tient  à  égale  distance  des  écoles  rivales  de  Basrah  et  de  Koufah,  en  rapporte 
les  traditions  avec  une  louable  impartialité  et  leur  emprunte  un  grand  nombre 
de  Schawâhidy  c'est-à-dire  de  preuves  tirées  des  poésies  classiques.  En  un  mot, 
son  ouvrage,  si  mutilé  qu'il  nous  soit  parvenu,  est  en  un  sens  plus  utile  à 
l'histoire  de  la  langue  arabe  que  les  volumineuses  compilations  de  Djawharî  et 
de  Firouzâbâdî.  ^''^  nr>:jûrtkùii>ç.ab-;?imâ!a!:.'ir£îiq!;o  BfcatTKi*  .s^THiw^t^': 

,  '  Mais  le  professeur  bagdadien  a  encore  d'autres  titres  à  notre  reconnaissance. 
A  mesure  que  la  pureté  de  la  langue  s'altérait,  à  mesure  qu'elle  se  troublait  en 
s'étendant  sur  un  plus  vaste  terrain,  une  nouvelle  tâche  s'imposait  aux  puristes. 
Syriens,  Egyptiens,  Berbères,  tous  les  peuples  nouvellement  soumis,  concou- 
raient à  ce  travail  de  décomposition  :  le  respect  de  la  tradition  grammaticale  se 
perdait,  la  conscience  de  la  philologie  sémitique  allait  s'affaiblissant  de  jour  en 
jour.  L'imminence  du  péril  donna  naissance  à  des  traités  plus  ou  moins  déve- 
loppés, mais  identiques  pour  la  forme,  et  qu'on  pourrait  assimiler  à  nos  tableaux 
élémentaires  rédigés  sous  la  rubrique  dites  et  he  dites  pas.  Un  des  maîtres  du 
beau  langage,  Hariri  l'auteur  des  Séances  ne  dédaigna  pas  d'écrire  un  de  ces 
manuels  et  selon  la  mode  du  temps  lui  donna  un  titre  prétentieux  :  la  perle  du 
plongeur.  Ceturieux  ouvrage,  publié  en  1867  P^^"  M.  Tborbecke  ',  est  digne  de 

'''  I.  Cf.  Rev.  Cru.,  1872,  I,  258.   ^  ^    '"'^  ^  Ji-/îKb:  ■^mu-^ii.r^ï,: 


d'histoire  et  de  littérature.  259 

la  réputation  de  son  auteur.  Il  nous  révèle,  en  même  temps  que  la  vaste  érudi- 
tion de  celui-ci,  le  dévergondage,  l'anarchie  qui  régnaient  dans  le  langage  poptt;^' 
laire  et  peut-être  aussi  chez  les  lettrés. 

L'opuscule  que  M.  D.  vient  de  mettre  au  jour  est  conçu  sur  le  même  plan 
que  leHvre  de  Hariri,  mais  réduit  à  de  plus  modestes  proportions.  Est-il,  comme 
le  suppose  l'éditeur,  contrairement  à  l'opinion  de  Soyouti,  un  simple  complé- 
ment de  la  «  Perle  du  plongeur  ?  »  La  chose  n'est  pas  inadmissible  ;  mais  il  €st 
étrange  cependant  que  le  nom  de  Hariri  ne  soit  pas  prononcé  une  seule  fois  dans 
une  annexe  de  son  ouvrage  :  on  peut  s'étonner  aussi  qu'un  certain  nombre  de 
locutions  vicieuses  signalées  par  le  premier,  soient  reproduites  dans  le  complé- 
ment et  souvent  dans  les  mêmes  termes.  Ne  serait-il  pas  plus  vraisemblable  de 
considérer  l'opuscule  de  Djawâlîkî  comme  un  recueil  de  notes  écrites  au  courant 
de  la  plume  par  ce  grammairien  lui-même  ou  par  un  de  ses  élèves  sous  sa 
dictée  ?  Mais  laissons  de  côté  cet  insignifiant  desideratum  bibliographique  et 
reconnaissons  que,  malgré  son  peu  d'originalité,  ce  livre  ou  ce  cahier  d'anno- 
tations, comme  on  voudra  l'appeler,  est  loin  de  faire  double  emploi  avec  la  publi- 
cation de  M.  Thorbecke. 

Les  observations  grammaticales  de  l'écrivain  arabe  sont  en  général  intéres- 
santes et  justes.  Quelques-unes  pèchent  par  un  excès  de  rigorisme.  Nous  n'en 
citerons  qu'un  exemple,  P.  121,  Djawâlîkî  ne  veut  pas  qu'on  emploie  le  mot 
salaf  dans  le  sens  de  îîh  «  vanité.  »  Cependant  Hariri,  dans  ses  Séances,  %\ 
donne  exactement  cette  signification  (p.  247  et  502  de  l'édition  de  Sacy)  et  le 
commentaire  dans  ces  deux  passages  l'explique  par  tekebbour.  En  outre  Djaw- 
harî,  s,  verb.  assure  que  le  grammairien  Khalîl  l'expliquait  de  la  même  manièréi 
ce  qui  prouve  l'ancienneté  de  la  locution  contestée  par  Djawâlîkî. 

Nous  avons  dit  que  les  recherches  étymologiques  des  lexicographes  pèchent 
par  la  base  et  ne  doivent  être  acceptées  qu'avec  une  extrême  méfiance.  En  pareil 
cas,  c'est  un  devoir  pour  l'éditeur  de  signaler  l'erreur  de  son  texte  et  d'indiquer 
la  véritable  filiation  du  mot,  dans  les  limites  du  nécessaire  ou  du  possible.  C'est 
ce  que  M.  Sachau  n'a  jamais  manqué  de  faire  dans  son  édition  du  Mouarrap,-^ 
nous  étions  en  droit  d'attendre  le  même  secours  de  M.  D.,  d'autant  plus  qull 
n'a  pas  cru,  et  cela  avec  raison,  devoir  ajouter  une  traduction  au  texte  par  lui 
restitué.  La  plupart  du  temps,  il  n'aurait  pas  eu  un  long  chemin  à  faire  poiïf 
retrouver  la  vérité.  En  voici  deux  exemples  pris  au  hasard  de  notre  lecture. 

P.  126,  l'auteur  arabe  reproche  au  peuple  de  se  servir  du  verbe  tanahhassa 
(par  tin  hè)  en  parlant  de  l'abstinence  des  chrétiens  et  dit  qu'il  faut  prononcée 
tanahhassa  (par  un  ha),  ce  qui  signifie  «  souffrir  de  la  faim,  en  se  privant  de 
viande.  »  Or  nous  avons  sans  doute  ici  le  grec  vyjîteùw  «  faire  maigre  »  dont  la 
première  syllabe  a  passé  dans  le  verbe  hybride  des  Arabes  et  le  peuple  a  raison 
de  prononcer  comme  il  le  fait. 

P.  131.  «  Une  des  fautes  que  fait  le  vulgaire,  nous  dit  l'auteur,  est  de  nommer 
le  singe  bouzinneh  au  lieu  de  abou  zinneh  (pu  d'après  le  manuscrit  abou  zinâ  « torp^- 
cator  »)  qui  est  un  sobriquet  donné  à  cet  animal.  Une  petite  note  n'aurait  pas 
été  de  trop  pour  indiquer  que  ce  mot,  peut-être  d'origine  araméenne,  s'est 


200  REVUE   CRITIQUE 

introduit  en  Perse  d'où  il  est  revenu  un  peu  mutilé  pour  figurer  dans  le  diction- 
naire arabe.  Il  est  d'ailleurs  rarement  employé. 

^,jïl  nous  serait  facile  de  multiplier  ces  exemples.  Nous  préférons  louer  l'extrême 
correction  du  texte  publié  par  M.  D.  d'après  un  excellent  manuscrit  de  la  Bi- 
bliothèque nationale.  Le  soin  avec  lequel  ce  texte  est  vocalisé,  la  justesse  des 
corrections  faites  à  l'original  dénotent  chez  l'éditeur  une  sérieuse  connaissance 
des  grammairiens  arabes,  ce  qui  nous  était  déjà  démontré  par  les  précédents 
travaux  de  M.  D.  La  publication  prochaine  du  Kitâb  de  Sibawaïh  complétera 
cette  démonstration,  si  besoin  est,  et  ajoutera  aux  services  que  le  jeune  savant 
a;rendus  à  la  philologie  et  à  la  littérature  arabes. 
.'■.-''  Barbier  de  Meynard, 


76.  —  Histoire  des  Institutions  de  l'Auvergne,  contenant  un  essai  historique 
sur  le  droit  public  et  privé  dans  cette  province,  par  H. -F.  Rivière,  conseiller  à  la 
Cour  d'appel  de  Riom,  docteur  en  droit,  membre  correspondant  de  l'Académie  de 
législation  de  Toulouse.  Paris,  Maresq  aîné.  1874.  2  vol.  in-S",  xxiv-jiS  et  $45  p. 

«iavec  une  carte.  —  Prix  :  18  fr. 

L'ouvrage  de  M.  Rivière  sur  les  Institutions  de  l'Auvergne  est  un  composé  sin- 
gulier de  parties  excellentes  et  bien  étudiées  et  d'autres  où  l'influence  de  théories 
adoptées  sans  examen  approfondi  a  nui  à  l'exactitude  des  appréciations  de  l'au- 
teur. Avant  d'entrer  dans  l'étude  des  points  de  détail  et  de  donner  l'indication 
des  principaux  passages  où  il  nous  paraît  avoir  accepté  des  opinions  mal  fondées, 
nous  adresserons  à  M.  R.  un  éloge  et  un  double  reproche,  qui  s'appliquent  à 
l'ensemble  de  l'ouvrage.  L'éloge  sera  pour  l'exposition,  dont  les  qualités 
dominantes  sont  une  limpidité,  une  netteté  parfaites  ;  les  idées  y  sont  étroitement 
enchaînées;  l'auteur  juge  rarement  et  se  contente  d'exposer  les  faits  et  d'ea_ 
marquer  exactement  la  suite  ;  point  d'équivoques,  peu  ou  point  de  consi- 
dérations préliminaires ,  une  grande  simplicité  dans  l'expression.  Quant 
aux  reproches,  ils  s'appliqueront  aux  tendances  de  M.  R,  et  à  son  pUç.^, 
Esprit  absolument  juridique,  l'auteur  n'admet  pas  le  point  de  vue  purement  his- 
torique; il  suppose  perpétuellement  à  la  législation  du  moyen-âge  une  fixité, 
une  rigueur  égales  à  celles  d'un  code  moderne,  et  commente  la  coutume  d'Au- 
vergne comme  s'il  avait  affaire  au  Code  civil.  Il  a  connu  à  peu  près  tous  les 
monuments  importants  de  l'histoire  du  droit  en  Auvergne ,  mais  entraîné  par  la 
tournure  de  son  esprit,  il  a  peu  ou  point  employé  les  chartes  privées,  les  docur^ 
ments  particuliers,  dont  l'étude  lui  aurait  montré  à  toutes  les  époques  du  moyen- 
âge  la  dérogation  à  la  loi  aussi  fréquente  que  l'observation  de  cette  même  loi.  Les 
cartulaires  auvergnats  lui  auraient  prouvé  que  l'observation  du  code  Théodosien 
n'a  pas  été  aussi  universelle  qu'il  le  croit,  et  que  bien  souvent  les  parties  n'en 
rappellent  les  dispositions  que  pour  y  contrevenir  ' . 

I.  Cette  observation  vraie  pour  le  droit  civil  dans  le  midi  de  la  France,  l'est  encore 
plus  pour  le  droit  féodal.  Ne  point  contrôler  les  coutumes  féodales,  les  traités  des  feudistes 
par  les  chartes  particulières,  serait  s'exposer  aux  plus  graves  erreurs.  Car  il  n'est  pas  de 
société  où  la  règle  juridique  ait  été  moins  observée  que  dans  la  société  féodale.     .       .^^ 

^9^^dio^^[ii  iyi>  m^  oup  i><5oq;ji  âii  iiOiJiiMtw  ji}L>J  *.i*W  .5"ifidi6Cl  supoqs  . 


sypiTiflO  auva;i 

^  19Uf§ii  D*HISTOIRÏ   ET  DE   LITTÉRATURE.      1>  3213  ^  &!  U..ùCj^if 

Nous  reprocherons  encore  à  M.  R.  la  trop  grande  étendue  de'son  pîânî  p^ 
tant  de  l'époque  gauloise,  il  descend  jusqu'à  la  Révolution  française;  or  sur 
toutes  les  époques  antérieures  au  xin^  siècle,  il  n'a  guère  pu  apporter  de  faits 
nouveaux  en  dehors  d'idées  plus  ou  moins  personnelles  que  nous  aurons  à  dis- 
cuter. Ce  plan  entraîne  plusieurs  inconvénients,  il  lui  a  fallu  réduire  dans  ses  déve- 
loppements toute  la  dernière  portion  de  l'ouvrage,  qui  s'occupe  de  la  partie  de 
Phistoire  encore  aujourd'hui  la  moins  étudiée  et  peut-être  la  plus  intéressante. 
Ce  que  l'auteur  dit  de  l'administration  royale,  du  xiv^  au  xviii®  siècle,  forme 
incontestablement  la  meilleure  partie  de  son  livre,  et  il  eût  pu  des  sources  qu'il 
indique  tirer  un  plus  grand  nombre  encore  de  renseignements  et  de  faits  impor- 
tants. 

Nous  allons  maintenant  passer  en  revue  les  principaux  chapitres  de  l'ouvrage, 
en  nous  attachant  principalement  à  la  critique  des  théories  adoptées  par  l'auteur, 
plutôt  encore  qu'aux  détails,  qui  en  général  laissent  peu  à  désirer. 

Tome  I,  p.  40  et  suiv.  Nous  croyons  qu'il  était  inutile  de  réfuter  l'opinion  du 
baron  Delzons,  pour  lequel  la  soumission  des  Arvernes  à  César  aurait  été  purement 
volontaire  ;  non-seulement  le  fait  en  lui-même  est  improbable,  mais  on  ne  pour- 
rait apporter  à  l'appui  de  cette  thèse  que  des  arguments  sans  valeur.  Cette  idée 
prend  sa  source  dans  un  sentiment  fort  louable  à  coup  sûr,  mais  contre  lequel, 
l'historien  doit  se  prémunir,  nous  voulons  parler  du  patriotisme  local.  'i 

P.  103-104.  Résistance  de  l'Arvernie  aux  Wisigoths.  M.  R.  n'a  pas  cherché 
à  expliquer  la  contradiction  évidente  qui  existe  entre  le  tableau  de  ce  pays,  tel 
que  nous  le  peignent  les  lettres  de  Sidoine  Apollinaire,  et  le  fait  que  ses  habitants, 
rebelles  d'après  Sidoine  au  joug  d'Euric  vers  470,  résistèrent  courageusement 
aux  Franks  en  507.  Il  faut  pour  l'expliquer  se  rappeler  le  caractère  de  Sidoine: 
évêque  catholique  et  lettré,  ennemi  par  suite  des  barbares  ariens  et  admirateur  de 
la  puissance  romaine,  il  nous  a  transmis  ses  impressions  personnelles,  et  celles 
d'un  petit  noyau  de  fidèles.  Il  faut  supposer,  que  fatigués  des  incursions  d'Euric, 
les  Arvernes  acceptèrent  sans  trop  de  répugnance  sa  domination  et  firent  promp- 
tement  partie  intégrante  de  l'empire  wisigothique. 

P.  115.  L'auteur  indique  une  fort  curieuse  compilation  du  xi^  siècle,  rédigée 
par  un  jurisconsulte  et  renfermant  le  texte  du  Bréviaire  d'Alaric  avec  des 
interprétations.  Il  est  regrettable  qu'il  n'ait  pas  cru  devoir  nous  donner  de  plus 
amples  renseignements  sur  cet  intéressant  manuscrit,  conservé  aujourd'hui  à  la 
bibliothèque  de  Clermont. 

P.  127.  M.  R.  admet  la  durée  du  royaume  de  Toulouse;  ce  royaume  et 
la  postérité  du  jeune  Charibert  n'ayant  jamais  existé  que  dans  la  trop  féconde 
imagination  du  faussaire,  auteur  de  la  charte  d'Alaon,  il  faut  retrancher  de  l'his- 
toire tous  ces  développements  et  se  résigner  à  ignorer  le  sort  de  l'Auvergne 
pendant  le  vii^  siècle  et  les  vingt  premières  années  du  viii«. 

P.  148  et  suiv.  L'auteur  réfute  à  nouveau  avec  force  raisonnements  une  opâaju 
nion  déjà  émise  par  Montesquieu  et  reprise  plus  tard  par  M.  Laferrière,  suivant 
laquelle  les  lois  romaines  auraient  été  territoriales  dans  le  midi  de  la  France  à 
l'époque  barbare.  Mais  cette  assertion  ne  repose  que  sur  des  hypothèses ,  et  le 


262  REVUE  CRlTICyJB  '  " 

dernier  de  ses  partisans  avait  dû  établir  une  exception  pour  la  Septimanie,  dans 
laquelle  là  loi  romaine  serait  devenue  personnelle,  ce  pays,  grâce  à  ses  grandes 
abbayes  et  à  ses  églises  épiscopales,  étant  le  seul  qui  possède  un  ensemble  de 
textes  judiciaires  suffisants  pour  former  une  suite  diplomatique.  Le  paradoxe  de 
Montesquieu  est  si  évident  que  M.  R.  n'eût  pas  dû  s'y  arrêter  aussi  longtemps. 
:  P.  166-167.  Il  nous  est  difficile  de  donner  au  mot  alleu  à  l'époque  féodale  un 
sens  aussi  précis  que  le  voudrait  l'auteur  :  ce  qui  a  pu  tromper  beaucoup  de 
personnes,  c'est  que  le  mot  alos  et  ses  dérivés  sont  souvent  pris  dans  les  textes 
diplomatiques  pour  désigner  une  terre,  une  propriété  en  général;  dans  des 
actes  du  x"  siècle,  ce  mot.  s'applique  même  à  des  tenures  féodales.  Quant  au 
franc-aleu  de  la  province  de  Languedoc,  sans  vouloir  trancher  cette  difficile 
question,  nous  croyons  qu'on  peut  hardiment  nier  la  communauté  d'origine  de  ces 
deux  états  de  la  terre  (alleu  et  franc-aleu)  et  ne  voir  dans  le  nom  de  ce  dernier 
qu'un  ressouvenir  de  l'ancien  sens  du  mot  alos. 

P.  169.  M.  R.  dit  qu'en  prenant  des  terres  ecclésiastiques  en  précaire,  les 
laïques  recherchaient  la  protection  de  l'Eglise;  le  contraire  a  pu  aussi  arriver; 
l'Eglise  a  pu  concéder  l'usufruit  de  certaines  terres  à  de  puissants  seigneurs,  afin 
d'obtenir  leur  appui  ;  de  là  des  offices  spéciaux,  qui  s'appelaient  advocaùa,  villi- 
catiOy  suivant  les  pays,  et  amenaient  souvent  pour  résultat  la  spoliation  de 
l'abbaye  ou  de  l'évêché  par  le  concessionnaire. 

-  P.  174  et  passim.  M.  R,  se  sert  avec  raison  du  grand  cartulaire  de  Brioude, 
il  eût  bien  fait  d'y  joindre  la  notice  publiée  par  M.  Bruel,  dans  la  Bibliothèque 
de  l'École  des  chartes  (t.  XXVIi)  ;  il  y  eût  trouvé  de  bonnes  indications  sur  la 
date  de  plusieurs  des  chartes  qu'il  cite. 

P.  185  et  passim.  Nous  trouvons  ici  la  reproduction  d'une  théorie  séduisante, 
adoptée  déjà  par  maint  auteur,  mais  qui  nous  paraît  absolument  inacceptable; 
nous  voulons  parler  de  la  persistance  de  la  municipalité  romaine.  Telle  que  M.  R. 
la  présente,  cette  théorie  repose  sur  une  double  confusion;  d'une  part  confu- 
sion entre  le  droit  civil  et  privé  de  Rome,  dont  la  persistance  dans  le  midi  de  la 
France  est  absolument  indiscutable,  et  le  droit  municipal;  de  l'autre  confusion  entre 
la  juridiction  gracieuse  de  la  curie  et  la  juridiction  des  placites  de  l'époque  barbare. 
Ainsi  présentée,  cette  thèse  avait  été  déjà  combattue  et  parfaitement  réfutée  par 
M"*  de  Lézardière,  dont  M.  R.  cite  un  passage  pour  la  contredire  ;  mais  les  argu- 
ments qu'elle  emploie  sont  beaucoup  plus  convaincants  que  ceux  de  cet  auteur, 
et  nous  admettons  avec  elle  que  la  curie  romaine,  vieille  institution,  qui  n'avait 
plus  que  des  fonctions  financières,  disparut  presque  entièrement'  au  moment  des 
invasions,  sans  laisser  autre  chose  que  des  souvenirs  plus  ou  moins  confus.  Quant 
aux  preuves  accumulées  par  M,  R.,  expressions  employées  par  les  auteurs 
ecclésiastiques,  nom  de  civitas  donné  aux  villes  sur  les  monnaies,  noms  des 
magistrats  municipaux  du  xii'' siècle,  enfin  titres  de  consul  et  de  proconsul,  usurpé 
par  les  princes  féodaux,  aucune  d'elles  n'a  de  réelle  importance  et  ne  peut  faire 
oublier  l'absence  de  tout  document  sérieux  constatant  la  perpétuité  de  cette 
institution.  Pour  nous,  comme  pour  beaucoup  d'autres  plus  autorisés  en  pareille 
matière,  les  municipalités  des  xii^  et  xiii*=  siècles  tirent  leur  origine  de  la  commune, 


d'histoire  et  de  littérature.  26j 

de  l'association  des  bourgeois  pour  obtenir  le  droit  de  s'administrer  et  de  s'im- 
poser librement.  Les  premières  communes  durent  presque  toutes  leur  naissance 
à  un  mouvement  insurrectionnel,  et  on  peut  dire  que  presque  jamais  seigneur 
n'accorda  de  son  propre  mouvement  une  charte  de  commune.  Nous  invoquons 
à  l'appui  l'histoire  de  la  commune  de  Clermont,  dont  M,  R.  lui-même  nous  a 
retracé  les  différentes  phases,  et  celle  de  toutes  les  grandes  communautés  du 
midi  de  la  France,  où  cependant  le  souvenir  de  l'ancienne  Rome  était  plus  vivant 
que  partout  ailleurs.  Pour  expliquer  la  coexistence  de  tous  ces  mouvements 
communaux,  il  faut  étudier  l'état  de  la  société  à  cette  époque,  en  nous  rési- 
gnant à  ignorer  beaucoup  des  causes  qui  l'ont  amenée,  plutôt  que  de  l'attribuer 
uniquement  à  un  fait  aussi  mal  prouvé  que  la  persistance  de  la  curie  romaine. 

P.  209.  M.  R.  croit  comme  M.  Championnière,  auteur  de  l'ouvrage  sur  la 
Propriété  des  eaux  courantes,  à  la  perpétuité  des  impôts  romains.  Le  tributum 
de  l'époque  impériale,  conservé  par  les  rois  des  deux  premières  races,  aurait 
subsisté  pendant  tout  le  moyen-âge,  en  prenant  plus  tard  le  nom  de  justicia, 
théorie  singulière,  qui  repose,  croyons-nous,  sur  une  confusion  perpétuelle  entre 
le  droit  de  justice,  et  les  droits  utiles  auxquels  donnait  lieu  son  exercice. 

P.  212.  La  hiérarchie  des  fiefs,  telle  que  l'indique  M.  R.,  n'existait  pas  dès 
l'origine  de  la  féodalité  :  la  faire  remonter  aussi  haut,  c'est  attribuer  trop  d'im- 
portance à  une  classification  de  beaucoup  postérieure  et  qu'il  faut  peut-être 
regarder  comme  l'ouvrage  des  premiers  feudistes. 

P.  232.  M.  R.  attribue  le  grand  nombre  de  donations  reçues  par  l'Eglise  pen- 
dant le  X*  siècle  aux  terreurs  de  l'an  1000;  il  semble  aujourd'hui,  d'après  des 
recherches  récentes,  que  cette  fameuse  panique  n'a  pas  eu  les  proportions  qu'on 
lui  attribuait,  sur  la  foi  de  Raoul  Glaber  ;  on  a  autant  de  chartes  de  l'an  1 000 
que  des  autres  années  du  x°  siècle,  et  il  ne  semble  pas  qu'à  cette  époque  la  vie 
sociale  se  soit  sensiblement  arrêtée.  Remarquons  d'ailleurs  que  les  formules  qui 
semblaient  confirmer  le  texte  de  Raoul  Glaber  paraissent  dans  les  chartes  dès  le 
VIII*  siècle,  et  persistent  au  delà  du  x^ 

P.  238.  Nous  avons  le  regret  de  constater  que  l'auteur  accepte  pour  authen- 
tique la  trop  fameuse  pragmatique  sanction  de  saint  Louis  ;  la  cause  est  aujour- 
d'hui entendue  et  nous  croyons  que  ce  faux  manifeste  a  conservé  peu  de  parti- 
sans. 

P.  304.  L'auteur  attribue  à  la  compilation  anonyme  connue  sous  le  nom 
d'Établissements  de  saint  Louis  une  influence  exagérée,  ce  recueil  n'a  pu  en  avoir 
aucune  en  Auvergne  et  la  charte  de  Louis  X  de  1 3 1 5 ,  qui  parle  des  «  ordon- 
»  nances  et  establissements  »  de  saint  Louis,  désigne  seulement  par  ces  expres- 
sions les  statuts  de  ce  roi,  ses  règlements  d'administration  publique.  C'est  le 
sens  consacré  du  mot  establissements,  stabilimentum,  dans  les  textes  de  cette 
époque. 

P.  4 1 6.  M .  R.  entame  une  longue  discussion  sur  la  distinction  entre  seigneur  féodal 
et  seigneur  justicier,  et  adopte  à  ce  sujet  les  opinions  paradoxales  de  M.  Champion- 
nière :  suivant  lui  le  fief,  démembrement  du  territoire,doit  être  distingué  de  la  justice, 
qui  procède  en  droite  ligne  des  impôts  romains,  et  qui  fut  exercée  par  quelques 


i64  '^'  '•        REVUE   CRITIQUE    vT.^.mV, 

seigneurs  à  titre  de  successeurs  des  empereurs  romains.  Il  ne  semble  même  pas 
très-éloigné  d'adopter  une  étymologie  singulière  de  ce  jurisconsulte,  celle  du 
mot  îallia,  qui  viendrait  de  l'adjectif  pluriel  talia  !  (p.  417,  note  5).  Ni 
M.  Championnière,  ni  son  fervent  admirateur,  M,  R.,  n'eussent  adopté  cette 
étymologie  fantaisiste,  s'ils  avaient  connu  le  sens  primitif  du  mot  tallia,  qui  avant 
de  désigner  un  impôt  particulier,  a  servi  à  indiquer  la  répartition  d'un  impôt 
quel  qu'il  fût.  —  Cette  distinction  entre  le  fief  et  la  justice  amène  M.  R.  à  regarder 
comme  un  droit  de  justice  d'autres  droits,  qui  n'ont  pas  d'autre  origine  que  tous 
les  droits  féodaux,  le  guet  par  exemple  (p.  42  3),  qui,  exercé  par  le  pouvoir 
royal  sous  les  Carolingiens,  tomba  plus  tard  et  tout  naturellement  dans  le  domaine 
privé,  et  fut  exercé  par  tous  les  seigneurs,  sans  distinction  de  hauts  ou  de  bas 
justiciers.  —  Quant  à  l'origine  même  des  justices,  il  est  à  peu  près  impossible 
de  décider  cette  question  dans  l'état  actuel  de  la  science;  ce  qui  semble  certain, 
c'est  que  sur  ce  point  comme  sur  les  autres,  il. y  eut  changement  lent;  la 
justice  cessa  d'être  rendue  au  nom  du  roi  et  le  fut  au  nom  du  comte ,  ou  plutôt 
dans  les  plaids  l'autorité  royale  cessa  de  paraître.  Les  formes  anciennes,  établies 
soit  par  les  lois  de  chaque  peuple,  soit  par  les  capitulaires  royaux,  ne  changèrent 
que  peu  à  peu,  point  par  point,  et  ce  ne  fut  qu'au  bout  de  100  ans  et  quelquefois 
plus  qu'au  plaid  carolingien  succéda  le  vrai  plaid  féodal.  Pour  la  distinction  entre 
justice  féodale  et  justice  justicière,  formulée  par  M.  Championnière,  elle  n'existe 
pas,  croyons-nous,  dans  les  textes  diplomatiques,  et  il  a  dû  aller  la  chercher  dans 
les  ouvrages  des  légistes  de  la  royauté,  dont  les  théories  ne  peuvent  servir  à 
l'histoire  des  institutions  du  moyen-âge. 

P.  436.  L'auteur  attribue  aux  dîmes  dites  inféodées  une  seule  origine,  l'inféo- 
dation  par  l'Eglise  ;  nous  croyons  qu'elle  n'est  pas  la  principale,  et  l'usurpation 
a  joué  dans  leur  formation  un  bien  plus  grand  rôle.  Du  reste,  dans  un  grand 
nombre  de  diocèses,  ces  dîmes  furent  plus  tard  l'objet  d'une  autre  usurpation  : 
rachetées  par  les  évêques  et  par  quelques  abbés,  elles  devinrent  la  propriété  de 
ce  qu'on  appelait  les  gros  décimateurs  ;  tels  étaient  l'évêque  d'Albi,  qui  touchait 
autant  de  fois  10,000  livres  que  le  setier  de  blé  valait  de  livres,  l'évêque  de 
Béziers,  etc. 

P.  463.  M.  R.  exagère  le  sens  de  l'ordonnance  de  1 190,  en  ce  qui  regarde 
le  rôle  des  baillis,  qui  ne  furent  installés  que  dans  les  domaines  royaux  et 
n'eurent  d'action  sur  les  domaines  des  feudataires  que  par  le  droit  d'appel , 
action  du  reste  qui  mit  un  siècle  à  se  développer. 

P.  510.  A  propos  des  notaires,  il  nous  semble  que  l'auteur  a  commis  une 
légère  erreur;  ils  existaient  comme  notaires  seigneuriaux  dès  la  fin  du  xi^s.  ; 
c'est  à  cette  époque  l'ancien  cancellarius  transformé,  et  ce  dignitaire  paraît  avoir 
existé  dans  un  grand  nombre  de  seigneuries.  Vers  le  milieu  du  xii^  siècle,  on 
trouve  des  notaires  épiscopaux  et  municipaux,  et  vers  l'an  1 200,  cette  institu- 
tion s'est  régularisée  et  est  devenue  générale  dans  le  midi  de  la  France. 

Malgré  la  longue  critique  que  nous  venons  d'en  faire,  les  Institutions  de  l'Au- 
vergne ne  laissent  pas  de  renfermer  d'excellentes  parties.  Dans  ce  premier 
volume  notamment^ijons  indiquerons  un  bon  résumé  ^^ç  la  législation  commu- 


d'histoire  et  de  littérature.  265 

nale  et  des  chartes  de  franchises  de  la  province  (p.  282  et  293),  des  passages 
intéressants  sur  les  finances  au  xiv*  siècle  (p.  333),  sur  les  monnaies  (p.  34$), 
sur  les  banalités  (p,  427),  sur  le  mélange  des  deux  droits  écrit  et  couturaier  en 
Auvergne  (p.  441). 

Le  tome  deuxième  renferme  l'histoire  des  Institutions  de  l'Auvergne  à  partir 
du  XVI' siècle.  C'est  de  beaucoup  la  meilleure  partie  du  livre,  et  nous  ne  ferons 
à  l'auteur  qu'un  reproche,  celui  de  ne  pas  lui  avoir  donné  de  plus  grandes  pro- 
portions; avec  les  documents  qu'il  a  consultés,  il  pouvait  facilement  doubler 
l'étendue  de  son  travail  sans  en  diminuer  l'intérêt.  Sur  les  lieutenants  du  roi  en 
Auvergne,  les  Etats,  les  intendants,  les  assemblées  provinciales,  l'administration 
municipale  aux  deux  derniers  siècles,  les  impôts,  il  dit  d'excellentes  choses  et 
nous  n'avons  guère  pu  y  relever  d'erreurs.  Peut-être  M.  R.  eût-il  bien  fait 
cependant  de  joindre  aux  sources  que  Clermont  lui  a  fournies,  les  collections 
parisiennes  des  Archives  et  de  la  Bibliothèque  nationale,  qui  lui  eussent  fourni 
nombre  d'additions  utiles. 

Les  pièces  justificatives  qui  terminent  l'ouvrage  présentent  en  général  un 
grand  intérêt.  Mais  l'auteur  a  eu  grand  tort,  à  nôtre  avis,  de  rejeter  dans  les 
notes  du  tome  I  les  indications  bibliographiques  relatives  à  chaque  acte, 
ce  qui  force  à  recourir  perpétuellement  du  tome  II  au  tome  I  et  occasionne  des 
confusions.  La  plupart  de  ces  36  pièces,  dont  beaucoup  sont  inédites,  sont 
publiées  d'une  manière  assez  exacte  et  peuvent  être  employées  sans  crainte. 

Pour  nous  résumer,  le  vaste  travail  de  M.  R.  présente  trois  graves  défauts  : 
plan  trop  étendu,  qui  l'a  forcé  à  resserrer  dans  d'étroites  limites  la  partie  la  plus 
neuve  du  livre  ;  prédominance  du  point  de  vue  juridique  sur  le  point  de  vue 
historique  ;  enfin  adoption  sans  un  contrôle  suffisant  de  théories  surannées  et 
d'appréciations  mal  fondées.  Ces  défauts  sont  d'autant  plus  regrettables  que  ce 
livre  est  l'œuvre  d'un  esprit  sain,  sérieux  et  libéral,  que  ses  recherches  ont  été 
faites  sans  aucun  esprit  de  parti,  et  que  l'exposition  a  la  simplicité  et  la  clarté 
qui  conviennent  à  un  livre  d'histoire. 

A.   MOLINIER. 


77.  —  F.  Petrarchae  Africa,  quam  reçensuit,  praefatione,  notis  et  appendicibus 
illustravit  L.  Pingaud,  scholae  normalis  olim  alumnus.  i  vol.  gr.  in-S",  400  p.  Paris, 
Ern.  Thorin.  1872.  —  Prix  :  7  fr.  50. 

Les  fêtes  du  centenaire  de  Pétrarque,  célébrées  l'an  dernier  dans  une  ville  de 
France  à  laquelle  le  nom  et  l'histoire  du  grand  poète  restent  indissolublement 
unis,  auraient  dû,  ce  semble,  susciter  chez  nous,  comme  au-delà  des  Alpes,  de 
nombreuses  études  sur  sa  vie  et  ses  œuvres.  Mais  il  en  est  allé  tout  autrement. 
M.  Mezières,  dont  nous  avons  apprécié  à  son  heure  le  livre  judicieux  et 
agréable  sur  Pétrarque,  et  qui  a  pu  annoncer  aux  Italiens  attirés  par  les  fêtes 
d'Avignon  qu'il  préparait  un  travail  semblable  sur  le  Tasse,  n'a  pas  vu  un  seul 
rival  lui  disputer  ce  terrain  si  vaste  et  où  il  a  certes  laissé  beaucoup  à  faire. 
L'Allemagne  a  été  moins  improductive.  L'Italie  surtout,  sans  donner  aucune 
œuvre  de  premier  ordre,  sans  susciter  un  érudit  pétrarquesque  de  la  force  de 


266  REVUE   CRITIQUE 

Rossetti,  ou  même  de  M.  Fracassetti,  dont  les  travaux  datent  de  ces  dernière?, 
années,  a  notablement  enrichi  l'histoire  et  la  bibliographie  de  son  poète.  Il  suffili 
de  signaler  en  courant  deux  éditions  critiques  des  Trionfi,  l'une  par  M.  Giannini 
à  Ferrare,  l'autre  par  M.  Pasqualigo  à  Venise;  des  recueils  de  Rime,  en  partie 
inédites,  publiés  par  M.  Ferrato  à  Padoue,  par  M.  Carbone  à  Turin;  des  tra- 
vaux bibliographiques  qui  montrent  surtout  les  rapports  de  Pétrarque  avec 
diverses  villes  italiennes  :  Pétrarque  à  Venise  (par  l'Ateneo  Veneto),  Pétrarque  4, 
Milan  (Carlo  Renussi),  Pétrarque  à  Gênes  (M.  Celesia);  par-dessus  tout,  le% 
Scritti  inediti,  retrouvés  et  publiés  avec  tant  de  soin  et  de  compétence  par 
M.  Attilio  Hortis,  de  Trieste,  qui  vient  d'y  ajouter  quelques  vers  latins,  suffisants, 
croyons-nous,  pour  absoudre  enfin  la  mémoire  de  Pétrarque  de  tout  soupçon  de 
jalousie  à  l'égard  de  son  grand  contemporain  Dante  Alighieri.  En  France,  il  n'^ 
guère  paru  qu'un  essai  biographique  sans  profondeur,  d'un  ecclésiastique  pro- 
vençal, et  des  articles  de  journal  et  de  revue  trop  propres  à  confirmer  notre 
réputation  d'ignorance  en  fait  de  littérature  étrangère.  Si  les  Italiens  nous  ont 
jugés  surtout  d'après  une  étude  historique  publiée  à  l'occasion  des  fêtes  d'Avi- 
gnon dans  la  Revue  française  la  plus  répandue,  étude  où  le  lyrisme  exubérant 
du  style  cachait  mal  la  plus  complète  inintelligence  du  génie  et  de  l'œuvre  de 
Pétrarque,  nous  avons  fort  à  faire  pour  nous  réhabiliter.  On  est  heureux  de  se 
dire  que  l'érudition  française  s'efforce  aujourd'hui  de  prendre  d'autres  habi- 
tudes et  de  substituer  la  critique  à  la  fantaisie;  mais  il  faut  regretter  qu'elle  ait 
trop  négligé  jusqu'à  présent  les  sujets  d'étude  si  nombreux  et  si  féconds  que  lui 
offrent  les  littératures  du  midi,  sœurs  de  la  nôtre  ;  c'est  une  raison  de  plus  pour 
recommander,  après  un  trop  long  oubli,  une  publication  très-modeste,  mais 
très-méritoire,  sur  VAfrica  de  Pétrarque,  publication  déjà  un  peu  ancienne  et 
antérieure  aux  fêtes  du  centenaire. 

C'est  une  thèse  latine  pour  le  doctorat  ès-lettres,  d'une  latinité  fort  médiocre, 
mais  d'une  rédaction  sage,  simplement  judicieuse  de  fond,  mais  faisant  bien 
connaître  son  sujet,  et  suivie  (chose  très-rare  dans  les  livres  de  cet  ordre)  d'une 
édition  complète  et  correcte  de  l'épopée  latine  du  xiv*  siècle,  qui  attendait 
depuis  longtemps  de  pareils  soins.  L'Africa  n'a  pas  un  grand  prix  au  point  de 
vue  de  l'art,  mais  on  ne  peut  en  contester  l'importance  dans  l'histoire  littéraire. 
Ce  n'est  pas  seulement  l'œuvre  qui  fit  la  réputation  de  Pétrarque  et  lui  valut 
son  triomphe  au  Capitole  et  le  laurier  trop  vanté  ;  c'est  surtout  le  premier  mo- 
nument de  la  renaissance  classique  et  le  premier  essai  d'épopée  artificielle  dans 
les  temps  modernes.  Il  n'est  pas  nécessaire  de  la  goûter,  mais  il  faut  la  con- 
naître et  partant  la  lire  peu  ou  prou.  C'était  bien  pénible  avec  l'édition  de  Bâle 
(i  581) ,  je  ne  prétends  pas  que  ce  soit  un  amusement  avec  celle  de  M.  Pingaud; 
mais  il  a  travaillé  sérieusement  et  non  sans  succès  à  diminuer  notre  peine.  Il 
nous  initie  d'abord  à  cette  œuvre,  un  peu  décourageante,  par  une  analyse  très- 
fidèle,  la  seule  qu'on  puisse  indiquer,  après  un  assez  bon  chapitre  de  Ginguené 
(t.  II,  473-47$),  aux  gens  qui  veulent  se  dispenser  d'étudier  à  même  l'épopée 
de  Pétrarque.  C'est  l'objet  du  second  chapitre  de  sa  thèse.  On  y  voit  que  le 
songe  de  Scipion,  d'après  Cicéron,  défraie  les  deux  premiers  chants  ;  au  troi- 


d'histoire  et  de  littérature.  267 

âèrae  et  au  quatrième,  Lélius  envoyé  chez  Syphax  (mais  il  n'aurait  pas  fallu 
écrire  miîtit  apud.. . ,  p.  1 2)  prononce  ou  écoute  de  longs  discours  $ur  les  antèr 
cédenls  historiques  de  l'action;  Sophonisbe,  décrite  avec  une  complaisance  dont 
le  véritable  objet  était  sans  doute  Laure  (qui  n'est  nommée  nulle  part  dans  les 
œuvres  latines  de  Pétrarque),  remplit  à  peu  près  deux  autres  chants  (V,  VI); 
il  n'en  reste  que  deux  pour  l'action  épique,  dont  le  point  culminant  est 
la  bataille  de  Zama;  le  dernier  chant  (IX)  n'est  qu'un  appendice,  d'ailleurs  assez 
curieux,  où  Homère  entretient  Ennius  du  chantre  futur  de  Scipion.  Ce  que  cette 
analyse  attentive  met  surtout  en  relief,  c'est  l'importance  d'une  lacune  inaperçue 
des  premiers  éditeurs,  constatée  depuis  par  plusieurs  critiques,  mais  plus  préci- 
sément évaluée  par  M.  L.  P.,  entre  le  5*  et  le  6«  chant.  Elle  serait,  d'après  la 
proportion  des  faits  dans  Tite-Live,  que  Pétrarque  suit  avec  une  excessive  fidé- 
lité, d'une  longueur  de  trois  chants  entierS;  ce  qui  donne  à  VAfrica  précisément 
les  dimensions  de  l'Enéide.  Après  avoir  démêlé,  dans  son  troisième  chapitre,  les 
sources  où  le  poète  a  puisé  (Cicéron,  Tite-Live,  Virgile),  M.  P.  le  venge  sans 
peine,  dans  le  quatrième,  du  reproche  d'avoir  copié  Silius  Italicus,  qu'il  n'a 
pas  connu,  et  réfute,  après  plusieurs  érudits,  le  quiproquo  de  Lefebvre  de  Ville- 
brun  au  sujet  d'un  morceau  prétendu  pillé  dans  les  Puniques,  Ce  qui  suit,  appré- 
ciation du  poème,  histoire  de  sa  composition,  de  ses  vicissitudes,  de  ses  éditions 
n'offre  également  rien  de  neuf,  mais  nous  livre  l'essentiel  des  travaux  antérieurs , 
les  textes  mêmes  de  Boccace,  de  Coluccio  Salutati,  de  la  correspondance  de 
Pétrarque,  y  sont  cités  soit  d'après  les  -meilleures  éditions,  soit  même  d'après 
les  manuscrits.  'y  b'otjrtnbncfrrg-'^-r'-r' -p?  ?nrJ' -«(^hwi 

C'est  d'après  les  mss.  (au  nombre  de  six,  quatre  de  la  Laurentienne  tie  Flo- 
rence, deux  de  Paris)  qu'a  été  établi  le  texte  de  l'Africa  (p.  81-362),  dédié  par 
le  soigneux  éditeur  «  egregio  Petrarchse  interpreti  A.  Mezières.  »  Il  suffit  de 
dire  que  malgré  quelques  passages  douteux  qui  subsistent  çà  et  là  et  quelques 
négligences  dans  la  ponctuation,  ce  long  poème,  presque  illisible  jusqu'ici,  n'offre 
plus  de  difficulté  sérieuse.  Qu'il  ait  fallu  pour  l'amener  à  ce  point  un  long  et 
minutieux  travail,  cela  ressort  de  la  seule  indication  des  variantes  des  éditions 
précédentes,  notées  au  bas  des  pages  (il  y  en  a  six  ou  sept  par  page  en  moyenne). 
Il  faut  remercier  M.  L.  P.  d'avoir  enrichi  la  bibliographie  de  Pétrarque  d'une 
édition  d'autant  plus  méritoire  que  personne  avant  lui,  même  en  Italie,  n'avait 
voulu  s'assujettira  ce  que  Rossetti  appelle  «la  lunga  e  tediosa  fatica  di  ridurre  a 

corretta  lezione  tutti  i  nove  libri  del  poema  ». 

Léonce  Couture. 

78.  —  Erasme.  Étude  sur  sa  vie  et  ses  ouvrages  par  Gaston  Feugère,  professeur  au 
lycée  Charlemagne,  docteur  ès-Iettres  de  la  Faculté  de  Paris,  i  vol.  in-8°,  xvj  et4J7 
p.  Paris,  librairie  Hachette  et  C*.  1874. 

Les  ouvrages  qui  ont  été  publiés  sur  Erasme  sont  nombreux  ;  aucun  cepen- 
dant ne  répond  aux  exigences  de  la  science  moderne,  et  il  reste  là  une  lacune 
qu'on  a  souvent  signalée.  Le  livre  de  M.  Feugère  vient-il  combler  cette  lacune  ? 
Nous  n'oserions  l'affirmer.  M.  F.,  sans  doute,  n'est  pas  un  écrivain  sans  mé- 


268  REWÊ  (ÎRHIQOÉ  ' 

rite.  Il  a  de  la  lecture,  il  a  surtout  une  manière  d'exposer  les  faits  qui  ne 
manque  ni  de  vivacité  ni  d'élégance.  Mais  il  nous  semble  qu'il  n'a  montré  ici 
ni  l'érudition  ni  la  solidité  de  critique  que  réclamait  l'œuvre  qu'il  a  entreprise. 

Avec  Erasme,  on  est  continuellement  amené  à  toucher  aux  plus  graves  questions 
religieuses,  théologiques  et  littéraires  qui  furent  débattues  de  son  temps.  Ces 
questions,  M.  F.  ne  paraît  pas  les  avoir  toutes  approfondies  d'une  manière  suffi- 
sante. A  chaque  instant,  en  effet,  on  rencontre  chez  lui  des  assertions  qui 
dénotent  une  connaissance  très-imparfaite  non-seulement  du  xvi«  siècle  en  général, 
mais  même  de  son  sujet  particulier.  Ainsi,  en  parlant  du  mouvement  réformateur, 
il  dira  très-sérieusement  (p.  283)  :  «  La  Réforme  ne  resta  pas  longtemps  dans 
les  limites  de  la  spéculation  dogmatique  »,  comme  si  la  Réforme  avait  été  à  son 
début  un  mouvement  théologique.  Ailleurs  (p.  57),  il  parle  des  Epistolae  obscu- 
rorum  virorum  en  ces  termes  :  «  Les  Epitres  des  hommes  obscurs,  écrits  par  trois 
auteurs,  dont  le  principal  fut  Ulric  de  Hutten,  »  comme  si  le  nombre  des  auteurs 
des  Epistolae  était  connu,  et  la  part  qui  revient  à  chacun  d'entre  eux  dans  cette 
œuvre  clairement  déterminée.  Plus  loin  encore  (p.  61)  à  propos  de  l'édition  du 
Nouveau  Testament  d'Erasme,  il  écrit  :  «  Erasme  avait  collationné  les  plus 
anciennes  éditions  grecques.  Des  collèges  et  des  monastères  lui  en  envoyèrent 
plusieurs,  »  tandis  que  tout  le  monde  sait  aujourd'hui  qu'Erasme  n'a  travaillé 
que  sur  quatre  manuscrits  de  date  assez  récente  et  que  la  première  édition  de 
son  Nouveau  Testament  fut  préparée  avec  une  hâte  peu  digne  de  la  science. 

M.  F.  a  interrogé  Erasme  lui-même  pour  raconter  sa  vie,  il  a  puisé  large- 
ment dans  sa  correspondance  et  dans  ses  écrits,  et,  de  ce  chef,  ce  volume 
présente  une  somme  considérable  de  travail  et  offre  un  intérêt  réel.  Mais  s'il  a 
beaucoup  consulté  Erasme,  M.  F.  n'a  guère  consulté  les  contemporains,  ni 
surtout  les  adversaires  de  son  héros;  son  ouvrage  est  une  sorte  d'autobiographie 
d'Erasme,  ce  n'est  plus  une  étude  impartiale  et  exacte.  Ajoutons  que  M.  F. 
ne  paraît  pas  avoir  été  toujours  jusqu'aux  sources.  Ainsi  dans  le  paragraphe 
consacré  à  la  controverse  d'Erasme  et  de  Luther  à  propos  du  libre  arbitre,  il 
cite  à  plusieurs  reprises  l'histoire  des  variations  de  Bossuet,  mais  jamais  Luther 
lui-même.  Enfin,  il  y  a  plus  d'une  lacune  dans  son  livre.  Les  ouvrages  écrits 
ou  édités  par  Erasme  ne  sont  même  pas  tous  mentionnés,  et  les  services  rendus 
par  lui  à  la  science,  et  surtout  à.  la- science  biblique ,  sont  beaucoup  trop 
laissés  dans  l'ombre.  ';;ife^>?'3ii/&iincî'  siJîi  i^'jl -i^'.'^ut:^}? 

Nous  pourrions  mentionner  aussi  des  lacunes  dans  la  notice  bibliographique 
qui  se  trouve  en  tête  du  volume  :  ainsi  nous  n'y  trouvons  marqués  ni  Stockmeyer , 
Erasmus  in  seinen  Briefen  an  Bonifacius  Amerbach,  dans  Schweiz.  Muséum  fur  hist. 
Wissenschaften,  1839,  ni  Glaseus,  Ueber  Erasmus  als  Kirchenreformator,  1850,  ni 
Woker,  De  Erasmi  studiis  irenicis,  1872,  ni  Rud.  Staehelin,  Erasmus  Stellung 
zur  Reformaiion,  1873,  etc.,  nous  pourrions  citer  une  certaine  quantité  d'erreurs 
typographiques  dans  les  noms  propres  :  Smith  au  lieu  de  Schmidt  (p.  133), 
Florimond  de  Semond  au  lieu  de  Remond  (p.  188),  Pirckeiraer  au  lieu  de  Pirck- 
heimer,  etc.;  mais  nous  n'insistons  pas  sur  ces  détails. 

En  résumé,  le  livre  de  M.  F.  est  d'une  lecture  très-agréable,  il  donne  même, 


d'histoire  kt  de  littérature.  269 

dans  certains  traits,  la  vraie  physionomie  d'Erasme;  mais,  dans  son  ensemble, 
nous  ne  pouvons  pas  lui  reconnaître  de  valeur  scientifique  réelle. 

Htim^i  T'h-  Gerold. 


79.  —  Lord  Herbert  de  Cherbury,  sa  vie  et  ses  œuvres  ou  les  origines  de  la  phi- 
losophie du  sens  commun  et  de  la  théologie  naturelle  en  Angleterre ,  par  Charles  de 
.  RÉMusAT,  membre  de  l'Institut.  Paris,  Didier.  1874.  In-12,  viij-3iop.  —  Prix: 

Histoire  de  la  philosophie  en  Angleterre  depuis  Bacon  jusqu'à  Locke,  par 
Charles  de  Rémusat,  membre  de  l'Institut.  Paris,  Didier.  1875.  ln-8'.  I,  vij-420  p. 
~*  II,  416  p.  —  Prix  :  14  fr. 

Après  avoir  publié  à  part  comme  un  épisode  détaché  de  l'histoire  de  la  phi- 
losophie anglaise  moderne,  M.  de  Rémusat  a  pensé  qu'il  était  utile  de  donner 
une  idée  exacte  des  philosophes  et  de  la  littérature  philosophique  qui  s'est  pro- 
duite en  Angleterre  depuis  le  miheu  du  xvi*  siècle  jusqu'à  la  fin  du  xvii*.   Dans 
une  introduction,  M.  de  Rémusat  remonte  (peut-être  un  peu  trop  haut)  jusqu'aux 
origines  de  la  nation  et  de  la  civilisation  anglaises.  Il  entre  dans  son  sujet  pro- 
prement dit  avec  les  prédécesseurs  de  Bacon,  Wilson,  Digby,  Davies,  Fother- 
by,  Hooker,  Raleigh.  Il  ne  traite  pas  en  détail  de  Bacon,  sur  qui  il  a  déjà  publié 
un  travail  justement  estimé  ' ,  ni  de  Herbert  de  Cherbury  qui  a  été  également 
l'objet  d'une  publication  spéciale;  il  marque  seulement  leur  place  dans  l'histoire 
qu'il  a  entrepris  d'exposer,  mais  il  s'arrête  davantage  sur  les  autres  contempo- 
rains de  Bacon,  G.  Herbert,  Carpenter,  Hakewill,  Pemble,  Crakanthorp,  et  sur 
l'histoire  de  la  logique  en  Angleterre  jusqu'au  xviii«  siècle.  Un  second  livre 
contient  l'histoire  de  la  philosophie  anglaise  pendant  la  révolution,  lord  Brook, 
Culverwel,  Chillingworth,  Digby,  White,  Browne,  Hobbes,  Baxter,  les  adver-^ 
saires  politiques  de  Hobbes,  Harrington,  Nevile,  Sidney,  Milton.  Dans  le  troi-' 
sième  livre  M.  de  R.  traite  de  la  philosophie  anglaise  après  la  révolution,  Which-^^ 
cot,  John  Smith,  Wallis,  Wortington,   Wilkins,  Cudworth,  More,  Sharrock, 
Cumberland,    Barrow,    Taylor,     Tillotson,    Whitby,    Halyburton,  T.  Gale,^ 
S.  Parker,  Matthew  Haie,  Glisson,  Wray,  Boyle,  Glanvill,  Newton.   Le  qua- 
trième et  dernier  livre  contient  l'histoire  de  la  vie  et  des  ouvrages,  et  l'appré-  - 
dation  de  la  philosophie  de  Locke.  -' 

Dans  cette  période  fort  agitée  de  l'histoire  de  l'Angleterre,  la  philosophie  1 
anglaise  est  étroitement  liée  aux  controverses  reHgieuses  et  politiques  qui  ont- 
passionné  les  esprits.  M.  de  R.  a  senti  qu'il  ne  pouvait  faire  bien  comprendre 
les  idées  émises  en  philosophie  s'il  ne  faisait  pas  connaître  la  vie  des  philoso-  '^ 
phes  et  le  milieu  moral  où  leur  esprit  s'est  développé.  Il  s'est  vivement  inté-  ^ 
ressé  à  cette  partie  importante  de  son  sujet,  et  il  y  intéresse  aussi  ses  lecteurs.  '' 
L'exposition  et  la  critique  des  idées  philosophiques  elles-mêmes  ont  eu,  évi- '^ 
Il  0t»j»i ' — ■ — ' 'r''  '' ■■^^ 

1.  Bacon,  sa  vie,  son  temps,  sa  philosophie  et  son  influence  jusqu'à  nos  jours,  par'; 
M.  Ch.  de  Rémusat,  membre  de  l'Institut.  Paris,  Didier.  1857.  ^' 

.gJiKîàb  253  1UZ  zeq  zttonimCn  ?.uon  zî&m  ,.^;3  ^isausd 
mém  srmoD  ,?  ,  550f.9-îg£"2éii  stuJdsI  ^nu'b  Jaa  ."^  M  sb  stvi!  si  ,àmiieài  nH 

f 


2J'0  .Àikvf-    REVUE   CRITIQUE 

demment,  moins  (battrait  pour  lui  que  la  théologie  et  la  politique.  L'exposition 
est  un  peu  sommaire,  parfois  obscure  ;  on  voudrait  des  citations  textuelles  des 
passages  les  plus  importants  au  bas  des  pages  :  car  une  traduction  exacte  des 
idées  philosophiques  exprimées  dans  une  autre  langue  paraît  à  peu  près 
impossible.  La  critique,  très-intelligente  et  très-équitable  d'ailleurs,  n'entre  peut- 
être  pas  assez  dans  le  détail  sur  les  points  fondamentaux,  particulièrement  en  ce 
qui  concerne  le  système  si  important,  à  tous  égards,  de  Hobbes. 

On  voudrait  aussi  plus  de  développements  sur  le  système  de  Locke.  Les  leçons 
de  Cousin  sur  la  philosophie  de  Locke  ne  sont  qu'un  travestissement;  l'injustice 
en  est  Criante,  la  légèreté  inconcevable  '.  Tout  ce  que  M.  de  R.  dit  de  Locke 
repose  sur  une  étude  approfondie  du  sujet  et  est  inspiré  par  l'équité  la  plus  scru- 
puleuse et  la  plus  sympathique  à  ce  ferme  et  noble  esprit,  le  maître  de  nos  pères 
de  1789.  M,  de  Rémusat  n'oublie  du  reste  nulle  part  en  ce  livre  les  traditions 
de  bon  sens,  de  générosité  et  de  libéralisme  qui  avaient  été  transmises  à  sa  géné- 
ration :  son  ouvrage  respire  partout  ces  sentiments,  et  pour  emprunter  ses  pro^ 
près  expressions  (II,  289),  «  cette  fidélité  sans  illusion,  sans  enthousiasme, 
»  sans  défaillance  à  l'humanité,  à  la  modération,  à  la  liberté  »  qui  est  l'honneuf 
et  le  charme  de  son  caractère.  .u..<;d;jjii; 

-t-i  Wi  ^«dCîÊTÉS  SAVANTES. 

-;.  :lJ  .aidn:- 

j,  ACADÉMIE    DES   INSCRIPTIONS   ET    BELLES-LETTRES. 

.,XvUs;-,.i^.w/.  ,i^ç~  — vji  ::.  Séance  du  16  avril  1875,      .h'  -■.■■-■ 

'  tJttlé 'ftîlï^'éSJ 'M^'C)X^Vrias,  secrétaire  perpétuel  de  Hiiiâétûk  des  sciences, 
annonce  que  cette  académie  va  faire  frapper  une  médaille  commémorative  du 
passage  de  Véiius  sur  le  Soleil  et  des  observations  qui  en  ont  été  faites,  et 


-.;,  I.  En  voici  une  preuve  singulière.  Locke  dit  (IV,  xj,  12)  :  «  Nous  ne  pouvons  pas 
■'»  plus  connaître  qu'il  y  ait  des  esprits  finis  réellement  existants,  par  les  idées  que  nous 
»  avons  en  nous-mêmes  de  ces  sortes  d'êtres,  qu'un  homme  ne  peut  parvenir  à  connaître, 
»  par  les  idées  qu'il  a  des  fées  et  des  centaures ,  qu'il  y  a  des  choses  actuellement  exis- 
»  tantes  qui  répondent  à  ces  idées  là.  Et  par  conséquent  sur  l'existence  des  esprits  {en 
»  anglais  «  of  finite  spirits  »)  aussi  bien  que  sur  plusieurs  autres  choses,  nous  devons 
»  nous  contenter  de  1  évidence  de  la  foi.  »  Il  n'est  pas  besoin  d'avoir  recours  à  IV,  IH, 
27,  où  Locke  développe  la  même  idée,  pour  voir  que  par  esprits  finis  Locke  entend  les 
anges  et  les  démons.  Mais  Cousin  l'a  compris  autrement;  voici  comment  il  commente  ce 
texte.  Après  avoir  cité  la  première  partie  jusqu'à  «  ces  idées  là,  »  il  ajoute  (Philosophie 
de  Locke,  1861,  p.  259)  :  <i  C'est  bien  là,  ce  me  semble,  le  scepticisme  absolu;  et  vous 
»  pensez  peut-être  que  la  conclusion  dernière  de  Locke  sera  qu  il  n'y  a  aucune  connais- 
»  sance  des  esprits  finis ,  par  conséquent  de  notre  âme,  par  conséquent  encore  d'aucune 
»  des  facultés  de  notre  âme  ;  car  l'objection  est  aussi  valable  contre  les  phénomènes  de 
»  l'âme  que  contre  sa  substance...  C'est  là  sans  doute  qu'il  aurait  dû  aboutir;  mais  il 
»  ne  l'ose....  Que  fait-il  donc.?....  il  en  appelle....  à  la  révélation,  à  la  foi,  et  il  conclut 
»  ainsi  :  Par  conséquent  sur  l'existence  de  l'esprit  nous  devons  nous  contenter  de  l'évi- 
»  dence  de  la  foi.  »  Suit  une  longue  réfutation  du  grossier  paralogisme  de  Locke.        r 


d'histoire  et  de  littérature.  271 

demande  à  racadémie  des  inscriptions  de  composer  la  légende  qui  devra  être 
inscrite  sur  cette  médaille. 

Un  travail  sur  les  Sons  linguistiques  est  adressé  à  l'académie.  L'auteur  demande 
l'avis  de  l'académie  sur  ce  travail.  Il  ne  peut  être  donné  suite  à  cette  demande. 

M.  Desnoyers  lit  une  note  sur  un  silex  dont  la  photographie  avait  été  adressée 
à  l'académie,  et  que  l'auteur  de  cette  communication  considérait  comme  une 
balle  de  fronde  préhistorique.  Ce  silex  est  semblable  à  un  grand  nombre  d'autres 
qui  remplissent  les  collections  et  qui  ont  dû  servir  à  divers  usages  ;  il  ne  présente 
aucun  intérêt  particulier.  On  n'y  trouve  aucune  trace  des  caractères  d'écriture 
hiéroglyphique  que  l'auteur  de  la  communication  avait  cru  y  reconnaître. 

—  M.  Naudet  termine  la  lecture  de  son  mémoire  sur  la  question  des  tribuni 
militum  a  populo.  Selon  lui  les  mots  a  populo  ne  peuvent  signifier  élu  par  le  peuple, 
mais  originaire  du  peuple,  c.  à  d.  du  pays,  de  la  cité  où  est  située  l'inscription 
qui  porte  ces  mots.  Les  tribuni  militum  a  populo  étaient  donc  des  tribuns  mili- 
taires ordinaires,  au  titre  desquels  on  avait  ajouté  la  mention  qu'ils  étaient  ori- 
ginaires de  la  cité  où  ils  étaient  établis  et  où  une  inscription  leur  était  dédiée. 
On  peut  s'expliquer  l'utilité  de  cette  mention.  Toutes  les  inscriptions  qui  parlent 
de  tribuni  m.  a.  p.  proviennent  de  l'Italie  et  datent  du  8^  siècle  de  Rome  :  elles 
se  rapportent  à  l'époque  où  un  grand  nombre  de  soldats  reçurent  des  terres  en 
Italie  aux  dépens  des  propriétaires  violemment  expulsés.  Ces  intrus  durent  être 
mal  vus  des  habitants,  et  ceux-ci  pouvaient  tenir  à  éviter  d'être  confondus  avec 
eux,  surtout  quand  ils  portaient  un  titre  militaire,  comme  celui  de  tribunus  mili- 
tum, qui  semblait  appeler  cette  sorte  de  confusion.  C'est  pourquoi  on  joignit 
alors  à  ce  titre  les  mots  a  populo  afin  d'indiquer  qu'il  s'agissait  d'un  habitant  ori- 
ginaire du  pays.  —  M.  Naudet  ne  pense  pas  qu'on  puisse  songer  à  rattacher  a 
populo  à  militum  :  ces  soldats  du  peuple,  c.  à  d.  de  telle  cité  en  particulier,  n'au- 
raient pu  former  qu'une  sorte  de  corps  franc,  hors  des  légions,  dont  le  chef 
n'aurait  pas  porté  le  titre  de  tribunus  militum. 

M.  Duruy  déclare  qu'il  persiste  dans  les  conclusions  de  son  premier  mémoire. 
Ce  qu'il  s'était  efforcé  de  faire  ressortir,  c'est  le  rapprochement  qui  se  présente 
à  l'esprit  entre  l'art.  103  de  la  loi  de  Genetiva  et  ce  que  l'on  sait  de  l'existence, 
dans  presque  toutes  les  cités  de  l'empire,  d'une  force  de  police  municipale,  com- 
mandée par  des  fonctionnaires  municipaux,  les  divers  préfets  des  villes  de  Gaule, 
les  stratèges  d'Athènes  (charge  qui  subsistait  encore  au  temps  de  Constantin),  etc. 
L'empire  romain  ne  prenait  aucun  souci  de  la  police  intérieure  :  aussi  le  brigan- 
dage y  était-il  général  :  M.  Duruy  cite  de  nombreux  témoignages  qui  l'établissent. 
Il  fallait  donc  que  les  cités  organisassent  des  mesures  de  défense,  et  c'est  ce  qui 
fut  fait  généralement.  Il  y  avait  dans  chacune  une  troupe  de  police,  et  un  fonc- 
^  tionnaire  chargé  de  garder  les  armes  de  cette  troupe  quand  elle  n'avait  pas  de 
.service  à  faire,  de  la  commander  quand  elle  avait  à  agir. 
:      M.  Naudet  ne  conteste  pas  l'existence  de  ces  troupes  de  police  municipale, 
.mais  il  ne  croit  pas,  comme  M.  Duruy,  qu'elles  fussent  munies  d'armes  de  guerre. 
Quand  les  désordres  étaient  tels  qu'il  fallait  faire  intervenir  les  soldats,  c'étaient 


272  REVUE   CRITIQUE    D'hISTOIRE    ET    DE   LITTÉRATURE. 

des  légionnaires  qu'on  faisait  venir  de  la  frontière  voisine,  ou  de  la  province 
même,  car  il  y  en  avait,  quoique  en  petit  nombre,  même  dans  les  provinces  du 
sénat.  Du  reste  ce  qui  est  en  question  n'est  pas  de  savoir  si  en  général  il  y  avait 
dans  les  cités  de  l'empire  des  chefs  de  police  municipaux,  mais  si  telles  étaient 
les  fonctions  des  personnages,  en  petit  nombre,  qu'on  rencontre  en  Italie  au 
8^  s.  de  Rome  avec  la  qualification  de  tribuni  militum  a  populo. 

M.  Ravaisson  fait  remarquer  :  i°  que  dans  le  système  de  M.  Naudet  on  ne 
voit  pas  pourquoi  ce  sont  seulement  des  tribuns  militaires,  et  jamais  d'autres 
fonctionnaires,  qui  ajoutent  à  leur  titre  la  mention  qu'ils  sont  du  pays,  a  populo; 
2°  qu'on  pourrait  expliquer  a  populo  en  prenant  a  dans  un  sens  analogue  à  celui 
que  ce  mot  exprime  dans  a  secreîis  :  qui  appartient  au  peuple,  relatif  au  peuple. 
L'art.  103  de  la  loi  de  Genetiva  attribue  expressément  aux  magistrats  comman- 
dant une  troupe  formée  pour  la  défense  de  la  colonie  la  même  autorité  qu'aux 
tribuns  militaires  :  n'a-t-on  pu  ailleurs  donner  aux  magistrats  investis  du  même 
pouvoir  le  titre  de  tribun  militaire  pour  le  municipe,  pour  le  peuple,  «a  populo»? 

M.  Duruy  dit  que  sa  préoccupation  principale  n'a  pas  été  d'expliquer  les  mots 
tribunus  militum  a  populo,  mais  de  montrer  en  général  dans  toutes  les  cités  de 
l'empire  l'existence  des  troupes  municipales. 

M.  Naudet  est  d'accord  avec  M.  Duruy  en  ce  qui  concerne  cette  vue  géné- 
rale, mais  il  réserve  son  opinion  sur  le  point  particulier  des,  tf.ibuni  militum  a 

populo.  .-^rTf-t;,Ji.    .      ;. 

—  Ouvrages  offerts  à  l'académie  : 

Catalogue  des  manuscrits  et  livres  imprimés  de  la  bibliothèque  de  la  ville  de  Vesoul, 
Vesoul,  1873,  8°; 

A.  Hovelacque  :  Morale  de  l'Avesta,  1874;  Langues,  races,  nationalités,  2eéd., 
1875  :  brochures  8",  Paris. 

M.  de  Longpérier  présente  de  la  part  de  M.  Ch.  Newton  un  vol.  in-f",  intitulé 
The  collection  of  ancient  greek  inscriptions  in  the  British  muséum,  edited  by  G.  T. 
Newton  ;  Clarendon  pres5,,Q^(:^d,  1 874.  Ge  volume  a  été  rédigé  par  MM.  Newton 

et  Hicks.  uhn-\nn!--i  ^J  .  O 

—  M.  Lenormant,  poursuivant  la  lecture  de  son  mémoire  sur  la  langue  acca- 
dienne,  continue  de  donner  les  preuves  qui  établissent  que  les  particules  gram- 
maticales de  cette  langue  doivent  être  lues  phonétiquement. 

Julien  Havet. 


Le  propriétaire-gérant  :  F.  VIEWEG. 


Nogent-ie-Rotrou,  imprimerie  de  A.  Gouverneur. 


rische  Gedichte  des  15.  u.  16.  Jahrh.  herausg.  v.  Lœrsch  u.  Reifferscheid. 
Aachen,  Kaatzer.  In-S",  iv-98  p.  —  Gœdeke,  Gœthe's  Leben  und  Schriften. 
Stuttgart,  Cotta.  ln-8°,  VJ-554P.  (réimpression  des  diverses  introductions  de 
l'auteur  aux  œuvres  de  Goethe).  —  Van  der  Linde,  Gesciiichte  und  Literatur 
des  Schachspiels.  2.  Bd.  (125  Diagramme).  Berlin,  Springer.  In-8",  xvj-524  p. 
(ce  second  volume,  non  moins  important  que  le  premier,  s'occupe  du  jeu  d'échec 
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Anzeiger  fur  Kunde  der  deutschen  Vorzeit,  N°  ?,  mars  1875.  Bunîgla- 
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avec  figures).  — Aus  Petersburger  Handschriften  (Wattenbach).  — Drei  Briefe 
des  Gœrlitzer  Magistrats  an  den  Ritter  Wilhelm  Zub  von  Landstein  in  Sachen 
des  Malers  Georg  Burchart  (D""  E.  Wernicke).  —  Die  Mùnzer,  Hieronymus 
Holzschuler  und  die  Furtenbache. — Graf  Rudolf  von  Hohenberg  ûbertraegt  dem 
rœmischen  Kœnig  Ludwig,  dem  Kœnig  Johann  von  Bœhmen  und  seinera 
«  Bruder  »  dem  Burggrafen  Friedrich  zu  Nûrnberg  die  Schlichtung  seines 
Streites  mit  dem  Herzoge  von  Teck  und  dem  Grafen  von  Fûrstenberg ;  17.  Au- 
gust  1350  (Baader).  — Beilage  zum  N"  5.  Chronik  d.  germ.  Muséums.  — 
Schriften  der  Akademien  und  historischen  Vereine.  —  Nachrichten. 


BULLETIN    BIBLIOGRAPHIQUE 
DES  PRINCIPALES   PUBLICATIONS   FRANÇAISES   ET    ÉTRANGÈRES. 

AVIS.  —  On  peut  se  procurer  à  la  librairie  A.  Franck  tous  les   ouvrages 

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Revue  critique.   Elle  se  charge  en  outre  de  fournir  très-promptement  et  sans 

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Edited  by  Hon.  F.  Adams.  With  Por- 
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lezzi).  5  fr. 

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Text  of  the  Bhagavad-Gîtâ  :  a  sanscrit 
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giudizio  emesso  dalla  R.  Accademie  di 
belle  Arti  di  Venezia  sopra  un  désigne 
originale  di  Raffaello  :  Osservazioni  en- 


tiche. In-8*,  12  p.  Venezia  (tip.  Longo). 

Memoria  che  puô  servire  de  conclu- 

sione  a  due  opusculi  risguardanti  un  di- 
seguo  originale  de  Raffaello.  In-8%  12  p. 
Venezia  (tip.  Longo). 

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chi.  Vol.  I,  disp.  1.  In-4',  56  p.  Siena 
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Dahn  (F.).  Westgothische  Studien.  Ent- 
stehungsgeschichte,  Privaîrecht,  Straf- 
recht.  Civil-  u.  Straf-Process  u.  Gesammt- 
kritik  der  Lex  Visigothorum.  In-4*,  xij- 
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XVI  ai  XIX  pubblicati  su'manoscritti  délia 
biblioteca  comunale,  preceduti  da  prefa- 
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di  Marzo.  Vol.  12.  In-8',  xx-444  p. 
Palermo  (Pedone-Lauriel).  1 1  fr. 

Duplessis  (G.)^  Les  ventes  de  tableaux, 
dessins  et  objets  d'art  aux  XVIl"  et 
XVIlI'  siècles.  Essai  de  Bibliographie. 
In-S",  iv-126  p.  Paris  (Rapilly).      6  fr. 


Froment  (E.).  Essai  sur  l'éloquence  udi- 
ciaire  en  France  avant  le  XVII'  siècle. 
In-8*,  xvj-367  p.  Paris  (Thorin).       -jîr. 

Quid  e  M.  Fabii  Quintiliani  oratoria 

institutione  ad  liberos  ingénue  nunc  edu- 
candos  excerpi  possit.  In-S",  104  p. 
Paris  (Thorin). 

ritting  (H.).  Glosse  zu  den  Exceptiones 
legum  romanorum  d.  Petrus.  Aus  e. 
Prager  Handschrift  zum  ersten  Mal  hrsg. 
u.  eingeleitet.  In-8",  68  S.  Halle  (Buchh. 
d.  Waisenh.}.  2  fr. 

Geiger  (J.  L.).  A  Peep  at  Mexico  :  Nar- 
rative of  a  Journey  across  the  Republic 
from  the  Pacific  to  the  Guif,  in  December 
1873  and  January  1874.  Illustrated  by 
4  Maps  et  4$  Photographs.  In-8*  cart. 
362  p.  London  (Trûbner  et  G*).    30  fr. 

Gelmetti  (L.).  La  lingua  parlata  di 
Firenze  e  la  lingua  letteraria  d'italia. 
Studio  comparative  delle  questione.  Parte 
seconda.  In- 16,  470  p.  Milano  (Battez- 
zati).  J  fr. 

Grûn  (K..).  Ludwig  Feuerbach  in  seinem 
Briefwechsel  u.  Nachiass  sowie  in  seiner 
philosophischen  Charakterentwicklung 
dargestellt.  i.  Ed.  Ludwig  Feuerbach's 
philosoph.  Gharakterentwicklung.  Sein 
Briefwechsel  und  Nachiass.  1820-1850. 
Mit  dem  Bildniss  Feuerbach.  In-8*, 
455  S.  Leipzig  (Winter).  12  fr. 

Guarini  (B.).  Dodici  lettere  al  Signer  Don 
V.  Orsini  duca  di  Bracciano  ora  per  la 
prima  volta  pubblicate.  In-8°,  24  p. 
Venezia  (tip.  Cecchini). 

Herguet  (K.).  Kristan  v.  Mùhlhausen, 
Bischof  v.  Samland  (1276-1295).  Mit  2 
Abbildgn.  In-8°,  vj'62  S.  Halle  (Buchh. 
d.  Waisenh.).  2  fr. 

Hildebrandt  (A.).  Juda'sVerhaeltniss  zu 
Assyrien  in  Jesaja's  Zeit  nach  Keilin- 
schriften  u.  Jesajanischen  Prophetieen. 
Ein  Beitrag  zur  histor.  Exégèse  d.  Jesaja. 
In-8»,  84  S.  Marburg  (Ehrhardt).  3  f.  50 

Hodgson  (B.  H.).  Essays  on  the  Lan- 
guage,  Literature,etc.;  of  Népal  and  Ti- 
bet. In-8*  cart.  London  (Trùbner  et  G*). 

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Kaufmann  (M.).  Socialism  :  its  Nature, 
his  Dangers,  and  its  Comédies  considered. 
Founded  on  the  German  Work,  «  Ka- 
pitalismus  und  Socialismus,  »  by  D'  A. 
E.  F.  Schaeffle.  In-8'  cart.  326  p.  Lon- 
don (King).  9  fr.  40 


Lami  (A.).  Tirteo  :  i  canti  di  guerra 
raccolti  e  illustrati.  In-8*,  cxxxxvj-j  16  p. 
Livorno  (tip.  Vigo).  12  fr. 

Lecocq  (G.).  Étude  sur  les  vitraux  de  la 
collégiale  de  Saint-Quentin,  i"  partie. 
In-8',  53  p.  et  pi.  Saint-Quentin  (imp. 
Poette). 

Lessing  (G.  E.).  Laocoon  :  an  Essay 
upon  the  Limits  of  Painting  and  Poetry. 
With  Remarks  illustrative  of  Varions 
Points  in  the  History  of  Ancient  Art. 
Translated  by  E.  Frothingham.  In- 12 
cart.  262  p.  London  (Low).       6  fr.  25 

Nani  (B.).  Due  dispacci  :  pubblicati  da 
F.  Nani  Mocenigo.  In-8*,  20  p.  Venezia 
(tip.  del  Rinnovamento). 

Odysse-Barot.  Histoire  de  la  littérature 
contemporaine  en  Angleterre,  1830-1 874. 
In- 18  Jésus,  515  p.  Paris  (Charpentier 
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Petrarca(F.).  I  Trionfi  corretti  nel  testo 
e  riordinati  con  le  varie  lezioni  degli 
autografi  e  di  XXX  manoscritti  per  cura 
di  C.  Pasqualigo,  con  appendice  di  varie 
lezioni  al  Canzionere.  In-4°,  130  p,  Ve- 
nezia (tip.  Grimaido  e  G,). 

Prokesch-Osten  (A.  Graf).  Nilfahrt  bis 
zu  den  zweiten  Katarakten.  Ein  fûhrer 
durch  .^gypten  u.  Nubien.  Mit  Karten, 
Plasnen  u.  Abbildgn.  In-8*,  xiv-584  S. 
Leipzig  (Brockhaus).  16  fr. 

Saint-Simon  (duc  de).  Mémoires  publiés 
par  MM.  Ghéruel  et  Ad.  Régnier  fils,  et 
collationnés  de  nouveau,  pour  cette  édi- 
tion sur  le  manuscrit  autographe,  avec 
une  notice  de  M.  Sainte-Beuve.  T.  16. 
In- 18  jésus^  476  p.  Paris  (Hachette  et 
C-).  3  fr-  SO 

Saltini  (G.  E.).  I.  design)  di  Raffaello  da 
Urbino  che  si  conservano  nelle  gallerie 
florentine.  In-S",  44  p.  Urbino  (tip. 
Rochette  e  C). 

Soury  (J.).  Études  de  psychologie.  Por- 
traits de  femmes  (la  Délia  deTibulle.  La 
marquise  de  Caylus.  M"' de  Pompadour, 
Les  six  filles  de -Louis  XV.  M-  Réca- 
mier).  In- 18  Jésus,  viij-347  p.  Paris 
(Sandoz  et  Fischbacher).  3  fr.  50 

Triantofillis  (G.).  S^X^oy^  eUTivtxwv 
avexôoTwv  eniffraota  Kwverxavxivoy  Tptav- 
TOçuXXï)  xal  A>g£pTov  TpaX/ouTou.  Tofio; 
A',  xeujroi;  A'.  Aide  uàaav  aKTTjdtv  aTiEu 
ôuvxéov  Ttpôç  6tev6uvTïiv.  In-S",  xxij-i44p. 
Venezia  (Stamp.  Greca,  La  Fenice). 


Nogent-le-Rotrou,  Imprimerie  de  A.  Gouverneur. 


N'  18  Neuvième  année.  1"  Mai  1875 


REVUE  CRITIQUE 

D'HISTOIRE   ET  DE  LITTÉRATURE 

RECUEIL  HEBDOMADAIRE  PUBLIÉ  SOUS  LA  DIRECTION 

DE  MM.  C.  DE  LA  BERGE,  M.  BRÉAL,  G.  MONOD,  G.  PARIS. 


Secrétaire  de  la  Rédaction  :  M.  Stanislas  G u yard. 


Prix   d'abonnement  : 

Un  an,  Paris,  20  fr.  —  Départements,  22  fr.  —  Etranger,  le  port  en  sus 

suivant  le  pays. 


PARIS 

LIBRAIRIE    A.    FRANCK 

F.    VIEWEG,    PROPRIÉTAIRE 
67,  RUE  RICHELIEU,  67 


Adresser  toutes  les  communications  à  M.  Stanislas  Guyard,  Secrétaire  de  la 
Rédaction  (au  bureau  de  la  Revue  :  67,  rue  Richelieu). 

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TT'v/'iyyr  TVT  Y7     ^    Ammon-Ra  des  papyrus  égyptiens  du  musée  de 

11    1    iVl  IN  IL     Boulaq,  traduit  et  commenté  par  Eugène  Grébaut, 
avocate  la  Cour  d'appel  de  Paris.  22  fr. 

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LPTQ  OT  ThTÎDÇ  ^^  Philippe.  Poème  en  vers  politiques  de 
1^^  rl-<mUrVO  Philippe  le  Solitaire,  publié  dans  le  texte 
pour  la  première  fois,  d'après  six  mss.  de  la  Bibliothèque  nationale,  par  l'abbé 
E.  Auvray,  licencié  ès-lettres.  M^-  7S 

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'-^*      rvll     ICirv    Les  noms  de  famille.  5  fr.  50 


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Le  i^""  numéro  1875  de  la  Romania. 


PÉRIODIQUES. 

Revue  de  l'Instruction  publique  (supérieure  et  moyenne)  en  Belgique. 
XXIir  année.  Nouv.  série.  T.  XVIII.  2"  livr.  Société  pour  le  progrès  des  sciences 
philologiques  et  historiques.  —  Les  Suèves  des  bouches  de  l'Escaut  et  leur 
déesse  Nehalennia.  —  Le  Codex  Bruxellensis  du  florilège  de  Stobée  (P.  Thomas). 

—  De  quelques  parisianismes  populaires  et  d'autres  locutions  non  encore  ou  mal 
expliquées  (Ch.  Nisard;  ensuite).  —  Variétés  scientifiques.  Le  Congrès  d'archéo- 
logie et  d'anthropologie  préhistoriques  de  Stockholm  (M.  N.).  —  Comptes  rendus. 
Lange,  Die  Epheten  und  der  Aréopage  vor  Solon  (P.  Thomas;  cf.  Rev.  crii., 
1874,  ^^  3<^9)-  —  Varia.  Sommaire  de  la  Revue  critique  d'hist.  et  de  littér. 

The  Academy,  N°  1 5^,  new  séries,  10  avril.  Dunning  Macleod,  The  Prin- 
ciples  of  Economical  Philosophy.  Vols  I  and  II.  Second  Ed.  London,  Long- 
mans  and  Co.  (T.  E.  Gliffe  Leslie  :  peu  satisfaisant).  —  Sir  H.  Rawlinson, 
England  and  Russia  in  the  East.  London,  Murray  (George  Birdwood  :  repro- 
duction d'articles  publiés  dans  la  Calcutta  Review  et  la  Quarterly  Review).  — 
Willis-Baxley,  Spain.  Art  Remains  and  Art  Realities,  Painters,  Priests,  and 
Princes.  London,  Longmans  and  Co.  (Went.worth  Webster  :  guide  recom- 
mandable  au  point  de  vue  de  l'art;  mais  on  regrette  que  l'auteur  se  soit  livré  à 
des  discussions  oiseuses  sur  la  politique,  l'histoire  et  la  religion).  —  Notes  and 
News  (on  annonce  la  fondation  par  M.  G.  Monod  d'une  Revue  liistorique  dont  le 
premier  fascicule  paraîtra  le  1"  janvier  1876  :  on  cite  parmi  les  noms  des  futurs 
collaborateurs  ceux  de  MM.  L.  Renier,  Duruy,  Fustel  de  Coulanges,  Taine, 
Thurot,  G.  Paris,  R.  Reuss).  —  Notes  of  Travel.  —  Boston  Letter  (Thomas 
Sergeant  Perry  :  nouvelles  littéraires).  —  Correspondence.  Aryan  Origin  of  the 
Finnish  name  for  Iron  (Eugène  Schuyler  :  combat  l'opinion  exprimée  par 
M.  Lenormant  et  reproduite  par  M.  Sayce  que  le  mot  accadien  urud,  bronze, 
serait  identique  avec  le  finnois  rauta,  fer,  d'où  la  conclusion  que  les  Touraniens 
primitifs  avaient  déjà  commencé  à  travailler  les  métaux  avant  leur  séparation. 
Le  mot  rauta  est  emprunté  aux  langues  slaves,  cf.  le  russe  rudd,  mine,  dont 
l'origine  est  aryenne). — Ancient  Mosquito-Nets  (Edward  Peacock).  —  Handel 
und  Bach  (G.  Downing  Fripp.  —  MR.  Parish's  Glossary  of  the  Sussex  Dialect 
(Walter  W.  Skeat).  —  Mrs.  Kingsford's  «  Rosamunda  the  Princess  and  other 
»  Taies  «  (Walter  Macleane).  —  Henry  Sweet,  A  History  of  English  Sounds. 
London,  Trùbner  (Henry  Nicol  :  art.  extrêmement  favorable).  —  Science  Notes 
(notes  sur  le  4*  fasc.  du  Targoum  Samaritain,  éd.  Brùll;  sur  la  ?*  éd.  de  la 
Chrestomathie  provençale  de  Bartsch;  sur  la  3'' éd.  de  la  Grammaire  des  anciens 
dialectes  germains,  de  Heyne;  sur  la  traduction  anglaise,  par  Grèce,  de  la 
Grammaire  anglaise  de  Maetzner).  —  Meetings  of  Societies  (Institut  d'anthropo- 
logie). —  Research,  Discovery,  and  Restoration  in  Rome  (C.  I.  Hemans). 

The  Athenseum,  N"  2476,  10  avril.  Carlyle  ,  Early  Kings  of  Norway. 
Chapman  and  Hall  (apologie  de  la  monarchie  absolue).  —  Mr.  F.  W.  Ellis 
(Walter  Elliot  :  à  propos  de  l'article  de  M.  Caldwell  sur  un  ms.  tamoul  de 
l'India  Office,  Athen.  du  5  déc.  1874).  —  The  Survey  of  Palestine.  —  Literary 
Gossip.  —  Societies  (Soc.  d'anthropologie,  d'archéol.  biblique.  Institut  anthrop.). 

—  Miscellanea.  Is  Action  Shakspeare?  (F.  G.  Fleay).  —  Jérusalem  Topography 
(George  St.  Clair). 

liiterarisches  Centralblatt,  NM6,  17  avril.  Heydemann,  Geschichte  des 
Grauen  Klosters  zu  Berlin.  Berlin,  Weidmann.  In-8",  viij-351  p.  —  Keller, 
Der  zweite  punische  Krieg.  Marburg,  Elwert.  In-8°,  viij-22î  p.  (travail  soigné, 
et  riche  en  nouveaux  résultats).  —  Gardiner,  The  thirty  years'  war  16 18-1648. 
London,  Longmans,  Green  and  Co.  In-S»,  xxv-233  p.  (on  souhaite  que  cet 
excellent  ouvrage  se  répande).  —  Belloguet,  Ethnogénie  gauloise.  2"  partie  : 


REVUE  CRITIQ^UE 

D'HISTOIRE    ET    DE    LITTÉRATURE 

N*  18  —  1"  Mai  —  1875 

Sommaire  :  8o.  D'Eichthal,  Le  Site  de  Troie;  Perrot,  Excursion  à  Troie.  — 
8i.  TuETEY,  Les  Écorcheurs  sous  Charles  VH.  —  82.  Froment,  Essai  sur  l'élo- 
quence judiciaire  en  France  avant  le  XVIJe  siècle  ;  L'Éloquence  et  le  Barreau  dans  la 
première  moitié  du  XVI"  siècle.  —  83.  Gevaert,  Histoire  et  théorie  de  la  musique 
de  l'antiquité,  t.  l.  —  Sociétés  savantes  :  Académie  des  inscriptions. 


80.  —  Le  site  de  Troie,  selon  Lechevalier  ou  selon  M.  Schliemann,  par  M.  Gustave 
d'Eichthal.  —  Excursion  à  Troie  et  aux  sources  du  Menderé,  par  M.  G. 

Perrot  (Extrait  de  l'Annuaire  de  l'Association   pour   l'encouragement  des  études 
grecques.  1874).  Paris,  Durand,  Pedone-Lauriel.  1875.  75  p.  —  Prix:  2  fr. 

On  sait  le  remarquable  développement  qu'a  pris  depuis  quelques  années 
l'Annuaire  dont  ce  double  travail  est  extrait.  Le  dernier  volume  nous  donne, 
sur  la  controverse  antique  que  viennent  de  ranimer  de  célèbres  fouilles,  deux 
morceaux  d'un  caractère  différent,  bien  qu'analogues  dans  leurs  conclusions. 
L'un  est  le  récit,  non  pas  d'une  exploration,  mais  d'une  rapide  excursion  faite 
dans  l'été  de  1856,  où  l'on  retrouve  les  qualités  d'observateur  qui  distinguent 
M.  Perrot.  L'impression  du  voyageur  fut  à  cette  époque  favorable  au  système 
de  Lechevalier;  son  adhésion  toutefois  n'est  pas  exempte  d'une  certaine  réserve. 

Le  mémoire  de  M.  d'Eichthal  est  au  contraire  une  œuvre  de  discussion,  et, 
dans  le  sens  courtois  et  scientifique  du  mot,  de  polémique.  C'est  dire  que  l'affir- 
mation s'y  montre  bien  plus  décidée.  L'auteur  en  effet  n'hésite  pas  à  déclarer  à 
la  fin  de  son  travail  que  «  les  grands  résultats  de  l'exploration  de  Lechevalier, 
»  complétés  par  les  recherches  et  les  documents  de  ses  continuateurs,  demeu- 
»  rent  le  dernier  mot  de  la  science  »  (p.  5  5).  On  se  rappelle  que  dans  ce  système 
l'Ilion  homérique  se  trouve  sur  les  hauteurs  de  Bali-dagh,  dominant  les  sources 
de  Bounarbaschi,  d'où  s'échappe  un  ruisseau  qui  est  le  Scamandre.  L'antiquité 
s'est  trompée  en  désignant  ainsi  dans  toute  la  longueur  de  son  cours  le  Menderé 
actuel;  et  Lechevalier,  corrigeant  une  erreur  déjà  commise  par  Hérodote,  restitue 
à  ce  cours  d'eau  son  vrai  nom,  Simoïs. 

Cette  hypothèse,  qui  est  la  clef  de  voûte  du  système,  est  contraire  à  une  saine 
interprétation  du  texte  de  l'Iliade.  Un  des  traits  les  mieux  marqués  du  poème 
nous  paraît  être  précisément  l'identité  absolue  du  Menderé  et  du  Scamandre. 
Nous  ne  nous  contentons  pas  d'alléguer  le  passage  où  ce  fleuve  est  nommé  parmi 
ceux  qui  s'échappent  des  montagnes  de  l'Ida  (XII,  19-21)  :  on  pourrait  à  un 
témoignage  isolé  opposer  le  fameux  vers,  diversement  compris  par  les  inter- 
prètes les  plus  autorisés,  qui  semble  en  placer  les  sources  au  pied  de  la  ville 
(XXII,  148).  Mais  la  description  homérique  tout  entière  réfute  avec  une  auto- 
rité décisive  cette  opinion. 

Le  ruisseau  de  Bounarbaschi,  par  un  phénomène  fréquent  au  pied  de  certaines 
XV  ,18 


274  '^'^    '    T    '"*    *"  '^'  REVUE    CRITIQUE 

roches  calcaires,  doit  sa  naissance  à  de  fortes  sources  formées  en  plaine  par  la 
réunion  des  nombreux  filets  souterrains  qui  traversent  la  masse  montagneuse. 
Son  volume  considérable  dès  l'origine,  et  son  débit  régulier  le  rendent  précieux 
pour  divers  usages  :  ici  il  arrose  des  légumes  (voir  Forchammer),  là  il  fait 
tourner  des  moulins.  C'est  ainsi  que  dans  l'Argolide,  Lerne  doit  son  nom  actuel 
de  My[i  aux  ruisseaux  qui  sortent  de  terre  au  pied  du  Pontinos.  —  Mais  cet 
honnête  cours  d'eau  n'est  en  aucune  façon  «  le  Xanthe  qu'enfanta  l'immortel 
)^' Jupiter.  »  L'élan  torrentiel,  les  brusques  et  soudains  caprices  sont  des  traits 
qui,  dans  la  plaine  même  de  Troie,  ne  s'appliquent  qu'à  un  seul  cours  d'eau  : 
à  celui  qui  la  traverse  dans  toute  sa  longueur,  et  qui,  rendu  plus  furieux  par  les 
gorges  qui  lui  servent  d'issue,  y  décharge  en  quelques  instants  le  tribut  des 
neiges  et  des  pluies  de  l'Ida.  Il  s'échappe  alors  à  droite  et  à  gauche  de  son  lit 
par  des  rigoles  torrentielles  (èvaûXouç),  des  ravins  dont  la  forme  reste  imprimée 
plus  tard  dans  l'argile  desséchée  de  la  plaine.  Qu'on  se  reporte  en  un  mot  aux 
grandes  scènes  du  21"  chant,  frappante  peinture  où  ressort  l'aspect  local  du 
phénomène  :  revenant  ensuite  aux  assertions  de  Lechevalier,  on  trouvera  dans 
les  termes  mêmes  dont  il  se  sert,  l'involontaire  condamnation  de  son  hypothèse. 
«  Le  Simoïs,  dit-il,  est  un  torrent  impétueux  qui  change  de  lit  suivant  la  crue 
»  accidentelle  de  ses  eaux.  Le  Scamandre  au  contraire  a  des  eaux  qui  ne  taris- 
»  sent  pas;  mais  son  cours  tranquille  est  tellement  dépendant  des  fureurs  de  son 
»  frère,  etc....  »  (cité  par  M.  d'E.,  p.  ^4).  Il  y  a  là  un  contraste,  un  parallèle 
qu^aucun  indice  ne  justifie  dans  le  poème.  Quant  à  cette  dépendance,  elle  vient 
en  effet  de  ce  qu'au  temps  des  crues  le  Menderé  se  déverse  par  des  rigoles  laté- 
rales dans  le  ruisseau  voisin  '.  Mais  l'inondation  du  Simoïs  précéderait  alors 
celle  du  Scamandre;  et  l'on  ne  verrait  pas  dans  Homère  le  Scamandre,  déjà  en 
pleine  fureur,  appeler  son  frère  à  le  seconder. 

On  voit  pourquoi  nous  écartons  l'hypothèse  que  M.  d'E.  s'est  appropriée  en 
la  commentant.  Il  est  en  revanche  une  question  fort  importante  pour  l'intelli- 
gence de  cette  topographie,  où  nous  nous  rangeons  tout-à-fait  à  son  sentiment. 

Lorsque  Mars  au  5^  chant (v.  3 $ $),  Hector  au  ii^  (v.  497-500)  combattent 
à  gauche,  est-ce  bien  la  gauche  par  rapport  aux  Troyens  qu'il  faut  entendre  ? 
M.  d'E.  répond  avec  raison  par  l'affirmative.  L'affirmation  aurait  dû  toutefois 
être  appuyée  d'une  preuve.  Ce  qui  pour  nous  lève  tous  les  doutes,  ce  sont,  au 
1 3«  chant,  les  vers  675-77,  qui  contiennent  une  indication  analogue,  mais  cette 
fois  incontestable.  Ce  qui  est  vrai  dans  un  passage,  l'est  aussi  dans  les  autres. 

L'importance  de  cette  détermination  est  très-justement  mise  en  lumière  par 
M.  d'E.  (p.  25).  Car,  à  la  gauche,  Mars  se  trouve  aux  bords  du  Scamandre; 
et,  comme  dans  cette  première  bataille  les  Troyens  n'ont  certainement  pas  mis 
le  fleuve  entre  eux  et  la  ville,  nous  apprenons  ainsi  non-seulement  la  position  de 
l'armée  par  rapport  au  fleuve,  mais  aussi  celle  de  la  ville.  Si  l'on  admet  pour 
le  ruisseau  de  Bounarbaschi  le  nom  de  Scamandre,  la  cité  homérique  doit  en 


'  I.  C'est,  dit  Forchammer  (Beschrcibung  der  Ebene  von  Troja,  p.  10,  p.  18),  le  Menderé 
qui  se  décharge  ainsi  dans  les  ruisseaux  ou  les  Osmaks  de  la  plaine,  et  non  ceux-ci  dans 
le  Menderé.  /jpôiî  srrtrrw.'î^'iq  :t!; 'rirq  ,1 -*L-.-"    '" 


d'histoire  et  de  littérature.  27 j 

eftet  se  trouver  sur  les  hauteurs  où  Lechevalier  la  place.  Mais  si  l'on  revendique 
ce  nom  pour  le  Menderé,  il  faut  la  chercher  à  l'est  de  ce  fleuve.  On  remarquera 
que  l'antiquité,  adversaires  comme  partisans  û'Ilium  novum,  n'a  pas  supposé 
qu'elle  pût  se  trouver  ailleurs.  ,  i 

On  saisit  très-bien,  dans  l'exposition  d'ailleurs  très-claire  et  très-circonstanciée 
de  M.  d'E.,  ce  qui  fixa  définitivement  les  idées  de  Lechevalier  (p.  33).  Le  trait 
de  lumière  fut  la  coïncidence  d'un  site  éminemment  stratégique,  avec  d'abon- 
dantes sources  à  la  base,  et  un  cours  d'eau  que  la  ville  supposée  pouvait  avoir  à 
sa  gauche.  —  Nous  savons  déjà  ce  qu'il  faut  penser  du  cours  d'eau.  Quant  à 
l'emplacement  de  la  prétendue  Pergame,  il  n'est  pas  sans  avoir  donné  lieu  à  de 
graves  objections,  qu'il  serait  trop  long  de  reproduire  ici.  Certainement  ce  poste 
défensif,  situé  au  débouché  des  gorges,  a  dû  être  utilisé.  Il  faudrait  voir  seule- 
ment si  cette  position  ne  convient  pas  bien  mieux  au  temps  où  les  hommes 
bâtissaient  encore  leurs  villes  sur  les  coteaux  inférieurs  de  l'Ida,  qu'à  l'époque 
postérieure  où  «  la  sainte  Ilion  fut  construite  en  plaine.  »  (II.  XX,  216). 

Restent  les  deux  sources,  «  l'une  brûlante  comme  le  feu,  l'autre  froide  comme 
»  la  grêle  et  la  neige.  »  —  Ces  sources,  dit  M.  Perrot  (p.  66)  «  sont  au 
»  nombre  de  huit  ou  dix.  ...Personne  dans  le  pays,  nous  assure-t-on,  n'a 
»  entendu  parler  d-'une  différence  de  température.  »  Il  est  vrai  que  Forcham- 
mer,  comme  M.  d'E.  a  soin  de  le  noter,  constate  qu'elles  paraissent  froides  en 
été  et  chaudes  en  hiver  ' .  «  Celle  qui  est  recueillie  dans  le  grand  bassin  carré, 
»  présentant  une  surface  plus  grande,  se  couvre  en  hiver,  quand  l'air  est  froid, 
»  d'une  vapeur  qu'on  ne  voit  pas  sur  les  autres.  »  —  Il  est  possible  qu'on  observe 
en  effet  quelque  chose  d'analogue  au  phénomène  que  présente,  dit-on,  en  des 
circonstances  semblables,  la  fontaine  de  Vaucluse.  Mais  croit-on  qu'Homère  ait 
pu  désigner  par  les  termes  qu'on  connaît  un  phénomène  en  tous  cas  rare,  tem- 
poraire, quand  cette  même  contrée,  dont  les  aspects  caractéristiques  sont  si 
fortement  empreints  dans  son  poème,  contient  encore  aujourd'hui  des  sources 
thermales,  telles  que  ces  ruisseaux  bouillants  et  fumants  à  une  température  de 
plus  de  1 00°,  que  Tchitchacheff  a  reconnus  et  décrits  à  peu  de  distance  de  là, 
dans  la  vallée  de  Touzla-sou  ?  {Le  Bosphore  et  Constantinople).  Mais  la  source  a 
pu  se  refroidir,  dit-on  ?  Soit,  ce  n'est  plus  alors  un  argument,  mais  une  hypor 
thèse  de  plus  qu'on  présente  ^. 

~  M.  d'E.  montre  une  certaine  complaisance  pour  cet  emplacement  favori,  quand 
(p.  53)  il  défend  contre  les  dédains  de  M.  Schliemann  ces  «  restes  de  murs, 
»  très-régulièrement  construits,  qui  plus  ou  moins  se  rapprochent  du  caractère 
»  cyclopéen.  »  Le  correctif  n'est  pas  superflu.  Le  dessin  de  M.  Perrot  redresse 
heureusement  sur  ce  point  les  exagérations  de  Mauduit.  —  Pour  le  dire  en 
passant,  nous  n'acceptons  pas  sans  réserves  l'hommage  rendu  par  Forchammer 
aux  recherches  de  Mauduit.  Ulrichs,  voyageur  très-consciencieux  lui  aussi,  est 

1.  Par  inadvertance  M.  d'E.  dit  chaudes  en  été  et  froides  en  hiver  (p.  33,  note). 

2.  Les  hauteurs  de  Bounarbaschi  ne  sont  pas  les  seules  cjui  offrent  aes  roches  d'ori- 
gine ignée  (basalte).  Forchammer  signale  des  roches  volcaniques  notamment  le  long  du 
Kimar-sou,  affluent  de  droite  du  Menderé  (Topographie,  p.  33). 


276  REVUE  CRITIQUE 

loin  d'avoir  une  opinion  aussi  favorable.  —  En  réalité  ce  mur,  composé,  dît 
M.  Perrot  (p.  68),  de  pierres  de  o™40  de  long  sur  o""!  5  de  haut  en  moyenney 
«  n'a  pas  de  style  »,  et,  ajouterons-nous,  ne  porte  aucune  date. 

La  réfutation  de  M.  Schliemann  tient  peu  de  place  dans  le  mémoire  que  nous 
examinons.  Parmi  les  objections  qui  lui  sont  adressées,  quelques-unes  ont  de  la 
gravité.  Il  est  certain  en  effet  que  les  résultats  des  fouilles  semblent  peu  d'accord 
avec  ce  qu'indique  l'Iliade  du  plan  et  des  dispositions  générales  de  la  ville. 
D'autres  sont  moins  exactes.  On  ne  peut  dire  par  exemple  (p.  50)  qu'il  y  ait 
pour  M.  Schliemann  un  «  nouveau  »  Simoïs,  «  reçu  et  accepté  tout  fait  des 
))  mains  des  anciens  habitants  d'Ilium  novum,  qui  l'avaient  inventé  pour  les 
»  besoins  de  leur  cause  )>.  Strabon,  l'adversaire  d'Ilium  novum,  identifie  éga- 
lement le  Simois  avec  le  Dumbrek-sou.  Il  indique  même  d'une  façon  positive 
l'existence  de  ce  confluent  du  Simoïs  et  du  Scamandre,  dont  la  disparition  est  la 
principale  cause  de  l'obscurité  qui  règne  sur  cette  topographie  (XIII,  i,  34). 

Quel  que  soit  le  sort  qu'un  examen  plus  approfondi  ou  des  découvertes  ulté- 
rieures réservent  au  système  de  M.  Schliemann,  nous  croyons  en  tous  cas  qu'on 
ne  saurait  lui  opposer  l'hypothèse  de  Lechevalier.  Par  la  clarté  même  avec 
laquelle  il  l'expose,  M.  d'E.  en  fait  mieux  toucher  du  doigt  la  faiblesse. 

P.  Vidal-Lablache. 

81.  —  Les  Ëcorcheurs  sous  Charles  VII.  Épisodes  de  l'histoire  militaire  de  la 
France  au  XV'  siècle,  d'après  des  documents  inédits,  par  A.  Tuetey,  archiviste  aux 
Archives  nationales.  Montbéliard,  H.  Barbier.  1874.  In-S»,  iv-422  et  566  p.  — 
Prix  :  1 5  fr. 

'  Le  présent  ouvrage  est  le  fruit  d'un  grand  et  consciencieux  labeur.  M.  Tuetey 
a  voulu  réunir  sur  les  Ëcorcheurs,  comme  les  appellent  les  chroniques  françaises, 
sur  les  Armagnacs  comme  les  désignent  plus  volontiers  les  documents  d'origine 
allemande',  tout  ce  qu'il  trouvait  à  portée  de  ses  recherches  scientifiques.  Il  a 
non-seulement  mis  à  contribution  les  fonds  des  Archives  nationales,  les  manuscrits 
de  la  Bibliothèque  nationale,  la  collection  Godefroy  à  la  bibliothèque  de  l'Institut, 
etc.,  mais  il  est  allé  fouiller  les  riches  dépôts  de  Dijon,  de  Strasbourg  et  de 
Nancy,  afin  de  suivre  sur  les  lieux  la  trace  des  affreux  pillards  dont  il  s'est  fait 
l'historien.  Grâce  à  une  mission  scientifique  du  ministère  de  l'instruction  publique, 
il  a  pu  visiter  quelques-unes  des  archives  de  la  Suisse,  Bâle  et  Zurich  et  pour- 
suivre ses  recherches  jusque  dans  les  dépôts  publics  de  Stuttgart.  De  cette  ex- 
cursion laborieuse,  il  a  rapporté  un  butin  scientifique  considérable.  Plus  de  sept 
cents  pages  de  documents  inédits  attestent  le  zèle  patient  avec  lequel  M.  T.  a 
rempli  sa  tâche.  Son  ouvrage  est  un  précieux  complément,  non-seulement  aux 
ouvrages  généraux  sur  notre  histoire,  mais  encore  à  ceux  qui  se  sont  plus  parti- 
culièrement occupés  de  cette  période  peu  brillante  de  nos  annales,  de  M.  Vallet 
de  Viriville,  de  M.  de  Beaucourt,  le  plus  récent  éditeur  de  Mathieu  d'Escouchy, 

i"  I.  Ce  mot,  mal  compris  des  populations  allemandes,  a  fait  naître  le  sobriquet  plus 
répandu  de  Armen  Gecken,  mot  à  mot  pauvres  diables. 


d'histoire    et    de   littérature.         .  277 

et  de  plusieurs  autres  encore.  Il  contrôle  et  rectifié  bien  des  assertions  inexactes, 
bien  des  données  hasardeuses,  il  comble  çà  et  là  de  regrettables  lacunes.  Nous 
ne  voulons  point  dire  par  là  qu'il  ait  épuisé  la  matière  '  —  l'auteur  lui-même  est 
bien  éloigné  sans  doute  d'une  prétention  pareille  —  mais  on  peut  affirmer  sans 
exagération  aucune  que  les  Ëcorcheurs  de  M.  T.  resteront  pendant  longtemps  la 
mine  de  renseignements  la  plus  abondante,  dans  notre  littérature  scientifique, 
comme  dans  celle  du  dehors,  sur  cet  épisode  plus  curieux  que  réjouissant  de 
l'histoire  générale  du  xv*  siècle. 

L'ouvrage  (je  parle  du  récit,  renfermé  dans  le  premier  volume,  tandis  que  le 
second  contient  les  documents  inédits)  se  divise  en  deux  parties  distinctes.  La 
première,  qui  embrasse  les  années  143  5-1444,  nous  raconte  l'origine  des  Ëcor- 
cheurs, formés  principalement  par  les  gens  de  guerre  débandés  après  le  traité 
d'Arras  et,  plus  particulièrement,  par  les  garnisons  licenciées  de  la  Champagne. 
M.  T.  nous  décrit  leurs  principaux  chefs,  et  les  suit  ensuite  dans  leurs  courses 
vagabondes  et  pillardes  à  travers  la  Bourgogne,  la  Lorraine  et  l'Alsace,  relevant 
dans  les  documents,  fournis  plus  loin  in  extenso,  les  traits  les  plus  caractéristiques 
des  faits  et  gestes  de  ces  féroces  soudards.  Il  y  en  a  de  navrants  et  d'horribles, 
il  y  en  a  parfois  de  grotesques  dans  ces  enquêtes  dressées  après  leurs  pillages,  où 
tel  vient  raconter  qu'on  a  tué  ses  bestiaux  et  brisé  ses  huches,  tel  autre  qu'on  a 
«  forcé  »  sa  femme,  tel  autre  qu'on  l'a  rôti  lui-même  tout  vif  et  qu'il  n'a  pu 
échapper  que  par  miracle.  Chacun  vient  aussi  fixer  le  chiffre  des  dommages 
éprouvés  par  lui,  dans  l'espoir  illusoire  de  voir  arriver  une  indemnité  qui  ne 
devait  jamais  venir;  bien  peu  sont  aussi  résignés  que  ce  bon  bourgeois  de 
Château-Salins  dont  la  femme  effrayée  accouche  avant  terme  et  qui  déclare  que 
«à  Dieu  en  convengne  du  dommage,  car  y  ne  le  sauroit  estimer  ».  A  propos  de 
ces  excès,  je  ne  puis  m'empêcher  de  faire  remarquer  à  M.  T.  que,  s'ils  sont 
odieux  en  soi,  ils  ne  sont  nullement  exceptionnels  et  qu'ils  font  partie  de  VArt 
de  la  guerre,  telle  qu'on  l'a  pratiquée  jusqu'aux  temps  modernes.  En  lisant  ces 
dépositions  qui  excitent  à  si  juste  titre  l'indignation  de  M.  T.  je  n'ai  même  pu 
m'empêcher  de  faire  une  réflexion  qui  l'étonnera  peut-être,  c'est  qu'en  somme, 
et  tout  comparé,  les  Armagnacs  me  semblent  avoir  été  moins  féroces  que  les 
Espagnols  du  xvF  siècle,  si  horriblement  démoralisés  par  leurs  guerres  d'Amé- 
rique et  même  que  les  soudards  de  la  guerre  de  Trente-Ans.  Si  je  voulais  cher- 
cher des  exemples  plus  modernes  ils  ne  me  manqueraient  pas,  on  le  sait,  et  l'on 
pourrait  les  puiser  dans  les  annales  militaires  de  toutes  les  nations  civilisées  de 
l'Europe.  Je  ne  crois  pas  surtout  que  le  fait  d'avoir  été  des  troupes  irrégulières, 
des  bandes  pillardes  et  travaillant  pour  leur  propre  compte  ait  notablement  influé 
sur  la  conduite  des  Ëcorcheurs,  ainsi  que  M.  T.  semble  l'admettre,  si  j'ai  bien 

I .  Le  chapitre  qui  se  rapporte  à  la  politique  allemande  pourra  surtout  recevoir  plus 
tard  des  développements  nouveaux  quand  M.  Weiszascker  aura  conduit  la  collection  des 
Actes  et  réels  de  l'Empire  jusqu'au  règne  de  Frédéric  III.  Déjà  maintenant  on  peut  signaler 
dans  cette  direction  un  accroissement  de  nos  connaissances,  dans  le  travail  que  vient  de 
publier  M.  Wùlcker,  archiviste  de  la  ville  de  Francfort,  et  que  M.  Tuetey  n'a  point 
connu,  bien  qu'il  ait  précçdé  le  sien  :  Urkunden  und  Schreikn,  betreffend  den  Zug  der  Arma- 
g«adf/i  (1439- 1444).  Francfort,  1873,  in-4'. 


278  REVUE    CRITIQUE 

SU  le  comprendre.  Toutes  les  troupes  régulières,  royales  et  princières  de  ces  temps 
—  autant  qu'il  est  permis  de  parler  de  troupes  régulières  pour  cette  époque  —  se 
conduisaient  exactement  de  même. 

La  seconde  partie  du  récit,  de  beaucoup  la  plus  étendue,  parce  qu'elle  com- 
prend douze  chapitres,  tandis  que  la  première  n^en  comptait  que  quatre,  s'occupe 
de  la  campagne  du  dauphin  Louis  contre  les  Suisses  de  1444  à  1445.  Après  un 
aperçu  général  sur  la  situation  militaire  de  la  France',  sur  l'état  politique  de 
l'Allemagne  et  de  la  Suisse,  sur  les  vues  politiques  du  dauphin  et  le  but  véritable 
de  son  expédition,  M.  T.  nous  fait  assister  au  passage  des  Êcorcheurs  par  la 
Franche-Comté,  à  l'occupation  du  pays  de  Montbéliard,  ainsi  qu'à  cette  bataille 
de  Saint-Jacques,  près  de  Bâle,  si  glorieusement  perdue  par  les  confédérés 
suisses  contre  les  forces  supérieures  des  Français.  Nous  suivons  les  négociations 
du  dauphin  avec  les  Suisses  et  les  princes  allemands,  se  terminant  par  le  traité 
d'Ensisheim  et  par  l'évacuation  des  pays  occupés  par  les  Êcorcheurs,  surtout  de 
l'Alsace,  s'accomplissant  au  milieu  des  négociations  suivies  avec  la  Bourgogne 
dont  l'attitude  passablement  indécise  ne  laisse  point  que  de  surprendre,  quand 
on  songe  aux  forces  dont  aurait  pu  disposer  cet  État.  Le  volume  se  termine 
.brusquement  à  ce  point  et  je  n'hésite  point  à  signaler  à  l'auteur  cet  arrêt  pré- 
maturé, comme  l'un  des  plus  graves  défauts  de  son  livre.  On  dirait  presque  que 
les  Armagnacs  en  franchissant  la  crête  des  Vosges  vont  disparaître  dans  quelque 
abîme  inconnu;  de  fait,  l'auteur  qui  sait  fort  bien  sans  doute  ce  qu'ils  sont 
devenus,  n'en  dit  plus  rien  à  ses  lecteurs.  Il  y  a  là  un  chapitre,  et  non  le  moins 
important,  s'il  est  un  des  plus  difficiles  à  faire,  qui  manque  et  que  M.  T.  devra 
nécessairement  ajouter  à  une  seconde  édition  de  son  livre  *. 

Le  second  volume  comprend,  par  extraits  ou  dans  leur  entier,  1 19  documents 
d'importance  diverse,  dont  beaucoup  ont  servi  à  former  la  trame  du  récit  qui 
précède.  Parmi  les  pièces  qui  nous  ont  paru  les  plus  intéressantes,  nous  signalerons 
une  série  de  lettres  de  rémission,  accordées  principalement  à  des  paysans  ayant 
assommé  des  Êcorcheurs.  Il  y  a  de  bien  jolis  tableaux  de  mœurs  à  tirer  de  ces 
documents  judiciaires,  qu'on  fera  bien  de  publier  quelque  jour  dans  leur  ensemble 
et  qui  fourniront  la  matière  d'un  curieux  travail  au  chercheur  intelligent  qui 
s'emparera  de  cette  tâche.  Dans  l'appendice,  nous  trouvons  un  itinéraire  du 
dauphin  ainsi  qu'une  volumineuse  table  des  matières. 

Si  nous  devons  juger  maintenant  le  mérite  littéraire  du  livre,  nous  aurons  de 
sérieuses  réserves  à  faire.  M.  T.  évidemment  a  dû  se  hâter  de  mettre  ses  volumes 
au  jour  et  cette  hâte  se  fait  sentir  partout.  Contrairement  à  l'habitude  de  certains 
écrivains,  indignes,  il  est  vrai,  du  nom  de  savant,  mais  encore  trop  nombreux 
chez  nous,  il  n'a  point  sacrifié  dans  cette  occurrence  le  fond  à  la  forme,  mais  il  a 
préféré  terminer  avec  soin  la  partie  scientifique  de  son  labeur,  sauf  à  rédiger 

1 .  Je  ne  puis  m'empêcher  de  trouver  que  ce  chapitre  fait  un  peu  double  emploi  avec 
celui  qui  se  trouve  au  début  de  la  première  partie. 

2.  Je  suis  tout  à  fait  d'accord  avec  M.  T.  quand  il  dit  que  le  dauphin  ne  songeait 
guère  par  cette  expédition  à  étendre  les  frontières  de  la  France  jusqu'au  Rhin,  mais  qu'il 
voulait  avant  tout  se  défaire  de  ses  gens  de  guerre,  dont  il  ne  savait  que  faire  chez  lui. 


d'histoire  et  de  littérature.  279 

très-vite  les  résultats  sérieusement  obtenus.  Du  moment  que  l'alternative  est 
admise,  je  ne  puis  que  féliciter  M.  T.  d'avoir  agi  comme  il  l'a  fait,  mais  je  crains 
que  le  grand  public  ne  soit  point  d'aussi  facile  composition  que  la  critique  scien- 
tifique. On  ne  saurait  en  fin  de  compte  lui  en  vouloir,  car  on  sent  comme  une 
certaine  lassitude  dans  la  manière  dont  les  notes  de  l'auteur  sont  juxtaposées 
parfois,  plutôt  que  fondues  en  un  tout  harmonieux.  La  rédaction  n'est  pas  assez 
vivante,  les  recherches  de  détail  se  trouvent  trop  mêlées  au  récit  même,  et  l'on 
sent  que  l'auteur  a  peur  de  faire  des  descriptions  qu'on  pourrait  accuser  d'être  des 
tableaux  de  fantaisie.  Il  aurait  pu  cependant  mettre  un  peu  plus  de  verve  dans 
ses  narrations  sans  s'exposer  à  ce  reproche,  très-grave,  en  effet,  pour  un  histo- 
rien, quand  il  est  mérité. 

Il  n'épuise  pas  non  plus  les  sources  qu'il  connaît,  pour  développer  son  récit. 
Sans  doute  il  était  limité  par  des  nécessités  extra-scientifiques  ou  par  quelque 
convention  de  libraire,  car  on  s'expliquerait  difficilement  sans  cela  qu'écrivant 
un  volume  sur  les  Ecorcheurs,  il  n'y  ait  pas  mis  tout  ce  qu'on  en  pouvait  savoir. 
Pour  ne  parler  que  de  quelques  auteurs  plus  spécialement  intéressants  on  trouve, 
dans  les  chroniques  strasbourgeoises  de  Kœnigshoven  et  de  Meyer,  une  foule 
de  détails  sur  le  séjour  des  Armagnacs  en  Alsace,  qui  ne  figurent  point  dans 
notre  récit.  Ce  n'est  pas  de  l'inédit,  sans  doute,  mais  qui  donc  en  France  connaît 
et  lit  ces  sources  allemandes  du  moyen-âge  ?  Il  en  est  de  même  pour  quelques 
détails  que  M.  T.  aurait  pu  emprunter  aux  chroniqueurs  bâlois;  son  volume  en 
aurait  été  plus  complet,  sans  que  son  labeur  en  fût  considérablement  augmenté, 
puisqu'il  connaît  et  a  dû  parcourir  les  sources  dont  nous  parlons. 

Les  textes  allemands ,  assez  nombreux,  ont  quelque  peu  souffert,  soit  à  l'im- 
pression, soit  à  la  lecture,  et  la  ponctuation  surtout  y  est  souvent  fautive.  C'est 
d'ailleurs  un  fait  général,  et  dans  tout  le  volume  l'auteur  devra  faire  une  scrupu- 
leuse révision  de  ces  signes  de  convention  faits  pour  guider  et  non  pour  dérouter 
le  lecteur'.  Le  sens  aussi  y  est  quelquefois  mal  saisi,  ce  nous  semble 2. 

Enfin,  pour  en  finir  avec  ces  critiques  minutieuses,  nous  remarquerons  encore 
que  M.  T.,  qui  reproche  à  M.  Vallet  de  Viriville  de  ne  pas  conserver  toujours  la 
même  orthographe,  varie  fort  souvent  dans  la  sienne.  Une  fois  il  écrit  Mass- 
miinster  et  plus  tard  Massevaux,  Montreux,  puis  Monsîreuil,  Roîhelin,  puis  Rœîteln, 
Phêffingen,  puis  Pfeffingen,  Buxières  et  Bussières,  Foui  et  Fol,  etc.  î 

Les  critiques  de  détail  et  de  forme,  que  je  n'ai  point  ménagées  à  l'auteur  des 

1.  I,  p.  257.  Pour  sechten  lisez  sechsten.  P.  251.  den  pour  die.  Il,  p.  275.  Ast  ichzit 
ne  signine  rien  et  doit  être  une  faute  de  lecture,  etc. 

2.  La  phrase  wie  vil  ir  erstochen,  etc.  (I,  229)  ne  signifie  pas  combien  des  vôtres  mais 
combien  d  entre  eux  (des  ennemis). 

j.  Une  curiosité  bibliographique  des  deux  volumes,  c'est  qu'ils  ont  identiquement  le 
même  titre.  On  n'a  porté  que  sur  le  dos  de  la  couverture  les  chiffres  I,  II;  c'est  un  oubli 
que  je  signale  en  passant  à  l'auteur.  —  Voici  d'ailleurs  encore  quelques  menues  correc- 
tions et  observations  glanées  en  passant.  Vol.  I,  p.  222,  lisez  1844  pour  1444.  —  P.  295. 
«  Schilter  et  Laguille  s'accordent  »  —  sans  doute,  puisque  Laguille  copie  Schilter.  — 
P.  J12.  La  localité  de  Chauffleseuih  qui  intrigue  M.  T.  est  sans  doute  le  village  de 
Schaelîolsheim.  —  V.  II,  p.  319,  il  faut  lire  beurenî  pour  heurent.  —  P.  167.  Au  lieu  de 
Jansson  lisez  Jannssen,  etc. 


28o  REVUE   CRITIQUE 

Ëcorcheurs,  n'entament  en  rien  l'utilité  scientifique  de  son  travail.  Pour  le  tra- 
vailleur, qui  ne  s'arrête  point  aux  grâces  du  style,  un  volume  savant  mais  mal 
écrit  vaut  mille  fois  mieux  que  les  plus  beaux  discours  académiques  ;  mais  si 
pour  lui  «  le  moindre  grain  de  mil  fait  mieux  son  affaire  »,  il  n'en  est  pas  de 
même  du  public  lettré,  pris  dans  son  ensemble.  Nous  souhaitons  que  M.  T.  soit 
bientôt  appelé  à  publier  une  seconde  fois  le  fruit  de  ses  longues  et  consciencieuses 
études.  Il  aura  sans  doute  alors  tout  le  temps  nécessaire  pour  donner  à  son  tra- 
vail une  tournure  plus  littéraire,  et  pour  changer  en  une  œuvre  d'art,  sans  rien 
sacrifier  du  fond,  ce  qui  n'est  encore  aujourd'hui  qu'un  recueil  instructif  et 
presque  complet  de  documents  relatifs  à  un  point  fort  intéressant  de  l'histoire  du 
xve  siècle.  Rod.  Reuss. 

82.  —  Essai  sur  l'éloquence  judiciaire  en  France  avant  le  dix-septième 
siècle,  par  Théod.  Froment,  docteur  ès-lettres,  professeur  de  rhétorique  au  lycée 
de  Bordeaux,  i  vol.  in-S»  de  xvj-367  p.  —  Prix  :  5  fr. 

L'Éloquence  et  le  barreau  dans  la  première  moitié  du  seizième  siècle, 

par  le  même.  In-8»  de  xij-9$  p.  Paris,  Ern.  Thorin.  187$.—  Prix:  2  fr.;  ne  se  vend 
pas  séparément. 

Le  sujet  de  ce  livre  était  assez  neuf  pour  tenter  un  littérateur  de  goût  et  de 
talent,  car,  malgré  le  développement  que  l'histoire  littéraire  a  commencé  à 
prendre  chez  nous  depuis  quelques  années,  aucun  travail  d'ensemble  n'avait 
encore  été  consacré  à  l'éloquence  judiciaire  française.  Il  faut  ajouter  tout  de 
suite  que  ce  sujet  était  vraiment  trop  vaste  pour  une  thèse  de  doctorat  ès-lettres. 
Sans  prétendre  apprécier  l'usage  actuel  qui  admet  toutes  sortes  de  recherches 
littéraires,  même  très-étendues,  pour  cet  exercice  plus  naturellement  approprié 
à  une  question  déterminée  et  susceptible  d'une  discussion  précise,  il  est  difficile 
de  comprendre  comment  toute  l'histoire  littéraire  et  morale  de  l'ancien  barreau 
français  pourrait  tenir  dans  les  limites  d'une  soutenance.  De  là  des  lacunes  de 
toute  sorte  dans  le  livre,  d'ailleurs  estimable,  de  M.  Th.  Froment;  de  là  aussi 
la  publication  postérieure  de  ce  demi-volume  de  supplément  destiné  à  combler 
la  plus  grave  de  ces  lacunes  :  une  longue  période  assez  riche  et  qui  manquait 
presque  absolument  à  sa  thèse. 

Nous  ne  voulons  pas  insister  sur  ce  point,  qui  mérite  pourtant  l'attention  des 
aspirants  au  doctorat  et  qui  intéresse  tous  les  amis  des  saines  et  fortes  études  ; 
car  les  thèses,  qui  ont  déjà  rendu  tant  de  services,  seront  d'autant  plus  utiles  au 
progrès  de  la  critique  qu'elles  s'appliqueront  à  éclairer  des  faits  obscurs  en  lais- 
sant aux  vulgarisateurs  les  expositions  sommaires,  les  analyses  ou  les  rappro- 
chements simplement  spirituels  et  agréables.  Envisageons  le  travail  de  M.  Th. 
Fr.  comme  un  pur  essai  littéraire;  de  ce  point  de  vue  même,  tout  en  rendant 
hommage  à  l'agrément  de  la  forme  et  aux  qualités  judicieuses  du  fond,  nous 
devrons  nous  plaindre  que  les  recherches  de  l'auteur  aient  porté  sur  des  travaux 
précédents  plutôt  que  sur  les  sources,  et  qu'il  se  soit  taillé  un  cadre  trop  étroit 
pour  le  nombre  et  l'importance  des  groupes  et  des  figures  qu'il  s'est  chargé  de 
peindre.  Notez  encore  qu'en  déterminant  son  sujet  à  la  fin  de  son  Avant-propos 


d'histoire  et  de  littérature.  281 

(après  avoir  cherché  les  origines  de  l'éloquence  judiciaire  à  Athènes  et  à  Rome), 
il  est  loin  de  le  borner  à  des  questions  de  méthode  et  de  style,  et  prétend  bien  se 
préoccuper  des  institutions,,  des  idées,  des  mœurs,  des  caractères,  toucher  à 
tout  en  un  mot,  évidemment  à  condition  de  ne  rien  approfondir. 

Ainsi,  dans  un  seul  chapitre,  d'une  cinquantaine  de  pages,  l'auteur  a  réuni 
tout  ce  qui  concerne  l'éloquence  profane,  et  même  les  institutions  judiciaires, 
au  xiii",  au  xiv«,  au  xve  siècle,  époques  si  curieuses  et  si  pleines,  au  seul  regard 
de  ce  sujet  spécial.  Aussi  ne  s'attendra -t-on  pas  à  trouver  ici,  sur  Philippe  de 
Beaumanoir,  sur  Pierre  de  Cugnières,  sur  Jean  Petit  et  sur  tant  d'autres  per- 
sonnages crayonnés  d'un  trait  si  rapide,  autre  chose  que  le  résultat  des  recher- 
ches les  plus  connues.  Il  y  aurait  eu  quelque  chose  à  dire  sur  le  langage  des 
vieux  monuments  de  notre  prose  judiciaire.  M.  Th.  Fr.  a  peu  songé  à  cette 
tâche,  pour  laquelle  il  est  peut-être  incomplètement  préparé.  C'est  au  moins 
une  observation  bien  banale,  à  la  suite  d'une  citation  de  Beaumanoir,  de  dire 
que  «  la  langue  a  vieilli  et  aurait  presque  besoin  d'une  traduction  aujourd'hui 
(p.  î7).  »  Encore  faut-il  louer,  dans  un  professeur  de  l'enseignement  secondaire, 
le  soin  qu'il  a  eu  d'accompagner  les  vieux  textes  de  notes  philologiques  fort 
communes,  mais  assez  exactes.  Il  y  en  a  pourtant  d'inutiles,  par  exemple 
l'explication  du  mot  loyer  (p.  3).  Dans  les  notices  renvoyées  en  appendice  à  la 
fin  du  volume,  et  qui,  dépourvues  de  presque  toute  référence  bibliographique, 
ne  constituent  qu'une  série  de  sommaires  sans  valeur  sérieuse,  je  noterai  l'ar- 
rangement très-irrégulier  du  couplet  latin  rhythmique  sur  saint  Yves  (p.   340). 

Le  xvie  siècle  est  traité  avec  plus  d'étendue,  sinon  de  nouveauté.  Les  trois 
chapitres  sur  Etienne  Pasquier,  Antoine  Arnauld,  Simon  Marionsont  des  études 
biographiques,  littéraires  et  morales  d'un  véritable  intérêt  et  d'une  rédaction 
élégante.  L'esprit  qui  anime  ces  pages  trop  peu  originales,  c'est  un  certain 
optimisme,  corrigé  par  un  sentiment  sérieux  de  l'honnête  et  du  beau,  mais 
pourtant  excessif.  On  peut  difficilement  s'empêcher  de  l'attribuer  ou  à  une  ex- 
trême docilité  pour  les  appréciations  courantes,  ou  à  un  parti  pris  d'admiration 
pour  le  rôle  politique,  religieux  et  moral  de  la  magistrature  et  du  barreau  fran- 
çais. La  sympathie  la  plus  légitime  pour  l'action,  nécessairement  assez  mêlée,  de 
ces  corps  respectables  aurait  dû  au  contraire  encourager  l'auteur  à  un  examen 
plus  précis  et  plus  personnel  des  hommes  et  des  choses.  M,  Th.  Fr.  s'est  trop 
peu  préoccupé  de  rajeunir  des  sujets  déjà  fort  étudiés,  mais  où  des  recherches 
approfondies  auraient  facilement  ouvert  des  vues  nouvelles,  au  moins  sur  les 
détails.  Ce  n'est  pas  assez,  en  ce  genre,  que  des  rapprochements  vulgaires  entre 
nos  vieux  orateurs  et  le  défenseur  de  Milon,  ou  des  fantaisies  agréables,  comme 
une  citation  de  Lamartine  sur  la  propriété  littéraire  à  propos  d'un  plaidoyer  de 
Marion  (p.  249).  L'affaire  des  Jésuites  et  de  l'Université,  qui  tient  une  grande 
place  dans  la  thèse  de  M.  Th.  Fr.,  lui  fournit  plus  d'une  occasion  de  recon- 
naître loyalement  l'injustice  de  certains  griefs,  l'atrocité  de  certaines  insinua- 
tions; mais  une  étude  plus  serrée  des  faits  historiques  l'eût  amené  à  plus  de 
largeur  encore  dans  son  jugement  sur  ce  gros  procès.  Il  aurait  fallu,  par  exemple, 
à  propos  des  reproches  adressés  à  la  politique  peu  nationale  des  premiers 


i82  REVUE   CRITIQUE 

Jésuites  au  nom  de  l'Université,  apprécier  nettement  le  rôle  de  cette  dernière 
pendant  la  Ligue.  Au  reste,  une  excessive  modestie  est  peut-être  le  vrai  principe 
de  ces  lacunes  dans  un  travail  honnête  et  judicieux  :  M.  Th.  Fr.  se  croit  trop 
obligé  de  parler  d'après  quelqu'un.  C'est  ainsi  qu'il  analyse  Gerson  d'après 
M.  Berryer  (p.  57),  Jean  Petit  d'après  M.  Gerusez  (p.  45),  le  Songe  du  Vergier 
d'après  Lenient  (p.  40),  qui  lui  a  fourni  aussi  les  détails  de  la  polémique  de 
Louis  Servin  avec  le  P.  Garasse  (p.  287),  pour  laquelle  il  aurait  dû  au  moins 
renvoyer  à  l'exposition  si  complète  de  M.  Ch.  Nisard  (Les  Gladiateurs,  1860, 
t.  II).  Le  sujet  aurait  dû  s'enrichir  aussi  de  quelques  indications  sur  les  divers 
parlements  de  France.  Grâce  à  la  Guyenne  de  Loisel,  Bordeaux  a  une  certaine 
part  (p.  290)  dans  ce  tableau  ;  mais  tout  le  reste  concerne  exclusivement  Paris. 
Le  travail  séparé  de  M.  Th.  Fr.  sur  la  première  moitié  du  xvi^  siècle  est 
assurément  plus  neuf  que  le  précédent  et  il  semble  que  l'auteur  est  moins  éloigné 
de  creuser  son  sujet.  Mais  il  a  puisé  encore  à  peu  de  sources,  et  le  Dialogue  de 
Loisel  sur  les  Avocats  est  presque  son  seul  guide.  Est-il  d'un  chercheur  sérieux 
de  renvoyer  purement  et  simplement,  pour  les  détails  historiques  les  plus  déli- 
cats, à  Henri  Martin  et  surtout  à  Voltaire,  au  lieu  d'apporter  les  textes  décisifs 
des  mémoires  contemporains  ?  —  En  somme,  on  lira  tout  ce  travail  avec  plaisir 
et  non  sans  fruit,  et  nous  aurions  pu  le  présenter  au  public  avec  un  éloge  pur  et 
simple  de  l'agréable  talent  de  l'auteur.  Il  nous  a  paru  qu'il  valait  mieux  y  noter 
avec  quelque  insistance  des  défauts  purement  négatifs,  mais  trop  ordinaires  chez 

nous  dans  les  travaux  de  ce  genre. 

Léonce  Couture. 


83  .—Histoire  et  théorie  de  la  musique  de  l'antiquité,  par  Fr.  Aug.  Gevaert. 
Tome  I.  Gand.  187$.  Typographie  C.  Annoot-Braeckman.  xiv-45op.  — Prix  :  3ofr. 

L'ouvrage  de  M.  Gevaert  se  composera  de  deux  volumes.  Le  premier,  le 
seul  publié,  traite  de  ce  qui  dans  la  musique  ancienne  concerne  V harmonique 
et  la  mélopée,  c'est-à-dire  l'étude  des  intervalles,  des  systèmes,  des  modes,  des 
tons,  des  genres,  puis  du  mélange  de  ces  divers  éléments  dans  la  composition 
musicale.  Cette  partie  technique,  qui  occupe  la  plus  grande  partie  du  volume, 
est  précédée  d'une  analyse  des  sources,  d'un  coup  d'œil  sur  les  caractères  géné- 
raux de  la  musique  gréco-romaine,  enfin  d'un  résumé  historique  des  diverses 
périodes  de  cette  branche  de  l'art  antique  depuis  les  origines  jusqu'à  la  déca- 
dence de  l'empire  romain.  Ce  volume  est  terminé  par  une  histoire  de  la  notation 
musicale  antique.  Le  deuxième  volume  comprendra  l'étude  de  la  rhythmique  et 
des  instruments.  Une  fois  achevé,  le  livre  de  M.  G.  sera  le  plus  étendu  et  le 
plus  complet  que  nous  possédions  sur  ces  matières,  et  cet  ouvrage,  nous  en 
sommes  certain,  jouira  d'une  grande  autorité.  Musicien  de  premier  ordre, 
initié  à  tous  les  secrets  théoriques  et  pratiques  de  son  art,  érudittrès  au  courant 
de  la  littérature  ancienne  et  moderne  relative  à  l'histoire  de  la  musique,  M.  G. 
réunit  au  plus  haut  point  ces  deux  qualités  de  savant  et  d'artiste  dont  l'alliance 
est  indispensable  à  une  étude  approfondie  de    la    musique    de    l'antiquité. 


d'histoire  et  de  littérature.  285 

L'ouvrage  est  déjà  assez  avancé  pour  qu'on  puisse  apprécier  l'excellente  mé- 
thode de  l'auteur,  louer  ses  recherches  patientes,  sa  consciencieuse  érudition, 
sa  pénétrante  sagacité  comme  musicien. 

M.  G.  le  déclare  dans  sa  préface  :  il  n'a  pas  eu  la  prétention  de  réaliser  une 
véritable  restauration  de  l'art  musical  antique.  Dans  l'état  actuel,  cette  préten- 
tion serait  parfaitement  vaine.  «  Supposons,  dit  l'auteur,  que  l'invasion  des 
»  barbares  au  v^  siècle  n'eût  épargné  aucun  édifice  antérieur  au  siècle  d'Auguste, 
»  et  que  pour  étudier  l'architecture  grecque  nous  n'eussions  que  les  théories  de 
»  Vitruve  d'une  part  et  de  l'autre  quelques  constructions  médiocres  du  ii^  et  du 
»  iii'^  siècle  '  :  tel  est  à  peu  de  choses  près  le  problème  désespérant  qui  s'offre  à 
»  l'historien  de  la  musique  gréco-romaine.  Il  importe  donc  de  ne  pas  se  faire 
»  illusion  sur  les  résultats  possibles  de  notre  genre  d'études.  Ce  que  nous  pouvons 
»  savoir  est  bien  peu  de  chose  en  comparaison  de  ce  que  nous  sommes  condamnés 
))  à  ignorer  et  ne  satisfait  notre  curiosité  que  dans  une  mesure  des  plus  restreintes. 
»  Mais  il  serait  déraisonnable  de  prétendre  que  ne  pouvant  tout  connaître,  le  vrai 
«sage  doive  se  résoudre  à  tout  ignorer...  «  Conformément  à  ces  judicieuses 
paroles,  l'auteur  abordant  un  sujet  que  Fortlage  représentait  comme  «  envahi 
»  par  l'erreur  et  le  non-sens  »,  qu'Helmholtz  appelle  «  un  ramassis  de  détails 
»  incohérents  »,  s'est  donné  pour  tâche  de  chercher  à  écarter  les  chimères 
et  les  contradictions  qui  ont  si  longtemps  obstrué  cet  obscur  domaine,  et  à 
ressaisir  au  moins  une  partie  de  la  vérité  concernant  l'histoire  et  la  constitution 
de  la  musique  dans  l'antiquité.  Guidé  par  les  travaux  de  Bellermann,  de  Vincent, 
qui  ont  les  premiers  renouvelé  l'étude  de  la  matière  par  une  analyse  minu- 
tieuse des  textes,  guidé  surtout  par  les  ouvrages  de  Westphal  qui  reprenant  le 
sujet  de  fond  en  comble  l'a  fait  sien  par  sa  vaste  érudition,  ses  investigations 
patientes,  ses  vues  hardies,  parfois  même  aventureuses.  M,  G.  a  successivement 

I.  Les  débris  «  médiocres  »  de  l'art  musical  antique  auxquels  l'auteur  fait  ici  allusion 
sont  les  trois  hymnes  à  la  Muse,  à  Hélios  et  à  Némésis ,  conservés  en  notation  grecque 
dans  plusieurs  manuscrits  et  qui  ont  été  mainte  fois  publiés  et  commentés.  En  dehors  de 
ces  fragments  les  seuls  restes  musicaux  absolument  authentiques  sont  des  exercices  pra- 
tiques de  musique  instrumentale  analogues  à  ceux  qui  remplissent  nos  méthodes  élémen- 
taires, et  que  Bellermann  et  Vincent  ont  reproduits  d'après  les  Traités  anonymes.  Le  début 
de  la  première  Pythique  de  Pindare,  publié  en  notation  grecque  par  le  jésuite  Kircher  et 
qui  serait  le  seul  débris  de  la  grande  époque  classique,  n'est  pas  d'une  authenticité  sûre. 
Le  P.  Kircher,  on  le  sait,  affirmait  avoir  copié  ce  chant  sur  un  manuscrit  appartenant 
à  la  bibliothèque  d'un  couvent  près  de  Messine.  Jusqu'à  ce  jour  on  n'a  pu  retrouver  ce 
manuscrit.  Ce  chant  n'a  d'ailleurs  que  quelques  mesures  et  est  assez  insignifiant.  Enfin 
une  courte  mélodie  présentée  par  le  compositeur  vénitien  Marcello  (XVII«  siècle)  comme 
un  hymne  à  Déméter  est  très-suspecte.  Pour  retrouver  d'autres  restes  de  l'art  musical 
antique,  il  faut  recourir  à  la  liturgie  de  l'Église  qui  a  certainement  hérité  des  traditions 
du  chant  ancien  et  nous  en  a  transmis  des  parcelles.  Mais  là  aucun  indice  sûr  ne  nous 
fixe  sur  la  provenance  et  la  date  des  divers  documents.  M.  G.  dans  son  étude  des  sources 
semble  promettre,  probablement  pour  son  2'  vol.,  une  analyse  critique  approfondie  du 
vaste  recueil  des  chants  sacrés  de  l'Église  romaine.  Ce  serait  là  un  travail  plein  d'intérêt 
et  qui  pourrait  produire  au  point  de  vue  de  l'histoire  de  la  musique  ancienne  d'importants 
résultats. 

Un  savant  allemand,  M.  Johannes  Tzetzes,  vient  d'entreprendre  un  travail  analogue  sur 
les  chants  de  l'Église  grecque.  Dans  son  livre,  dont  nous  n'avons  lu  que  les  premières 
pages,  M.  Tzetzes  établit  que  la  liturgie  grecque  fournit  une  source  précieuse  d'études 
pour  l'histoire  de  l'art  musical  antique  (Ueber  die  altgriechische  Musik  in  der  griechischen 
Kirche.  Munich,  1874). 


284  REVUE    CRITIQUE 

attaqué  le  jîroblème  sous  toutes  ses  faces.  Tant  qu'une  heureuse  découverte  ne 
révélera  pas  de  documents  nouveaux,  de  documents  musicaux  surtout  (M.  G. 
fait  remarquer  que  les  quelques  mesures  de  mélodies  antiques  qui  ont  été  retrou- 
vées ont  jeté  autant  de  clarté  sur  la  matière  que  les  sept  théoriciens  publiés  par 
Meibom),  son  livre  peut  être  considéré  comme  l'inventaire  le  plus  détaillé  qui 
existe  de  ce  qu'il  nous  est  donné  de  connaître  actuellement  du  système  musical 
des  Grecs  et  des  Romains.  M.  G.  a  condensé  dans  son  ouvrage  la  substance 
des  principaux  écrits  de  ses  devanciers  et  notamment  de  Westphal  qu'il  déclare 
lui-même  avoir  suivi  pas  à  pas  et  dont  le  nom  revient  plusieurs  fois  dans  chacun 
de  ses  chapitres.  Parmi  de  nombreux  mérites  le  livre  de  M.  G.  a  incontestable- 
ment celui  de  présenter  sous  une  forme  nous  ne  dirons  pas  attrayante  —  un 
exposé  théorique  et  technique  de  l'art  musical  antique  n'aura  jamais  cette  qua- 
lité —  mais  au  moins  accessible  et  intelligible,  un  sujet  naturellement  obscur  et 
qui  dans  certains  ouvrages  allemands  revêt  une  forme  par  trop  pénible  et  ardue 
pour  le  lecteur.  On  voit  que  l'auteur  a  fait  des  efforts  dignes  d'éloges  pour  sou- 
mettre au  public  un  exposé  aussi  lucide  que  possible  ;  il  y  est  parvenu  jusqu'à 
un  certain  point  par  une  division  très-rigoureuse  et  très-nette  des  matières,  par 
le  soin  qu'il  a  pris  de  traduire  toutes  les  données  de  la  nomenclature  antique  en 
langage  ou  même  en  notation  musicale  moderne,  enfin,  —  et  c'est  là  un  des 
côtés  les  plus  originaux  et  les  plus  utiles  de  son  livre  —  par  les  fréquents  rap- 
prochements qu'il  établit  entre  des  exemples  tirés  de  l'ancienne  théorie  et  des 
fragments  de  chants  de  la  liturgie  de  l'Eglise,  ou  des  mélodies  populaires  de 
diverses  contrées  et  de  diverses  époques.  Ces  rapprochements  lui  permettent  de 
faire  ressortir  d'une  façon  saisissante  la  complète  conservation  dans  le  chant 
liturgique  des  principes  constitutifs  de  l'art  musical  antique  et  par  là  d'éclairer 
bien  des  points  au  premier  abord  peu  saisissables  de  l'ancienne  théorie. 

Le  livre  de  M.  G.  a  d'autres  mérites  que  la  clarté,  et  il  sera  lu  avec  fruit 
même  par  les  personnes  à  qui  les  ouvrages  des  auteurs  précédemment  nommés 
et  notamment  ceux  de  Westphal  sont  familiers  :  elles  trouveront  dans  ce  livre 
les  idées  du  savant  allemand  soumises  au  contrôle  minutieux  d'un  esprit 
rigoureux,  d'un  musicien  éminent  qui  complète  sur  plusieurs  points  les  conclusions 
de  son  devancier,  qui  les  rectifie  sur  d'autres  points,  qui  apporte  enfin  dans 
plusieurs  parties  de  ce  vaste  sujet  des  idées  personnelles  très-dignes  d'attention. 
Signalons  parmi  les  chapitres  que  M,  G.  éclaire  de  lumières  nouvelles,  celui  où 
l'auteur  traite  de  l'emploi  pratique  des  genres  connexes  au  diatonique,  des  genres 
enharmonique  et  chromatique,  et  le  chapitre  relatif  aux  nuances  {yjpoiC} .  La  grande 
expérience  musicale  de  l'auteur  lui  a  permis  de  serrer  de  près  l'étude  de  ces 
points  obscurs  de  la  théorie  antique,  et  de  rendre  une  certaine  réalité  pratique  à 
des  distinctions  minutieuses  que  beaucoup  d'auteurs  avaient  jusqu'ici  consi- 
dérées comme  de  pures  spéculations  '.  Westphal  et  Helmholtz  avaient  déjà  com- 
battu ce  parti  pris  de  reléguer  dans  le  domaine  de  la  théorie  les  indications  des 
auteurs  anciens  sur  les  délicates  modifications  apportées  par  les  musiciens  grecs 
à  l'accord  de  certains  intervalles  de  la  gamme.  M.  G.  complète  leurs  démonstra- 

I.  Voir  notamment  Fétis,  Histoire  générale  de  la  musique.  Tome  III,  ch.  III  et  IV. 


d'histoire  et  de  littérature.  285 

tions  sur  ce  point  par  une  analyse  approfondie  du  sujet  et  d'ingénieuses  compa- 
raisons tirées  de  quelques  faits  analogues  de  la  musique  moderne. 

Dans  la  longue  et  intéressante  étude  qu'il  consacre  à  la  partie  restée  sans 
contredit  l'une  des  plus  controversées  de  la  doctrine  musicale  ancienne,  celle 
qui  concerne  les  modes,  M.  G.  arrive  aux  mêmes  conclusions  que  Westphal.  Il 
adopte  les  idées  nouvelles  et  encore  discutées  de  celui-ci  sur  la  constitution  de 
l'échelle  des  modes  phrygien,  lydien  et  dorien,  dont  la  dernière  note  grave  au 
lieu  d'être  la  tonique  de  la  gamme  comme  c'est  le  cas  pour  les  modes  hypo- 
phrygien,  hypolydien  et  hypodorien  prend  suivant  Westphal  et  M.  G.  le  rôle  de 
la  dominante  ;  réforme  dont  le  premier  résultat  est  de  changer  le  caractère  du 
mode  lydien  qu'on  avait  voulu  considérer  comme  l'équivalent  de  notre  mode 
majeur  et  de  supprimer  parmi  les  modes  grecs  tout  mode  semblable  à  ce  der- 
nier. M.  G.  adopte  également  la  thèse  de  Westphal  sur  le  mixolydien  dont  la 
note  finale  serait  en  réalité  la  tierce  majeure  de  la  gamme  et  non  la  tonique.  A 
l'appui  de  ces  idées  M.  G.  cite  et  commente  un  passage  de  Gaudence  qui  avait 
échappé  au  savant  philologue  allemand. 

Sans  se  borner  à  cette  reconstitution  en  quelque  sorte  matérielle  des  modes 
antiques,  M.  G.  cherche  à  pénétrer,  et  à  pénétrer  plus  avant  même  que 
Westphal  dans  la  théorie  hellénique  relative  au  caractère  moral,  à  Vethos  des 
modes,  théorie  qui  semble  au  premier  abord  être  devenue  si  insaisissable  au 
sentiment  moderne.  Là  encore  prenant  la  question  surtout  par  le  côté  musical, 
l'auteur  se  livre  à  une  curieuse  analyse  du  caractère  harmonique  propre  aux 
différentes  octaves  et  des  accords  tonaux  ou  modulants  que  permet  la  structure 
de  chacune  d'elles  :  il  met  en  relief  la  physionomie  particulière  qu'empruntent 
les  mélodies  dont  elles  fournissent  les  éléments  à  la  terminaison  constante  du 
chant  sur  la  tonique,  sur  la  dominante  ou  la  médiante  ;  enfin  il  établit  d'ingénieux 
rapprochements  avec  des  caractères  analogues  retrouvés  dans  les  chants  de  la 
liturgie  ou  même  dans  l'art  musical  actuel.  S'il  ne  parvient  point  à  accorder 
entre  eux  ni  à  élucider  complètement  les  célèbres  passages  de  Platon  et  d'A- 
ristote  sur  ce  sujet,  passages  qui  resteront  toujours  pour  nous  quelque  peu 
mystérieux,  on  ne  peut  nier  que  M.  G.  ait  introduit  dans  la  discussion  de  ce 
problème  tant  de  fois  agité  des  éléments  nouveaux. 

En  dehors  de  la  partie  technique,  la  plus  longue  et  la  plus  importante  du  vo- 
lume, écrite  comme  le  dit  l'auteur  «  par  un  musicien  pour  des  musiciens  »,  et  que 
par  cela  même  nous  ne  pouvons  pas  analyser  ici  en  détail,  on  lira  avec  intérêt 
les  pages  que  l'auteur  consacre  à  apprécier  les  caractères  généraux  et  les  ten- 
dances esthétiques  de  l'ancien  art  musical.  M.  G.  montre  bien  comment  cet  art 
très-pauvre  au  point  de  vue  de  l'harmonie  simultanée  des  sons,  —  harmonie 
représentée  uniquement  par  quelques  accords  dans  la  partie  instrumentale,  les 
parties  vocales  étant  exclusivement  chantées  à  l'unisson  ou  à  l'octave  —  très- 
pauvre  aussi  au  point  de  vue  des  instruments,  pouvait  tirer  de  puissantes 
ressources  du  concours  des  autres  arts  musiques,  de  la  poésie  et  de  Vorchesîique 
ou  action  théâtrale  rhythmée;  comment  aussi  même  sur  le  terrain  purement 
musical,  l'habileté  d'exécution  des  virtuoses,  la  délicatesse  des  ornements  et  des 
nuances  introduites  dans  le  chant,  enfin  l'élévation  et  la  simplicité  du  sentiment 


286  -iât-i»  '     REVUE  CRITIQUE       -rurn 

d'où  s'inspirait  la  mélodie  devaient  produire  des  effets  qui  nous  échappent  en 
partie,  mais  qui  n'en  étaient  pas  moins  très-réels.  Si  nous  avons  tant  de  peine  à 
apprécier  la  valeur  de  quelques-uns  des  éléments  de  l'art  antique  n'en  concluons 
pas  que  cette  valeur  fût  purement  imaginaire  :  constatons  plutôt,  comme  le  dit 
judicieusement  M.  G,,  que  notre  oreille  accoutumée  depuis  des  siècles  à  un  art 
compliqué  où  la  polyphonie,  la  variété  des  timbres  et  des  accords  jouent  un  rôle 
prédominant,  est  devenue  insensible  aux  combinaisons  toutes  différentes  d'un 
système  musical  essentiellement  homophone.  Pour  retrouver  quelque  chose  de 
l'impression  qu'éprouvaient  les  auditeurs  helléniques  à  l'audition  des  compositions 
d'un  Terpandre  ou  d'un  Olympe,  M.  G.  renvoie  avec  raison  à  quelques-uns  des 
beaux  chants  de  la  liturgie,  au  Te  Deum  par  exemple  :  a  Pour  quiconque,  dit-il, 
aura  appris  à  sentir  la  beauté  vraiment  musicale  de  ces  chants,  l'art  qui  a  présidé 
à  leur  construction  mélodique,  le  problème  de  la  valeur  esthétique  des  compo- 
sitions antiques  sera  résolu.  Mais  il  restera  obscur  et  incompréhensible  pour 
ceux  à  qui  la  polyphonie  et  l'instrumentation  paraissent  des  conditions  indispen- 
sables d'un  art  sérieux,  n 

L'histoire  du  développement  et  des  diverses  phases  de  l'art  musical  helléni- 
que se  trouve  naturellement  mêlée  assez  étroitement  dans  l'ouvrage  de  M.  G.  à 
l'exposé  de  la  théorie  et  de  la  technique.  Cependant  l'auteur  au  début  de  son  vo- 
lume a  cherché  à  résumer  en  un  chapitre  le  tableau  des  principales  périodes  de 
cette  histoire.  A  l'exemple  de  Westphal  il  extrait  ce  tableau  presque  tout  entier 
du  Dialogue  sur  la  musique  de  Plutarque  en  complétant  les  renseignements  que 
fournit  cet  écrivain  par  les  rares  indications  contenues  dans  d'autres  auteurs. 
Westphal  le  premier  a  fait  ressortir  toute  la  valeur  qu'offre  au  point  de  vue  de 
l'histoire  de  la  musique,  malgré  sa  brièveté,  l'opuscule  de  Plutarque  par  l'an- 
cienneté et  l'authenticité  des  documents  qui  y  sont  résumés  '.  L'historique  tracé 
par  M.  G.  s'étend  depuis  la  période  archaïque  représentée  par  Terpandre, 
Clonas,  Archiloque,  Olympe,  jusqu'à  la  décadence  romaine.  Il  y  a  nécessaire- 
ment dans  ce  tableau  de  grandes  lacunes  que  le  «  dénombrement  »  le  plus  souvent 
très-somm.aire  de  Plutarque  ne  permet  pas  de  combler  :  cependant  le  caractère 
essentiel  de  l'art  aux  différentes  époques  s'y  trouve  défini  avec  assez  de  netteté. 

Terminons  en  souhaitant  la  prochaine  publication  du  2^  vol.  de  cet  important 
ouvrage.  Une  table  des  matières  plus  détaillée  que  celle  que  contient  le  i^'  vol. 
se  trouvera,  nous  l'espérons,  dans  le  volume  suivant.  >  yii-iji  , 

La  belle  exécution  typographique  de  ce  livre  fait  le  plus  grand  honneur  à 
l'habile  imprimeur-éditeur  de  M.  Gevaert.  E. 


'  '  SOCIÉTÉS  SAVANTES. 

ACADÉMIE    DES   INSCRIPTIONS   ET   BELLES-LETTRES. 

Séance  du  23  avril  1875. 
M.  L.  Renier  annonce  l'intention  d'exposer  dans  la  prochaine  séance  son 
opinion  sur  la  question  des  tribuni  miiitum  a  populo. 

1.  Voy.  Westphal,  Geschichte  der  alten  und  mittelalterlichen  Musik.  I.  Abtheilung,  et 
le  même  ouvrage  III.  Abtheilung.  Plutarch  ûber  die  Musik. 


d'histoire  et  de  littérature.  287 

M.  Egger  présente  de  la  part  de  M.  Reinhold  Dezeimeris,  de  Bordeaux, 
divers  volumes  et  brochures  publiés  par  lui  '.  1,  i^-^'ï  «*i»',9<*|ïrtUHU  pb  5nn's:>  oi 

M.  Garcin  de  Tassy  présente  le  j"  fascicule  d'un  nouveau  journal  portugais, 
0  cenaculo,  revista  àa  literaîura  portugaeza,  dirigé  par  M.  de  Figueirido,  Ce  n° 
contient  une  étude  de  M.  Coelho  sur  l'origine  sanscrite  du  conte  de  Belphégor. 

M.  Delisle  présente,  de  la  part  des  auteurs,  une  étude  sur  les  derniers  États 
de  la  province  de  Normandie  au  17^  siècle,  par  M.  de  Beaurepaire,  et  un  mé- 
moire de  M.  Jules  Lair  sur  deux  chroniques  latines  composées  au  12*  siècle  à 
l'abbaye  de  S.  Denis. 

M.  de  Longpérier  présente  de  la  part  de  M.  Buhot  de  Kersers  la  première 
livraison  d'une  publication  intitulée  Statistique  monumentale  du  département  du  Cher. 

M.  Bertrand  commence  la  lecture  d'un  mémoire  intitulé  Les  Gaulois.  C'est  une 
étude  destinée  à  former  l'art.  Galli  du  dictionnaire  publié  par  la  commission  de 
la  topographie  des  Gaules.  M.  Bertrand  ne  pense  pas  que  les  mots  de  Celtae, 
Galli,  Galatae,  aient  eu  à  toutes  les  époques  la  même  signification  et  aient  dési- 
gné un  même  peuple,  mais  au  contraire  qu'ils  ont  été  appliqués,  selon  les  temps, 
à  des  peuples  aussi  différents  entre  eux  que  les  Francs  le  sont  des  Français, 
auxquels  ils  ont  pourtant  donné  leur  nom,  les  Angles  des  Anglais,  les  Alemanni 
des  Allemands,  etc.  Ecartant  de  la  discussion  le  mot  Celtae,  sur  lequel  les 
témoignages  anciens  sont  extrêmement  confus  et  contradictoires,  il  cherche  à 
déterminer  par  un  classement  chronologique  des  textes  le  sens  qu'ont  eu  aux 
diverses  époques  les  noms  de  Galli  et  de  Galatae.  Les  Galli,  la  première  fois  que 
l'histoire  les  mentionne,  sont  les  barbares  qui  envahirent  l'Italie,  en  l'an  390 
avant  notre  ère  et  s'emparèrent  de  Rome.  Nous  avons  sur  ces  barbares  des  ren- 
seignements précis  :  c'étaient  des  hommes  grands,  à  la  peau  blanche,  aux  che- 
veux blonds  et  aux  yeux  bleus,  comme  tous  les  peuples  du  Nord.  Polybe  (2, 
17)  place  l'habitation  de  ce  peuple  sur  les  deux  versants  des  Alpes,  jusqu'aux 
limites  de  la  Lombardie  d'un  côté,  du  Tyrol  et  de  la  Bavière  de  l'autre,  et 
nullement  dans  la  France  actuelle,  que  nous  avons  l'habitude  d'entendre  sous  le 
nom  de  Gaule.  Nous  avons  aussi  sur  les  mœurs  de  ces  peuples,  ainsi  que  sur 
celles  de  divers  peuples  congénères  qu'on  trouve  mentionnés  à  la  même  époque 
en  d'autres  parties  de  l'Europe  sous  le  nom  de  Galatae,  des  témoignages  concor- 
dants :  c'était  une  race  militaire,  vivant  d'une  vie  sauvage  dans  des  villages  sans 
murailles,  élevant  des  troupeaux,  sans  caste  sacerdotale  et  sans  autres  institu- 
tions politiques  que  celle  de  la  clientèle.  Ils  avaient  pour  arme  caractéristique  de 
longues  épées  en  fer  mal  trempé,  à  deux  tranchants  et  à  pointe  mousse,  dont 
les  fouilles  ont  fait  retrouver  des  spécimens  dans  l'E.  de  la  France.  Quant  au 
pays  d'origine  de  ces  Galli,  notamment  de  ceux  de  l'invasion  de  3  90, il  semblerait 

I.  Recherches  sur  l'auteur  des  épitaphes  de  Montaigne,  i86i  ;  Œuvres  poétiques  de  P.  de 
Brach,  1861-62;  Discours  sur  la  renaissance  des  lettres  à  Bordeaux  au  xvi*  sikle,  1864; 
Recherches  sur  la  recension  du  texte  posthume  des  Essais  de  Montaigne,  1866;  Remarques  et 
corrections  d'Est,  de  la  Bo'étic  sur  le  traité  de  Plutarque  intitulé  epwTwoç,  1867;  Note  sur 
l emplacement  de  la  villula  d'Ausone,  1869;  Essais  de  Michel  de  Montaigne,  1870-73  ;  Lettre 
à  M.  Ph.  Tamizey  de  Larroque  sur  les  poésies  de  J.  Rus,  1875  ;  Poésies  françaises,  latines  et 
grecques  de  Martin  Des  pois,  1875. 


288  REVUE   CRITIQUE    D'hISTOIRE    ET    DE    LITTÉRATURE. 

naturel  de  le  chercher,  comme  pour  les  autres  barbares  envahisseurs,  dansl'E,  et 
le  centre  de  l'Europe,  mais  c'est  une  opinion  différente  qui  a  été  admise  jusqu'ici  : 
on  a  cru,  d'après  Tite-Live  (1.  5,  ch,  34),  que  les  envahisseurs  de  l'Italie 
venaient  du  pays  des  Bituriges,  situé  au  centre  de  la  Gaule  au  sens  où  nous 
entendons  aujourd'hui  ce  mot.  M.  Bertrand  croit  que  c'est  une  erreur,  qui  pro- 
vient du  sens  que  ces  noms  de  Galli  et  de  Gallia  avaient  pris  déjà  au  temps  de 
Tite-Live  et  qu'ils  ont  gardé  depuis.  En  effet  nous  trouvons  dans  Tite-Live  une 
énumération  des  peuples  gaulois  qui  prirent  part  à  l'invasion  de  3  90,  toute  différente 
de  celle  que  donne  Polybe  :  puis  Tite-Live  y  ajoute  en  manière  de  supplément 
une  seconde  liste  semblable  à  cette  dernière.  Or  dans  la  première  liste  de  Tite- 
Live  figurent  les  plus  puissants  des  peuples  gaulois  contre  lesquels  César  eut  à 
lutter,  les  Bituriges,  les  Éduens,  les  Carnutes,  les  Arvernes,  tous  inconnus  à 
Polybe  :  cette  liste  est  donc  probablement  une  fabrication  postérieure,  faite 
sous  l'influence  de  l'effet  que  produisit  la  conquête  de  César,  et  reproduite  par 
T.  Live,  en  même  temps  que  la  tradition  véritable  qu'avait  donnée  Polybe. 
D'un  autre  côté,  la  description  que  César  nous  donne  des  Gaulois  qu'il  combattit 
est  fort  différente  de  ce  que  nous  savons  des  Galli  de  l'époque  précédente.  Les 
Gaulois  de  César  n'étaient  pas  un  peuple  de  soldats  ;  on  distinguait  parmi  eux  une 
classe  inférieure,  le  peuple,  et  deux  classes  dirigeantes,  celle  des  chevaliers  et  celle 
des  druides.  Celle-ci  surtout  avait  une  influence  extrême.  Presque  tout  le  pou- 
voir était  entre  les  mains  des  druides.  Ils  avaient  une  organisation  savante,  des 
écoles  fréquentées  dans  lesquelles  ils  enseignaient  une  philosophie  et  une  religion 
spiritualistes,  et  par  lesquelles  ils  se  recrutaient  sans  cesse.  Il  n'y  a  rien  là  qui 
ressemble  à  la  peinture  que  nous  fait  Polybe  des  envahisseurs  de  390.  —  A  ces 
arguments  s'en  ajoutent  d'autres,  tirés  de  Parchéologie  que  M.  Bertrand  exposera 
dans  sa  prochaine  lecture. 

M.  A.  Bergaigne  continue  la  lecture  de  son  mémoire  sur  l'arithmétique  mytho- 
logique du  Rig-Veda.  Ce  mémoire  a  pour  objet  de  montrer  que  la  plupart  des 
nombres  que  l'on  rencontre  dans  la  mythologie  du  Rig-Veda  sont  fournis  par 
différents  systèmes  de  division  de  l'univers  et  par  les  places  du  feu  ou  du  soma 
qui  correspondent  à  ces  divisions.  L'auteur  étudie  à  cet  effet  deux  lois  suivant 
lesquelles  des  nombres,  une  fois  consacrés,  peuvent  en  engendrer  d'autres  qui 
prennent  place  à  leur  tour  dans  la  doctrine  mythologique.  —  1°  Loi  de  multipli- 
cation des  nombres.  Du  nombre  de  3  mondes,  ciel  atmosphère  et  terre,  on  passe 
à  celui  de  3  ciels,  3  atmosphères  et  3  terres.  Ceci  se  rattache  à  un  usage  gram- 
matical de  la  langue  védique  qui  consiste  à  mettre  au  duel  ou  au  pluriel  le  nom 
des  objets  qui  font  ordinairement  partie  d'un  couple  ou  d'une  triade.  —  2°  Loi 
de  formation  des  nombres  par  l'addition  d'une  unité.  Aux  nombres  consacrés  des 
mondes  dans  les  différents  systèmes  de  division  de  l'univers,  les  poètes  védiques 
ajoutent  une  unité  pour  exprimer  le  monde  du  mystère. 

Julien  Havet. 


Le  propriétaire-gérant  :  F.  VIEWEG. 


Nogent-le-Rolrou,  imprimerie  de  A.  Gouverneur. 


Types  Gaulois  et  celto-bretons.  2"  éd.  revue  et  corrigée  par  A.  Maury.  Pans, 
Maisonneuve.  In-8«,  x-M9  P-  ("'est  pas  au  courant  de  la  science).  —  Rigveda 
Samhitâ  éd.  Max  Mûller.  Vol.  VI  (cf.  Rev.  crit.  187$,  n"  1 5).  -  Schonbach, 
Ueber  die  Marienklagen  (cf.  Rev.  ait.,  1875,  I,  p.  119);  Hartmann,  VVeih- 
nachtlied  und  Weinachtspiel  in  Oberbayern.  Mùnchen,  Kaiser.  In-8»,  190  p. 
Freybe  Das  Mecklenburger  Osterspiel  vollendet  im  Jahre  1464  zu  Redentin. 
Bremen,  Kùhtmann.  In-8",  xvj-428  p.  —  Verzeichniss  der  Handschriften  der 
Stiftsbibliothek  von  St.  Gallen.  Halle,  Buchh.  d.  Waisenhauses.  In-8",  xiv-6$op. 
(catalogue  remarquablement  bien  exécuté). 

Jenaer  Literaturzeitung,  187$,  n"  5  (nous  n'avons  pas  reçu  les  n"»  précé- 
dents) HiRSCHE,  Prolegomena  zu  einer  neuen  Ausgabe  der  Imitatio  Christi  nacn 
dem  Autograph  des  Thomas  von  Kempen.  Bd.  I.  Berlin,  Luderitz'sche  B. 
In-8»,  xlii)-5  22  p.;  Thomae  Kempensis  de  imitatione  Christi  libri  quatuor.Textum 

accuratissime  redd.  Hirsche.  Berol.,  libr.  Lùderitziana.  In-8",  xxvj-375  p. 

(B  B/EHRINg)  —  Mùller-Strûbinc,  Aristophanes  und  die  historische  Kritik. 
Leipzig,  Teubner.  In-8%  xvj-755  p.  (Adolf  Schmidt).  —  Welzhofer,  Unter- 
suchungen  ûber  die  deutsche  Kaiserchronik  des  zwœlften  Jahrh.  Munchen, 
Ackermann.  In-8",  69  p.  (Wilhelm  Bernhardi).  —  Teutsch,  Geschichte  der 
Siebenbùreer  Sachsen  (Ottokar  Lorenz;  cf.  Rev.  crit.,  1875,  I,  p.  179)-  — 
Sars,  Uds'igt  over  den  norske  historié.  Del  I.  Christiania,  Cammermayer.  In-8", 
iv-272  p  (K  Maurer).  —  Von  Bernhardi,  Geschichte  Russlands.  Th.  II. 
Abth.  I.  Leipzig,  Hirzel.  In-8",  xij-447  p.  (J.  Caro).  [Nous  rappelons  que  les 
articles  de  la  Jenaer  Literaturzeitung  sont  toujours  très-approfondis  et  compétents  ; 
le  manque  d'espace  ne  nous  permet  pas  d'en  résumer  les  appréciations]. 

N°  6.  Craecus  Venetus.  Pentateuchi,  proverbiorum,   Ruth,  Cantici, 

ecclesiastae,  threnorum,  Danielis  versio  graeca.  Ed.  Gebhardt.  Praef.  est  Fr. 
Delitzsch.  Lips.,  Brockhaus.  In-8%  lxx-592  p.  (0.  F.  Fritzsche).-Schuster, 
Heraklit  von  Ephesus  (Extrait  du  t.  III  des  ActaSoc.  Lips.  E.  Zeller).  — Low, 
Beitraege  zur  jùdischen  Alterthumskunde.  Bd.  2.  In-8",  xvj-459  p.  (C.  Sieg- 
fried) —  Freudenthal,  Hellenische  Studien.  Heft  i.  Breslau,  Skutsch.  In-8% 
105  p.  (L.  Mendelssohn).  —  Die  Sprachwissenschaft.  W.  D.  Whitney's  Vor- 
lesungen.  Bearb.  v.  Jolly(A.  Leskien).  —  Fragments  of  a  Samantan  Targum. 
Ed.  by  NuTT.  London,  Trùbner.  ln-8",  viij-172-84  p.  (cf.  Rev.  crit.,  1874,  II, 
209);  Two  treatises  on  verbs  containing  feeble  and  double  letters  :  by  R.  Jehuda 
Hayug  of  Fez,  etc.  Ed.  by  Nutt.  London  and  Berlin,  Asher.  In-8%  xiij-xv- 
1 32  p.  ;  Driver,  A  treatise  on  the  use.of  the  tenses  in  Hebrew.  Oxford,  Claren- 
don  Press.  In-8",  xviij-256  p.  (Schrader).  —  G.  Mûller,  De  Theophrasti 
dicendi  ratione.  Pars  I.  Arnstadtiae,  typis  expr.  oflf.  Frotscheriana.  In-8",_66  p. 
(Rudolf  Eucken).  —  Mullemeister,  De  fontibus  Pyrri  Plutarchei.  Gœttmgen, 
Dieterich.  In-8°,  32  p.;  V/ichmann,  De  Plutarchi  in  vitis  Bruti  et  Antonii_  fon- 
tibus. Bonn,  Georg.  In-8°,  62  p.;  Bachof,  De  Dionis  Plutarchei  fontibus. 
Gotha,  Engelhardt.  In-8°,  67  p.  (Hermann  Peter). 

The  Indian  Antiquary,  éd.  by  Jas.  Burgess.  Part  XL  (vol.  IV),  mars 
187^  Notes  upon  the  Central  Tâlukâs  of  the  Thânâ  CoUectorate  (W.  F.  Sin- 
clair). —  Bhartrihari's  Nîti  Çatakam  (C.  H.  Tawney).  —  The  Dvaiâsharâya. 

—  On  Dr.  Lorinser's  Bhagavad  Gîtâ  and  Christian  Writings  (J.  Muir).  —  Dr. 
Bûhler  on  the  Bhâniâr  of  Sanskrit  Mss.  at  Jessalmir  (transi,  by  Shankar  Pan- 
durang).  —  Miscellanea  and  Correspondence.  Snake-Worship  among  the  Kâfhîs 
(C.  E.  G.  Crawford).  -  Kâlidâsa  and  Sri  Harsha  (Kasinath  Trimbak  Telang). 

—  The  Ring-Finger  (J.  F.  Fleet).  —  The  Gurkhâs.  —  The  Kanarak  Temple. 

—  The  U rauns.  —  Booit  notices.  Records  of  the  Past.  — Hodgson's  Essays,  etc. 
(cf.  Rev.  crit.,  1875,  1,  p.  177).  —  The  Buddhist  Works  in  Chinese  in  the 
India  Office  Library  (Samuel  Beal). 


BULLETIN    BIBLIOGRAPHIQUE 

DES  PRINCIPALES   PUBLICATIONS   FRANÇAISES   ET    ÉTRANGÈRES. 

AVIS.  —  On  peut  se  procurer  à  la  librairie  A.  Franck  tous  les  ouvrages 
annoncés  dans  ce  bulletin ,  ainsi  que  ceux  qui  font  l'objet  d'articles  dans  la 
Revue  critique.  Elle  se  charge  en  outre  de  fournir  très-promptement  et  sans 
frais  tous  les  ouvrages  qui  lui  seront  demandés  et  qu'elle  ne  posséderait  pas  en 
magasin. 


Arndt  (W.).  Kleine  Denkmasler  aus  der 
Merovingerzeit.  In-8%  vj-82  S.  Hannover 
(Hahn).  2  fr.  25 

Bernard  (T.).  Cours  de  philosophie, 
r  partie.  Psychologie.  In-8',  vii-288  p. 
Paris  (Delagrave). 

Ghroniken  (Die)  der  deutschen  Staedte 
vom  14.  bis  in's  16.  Jahrh.  11.  Bd.  A. 
u.  d.  T.  Die  Chroniken  der  fraenkischen 
Staedte.  Nùrnberg.  5.  Bd.  In-8%  x-  u. 
S.  441-888  mit  i.Plan.  Leipzig  (Hirzel). 

16  fr. 
Les  tomes  1  à  1 1 .  1 3  2  fr. 

Conze  (A.).  Heroen  und  Gœttergestalten 

d.  griechischen  Kunst.  2.  Abth.  Gr.  in- 

f",  S.  2C)-49.  u.  Taf.  52-106.  Wien  (v. 

Waldheim).  20  fr. 

Les  deux  parties.  36  fr. 

Josepbus.  History  of  the  Jews.  Edited 
by  A.  Murray.  2  vol.  in-8°,  960  p.  Lon- 
don  (Virtue).  1 5  fr. 

Mussafia  (A.).  Cinque  sonetti  antichi 
tratti  da  un  codice  délia  Palatina  di 
Vienna.  Gr.  in-8*,  12  p.  Wien  (Gerold's 
Sohn).  50  c. 

Bohle  (E.).  Die  angeblich  Xenephon- 
teische  Apologie  in  ihrem  Verhasitnisse 
zum  letzten  Capitel  der  Memorabilien. 
Krit.  Untersuchg.  In-S",  66  S.  Altenburg 
(Bonde).  '  ff-  7  5 

Reinisch  (L.).  Sprachen  v.  Nord-Ost 
Afrika.  i.  Bd.  Die  Barea-Sprache. 
Grammatik,  Textu.  Wœrterbuch.  Nach 
den  handschrifll.  Materialien  v.  Werner 
Munzinger  Pascha.  In-8°,  xxviij-186  S. 
Wien  (Braumùller).  8  fr. 

Saulcy  (F.  de).  Sept  siècles  de  l'histoire 
judaïque,  depuis  la  prise  de  Jérusalem 
par  Nabuchodonosor  jusqu'à  la  prise  de 
Bettir  par  les  Romains.  In- 18,  407  p. 
Paris  (A.  Lévy).  3  fr. 

Sayce  (A.  H.).  The  principles  of  campa- 
rative  Philology.  In-8°  cart.  386  p. 
London  (Trùbner).  13  fr.  15 

Schlagintweit-Sakûnlunski  (H.  v.). 


Die  Paesse  ûb.  die  Kammlinien  d.  Kara- 
korùm  u.  d.  ICùnlùn  in  Bâlti,  in  Ladâk 
u.  im  œstlichen  Turkistan.  Nach  unseren 
Beobachtgn.  v.  1856  und  1857  und  den 
neueren  Expeditionen.  In-4°,  116  S 
Mùnchen  (Franz).  6  fr 

Schmidt  (A.).  Pariser  Zustsende  waehrend 
der  Revolutionszeit  von  1789  bis  1800. 
I.  Thl.  In-8',  xj-336  S.  lena  (Mauke), 

6  fr.  75 

Schmidt  (J.  H.  H.).  Z.  Sprachgeschichte. 
Accente,  Tropen  u.  Synonyme.  In-4*, 
21  S.  Weimar  (Hinstorff).  i  fr. 

Sievers  (E.).  Die  Murbacher  Hymnen. 
Nach  den  Handschriften  hrsg.  Mit  2  lith. 
Facsimiies.  In-8",  vj-105  S.  Halle  (Buchh. 
d.  Waisenh.).  4  fr. 

TetzlafiF  (M.  J.).  De  Antiochi  III  magni 
Syriae  régis  rébus  gestis  ad  regnum 
Syriae  reficiendum  usque  ad  illa  tempora 
quibus  cum  romanis  congressus  est.  In-8°, 
43  S.  Munster  (Coppenrath).       i  fr.  3  5 

Thucydidis  libri  I  et  II.  Ex  recensione 
Bekkeri  in  usum  Scholarum  ed .  A.  Schœne. 
In-8*,    vj-266    p.    Berlin    (Weidmann). 

10  fr.  75 

Viollet  (P.).  Les  enseignements  de  saint 
Louis  à  son  fils.  Réponse  à  M.  Natalis 
de  Wailly,  et  observations  pour  servir 
à  l'histoire  critique  des  grandes  chro- 
niques de  France  et  du  texte  de  Joinville. 
In-S",  s6  p.  Paris  (Durand  et  Pedone- 
Lauriel). 

A^yeiffenbach  (W.).  Das  Papias-Frag- 
ment  bei  Eusebius  H.  E.  III,  39,  3-4 
eingehend  exegetisch  untersucht.  ln-8*, 
viij-i  50  S.  Giessen  (Ricker).  4  fr. 

"Wimpflelingii  (J.).  Germania  ad  rern- 
publicam  Argentinensem.  T.  Murneri  ad 
rempublicam  Argentinam  Germania  nova. 
In-4°,  34  p.  Strassburg  (Schmidt).  4  f. 

Zeitschrift  f.  Numismatik.  Hrsg.  v. 
A.  V.  Sallet.  2.  Bd.  4  Hfte.  In-8°  (1. 
Hft.).  105  S.  m.  Tafl.  Berlin  (Weid- 
mann). 18  fr.  7J 


Nogent-le-Rotrou.  Imprimerie  de  A.  Gouverneur. 


N*  19  Neuvième  année.  8  Mai  1875 


REVUE  CRITIQUE 

D'HISTOIRE   ET  DE  LITTÉRATUPvE 

RECUEIL  HEBDOMADAIRE  PUBLIÉ  SOUS  LA  DIRECTION 

DE  MM.  C.  DE  LA  BERGE,  M.  BRÉAL,  G.  MONOD,  G.  PARIS. 


Secrétaire  de  la  Rédaction:  M.  Stanislas  Guyard. 


Prix   d'abonnement  : 

Un  an,  Paris,  20  fr.  —  Départements,  22  fr.  —  Etranger,  le  port  en  sus 

suivant  le  pays. 


PARIS 
LIBRAIRIE    A.    FRANCK 

F.    VIEWEG,    PROPRIÉTAIRE 
67,  RUE  RICHELIEU,  67 


Adresser  toutes  les  communications  à  M.  Stanislas  Guyard,  Secrétaire  de  la 
Rédaction  (au  bureau  de  la  Revue  :  67,  rue  Richelieu). 

ANNONCES 

En  vente  à  la  librairie  A.  Franck,  F.  Vieweg  propriétaire, 
67,  rue  de  Richelieu. 

GTp\T  k   17  D  nn    Histoire  et  Théorie  de  la  Musique  de  l'antiquité. 
11.  V  A  Ci  rV  1      T.  I".  i  fort  vol.  gr.  in-80.  30  fr. 

BIBLIOTHÈQUE  DE  L'ÉCOLE  DES  HAUTES  ÉTUDES 

2I«  FASCICULE. 

Y  T  xr  11  r  TV  T  T-i  à  Ammon-Ra  des  papyrus  égyptiens  du  musée  de 
jn  1  iVl  1  >l  JQj  Boulaq,  traduit  et  commenté  par  Eugène  Grébaut, 
avocat  à  la  Cour  d'appel  de  Paris.  22  fr. 

2  2^  FASCICULE. 

LU'C  DT  CÏÎDC  ^^  Philippe.  Poème  en  vers  politiques  de 
1— <i»3  I  JL<  JD  U  IvO  Philippe  le  Solitaire,  publié  dans  le  texte 
pour  la  première  fois,  d'après  six  mss.  de  la  Bibliothèque  nationale,  par  l'abbé 
E.  Auvray,  licencié  ès-lettres.  î  fr- 75 


COLLECTION    PHILOLOGIQUE    (ANCIENNE  SÉRIE) 

5e  FASCICULE. 

£-<  •     r\  1    1     1    l1<  rv    Les  noms  de  famille.  3  fr.  50 


PÉRIODIQUES. 

The  Academy,  N»  1 54,  new  séries,  17  avril.  Ottiwell  Adams,  The  History 
of  Japan.  Vol.  II  (1865-1871).  London,  King  and  Co.  (Rutherford  Alcock: 
ce  volume  termine  l'ouvrage).  —  G.  Monod,  Jules  Michelet.  Paris,  Sandoz  et 
Fischbacher  (Samuel  R.  Gardiner  :  pense  que  l'auteur,  bien  qu'il  s'en  défende 
dans  sa  préface,  a  fait  œuvre  de  critique  et  de  critique  habile,  en  montrant  dans 
quelles  circonstances  et  sous  quelle  influence  Michelet  écrivait;  cf.  Rev.  crit., 
1875,  I,  p.  107).  —  Minor  historical  Books  (notes  de  l'éditeur  sur  Greece  par 
M.  Fyffe,  Studies  from  Genoes  History  par  M.  Malleson,  A  Sketch  of  the  German 
Constitution  and  of  the  Events  in  Germany  from  181 5  ta  1871,  par  M.  Nicolson, 
Caspar  Bruschius,  par  M.  Horawitz,  cf.  Rev.  crit.,  1874,  II,  p.  ^26).  —  Notes 
and  News.  —  Notes  of  Travel.  —  Hans  Andersen's  Jubilee.  —  Correspondence. 
A  note  in  the  Codex  Alexandrinus  (William  Aldis  Wright  :  a  reconnu  que  la 
traduction  latine  d'une  inscription  arabe  qui  existe  sur  le  verso  de  la  r*  page  du 
Codex  est  de  la  main  de  Bentley).  —  Traditions  of  the  Déluge  (Edward 
Thomas  :  curieux  passage  d'Albiroûnî  sur  la  croyance  au  Déluge  chez  les  anciens 
Perses,  les  Indiens  et  les  Chinois).  —  Mr.  Parish's  Glossary  of  the  Sussex  dia- 
lect  (Henry  Nicol  ;  John  Rhys).  —  Old  Cornish  (William  Noy).  —  Physiolo- 
gical  Psychology  in  Germany  (James  Sully).  —  Marden's  Numismata  Orien- 
talia.  New  Ed.  Part  I.  Ancient  Indian  Weights.  By  Edward  Thomas.  London, 
Trùbner  (Stanley  Lane  Poole).  —  Meetings  of  Societies  (Soc,  d'archéologie 
biblique,  nouvelle  Shaksperéenne,  royale  de  géographie.  Institut  arch.). 

The  Athenaeum,  N°  2477,  17  avril.  Taswell-Langmead,  English  Consti- 
tutional  History.  Stevens  and  Haynes  (résumé  très-soigné  et  très-précis).  — 
Lewes,  Problems  of  Life  and  Mind.  P'  Séries.  The  foundations  of  a  Creed.  Vol. 
II.  Trùbner  (l'article  réfute  le  système  de  M.  Lewes  qui  ramène  l'univers  à 
deux  principes,  le  Sentiment  et  le  Mouvement).  —  Publications  of  the  English 
Dialect  Society.  Séries  C.  Original  Dialect  Work.  Ed.  by  the  Rev.  W.  W.  Skeat. 
Trùbner.  —  Lawson,  Wanderings  in  the  Interior  of  New  Guinea.  Chapman  and 
Hall  (M.  Lawson  est  le  premier  qui  ait  pénétré  à  l'intérieur  de  cette  île).  —  The 
British  Muséum  Library  (James  Gairdner).  —  Saxo-Grammaticus  (Henry  H. 
Howorth). —  Sir  John  Gray,  M,  P.  — Notes  from  Naples  (H.  W.). —  Literary 
Gossip.  —  Societies  (Soc.  de  géogr.,  nouv.  Shaksperéenne). 

Literarisches  Centralblatt,  N°  17,  24  avril.  Holm,  Geschichte  Siciliens 
im  Alterthum.  2.  Bd.  Leipzig,  Engelmann.  In- 8",  xij-506  p.  (art.  favorable). 
—  Waltz,  Die  Flersheimer  Chronik.  Zum  ersten  Maie  herausg.  Leipzig,  Hirzel. 
In-8°,  xxiv-124  p.  —  H.  Schmidt,  Geschichte  der  kathohschen  Kirche  Deutsch- 
lands.  Mùnchen,  Oldenbourg.  In-8°,  818  p.  (trop  sommaire).  —  Hodgson, 
Essays  on  the  languages,  literature  and  religion  of  Népal  and  Tibet  (cf.  Rev.  crit. 
1875,  I,  p.  177).  —  Talboys  Wheeler,  The  history  of  India  (cf.  Rev.  crit., 
1875,  I,  p.  161).  —  Schneider,  Beitraege  zur  Kenntniss  der  rœmischen  Per- 
sonennamen.  Zurich,  Orell,  Fùssli  und  Co.  In-8%  viij-85  p.  (bon  travail  en 
général).  —  Vintler,  Die  pluemen  der  tugent.  Herausg.  v.  Von  Zingerle. 
Innsbruck,  Wagner'sche  Univ.-Buchh.  In-8°,  xxiij-403  p.  (édition  soignée  de 
cette  œuvre  du  xv^  siècle,  qui  est  une  imitation  des  Fiori  di  virtù  et  Ammaestra- 
menti  de  filosofi). 

Jenaer  Literaturzeitung,  1875,  n» 7,  ij  février.  Kliefoth,  Die  Offenba- 
rung  desJohannes.  Abth.  2.  Leipzig,  Dœrffling  u.  Franke.  In-8°,  221  p.  (Weif- 
fenbach).  —  QuiTZMANN,  Die  selteste  Geschichte  der  Baiern  bis  zum  Jahre  911. 
Braunschweig,  Wreden.  In-8°,  vii)-400  p.  (Sigraund  Riezler).  —  Reber, 
Geschichte  der  neuern  deutschen  Kunst.  Lief.  1-3.  Stuttgart,  Meyer  u.  Zeller. 


REVUE  CRITIQ^UE 

D'HISTOIRE    ET    DE    LITTÉRATURE 

N*  19  —  8  Mai  —  1875 


Sommaire  :  84.  Recherches  Orientales,  p.  p.  Derenbourg,  Ethé,  Loth,  Muller, 
Philippi,  Stade  et  Thorbecke.  —  85.  Heller,  Études  critiques  sur  le  texte  de 
la  République  de  Platon.  —  86.  Dahlmann,  Sources  de  l'histoire  d'Allemagne,  p.  p. 
Waitz,  2*  éd.  —  87.  RiEZLER,  Les  adversaires  littéraires  des  Papes,  au  temps  de 
Louis  de  Bavière.  —  88.  Ritter,  Histoire  de  l'Union  évangélique,  t.  II.  —  Variétés  : 
Dissertations  philologiques  de  Halle,  p.  p.  Keil,  t.  I.  —  Sociétés  savantes  :  Académie 
des  inscriptions. 

84.  —  Morgenlœndische  Forschungen.  Festschrift  Herrn  Professor  D'  H.  L. 
Fleischer  zu  seinem  fùnfzigjaehrigen  Doctorjubilaïum  am  4.  Maerz  1874,  gewidmet  von 
seinen  Schùlern  H.  Derenbourg,  H.  Ethé,  O.  Loth,  A.  Mùller,  F.  Philippi,  B.  Stade, 
H.  Thorbecke.  Leipzig,  Brockhaus.  1875.  —  Prix  :  16  fr. 

Le  4  mars  1874  M.  Fleischer,  le  célèbre  orientaliste  de  Leipsig,  fêtait  Pan- 
niversaire  du  jour  où,  cinquante  ans  auparavant,  il  avait  obtenu  le  grade  de 
docteur.  Sept  de  ses  anciens  élèves  avaient  eu  l'heureuse  idée  de  lui  présentera 
cette  occasion  un  recueil  d'essais,  contenant  une  série  de  travaux  dans  le  genre 
oh  chacun  d'eux  était  le  mieux  versé,  considérant  cet  hommage  comme  la  plus 
belle  couronne  qu'on  pût  offrir  au  vénérable  maître.  Mais  le  plan  de  ce  recueil 
était  à  peine  arrêté  quand  le  jour  de  fête  arriva,  et  le  livre  n'a  pu  paraître  qu'un 
an  après  cette  date.  Nous  nous  félicitons  que  cette  circonstance  n'ait  pas  entraîné 
l'abandon  d'un  projet  qui  nous  a  enrichis  d'un  volume  de  la  plus  grande  impor- 
tance. Heureusement  M.  Fleischer,  entièrement  rétabli  de  la  dangereuse  maladie 
qui  menaçait  sa  vie  au  printemps  de  1 874,  pourra  avoir  la  pleine  jouissance  de 
cet  hommage,  qui,  de  toutes  les  marques  d'estime  et  d'amitié  qu'il  a  reçues,  sera 
la  plus  précieuse  à  ses  yeux. 

La  collection  commence  par  une  publication  de  M.  Mùller,  qui,  occupé  de 
préparer  le  texte  de  VHistoire  des  philosophes  d'al-Kiftî,  a  fait  choix  d'un  fragment 
de  ce  livre  contenant  la  liste  des  œuvres  d'Aristote,  afin  de  mettre  le  public 
savant  en  état  de  juger  de  la  méthode  critique  qu'il  se  propose  de  suivre  dans 
ce  travail.  Avec  une  fidélité  scrupuleuse,  l'éditeur  a  donné  au  bas  du  texte  toutes 
les  leçons  des  manuscrits,  ce  qui  nous  permet  d'apprécier  en  connaissance  de 
cause  la  valeur  relative  de  ses  autorités.  Désormais  l'éditeur  n'aura  plus  à  donner 
au-dessous  du  texte  d'al-Kiftî  que  les  variantes  réelles,  excepté  dans  les  cas  où 
la  véritable  leçon  est  restée  incertaine.  Cela  obligera  en  même  temps  M.  Mùller 
à  restituer  le  texte  avec  plus  de  hardiesse  qu'il  n'en  a  montré  dans  ce  fragment. 
Par  exemple,  l'éditeur  a  fort  bien  vu  que  le  premier  passage  est  corrompu,  et 
comment  il  faut  corriger  le  texte,  mais  il  en  a  laissé  le  soin  au  lecteur.  On  ne 
peut  supposer  que  le  texte  actuel  de  ce  passage  soit  tel  qu'al-Kiftî  l'a  écrit, 
car  la  leçon  du  manuscrit  de  Vienne  est  bien  certainement  une  corruption  de 
riîourîqîs.  La  publication  de  ce  fragment  nous  permet  de  compter  sur  une 
XV  19 


290  /Vf  t^  REVUE   CRITIQUE  jr  r^    #-s 

excellente  édition  de  l'ouvrage  d'al-Kiftî;  c'est  une  entreprise  difficile  et  qui 
exige  de  longues  études.  Espérons  que  M.  MùUer  pourra  y  donner  tous  ses 
soins  et  nous  mettre  bientôt  en  possession  de  ce  livre  important. 

M.  Ethé  avait  publié  en  1873,  dans  les  «  Nachrichten  der  k.  Gesellschaft  der 
»  Wissenschaften  zu  Gôttingen  »,  un  essai  sur  le  poète  Roudagî,  qui  vivait  à  la 
cour  du  prince  Samanide  Naçr  ibn  .-Mimed  (hég.  331).  Cet  écrivain  est  considéré 
à  juste  titre  comme  le  créateur  des  genres  divers  de  la  poésie  moderne  des  Per- 
sans. Ses  poèmes,  tant  épiques  que  lyriques  ou  didactiques,  sont  devenus 
vraiment  classiques,  c'est-à-dire  qu'ils  sont  restés  des  modèles  pour  tous  les 
poètes  des  âges  suivants.  Mais,  dit  M.  Ethé,  comme  tous  les  grands  hommes 
de  toutes  les  nations,  Roudagî  est  de  beaucoup  supérieur  à  ses  prédécesseurs  et 
à  ses  contemporains,  et  en  inaugurant  une  époque  nouvelle,  il  clôt  en  même 
temps  une  période  du  développement  littéraire.  Pour  apprécier  le  poète  à  sa 
juste  valeur,  il  importe  de  ne  pas  laisser  de  côté  ses  devanciers.  Voilà  ce  qui  a 
déterminé  M.  Ethé  à  rassembler  ici  tout  ce  qu'il  a  pu  trouver  sur  les  poètes 
antérieurs  à  Roudagî  et  sur  ses  contemporains.  La  plupart  de  ces  poètes  appar- 
tiennent à  cette  seconde  catégorie.  Il  n'y  a  qu'un  poète  du  temps  d'al-Mâmoun, 
trois  poètes  de  la  période  des  Tahirides  et  des  Saffarides,  et  un  poète  du  temps 
des  Samanides  qui  soient  antérieurs  à  Roudagî. 

M,  Philippi,  qui  déjà,  par  son  premier  essai  «  Wesen  und  Ursprung  des 
»  Status  constructus  im  Hebrâischen  »,  s'est  acquis  un  rang  distingué  parmi  les 
savants  qui  s'occupent  de  la  grammaire  comparée  des  langues  sémitiques,  a 
entrepris  de  prouver  ici,  que  les  racines  trilittères  se  sont  développées  de  racines 
bilittères  delà  iorme  kat,  à  l'aide  de  syllabes  déterminatives  de  nature  pronomi- 
nale. Quant  à  ces  racines  bilittères  elles-mêmes,  il  ne  croit  pas  qu'elles  se  soient 
formées  de  racines  plus  simples  et  monosyllabiques,  mais  pour  lui  le  matéria- 
lisme de  l'esprit  sémitique,  en  opposition  à  celui  des  Indo-Européens,  se  révèle 
déjà  dans  ces  racines  plus  concrètes  et  plus  tangibles.  Cette  dernière  thèse  me 
paraît  contestable,  aussi  bien  que  celle  d'après  laquelle  les  syllabes  détermina- 
tives, qui  ont  servi  à  la  formation  des  trilittères,  seraient  toutes  des  racines  pro- 
nominales. L'auteur,  en  combattant  une  opinion  de  M.  Ewald  (p.  102),  rappelle 
lui-même  que  presque  toutes  les  consonnes  de  l'alphabet  sémitique  figurent 
comme  des  déterminatifs  de  racines.  Donc,  il  faudrait  admettre  que  presque 
toutes  les  racines  simples  de  la  forme  ba  auraient  eu  une  valeur  pronominale. 
M.  Philippi  rejette  sans  pitié  l'opinion  qui  considère  ces  déterminatifs  ou  du 
moins  une  partie  de  ces  déterminatifs,  comme  des  débris  d'autres  racines  bilit- 
tères ou  des  racines  monosyllabiques  avec  un  sens  concret  (Begriffswurzel)  ; 
l'auteur  soutient  que  des  compositions  de  ce  genre  n'ont  pas  d'analogie  dans 
les  langues  sémitiques.  Je  dois  avouer  que  je  ne  suis  pas  encore  convaincu  de  la 
justesse  de  cette  opinion.  Mais  d'autre  part,  je  n'hésite  pas  à  déclarer  que  l'au- 
teur a  gagné  le  procès  des  racines  bilittères  contre  ceux  qui  soutiennent  que 
les  racines  trilittères  se  sont  formées  spontanément.  J'ajouterai  que  M.  Philippi 
a  le  mérite  assez  rare  parmi  les  grammairiens,  de  traiter  les  questions  les  plus 
scientifiques  avec  une  netteté  et  une  clarté  telles,  que  tous  ceux  qui  s'intéressent 


d'histoire  et  de  littérature.  291 

aux  questions  de  cette  nature,  quoiqu'ils  n'en  fassent  pas  l'objet  de  leurs  études, 
liront  son  mémoire  avec  plaisir. 

La  contribution  de  M.  Derenbourg  ayant  été  appréciée  tout  récemment  ici  ', 
je  n'ai  plus  à  en  indiquer  l'objet;  mais  je  demande  à  présenter  quelques  obser- 
vations de  détail  relativement  au  texte.  L'éditeur  n'a  eu  à  sa  disposition  qu'un  seul 
manuscrit,qui  tout  excellent  qu'il  soit,n'est  pourtant  pas  exempt  de  fautes  de  copiste. 
M.  Derenbourg  a  réussi  à  en  corriger  le  plus  grand  nombre  avec  érudition.  On  ne 
s'étonnera  pas  que  quelques-unes  de  ces  fautes  aient  échappé  à  son  attention. 
En  parcourant  le  traité  le  crayon  à  la  main,  j'ai  noté  en  marge  les  passages  sui- 
vants où  j'ai  cru  devoir  proposer  une  correction.  P.  112   1.  6,  M.  D.a  inséré 
la  préposition  'alà.  Je  ne  crois  pas  que  ce  soit  utile.  Le  verbe  i'tamada  se 
construit  avec  l'accusatif  dans  le  sens  de  se  proposer,  avoir  en  vue;  1.  7  lis. 
mana'tolw  (dont  j'ai  interdit  l'emploi);  1.  10,  lis.  îawassa'to  et  larakkhaçto  (si  je 
vous  donnais  la  liberté  d'employer  des  locutions  peu  usitées,  je  vous  permettrais 
par  là  de  dire  etc.).  P.  11?  1.  4,  lis.  al-ghadâti.  P.   116  1.    13,  lis,  naqîyo-'t- 
tharfi;  i.  16,  lis.  tharofa-tharfan  ;  1.  48,  lis.  aî-tharfo.  P.   1 17  1.   12,  le  premier 
hémistiche  doit  être  lu  :  anta  'bna  Barzata  mansouhon  ilà  ladjaïn.   P.  118  1.  8, 
M.  D.  a  restitué  avec  rahon  walildjam''i,  mais  il  a  eu  tort  de  biffer  les  mots 
walilitsnaini  souqaton;  1.  1 3,  lis.  idzâ  pour  idzan  et  plus  loin  natanaççafo.  P.  120 
1.  5,  lis.  lahom.  P.   122  1.  9,  au  lieu  de  minaH-ar/ji  lis.  minaH-orfî;  dernière 
Wgne,  \\s.  ach-châribi.  P.    123   1.   8,  lis.  akhtâna.  P.  124  1.  10,  lis. fiH-isâati. 
P.  125  1.  7,  lis.  al-mochrifo ;  ligne  dernière,  lis.  jotaghâfalo.  P.  129  1.  4,  au 
lieu  de  tohraqo  lis.  tahrofo  (s'incline);  1.  14,  lis.  wadzanabahâ.  P.  150  1.  dern., 
lis.  yadrîm  lieu  de  tadrî.  P.  131  1.  i,  lis.  yahdjimo;\.  10,  lis.  mizhalin.  P.  132 
1.  15,  la  leçon  du  manuscrit  warabbakto  (ou  plutôt  warabakîo)  est  bonne.  Le 
verbe  zabaqa  signifie  aussi  mélanger,  mais  je  n'ai  pas  rencontré  la  seconde  forme 
dans  ce  sens.  P.  134,  1.  12,  16  et  p.   135  1.  6,  lis.  mo'arrabaton,  mo'arrahâni, 
mo'arrabon.  P.  1 3  j  1.  14,  au  lieu  de  yachVo  lis.  chanVon.  P.   138  1.  9,  lis.  al- 
djoukhânawal-djoukhâno.  P.  140  1.  i  au  lieu  de  <a/2^//om,  je  crois  qu'il  faut  lire 
haftom,  contraction  de  hafaftom;  1.  5,  lis.  'arîna.  P.  145   1.  14,  lis.  hayâwohâ. 
P.  146  1.  4,  peut-être  l'auteur  a-t-il  voulu  signaler  baràsteq  comme  la  pronon- 
ciation pédantesque  (par  ceux  qu'il  appelle  p.   142  1.  4  les  motahadzliqoun)  du 
mot  persan  parâzdeh,  dont  la  forme  arabisée  est  farazdaq ;  1.  5  et  6,  je  crois  que 
ces  mots  signifient  :  «  ces  mêmes  gens  disent  farwand  au  lieu  de  barbend,  nom 
»  du  pigeon  à  collier  qui  s'appelle  en  arabe  fâkhiîa.  »  Quant  .à  ce  dernier  nom, 
il  est  dérivé  de  fakht,  qui  signifie  «  la  lueur  de  la  lune.  «  P.  147  1.  avant  dern. 
lis.  al-himmaç.  P.  148  1.  12,  lis.  minkhir.  La  leçon  mighîra  ne  me  semble  pas 
bonne,  mais  je  n'ai  rien  à  y  substituer.   P.   149  1.    i,  je  crois  qu'il  faut  lire 
wamasbîyon.  P.  1 5 1  1. 1 1 ,  je  ne  comprends  pas  plus  que  M.  D.  le  mot  qorbisyâîon. 
P.  152  1.  II,  j'ai  à  faire  sur  le  mot  wal-marîo  la  même  observation  qu'à  la 
page  148;!.  14,  lis.  ibîadaa.  P.    1 54  1.  avant  dern.  au  lieu  de  saradaton  ]q 
propose  sardamaîon  ou  chardamaton. 

I.  Rev.  ait.  1875,  n'  17. 


2C>2  REVUE    CRITIQUE 

M.  Derenbourg  voudra  bien  considérer  ces  remarques,  qui  concernent  en 
grande  partie  des  fautes  d'impression  ou  des  accidents  d'écriture,  comme  une 
preuve  de  l'intérêt  que  je  porte  à  sa  publication,  qui  lui  fait  beaucoup  d'honneur. 

M.  Stade  a  contribué  au  recueil  par  un  essai  sur  les  relations  entre  l'hébreu 
et  le  phénicien,  dans  lequel  il  cherche  à  démontrer  en  premier  lieu  que  ces 
deux  langues  appartiennent  à  une  même  branche  des  langues  sémitiques,  qu'elles 
doivent  être  classées  parmi  les  dialectes  du  nord  avec  les  langues  araméennes, 
mais  qu'elles  se  distinguent  de  celles-ci  au  même  titre.  En  second  lieu,  il  soutient 
que  le  phénicien  ne  peut  pas  plus  être  considéré  comme  la  langue-mère  de 
l'hébreu,  que  l'hébreu  comme  celle  du  phénicien,  mais  que  l'un  et  l'autre  doi- 
vent leur  origine  à  une  même  langue  plus  ancienne.  Je  ne  veux  pas  donner  ici 
une  analyse  de  cette  étude  excellente,  dont  je  crois  que  les  principaux  résultats 
ne  trouveront  point  d'opposition.  M.  Stade  a  dû  entrer  presqu'à  chaque 
page  dans  des  détails  très-intéressants,  mais  parfois  contestables.  Je  dois 
signaler  une  observation  qui  me  semble  très-ingénieuse,  à  savoir  qu'il  aurait 
existé  en  hébreu  comme  en  phénicien  un  pronom  suffixe  de  la  troisième  per- 
sonne avec  mimation  :  êm  pour  le  singulier,  êmô  pour  le  pluriel.  La  dernière 
forme  est  identique  à  l'arabe  homou.  M.  P.  Schrôder  dans  sa  grammaire  phéni- 
cienne, p.  1 J  3 ,  a  proposé  l'hypothèse,  très-admissible,  que  le  suffixe  êmô,  quand 
il  se  rapporte  à  un  antécédent  au  singulier,  n'est  qu'une  combinaison  d'un  ktîb 
êm  avec  un  krî  ô.  Les  diascévasîes  bibliques  ne  comprenant  plus  la  signification 
du  suffixe  êm  pour  la  3«  personne  du  singulier,  y  auront  ajouté  au-dessus  un  ô, 
que  les  copistes  ont  combiné  mal  à  propos  avec  la  leçon  du  texte.  Il  suppose 
que  souvent  aussi  on  a  simplement  changé  êm  en  ô.  M.  Stade,  p.  205,  regarde 
cette  opinion  comme  plausible,  bien  qu'il  soit  difficile  de  l'appuyer  sur 
des  preuves.  Je  crois  cependant  pouvoir  fournir  un  argument  en  faveur 
de  la  thèse  de  M.  Schrôder,  c'est  qu'il  y  a  un  passage  où  le  ktîb  originel  s'est  main- 
tenu. Je  veux  parler  d'Isaïe,  chap.  8,  vers,  i  s,  où  dans  wekâchelou  bâm  le  suffixe 
ne  peut  se  rapporter  qu'à  un  antécédent  au  singulier. 

M.  Thorbecke  a  enrichi  la  même  collection  d'une  édition  du  poème  célèbre 
d'al-A'chà  en  l'honneur  du  Prophète;  il  l'a  fait  précéder  d'une  introduction  con- 
tenant tout  ce  qu'il  a  pu  rassembler  sur  la  vie  du  poète  et  sur  ses  poésies.  Le 
nom  de  l'éditeur  nous  garantit  d'avance  ce  que  nous  avons  à  attendre  de  son 
travail,  c'est-à-dire  un  texte  pur,  accompagné  de  notes  qui  expliquent  tout  ce 
qui  a  besoin  de  commentaire,  sans  rien  de  superflu.  J'ai  noté  en  marge  quelques 
passages  où  je  voudrais  proposer  à  M.  Thorbecke  une  légère  modification  du 
texte  ou  une  autre  interprétation.  P.  242  note  2.  Le  mot  thannânon  en  s'em- 
ployant  d'un  poème  ne  signifie  pas  sonore,  commQ  le  dit  M. Th.  et  aussi  M.  Lane 
dans  son  Dictionnaire,  mais  a  le  sens  métaphorique  de  célèbre.  J'ai  discuté  cette 
locution  dans  mon  Glossaire  du  Dîwân  de  Moslim  ibno'l-Walîd.  P.  246  l.  6, 
lis.  rozitoho  ;  l.  8  on  trouve  une  autre  faute  d'impression,  lis.  'Amrin;  1.  avant- 
dern.  je  crois  qu'il  faut  lire  //  au  lieu  de  min.  P.  247  l.  1 1,  je  propose  wakâna 
yarâ  (le  sujet  paraît  être  al-Açma'î).  P.  250  1.  12,  M.  Th.  propose  kataflîqi;  ne 
serait-il  pas  plus  simple  de  lire  katalqîfi,  qui  en  même  temps  semble  convenir 


d'histoire  et  de  littérature.  29^ 

mieux  au  sens  ?  P.  25 1  1.  1 1 ,  au  lieu  de  laïlaho  lis.  ibilaho;  c'est  une  inadver- 
tance de  copiste  dont  j'ai  rencontré  d'autres  exemples.  Telle  est  aussi  la  leçon 
Kailahâ  dans  le  Kâmil,  p.  218  1.  17,  où  M.  Nôldeke  a  restitué  Khayâlan.  P.  252 
1.  3,  ne  serait-il  pas  préférable  de  lire  wakalâli?  1.  i  j,  je  propose  wal-fakhri. 
P.  255  1.  i,  le  vers  me  semble  très-corrompu.  P.  258  1.  6,  ne  faut-il  pas  lire 
an-noçoha  ?  1.  7  au  lieu  de  IVàqlbatin  je  préfère  lire  li'âfiatin. 

La  dernière  pièce  du  livre  est  de  la  main  de  M.  Loth,  qui  nous  offre  un  traité 
d'astrologie  du  célèbre  al-Kindî,  accompagné  de  la  traduction  latine  du  xV  siè- 
cle, d'un  commentaire  étendu  et  d'une  introduction  sur  al-Kindî  considéré 
comme  astrologue.  M,  Loth  nous  fait  voir  qu'al-Kindî  étudiait  l'astrologie 
comme  une  science  sérieuse,  et  que  ce  sont  ses  travaux  qui  forment  la  base  de 
tous  les  traités  d'astrologie  en  Orient.  Le  traité  d'al-Kindî  est  très-curieux.  En 
premier  lieu,  l'auteur  fixe  la  durée  de  la  domination  des  Arabes  à  693  ans.  Puis 
ilénumère  les  conjonctions  néfastes  des  planètes  Mars  et  Saturne,  en  déterminant 
théoriquement  la  portée  de  chaque  conjonction  et  en  citant  les  événements 
jusqu'à  l'an  2 1 2  comme  preuves  de  la  justesse  de  ces  présages.  Quant  à  la  con- 
jonction de  l'an  242  (ou  241)  l'auteur  dit  qu'elle  prédisait  les  guerres  civiles 
entre  Mosta'în  et  et  Mo'tazz  (252)  et  d'autres  calamités.  Mais  en  outre  elle 
annonçait  l'apparition  d'un  homme  qui  se  donnerait  comme  apôtre  d'une  nou- 
velle religion  et  comme  doué  de  connaissances  surhumaines;  cet  homme  aurait 
beaucoup  de  sectateurs,  mais  sa  puissance  n'aurait  qu'une  courte  durée. 
M.  Loth  suppose  qu'al-Kindî  a  voulu  parler  d'Abdallah  ibn  Maimoun  al-Kaddâh, 
le  fondateur  de  la  secte  des  Carmathes,  qui  déjà  en  261,  selon  un  passage 
remarquable  du  Fihrist,  aurait  été  le  chef  d'un  parti  bien  organisé.  Mais 
lorsqu'al-Kindî  écrivait  (probablement  en  2  5  5),  on  ne  croyait  pas  encore  que 
ce  mouvement  allait  devenir  un  des  plus  grands  dangers  pour  l'Islamisme.  La 
dernière  conjonction  dont  parle  al-Kindî  est  celle  de  333  (ou  331).  Celle-ci 
présage  encore  des  guerres  et  des  dissensions  ;  mais  elle  annonce  aussi  le 
triomphe  de  l'Islam  sur  toutes  les  religions  et  la  soumission  de  tous  les  empires 
du  monde.  Comme  ces  pronostics  ont  joui  d'une  grande  autorité  en  Orient,  où 
les  agitateurs  politiques  et  religieux  s'en  servaient  pour  appuyer  leurs  desseins, 
il  ne  semble  pas  téméraire  de  combiner  avec  cette  dernière  prédiction  le  poème 
remarquable  du  prince  puissant  des  Carmathes,  que  j'ai  traduit  dans  un  Mémoire 
sur  les  Carmathes  de  Bahrain,  p.  51.  Il  y  annonce  la  conjonction  prochaine  de 
Saturne  et  de  Mars  comme  le  terme  fatal  pour  la  domination  des  souverains  de 
l'Irac,  c'est-à-dire  des  khalifes  de  Bagdad,  et  comme  inaugurant  la  soumission 
de  tous  les  peuples  à  la  vraie  religion,  celle  des  Carmathes,  dont  il  espérait  être 
lui-même  le  gardien  fidèle,  jusqu'à  l'arrivée  de  Jésus,  c'est-à-dire,  jusqu'au  juge- 
ment dernier,  qu'on  ne  croyait  pas  très-éloigné  alors.  On  sait  que  les  espérances 
des  millénaires  avaient  aussi  des  adhérents  parmi  les  Arabes  (voyez  Loth,  p.  267). 
Le  prince  Carmathe  mourut  en  332,  probablement  quand  il  préparait  la  grande 
victoire  que  les  astres  lui  promettaient. 

M.  Loth  a  mérité  notre  reconnaissance  par  la  publication  de  ce  traité,  que, 
par  ses  éclaircissements,  il  a  rendu  intelligible  même  pour  ceux  qui  ne  sont  pas 
initiés  aux  secrets  de  l'astrologie  arabe.  M.-J.  de  Goeje. 


294  REVUE    CRITIQUE 

85.  —  Hermânn  Heller,  Curae  criticae  in  Platonis  de  Republica  libros.  Berlin,  Cal- 
vary.  1874.  In-4°,  48  p,  —  Prix  :  2  fr.  75. 

Ce  travail  contribue  dans  quelque  mesure  à  l'amélioration  du  texte.  Les 
conjectures  nouvelles,  proposées  par  M.  H,,  sont  peu  nombreuses,  mais  assez 
plausibles.  Les  voici  toutes,  si  nous  n'en  oublions  pas  :  11,  p.  570  E,  TaûxYjv 
(mss.  aÙTY)v)  Tr^v  zé'ki^  (?);  p.  373  B,  auxrjv  ty]v  (mss.  (XÙttjV  ou  au  tyiv  ou  tyjv 
aÙTY]v)  TriXtv  (?);  p.  374  E,  dç  touto  (mss.  aùxo)  xo  k%t.x-i]Zzu\Ka.  (?);  III,  p.  391 
D,  TOiauxa  (mss.  aÙTa)  ep^a;  VII,  p.  537  C,  Tcaaiv  (mss.  Tuatciv)  Iv  ty^  izai^da 
(«fort.  TCpoTiatBeia  »);  Lois,  IX,  p.  864  D,  xaiBia  (mss.  xatBeta  ouTïatota)  xpw- 
[ji,£voç.  Mais  M.  H.  a  eu  principalement  en  vue  l'examen  des  leçons  adoptées 
par  les  critiques  antérieurs.  Ses  conclusions  sont  le  plus  souvent  justes  :  on  peut 
seulement  regretter  que  l'argumentation  ne  soit,  en  général,  ni  rapide  ni  facile. 

M.  H.  s'occupe  des  passages  altérés  par  suite  de  la  confusion  de  t  avec  ei,  de 
Yj  avec  et,  de  la  ressemblance  qui  existe  entre  certaines  formes  des  verbes  sTvai, 
levai  et  levai  ou  des  pronoms  aùxéq,  auxoO,  outoç.  (Comme,  en  matière  d'ortho- 
graphe, il  n'y  a  pas  grand  fond  à  faire,  quoi  qu'en  semblent  penser  certains 
critiques,  sur  les  manuscrits  même  les  meilleurs,  il  était,  la  plupart  du  temps, 
au  moins  inutile  de  reproduire  l'apparat  critique  au  grand  complet.)  La  dernière 
partie  du  travail  de  M.  H.  est  consacrée  à  l'étude  de  la  particule  Zd  chez 
Platon,  mot  que  les  copistes  ont  fréquemment  remplacé  par  oé.  Tous  les  vestiges 
qui  en  restent  dans  les  manuscrits  de  la  République  ou  dans  les  citations  de  ce  dia- 
logue qu'on  trouve  chez  les  auteurs  ont  été  soigneusement  recueillis  par  M.  H. 

HaioaYWYoTç  xaiSiaç  */,ai  vYjTïiéxYjxoç  ^apiv,  dans  les  Lois,  VII,  p.  808  E,  nous 
est  suspect  comme  à  M.  H.  C'est  vers  six  ou  sept  ans  seulement  (voir  Krause, 
Geschichîe  der  Erziehung  ...  bei  den  Griechen,  pp.  81  et  401),  c'est-à-dire  passé 
l'âge  désigné  par  vYjxiéxYjç,  que  l'enfant  est  remis  aux  mains  des  pédagogues.  On 
est  donc  forcé  d'interpréter  :  propter  puerilis  aetatis  «  imprudentiam  ».  Peut-être 
faudrait-il  lire  simplement  xaiSaYcoYoïç  xaiâeiaç  XoLpif,  en  considérant  vr^xiéiriQTOç 
comme  une  glose  afférente  à  xpoçwv  xai  [XYjxéptov  oxav  àxaXT^i-CTrjxai. 

Charles  Graux. 


86.  —  Dahlmann,  Quellenkunde  der  deutschen  Geschichte,  4.  Auflage. 
Quellen  u.  Bearbeitungen  der  deutschen  Geschichte  neu  zusammengestellt  v.  G.  Waitz. 
2.  Aufl.  Gœttingen,  Dietrich.  187$.  In-8*,  xx-295  p.  —  Prix  :  6  fr.  75. 

La  Revue  critique  a  déjà  rendu  compte  de  cet  excellent  remaniement  du 
manuel  de  Dahlmann  sur  les  sources  de  l'Histoire  d'Allemagne  '.  M.  Waitz,  qui 
s'est  dévoué,  dans  l'intérêt  de  tous  les  travailleurs,  à  cette  tâche  ingrate,  vient 
de  donner  une  2"  édition  de  ce  remaniement.  Il  l'a  poursuivi  jusqu'à  1873,  et  ce 
recueil  bibliographique,  qui  s'arrêtait  précédemment  à  la  guerre  de  1866,  s'étend 
jusqu'au  conflit  ecclésiastique  entre  la  Prusse  et  l'Église  catholique.  Quatre  cent 
seize  nouveaux  titres  d'ouvrages  y  figurent,  des  corrections  nombreuses  y  ont  été 

i.  Rev.  ait.  1869,  n°  J2,  art.  260. 


d'histoire  et  de  littérature.  295 

introduites  et  un  index  de  tous  les  noms  d'auteurs  d'ouvrages  y  a  été  ajouté.  Cette 
dernière  addition  avait  été  réclamée  par  nous  en  1869,  et  nous  remercions  M.W. 
d'avoir  fait  droit  à  ce  desideratum.  Nous  recommandons  l'usage  du  manuel 
de  Dahlmann  revu  par  M.  Waitz  non-seulement  à  tous  ceux  qui  s'occupent  d'his- 
toire d'Allemagne,  mais  même  à  ceux  qui  s'occupent  des  premiers  siècles  de 
l'histoire  de  France  ;  et  nous  souhaitons  de  voir  faire  pour  notre  pays  le  travail 
si  utile  que  les  deux  savants  allemands  ont  exécuté  pour  le  leur. 


87.  —  Die  literarischen  Widersacher  der  Pœpste  zur  Zeit  LudTvig  des 
Baiers.  Ein  Beitrag  zur  Geschichte  der  Kasmpfe  zwischen  Staat  und  Kirche  von 
Sigmund  Riezler.  i  vol.  in-8°,  xij  et  336  p.  Leipzig,  Duncker  et  Humblot.  1874. 
—  Prix  :  7  fr.  3  5 . 

Longtemps  on  a  considéré  la  Réforme  du  xvi^  siècle  comme  une  réforme 
éminemment  théologique,  préparée  par  des  théologiens  et  accomplie  par  eux. 
De  nos  jours,  pourtant,  on  commence  à  comprendre  que  ce  point  de  vue  est 
erroné,  et  que  les  causes  du  mouvement  réformateur  doivent  être  cherchées  dans 
les  aspirations  nationales  et  politiques  et  dans  les  besoins  religieux  des  peuples 
beaucoup  plus  que  dans  les  préoccupations  dogmatiques  de  quelques  théologiens. 
Le  sentiment  naissant  des  droits  de  l'Etat  et  le  réveil  de  la  vie  nationale  vis- 
à-vis  des  prétentions  théocratiques  de  Rome  d'une  part,  la  revendication  des 
droits  de  la  conscience  individuelle  et  de  la  liberté  religieuse  vis-à-vis  de  la  domi- 
nation des  prêtres  de  l'autre,  telles  furent  les  causes  principales  du  grand  mou- 
vement du  xvje  siècle.  L'historien  de  la  Réforme  devra  donc  remonter  jusqu'au 
xiv°  siècle,  et  à  côté  des  tentatives  de  réforme  religieuse  et  ecclésiastique  des 
Vaudois,  de  Wiclif,  de  Huss,  etc.,  il  devra  étudier  les  luttes  de  Philippe  le  Bel 
contre  Boniface  VIII,  de  Louis  de  Bavière  contre  les  papes  d'Avignon,  de 
Wiclif  et  du  parlement  anglais  contre  la  curie  romaine,  et  y  chercher  le  point 
de  départ  de  la  réformation. 

Dans  cet  ordre  d'idées,  l'ouvrage  de  M.  Riezler  nous  semble  destiné  à  rendre 
d'excellents  services.  L'auteur  a  circonscrit  ses  investigations  au  xiv"  siècle,  celte 
époque  obscure,  peu  connue,  mais  très-importante,  parce  qu'elle  forme  comme 
la  transition  entre  le  moyen-âge  et  les  temps  modernes.  Il  a  décrit  la  dernière 
grande  lutte  du  moyen-âge  entre  le  pouvoir  papal  et  le  pouvoir  impérial,  lutte 
qui  porte  déjà  un  caractère  tout  moderne,  en  ce  sens  qu'elle  est  accompagnée 
d'un  puissant  mouvement  intellectuel  et  littéraire,  et  que  la  papauté  est  attaquée 
avec  des  armes'spirituelles,  dans  des  écrits  qui  contiennent  en  germe  les  grands 
principes  proclamés  par  les  siècles  suivants. 

M.  R.  ne  s'occupe  que  de  la  querelle  de  Louis  de  Bavière  avec  les  papes 
Jean  XXII,  Benoît  XII  et  Clément  VI,  et  du  mouvement  littéraire  qui  accom- 
pagna cette  querelle  en  Allemagne.  Les  matériaux  lui  ont  manqué,  dit-il,  pour 
faire  entrer  la  lutte  de  Philippe  le  Bel  avec  Boniface  VIII  dans  le  cadre  de  son 
ouvrage.  Il  ne  faut  pas  trop  s'en  plaindre.  En  embrassant  moins,  l'auteur  a  pu 
mieux  approfondir,  et  il  a  fourni  ainsi  une  étude  très-  complète  sur  cette  littéra- 


296  REVUE   CRITIQUE «rOT«IH-( 

ture  polémique  qui  donne  à  la  lutte  de  Louis  de  Bavière  sa  haute  signification 
historique. 

La  première  partie  de  notre  livre,  intitulée  u  Personnes  et  Evénements  » 
(Personen  und  Ereignisse),  montre  le  développement  extérieur  de  la  lutte  et  donne 
des  détails  biographiques  sur  les  alliés  de  l'empereur  :  Marsile  de  Padoue  et  son 
ami  Jean  de  Jandun,  puis  Michel  de  Cesena,  Guillaume  d'Occam,  Bonagratia  de 
Bergame  et  Ubertino  de  Casale.  La  deuxième  partie  :  «  Doctrines  et  Ecrits  » 
(JLehren  and  Schrifteri)  contient  une  analyse  des  traités  les  plus  importants  de 
ces  hommes  et  un  aperçu  de  leurs  doctrines.  Elle  s'arrête  surtout  au  Defensor 
pacis,  le  curieux  écrit  de  Marsile  auquel  Jean  de  Jandun  paraît  avoir  collaboré, 
et  qui,  dans  un  temps  d'oppression  politique  et  religieuse,  proclame  la  plupart 
des  grands  principes  que  la  réforme  du  xvi*  siècle  d'abord,  la  révolution  de 
1789  ensuite,  ont  fait  triompher  en  partie  :  la  souveraineté  du  peuple,  la  sou- 
mission du  clergé  aux  lois  de  l'Etat,  la  liberté  religieuse,  etc. 

Un  appendice  contient  plusieurs  pièces  justificatives  et  surtout  un  aperçu  de 
la  littérature  sur  l'Etat  et  l'Eglise  depuis  Thomas  d'Aquin  jusqu'au  schisme,  c.-à-d. 
de  1270  à  1370.  Peut-être  M.  R.  eût-il  bien  fait  d'y  ajouter  les  conclusions  du 
Dejensor  pacis. 

En  résumé,  nous  avons  ici  une  étude  consciencieuse,  bien  faite,  facile  à  lire, 
et  qui  devra  être  consultée  par  tous  ceux  qui  veulent  arriver  à  bien  com- 
prendre la  réforme  du  xvi*  siècle.  Th.  Gerold. 


88.  —  Briefe  und  Acten  zur  Geschichte  des  dreissigjœhrigen  Krieges 

in  den  Zeiten  des  vorwaltenden  Einflusses  der  Wittelsbacher.  Zweiter  Band  :  Die  Union 
und  Heinrich  IV,  1607-1609,  bearbeitet  von  Moritz  Ritter.  Mùnchen,  Rieger'sche 
Universitaetsbuchhandlung.  1874.  In-8*,  vj-627  p.  —  Prix  :  16  fr. 

Nous  avons  signalé  récemment  le  premier  volume  de  cette  nouvelle  série  de 
publications  entreprise  par  l'Académie  des  sciences  de  Munich  (Revue  critique, 
1874,  II,  p.  3$  5).  Nous  n'avons  donc  point  besoin  de  revenir  en  détail  sur  le 
but  qu'elle  poursuit.  Le  second  volume  de  M.  Ritter  continue  à  fournir  les  pièces 
justificatives  de  son  Histoire  de  l'union  évangélique  des  princes  protestants  d'Alle- 
magne et  s'occupe  surtout  des  négociations  avec  la  France,  qui  remplirent  les 
dernières  années  du  règne  de  Henri  IV.  Il  s'ouvre  sans  qu'aucune  introduction 
générale  vienne  orienter  le  lecteur,  et  fournir  un  fil  conducteur  à  ceux  qui  vou- 
draient se  reconnaître  dans  ce  fouillis  de  pièces  inédites.  Il  serait  bien  utile 
cependant  que  l'éditeur  voulût  faire  ressortir  dans  une  préface  spéciale  les  points 
les  plus  importants  qui  sont  traités  dans  chaque  volume,  les  nouveaux  aperçus 
historiques  qui  sont  acquis  par  les  pièces  diplomatiques  qu'il  publie,  etc.  Cela 
pourrait  se  faire  en  quelques  pages  et  permettrait  à  chacun  de  reconnaître  plus 
vite  et  d'une  façon  moins  pénible  ce  qu'il  peut  s'attendre  à  trouver  dans  ces 
documents  nouveaux. 

Il  n'y  a  pas  lieu  de  donner  ici  un  aperçu  général  des  330  pièces  de  valeur  et 
d'étendue  fort  différentes,  qui  forment  le  présent  volume.  Nous  ne  relèverons, 


d'histoire  et  de  littérature.  297 

comme  par  le  passé,  que  celles  de  ces  pièces  qui  présentent  un  intérêt  majeur. 
C'est  encore  le  prince  Chrétien  d'Anhalt  que  nous  rencontrons  ici  comme  l'esprit 
dirigeant  de  la  politique  des  princes  protestants  de  l'Empire  et  comme  leur 
principal  négociateur  au  dehors,  toujours  par  monts  et  par  vaux,  toujours  affairé, 
toujours  convaincu  de  sa  propre  importance,  et  rappelant  singulièrement  par 
ses  allures  affairées  la  mouche  du  coche  de  notre  bon  La  Fontaine  ' .  Comme  par 
le  passé  d'ailleurs,  il  trouve  l'occasion  d'écrire  à  la  princesse,  sa  femme,  des 
épîtres  fort  amoureuses  (p.  597,  p.  417)  et  qui  montrent  qu'il  fut  excellent 
époux,  s'il  n'a  fait  que  de  la  mauvaise  politique.  Dans  les  deux  à  trois  années 
qu'embrasse  le  présent  volume  nous  le  voyons  tantôt  à  la  cour  de  France  et 
tantôt  à  celle  de  Vienne,  sans  bien  saisir  toujours  vers  quel  but  tendent  ses 
efforts  2.  A  côté  de  lui,  nous  voyons  d'autres  diplomates  allemands,  M.  de 
Buwinghausen  à  Paris  (septembre  i6o8),  Christophe  de  Dohna  à  Venise  (1608), 
s'agiter  pour  conclure  des  alliances  éphémères,  dirigées  toutes  contre  la  supré- 
matie menaçante  de  la  maison  d'Autriche.  La  relation  de  Dohna  est  intéressante 
surtout  par  les  détails  qu'elle  nous  donne  sur  les  relations  de  l'envoyé  protestant 
avec  le  célèbre  Servite,  Fra  Paolo  Sarpi  (p.  75-89).  Outre  ces  dépêches  de 
provenance  allemande  nous  en  trouvons  d'autres,  écrites  par  le  nonce  Ubaldini 
au  cardinal  Borghèse,  par  l'ambassadeur  de  la  République  des  Pays-Bas,  Fran- 
çois van  Aerssen  à  Olden  Barnevelt,  par  Bongars  à  Henri  IV,  par  le  régent  des 
Pays-Bas  espagnols,  Albert  d'Autriche,  au  roi  d'Espagne,  Philippe  III,  etc. 
Beaucoup  de  ces  pièces  ont  été  puisées  soit  aux  manuscrits  de  la  Bibliothèque 
nationale  soit  aux  Archives  Nationales.  Elles  complètent  plutôt  par  quelques 
détails  des  faits  déjà  connus  qu'elles  ne  nous  révèlent  des  secrets  cachés  jusqu'ici. 
La  politique  étrangère  de  Henri  IV,  ses  relations  avec  les  protestants  d'Alle- 
magne, son  immixtion  dans  l'affaire  de  succession  aux  duchés  de  Clèves  et  de 
Juliers  avaient  été  depuis  longtemps  familières  au  public  savant,  grâce  aux  bio- 
graphies et  aux  recueils  de  documents  inédits  publiés  chez  nous  sur  cette  époque. 
C'est  plutôt  la  politique  intérieure  de  l'Allemagne  qui  bénéficie  de  ce  nouveau 
volume  de  M.  R.  A  ce  point  de  vue  nous  signalerons  comme  plus  particulière- 
ment intéressants  les  procès-verbaux  des  assemblées  générales  de  l'Union  évan- 
gélique  tenues  à  Rothenbourg,  en  août  1608  (p.  4?)  et  à  Schwaebisch-Hall,  en 
mai  1609  (p.  247).  Citons  encore  les  relations  assez  intimes  nouées  par  Anhalt 
avec  les  Etats  des  archiduchés  d'Autriche  et  surtout  avec  le  baron  de  Tscher- 
nembl  qui  devait  jouer  un  assez  grand  rôle  dans  ces  contrées  aux  débuts  de  la 
guerre  de  Trente  Ans. 

Un  appendice  intitulé  :  Henri  IV  et  l'Italie  nous  donne  une  série  de  pièces 
datées  de  1607  à  1609,  tirées  de  nos  collections  parisiennes  et  se  rapportant  à  la 
politique  française  envers  les  états  de  la  péninsule. 

1.  «  Quant  à  nioy,  pour  servir  le  public,  la  religion  et  la  patrie,  je  n'appréhende  ny 
»  peine,  ny  travail,  ny  péril,  etc.  »  Anhalt  à  Buwinghausen,  octobre  1609.  P.  451. 

2.  L'envoyé  de  Henri  IV  en  Allemagne,  M.  de  Bongars,  a  fort  bien  caractérisé  toute 
cette  agitation  stérile  dans  une  lettre  à  l'Électeur  de  Brandebourg  :  «  (Ce  ne  sont  que) 
»  force  écritures,  ambassades,  assemblées;  au  bout  incertitudes  et  irrésolutions.»  P.  354. 


298  REVUE  CRITIQUE 

Les  textes  sont  en  général  fort  corrects,  comme  on  pouvait  l'attendre  d'un 
érudit  aussi  consciencieux  '.  Nous  voudrions  seulement  présenter  une  requête  à 
M.  R.  pour  les  volumes  à  venir.  Trop  souvent  nous  voyons  apparaître  des  cor- 
respondants nouveaux  dans  ses  pages  —  je  parle,  bien  entendu,  de  personnages 
subalternes  et  non  pas  des  souverains  ou  des  diplomates  plus  connus  —  au 
sujet  desquels  il  est  loisible  de  confesser,  sans  trop  de  honte,  une  ignorance 
absolue.  L'éditeur  ne  pourrait-il  pas,  suivant  en  cela  l'exemple  d'autres  savants 
attachés  à  l'Académie  de  Munich,  de  M.  Kluckhohn,  entre  autres,  mettre  en 
note,  chaque  fois  qu'il  introduit  ainsi  une  personnalité  nouvelle,  quelques  mots 
de  biographie,  aussi  sommaires  qu'il  voudra  ?  Tout  le  monde  lui  en  saura  gré. 

Ce  second  volume  se  termine  par  une  table  des  matières  ;  il  n'y  en  avait 

aucune  dans  le  premier,  et  c'est  un  progrès  dont  nous  nous  félicitons.  Seulement 

il  y  aurait  encore  mieux  à  faire.  Tout  le  contenu  de  ces  330  pièces  est  groupé 

ici  sous  cent  trente  noms  à  peine,  et  nous  ne  pouvons  que  constater  ce  que  dit 

l'auteur  lui-même  :  «  Grâce  au  petit  nombre  des  rubriques,  la  table  des  matières 

))  ne  permettra  point  de  s'orienter  rapidement  et  brièvement  »  (p.  vj).  Nous 

avouons  ne  pas  bien  comprendre  pourquoi  M.  R.  ayant  un  sentiment  aussi  juste 

de  l'insuffisance  de  son  index,  n'a  point  voulu  aller  plus  loin,  et  pourquoi  la 

crainte  de  se  noyer  «  dans  une  mer  de  citations  »  l'a  retenu.  C'est  pour  cela 

que  les  tables  des  matières  sont  faites  et  personne  ne  se  plaindra  jamais  qu'elles 

soient  trop  étendues  ou  trop  détaillées.  Aussi  prions-nous  le  savant  éditeur  de  ne 

se  point  laisser  arrêter  par  de  semblables  scrupules  quand  il  rédigera  la  table  de 

son  prochain  volume. 

Rod.  Reuss. 

VARIÉTÉS. 

Dissertationes  philologicae  Halenses,  cum  praefatione  Henrici  Keilii.  Vol.  L 
1873.  iv-335  p.  In-8*. 

Comme  le  dit  la  courte  introduction  qu'a  mise  en  tête  de  ce  recueil  un  des 
érudits  qui  honorent  le  plus  l'université  de  Halle,  les  dissertations  qui  le  com- 
posent n'ont  d'autre  lien  que  d'avoir  été  écrites  par  des  jeunes  gens  sortis  de  la 
même  école  savante  et  inspirés  du  même  esprit.  Voici  les  titres  des  essais  que 
contient  ce  premier  volume,  auquel  l'éditeur  a  peut-être  déjà  donné  une  suite 
qui  ne  nous  serait  point  parvenue. 

Kleemann,  M.,  Reliquiamm  dialecti  Creîica  pars  L  Glossét  cretica  cum  commen- 
tariolo  de  Universa  Creîica  dialecti indole,  p.  i,  —  Gutsche,  G.,  Qassiiones  de  Ho- 
mericohymno  in  Cererem,  p.  47.  —  Walther,  E.^deTacitistudiisTheîoricis,  p.  91. 
—  Friedel,  W,  0.,  de  sophistarum  studiis  homericis,  p.  150.  —  Schinck,  E.,  de 
interjecîionum  epiphonematumque  vi  aîque  usu  apud  Arisîophanem,  p.  189.  — 
Kohlmann,  R.,  de  verbi  Gmci  îemporibus,  p.  229.  —  Zacher,  K.,  de prioris  nomi- 
num  composiîorum  gracorum  partis  formatione,  p.  275. 

I.  P.  64.  Bollweil,  c'est  le  baron  de  BollmiUr.  —  P.  107,  au  lieu  de  Bongers  il  faut 
lire  Bongars. 


d'histoire  et  de  littérature.  299 

Nous  ne  pouvons  étudier  l'une  après  l'autre  toutes  ces  dissertations,  ce  qui 
nous  entraînerait  trop  loin;  nous  nous  bornerons  à  en  examiner  la  première. 
C'est  une  sérieuse  tentative  pour  refaire  un  chapitre  perdu  de  l'histoire  de  la 
langue  grecque,  pour  réunir  les  éléments  épars  d'une  de  ces  monographies  de 
l'un  des  dialectes  grecs  par  lesquels  s'étaient  signalés  plusieurs  grammairiens 
anciens. 

Jusques  vers  la  fin  du  v*  siècle  avant  notre  ère,  les  Grecs,  comme  M.  Jour- 
dain, «  avaient  fait  de  la  prose  sans  le  savoir  »;  ils  avaient  parlé,  ils  avaient 
écrit,  il  avaient  joui  de  leurs  poètes,  de  leurs  historiens,  de  leurs  orateurs  sans 
s'inquiéter  des  origines  de  leur  langue,  sans  en  distinguer  les  éléments  et  en 
rechercher  les  lois,  en  un  mot  sans  y  appliquer  l'analyse.  C'est  avec  les  sophistes 
que  la  curiosité  commence  à  se  tourner  sur  ces  matières.  Nous  avons  dans  le 
Craîyle  de  Platon  un  monument  des  premières  spéculations  grammaticales 
auxquelles  se  soit  livré  l'esprit  grec  ;  mais  ce  fut  surtout  Aristote  qui  donna 
l'impulsion,  dans  cette  voie  comme  dans  presque  toutes  les  autres.  Après  lui  et  sur 
ses  traces,  l'école  d'Alexandrie  ouvrit,  sur  tout  le  passé  de  la  Grèce,  sur  sa 
langue  comme  sur  sa  littérature  et  ses  arts,  une  vaste  et  consciencieuse  enquête 
que  poursuivit,  pendant  des  siècles,  toute  une  armée  de  laborieux  ouvriers.  On 
partit  de  l'étude  d'Homère  et  du  dialecte  épique,  et  ce  fut  ainsi  que  l'on  s'exerça, 
que  l'on  créa  la  méthode  ;  on  s'occupa  ensuite  des  poètes  et  des  prosateurs 
classiques,  mais  on  ne  s'en  tint  pas  là  ;  on  sentit  le  besoin  de  présenter  un  tableau 
aussi  complet  que  possible  de  cette  langue  grecque,  si  riche  et  si  diverse,  qui  se 
parlait,  après  Alexandre,  des  frontières  de  l'Inde  aux  rivages  de  l'Espagne.  On 
n'oublia  point  d'en  étudier  les  variétés  provinciales,  et  l'on  rédigea  des  lexiques 
des  dialectes.  Ces  ouvrages  ont  malheureusement  péri;  à  peine  nous  est-il  resté 
le  titre  et  de  rares  citations  de  quelques-uns  d'entre  eux.  Ainsi  Philémon 
d'Athènes  avait,  à  une  époque  assez  voisine  d'Alexandre,  écrit  un  vocabulaire 
des  mots  antiques  ('AtTixat  >vé^eiç),  Aristophane  de  Byzance  avait  donné,  outre 
des  'A-cTixai  Xé^eiç,  des  gloses  laconiennes  (Aaxwvtxal  "fXwacrai) .  Enfin  nous 
trouvons  aussi  cité  plusieurs  fois  un  recueil  désigné  tantôt  sous  le  nom  de  gloses 
Cretoises  (KpYjTixai  ^Xûacat),  tantôt  sous  celui  de  mots  créîois  (KpYjxaai  Xé^etç), 
et  attribué  ici  à  Hermonax,  là  à  Hermon  '.  Cette  légère  différence  de  nom  nous 
autorise-t-elle  à  croire  à  deux  ouvrages  et  à  deux  auteurs  différents  ?  Fabricius 
et  les  autres  commentateurs,  avec  raison,  je  crois,  ne  voient  là  qu'un  même  livre 
et  qu'un  même  homme,  dédoublé  par  la  négligence  des  copistes. 

C'est  quelque  chose  comme  l'ouvrage  perdu  d'Hermonax  que  M.  Kleeman  a 
voulu  refaire  ;  il  disposait,  pour  mener  à  bien  cette  entreprise,  de  deux  sortes  de 
matériaux.  D'une  part  Hésychius  et  quelques  autres  lexicographes  nous  ont  con- 
servé un  certain  nombre  de  termes  propres  au  dialecte  crétois  et  sans  doute 
empruntés  à  Hermonax  ou  à  quelque  autre  auteur  du  même  genre;  d'autre  part, 
si  le  dialecte  crétois  ne  nous  a  point  laissé  de  monuments  littéraires,  gardés  par 

I.  Athénée.  III.  81  f.  VI.  267.  c.  II.  53  b.  III.  76.  e.  Le  Scholiaste  de  Nicandre, 
passim. 


JOO  REVUE   CRITIQUE 

les  manuscrits,  il  nous  en  est  resté  de  nombreux  échantillons  dans  les  inscrip- 
tions, et  celles-ci  vont  depuis  une  époque  très-voisine  du  commencement  de 
l'écriture,  représentée  par  le  texte  en  boustrophédon  que  M.  Thenon  et  moi 
avons  découvert  à  Gortyne  •,  jusqu'à  l'époque  romaine  où  peu  à  peu  dispa- 
raissent les  différences  dialectales. 

C'est  par  l'indication  et  par  l'appréciation  critique  de  ces  deux  ordres  de 
sources  qu'aurait  dû,  si  nous  ne  nous  trompons,  débuter  le  mémoire  de  M.  K. 
Il  aurait  eu  à  en  déterminer  l'autorité  et  la  valeur  relative.  Pour  les  gloses  Cre- 
toises que  nous  ont  transmises  les  lexicographes,  nous  pouvons  toujours 
craindre  que  les  copistes  n'aient  altéré,  dans  une  certaine  mesure,  des  mots 
rares  et  inusités  qu'ils  ne  comprenaient  pas;  nous  ne  pouvons  faire  fond  que 
jusqu'à  un  certain  point  sur  l'orthographe  des  manuscrits,  et  ne  devons  nous 
servir  de  ces  gloses  et  n'en  tirer  des  conséquences  qu'avec  quelque  réserve. 
Dans  les  inscriptions  au  contraire,  nous  avons  des  témoignages  authentiques  des 
caractères  originaux  que  présentait  le  dialecte  crétois  dans  telle  ou  telle  partie 
de  l'île,  dans  tel  ou  tel  siècle  de  l'antiquité.  Nous  aurions  aimé  à  trouver 
discutés  et  classés,  dans  une  sorte  d'introduction,  tous  les  matériaux  que  M.  K. 
a  pu  réunir,  tous  les  renseignements  et  textes  de  provenance  diverse  sur  lesquels' 
portent  ses  observations. 

Dans  le  classement  des  faits  qui  ont  été  recherchés  avec  le  plus  grand  soin 
et  qui  paraissent  bien  compris,  nous  aurions  désiré  aussi  plus  de  rigueur,  un 
ordre  qui  y  mît  plus  de  clarté.  Ce  qui  regarde  le  vocabulaire  forme,  sous  le  titre 
de  gloss£  cretics,  la  seconde  partie  du  mémoire  ;  mais  dans  la  première  partie, 
M.  K..  n'aurait-il  pas  bien  fait  de  distinguer  entre  la  phonétique  et  la  théorie  des 
formes.  Dans  une  première  partie,  il  aurait  étudié,  si  l'on  peut  ainsi 
parler,  le  gosier  crétois,  il  nous  aurait  montré  quelle  couleur  y  prenaient 
les  principales  articulations  de  la  voix  humaine,  quels  concours  de  sons 
étaient  évités  ou  recherchés  ;  dans  une  seconde,  il  aurait  appliqué  à  la  flexion,  à 
la  dérivation,  à  la  composition,  les  lois  ainsi  constatées,  et  nous  aurait  donné  le 
tableau  des  désinences  propres  à  la  déclinaison  et  à  la  conjugaison  Cretoises. 

Sous  ces  réserves,  dans  l'analyse  que  nous  présente  M.  K.  de  tous  les  phéno- 
mènes qu'il  a  notés,  nous  ne  trouvons  guère  qu'à  louer.  Il  prouve  d'abord,  par 
des  exemples  bien  choisis,  qu'entre  les  différentes  cités  de  l'île,  il  y  avait  cer- 
taines différences  de  dialecte,  mais  avec  assez  de  traits  communs  pour  que  l'on 
puisse  ne  faire  de  tous  ces  parlers  locaux  qu'un  seul  groupe  homogène.  Ce  groupe, 
il  le  prouve  ensuite,  se  rattache  par  tous  ses  caractères  dominants  à  la  grande 
famille  dorique  ;  pourtant  il  y  a  certaines  particularités  qui  rappelleraient  plutôt 
l'ionien,  la  langue  épique  ou  l'éolien.  Enfin,  dans  un  dernier  paragraphe,  il 
cherche  à  déterminer  les  plus  importants  des  phénomènes  qui  caractérisent  les 
dialectes  crétois,  ceux  qui  donnent  à  la  langue  grecque  de  l'île,  prise  dans  son 
ensemble,  sa  physionomie  propre  et  son  originalité. 

1 .  Cette  inscription  est  maintenant  au  Louvre.  M.  Thenon  en  a  donné,  en  la  publiant 
pour  la  première  fois  dans  la  Revue  archéologique  (II.  5.  t.  VIII,  p.  441  et  pi.  XV)  un 
tac-simile  dû  à  la  photographie 


d'histoire  et  de  littérature.  jor 

Pour  ce  qui  est  de  la  seconde  partie,  nous  ne  pouvons  que  rendre  hommage 
à  l'étendue  des  recherches  auxquelles  s'est  livré  l'auteur  pour  réunir,  par  ordre 
alphabétique,  tous  les  termes  cités  par  les  grammairiens  et  lexicographes  anciens 
comme  particuliers  aux  Cretois.  Voici  pourtant  une  omission  que  nous  lui  signa- 
lerons, c'est  le  mot  xaXov  pour  ^ûXov,  bois.  Il  nous  est  donné  comme  crétois 
par  Eustathe  (ad.  //.  tj^,  p.  1291,  I.  6i)  :  KSXa.  ^àp  ta  ^6Xa,  KpYjTarj  Xé^tç. 
Ce  mot  n'était  pas  purement  crétois,  puisqu'on  le  trouve  employé  par  Hésiode, 
Ion  (cité  par  Athénée)  et  Callimaque;  mais  ce  qui  paraît  prouver  qu'il  était  très- 
employé  dans  l'île,  c'est  qu'il  y  est  resté,  au  moins  en  composition,  dans  la 
langue  vulgaire.  Tandis  que,  dans  la  Grèce  continentale,  la  bécasse  est  connue 
sous  le  nom  de  ^uXéxoxa,  la  poule  de  bois,  en  Crète  on  se  sert,  comme  j'ai  pu 
m'en  assurer  moi-même,  du  mot  y.aXépGx,  pour  xaXépviôa,  qui  a  juste  le  même 
sens.  N'est-ce  pas  encore,  selon  toute  apparence,  une  glose  Cretoise  que  nous 
donne  Etienne  de  Byzance  au  mot  "Oa^oç  ?  xtvsç  Stà  to  x,aTaYY)vai  xbv  xéxov  %at 
xpYj[jLVtoâr]  uTripXstv  v.akcùai  Y^p  (ne  sont-ce  pas  les  Crétois  ?)  xohq  toioutouç 
T^Tuouç  a^ouç,  y.aOaTCsp  v.cà  •^[J.eXç,  à-(\).oûq.  ''AixaXXoç,  (âouiYjç,  AocTTa  et  autres 
mots  cités  p.  $,  d'après  Hésychius,  comme  propres  aux  Cydoniates  ou  aux 
Polyrrhéniens  ont  été  omis  dans  le  glossaire.  Pourquoi  ?  pour  nous  être  donnés 
comme  appartenant  plus  particulièrement  à  telle  ou  telle  ville  de  Crète,  ce  n'en 
sont  pas  moins  des  mots  crétois,  des  mots  qui  appartenaient  en  propre  à  la  langue 
de  l'île. 

Souvent  M.  K..  cherche  à  expliquer  la  glose  Cretoise  et  à  la  rattacher  à  quelque 
terme  de  la  langue  classique,  en  montrant  par  suite  de  quelle  permutation  régu- 
lière elle  a  pris  la  forme  qui  semble  au  premier  abord  singulière.  Ko86[xaXov, 
d'après  Hermonax,  était  un  nom  crétois  du  coin.  On  trouve  aussi  ce  nom  écrit 
dans  les  manuscrits  y.wcu[;.aXov.  Ce  long  mot  a  bien  l'air  d'un  composé.  On  l'a 
expliqué  par  y.wâiov,  toison,  peau  garnie  de  poils,  et  {jlvïXov,  pomme,  sous  la 
forme  doîienne  jxaXov.  Nous  ne  nous  dissimulons  pas  la  difficulté  que  présente 
l'u  employé  là  comme  voyelle  de  liaison;  mais  l'étymologie  ne  méritait-elle 
point  au  moins  d'être  mentionnée  ?  Avec  M.  K.,  je  crois  que  yâcTpiov,  nom 
d'un  gâteau  au  sésame,  pour  lequel  Voretz  a  proposé  une  explication  des  plus 
alambiquées,  se  rattache  aisément  à  vaaxYjp.  C'est  un  gâteau  qui  «  tient  à  l'esto- 
mac, ))  comme  nous  dirions,  qui  est  bon  pour  l'estomac.  M.  K.  ne  donne  pas 
d'explication  des  mots  xapav(i)  et  xapa  qui,  d'après  Hésychius,  auraient  désigné 
la  chèvre  domestique  en  Crète  ;  je  n'en  ai  point  à  lui  fournir,  mais  on  appelle 
encore  aujourd'hui,  en  Crète,  la  chèvre  et  la  brebis,  xwpâât  ou  y.oupa8i,  termes 
inusités  ailleurs.  Ce  mot  se  rattache  au  verbe  yvoupeùo),  tondre.  C'est  la  bête 
que  l'on  tond.  Y  a-t-il  autre  chose  là  qu'une  ressemblance  fortuite  .?  Si  M.  K. 
revient  jamais  à  cette  étude,  comme  il  semble  l'annoncer  par  le  titre  même 
donné  à  son  mémoire  {Pars  /),  nous  appellerions  son  attention  sur  les  dialectes 
modernes  de  la  Crète,  et  surtout  sur  le  dialecte  sfakiote.  Il  trouverait  dans 
Pashley,  Travels  in  Crète,  tous  les  détails  nécessaires.  Tous  ceux  qui  s'en  sont 
occupés  ont  signalé  le  caractère  tranché  et  la  couleur  toute  dorienne  du  parler 
de  ces  rudes  montagnards.  Dans  un  lexique  complet  des  mots  grecs  aujourd'hui 


502  REVUE    CRITIQUE 

propres  à  la  Crète,  il  y  aurait  aussi  peut-être  des  découvertes  à  faire,  des  rap- 
prochements à  tenter  ;  des  matériaux  ont  déjà  été  réunis  à  cet  efFet  par  le  zèle 
de  Grecs  cultivés  '.  Nous  signalerons  à  l'attention  de  M.  K.  cet  utile  complément 
qu'il  peut  donner  à  ses  recherches,  ce  supplément  d'information. 

A  tout  prendre,  cette  dissertation  ne  peut  que  donner  une  excellente  idée  des 
travaux  qui  se  poursuivent  sous  la  direction  d'un  philologue  aussi  compétent  que 
M.  Henri  Keil  et  qui  se  publient  sous  ses  auspices.  Nous  souhaitons  voir  le 
recueil  ainsi  commencé  s'enrichir  bientôt  de  nouveaux  volumes,  dont  l'un  contien- 
drait l'édition,  promise  par  M.  K.,  de  toutes  les  inscriptions  Cretoises  connues 
jusqu'à  ce  jour. 

G.  Perrot. 


SOCIÉTÉS  SAVANTES. 

ACADÉMIE    DES    INSCRIPTIONS    ET    BELLES-LETTRES. 

Séance  du  ^o  avril  1875. 

Une  lettre  de  M.  Castan  donne  des  détails  sur  les  fouilles  qui  sont  pratiquées 
sur  l'emplacement  de  l'ancien  théâtre  romain  de  Besançon.  Ces  fouilles  ont 
amené  la  découverte  d'un  escalier  monumental  par  où  arrivaient  les  acteurs.  Un 
croquis  est  joint  à  la  lettre  de  M.  Castan. 

M.  de  S'^  Marie  adresse  de  nouveaux  estampages  avec  une  lettre  sur  quelques 
monuments  récemment  découverts.  Il  signale  notamment  une  mosaïque  romaine 
représentant  Pégase  et  plusieurs  inscriptions  latines. 

La  communication  de  M.  Renier  sur  les  îribuni  militum  a  populo  est  ajournée 
à  une  autre  séance. 

—  M.  Ravaisson  lit  un  mémoire  sur  un  vase  funéraire  provenant  d'Athènes, 
dans  lequel  il  traite  en  même  temps  des  diverses  scènes  ou  images  qu'il  était 
d'usage  de  figurer  sur  les  tombeaux  dans  l'antiquité.  Ce  mémoire  est  la  rédac- 

I.  Il  y  a  entre  autres  une  brochure  de  M.  Chourmousis,  intitulée  KprjTtxà  qui  ren- 
ferme un  court  glossaire.  En  voici  le  titre  complet  :  Kprjxtxà  auvTaxQévTa  xal  èxSoOÉvTa 
uTtô  M.  Xoupixou^Yi  Bu!;avTtou.  ev  Aôrivatç,  1 28  p.  Un  second  et  un  troisième  glossaire  du 
dialecte  crétois  ont  été  publiés  par  M.  Bibylakis,  l'un  dans  le  journal  le  Rhadamanthe 
(PaSà(j.av8y<;)  fondé  il  y  a  vingt  ans  par  lui  et  paraissant  à  intervalles  irréguliers,  l'autre 
dans  le  recueil  plus  connu  de  M.  Maurophydis,  le  «PiXÎCTTwp.  Je  dois  ces  renseignements 
à  l'obligeance  de  M.  Constantin  Sathas;  mais,  comme  il  m'en  avertit,  «  ces  auteurs  se 
»  sont  bornés  à  étudier  le  dialecte  moderne  d'une  partie  de  l'île;  ils  n'ont  pas  étudié  les 
»  nombreux  ouvrages  publiés  à  Venise  en  dialecte  crétois,  comme  Boscopoule,  Erophile, 
»  Erotocritos,  etc.  Le  crétois  est  le  plus  riche  des  dialectes  de  la  Grèce  moderne,  mais 
»  en  même  temps  le  moins  connu.  Pour  vous  montrer  la  richesse  des  sources  manuscrites,  » 
poursuit  M.  Sathas,  «  je  me  bornerai  à  vous  signaler  : 

1"  »  Un  manuscrit  de  Venise  contenant  un  grand  nombre  de  tragédies,  comédies  et 
»  autres  poésies  en  ce  dialecte.  J'en  ai  copié  la  plus  grande  partie  par  une  publication 
»  très-prochaine. 

2*  »  La  grande  collection  des  actes  des  notaires  crétois  depuis  le  XIV'  siècle  jusqu'à 
»  la  chute  de  l'île  sous  la  domination  des  Turcs.  Ces  documents,  contenus  dans  une  col- 
»  lection  de  quelques  centaines  de  gros  volumes,  sont  tout  à  fait  inconnus.  J'ai  travaillé 
»  pendant  huit  mois  dans  ce  grand  dépôt,  et  j'ai  copié  les  plus  anciens  testaments,  actes 
»  ae  mariage,  actes  de  vente,  etc.  » 


d'histoire  et  de  littérature.  ÎOî 

tion  développée  d'une  communication  orale  que  l'auteur  avait  faite  à  la  séance, 
du  1 9  février  dernier.  Après  ayoir  repris  avec  développement  la  thèse  qu'il  avait 
exposée  alors  (v.  Rev.  criî.  27  févr.  1875,  p.  144),  et  à  l'appui  de  laquelle  il 
cite  divers  passages  des  auteurs,  M.  Ravaisson  s'attache  à  réfuter  une  théorie 
accréditée  parmi  les  archéologues,  suivant  laquelle  les  Grecs  n'avaient  pas  voulu 
s'attrister  par  la  contemplation  de  la  mort  et  avaient  toujours  évité  de  représenter 
sur  leurs  monuments  des  morts  ou  des  scènes  infernales.  Il  montre  l'idée  d'une 
seconde  existence  après  la  mort  et  de  la  nature  supérieure  et  presque  divine  des 
morts  paraissant  déjà  dans  Homère  et  se  répandant  de  plus  en  plus  à  mesure 
des  progrès  de  la  civilisation  grecque  :  de  là  l'idée  de  représenter  sur  les  tom- 
beaux l'image  du  mort  dans  l'un  des  actes  de  la  vie  qu'on  lui  supposait  dans 
l'autre  monde.  C'est  à  cette  idée  qu'il  faut  rattacher,  suivant  M.  Ravaisson,  un 
certain  nombre  de  types  dont  la  signification  a  été  méconnue  par  les  archéologues 
modernes,  et  qui  tous  doivent  être  ramenés  à  la  classe  des  représentations  funé- 
raires. Tantôt  c'est  la  rencontre  du  mort  avec  ses  parents  qui  l'ont  précédé  au 
tombeau  (prise  de  nos  jours  pour  une  scène  d'adieu);  tantôt  c'est  la  représenta- 
tion d'un  repas  du  mort  dans  l'autre  monde,  dans  laquelle  la  fausse  idée  signalée 
plus  haut  a  fait  voir  une  scène  terrestre,  le  repas  funèbre  qui  suit  les  funérailles. 
L'idée  de  la  divinité  des  morts  fit  qu'on  donna  à  leur  figure  des  attributs  divins; 
on  alla  même  jusqu'à  les  représenter  sous  la  figure  et  avec  le  nom  d'un  dieu. 
Mercure,  Bacchus,  Diane  ou  Vénus,  et  à  introduire  dans  l'épitaphe  la  formule 
des  dédicaces  aux  dieux,  àvéGr(Xe  :  autre  source  d'erreur  pour  les  archéologues 
de  notre  temps. 

Sur  une  observation  de  M.  Georges  Perrot,  qui  fait  remarquer  que  dans 
Homère  les  ombres,  loin  d'avoir  le  caractère  divin  dont  parle  M.  Ravaisson, 
sont  représentées  comme  menant  une  existence  infiniment  triste  et  bien  inférieure 
à  la  vie  terrestre,  M.  Ravaisson  répond  qu'on  peut  constater  dans  Homère  deux 
courants  d'opinion  contradictoires  sur  ce  point,  et  qu'à  côté  du  récit  de  l'évoca- 
tion des  ombres  qui  témoigne  de  la  pensée  signalée  par  M.  Perrot  il  s'y  trouve 
d'autres  passages  qui  indiquent  que  la  croyance  au  caractère  supérieur  et  sur- 
naturel des  morts  se  faisait  jour  aussi. 

M.  Perrot  fait  observer  en  second  lieu  que  dans  un  mémoire  couronné  par. 
l'académie  M.  A.  Dumont  a  déjà  présenté  sur  les  monuments  funéraires  où  sont 
figurés  des  repas  une  opinion  différente  de  celle  qui  avait  cours  jusqu'ici.  Il  n'y 
voit  ni  le  repas  funèbre  auquel  les  parents  et  amis  vivants  du  mort  prennent  part 
après  Jes, funérailles,  ni  le  repas  purement  élyséen  que  suppose  M.  Ravaisson; 
il  pense  que  le  mort  y  est  représenté  mangeant  les  offrandes  que  lui  faisaient  les 
vivants  suivant  un  usage  qui  n'a  pas  entièrement  cessé  en  orient.  —  M.  Ravais- 
son admet  cette  explication,  qu'il  considère  comme  parfaitement  conciliable  avec 
sa  théorie  générale. 

M.  Maury  dit  qu'il  ne  faudrait  pas  croire  impossible  que  des  représentations 
de  scènes  de  la  vie  terrestre  fussent  parfois  mêlées  à  celles  de  l'autre  monde , 
car  on  trouve  un  semblable  mélange  dans  les  peintures  des  monuments  étrusques; 
M.  Ravaisson  répond  que  cela  ne  va  pas  contre  la  théorie  qu'il  a  soutenue 


^04  REVUE   CRITIQUE    D'hISTOIRE    ET    DE    LITTÉRATURE. 

aujourd'hui  et  qui  a  trait  uniquement  aux  images  figurées  à  l'extérieur  des  tom- 
beaux, tandis  que  les  peintures  dont  parle  M.  Maury  sont  placées  à  l'intérieur, 

—  M.  le  président  Maury  annonce  que  M.  Brunet  de  Presle,  dont  la  santé 
avait  donné  quelques  inquiétudes,  est  en  pleine  voie  de  rétablissement. 

—  Ouvrages  offerts  à  l'académie  : 

J.  de  Witte,  Dionysius  et  les  Tyrrhéniens,  extr.  de  la  Gazette  archéologique; 

F,  Lenormant,  leçon  d'ouverture  du  cours  d'archéologie  à  la  bibl.  nationale; 

Dictionnaire  topographique  de  l'ancien  départ,  de  la  Moselle,  par  M.  de  Bouteil- 
1er,  imp.  nat.,  1874; 

W.  Wright,  a  grammar  of  the  arable  language,  transi,  from  the  german  of 
Caspari,  2.  éd.,  vol,  II,  Lond,  1875; 

Henri  Cordier,  a  narrative  of  the  récent  events  in  Tong-king,  Shanghai,  jan. 
187$,  8»; 

Registrum  de  Panmure,  compiled  by  the  hon,  Harry  Maule  of  Kelly,  a.  d. 
1753,  éd.  byJ.  Stuart,  Edinb.  1874,  2  vol,  4°. 

M.  Egger  présente  de  la  part  des  auteurs  les  ouvrages  suivants  : 

Ch.  Révillout,  Un  lexicographe  du  2^  s.  de  notre  ère,  étude  sur  les  'Ep[ji.v]ve6- 
[Aaxa  publiés  par  M.  Boucherie  sous  le  nom  de  Julius  Pollux; 

Une  nouvelle  édition  donnée  par  le  c*®  Riant  de  la  relation  de  la  prise  de 
Constantinople  en  1204,  du  moine  Gunther; 

Étude  sur  les  Géoponiques,  par  M.  de  Raynal,  extr.  de  l'annuaire  de  l'assoc, 
pour  l'encouragement  des  études  grecques  ; 

Vart  et  l'archéologie,  par  M.  Ernest  Vinet; 

Une  nouv.  éd.  de  VAgricola  et  deux  opuscules  sur  la  grammaire  et  la  critique 
du  texte  de  Tacite,  par  M.  Gantrelle. 

M,  Renan  présente  de  la  part  de  M.  J,  Halévy  les  Essais  d'épigraphie  libyque 
formant  la  i*  partie  de  ses  Études  berbères. 

M.  Defrémery  présente  le  5'^fasc.  du  Divan  de  Férazdak  publié  et  traduit  par 
M.  Boucher. 

M,  Heuzey  offre  une  brochure  de  lui  intitulée  La  pierre  sacrée  d' Antipolis,  qui 
contient  un  mémoire  lu  par  lui  à  la  séance  de  l'académie  du  20  févr,  1874.  ^^ 
ajoute  que  le  nom  mythologique  Tépxwv,  dont  il  avait  alors  conjecturé  l'existence, 
se  trouve  en  effet  sur  un  vase  peint  publié  par  l'institut  archéol.  de  Rome  en 
1872. 

M.  Ravaisson  présente  un  art.  de  M.  Foucart,  extr.  de  la  Revue  archéologique, 
intitulé  :  Inscription  métrique  de  Thèbes  avec  la  signature  des  sculpteurs  Polyclète  et 
Lysippe. 

—  M.  Alex,  Bertrand  lit  un  court  fragment  de  son  mémoire  sur  les  Gaulois. 

Julien  Havet, 


Le  propriétaire-gérant  :  F.  VIEWEG. 


Nogent-le-Rotrou,  imprimerie  de  A,  Gouverneur, 


In-S",  1-J84  p.  (Alfred  Woltmann).  —  Q^  Horatii  Flacci  carmina,  Luc. 
MuELLER  recoçnovit.  Lipsiae,  Teubner.  In-16,  362  p.;  Thallwitz,  De  Horatio 
Graecorum  imitatore  Spécimen  I.  Doebelni.  In-8°,  51  p.  (W.  Teuffel).  — 
KuRSCHAT,  Wœrterbuch  der  littauischen  Sprache.  Th.  I.  Deutsch-littauisches 
W.  Bd.  1.2.  Halle,  Buchh.  d.  Waisenhauses,  In-8°,  xx-723;  xij-390  p.  (A. 
Leskien).  —  Kreyssig,  Vorlesungen  uber  Shakespeare.  2.  Aufl.  Bd.  i.  2. 
Berlin,  Nicolaische  Verl.-B.  In-S",  viij-495  ;  iv-530  (Richard  Wùlcker). 

NO  g^    20  février.    Hengstenberg,    Vorlesungen   ùber  die   Leidens- 

geschichte  [Jesu].  Leipzig,  Hinrichs'sche  B.  In-S",  304  p.  (W.  Grimm).  — 
Mittheilungen  aus  der  historischen  Litteratur,  redigirt  von  Foss.  Jahrg.  IL 
Berlin,  Gaertner.  In-8°,  254  p.  (Gustav  Richter).  —  Hôfner,  Untersuchungen 
zur  Geschichte  des  Kaisers  L.  Septimus  Severus  und  seiner  Dynastie.  Bd.  L 
Abth.  I.  2.  Giessen,  Ricker.  In-8",  vij-i-104;  vj-105-248  p.  (Hermann  Peter). 

—  Gaston  Boissier,  La  religion  romaine  d'Auguste  aux  Antonins.  T.  1.2. 
Paris,  Hachette.  In-S",  x)-45o;  464  p.  (Hermann  Schiller).  —  Cl.  Claudiani 
raptus  Proserpinae  recens.  Ludov.  Jeep.  Augustae  Taurin.,  Romae  et  Floren- 
tiae,  Lœscher.  In-8°,  xxv-60  p.  (Emil  B^hrens).  —  Rufi  Festi  breviarium 
rerum  gestarum  P.  R.,  recens.  Wendelinus  Fœrster.  Vindob.  venum  dat 
Hœlder.  In-8°,  21-23  P-  (Franz  Rùhl).  —  Schônbach,  Ueber  die  Marienklagen 
(Steinmeyer;  cf.  Rev.  crit.,  1875,  I,  p.  119).  —  Grundt,  Hebraeische  Elemen- 
targrammatik,  Leipzig,  Hirt  und  Sohn.  In-8°,  xij-256  p.  (Bernhard  Stade), 

Germania,  herausg.  v.  K.  Bartsch.  Neue  Reihe,  achter  Jahrg.  i.  Heft. 
Pfaelzische  Beiche  aus  Rom  (K.  Bartsch).  —  Mitteldeutsches  Magnificat  (von 
dems.).  —  Samuel  von  Lichtenberg  (W.  Crecelius).  —  X  fur  U  (Fr.  Laten- 
dorf).  —  Ueber  die  Verhseltniss  der  Klage  zum  Biterolf  (A.  Edzardi).  —  Die 
zehn  Lebensalter  (Adalbert  Jeitteles).  —  Spenden  zur  Altersbestimmung  neu- 
hochdeutscher  Wortformen  (Fedor  Bech).  —  Eine  Reliquie  von  Heinrich  Mgev 
aus  Calcar  (Nolte).  —  Zur  salfraenkischen  Eideshilfe  (K.  v.  Amira).  —  Hein- 
rich Wittenw^eiler  (J .  ByECHTOLo),  —  Holunke  (W.  Crecelius).  —  Kritische 
Beitraege  I  (Hans  Lambel).  —  Zu  den  Murbacher  Hymnen  (E.  Wilken).  — 
Abschrift  von  Hartmanns  Iwein  (K.  Bartsch).  —  Litteratur.  Heinzel,  Gesch. 
der  niederfrasnkischen  Geschseftssprache  (H.  Paul).  —  Mûllenhof,  Laurin 
'K.  Bartsch),  —  Sievers,  Paradigmen  zur  deutschen  Graramatik  (H.  Paul). 

—  Bluhme,  Die  gens  Langobardorum  (Karl  Meyer). — Entgegnung  (Hermann 
^'ischer).  —  Miscellen.  Karajans  Bibliothek.  —  Gesellschaft  fur  Herausgabe 
iltfranzœsischer  Texte.  —  Nachtrag  zur  Germania  XVIII,  465  (Cari  Pauli). 

—  Personalnotîzen, 


I 


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;  levue  critique.  Elle  se  charge  en  outre  de  fournir  très-promptement  et  sans 
1  -ais  tous  les  ouvrages  qui  lui  seront  demandés  et  qu'elle  ne  posséderait  pas  en 
1  lagasin. 


....rago  (E.).  L'Hôtel-de-Ville  au  4  Sept. 
et  pendant  le  Siège.  Réponse  à  M.  le 
comte  Daru  et  aux  commissions  d'en- 
quête parlementaire.  In- 18  jésus,  412  p. 
Paris  (Hetzel  et  C').  3  fr.  50 

j  .ssier  (A.),  La  Bibliothèque  bleue  depuis 


Jean  Oudot  I"  jusqu'à.  M.  Baudot, 
1600- 1863.  In-8<»,  60  p.  Paris  (Cham- 
pion). 

Bernhardy  (T.  v.).  Geschichte  Russ- 
lands  u.  der  europaeischen  Politik  in  d. 
Jahren  1814  bis  1831.  2.  Thl.  i.  Abth. 


In-8°,  vij-447  S.  Leipzig  (Hirzel).    8  fr. 

Bondil  (L.-J.).  Manuel  de  l'helléniste,  ou 
Méthode  grecque  simplifiée,  offrant  : 
I»  à  la  suite  des  déclinaisons  et  des 
conjugaisons,  la  théorie  entière  de  la  for- 
mation et  de  l'analyse  des  mots;  une 
syntaxe  facile;  3°  un  traité  complet  des 
accents  en  vers.  In-8*,  314  p.  Avignon 
(Séguin  aîné). 

Caylus  (M"'  de).  Souvenirs  de  la  marquise 
de  Caylus.  Nouvelle  éd.,  soigneusement 
revue  sur  les  meilleurs  textes ,  contenant 
la  préface  et  les  notes  de  Voltaire,  avec 
une  étude  sur  l'auteur,  un  commentaire 
historique  et  une  table  analytique,  par 
M.  de  Lescure.  In- 16,  236  p.  Paris 
(Lemerre).  2  fr.  50 

Chronologie  des  Abbez  du  monastère  et 
des  evesques  de  l'église  de  S.  Pons  de 
Thomières,  par  F.  B.  T.  L.  G.,  prestre 
et  chanoine  de  cette  mesme  église.  In-8<», 
57  p.  Saint-Pons  (imp.  Francès). 

Couat  (A.),  Étude  sur  Catulle.  In-8*, 
300  p.  Paris  (Thorin). 

Fierville  (C).  Le  cardinal  Jean  Jouffroy 
et  son  temps  (1412-1473).  Étude  histo- 
rique. In-8*,  vii-296  p.  Coutances  (Sa- 
lettes). 

Fontenay  (H.  de).  Inscriptions  céramiques 
gallo-romaines  découvertes  à  Autun  ;  sui- 
vies des  inscriptions  sur  verre,  bronze, 
plomb  et  schiste  de  la  même  époque  trou- 
vées au  même  lieu.  In-8°,  128  p.  et 
44  pi.  Paris  (Champion). 

Gentil  Bernard.  L'art  d'aimer,  poème 
en  trois  chants.  Publié  par  F.  de  Mares- 
cot.  In- 12,  xv-62  p.  Paris  (Lib.  des 
Bibliophiles).  2  fr.  50 

Hippeau  (C).  L'Instruction  publique  en 
Italie.  In-12,  xxiij-422  p.  Paris  (Didier 
et  C«).  3  fr-  50 

Holm  (A.).  Geschichte  Siciliens.  2.  Bd. 

Mit  7  Karten.  In-8*,  xii-506  S.  Leipzig 

(Engelmann).  14  fr- 

L'ouvrage  complet.  26  fr. 

Leclerc  (L.).  Abulcasis,  son  œuvre  pour 
la  première  fois  reconstituée.  ^-8°,  20  p. 
Paris  (Masson). 

Lipsius  (A.).  Die  Qu^llen  der  aeltesten 
Ketzergeschichte.  Neu  untersucht.  In-8*, 
258  S.  Leipzig  (Barth).  7  fr.  jo 

Longnon  (A.).  Pouillé  du  diocèse  de 
Cahors.  In-4-,  186  p.  Paris  (Imp.  na- 
tionale). 


Marre  (A.).  Malâka,  Histoire  des  rois 
malays  de  Malâka  et  cérémonial  de  leur 
cour.  Traduit  et  extrait  du  livre  des 
annales  malayses,  intitulé  en  arabe  Selâ- 
lat  al  Selâlyn,  en  malay  Peratoran  Radja- 
radja  malayou  et  plus  connu  généralement 
sous  le  nom  de  Sadjerat  malayou.  In-8*, 
34  p.  Paris  (Maisonneuve  et  C*). 

Medicis.  Le  livre  de  Podio  ou  Chroniques 
d'Etienne  Medicis,  bourgeois  du  Puy, 
publiées  par  A.  Chassaing.  T.  2.  In-40, 
liv-665  p.  Le  Puy  (imp.  Marchessou). 

Merwart  (K.).  Erster  Zusammenstoss 
Polens  m.  Deutschland,  seine  Bedeutg. 
u.  seine  Folgen.  In-8',  118  S.  Graz 
(Leykam  Josefsthal).  2  fr.  75 

Parkmann  (F.).  Les  Pionniers  français 
dans  l'Amérique  du  Nord,  Floride,  Ca- 
nada. Traduction  de  M""  la  comtesse 
Gédéon  de  Clermont-Tonnerre.  In- 12, 
Ixxviii-422  p.  Paris  (Didier  et  C').  4  fr. 

Reich  (E.).  Studien  ûber  die  Frauen.  In- 
8*,  xiv-471  S.  lena  (Costenoble).    16  fr. 

Sarazin  (F.).  Traité  des  monnaies  d'or 
au  Japon.  Traduit  pour  la  première  fois 
du  japonais.  In-8%  16  p.  31  pi.  Paris 
(l'auteur).  $  fr. 

Serbes  (Les)  de  Hongrie.  Leur  histoire, 
leurs  privilèges,  leur  église,  leur  état  po- 
litique et  social,  i'  partie.  In-S",  p.  161- 
474.  Prag  (Grégr.  et  Dattel).    10  fr.  75 
L'ouvrage  complet.  16  fr. 

Souvenirs  archéologiques  des  Castilles  et 
du  Midi  français.  (Quelques  jours  de 
voyage  en  Espagne,  1869.  ^-8",  446  p. 
Tulle  (imp.  Bossoutrot). 

Teutsch  (G.  D.).  Geschichte  der  Sieben- 
biirger  Sachsen  fur  das  saechsische  Volk. 
2.  Aufl.  2.  Bde.  In-8*,  viij-7s8  S.  Leipzig 
(Hirzel).  10  fr.  75 

Theureau  (L.).  Étude  sur  la  vie  et  les 

œuvres  de  Jean  Marot.  In-8*,  214  p. 
Caen  (Le  Blanc-Hardel). 

Thévenot  (A.).  Correspondance  inédite 
du  prince  François-Xavier  de  Saxe, 
connu  en  France  sous  le  nom  de  comte 
de  Lusace.  Précédée  d'une  noticé^sur  sa 
vie.  ^-8°,  x-349  p.  Paris  (Dumoulin). 

6  fr. 

Weber  (G.).  Zur  Geschichte  d.  Refor- 
mations-Zeitalters.  Umrisseu.  Ausfùhrgn. 
In-8',  viij-616  S.  Leipzig  (Engelmann). 

12  fr. 


Nogent-le-Rotrou,  Imprimerie  de  A.  Gouverneur. 


N*  20  '■'^-  '  '^"     Neuvième  année.  15  Mai  1875 


mamm 


REVUE  CRITIQUE 

D'HISTOIRE   ET  DE  LITTÉRATURE 

RECUEIL  HEBDOMADAIRE  PUBLIÉ  SOUS  LA  DIRECTION 

DE  MM.  C.  DE  LA  BERGE,  M.   BRÉAL,  G.  MONOD,  G.  PARIS. 
Secrétaire  de  la  Rédaction  :  M.  Stanislas  Guyard. 


Prix   d'abonnement  : 

Un  an,  Paris,  20  fr,   —  Départements,  22  fr.  —  Etranger,  le  port  en  sus 

suivant  le  pays. 


PARIS 
LIBRAIRIE    A.    FRANCK 

F.    VIEWEG,    PROPRIÉTAIRE 
67,  RUE  RICHELIEU,  67 


Adresser  toutes  les  communications  à  M.  Stanislas  Guyard,  Secrétaire  de  la 
Rédaction  (au  bureau  de  la  Revue  :  67,  rue  Richelieu). 

ANNONCES 

:  En  vente  à  la  librairie  A.  Franck,  F.  Vieweg  propriétaire, 

'  67,  rue  de  Richelieu. 

GT^xTK   T7'  D  T'    ^'5^°''"^  ^^  Théorie  de  la  Musique  de  l'antiquité. 
lL  V  Ail*  JV  1      T.  I".  I  fort  vol.  gr.  in-S».  ^éW. 

BIBLIOTHÈQUE  DE  l'ÉCOLE  DES  HAUTES  ÉTUDES 

21^  fascicule. 

U  \/  TV  /l  NT  T7  ^  Ammon-Ra  des  papyrus  égyptiens  du  musée  de 
r~l  ï  IVl  iN  lL  Boulaq,  traduit  et  commenté  par  Eugène  Grébaut, 
avocat  à  la  Cour  d'appel  de  Paris.  22  fr. 

22e  FASCICULE. 

Ltr  C  O  T  '17  t  T  D  C  ^^  Philippe.  Poème  en  vers  politiques  de 
L-jO  i  l_ii-/  U  tv»^  Philippe  le  Solitaire,  publié  dans  le  texte 
pour  la  première  fois,  d'après  six  mss.  de  la  Bibliothèque  nationale,  par  l'abbé 
E.  Auvray,  licencié  ès-lettres.  M»"-  75 

C;Q3L4.^CJipN    PHILOLOGIQUE    (ANCIENNE  SÉRIE) 

ri,''-,,.''-.    ,.'    -1''/.'.   '  ;^:,  5e  FASCICULE. 

Ci  •      Iv  1    1     1    lL  iv    Les  noms  de  famille.  j  fr.  50 


Lib^rjlt  GERMER-BAILLIÈRE ,  rue  de  l'École-de-Médecine. 


•  POUR  PARAITRE  LE   i"  JANVIER   1876. 

REVUE,.  HISTORIQUE 

DIRIGÉE   PAR   MM. 

Gabriel  MONOD  et             '  Gustave  FAGNIEZ, 

Ancien  élève  de  l'École  normale  supérieure,  Ancien  élève  de  l'École  des  Chartes, 

Agrégé  d'histoire,  Directeur-adjoint  Archiviste  aux  Archives  nationales, 

à  l'École  pratique  des  Hautes-Études.  Auxiliaire  de  l'Institut. 


Les  études  historiques  prennent  à  notre  époque  une  importance  toujours 
croissante  et  il  devient  de  plus  en  plus  difficile,  même  pour  les  savants  de  pro- 
fession, de  se  tenir  au  courant  de  toutes  les  découvertes,  de  toutes  les  recherches 
nouvelles  qui  se  produisent  chaque  jour  dans  ce  vaste  domaine.  Aussi  croyons- 
nous  répondre  aux  désirs  d'une  grande  partie  du  public  lettré  en  créant,  sous  le 
titre  de  Revue  historique,  un  recueil  périodique  destiné  à  favoriser  la  publication 
de  travaux  originaux  sur  les  diverses  parties  de  l'histoire ,  et  à  fournir  des  ren- 
seignements exacts  et  complets  sur  le  mouvement  des  études  historiques  dans  les 
pays  étrangers  aussi  bien  qu'en  France. 

A  côté  des  Revues  spéciales  qui,  comme  la  Revue  Archéologique  ou  la  Bibliothèque 
de  l'École  des  Chartes,  cherchent  à  élucider  des  points  particuliers  de  l'histoire  de 
l'Antiquité  ou  du  Moyen  Age,  nous  voudrions  créer  une  Revue  d'histoire  géné- 
rale s'adressant  à  un  public  plus  étendu ,  mais  appliquant  à  des  questions  plus 
variées  la  même  sévérité  de  méthode  et  de  critique  et  la  même  impartialité  d'esprit. 
Nous  voudrions  offrir  un  champ  de  travail  commun  à  tous  ceux  qui,  quelles  que 
soient  leurs  tendances  particulières,  aiment  l'histoire  pour  elle-même  et  n'en  font 
pas  une  arme  de  combat  pour  la  défense  de  leurs  idées  religieuses  ou  politiques. 
Aussi,  tout  en  laissant  à  nos  collaborateurs  1^  liberté  et  la  responsabilité  de  leurs 
opinions  personnelles,  leur  demanderons-nous  d'éviter  les  controverses  contem- 
poraines, de  traiter  les  sujets  dont  ils  s'occuperont  avec  la  rigueur  de  méthode 
et  l'absence  de  parti  pris  qu'exige  la  science,  et  de  n'y  point  chercher  des  argu- 
ments pour  ou  contre  des  doctrines  qui  ne  seraient  qu'indirectement  en  jeu. 

Nous  ne  ferons  donc  ni  une  œuvre  de  polémique  ni  une  oeuvre  de  vulgarisa- 
tion, sans  que  pourtant  notre  Revue  soit  un  recueil  de  pure  érudition.  Elle 
n'admettra  que  des  travaux  originaux  et  de  première  main ,  qui  enrichissent  la 
science,  soit  par  les  recherches  qui  en  seront  la  base ,  soit  par  les  résultats  qui 
en  seront  la  conclusion  ;  mais  tout  en  réclamant  de  nos  collaborateurs  des  pro- 
cédés d'exposition  strictement  scientifiques,  où  chaque  affirmation  soit  accom- 
pagnée de  preuves,  de  renvois  aux  sources  et  de  citations,  tout  en  excluant 
sévèrement  les  généralités  vagues  et  les  développements  oratoires,  nous  conser- 
verons à  la  Revue  historique  ce  caractère  littéraire ,  auquel  les  savants  ainsi  que 
les  lecteurs  français  attachent  avec  raison  tant  de  prix.  ,j 

Notre  cadre  n'exclura  aucune  province  des  études  historiques  ;  toutefois  notre 
Revue  sera  principalement  consacrée  à  l'histoire  européenne  depuis  la  mort  de 
Théodose  (395),  jusqu'à  la  chute  de  Napoléon  I"  (iSiO-  C'est  pour  cette 
période  en  effet  que  nos  archives  et  nos  bibliothèques  conservent  le  plus  de 
trésors  inexplorés  ;  et  nous  voulons  nous  tenir ,  autant  que  possible,  à  l'écart  de 
toutes  les  polémiques  contemporaines. 


REVUE  CRITIQ^UE 

D'HISTOIRE    ET    DE    LITTÉRATURE 

N-  20  —  15  Mai  —  1875 

Sommaire  :  89.  Le  Dîwdn  de  Moslim,  p.  p.  De  Goeje.  —  90.  Vernes,  Histoire 
des  Idées  Messianiques.  —  91.  Romero  de  Castilla  y  Perosso,  Les  Archives  de 
Simâncas.  —  92.  J.  Hillebrand,  La  Littérature  nationale  allemande  au  XVIII*  et 
au  XIX'  siècle,  5*  éd.,  p.  p.  K.  Hillebrand.  —  Sociétés  savantes  :  Académie  des 
inscriptions. 

89.  —  Di-wan  poëtae  Abu'I-"Walid  Moslim,  etc.  Quem  e  codice  leidensi  edidit, 
multis  additamentis  auxit  et  glossario  instruxit,  M.  J.  de  Goeje.  Lugduni  Batavorum, 
apud  T.  J.  Briil.  1875.  i  vol.  in-4'',  lxxix-318  p.  —  Prix  :  25  fr. 

Ce  volume,  publié  avec  un  luxe  auquel  les  poètes  arabes  n'étaient  pas  habitués, 
a  paru  le  8  février,  jour  où  l'Université  de  Leyde  célébrait  le  troisième  cente- 
naire de  sa  fondation.  Nous  avions  appris  avec  quelque  surprise  que,  pour  per- 
pétuer le  souvenir  de  ce  glorieux  anniversaire,  on  avait  choisi  un  poète  ignoré, 
dont  la  vie  et  les  œuvres  ne  nous  semblaient  pas  devoir  contribuer  utilement  à 
l'histoire  de  la  civilisation  arabe.  Le  temps  est  déjà  loin  où  la  littérature  musul- 
mane était  cultivée  pour  l'amour  de  l'art,  le  temps  où  Grangeret  de  Lagrange  la 
défendait  avec  une  chaleureuse  indignation  contre  le  positivisme  prosaïque  de 
Schulz.  Il  y  avait,  selon  nous,  quelque  témérité  à  décerner  les  honneurs  d'une 
publicité  aussi  magnifique  à  un  écrivain  perdu  dans  la  pléiade  littéraire  du  11*  s. 
de  l'hégire  et  même  contesté  par  la  critique  de  son  temps. 

La  lecture  de  son  Divan  a  dissipé  nos  appréhensions.  Moslim.  est  un  poète  de 
race  :  il  a  la  verve  et  l'ampleur  de  Zohaïr,  la  finesse  et  l'élégance  d'Abou  Nowas, 
la  gravité  d'Abou'l-Atayyah.  Il  faut  donc  remercier  M.  de  G,  d'avoir  délaissé  un 
moment  sa  Bibliotheca  geographica  en  faveur  d'un  charmant  diseur  de  Kaçidehs 
et  de  Ghazals,  auquel  la  critique  moderne  accordera  volontiers  les  suffrages  que 
ses  contemporains  lui  ont  mesurés  avec  une  parcimonie  jalouse.  De  sa  vie  aven- 
tureuse et  débraillée ,  comme  celle  de  bon  nombre  de  ses  confrères  en  poésie, 
nous  ne  dirons  pas  grand'chose  ici.  Le  savant  éditeur  s'est  borné  à  en  réunir  les 
matériaux  d'après  VAghani  et  d'autres  recueils  littéraires;  mais  il  a  laissé  au 
lecteur  le  soin  de  les  coordonner  et  d'en  tirer  une  de  ces  monographies  amu- 
santes et  instructives  comme  le  Livre  des  Chansons  en  fournit  par  centaines.  C'est 
en  effet  une  tâche  attrayante  et  dont  nous  sommes  disposé  à  nous  charger,  mais 
au  profit  d'un  autre  recueil  où  les  citations  de  texte  et  les  critiques  de  détail 
seront  mieux  à  leur  place. 

Deux  mots  seulement  sur  l'ouvrier  avant  d'examiner  l'œuvre.  Abou'l-Walid 
Moslim  naquit  à  Koufah  vers  le  milieu  du  second  siècle  de  l'hégire,  probablement 
entre  les  années  130  et  140  (747-758  de  J.-C).  Son  père  était  tisserand,  cir- 
constance que  la  satire  contemporaine  sut  exploiter  à  ses  dépens.  On  ne  sait  rien 
de  ses  premières  années  ni  de  ses  maîtres;  ou,  pour  mieux  dire,  il  n'eut  d'autres 
XV  20 


506  REVUE   CRITIQUE 

maîtres  que  son  génie  et  la  lecture  des  poètes  classiques.  D'après  une  tradition 
d'ailleurs  peu  certaine,  il  parut  pour  la  première  fois  à  la  cour  des  Khalifes  vers 
l'an  187  (803)  non  pas  comme  panégyriste  mais  comme  accusé  :  un  terrible 
soupçon,  celui  de  tremper  dans  les  complots  des  Schiites,  pesait  sur  lui  ;  une 
brillante  improvisation  qu'il  prononça  en  présence  du  prince  lui  sauva  la  vie  et 
désormais  il  devint,  sinon  le  chantre  attitré,  du  moins  un  des  commensaux  de  la 
cour  de  Bagdad,  C'est  ce  que  prouvent  plusieurs  de  ses  odes  adressées  à  Haroun  . 
ar-Raschîd,  au  Khalife  Emîn  et  au  premier  ministre  Fadhl  ben  Sehl.  La  faveur 
de  ce  ministre  répara  en  maintes  circonstances  les  brèches  que  sa  vie  désor- 
donnée faisait  à  sa  fortune  et  il  lui  dut  en  dernier  lieu  une  récompense  inespérée  : 
l'insouciant  coureur  de  ruelles,  le  patito  des  houris  de  Bagdad  fut  nommé  juge 
au  criminel,  s'il  faut  en  croire  une  tradition,  directeur  des  postes,  selon  une 
autre,  et  agent  secret  du  gouvernement  dans  la  province  de  Djordjân  (Gourgân). 
Ainsi  le  voulait  le  caprice  du  maître  et  nul  n'y  trouvait  à  redire  dans  cette 
société  frivole  et  élégamment  dissolue  du  second  siècle.  Polycrate  fit,  dit-on, 
d'Anacréon  un  des  archontes  de  Samos  ;  Raschîd  transformait  en  grave  fonction- 
naire le  chantre  joyeux  de  l'ivresse  et  de  l'amour.  C'est  à  Djordjân  et  sans  doute 
en  possession  de  son  grade  officiel  que  mourut  Moslim  vers  l'année  208  (82  j- 

824). 

Le  sobriquet  galant  «  victime  des  belles  »  sari'oul-ghawany  lui  fut  donné,  si 
la  légende  est  véridique,  par  le  Khalife  Raschîd  frappé  de  ce  vers  d'une  de  ses 
odes  :  «  Qu'est-ce  que  la  vie  pour  moi  ?  Aimer  et  mourir  victime  du  vin  et  des 
»  beaux  yeux.  '  »  Lui-même  le  commentait  en  ces  termes  dans  une  pièce  qui 
ne  fait  pas  partie  du  recueil.  «  Un  teint  de  rose,  des  yeux  languissants,  des 
»  lèvres  qui  laissent  voir  une  rangée  de  perles  blanches  comme  Vantbemis;  |j  Deux 
»  boucles  noires  qui  rehaussent  la  blancheur  du  visage;  des  seins  arrondis 
fi  comme  la  grenade  :  |1  Voilà  le  pouvoir  irrésistible  auquel  j'ai  succombé;  voilà 
»  ce  qui  m'a  valu  le  surnom  de  victime  des  belles^.  » 

Ce  surnom  né  d'une  boutade  du  prince  des  Croyants  et  que  le  poète  acceptait 
d'assez  mauvaise  grâce,  résume  incomplètement  ses  goûts  et  la  nature  de  ses 
inspirations.  On  aurait  pu  aussi  bien  le  nommer  «  la  victime  de  l'amphore  et  des 
»  coupes  »  (jari'  oul-kassât).  Sa  vie  ne  fut  qu'une  perpétuelle  ivresse,  mais 
l'ivresse  d'un  viveur  élégant  qui  avait  autant  d'aversion  pour  la  lourde  débauche 
du  Khalife  Emîn  que  pour  le  rigorisme  des  gens  de  loi.  Les  Grecs  l'auraient 
surnommé  civoBuvaaxYiç.  Moslim  aime  la  liqueur  d'or  qu'on  recueille  à  Tizenâbâd, 
parce  qu'il  lui  doit  ses  plus  chaudes  inspirations,  ses  images  les  plus  colorées, 
parce  qu'elle  le  place  tout  à  côté  du  grand  poète  Abou  Nowas  dans  ce  genre 
particulier  de  poésies  que  les  Arabes  nomment  Khamriât  «  bachiques.  »  Voyez^ 
avec  quelle  délicatesse  d'expression  il  chante  la  boisson  enchanteresse  : 

«  C'est  la  fille  des  mages,  devenue  musulmane  par  son  union  avec  les  convives.  ||  Nous 
l'avons  demandée  en  mariage,  et  le  négociateur  qui  nous  l'amène  marche  d'un  pas  grave 

1,  Diwan,  texte,  p.  37;  comparer  avec  les  versions  différentes  citées  p.  290  et  308. 

2.  Thâkb'i,  Lataïf,  édition  de  Jong,  p.  23. 


d'histoire  et  de  littérature.  307 

et  solennel.  ||  Il  a  su  séduire  son  premier  maître  et,  prodiguant  l'or,  il  l'a  ravie  à  sa 
famille.  ||  Il  la  livre  vierge  et  pure  à  une  troupe  de  buveurs  généreux,  exempts  de  toute 
vilenie.  ||  La  voilà  cette  liqueur  que  le  vigneron  n'a  pas  pressée  dans  la  cuve;  la  voilà 
bouillonnante  comme  le  sang  dans  les  veines  du  guerrier  Kharédjite.  |{  C'est  elle  qui  chasse 
le  chagrin,  qui  inspire  la  générosité  à  l'avare.  ||  Elle  colore  la  main  de  l'échanson  et  donne 
à  ses  doigts  les  reflets  de  l'écaillé.  y>*  —  «  L'eau,  en  se  mêlant  doucement  au  vin,  pare 
l'amphore  d'un  collier  de  perles  (globules) 2,  etc.» 

Ailleurs  il  célèbre  l'esclave  charmante  qui  fait  circuler  la  coupe  : 

«  Les  convives  lui  lancent  à  la  dérobée  d'amoureuses  œillades;  elle  leur  verse  en  même 
temps  et  le  vin  et  l'amour.  ||  Chacun  répond  à  son  appel  ;  chacun  partage  le  délire  de 
celle  qui  tient  l'amphore.  ||  Le  luth  et  la  cithare  mêlent  leurs  plaintes  aux  soupirs  des 
convives  ;  tous  goûtent  une  félicité  qui  n'a  rien  à  envier  à  celle  des  élus.  »  ' 

Dans  la  peinture  de  l'amour,  dans  l'élégie  passionnée  que  les  Arabes  nomment 
naçîb,  le  poète  trouve-t-il  des  accents  aussi  chaleureux,  une  émotion  aussi  sin- 
cère? Il  faut  bien  reconnaître  que  non.  La  plupart  des  morceaux  qui  nous  ont 
été  conservés  dans  le  Divan,  en  admettant  qu'ils  soient  réellement  son  œuvre, 
ce  qui  est  contestable,  se  recommandent  par  une  facture  élégante,  un  tour  aisé, 
des  images  heureuses,  mais  on  y  cherche  vainement  ce  cri  de  la  souffrance,  cette 
expression  de  la  douleur  vraie  qui  éclatent  dans  les  courtes  poésies  à'Orwah  et 
de  Medjnoun,  «  les  martyrs  de  l'amour.  »  Tout  au  plus,  peut-on  faire  une  excep- 
tion pour  la  pièce  XXI 4  dont  le  début  est  mouvementé.  En  voici  quelques 
vers  : 

«  0  joies  évanouies,  ô  tristesses  de  l'heure  présente,  pourquoi  ne  suis-je  pas  mort  au 
moment  des  adieux?  ||  La  destinée  a-t-elle  reculé  le  terme  fatal  de  ma  vie,  ou  bien  suis-je 
resté  insensible  à  l'heure  de  la  séparation?  ||  Celle  que  j'aime  n'est-elle  pas  loin  de  moi? 
Ne  vois-je  pas  les  traces  désolées  du  campement  qu'elle  habitait?  ||  An!  si  les  flots  de 
l'Euphrate  pouvaient  me  dire  où  est  le  navire  qui  l'emmène!  ||  La  vie  est  désormais  sans 
douceur  ;  la  mort  seule  a  du  prix  à  mes  yeux.  ||  Ces  colombes  qui  gémissent  peuvent 
confier  leurs  plaintes  au  bocage,  mais  moi,  pauvre  amant  délaissé,  à  qui  dirai-je  ma  dou- 
leur? etc.  » 

A  part  le  défaut  de  liaison,  défaut  inhérent  à  toute  poésie  sémitique,  les  vers 
qui  précèdent  ont  dans  l'original  je  ne  sais  quoi  de  touchant  et  de  tendre  dont  la 
traduction  ne  donne  qu'une  faible  idée.  Partout  ailleurs,  dans  les  pièces  du  même 
genre,  Moslim  n'est  plus  qu'un  versificateur  habile;  il  trouvera  parfois  des  com- 
paraisons ingénieuses,  celle-ci  par  exemple  :  «  L'amour  de  cette  magicienne  m'a 
»  fasciné  comme  la  croix  fascine  le  chrétien  ;  «  il  restera  mesuré  et  relativement 
chaste  dans  le  choix  de  l'expression,  mais  l'inspiration  n'y  est  plus.  D'ailleurs, 
l'amour  est  pour  lui  affaire  de  mode  et  de  dilettantisme;  il  avoue  lui-même 
quelque  part  qu'il  chante  la  dame  de  ses  pensées,  parce  que  le  bon  ton  le  veut 
ainsi  ;  mais  l'esclave  qu'il  charge  de  ses  messages  amoureux  lui  paraît  plus  char- 
mante que  les  Zeïneb  ou  les  Asmâ  de  convention  dont  il  se  déclare  publiquement 
l'adorateur. 

En  relisant  ces  romances  sentimentales,  on  se  croit  transporté  dans  quelque 


1.  Diwan,  p.  32. 

2.  Ibid.,  p.  48, 

3.  Ibid.,  p.  48  et  passim. 

4.  Ibid.,  p.  139. 


308  REVUE   CRmQL'E 

cour  d'amour  de  Provence  ou  d'Italie  ;  ou,  pour  mieux  dire,  on  assiste  à  Péclo- 
sion  de  ce  génie  léger  et  galant  qui,  brisant  les  chaînes  du  rigorisme  musulman 
et  les  grilles  du  harem,  va  pénétrer  le  monde  occidental  et  éclairer  de  ses  joyeuses 
clartés  les  ténèbres  de  la  vie  féodale.  M.  de  Kremer  dans  son  excellent  ouvrage 
Culturgeschichte  des  Orients  unter  den  Chalifen,  a  déjà  signalé  ce  caractère  parti- 
culier du  génie  arabe  '.  Ce  qui  est  vrai  des  autres  littératures,  l'est  aussi  de  la 
poésie  arabe,  c'est  là  qu'il  faut  chercher  le  tableau  fidèle  de  la  vie  sociale,  et 
M.  de  G.  a  raison  de  dire  dans  son  Avant-propos  «  imago  societatis  orientalis 
))  delineari  potest  poëtarum  ratione  non  habita,  pingi  verô  nequit.  «  Veut-on 
savoir  par  exemple  jusqu'à  quel  point  le  langage  de  la  haine  et  de  là  vengeance 
s'allie  aux  élégances  de  la  vie  de  cour,  qu'on  lise  l'ode  où  Moslim  célèbre  les 
prouesses  de  Yézîd  ben  Mazyad,  vainqueur  des  Kharédjites  ^  : 

«  Yézîd  se  jette  dans  la  mêlée  le  sourire  aux  lèvres  quand  la  peur  fait  blêmir  la  face  de 
ses  ennemis.  ||  Il  féconde  la  mort  et  lui  donne  une  innombrable  lignée  de  cadavres.  ||  Brave 
autant  que  généreux,  il  abreuve  ses  hôtes  de  bienfaits  et  son  épée  du  sang  des  hérétiques. 
Il  II  ne  trompe  pas  l'attente  des  oiseaux  de  proie;  les  vautours  le  suivent  et  tourbillonnent 
au-dessus  de  sa  tête,  sûrs  d'une  abondante  pâture.  » 

Ailleurs,  p.  216,  il  dit  d'un  autre  guerrier  Moslim  ben  Walid  : 

«  Son  butin  à  lui,  ce  sont  les  tètes  de  ses  ennemis;  leurs  femmes  et  leurs  filles  enchaî- 
nées servent  de  contre-poids  à  ce  sanglant  trophée;  etc.  » 

Et  qu'on  ne  s'imagine  pas  que  ces  images  violentes,  succédant  sans  transition 
aux  gracieux  tableaux  de  la  vie  nomade,  choquaient  le  Khalife  et  l'auditoire 
raffiné  auxquels  elles  étaient  destinées.  Loin  de  là  :  exigées  par  la  tradition 
classique,  elles  étaient  accueillies  avec  admiration  par  ces  princes  abbassides 
altérés  de  voluptés  et  de  sang,  et  qui  avaient  fait  de  cette  antithèse  une  terrible 
réalité. 

On  ne  s'explique  pas  pourquoi  un  critique  du  temps,  établissant  un  parallèle 
entre  Abou  Nowas  et  Moslim,  reproche  à  ce  dernier  de  n'exceller  que  dans  un 
seul  genre  et  de  n'avoir  qu'une  corde  à  sa  lyre.  Il  suffit  de  parcourir  le  Divan 
pour  se  convaincre  que  notre  poète  s'est  essayé  dans  tous  les  genres  avec  succès. 
Doué  d'un  génie  moins  puissant  que  son  rival,  il  travaille  et  polit  le  vers  avec 
autant  de  délicatesse  et  de  soin;  amoureux  de  son  art,  il  remet  sans  cesse  son 
ouvrage  sur  le  métier,  mais  ne  laisse  voir  nulle  part  le  travail  de  la  lime.  Il  sait 
mieux  que  personne ,  lui  qui  est  arrivé  à  la  gloire  par  sa  première  ode  dédiée  à 
Yézîd,  combien  il  importe  de  frapper  fort  et  juste  au  début.  «  Mon  ami,  disait-il 
»  au  poète  Di'bil  son  élève,  fais  en  sorte  que  le  premier  morceau  que  tu  produiras 
»  en  public  soit  achevé  de  tout  point  et  tu  recevras  dès  ton  apparition  le  beau 
»  nom  de  poète.  Si  tu  t'annonces  par  une  œuvre  imparfaite,  quel  que  soit 
»  le  mérite  de  ce  que  tu  composeras  plus  tard,  tu  ne  te  laveras  jamais  de  la 
»  tache  originelle  3 .  » 

Mais  un  reproche  peut-être  plus  mérité  est  celui  que  lui  adresse  un  admira- 

1.  Vienne,  187J.  Voir  surtout  le  chapitre  V,  Damascus  und  der  Hof  der  Omajjaden. 

2.  Diwan,  p.  2  et  suiv. 

3.  Ibid.,  pièces  annexes,  p.  245. 


d'histoire  et  de  littérature.  J09 

leur  des  anciens,  un  certain  Ibn  Mihrawaïh,  «  laudator  temporis  acti.  «  Au  dire 
de  ce  juge  difficile,  Mosiim  aurait  été  l'inventeur  de  ce  genre  brillant  et  faux 
que  les  rhétoriciens  nomment  badV  et  latîf,  le  style  à  facettes,  l'abus  des  concetti, 
de  l'antithèse  et  des  jeux  d'esprit.  Bien  que  sa  manière,  si  on  la  compare  à  celle 
de  Bohtori  et  d'Abou  Tammam  ses  imitateurs,  soit  la  simplicité  même,  on  ne 
peut  nier  qu'elle  n'e^t  exempte  ni  de  recherche,  ni  d'ornements  de  faux  aloi. 
Toutefois,  avant  de  lui  faire  un  procès  en  règle,  il  faudrait  être  sûr  de  l'authen- 
ticité de  toutes  les  pièces  qui  figurent  dans  son  recueil.  Or  nous  avons  plusieurs 
excellentes  raisons  d'en  douter.  Il  est  évident,  par  exemple,  que  certains  mor- 
ceaux, surtout  la  pièce  XXIV  et  les  suivantes  offrent  avec  les  grandes  odes  du 
début  un  contraste  frappant  :  la  pensée  en  est  banale,  le  style  lâché  et  terne. 
Nous  avons  là  sans  doute  quelques-unes  de  ces  ballades  anonymes  dont  on 
voulut  plus  tard  assurer  le  succès  en  les  mettant  sous  le  couvert  d'un  nom 
célèbre.  Nous  savons  d'ailleurs  qu'il  y  eut  plusieurs  éditions  du  Divan.  La  pre- 
mière en  date  et  la  plus  digne  de  confiance  avait  pour  auteur  le  poète  et  critique 
du  ive  siècle  de  l'hégire  Souli  (qui  fut  aussi  le  plus  grand  joueur  d'échecs  de 
son  temps;)  elle  paraît  à  tout  jamais  perdue.  Une  seconde  recension,  celle  à  la- 
quelle l'auteur  de  VAghani  fait  de  nombreux  emprunts  est  très-différente  de  celle 
que  nous  avons  sous  les  yeux.  Plusieurs  morceaux  en  l'honneur  de  Yézid ,  de 
Fadhl  ben  Sehl,  etc.,  cités  en  fragments  par  le  Livre  des  Chansons  ne  se  trouvent 
pas  dans  le  texte  imprimé  à  Leyde.  Veut-on  une  autre  preuve  de  la  réserve  avec 
laquelle  il  faut  se  prononcer  sur  la  question  d'origine ,  qu'on  lise  l'anecdote  de 
la  page  231  où,  sur  quatre  vers  cités  comme  appartenant  aux  meilleures  pièces 
de  l'auteur,  un  seul  se  retrouve  dans  l'édition  de  M.  de  G.  Mais  voici  le  coup 
de  grâce. 

D'après  une  tradition  d'un  caractère  respectable,  le  poète,  à  son  lit  de  mort, 
écoutait  la  lecture  de  quelques-unes  de  ses  productions.  Effrayé  de  la  hardiesse 
avec  laquelle  il  avait  célébré  les  charmes  de  l'amour  et  la  boisson  défendue  par 
le  Koran,  il  arracha  le  manuscrit  des  mains  de  son  secrétaire  (ou  de  son  rhap- 
sode) et  le  jeta  dans  la  rivière  de  Djordjân;  «de  sorte,  ajoute  le  narrateur,  que 
»  presque  toutes  ses  compositions  furent  perdues  et  qu'on  ne  peut  considérer 
))  comme  siennes  que  les  pièces  dédiées  à  des  personnages  historiques,  lesquelles 
»  furent  conservées  dans  les  archives  de  famille.  »  Si  ce  récit  est  vrai,  et  la 
source  d'où  il  émane  ne  peut  guère  être  révoquée  en  doute,  il  faudrait  éliminer 
comme  apocryphe  près  d'un  tiers  du  divan,  notamment  les  vers  de  circon- 
stance, chansons  d'amour,  etc.,  qui  ne  sont  accompagnés  d'aucun  commentaire. 
Enfin  le  style  relativement  faible  des  passages  contestés  vient  à  l'appui  de  cette 
hypothèse.  On  arriverait  de  la  sorte  pour  un  poète  du  deuxième  siècle  de  l'hégire 
à  la  même  fin  de  non-recevoir  que  M.  Ahlwardt  oppose  avec  raison  à  une  partie 
des  œuvres  attribuées  à  six  poètes  de  l'âge  héroïque  ' . 

Mais  la  question  d'authenticité  mise  à  part,  il  n'en  reste  pas  moins  avéré  que 
le  divan  de  Mosiim,  considéré  comme  document  pour  l'histoire  des  idées  et  de  la 

1.  Voir  The  divans  oj  the  six  ancient  arabic  poets,  préface,  p.  xxvij. 


?IO  REVUE   CRITIQUE 

civilisation  musulmanes,  aussi  bien  que  comme  texte  d'étude  et  de  recherches 
lexicographiques,  est  une  œuvre  de  haute  valeur.  Les  poètes  de  cette  époque  sont 
encore  pleins  du  souffle  qui  a  inspiré  les  Moallakahs;  ils  continuent  la  tradition 
des  poètes  de  la  vie  nomade;  leurs  chants  s'appliquent  à  des  faits  et  à  des  per- 
sonnages contemporains,  mais  la  langue  est  restée  celle  de  la  grande  poésie.  Si 
nous  avions  l'honneur  d'enseigner  la  littérature  arabe  au  Collège  de  France, 
nous  voudrions  étudier  les  odes  de  Moslim  concurremment  avec  les  grands  mor- 
ceaux de  l'époque  anté-islamique,  persuadé  qu'il  en  jaillirait  d'heureux  rappro- 
chements et  des  comparaisons  fécondes.  Le  savant  et  consciencieux  éditeur  n'a 
rien  négligé  pour  rendre  cette  tâche  plus  facile.  Le  soin  avec  lequel  il  a  établi 
son  texte,  les  nombreuses  variantes  qu'il  y  a  ajoutées,  le  vocabulaire  des  mots 
rares  et  difficiles  qui  termine  son  travail  et  comble  heureusement  les  lacunes 
du  commentaire,  tout  cela  fait  de  son  livre  un  des  meilleurs  qu'on  puisse  mettre 
aux  mains  des  élèves  déjà  exercés.  C'est  à  peine  si,  après  une  lecture  attentive, 
nous  avons  relevé  quelques  erreurs  typographiques,  quelques  bonnes  leçons 
rejetées  à  tort  parmi  les  variantes,  quelques  mots  omis  dans  le  lexique  spécial; 
cette  liste  de  corrections  figurera  à  la  suite  de  l'article  que  nous  destinons  au 
Journal  asiatique.  Aujourd'hui  nous  avons  voulu  seulement  signaler  la  valeur 
intrinsèque  de  l'œuvre  et  le  rang  qu'elle  nous  paraît  devoir  occuper  dans  le 
domaine  littéraire  des  Arabes.  Nous  sommes  heureux  de  pouvoir  féHciter  dès  à 
présent  le  savant  orientaliste  à  qui  nous  en  sommes  redevables  et  nous  déclarons 
en  toute  sincérité  que  son  travail  nous  paraît  digne  de  la  circonstance  qui  l'a 
inspiré  et  de  la  célèbre  Université  qui,  depuis  trois  siècles,  ne  cesse  de  rendre 
d'éminents  services  à  l'érudition. 

Barbier  de  Meynard. 


90.  —  Maurice  Vernes.  Histoire  des  Idées  Messianiques,  depuis  Alexandre 
jusqu'à  l'empereur  Hadrien.  Paris,  Sandoz  et  Fischbacher.  1874.  1  vol.  in-8",  xv- 
294  p. 

L'Histoire  des  Idées  Messianiques  par  M.  Vernes  est  la  suite  d'un  travail 
publié  par  lui  en  1872  sur  le  Peuple  d'Israël  et  ses  espérances  relatives  à  son 
avenir,  depuis  les  origines  jusqu'à  l'époque  persane  ',  résumé  lucide  des  travaux 
des  exégètes  allemands  sur  cette  question  importante.  Ce  nouveau  livre  a  une 
plus  grande  portée  que  le  précédent.  Il  nous  offre  le  premier  travail  d'ensemble 
qui  ait  été  fait  sur  le  développement  des  idées  messianiques  pendant  l'époque 
de  trouble  intellectuel  qui  a  précédé  et  immédiatement  suivi  l'apparition  du 
christianisme.  M.  V.  étudie  successivement  l'Apocalypse  de  Daniel,  les  parties 
juives  des  livres  Sibyllins,  l'Apocalypse  d'Henoch,  les  Psaumes  de  Salomon,  le 
livre  des  Jubilés,  l'Apocalypse  (canonique)  de  Jean,  l'Apocalypse  d'Esdras, 
l'Assomption  de  Moïse,  en  y  joignant  les  livres  apocryphes  de  l'Ancien  Testa- 
ment, les  livres  du  Nouveau  Testament,  et  les  Targoums  et  Talmuds  judaïques. 
Il  expose  en  excellents  termes  le  but  et  le  plan  de  son  étude  :  w  Mon  premier 

1.  Paris,  Sandoz  et  Fischbacher.  1872.  i  vol.  in-8",  169  p. 


d'histoire  et  de  littérature.  jii 

»  chapitre,  dit-il,  rappelle  les  résultats  acquis  par  mes  études  précédentes  sur 
»  les  idées  messianiques  avant  l'exil  et  à  l'époque  persane.  Les  suivants  sont 
»  consacrés  tour  à  tour  à  l'idée  messianique  sous  la  domination  grecque,  —  sous 
))  les  Hasmonéens,  —  sous  Hérode  le  Grand  et  sous  les  procurateurs  romains 
»  qui  exercèrent  le  pouvoir  en  Judée  dans  les  premières  années  de  l'ère  chré- 
»  tienne,  et  furent  contemporains  de  la  naissance  du  christianisme.  Un  chapitre  à 
»  part  est  rempli  par  l'étude  des  idées  messianiques  de  Jean-Baptiste  et  surtout  de 
»  Jésus,  dont  la  place  était  marquée  dans  notre  histoire  au  double  point  de 
»  vue  de  la  manière  dont  il  a  conçu  l'attente  messianique  et  du  rôle  qu'il  s'est 
»  attribué  dans  la  fondation  du  royaume  à  venir.  A  partir  de  lui,  l'idée  messiani- 
»  que  poursuit  son  cours  chez  les  juifs  et  chez  les  chrétiens  dans  des  directions 
»  parallèles.  Chez  ces  derniers,  cependant,  l'attente  du  Messie,  sans  compter  le 
»  caractère  nouveau  qu'elle  tenait  de  la  foi  enlamessianitédeJésus,  tend  bientôt 
»  à  perdre  sa  signification  originelle  et  nous  n'en  poursuivrons  pas  l'étude  au-delà 
»  de  la  fm  du  premier  siècle.  Chez  les  Juifs,  au  contraire,  l'espérance  de  la  glo- 
»  rieuse  révolution  qui  doit  inaugurer  le  royaume  de  l'avenir  est  plus  vivace  que 
))  jamais  à  la  fm  de  ce  même  siècle  au  point  qu'elle  suscite  un  Messie  contre 
»  Hadrien  ;  mais  elle  meurt  de  cet  effort  en  même  temps  que  le  peuple  qui  l'a 
»  conçue  et  nourrie  pendant  mille  ans.  L'idée  messianique  dans  la  primitive  église 
»  forme  le  chapitre  VII, l'idée  messianique  chez  les  Juifs, après  la  destruction  du 
»  temple,  le  chapitre  VIII  et  dernier.» 

Le  mérite  de  M.  Vernes  est  surtout  d'avoir  présenté  une  étude  suivie  et  com- 
plète des  livres  où  sont  exprimées  les  espérances  messianiques.  Quant  au  fond 
même  de  son  livre,  il  est  emprunté  aux  travaux  des  érudits  allemands  auxquels 
il  faut  joindre  M.  Colani,  dont  le  livre  remarquable  (Jésus-Christ  et  les  croyances 
messianiques  de  son  temps,  1864)  exerce  sur  ses  idées  un  empire  excessif.  Il 
s'est  montré  un  trop  fidèle  disciple  du  professeur  de  Strasbourg,  et  semble 
ignorer  les  travaux  de  M.  Langen,  de  Holtzmann  et  de  Keim  qui  complètent  ou 
rectifient  les  siens. 

r^lous  reprocherons  aussi  à  M.  V.  de  n'avoir  pas  donné  tout  à  fait  ce  que 
promet  le  titre  de  son  livre.  Il  annonce  une  histoire  des  idées  messianiques  et  il 
donne  en  réalité  une  histoire  des  écrits  apocalyptiques.  Mais  quel  est  le  milieu 
historique  et  moral  où  ces  écrits  ont  pris  naissance  ?  Il  importait  de  le  dire  et 
M.  V.  l'a  négligé. 

Nous  regrettons  enfin  que  dans  un  sujet  aussi  délicat  et  aussi  neuf  pour  le 
public  français,  M.  V.  ait  trop  souvent  cru  pouvoir  trancher  les  questions  les 
plus  difficiles  par  des  affirmations  trop  péremptoires.  En  matière  scientifique, 
ce  n'est  pas  l'assurance,  mais,  au  contraire,  le  scrupule  qui  donne  de  l'autorité. 
Nous  noterons  en  particutier  les  chapitres  V  et  VI  (L'idée  messianique  sous  les 
procurateurs  romains  et  l'idée  messianique  chez  Jean-Baptiste  et  Jésus  de  Naza- 
reth) où  ce  défaut  s'est  fait  le  plus  sentir.  M.  V.  semble  être  encore  à  l'âge 
où  l'on  aime  à  étonner  les  partisans  des  idées  anciennes  et  à  affirmer  son  indé- 
pendance par  la  hardiesse  des  hypothèses  et  des  assertions.  En  revoyant  son 
œuvre  avec  plus  mûre  réflexion  nous  ne  doutons  pas  qu'il  ne  sente  lui-même  ce 


JI2  REVUE   CRITIQUE 

qui  doit  y  être  corrigé  à  cet  égard.  Il  se  méfiera  de  certaines  tendances  de  son 
esprit  qui  le  poussent  par  amour  de  la  clarté  à  appauvrir  et  à  simplifier  outre 
mesure  son  sujet,  et  par  réaction  contre  le  respect  superstitieux  dont  certaines 
idées  sont  l'objet,  à  les  rabaisser  et  à  les  dépouiller  de  leur  poésie  et  de  leur 
réelle  beauté.  Il  devra  également  apporter  une  sévère  attention  à  son  style. 
Quelque  soin  qu'ait  pris  M.  V.  de  rejeter  tout  ce  qui  pouvait  rappeler,  même  de 
loin,  les  idées  et  le  langage  de  la  théologie  protestante,  il  n'a  pas  su  si  bien 
dépouiller  le  vieil  homme  que  l'on  ne  puisse  le  reconnaître  à  la  forme  de  ses 
phrases  et  au  choix  de  ses  mots.  Il  a  le  style  réfugié,  comme  on  dit. 

Malgré  ces  critiques,  que  nous  aurions  peut-être  moins  accentuées  si  le  ton 
d'assurance  de  M.  V.  ne  donnait  le  droit  d'être  sévère  pour  des  inexpériences 
en  elles-mêmes  bien  excusables,  nous  pensons  que  le  livre  qu'il  vient  de  publier 
est  destiné  à  rendre  de  grands  services.  Il  offre  au  public  français  un  résumé 
clair,  précis  et  en  général  exact  d'une  des  crises  les  plus  intéressantes  de  l'his- 
toire religieuse  et  morale  de  l'humanité  ;  pour  la  France,  c'est  un  livre  vraiment 
nouveau.  Il  pourra  de  plus  servir  de  point  de  départ  à  des  recherches  nou- 
velles en  déblayant  le  terrain  déjà  exploré.  En  le  remaniant  avec  soin,  M.  V. 
peut  aisément  en  faire  un  très-bon  livre  qui  tiendra  dignement  sa  place  dans  les 
bibliothèques  d'histoire  religieuse. 

X. 


91.  —  Apuntes  hlstôricos  sobre  el  archive  gênerai  de  Simàncas,  por 

D.  Francisco  Romero  de  Castilla  y  Perosso,  secretario  del  mismo  archive. 
Madrid,  Aribau  y  C.  1873.  In-8°,  xxiij-165  p. 

Le  mémoire  dont  nous  venons  de  transcrire  le  titre  est  consacré  à  l'histoire 
des  archives  de  Simàncas.  Jusqu'ici,  quelque  étonnant  que  cela  puisse  paraître, 
aucun  érudit  espagnol  ne  s'était  senti  porté  à  entreprendre  la  tâche  de  raconter 
la  formation  et  les  vicissitudes  de  ce  célèbre  dépôt  de  documents  historiques, 
une  des  gloires  de  l'Espagne.  Dans  le  rapport  bien  connu  de  Santiago  Agustin 
Riol  sur  les  archives  d'Espagne',  rédigé  en  1726  par  ordre  de  Philippe  V,  la 
partie  qui  concerne  le  plus  important  établissement  d'archives  de  la  monarchie 
espagnole  n'occupe  que  quelques  pages.  Un  autre  mémoire  qui  traite  également 
de  toutes  les  archives  d'Espagne  et  qui  fut  composé  par  Rafaël  de  Floranes  pour 
répondre  au  rapport,  parfois  incomplet  et  inexact,  de  Riol,  est  resté  inédit  ;  les 
renseignements  qu'il  donne  sur  Simàncas,  à  en  juger  par  ce  qu'en  ont  tiré 
M.  Gachard  et  l'auteur  du  travail  que  nous  annonçons,  se  réduisent  à  peu  de 
chose.  Enfin  la  Diserîacion  sobre  archivas  etc.  de  Facundo  de  Porras  Huidobro, 
est,  à  ce  qu'il  paraît,  fort  insignifiante.  Heureusement,  un  savant  étranger, 
M.  Gachard,  mieux  préparé  à  cette  tâche  que  bien  d'autres,  eut  l'idée  de  pro- 
fiter d'un  long  séjour  à  Simàncas  pour  recueillir  sur  l'histoire  du  dépôt  d'ar- 


I.  Il  a  été  publié  dans  le  tome  III,  p.  73-234,  du  Stmanario  erudito  de  Valladares  de 
Sotomayor,  et  il  en  existe  de  nombreuses  copies  manuscrites  :  le  fonds  espagnol  de  la 
Bibliothèque  nationale  de  Paris  en  possède  deux. 


d'histoire  et  de  littérature.  J  I  5 

chives,  dont  il  a  tiré  tant  de  documents  précieux,  un  nombre  considérable  de 
renseignements  qui  lui  servirent  à  rédiger  la  Notice  historique  et  descriptive  des 
archives  royales  de  Simancas  \  Cet  excellent  travail,  enrichi  d'extraits  d'inven- 
taires, est  trop  connu  de  tous  les  érudits  qui  s'occupent  de  l'histoire  du  xvi®  siècle 
pour  qu'il  soit  nécessaire  d'insister  sur  son  mérite.  M.  F.  Romero,  secrétaire 
des  archives  de  Simancas,  dans  l'introduction  et  le  premier  chapitre  de  son 
mémoire,  suit  pas  à  pas  les  travaux  des  érudits  que  nous  avons  nommés;  cepen- 
dant il  a  pu  élucider  une  question  que  M.  Gachard  avait  dû  laisser  indécise.  En 
effet,  Floranes,  s'appuyant  sur  l'autorité  de  Fr.  Pedro  de  Quintanilla  y  Mendoza^, 
affirmait  que  l'idée  de  recueillir  les  documents  historiques  de  la  Péninsule  dans  la 
forteresse  de  Simancas  se  trouvait  consignée  pour  la  première  fois  dans  une  lettre 
adressée  le  12  avril  15 16  par  le  cardinal  Jimenez  de  Cisneros  à  Ferdinand  le 
Catholique.  Or,  dans  la  correspondance  du  célèbre  archevêque-cardinal  publiée 
en  1867  par  MM.  P.  de  Gayangos  et  V.  de  la  Fuente  ?,  on  trouve  une  lettre  de 
la  même  date  adressée  à  Diego  Lopez  de  Ayala,  dans  laquelle  Jimenez  insiste 
sur  la  nécessité  de  forcer  les  divers  fonctionnaires  de  l'État  à  se  dessaisir  des 
registres  ou  documents  qui  peuvent  servir  au  roi  ou  à  son  gouvernement, 
«  porque  »,  dit-il,  a  acordamos  de  hacer  unos  archivos  adonde  todas  dichas 
»  escripturas  se  pongan  e  guarden  ».  Le  nom  de  Simancas  n'est  pas  prononcé. 
La  lettre  en  question  est,  il  est  vrai,  adressée  à  Diego  Lopez  de  Ayala  et  non 
point  au  roi  Ferdinand,  comme  le  prétendait  Quintanilla,  mais  on  ne  peut  guère 
admettre  que  Jimenez  ait  le  même  jour  précisé,  dans  une  lettre  à  son  souverain, 
le  projet  qu'il  communiquait  en  termes  encore  assez  vagues  à  Ayala.  On  peut 
donc  affirmer,  sans  craindre  d'être  démenti  par  de  nouvelles  investigations,  que 
Charles-Quint  est  le  véritable  fondateur  des  archives  de  Simancas.  Une  cédule 
du  19  février  1 543  ordonne  le  transfert  dans  ce  château-fort  de  certains  docu- 
ments qui  se  trouvaient  à  Médina  del  Campo.  A  partir  de  cette  époque  les  or- 
donnances concernant  les  archives  nouvellement  créées  se  multiplient  :  elles  sont 
déjà  connues  par  la  notice  de  M.  Gachard. 

La  partie  la  plus  intéressante,  et  vraiment  nouvelle,  du  travail  de  M.  R.  est 
celle  qui  traite  de  l'administration  des  archives  de  Simancas  sous  le  règne  de 
Philippe  II.  L'installation  d'une  administration  aussi  importante  dans  la  vieille 
forteresse  devait  entraîner  de  grandes  modifications  dans  la  disposition  intérieure 
des  corps  de  logis.  Ce  fut  Juan  de  Herrera,  le  célèbre  architecte  de  l'Escurial, 
que  Philippe  II  chargea  de  ce  soin,  et  la  série  des  travaux  qui  furent  exécutés 
sous  ses  ordres  a  été  consignée  dans  un  long  mémoire  auquel  M.  R.  a  fait  de 

1 .  Publiée  en  tête  du  tome  premier  de  la  Correspondance  de  Philippe  II  sur  les  affaires 
des  Pays-Bas,  Bruxelles,  1848. 

2.  Je  suppose  que  l'ouvrage  de  Quintanilla  auquel  Floranes  a  fait  cet  emprunt  est 
VArchetypo  de  virtudes,  espejo  de  prelados,  el  vénérable  padre  y  siervo  de  Dios ,  Fr.  Francisco 
Ximenez  de  Cisneros.  Palermo,  1653,  ou  bien  les  Panegyricos  del  cardenal  Cisneros,  Roma, 
i6$4,  mais  ces  deux  ouvrages  pourraient  bien  n'en  faire  qu'un,  voy.  N.  Antonio  Bibl. 
hisp.  nova  II,  229. 

5.  Édition  reproduite  dans  le  tome  II,  p.  219  a  281,  de  VEpistolario  espanol,  publ.  par 
Eugenio  de  Ochoa  {Bibl.  de  aut.  csp.  t.  LXII). 


ÎI4  REVUE   CRITIQUE 

nombreux  emprunts.  Mais  ce  qui  décida  du  sort  de  la  nouvelle  administration 
ce  fut  la  nomination,  en  1 561,  de  Diego  de  Ayala  comme  chef  des  archives  de 
Simancas.  M.  R.  a  fait  un  éloge  mérité  de  ce  serviteur  laborieux  et  intelligent, 
tel  que  Philippe  II  savait  en  trouver  et  en  former,  qui,  pendant  les  trente-six 
années  qu'il  remplit  la  charge  que  son  souverain  lui  avait  confiée,  dirigea  les 
travaux  des  architectes ,  fit  le  triage  des  documents  de  toute  nature  transportés 
en  grand  nombre  aux  archives,  enfin  consacra  le  reste  de  son  temps  à  répondre 
aux  nombreuses  demandes  des  agents  du  roi  et  à  entreprendre  la  rédaction  de 
plusieurs  inventaires.  Il  faut  lire  la  lettre,  publiée  par  M.  R.,  où  cet  infatigable 
travailleur  rend  compte  de  ses  travaux,  et  les  annotations  marginales  de  la  main 
de  Philippe  II,  qui  témoignent  à  la  fois  de  la  confiance  absolue  que  lui  inspirait 
Ayala  et  de  l'importance  qu'attachait  ce  souverain  aux  travaux  d'archives  et  à  la 
bonne  conservation  des  documents  historiques.  La  sollicitude  de  Philippe  II 
pour  ces  archives  était  surtout  motivée ,  comme  on  peut  s'y  attendre ,  par  le 
désir  de  conserver  les  titres  de  propriété  du  domaine  royal ,  afin  de  pouvoir  les 
produire  dans  toutes  les  circonstances  où  les  droits  du  roi  viendraient  à  être 
contestés.  Mais  le  «  sombre  tyran  »,  calomnié  par  tant  d'historiens  qui 
ne  l'ont  jugé  que  sur  quelques  actes  politiques,  avait  en  vue  aussi  l'intérêt 
scientifique.  On  peut  citer  à  cet  égard  les  considérants  d'une  commission  donnée 
en  1 567  au  célèbre  historien  aragonais,  Ger6nimo  Zurita,  à  l'effet  de  recueillir 
les  instructions,  mémoires,  lettres  et  autres  papiers  restés  entre  les  mains  des 
ambassadeurs  et  des  ministres  du  roi,  de  l'empereur  et  des  rois  catholiques,  et 
de  les  faire  transporter  à  Simancas,  après  en  avoir  examiné  le  contenu;  car, 
dit  le  roi,  «  nous  avons  remarqué  que  ceux  qui  sont  chargés  d'écrire  l'histoire 
»  et  les  chroniques  ne  possèdent  pas  les  connaissances  nécessaires  pour  donner 
»  une  relation  exacte  et  circonstanciée  des  événements  :  on  n'a  pas  extrait  de 
»  relation  des  papiers  déjà  recueillis  et  on  ne  sait  pas  ce  qu'ils  contiennent.  « 
Philippe  II  comprit  bientôt  que  les  instructions  de  détails  qu'il  envoyait  sans 
cesse  à  Diego  de  Ayala  ne  pouvaient  pas  suffire  à  assurer  la  marche  régulière  de 
l'administration  à  laquelle  il  portait  tant  d'intérêt ,  aussi  publia-t-il ,  le  24  août 
1588,  une  longue  instruction  en  trente  articles  destinée  à  régler  d'une  façon 
définitive  l'organisation  matérielle  des  archives,  les  travaux  des  archivistes  et  la 
police  intérieure  de  l'établissement.  Le  préambule  de  cette  instruction  contenait 
malheureusement  une  mesure,  inspirée  sans  doute  par  l'affection  que  son  auteur 
ressentait  pour  le  zélé  serviteur  qui  avait  consacré  sa  vie  au  dur  labeur  que  lui 
imposaient  ses  fonctions,  mais  qui  eut  dans  la  suite  les  conséquences  les  plus 
funestes.  Cette  mesure  rendait  héréditaire  dans  la  famille  d'Ayala  la  charge 
d'archiviste  de  Simancas.  Le  fils  déjà  de  Diego  de  Ayala,  Antonio,  ne  fit  preuve 
d'aucun  zèle  dans  l'accomplissement  de  sa  tâche,  et  ses  descendants  s'éloignèrent 
de  plus  en  plus  du  bel  exemple  donné  par  leur  ancêtre.  Les  travaux  de  classe- 
ments et  d'inventaires  ne  furent  pas  poursuivis,  les  documents  remis  aux  archives 
s'accumulèrent  et  le  désordre  ne  tarda  pas  à  envahir  la  maison  autrefois  si  bien 
administrée.  A  la  vérité  la  main  du  maître  ne  se  faisait  plus  sentir.  Quelle  impul- 
sion pouvaient  donner  à  ces  travaux  des  souverains  tels  que   Philippe  III, 


d'histoire  et  de  littérature.  }\\ 

Philippe  IV,  Marie-Anne  d'Autriche,  ou  leurs  validos,  le  duc  de  Lerma,  le  comte- 
duc  d'Olivares  et  le  P.  Nithard!  Philippe  IV  cependant  jugea  bon  d'envoyer  en 
1624  un  de  ses  secrétaires,  Francisco  de  Hoyos,  à  Simancas  pour  y  rédiger  des 
inventaires,  preuve  que  les  employés  des  archives  négligeaient  absolument  de 
s'acquitter  du  plus  important  de  leurs  devoirs.  Mais  ni  les  inventaires  rédigés  par 
Francisco  de  Hoyos  et  son  fils  Antonio,  d'après  un  plan  du  reste  assez  défec- 
tueux et  malheureusement  différent  de  celui  qu'avait  adopté  Diego  de  Ayala,  ni 
une  instruction  royale  de  16^3  qui  réformait  celle  de  1588,  ne  purent  couper 
court  au  désordre  qui  ne  fit  qu'augmenter. 

Le  gouvernement  de  la  maison  de  Bourbon  ne  devait  guère  améliorer  l'insti- 
tution qu'il  recevait  en  si  mauvais  état  des  mains  du  dernier  prince  espagnol  de 
la  maison  d'Autriche.  Le  rapport  rédigé  par  Riol,  conformément  aux  ordres  de 
Philippe  V,  entraîna  bien  la  nomination  d'une  junte  chargée  de  remédier  à  l'état 
déplorable  des  archives  du  royaume,  mais  aucune  décision  n'y  fut  prise  relati- 
vement à  Simancas  :  les  choses  restèrent  ce  qu'elles  étaient. 

Au  reste  le  grand  dépôt  historique  allait  bientôt  avoir  à  souffrir  d'injures 
plus  graves  encore  que  le  désordre  intérieur  ou  l'incapacité  de  ses  gardiens.  On 
sait  comment  l'abbé  Guiter  fut  chargé  en  18 10,  par  le  gouvernement  de 
Napoléon  I*"",  de  se  rendre  à  Simancas  pour  y  faire  le  triage  des  pièces  histo- 
riques qui  devaient  être  transportées  à  Paris,  aux  archives  de  l'Empire.  M.  R. 
proteste  énergiquement,  et  avec  toute  raison,  contre  cet  enlèvement  et  contre 
les  procédés  déplorables  des  détachements  de  l'armée  de  Kellermann  qui  occu- 
pèrent la  forteresse  pendant  qu'on  était  en  train  de  la  dépouiller  de  ses  trésors. 
Après  avoir  accueilli  avec  les  égards  qu'elle  mérite  la  protestation  de  M.  R.,  il 
nous  sera  permis  de  faire  observer,  qu'au  point  de  vue  scientifique,  la  translation 
d'une  partie  des  archives  espagnoles  à  Paris  a  eu  d'heureux  résultats.  Les  res- 
sources d'une  grande  ville  placée  au  centre  de  l'Europe  et  la  libéralité  d'une 
administration  qui  depuis  un  certain  nombre  d'années  ouvre  ses  portes  aux  tra- 
vailleurs sérieux,  ont  singulièrement  facilité  les  recherches  des  nombreux  érudits 
de  toute  nationalité  appelés  à  consulter  les  monuments  diplomatiques  de  l'an- 
cienne monarchie  espagnole.  M.  R.  a  raconté  avec  une  modération  qui  lui  fait 
honneur  cet  épisode  de  l'histoire  de  Simancas  d'après  la  notice  de  M.  Gachard. 
Quelques  petites  erreurs  qu'il  a  commises  en  parlant  du  classement  opéré  par 
l'abbé  Guiter  aux  archives  de  l'empire  auraient  été  évitées,  s'il  avait  eu  recours 
à  un  autre  travail  du  savant  archiviste  de  Bruxelles  '  ;  ainsi  les  pièces  apportées 
d'Espagne  n'ont  pas  été  distribuées  dans  les  différentes  sections  des  Archives  natio- 
nales :  elles  ont  été  versées  en  bloc  dans  la  section  historique,  série  des  Monuments 
historiques  (K);  les  séries  A  à  R,  établies  par  Guiter,  ne  répondent  aucunement 


I.  La  Notice  sur  la  collection  dite  des  Archives  de  Simancas,  qui  est  conservée  aux  archives 
de  l'empire,  à  Paris  dans  les  Bulletins  de  la  commission  royale  d'histoire,  y  série,  t.  III, 
n°  I .  Cette  notice  est  encore  ce  qu'on  possède  de  plus  complet  sur  cette  belle  collection 
qui  mériterait  à  tous  égards  un  catalogue  raisonné.  Le  Tableau  méthodique  des  fonds  con- 
servés aux  Archives  nationales  ne  lui  consacre  que  3  pages.  Je  dois  ajouter  que  la  direction 
des  Archives  nationales  annonce  depuis  quelques  années  la  publication  d  un  inventaire 
spécial  de  ce  fonds  :  il  est  à  désirer  qu'il  ne  se  fasse  pas  trop  attendre. 


5l6  REVUE  CRITIQUE 

à  des  divisions  d'ordre  méthodique.  Enfin  M.  R.  va  trop  loin  quand  il  remarque 
que  les  papiers  de  Simancas  sont  «  très-bien  classés  aux  Archives  nationales  de 
;)  France  »  :  bornons-nous  à  dire  qu'ils  sont  conservés  avec  soin  et  rangés  dans 
un  ordre  qui  ne  rend  pas  les  communications  trop  difficiles.  Le  travail  de  classe- 
ment, qui  aurait  du  reste  beaucoup  gagné  à  être  fait  par  des  personnes  plus 
compétentes,  a  consisté  simplement  à  distribuer  les  anciens  legajos  dans  des 
cartons,  et  à  envelopper  les  pièces  dans  des  chemises,  dont  les  cotes  sont  mal- 
heureusement trop  souvent  erronées. 

Avant  de  terminer  le  compte-rendu  de  cet  intéressant  mémoire,  il  nous  reste 
à  présenter  deux  observations.  M.  R.  revient  dans  une  note  sur  la  question  du 
procès  de  D.  Carlos  ;  il  remarque  qu'il  n'a  rien  trouvé  à  cet  égard  dans  les  nom- 
breux inventaires  qui  lui  ont  passé  par  les  mains.  Seul  un  mémoire  de  papiers  à 
réclamer  pour  les  archives  contient  cette  note,  qui  pourrait  être  de  la  main  de  Diego 
de  Ayala:  El  caso  del principe  D.  Carlos;  ce  qui,  comme  l'observe  justement  M.  R., 
«  ne  prouve  rien  ».  Je  crois  qu'il  faut  absolument  renoncer  à  l'idée  qu'on  pour- 
rait découvrir  à  ■  Simancas ,  ou  ailleurs ,  des  détails  relatifs  à  l'enquête  que 
Philippe  II  fit  ouvrir  sur  la  vie  et  les  actes  du  prince  des  Asturies.  M.  Gachard 
a  montré  '  que  toutes  les  pièces  concernant  D.  Carlos  que  le  roi  avait  un  intérêt 
quelconque  à  dissimuler  ont  dû  être  détruites,  conformément  aux  prescriptions 
de  son  codicille  du  24  août  1 597.  Et  puis  les  causes  qui  ont  amené  l'incarcération 
de  D.  Carlos  sont  maintenant  si  bien  connues,  que  les  pièces  de  cette  enquête 
ne  nous  apprendraient  assurément  rien  d'autre  que  ce  qui  ressort  des 
nombreux  témoignages  analysés  par  M.  Gachard.  Sans  doute  les  âmes  sen- 
sibles, pour  s'apitoyer  à  leur  aise  sur  la  triste  fin  de  ce  fou  furieux,  s'applique- 
ront à  montrer  qu'on  n'est  point  encore  parvenu  à  connaître  le  fond  des  choses, 
mais  les  esprits  sensés  et  calmes  sauront  se  contenter  des  résultats  acquis 
par  la  critique.  —  Le  second  point  sur  lequel  il  nous  paraît  utile  d'attirer 
l'attention  concerne  directement  l'établissement  des  archives  de  Simancas. 
M.  R.  présente  des  observations  très-judicieuses  sur  les  inconvénients  de  tout 
genre  qu'engendrent  la  situation  isolée  de  cette  administration,  à  une  assez 
grande  distance  des  centres  scientifiques,  et  le  manque  absolu  de  ressources  du 
pays  dans  lequel  elle  se  trouve  comme  perdue.  Il  paraît  même  que  les  habitants 
du  bourg  de  Simancas,  loin  de  se  croire  honorés  par  la  présence  de  ces  célèbres 
archives,  ne  demanderaient  pas  mieux  que  d'en  être  débarrassés  :  ils  sont  per- 
suadés, nous  dit  M.  R.,  que  les  impôts  qu'ils  payent  servent  à  l'entretien  de  la 
forteresse  et  de  son  personnel  ;  aussi  ne  font-ils  rien  pour  rendre  la  vie  agréable 
aux  malheureux  archivistes.  La  translation  des  archives  de  Simancas  dans  une 
grande  ville  de  Castille,  Valladolid  par  exemple,  donnerait  non-seulement  une 
grande  impulsion  aux  travaux  de  classements  et  d'inventaires  qui  deviennent  de 
jour  en  jour  plus  nécessaires,  elle  faciliterait  aussi  l'exploitation,  au  profit  de  la 
science,  de  cet  incomparable  dépôt  historique;  mais  je  dois  dire  que  M.  R.  qui 

la  conseille  beaucoup,  n'a  pas  l'air  d'y  compter. 

Alfred  Morel-Fatio. 

I.  Don  Carlos  (t  Philippe  II,  2'  éd.  p.  396. 


d'histoire  et  de  littérature.  jiy 

92.  —  Die  deutsche  Nationalliteratur  im  XVIII.  u.  XIX.  Jahrhundert. 

Historisch  u.  sesthetisch-kritisch  dargestellt  von  Joseph  Hillebrand.  Dritte  Auflage, 
durchgesehen  und  vervollstaendigt  von  Karl  Hillebrand.  Gotha,  Fr.  And.  Perthes. 
1875. 

«  Lorsque,  trente  ans  après  sa  première  publication,  un  ouvrage  de  longue 
»  haleine  arrive  à  une  nouvelle  édition,  c'est  déjà  un  signe  qu'il  possède  une 
)>  valeur  durable;  mais  si  dans  cet  intervalle  de  temps  le  sujet  dont  s'occupe 
»  cet  ouvrage  a  été  traité  nombre  de  fois  par  d'autres  écrivains,  et  par  les  plus 
»  considérés  de  la  nation;  si,  entre  les  deux  éditions  successives,  s'est  opérée 
»  dans  la  manière  de  voir  politique,  intellectuelle  et  morale  une  transformation 
y>  semblable  à  celle  qui  a  eu  lieu  en  Allemagne  dans  les  années  i8$o,  1866  et 
))  1870;  si  le  genre  de  composition  —  la  critique  esthétique  dans  le  cas  pré- 
»  sent  —  a  non-seulement  cessé  d'être  au  goût  du  jour,  mais  est  précisément 
»  en  opposition  avec  lui  ;  si  enfin  l'auteur,  étranger  à  toutes  les  écoles  et  à 
»  toutes  les  coteries,  n'a  jamais  été  patronné  et  appuyé  par  un  parti  littéraire 
»  influent  et  puissant,  on  a  le  droit  d'admettre  que  son  livre  est  de  ceux  qui 
»  s'adressent  à  plus  d'une  génération.  »  Nous  ne  pouvons  que  souscrire  à  ces 
remarques  placées  par  l'éditeur  en  tête  de  l'ouvrage  que  nous  annonçons;  elles 
expliquent  à  merveille  le  lent  succès  de  la  Littérature  allemande  de  M.  J.  Hille- 
brand, comme  elles  en  justifient  une  nouvelle  édition.  Si  cet  ouvrage,  en  effet, 
a  vieilli  à  certains  égards,  s'il  n'est  plus  en  parfaite  harmonie  avec  les  idées  et 
la  manière  de  voir  actuelle,  la  conscience,  la  justesse  et  l'indépendance  des  juge- 
ments, qui  en  sont  le  caractère  et  l'honneur,  ne  le  recommandent  pas  moins 
aujourd'hui  qu'il  y  a  vingt-cinq  ans,  et  «  l'idéal  de  liberté  et  d'humanité  «,  qui 
fut  celui  de  J.  Hillebrand  et  qui  est  resté  aussi  —  cela  ne  nous  surprend  nulle- 
ment et  nous  n'aurons  point  le  mauvais  goût  de  l'en  féliciter  —  celui  de  son 
éditeur,  trouve  maintenant  trop  peu  de  partisans  de  l'autre  côté  du  Rhin  pour 
que  la  Littérature  nationale  allemande  ne  soit  pas  pour  nous  doublement  la  bien- 
venue. 

C'est  là  aussi  une  raison  de  savoir  gré  à  M.  Karl  Hillebrand  d'avoir  pieuse- 
ment respecté  la  pensée  originale  de  l'ouvrage  qu'il  publie,  et  de  s'être,  dans 
les  six  premiers  livres  qui  traitent  de  l'histoire  littéraire  de  PAllemagne  au 
xviii®  siècle  et  pendant  le  premier  quart  du  siècle  présent,  borné  presque  exclu- 
sivement à  ajouter  quelques  notes  bibliographiques,  que  rendait  indispensables 
l'abondance  des  documents  dont  s'est  enrichie  la  littérature  d'outre-Rhin  durant 
les  vingt-cinq  dernières  années.  On  le  comprend  toutefois,  il  était  impossible  qu'il 
en  fût  de  même  pour  le  septième  et  dernier  livre,  qui  retrace  l'histoire  du 
mouvement  littéraire  à  partir  de  la  Révolution  de  Juillet.  Depuis  1850,  date  de  la 
seconde  édition,  les  représentants  de  la  littérature  ont  bien  changé  ;  aussi  était-il 
nécessaire,  dans  cette  partie  de  l'ouvrage,  de  réviser  ou  de  compléter  les  juge- 
ments de  l'auteur  :  c'est  là  une  tâche  dont  M.  K.  H.  s'est  acquitté  avec 
beaucoup  de  tact  et  de  talent.  On  n'aurait  pas  compris  que  Immermann,  Grabbe, 
Béer,  Puckler-Muskau,  morts  pour  la  plupart  depuis  longtemps,  fussent  rangés 


3l8  ,^";!.        REVUE   CRITIQUE    TtmHl 

parmi  les  Contemporains  ;  ils  ont  été  reportés  du  quatrième  chapitre  consacré  à  la 
littérature  du  temps  présent,  dans  le  second,  qui  traite  de  la  période  antérieure 
à  la  révolution  de  1848,  et  où  ils  trouvent  leur  place  naturelle  à  côté  de  Heine 
et  de  Menzel.  Le  chapitre  III,  au  contraire,  qui  contient  l'histoire  de  la  Jeune 
Allemagne,  —  bien  vieille  maintenant, — n'a  point  été  modifié;  mais  les  changements 
n'en  ont  été  que  plus  considérables  dans  le  chapitre  suivant.  Quelques  notices 
ont  dû  être  complétées,  à  cause  de  la  publication  de  nouveaux  ouvrages  par 
les  auteurs  auxquels  elles  sont  consacrées  ;  d'autres  ont  été  ajoutées  pour  faire 
connaître  les  écrivains  devenus  célèbres  depuis  1850.  C'est  le  cas  en  parti- 
culier pour  Haemmerling,  Gerstaecker,  Steub,  Keller,  Freytag,  Ce  dernier, 
dont  il  n'était  question  dans  l'édition  précédente  que  comme  poète  drama- 
tique, est  apprécié  dans  celle-ci  comme  romancier  et  archéologue.  Enfin  nous 
trouvons  les  noms  d'Herm.  Grimm,  le  critique  d'art,  de  Paul  Heyse  et  de 
quelques  autres  moins  connus. 

Tandis  que  le  chapitre  IV  gagnait  ainsi  en  étendue,  le  chapitre  V,  qui 
fait  l'historique  du  mouvement  scientifique  depuis  la  Révolution  de  1848,  a  vu 
disparaître  plus  d'un  écrivain  qui  a  eu  son  jour  de  célébrité,  mais  dont 
les  ouvrages,  maintenant  dépassés,  sont  à  bon  droit  négligés  ou  oubliés; 
c'était  justice  qu'ils  fissent  place  à  leurs  successeurs  et  à  leurs  émules  dans  la 
science.  Si  le  choix  qui  a  présidé  à  ces  modifications  peut  plus  d'une  fois  sur- 
prendre, on  ne  peut  néanmoins  qu'applaudir  en  général  à  la  discrétion  et  à  la 
sage  mesure  avec  laquelle  elles  ont  été  faites;  de  même,  si  l'on  peut  trouver 
que  le  nouvel  éditeur  a  exalté  plus  que  de  raison  certains  écrivains  du  jour, 
pour  lesquels  la  postérité,  tout  en  reconnaissant  leur  mérite,  sera  probablement 
plus  sévère,  on  ne  peut  lui  contester  d^avoir  terminé  d'une  manière  digne  de 
ses  commencements  un  ouvrage  qui  se  recommandera  longtemps  encore  à  l'at- 
tention des  amis  de  la  littérature  allemande. 

C.  J. 


SOCIÉTÉS  SAVANTES. 

ACADÉMIE    DES   INSCRIPTIONS   ET    BELLES-LETTRES. 

Séance  du  7  mai  1875. 

Le  ministre  de  l'instruction  publique  transmet  à  l'académie  les  estampages  de 
6  inscriptions  carthaginoises,  envoyées  par  M.  Cherbonneau. 

M.  Desjardins  annonce  qu'il  a  reçu  de  M.  Ch.  Tissot,  ministre  plénipoten- 
tiaire de  France  au  Maroc ,  la  première  partie  d'un  travail  sur  les  antiquités  de 
ce  pays,  qu'il  se  propose  de  communiquer  à  l'académie.  Ce  travail  est  le  fruit  de 
4  ans  de  recherches  assidues.  On  ne  savait  jusqu'ici  presque  rien  de  la  Mauré- 
tanie  Tangitane,  faute  de  documents,  les  anciens  ayant  fort  peu  parlé  de  cette 
province.  La  connaissance  de  l'arabe  et  du  berbère  a  permis  à  M.  Tissot  de 
consulter  les  auteurs  arabes  et  de  recueillir  de  la  bouche  des  habitants  les  tradi- 
tions locales.  Son  travail  est  à  la  fois  très-neuf  et  presque  définitif.  —  M.  Miller 


id'histoirk  et  de  littérature.  519 

rappelle  qu'on  doit  déjà  à  M.  Tissot  la  connaissance  d'une  curieuse  inscription 
grecque  du  Maroc. 

—  M.  Alex.  Bertrand  termine  la  lecture  de  son  mémoire  sur  les  Gaulois.  De 
ce  qu'il  a  exposé  précédemment,  M.  Bertrand  conclut  qu'il  faut  distinguer  comme 
deux  peuples  différents  les  Gaulois  elles  Celtes,  qu'on  avait  confondus  jusqu'ici. 
Les  premiers  habitaient  la  Cisalpine  et  le  Noricum  ;  ce  sont  eux  qui  envahirent 
l'Italie  et  prirent  Rome;  les  Celtes  occupaient  le  pays  que  nous  sommes  habitués 
à  nommer  Gaule,  la  France  actuelle  :  l'institution  du  druidisme  était  propre  à 
ces  derniers.  Au  temps  de  César,  les  Gaulois  avaient  déjà  pénétré  dans  le  pays 
des  Celtes,  s'étaient  fondus  avec  la  population  celtique,  et  lui  avaient  donné  leur 
nom,  comme  plus  tard  les  Francs  à  leur  tour  lui  donnèrent  le  leur  :   d'où  la 
confusion  qu'a  faite  Tite  Live ,  et  tous  les  modernes  à  sa  suite,  entre  les  Gaulois 
et  les  Celtes.  Il  ne  faut  donc  plus  dans  notre  histoire  ancienne  distinguer  seule- 
ment trois  périodes,  gauloise,  romaine  et  franque,  mais  quatre  :  l'époque  celtique, 
l'époque  gauloise,  l'époque  romaine  et  l'époque  franque.  —  Le  résultat  des 
recherches  archéologiques  confirme  cette  théorie.  M.  Bertrand  présente  une  carte 
de  la  Gaule  dont  les  diverses  parties  ont  été  teintées  de  couleurs  différentes  selon 
que  les  fouilles  y  ont  fait  rencontrer  des  monuments  mégalithiques  (qu'accom- 
pagnent ordinairement  des  objets  en  bronze),  des  instruments  et  des  armes  en 
fer.  Les  premiers  se  trouvent  dans  tout  le  centre  et  l'ouest,  les  seconds  seule- 
ment dans  une  région  plus  restreinte  à  l'est.  Selon  M.  Bertrand  les  mégalithes 
et  les  objets  de  bronze  appartiennent  à  la  civilisation  celtique.  Au  contraire  nous 
savons  par  le  témoignage  des  anciens  que  les  Gaulois  avaient  des  armes  en  fer  : 
ce  sont  eux  qui,  venant  du  Danube  ou  des  contrées  du  nord-ouest,  ont  apporté 
le  fer  dans  cette  région  orientale  de  la  Gaule,  la  première  qu'ils  ont  occupée; 
quand  plus  tard  ils  se  sont  étendus  au  delà,  ce  n'a  été  qu'en  se  mêlant  à  la 
population  indigène  et  en  adoptant  toutes  ses  coutumes,  y  compris  l'usage  du 
bronze.  Dans  une  carte  d'Europe  coloriée  suivant  le  même  système,  on  voit  que 
les  mégalithes  et  les  objets  de  bronze  abondent  dans  les  pays  qui  sont  restés  le 
plus  longtemps  celtiques,  comme  l'Irlande,  le  pays  de  Galles  et  la  Bretagne 
Armorique  ;  la  région  des  instruments  de  fer  forme  une  traînée  qui  s'étend  du 
Danube  aux  Alpes  et  à  la  Gaule.  Les  objets  en  fer  qu'on  trouve  dans  cette  région 
remontent,  de  l'aveu  de  tous  les  archéologues  et  en  dehors  de  tout  système,  à 
une  période  qui  se  place  entre  les  années  600  et  1 5  o  avant  notre  ère  :  or  c'est 
précisément  là  l'époque  des  invasions  gauloises  en  divers  pays  dont  parlent  les 
historiens  anciens.  —  M,  Bertrand  met  sous  les  yeux  des  membres  de  l'académie 
divers  objets  trouvés  dans  les  fouilles ,  et  la  photographie  d'un  grand  nombre 
d'autres. 

M.  Deloche  fait  remarquer  que  la  différence  entre  les  deux  listes  de  peuples 
gaulois  données  par  T.  Live  et  Polybe,  dont  M.  Bertrand  a  parlé  dans  sa  pre- 
mière lecture,  n'est  pas  si  grande  qu'il  le  dit  :  il  s'y  trouve  deux  noms  communs 
à  toutes  deux,  et  non  un  seul,  car  on  voit  par  Tite  Live  (5,  34  in  fine)  que  les 
Insubres  qui  figurent  dans  une  de  ces  listes  n'étaient  qu'une  branche  {pagus)  du 
peuple  des  Êduens,  mentionné  dans  l'autre  liste.  Deux  autres  des  peuples  nom- 


520  REVUE   CRITIQUE    D'HISTOIRE    ET    DE   LITTÉRATURE. 

mes  par  Polybe  sont  des  Ligures,  par  conséquent  des  Ibères  d'origine,  ce  qui 
semble,  selon  M.  Deloche,  indiquer  que  l'invasion  venait  de  l'ouest.  Du  reste, 
M .  Deloche  ne  pense  pas  que  rien  puisse  infirmer  l'autorité  du  témoignage  de 
Tite  Live,  qui  était  de  Padoue,  du  pays  même  par  lequel  était  venue  l'invasion, 
et  qui  devait  bien  connaître  les  traditions  locales.  Enfin  il  est  d'autant  plus  vrai- 
semblable que  les  envahisseurs  de  l'Italie  venaient  de  la  Gaule,  que  César  (de  b. 
gall.  6,  24),  et  Tacite  (Germ.  28  et  43)  disent  qu'il  y  avait  eu  un  temps  où  les 
peuples  de  la  Gaule  étaient  très  puissants,  avaient  une  population  surabondante 
et  envoyaient  des  colonies  à  l'étranger. 

M.  Bertrand  ne  croit  pas  à  l'identité  des  Insubres  et  des  Éduens,  Il  considère 
comme  une  légende  fabuleuse  le  récit  de  T.  Live  sur  l'émigration  des  Gaulois 
de  l'an  581  (d'oii  seraient  sortis  plus  tard  les  envahisseurs  de  390)  :  ce  récit 
présente  des  invraisemblances  en  lui-même,  et  il  n'est  pas  croyable  que  de  581 
au  temps  de  César  les  noms  des  divers  peuples  de  la  Gaule  n'eussent  pas  changé. 
Le  récit  de  Polybe  prouve  que  les  envahisseurs  de  l'Italie  venaient  de  l'est  et 
non  de  l'ouest.  Ce  que  disent  César  et  Tacite  des  colonies  gauloises  se  rapporte 
à  une  autre  époque. 

M.  Deloche  cite  un  passage  de  Polybe  (2,  22)  qui  représente  les  Insubres  et 
les  Boïens,  en  guerre  contre  les  Romains,  appelant  à  leur  secours  les  Gésates, 
peuple  gaulois  transalpin  des  bords  du  Rhône,  et  leur  rappelant  la  gloire  que 
leurs  ancêtres  se  sont  acquise  par  l'invasion  de  l'Italie  et  la  prise  de  Rome.  — 
M.  Bertrand  répond  que  les  Gésates,  dont  il  est  question,  habitaient  au  nord  et 
non  à  l'ouest  des  Alpes,  dans  la  vallée  du  Rhône  supérieur  (aujourd'hui  le  Valais 
en  Suisse). 

M.  Robert  approuve  en  général  le  système  de  M.  Bertrand.  Il  pense  que  l'au- 
teur, dans  sa  peinture  de  la  civiHsation  des  Gaulois,  n'a  pas  fait  assez  remarquer 
combien  la  numismatique  gauloise  indique  chez  ce  peuple  une  civilisation  avancée. 
—  M.  Bertrand  adhère  pleinement  à  cette  observation,  qui  n'affecte  en  rien  son 
système  et  que  confirme  d'ailleurs  l'examen  des  objets  qu'il  a  mis  sous  les  yeux 
de  la  compagnie. 

—  M.  Thurot  présente  le  20"  fascicule  de  la  bibliothèque  de  l'école  des  hautes 
études,  intitulé  Quintilien,  Institution  oratoire,  collation  d'un  ms.  du  x'^  s.,  par 
Ém.  Châtelain  et  Jules  Le  Coultre,  Paris,  1875,  8°.  Ce  fascicule  contient  la 
collation  du  ms.  de  la  Bibliothèque  nationale,  lat.  18527,  anc.  N.  D.  187. 

—  M.  B.  Aube  commence  la  lecture  d'un  mémoire  sur  la  date  du  martyre  de 

S**  Félicité  et  de  ses  sept  fils. 

Julien  Hayet. 


Le  propriétaire-gérant  :  F.  VIEWEG. 


Nogent-Ie-Rotrou,  imprimerie  de  A.  Gouverneur. 


Les  premières  livraisons  de  notre  recueil  et  les  noms  de  nos  collaborateurs 
diront  mieux  que  toutes  les  paroles  le  but  désintéressé  et  scientifique  que  nous 
poursuivons  et  l'esprit  d'impartialité  qui  anime  notre  entreprise.  Nous  pouvons 
dès  aujourd'hui  citer  parmi  les  savants  qui  ont  bien  voulu  nous  accorder  l'appui 
de  leur  nom  et  le  concours  de  leur  collaboration  MM.  H.  Bordier,  E.  Bouta- 

RIC,   L.  DELISLE,  V.  DURUY,    FUSTEL  DE  COULANGES,    A.   GEFFROY,    A.    HiMLY, 

C.  Jourdain,  E.  Littré,  A,  Maury,  Paul  Meyer,  Gaston  Paris,  G.  Perrot, 
J.  QuicHERAT,  E.  Renan,  L.  Renier,  R.  Reuss,  C.  Rousset,  E.  de  Rozière, 
A.  Sorel,  h.  Taine,  c.  Thurot. 

La  Revue  historique  renconirera,  nous  l'espérons,  un  accueil  sympathique,  non- 
seulement  parmi  ceux  qui  font  de  l'histoire  une  étude  spéciale,  mais  encore  parmi 
tous  ceux  qui  s'intéressent  aux  choses  de  l'esprit.  La  France  a  toujours  tenu  en 
honneur  les  recherches  historiques;  si  elle  n'a  plus  aujourd'hui  dans  cette  branche 
du  savoir  humain  la  supériorité  incontestée  qui  lui  appartenait  jadis,  il  paraîtra 
d'autant  plus  nécessaire  de  favoriser  une  entreprise  destinée  à  aider  et  à  encou- 
rager les  travailleurs  sérieux.  L'étude  du  passé  de  la  France,  qui  sera  la  prin- 
cipale partie  de  notre  tâche,  a  d'ailleurs  aujourd'hui  une  importance  nationale. 
C'est  par  elle  que  nous  pouvons  rendre  à  notre  pays  l'unité  et  la  force  morales 
dont  il  a  besoin ,  en  lui  faisant  à  la  fois  connaître  ses  traditions  historiques  et 
comprendre  les  transformations  qu'elles  ont  subies. 

La  Revue  historique  paraîtra  tous  les  trois  mois  par  livraisons  grand  in-8°  de 
16  à  20  feuilles,  de  manière  à  former  à  la  fin  de  l'année  deux  beaux  volumes  de 
5  jo  à  600  pages. 

Chaque  livraison  contiendra  : 

L  Quatre  ou  cinq  articles  de  fond,  comprenant  chacun,  s'il  est  possible,  un 
travail  complet.  Nous  n'admettrons  que  par  exception  la  division  d'un  travail  en 
deux  ou  plusieurs  articles. 

H.  Des  Mélanges  et  Variétés,  composés  de  documents  inédits  d'une  étendue 
restreinte  et  de  courtes  notices  sur  des  points  d'histoire  curieux  ou  mal  connus. 

IIL  Un  Bulletin  historique  de  la  France  et  de  l'étranger,  fournissant  des  ren- 
seignements aussi  complets  que  possible  sur  tout  ce  qui  touche  aux  études  histo- 
riques :  publications  nouvelles,  découvertes  de  manuscrits  ou  de  monuments, 
Séances  des  Académies  et  des  Sociétés  savantes,  Cours  des  Universités. 

IV.  Une  Analyse  des  publications  périodiques  de  la  France  et  de  l'étranger,  au 
point  de  vue  des  études  historiques,  signalant  les  théories  nouvelles  et  les  faits 
nouveaux  qui  peuvent  être  mis  au  jour,  soit  dans  les  Revues  historiques  ou  litté- 
raires, soit  même  dans  la  presse  quotidienne. 

V.  Des  Comptes  rendus  critiques  des  livres  d'histoire  nouveaux. 

Le  prix  de  l'abonnement  sera  de  30  francs  par  an  (33  francs  pour  les  dépar- 
tements, 35  francs  pour  l'étranger,  en  cas  d'envoi  direct  par  la  poste). 

La  première  livraison  de  la  Revue  historique  paraîtra  le  i"  janvier  1876.  Nous 
prions  les  personnes  qui  voudront  s'abonner  à  notre  Recueil  de  nous  transmettre 
le  plus  tôt  possible  leur  adhésion,  afin  que,  sûrs  de  leur  concours,  nous  puissions 
dès  l'abord  donner  à  notre  entreprise  tout  le  développement  désirable. 

S'adresser  pour  la  rédaction  de  la  Revue  : 
A  M.  G.  Monod,  76,  rue  d'Assas,  Paris; 

Et  pour  les  abonnements  et  l'administration  : 
A  M.  Germer-Baillière,  17,  rue  de  l'École  de  Médecine. 


.      PERIODIQUES. 

The  Academy,  N"  1 5  5 ,  new  séries ,  24  avril.  The  First  Voyage  Round  the 
World.  By  Magellan.  Ed.  by  Lord  Stanley  of  Alderley,  Hakluyt  Society 
(R.  H.  Major).  —  Elise  C.  Otté,  Scandinavian  History.  London,  Macmilian 
(Edmund  W.  Gosse).  —  Notes  and  News.  —  Notes  of  Travel.  — George  Herbert 
at  Cambridge  (Samuel  R.  Gardiner).  —  Paris  Letter  (Gabriel  Monod  ;  nouvelles 
littéraires).  —  Correspondence.  The  University  of  Melbourne  and  its  Professors 
(F.  J.  Furnivall).  —  The  Word  «  Kiln  «  in  English  (Walter  W.  Skeat).  — 
The  Word  «  Cylyn  »  (D.  Silvan  Evans).  —  Meetings  of  Societies  (Assoc.  roy.. 
histor.  et  archéol.  d'Irlande;  soc.  des  antiquaires,  de  numismatique,  de  philologie). 

The  AthensBum,  N"  2478 ,  24  avril.  The  Theological  Translation  Fund 
(revue  de  plusieurs  ouvrages  allemands  traduits  en  anglais  :  Jésus  de  Nazareth, 
de  Keim,  Paul,  de  Baur,  La  religion  d'Israël,  de  Kuenen,  et  des  Lectures  sur 
l'Apocalypse  de  Bleek).  —  Rae,  The  Land  of  the  North  Wind;  or  Travels  among 
the  Laplanders  and  the  Samoyedes.  Murray  (intéressant  récit,  mais  ne  contenant 
que  peu  de  nouveaux  renseignements).  —  Chaucer,  The  Prioresses  Taie,  etc. 
By  the  Rev.  W.  W.  Skeat.  Clarendon  Press  Séries.  —  Transactions  of  the 
American  Philological  Association  (contient  un  article  sur  les  formes  épiques  de 
verbes  en  ao),  par  M.  Allen,  des  études  cymriques,  par  M.  Evans,  une  étude 
sur  les  modes  en  grec,  par  M.  Goodwin,  un  article  de  M.  March  sur  les  récentes 
discussions  de  la  loi  de  Grimm).  —  A  Celtic  Mss.  Society  (Henri  Martin).  — 
The  Site  of  Pisgah.  —  Literary  Gossip.  —  Societies  (Soc.  asiatique,  assiociation 
britannique  d'archéol..  Soc.  de  numismatique,  de  philologie,  d'anthropologie). 

Literarisches  Centralblatt,  N"  18,  i"  mai.  Hôfner,  Untersuchungen  zur 
Geschichle  des  Kaisers  4.  Septimus  Severus.  i.  Ed.  2  Abth.  Giessen,  Ricker. 
In-8",  viij-145  p.  (art.  polémique).  —  Honegger,  Kritische  Geschichte  der 
franzœsischen  Cultureinflùsse  in  den  letzten  Jahrhunderten.  Berlin,  Oppenheim. 
In-8",  xij-400  p.  (ouvrage  extrêmement  remarquable;  l'auteur  reconnaît  trois 
périodes  dans  l'influence  française  :  l'Epoque  de  Louis  XIV,  le  xviiie  siècle,  la 

Révolution  et  Napoléon).  —  Kônig,  Gedanke,  Laut  und  Accent am  He- 

braeischen  dargestellt.  Weimar,  Bœhlau.  In-8°,  vij-155  P-  (ouvrage  qu'il  faut 
lire).  —  Sutta  Nipâta.  Transi,  from  the  Pâli  by  Sir  M.  Coomara  Swamy  (cf. 
Rev.  crit.,  187$,  I,  p.  145). 

Jenaer  Literaturzeitung,  187  5,  n*  9,  27  février.  Italia,  herausg.  v.  Hille^ 
brand.  Bd.  II.  Leipzig,  Hartung.  In-8'*,  335  p.  (Wilhelm  Bernhard  :  cf.  Revt 
crit.,  187^,  I,  p.  157).  —  Fanfani,  Dino  Compagni  vendicato  dalla  calunnia 
di  scrittore  délia  Cronaca.  Milano,  Carrara.  In-S",  xxiv-3 1 1  p.  (P.  Scheffer- 
Bgichorst).  —  Massari,  Cavour.  Leipzig,  Barth.  In-8'',  xxxij-384p.  ;  Bezoh>,= 
Geschichts-Tabellen  von  Italia,  als  Supplément  zu  Massari,  Biographie  Cavour's? 
Daselbst.  In-S",  vj-65  p.;  Massari,  Graf  Cavour's  Leben  und  Wirken.  Deutsche 
Ausg.  V.  Rûffer.  lena,  Costenoble.  In-8",  xxviij-583  p.  (0.  Hartwig).  — 
ScH/EFER,  Geschichte  des  siebenjaehrigen  Krieges.  Bd.  II.  Abth.  2.  Berlin, 
Hertz.  In-8°,  x-778  p,  (Noorden).  —  Mithoff,  Kunstdenkmale  und  Alterthù- 
mer  im  Hannoverschen.  Bd,  I-III.  Hannover,  Helwing'sche  B.  In-4",  vj-232, 

206;  252  p.  (J.  H.  Mùller).  —  Kônig,  Gedanke,  Laut  und  Accent  ain 

Hebraeischen  dargest.  (E.  Prym).  —  Haug,  On  the  Interprétation  of  the  Veda4' 
London,  Trùbner.  In-8",  24-27  p,  (B.  Debrùck).  —  Claudi  Galeni  de  placitis 
Hippocratis  et  Platonis  libri  IX.  Recens,  et  expl.  I.  Mueller.  Vol.  I.  Lipsiae, 
Teubner.  In-^S",  viij-827  P-  (H-  Diels).  —  ^Eschylos  Agamemnon,  herausg.  v, 
Enger.  2.  Aufl.  umgearb.  v.  Gilbert.  Leigzig,  Teubner.  In-8",  xxvj-i7op. 
(Johannes  Oberdick).  —  Q.  Horatius  Flaccus.  erkl.  v.  H.  Schùtz.  Th.  I. 
Berlin,  Weidmann'sche  B.  In-8'',  xxiv-395  p.  (Adolf  Kiessling\  —  Die  Schlacht 
von  Alischanz ,  herausg.  v.  K.  Roth.  Paderborn,  Schœningh.  In-8",  80  p. 
(Hermann  Suchier). 

Nogent-le-Rotrou,  Imprimerie  de  A.  Gouverneur. 


N*  21  Neuvième  année.  22  Mai  1875 


REVUE  CRITIQUE 

D'HISTOIRE   ET  DE  LITTÉRATURE 

RECUEIL  HEBDOMADAIRE  PUBLIÉ  SOUS  LA  DIRECTION 

DE  MM.  C.  DE  LA  BERGE,  M.  BRÉAL,  G.  MONOD,  G.  PARIS. 


Secrétaire  de  la  Rédaction:  M.  Stanislas  Guyard. 

i*  .  Prix   d'abonnement  : 

Uti  an,  Paris,  20  fr,   —  Départements,  22  fr.  —  Etranger,  le  port  en  sus 

suivant  le  pays. 


PARIS 
LIBRAIRIE    A.    FRANCK 

F.    VIEWEG,    PROPRIÉTAIRE 
67,  RUE  RICHELIEU,  67 


Adresser  toutes  les  communications  à  M.  Stanislas  Guyard,  Secrétaire  de  la 
Rédaction  (au  bureau  de  la  Revue  :  67,  rue  Richelieu). 

ANNONCES 

En  vente  à  la  librairie  A.  Franck,  F.  Vieweg  propriétaire, 
67,  rue  de  Richelieu. 

GT7\T  \   17  D  nn    Histoire  et  Théorie  de  la  Musique  de  l'antiquité. 
EL.  V  A  hi  rV  I      T.  F^  I  fort  vol.  gr.  in-S".  30  fr. 

BIBLIOTHÈQUE  DE  l'ÉCOLE  DES  HAUTES  ÉTUDES 

2ie  FASCICULE. 

I  Y  -«r  iy  r  t^y  |-ji     à    Ammon-Ra  des  papyrus  égyptiens  du  musée  de 

II  I    iVl  IN  Ci     Boulaq,  traduit  et  commenté  par  Eugène  Grébaut, 
;  vocat  à  la  Cour  d'appel  de  Paris.  22  fr. 

22^  FASCICULE. 

Lr-y  Q  T^T  T7ÎTDC  ^^  Philippe.  Poème  en  vers  politiques  de 
CjO  1  i_il-/  LJ  ivO  Philippe  le  Solitaire,  publié  dans  le  texte 
]  our  la  première  fois,  d'après  six  mss.  de  la  Bibliothèque  nationale,  par  l'abbé 
I  ;.  Auvray,  licencié  ès-lettres.  3  fr.  75 

<:OLLECTION    PHILOLOGIQUE    (ANCIENNE  SÉRIE) 

5e  FASCICULE. 


E.  RITTER 


Les  noms  de  famille.  3  fr.  50 


PÉRIODIQUES. 

The  Academy,  N°  1 56,  new  séries,  i"  mai.  The  Works  of  George  Chap- 
man.  With  an  Introd.  by  Algernon  Charles  Swinburne.  London,  Chatto  and 
Windus;  The  Same,  George  Chapman  :  a  Critical  Essay.  Ibid.  (J.  A.  Symonds: 
réimpression  des  œuvres  complètes  de  Chapman,  traductions  du  grec,  drames  et 
poésies;  consciencieuse  étude  sur  Chapmann).  —  Rabaud,  Histoire  du  Protes- 
tantisme dans  l'Albigeois  et  le  Lauragais,  depuis  son  Origine  jusqu'à  la  révoca- 
tion de  l'Édit  de  Nantes.  Paris,  Sandoz  et  Fischbacher  (E.  Coquerei.  :  ouvrage 
intéressant  et  instructif).  —  Notes  and  News.  —  Notes  of  Travel.  —  The  British 
Muséum  (récentes  acquisitions  de  la- Bibliothèque).  —  Letters  in  the  Gotha  and 
Fulda  Libraries  (John  E.  B.  Mayor).  —  Correspondence.  The  Barhut  Sculptures 
(R.  C.  Childers).  —  Barnabe  Barnes  :  Shakspere,  Sidney,  etc.  (Alexander  B. 
Grosart).  —  The  Welsh  Words  «  Cylyn  »  and  «  Dynes  »  (J.  Rhys).  —  Sutta 
Nipâta.  Transi,  by  Coomara  Swamy  (T.  W.  Rhys  Davids;  cf.  Rev.  ait.,  1875, 
I,  p.  145).  —  Meetings  of  Societies  (Soc.  asiatique,  de  géographie). 

The  Athenaeutn,  N°2479,  i*""  mai.  The  Works  of  Ben  Jonson.  Ed.  by 
GiFFORD.  With  Introduction  and  Appendices  by  F.  CuNNiNGHAM.  9  vols.  Bickers 
and  Sons  (il  est  regrettable  que  les  éditeurs  n'aient  pas  chargé  M.  Cunningham 
de  préparer  une  nouvelle  édition,  au  lieu  de  reproduire  celle  de  Gifford).  — 
Baring-Gould  ,  The  Lost  and  Hostile  Gospels  :  an  Essay  on  the  Toledoth 
Jeschu  and  the  Petrine  and  Pauline  Gospels  of  the  First  Three  Centuries  of 
which  Fragments  remain.  Williams  and  Norgate  (destiné  au  grand  public  anglais, 
cet  ouvrage  atteindra  son  but  de  vulgarisation).  —  The  Site  of  Pisgah  (J.  L. 
Porter).  —  Barnabe  Barnes  (Alexander  B.  Grosart).  —  The  Interior  of  New 
Guinea  (réponse  de  l'auteur  de  ce  livre,  John  A.  Lawson,  aux  critiques  qui  en 
ont  été  faites,  et  réplique  de  VAthenmm).  —  The  British  Muséum.  —  The  Dis- 
covery  of  old  documents  at  the  India  Office.  —  Literary  Gossip. 

liiterarisches  Centralblatt,  NM9,  8  mai.  Annales  des  rois  d'Assyrie,  tr. 
p.  J.  Menant.  Paris,  Maisonneuve.  In-8°,  viij-296  p.  (ouvrage  delà  plus  haute 
importance,  et  dont  l'exécution  fait  honneur  à  M.  Menant). —  Urkundensamm- 
lung  der  Gesellschaft  fur  Schleswig-Holstein-Lauenburgische  Geschichte.  4.  Bd. 
Fasc.  I.  Kiel,  Univ.-Buchh.  In-4°,  269  p.  (contient  les  Régestes  du  roi  Chris- 
tian I.).  —  Die  Regesten  des  Kaiserreichs  unter  Kari  IV.  Herausg.  v.  Huber. 
I.  Lief.  Innsbruck,  Wagner.  In -4%  160  p.  —  Hellwald,  Culturgeschichte  bis 
zur  Gegenwart.  2.-11.  Lief.  Augsburg,  Lampart.  In-8°,  p.  81-8^9  (trop  sub- 
jectif). —  A.  Darmesteter,  Deux  élégies  du  Vatican.  Nogent-le-Rotrou,  impr. 
de  Gouverneur.  ^-8°,  46  p.  (art.  très-favorable;  une  ou  deux  corrections  pro- 
posées).—  Krohn,  Sokrates  und  Xenophon.  Halle,  Mùhlmann.  In-8°,  ix-179  p. 

—  Herbst,  Johann  Heinrich  Voss.  2.  Bd.  i.  Abth.  Leipzig,  Teubner.  In-8°,  vj- 
^64  p.  —  Koerte  ,  Ueber  Personificationen  psychologischer  Afîekte  in  der 
spasteren  Vasenmalerei.  Beriin,  Vahlen.  In-8°,  90  p.  (s'occupe  spécialement  de 
la  personnification  de  la  rage  et  de  la  folie  sur  les  vases  de  style  sous-italique). 

—  Prenner,  Ueber  die  Venus  von  Milo.  Greifswald,  Bamberg.  In-S",  47  p.  ; 
Aicard,  La  Vénus  de  Milo.  Paris,  Sandoz  et  Fischbacher.  In-S",  235  p.  (ces 
deux  travaux  résolvent  définitivement  la  question). 

Mittheilungen  aus  der  historischen  Litteratur.  1875.  2.  Heft.  —  He- 
'  FELE,  Concilien  Geschichte  (Feldner).  —  Quitzmann,  Die  aelteste  Geschichte 
der  Baiern  bis  zum  Jahre  91 1  (Schattmûller).— Waschow,  Herzog  Otto  von 
Braunschweig,  Fûrst  von  Tarent  (Stœckert).  — Il  conte  Alfonso  Montecuccoli 
(Grossmann).  —  Opel,  Der  niedersaechsisch-dsenische  Krieg  (Fischer).  — 
Ritter,  Briefe  u.  Acten  zur  Geschichte  des  30  jaehrigen  Krieges  (Fischer).  — 
KosER,  Der  Kanzleienstreit  (Fischer).  —  Bandhauer,  Die  Kaîastrophe  von 


REVUE  CRITIOUE 

D'HISTOIRE    ET    DE    LITTÉRATURE 

N-  21  —  22  Mai  —  1875 

Sommaire  :  93.  De  Goeje,  Contributions  à  l'histoire  des  Tsiganes.  —  94.  L.  Mul- 
LER,  Supplément  à  son  édition  des  Fables  de  Phèdre.  —  95.  Lettre  adressée  à 
l'empereur  Théophile  par  les  Pères  d'un  concile  tenu  en  856  à  Jérusalem,  p.  p.  Sak- 
KÉLiON.  —  96.  Tholin,  Études  sur  l'architecture  religieuse  de  l'Agenais.  —  97. 
Recueil  de  bons  mots  du  XV  et  du  XVI«  siècle,  p.  p.  Papanti.  —  98.  Landau, 
Contributions  à  l'histoire  de  la  Nouvelle  en  Italie.  —  99.  Contes  populaires  catalans, 
p.  p.  Maspons  y  Labros,  3"  série.  —  100.  Chansons  russes  contemporaines,  p.  p. 
kiREJEVSKY  et  Bezsonoff.  —  Sociétés  savantes  :  Académie  des  inscriptions. 

93.  —  Bijdrage  tôt  de  Geschiedenis  der  Zigeuners  van  M.  J.  de  Goeje 

(Extrait  des  Mémoires  de  l'Académie  des  sciences).  Amsterdam,  1875,  in-8*,  25  p. 

Les  travaux  dont  les  Bohémiens  ont  été  l'objet,  principalement  au  point  de 
vue  philologique,  ont  établi  leur  origine  indienne  d'une  manière  presque  indubi- 
table. Pott  et  Elliot,  Trumpp  et  Burton  '  avaient  déjà  indiqué  le  peuple  de  la 
péninsule  indienne  auquel  ils  croyaient  que  ces  tribus  devaient  être  rattachées. 
M.  de  G.  a  recherché  les  traces  qu'elles  ont  pu  laisser  dans  les  chroniques 
musulmanes. 

Les  Tsiganes ,  race  vagabonde  et  voleuse ,  sont  aussi  connus  comme  tels  en 
Orient  :  en  Syrie,  on  les  appelle  Nawar  et  Zott  ou  Zatt  (\e  t  fort),  forme  arabisée 
de  l'indien  Djatt.  Un  autre  témoignage  de  leur  origine  s'est  perpétué  dans  le  nom 
de  Sindhi,  qu'on  leur  donne  également  —  comme  d'ailleurs  en  Allemagne,  —  et 
qui  a  passé  dans  des  proverbes  arabes  comme  synonyme  de  voleur  et  de  men- 
teur. Enfin,  le  nom  de  Gandorry  sous  lequel  les  Bohémiens  désignent  les  Chré- 
tiens, semble  encore  à  l'auteur  un  souvenir  de  la  ville  indienne  de  Gandâra.  Les 
bases  de  sa  thèse  ainsi  établies,  M.  de  G.  n'a  pas  de  peine  à  retrouver  les  Zott 
dans  le  pays  marécageux  du  N.  de  l'Inde,  au  S.  de  l'embouchure  de  l'Indus,  où 
d'ailleurs  vivent  encore  leurs  descendants;  la  langue  de  ceux-ci,  étudiée  récem- 
ment par  Trumpp  {Grammar  of  the  Sindhi  language),  porte  encore  dans  le 
Béloutchistan  oriental  et  le  Pendjab  occidental  le  nom  de  «  langue  des  Djatt.  » 
M.  de  G.  ne  s'occupe  d'ailleurs  pas  d'examiner  si  la  question  concernant  les 
Djatt  et  celle  relative  à  leur  langue  ne  sont  pas  distinctes  C'est  donc  des  Ojatt 
ou  Zott  que  parlent  les  chroniques  arabes  et  persanes. 

Le  fait  le  plus  ancien  touchant  leur  histoire  ^  se  rencontre  dans  le  célèbre 
poème  des  Rois  de  Ferdousi,  où  Pott  l'avait  déjà  trouvé,  et  le  récit  du  poète 

1.  Ce  dernier  dans  un  travail,  publié  en  18^1  et  écrit  entre  184J  et  1849,  Sindh  and 
the  races  that  inhabit  the  valley  of  the  Indus ,  que  les  Tsiganologues  ne  paraissent  guère 
connaître  (The  Academy,  27  mars  1875,  p.  324). 

2.  Cf.  Néanmoins  Burton,  1.  1.  et  Ferishtah  I,  81,  N.  de  la  trad.  angl.  Briggs  y  dit 
que  le  Col.  Tod  a  sur  les  Djatt  des  inscriptions  des  IV'  et  V"  siècles  «  m  the  nail  hea' 
»  ded  or  Budhish  character.  »  Nous  ignorons  si  ces  inscriptions  ont  vu  le  jour. 

XV  21 


5|22  H     !    î  II  î  "      REVUE   CRITIQUE 

historien  est  confirmé  par  celui  de  Hamzah  Ispahâni,  Il  s'agit  de  l'envoi  en  Perse 
fait  par  un  pfince  indien  au  Sassanide  Behrâm  Goûr,  sur  la  demande  de  celui- 
ci,  de  12.000  musiciens  dits  Loûri  ou  Zott.  Les  Tsiganes,  on  le  sait,  trouvent 
dans  la  pratique  de  la  danse  et  de  la  musique  un  de  leurs  principaux  moyens 
d'existence.  Or,  c'est  ce  nom  de  Louri  qu'ils  portent  encore  en  Perse,  et  ils 
descendent  bien,  d'après  le  Modjmel  et-tevârîkh,  de  ces  Loûri  de  Behrâm  Goûr, — 
encore  que  la  similitude  des  noms  les  fasse  quelquefois  confondre  avec  les  habi- 
tants du  Louristân  (dits  aussi  Loûri).  On  peut  d'ailleurs  rapprocher  du  sens  qu'a 
pris  Sindhi  chez  les  Arabes  la  signification  d'éhontéf  impudent,  attribuée  au  mot 
Loûri  par  le  Dict.  persan  Borhâni  Kâîi'.         .'/i  fil  >!>  v 

Vers  l'embouchure  de  l'Indus  demeuraient,  au  dire  des  plus  anciens  géo- 
graphes et  chroniqueurs  arabes,  des  tribus  descendues  de  Cham  et  qui,  sous 
différents  noms  (Bodha  ou  Nodha,  Meid  ou  Mend,   Kork,   Kikân,  Sajâbidja, 
Asâwira)  vivaient  les  unes  de  l'élève  des  troupeaux,  les  autres  de  piraterie'. 
Elles  se  battaient  quelquefois  entre  elles,  mais  les  principales  attaques  des  tribus 
^feôtières  étaient  dirigées  contre  les  populations  musulmanes  auxquelles  elles  inspi- 
■'^âient  la  plus  vive  terreur.  Le  genre  de  vie  de  ces  populations,  exigeant  de  vastes 
"territoires,  devait  les  faire  essaimer  un  peu  de  tous  côtés,  et  l'on  en  trouve  en 
effet  —  sans  parler  du  fait  cité  plus  haut  —  dès  l'origine  de  l'islamisme,  lors  de 
la  conquête  de  la  Perse,  les  uns  chez  les  Persans,  les  autres  chez  les  Arabes,  et 
ailleurs  encore.  On  retrouve  entre  autres  le  nom  des  Zott  près  de  Babylone, 
dans  le  «  canal  des  Zott ,  »  et  l'histoire  des  premières  conquêtes  de  l'Islam  cite 
au  nombre  de  celles-ci  le  territoire  des  Zott,  entre  Râmhormouz  et  Arradjân. 
L'histoire  de  ces  colonies  après  la  conquête  arabe  ne  nous  est  guère  connue, 
mais  dès  670  le  Khalife  Moâwia  transporta,  de  Basra,  des  familles  de  Zott  en 
Syrie,  c.-à-d.  à  proximité  des  possessions  byzantines,  et  au  ix*  siècle  on  trouve 
encore  à  Antioche  le  «  quartier  des  Zott,  »  Quant  à  l'Inde  même,  les  premières 
•^'invasions  musulmanes  furent  repoussées  par  les  Zott,  qui  pourtant  se  joignirent 
"bientôt  aux  Arabes,  sous  Walîd  P^  Mais  leur  caractère  et  leurs  mœurs  vaga- 
bondes faisant  d'eux  des  alliés  peu  sûrs,  vers  710,  on  en  transporta  de  nouveau 
■  sur  les  bords  du  Tigre,  vers  le  Khouzistân,  tant  Zott  qu'autres  Indiens.  De  là, 
'  4  ans  plus  tard  Walîd,  et  6  ans  après  celui-ci,  Yezîd  II  en  firent  transporter  un 
certain  nombre  vers  Antioche  et  Mopsueste,  et  leurs  buffles  avec  eux  :  on  voulait 
'débarrasser  ce  territoire  des  lions  qui  l'infestaient,  et  l'on  sait  que  ces  derniers 
'  fuient  devant  le  buffle.  Un  siècle  plus  tard,  en  820,  nous  retrouvons  ce  groupe 
principal  de  Kaskar  jouissant  d'une  indépendance  acquise  à  la  faveur  dés  troubles 
2  occasionnés  par  la  rivalité  d'Emîn  et  de  Mâmoun,  les  deux  fils  de  Hâroûn.  Les 
'''j>remières  expéditions  dirigées  contre  eux  pour  les  réduire  restèrent  infructueuses 
jusqu'à  8^4,  où  Odjeif,  général  de  Mo'taçem,  dut  leur  faire  subir  un  siège  en 
i.v règle  dans  leurs  marais,  et  même,  dit-on,  faire  venir  des  paysans  d'Egypte  pour 
^'  l'aider  dans  un  genre  de  travail  qui  leur  était  familier.  Trois  jours  de  réjouissances 
;  i  célébrèrent  à  Baghdâd  une  victoire  chèrement  achetée  et  dont  27.000  prisonniers, 

1,  Plusieurs,  auxquels  il  faut  ajouter  Briggs  (I.I.),  les  identifient  avec  les  Gètes. 


d'histoire  et  de  littérature.  325 

dont  12.000  en  état  de  porter  les  armes,  relevèrent  l'éclat.  Qn  Jes  déporta 
d'abord  à  Khânikîn  (au  N.-E.  de  Baghdâd),  puis  à  Ainzarba,  en  Syrie;  il  en 
resta  néanmoins,  dit-on,  un  certain  nombre  à  Khânikîn.  En  855  enfin,  les  gens 
de  Roum  ou  les  Byzantins  attaquèrent  et  prirent  Ainzarba,  et  emmenèrent  les 
Zott  avec  tous  leurs  biens.  Telle  est  donc  la  date  positive  où  les  Bohémiens  sont 
introduits  sur  le  territoire  de  l'empire  byzantin. 

Le  silence  des  chroniqueurs  fait  supposer  qu'il  n'y  a  pas  eu  de  déportations 
ailleurs  qu'en  Syrie,  d'autant  que  Zott  est  le  nom  des  Tsiganes  en  Syrie  seule- 
ment. Ceux  de  cette  race  qui  continuèrent  d'habiter  leur  pays  d'origine  restèrent 
tranquilles  jusqu'à  Mahmoud  le  Ghaznévide,  qui  punit  exemplairement  les  brigan- 
dages qu'ils  exerçaient  contre  son  armée  et  soumit  Mançoûrah.  Près  de  quatre 
siècles  plus  tard,  Timour  dirigea  également  une  expédition  contre  ces  pillards, 
et  se  vante  dans  ses  mémoires  d'avoir  délivré  le  pays  de  leurs  rapines,  —  ce  qui, 
par  parenthèse,  semble  bien  infirmer  l'opinion  qu'il  en  aurait  pris  à  son  service. 
Mais  néanmoins,  au  témoignage  d'Elliot,  ils  forment  encore  maintenant  les  2/5 
de  la  population  du  Pendjab  et  la  majorité  de  celle  du  Sindh,  et  c'est  cette  langue 
.j^^indhi  ou  Djatt,  nous  l'avons  dit,  qu'a  étudiée  Trumpp. 

Après  avoir  ainsi  groupé  ses  laborieuses  recherches ,  tout  en  espérant  que 
d'autres,  plus  heureux  que  lui,  pourront  continuer  de  suivre  la  piste  des  Zott 
après  leur  entrée  sur  le  territoire  byzantin,  M.  de  G.  cite  quelques  mots  bohé- 
miens dont  il  croit  avoir  retrouvé  l'origine  arabe.  Il  propose  en  outre  quelques 
étymologies  :  la  première,  pour  le  mot  Zigeuner  ou  Tsigane,  où  il  voudrait  voir, 
bien  qu'avec  un  peu  d'hésitation,  le  persan  schikâri,  chasseur.  C'est  le  nom 
donné  actuellement  encore  par  la  population  Djatt  sédentaire  de  l'Inde,  concur- 
remment avec  Bhangi,  aux  tribus  vagabondes  qui  parcourent  le  pays ,  c.-à-d.  à 
nos  Bohémiens  proprement  dits.  Nous  avouons  ne  guère  saisir  le  rapport  qu'il 
peut  y  avoir  entre  les  formes  Schikâri  et  Zigeuner  ou  Tsigane,  sans  compter  qu'il 
faut  admettre  que  les  tribus  nomades  auraient  emporté  à  l'étranger  et  gardé 
comme  leur  nom  une  expression  de  mépris,  en  quelque  sorte,  dont  on  se  servait 
à  leur  égard.  Enfin,  une  objection  bien  plus  forte  encore  et  qui  nous  paraît  déci- 
sive, c'est  l'origine  persane  du  mot  Schikâri.  Le  persan  n'est  devenu  la  langue 
officielle  et  générale  du  N,  de  l'Inde  qu'à  partir  de  la  conquête  Mogole;  accor- 
dons même,  si  l'on  veut,  qu'elle  le  fût  sous  les  dynasties  musulmanes  que  soumit 
Bâber  :  nous  ne  remonterons  ainsi  qu'à  la  fm  du  xi^  ou  au  xii*^  siècle,  alors  que 
les  ancêtres  de  nos  Tsiganes,  d'après  M.  de  G.  lui-même,  sont  sortis  de  l'Inde 
au  viii"  s.  !  —  Il  nous  paraît  bien  plus  exact  et  plus  simple  d'expliquer  Tsigane 
par  Tchenguiâneh. 

De  ce  mot  aussi  il  y  a  une  étymologie  proposée  :  la  racine  serait  le  persan 
tcheng,  espèce  de  cithare  très-employée  ;  ce  même  mot,  m^is  avec  la  lettre  douce 
initiale  dj,  désigne  aussi,  selon  Lane  qui  transcrit  Jink  et  Gink,  une  population  de 
danseurs.  Mais  la  forme  propre  de  vicheng»,  pour  signifier  musicien,  joueur  de  cithare^ 
est  îchengui.  Jink  (à  la  française,  djenk)  est-il  employé  en  ce  sens  ailleurs  qu'en 
Egypte .?  Les  dictionnaires  persans  indigènes  n'en  font  au  moins  pas  mention  ' . 

1.  Nous  pouvons  pourtant  ajouter  que  ce  mot,  du  moins  est-ce  vraisemblablement  le 


524  REVUE    CRITIQUE 

'Toujours  est-il  que,  pour  procéder  régulièrement,  il  nous  faut  partir  de  la  forme 

'•  tchenguijtl  le  /  ne  peut,  à  nos  yeux,  être  autre  chose  que  la  terminaison  i  oxxîn 

^servant  à  former,  entre  autres  choses,  des  adjectifs.  On  ne  peut  de  là,  à  l'aide 

de  la  terminaison  plurielle  an,  tirer  autre  chose  que  tchenguiân;  le  eh  de  la  fm 

reste  inexpliqué  ' . 

Le  âneh  tout  entier  le  reste  si  l'on  suppose  que  le  Djenk  dont  parle  Lane  a 
passé  d'Egypte  en  Turquie.  —  En  nous  en  tenant  à  cette  racine,  nous  préfére- 
-  rions  voir  dans  âneh  une  terminaison,  beaucoup  plus  employée  en  turc  qu'en 
'  persan,  servant  à  former  des  adjectifs,  comme  dîv,  dîvâneh. 

Nous  ne  pourrions  néanmoins  rejeter  d'une  manière  absolue  l'opinion  qui 
rapproche  îchenguiâneh  de  zindj  (nègre)  2.  Le  z  et  le  dj  permutent  facilement  de 
l'arabe  au  persan,  et  réciproquement  :  Zott  et  Djatt  notamment  en  sont  une 
preuve.  Ensuite  la  distance  qui  sépare  le  dj  doux  du  tch  fort  n'est  certes  pas 
infranchissable,  d'autant  que  ces  deux  lettres  sont  figurées  par  un  seul  caractère, 
auquel  on  ajoute  tantôt  un  point  Çdf),  tantôt  trois  (tch).  La  preuve  de  ce  que 
nous  avançons  se  trouve  encore  dans  notre  sujet  même.  Lane  transcrit  par  Jink 
ce  qui  est  certainement  le  persan  îcheng.  Il  est  vrai  que  le  tch  est  une  articulation 
persane  et  turque,  et  non  arabe,  mais  il  est  parfaitement  connu  en  Egypte, 
j  En  résumé,  les  recherches  de  M.  de  G.  ont  reconstitué  un  anneau  de  la 
chaîne  qui  rattache  les  Bohémiens  à  leur  patrie  primitive,  et  nous  paraissent  de 
nature  à  faire  faire  un  pas  considérable  à  l'historique  de  leur  marche  dans  et  vers 
l'Europe. 

E.  Fagnan. 

94.   —  Luciani  Mûlleri  de  Phaedri  et  Aviani  fabulis  libellus.  Leipzig, 
Teubner.  In-8*,  34  p.  —  Prix:  i  fr.  35. 

Ce  petit  livre  est  un  supplément  à  l'excellente  édition  de  Phèdre  que  M.  L. 
'.Millier  a  donnée, il  y  a  quelques  années,  chez  Teubner.  Il  contient  quelques  re- 
^' marques  sur  les  manuscrits,  et  un  certain  nombre  de  corrections  nouvelles  pour 
'  un  texte  auquel  l'auteur  a  déjà  rendu  tant  de  services.  Mais  la  partie  la  plus  in- 
téressante de  la  brochure  est  celle  qui  traite  des  paraphrases  de  Phèdre  en 
prose  :  M.  M.  montre  que  ces  paraphrases,  —  qui  se  présentent  sous   trois 
formes,  le  ms.  de  Wissembourg  (auj.  à  Wolfenbûttel),  l'anonyme  de  Nilant 
"(ms.  de  Leide),  et  le  recueil  dont  l'auteur  se  nomme  Romulus,  —  remontent 
toutes  à  une  source  commune,  qui  devait  s'appeler  Aesopus  latinus,  et  qu'il  croit 
avoir  été  composée  à  l'époque  mérovingienne.  L'édition  de  Romulus  donnée  ré- 

même,  est  employé  en  Turquie  :  «  Les  Singis  (le  mot  est-il  exactement  transcrit?) 

»  sont  des  danseuses  publiques  qui  vont  partout  où  on  les  demande,  et  ce  sont  ordinai- 
»  rement  des  juives,  des  arméniennes  ou  bien  des  esclaves  chrétiennes.  Il  y  a  aussi  de  jeunes 
»  garçons  juifs  qui  s'en  mêlent  quelquefois  et  qui  s'habillent  en  femmes.  »  (Voy,  de  C. 
Le  Bruyn  au  Levant,  La  Haye,  1732,  I,  436-7).  Cette  description  se  rapporte  bien  à 
celle  de  Lane  ;  remarquons  que  ni  l'une  ni  l'autre  n'attribuent  à  ces  danseurs  la  nationa- 
lité indienne. 


1 
2 
haut 


,  Qu'on  n'oublie  pas  que,  si  les  Turcs  prononcent  tchenguidneh,  ils  écrivent  tchtngâneh. 
.  Peut-être  faut-il  rapprocher  la  transcription  Singi  du  passage  de  Le  Bruyn  cité  plus 


d'histoire  et  de  littérature.  325 

cemment  par  M.  Oesterley  (Berlin,  1870)  ne  peut  être  regardée  comme  suffi- 
sante, surtout  au  point  de  vue  du  philologue  classique;  et  M.  M.  réclame  à 
bon  droit  une  édition  critique  faite  d'après  tous  les  textes  et  restituant  autant 
que  possible  VAesopus  lui-même.  Ce  recueil  n'a  pas  seulement  une  grande  im- 
portance pour  l'histoire  de  la  fable  ésopique  au  moyen-âge;  il  est  fort  utile  pour 
la  constitution  du  texte  de  Phèdre,  dont  les  expressions  ont  parfois  été  fort  peu 
modifiées  par  leparaphraste.  On  sait  qu'il  contient,  en  outre,  des  fables  qui  ne  se 
trouvent  plus  dans  aucun  ms.  de  Phèdre;  mais  qui  doivent  appartenir  à  cet  au- 
teur. On  a  déjà  maintes  fois  essayé  d'en  remettre  quelques-unes  en  vers, 
M.  Mûller,  à  son  tour,  en  a  refait  trois';  sa  restitution  est  fort  élégante,  et,  grâce 
à  l'étude  approfondie  qu'il  a  faite  du  mètre  de  son  auteur,  elle  est  bien  supérieure 
à  celles  de  ses  prédécesseurs;  mais  il  faut  avouer  que  le  texte  en  prose  n'a  guère, 
sauf  un  ou  deux  vers,  fourni  que  le  canevas,  et  que  le  poète  latin  avait  pu  traiter 
le  même  sujet  de  plus  d'une  façon  différente.  —  Les  quelques  remarques  sur 
Avianus  qui  terminent  la  brochure  et  que  M,  M.  nous  donne  par  dessus  le  mar- 
ché ne  sont  pas  sans  intérêt. 


nô 


9J.  —  'EttkitoXi?)  (Tuvo5tx^  twv  àytoûTaTtov  Trarpiapjrwv  tt^  éi^aç  X^nl^w;  XpttTxoçopoû  j^XeÇav- 
ôpEÎa;,  'Itb6  'AvTtoxeta;,  xat  BaenXsîoy  *IepO(yoW(JLWv  Trpèç  ©soçiXov  aÙTOxpàropa  x.  t.  X. 
vûv  TTpwTov  sxôiôovTo;  'Iwàwou  £axxeX(fa)voç ;  Athènes,  Kao-ffavôpeO;  et  G*,  rue  Euripide. 
1874.  In-8",  48  p. 

Il  serait  à  désirer  qu'auprès  de  chacune  des  grandes  bibliothèques  des  couvents 
grecs  d'Orient  il  se  trouvât  un  homme  aussi  à  même  que  M,  Sakkélion  d'en 
tirer  parti.  Ce  n'est  pas  qu'on  puisse  attendre  désormais  des  résultats  considéra- 
bles de  ce  côté  :  mais  il  est  certain  qu'il  reste  encore  plus  d'un  débris  intéres- 
sant à  reconnaître  et  à  révéler,  et  malheureusement  les  explorateurs  européens 
pressés,  mal  renseignés,  et  généralement  trop  spécialistes  pour  tout  voir  avec 
fruit  passent  à  côté  sans  prêter  attention.  M.  S.,  actuelleftient  directeur 
de  l'école  hellénique  de  Patmos,  a  longtemps  résidé  à  Athènes  et  s'est  mis  fort 
au  courant  des  procédés  et  des  résultats  de  la  science  philologique.  Depuis  le 
commencement  de  son  séjour  à  Patmos,  il  s'est  occupé  de  classer  les  manuscrits 
du  couvent  et  en  a  dressé  un  catalogue  détaillé  et  méthodique  ;  malheureusement 
ce  catalogue,  chef-d'œuvre  de  patience  et  d'érudition,  n'a  pu  encore  être  publié. 

Le  petit  livre  que  nous  avons  sous  les  yeux  contient  le  texte  inédit  d'une  lettre 
adressée  à  l'empereur  Théophile  (829-842)  parles  Pères  d'un  concile  qui  siégea 
à  Jérusalem  au  mois  d'avril  de  l'année  8^6.  Ce  concile  qui  réunit  les  trois  pa- 
triarches d'Alexandrie,  d'Antioche  et  de  Jérusalem,  i8c  évêques,  1 1  higoumènes 
et  1 1 5  3  moines  avait  cependant  échappé  aux  historiens  ecclésiastiques  et  aux 
auteurs  des  collections  concihaires.  Quant  au  texte  de  la  lettre  synodale,  sauf 
quelques  emprunts  qu'y  fit  plus  tard  l'auteur  d'une  épître  faussement  attribuée  à 
saint  Jean  de  Damas  ',  il  était  resté  inconnu;  la  mention  des  trois  patriarches 

1.  V.  Combéfis ,  Manipulas  rerum  Constantinopolitanorum.  —  Le  Quien,  S.  Joan, 
Damasc.  opp.  T.  I,  p.  628. 


526  '^^  ^   REVUE  CRITIQUE    "^^'"-^ 

dans  le  texte  de  cette  épître  apocryphe  avait  éveillé  l'attention  de  Fr.  Combéfis 
(1.  c.)  ;  mais  il  l'expliquait,  sans  recourir  à  un  concile,  en  admettant  une  lettre 
d'abord  écrite  par  un  des  patriarches,  puis  proposée  à  la  signature  des  deux 
autres.  Il  en  est  autrement  :  le  concile  s'est  bien  réellement  réuni  à  Jérusalem, 
dans  la  basilique  de  la  Résurrection,  en  avril  836,  comme  l'indique  le  titre  du 
document  pubHé  par  M.  S. 

La  lettre  a  pour  objet  unique  de  défendre  le  culte  des  images  :  on  sait  que 
l'empereur  Théophile  était  un  iconoclaste  acharné.  Il  s'en  faut  bien  pourtant  que  le 
concile  use  envers  lui  du  ton  comminatoire  :  ce  n'est  pas  même  une  admonesta- 
tion paternelle;  si  l'on  ne  savait  pas  quels  étaient  les  sentiments  de  Théophile, 
ce  ne  sont  pas  les  Pères  du  concile  de  Jérusalem  qui  nous  les  feraient  connaître. 
Ils  protestent  de  leur  douleur  d'être  séparés  de  lui  par  la  tyrannie  musulmane  : 
ils  le  félicitent  sur  ses  victoires,  déclarent  qu'ils  ont  les  yeux  fixés  sur  les  temps 
heureux  de  la  domination  byzantine  et  que  tous  leurs  vœux  sont  pour  une 
restauration  de  l'empire  chrétien. 

On  pourrait  s'étonner  de  voir  un  concile  se  réunir  à  pareille  date,  à  Jérusalem, 
pour  traiter  à  nouveau  la  question  des  iconoclastes  alors  que  la  domination  des 
Arabes  mettait  les  chrétiens  de  Syrie  et  d'Egypte  à  l'abri  des  excentricités 
théologiques  des  empereurs  de  Byzance  :  il  semble  que  la  réunion  a  dû  avoir 
d'autres  motifs.  Si  l'on  rapproche  d'une  part  les  avances  faites  à  l'empereur 
iconoclaste  par  le  clergé  orthodoxe  d'Orient,  d'autre  part  les  succès  militaires 
de  Théophile,  dont  vers  ce  temps-là  les  années  victorieuses  se  rapprochèrent 
plusieurs  fois  des  frontières  de  la  Syrie,  on  sera  porté  à  croire  que  les  chrétiens 
de  ce  pays  se  préoccupaient  de  l'éventualité  possible  d'une  restauration  byzan- 

Quoi  qu'il  en  soit  nous'trouvons  dans  la  lettre  synodale  plus  d'un  renseigne- 
ment curieux  sur  les  images  et  les  édifices  sacrés  de  la  Palestine.  Je  signalerai 
la  mention  d'unç  grande  mosaïque  sur  la  façade  extérieure  de  la  basilique  de  la 
Nativité,  à  Bethléem.  Cette  mosaïque,  dont  toute  trace  a  disparu  et  dont  le 
souvenir  même  s'était  perdu,  représentait  l'adoration  des  Mages,  et  ceux-ci  y 
étaient  figurés  avec  le  costume  traditionnel  persan  que  l'on  retrouve  sur  les  plus 
anciennes  représentations  de  cette  scène.  En  effet,  les  Pères  du  concile  ajoutent 
que,  lors  de  l'invasion  de  la  Palestine  par  Chosroès,  les  Perses  étant  arrivés  à 
Bethléem  reconnurent  les  images  de  leurs  ancêtres  et,  en  cette  considération, 
s'abstinrent  de  piller  la  basilique  (p.  30). 

Je  citerai  encore  deux  églises  de  Lydda,  toutes  deux  dédiées  à  la  Mère  de 
Dieu  et  mentionnées  à  cause  des  images  miraculeuses  qu'elles  contenaient. 
Aucun  chroniqueur  ancien  ne  signale  ces  églises  à  Lydda,  aucun  voyageur  mo- 
derne n'en  a  trouvé  ni  ruine  ni  souvenir.  Le  concile  cite  encore  une  mosaïque 
dans  une  église  de  l'île  de  Chypre  (p.  29),  une  image  de  S.  André  sur  le  cibo- 
rium  d'une  église  de  Lemnos,  etc. 

Dans  un  document  relatif  aux  iconoclastes  on  devait  s'attendre  à  rencontrer 
des  renseignements  de  ce  genre,  non  moins  précieux  pour  l'histoire  de  l'art  que 
pour  celle  du  dogme.  On  a  vu  d'ailleurs  qu'ils  ne  constituent  pas  tout  l'intérêt 


d'histoire  et  de  littérature.  527 

de  la  publication  de  M.  S.  et  que  l'histoire  —  tant  l'histoire  ecclésiastique  que 
l'histoire  générale  —  y  trouvera  des  données  nouvelles  et  intéressantes.  J'ajoute 
que  le  texte  est  établi  et  annoté  avec  la  compétence  que  l'on  pouvait  attendre  de 
M.  S.  Deux  manuscrits,  l'un  en  onciale  du  ix*  siècle,  par  conséquent 
presque  contemporain  du  texte,  l'autre  de  la  fin  du  xii*  ont  été  mis  à  profit. 
M.  S.,  en  suivant  généralement  le  premier,  a  noté  avec  soin  les  variantes 
du  second,  et  à  l'occasion  il  lui  a  emprunté  quelques  leçons,  sans  oublier  de 
recourir  à  la  conjecture  dans  les  cas  où  les  deux  manuscrits  étaient  insuffisants. 
Il  est  à  souhaiter  que  tout  ce  qui  reste  d'inédit  dans  1^  bibliothèque  de  Patmos 
soit  publié  avec  le  même  soin:  nul  autre  plus  que  M.  S.  n'est  à  même  de  le  faire. 

L.  DUCHESNE. 


96.  —  Études  sur  Tarchitecture  religieuse  de  TAgenais  du  X»  auXVP  s., 

'  suivies  d'une  notice  sur  les  sépultures  du  moyen-âge,  par  G.  Tholin.  Agen.  1874. 
iiin-8',  xYJ-364  p. 

En  1867,  à  sa  sortie  de  l'École  des  Chartes,  M.  Tholin  avait  soutenu  une 
thèse  sur  l'architecture  religieuse  de  l'Agenais.  Nommé  depuis  lors  archiviste  de 
Lot-et-Garonne,  il  a  pu,  grâce  à  son  séjour  dans  le  pays,  visiter  tous  les  monu- 
ments dignes  d'être  mentionnés,  étudier  avec  le  soin  nécessaire  les  édifices  qui 
présentent  un  intérêt  particulier,  en  un  mot  compléter  et  développer,  comme  il 
convenait,  son  premier  travail. 

Le  livre  de  M.  Th.  n'est  pas  de  ces  ouvrages,  comme  on  en  publie  tant 
aujourd'hui,  dans  lesquels  la  valeur  du  fonds  est  sacrifiée  à  l'éclat  de  la  forme, 
où.  un  texte  médiocre  sert  de  commentaire  trop  souvent  insuffisant  à  de  magni- 
fiques dessins.  M.  Th.  a  voulu  faire  un  livre  rigoureusement  scientifique.  Il  n'a 
eu  recours  aux  planches  que  pour  rendre  ses  descriptions  plus  clairement  et  plus 
ri^pidement  compréhensibles. 

,,  L'ouvrage  est  divisé  en  deux  parties,  consacrées,  l'une  à  l'époque  romane, 
l^autre  à  la  période  gothique.  Il  est  terminé  par  un  appendice  sur  les  sépultures 
de  l'Agenais  et  par  quelques  notes  dont  nous  parlerons  plus  loin. 

M.  Th.  est  un  élève  fidèle  de  M.  Quicherat,  l'éminent  professeur  d'archéolor- 
gie  de  l'École  des  Chartes.  Comme  lui  il  considère  avant  tout  dans  les  églises  lés 
caractères  purement  architectoniques,  c'est-à-dire  la  construction,  indépendam- 
ment des  ornements  qui  n'en  sont  que  l'accessoire.  Dans  ce  système,  l'attention 
de  l'archéologue  doit  se  porter  spécialement  sur  deux  points  :  le  plan  de  l'édifice 
et  son  mode  de  couverture,  d'où  dépendent  les  détails  de  son  élévation.  M. Th. 
a  bien  compris  ce  principe  et  en  a  fait  la  base  de  sa  classification.  Il  examine 
tour  à  tour  :  les  églises  à  trois  nefs  accompagnées  de  trois  absides  orientées,  — 
les  églises  à  une  nef  pourvues  d'une  grande  abside  et  d'un  transept,  dans  lés 
croisillons  duquel  s'ouvrent  des  absidioles  orientées  —  les  églises  à  chevet  plat, 

—  etc Il  établit  ainsi  une  dizaine  de  subdivisions  pour  l'époque  romane  et 

sept  ou  huit  pour  la  gothique.  '   ' 


528  REVUE    CRITIQUE  ^ '^ 

Cette  classification  est  peut-êtrç  un  peu  compliquée  et  l'on  peut  reprocher  àV 
l'auteur  la  longueur  parfois  exagérée  des  titres  qu'il  a  donnés  à  chaque  division. 
Mais  la  méthode  en  elle-même  est  excellente.  Cette  série  de  monographies  fait 
bien  connaître  les  types  en  usage  dans  le  pays,  elle  permet  de  distinguer  ceux 
qui  étaient  les  plus  répandus  de  ceux  que  l'on  doit  considérer  comme  une  ex- 
ception, une  fantaisie  d'architecte.  L'auteur  a  toutefois  senti  qu'il  ne  répondait 
pas  complètement  par  là  à  toutes  les  questions  que  l'on  peut  se  poser  en  ouvrante' 
son  livre.  Il  a  compris  qu'il  fallait  encore  montrer  comment  ces  divers  types? 
s'enchaînent,  dire  l'ancienneté  relative  de  chacun,  en  un  mot  faire  leur  classe4^ 
ment  chronologique.  Aussi  a-t-il  joint  aux  deux  principales  parties  de  son  livre 
des  résumés  qui  méritent  d'être  lus  avec  attention,  car  ils  contiennent  des  aperçus 
d'ensemble  sur  l'architecture  de  l'Agenais  tels  qu'aucun  ouvrage,  à  notre  con- 
naissance, n'en  a  donné  jusqu'ici. 

Nous  avons  déjà  dit  que  M.  Th.  avait  suivi,  en  homme  qui  la  connaît  bien,  la 
méthode  parfaitement  simple  et  logique  de  M.  Quicherat;  ce  n'est  pas  nous  qui 
l'en  blâmerons.  Nous  ne  pouvons  cependant  nous  empêcher  de  trouver  qu'il  a 
appliqué  avec  une  rigueur  un  peu  exagérée  les  excellents  principes  de  son  maître, 
en  consacrant  trop  peu  de  place  à  l'étude  de  l'ornement.  Peut-être  M,  Th.  a-t-il 
craint  de  répéter  en  partie  les  observations  consignées  par  M.  l'abbé  Barrère 
dans  son  Histoire  religieuse  et  monumentale  du  diocèse  d'Agen.  Mais  un  archéologue 
qui  a  étudié  aussi  consciencieusement  les  édifices  du  pays  ne  pouvait  manquer 
de  trouver  des  détails  inaperçus  par  ses  devanciers. 

Le  reste  du  volume  n'a  pas  l'importance  des  chapitres  que  nous  venons 
d'examiner.  Les  pages  consacrées  aux  Sépultures  de  l'Agenais  contiennent  uif 
bon  résumé  des  principales  découvertes  de  tombes  faites  depuis  un  siècle,  et 
l'exposé  des  différents  modes  de  sépulture  en  usage  dans  cette  région  de  la 
France.  Mais  M,  Th.  n'avait  à  décrire  aucun  monument  funéraire  d'un  grand 
intérêt.  Les  plus  importants  ont  été  dessinés  et  expliqués  par  M.  de  Saint-Amans 
dans  son  Essai  sur  les  antiquités  du  département  de  Lot-et-Garonne.  Plusieurs  autres 
aujourd'hui  perdus  ne  nous  sont  connus  que  par  les  dessins  de  Beaumesnil. 
M.  Th.  ne  pouvait  que  répéter  en  grande  partie  les  observations  de  ses  devan- 
ciers; il  lui  était  difficile  de  faire  des  remarques  très-personnelles  sur  des  monu- 
ments qui  n'existent  plus. 

Nous  avons  peu  de  chose  à  dire  des  notes  qui  terminent  le  volume.  La  plus 
intéressante  est  celle  où  l'auteur  a  réuni  plusieurs  textes  relatifs  à  la  cathédrale 
d'Agen.  Les  autres  traitent  de  la  possibilité  de  fixer  les  dates  des  églises  par 
l'étude  de  leurs  vocables,  et  par  l'étude  de  la  taille  des  parements.  Le  peu  de 
cas  que  l'auteur  fait  —  avec  raison  d'ailleurs  —  de  ces  deux  éléments  d'appré- 
ciation, nous  dispense  d'en  parler  longuement. 

Un  mot  maintenant  sur  les  dessins.  Nous  avons  déjà  dit  dans  quelle  mesure 
M.  Th.  y  avait  eu  recours.  Il  se  borne  en  général  à  donner  des  plans  exacts  ou 
des  coupes  dont  plusieurs  sont  bien  exécutées  (voir  celles  de  Layrac,  pi.  IX,  de 
Mézin,  pi.  XXV,  etc.).  Nous  devons  cependant  signaler  quelques  planches  insuf- 


d'histoire  et  de  littérature.  }2'9 

fisantes,  par  exemple  la  coupe  de  l'église  de  Marmande  (pi.  XXIV),  dessinée  au 

trait  avec  cette  sécheresse  qu'on  ne  retrouve  guère  au  même  degré  que  dans  les  ' 

publications  des  architectes  allemands,  ou  bien  encore  les  chapiteaux  et  ornements 

réunis  dans  les  planches  V,  VI,  XXII  et  XXIII  ■. 

Enfin  nous  devons  signaler  à  M.  Th.  un  certain  nombre  de  petites  inexactitudes, 

du  genre  de  celle-ci  :  Il  dit  (p.  ix)  que  la  voûte  en  étoile  «  est  renforcée  par 

»  huit  arcs  diagonaux  secondaires,  réunis  par  des  liernes  et  des  tiercerons,  » 

tandis  qu'en  réalité  elle  est  renforcée  par  huit  arcs  secondaires  nommés  liernes 

réunis  par  des  tiercerons,  soit,  en  tout,  douze  arcs  secondaires.  Il  emploie  aussi 

trop  souvent  des  expressions  impropres  ou  peu  usitées  {dossereîs  au  lieu  de 

pilastres,  trompillon,  allégir....,  etc.),  mais  nous  ne  voulons  pas  insister  sur  ces 

critiques  de  détail,  qui  pourraient  faire  mal  juger  l'ensemble  du  travail.  L'auteur 

a  déployé  dans  son  livre  des  qualités  sérieuses  que  ces  taches  légères  ne  doivent 

pas  nous  faire  méconnaître. 

R.  L. 


97.  —  Facezie  e  Motti  deî  secoli  XV  e  XVI,  codice  inédite  magliabechiano. 
Bologna,  Romagnoli,  1874,  in-12,  viij-151  p.  (T.  CXXXVIII  de  la  Scella  di  curiosità 
Utterarie).  —  Prix  :  6  fr. 

Nous  devons  ce  joli  volume  aux  soins  de  M.  Papanti,  le  savant  auteur  d'un 
livre  curieux  sur  Dante  dont  nous  avons  parlé  l'an  dernier.  Il  a  trouvé  dans  un 
ms.  de  la  bibl.  magliabechienne  ce  recueil  de  bons  mots,  compilé  (pour  la  plus 
grande  partie)  au  xv°  siècle  par  Niccolô  da  Bucine,  personnage  qui  dans  son 
temps  jouit  d'une  réputation  peu  commune  et  fut  professeur  d'humanités  à  Flo- 
rence. Sa  collection  ne  fait  pas  tort  à  sa  mémoire.  A  côté  d'un  certain  nombre 
de  ces  plaisanteries  inusables  qui  sont  en  circulation  souvent  depuis  les  Grecs, 
elle  contient  surtout  de  vives  reparties  ou  des  paroles  remarquables  à  divers 
titres  des  contemporains  de  l'auteur.  Beaucoup  de  ces  motti  se  présentent  ici 
pour  la  première  fois,  et  l'ensemble  est  de  nature  à  jeter  un  jour  curieux  sur 
l'esprit  et  les  mœurs  de  l'Italie  à  cette  époque.  Les  mots  notés  par  Nicolas  sont 
d'ailleurs  le  plus  souvent  plaisants  en  eux-mêmes,  ce  qui  est  loin  d'être  toujours 
le  cas  dans  les  recueils  de  ce  genre.  —  En  remerciant  M.  P.  de  ce  nouveau 
cadeau,  nous  lui  signalerons  deux  ou  trois  vétilles.  —  P.  62,  dans  la  phrase 
espagnole,  assez  altérée  orthographiquement  par  notre  auteur,  il  faut  changer 
QnfVs  de  sotter;  je  rétablirais  également  une/  p.  129  dans  le  mot  qui  termine 
le  n°  132,  bien  que  la  phrase  reste  encore  assez  obscure.  —  Le  n"  140,  qui 
rapporte  un  mot  de  Dante  déjà  raconté  par  Pétrarque,  confirme  bien  l'interpré- 
tation du  texte  latin  qui  a  été  donnée  ici  (1874,  t.  II,  p.  1 58).  —  P.  66,  quel 
que  soit  le  sens  qu'il   faille  donner  ici  à  cdpelU   blanchi  (à  mon  avis  c'est 

I .  Un  des  ornements  de  la  planche  V  est  emprunté  au  tailloir  d'un  chapiteau ,  dont 
M.  Vioilet-le-Duc  a  donné  le  dessin  dans  son  Dictionnaire  d'Architecture,  t.  VIII,  p.  197. 
Il  est  curieux  de  comparer  les  dessins  des  deux  auteurs,  ^ci'""::  ...T.:  /VJA  r.;  ■^iili';-* 


3  30  .nmm  ^evue  critique      v^,^y, 

cheveux  blonds),  il  ne  peut  s'agir  de  cheveux  poudrés  :  ce  n'est  pas  là  une  beauté 
naturelle,  comme  l'exige  le  contexte  de  ce  passage  et  des  nombreuses  variantes 
qu'on  en  connaît  (de  m.  albi  capilU  dans  un  texte  latin).  —  P.  149  il  faut  réta- 
blir le  célèbre  vers  d'Ovide  :  Nitimur  in  vetimm  semper,  cupimusque  negaîa. 


98.  —  Beitraege  zur  Oeschichte  der  italienischen  Novelle,  von  D'  Marcus 
Landau.  Wien,  Rosner.  1875.  In-S",  182  p.  —  Prix  :  4  fr. 

M.  Landau,  auteur  d'un  livre  estimable  sur  les  Sources  du  Décaméron,  donne 
une  suite  à  ce  travail  en  étudiant  les  successeurs  de  Boccace  en  Italie.  Il  s'en 
tient  en  général  à  examiner,  chez  les  nouvellistes  qu'il  cite,  les  récits  où  ils  ont 
imité  Boccace  :  c'est  là  un  point  de  vue  un  peu  restreint,  mais  si  M.  Landau  ne 
s'y  était  pas  renfermé,  son  petit  livre  serait  devenu  un  immense  travail.  Tel  qu'il 
est,  il  est  agréable  et  utile  :  l'auteur  apprécie  brièvement  et  judicieusement 
chaque  écrivain,  résume  sa  biographie,  indique  le  caractère  de  son  œuvre,  et 
nous  voyons  ainsi  passer  sous  nos  yeux,  du  xiv*  siècle  au  xviii%  toute  la  file  de 
ces  conteurs  dont  on  se  borne  trop  souvent  à  connaître  le  nom.  M.  L.  a  joint 
aux  recueils  italiens  les  Canterbury  Taies,  les  Cent  nouvelles  nouvelles,  VHeptaméron 
et  les  Contes  de  la  Fontaine  :  on  ne  voit  pas  bien  pourquoi  ce  choix  spécial 
parmi  les  conteurs  étrangers.  A  propos  des  Cent  nouvelles  nouvelles,  W  les  attribue 
encore  à  la  société  réunie  autour  de  Louis  XI;  mais  M.  Wright  a  montré,  dans 
la  préface  de  son  édition  (Coll.  elzévirienne),  que  cette  opinion  est  sans  fondement, 
qu'Antoine  de  la  Sale  est  très-probablement  le  seul  auteur  de  tout  le  livre,  et 
que  par  Mo/z5e/^«eur  il  faut  entendre  non  Louis  XI,  mais  Philippe  le  Bon. — 
Une  addition  de  vingt-cinq  pages  aux  Sources  du  Décaméron,  riche  en  renseigne- 
ments nouveaux,  termine  le  volume. 


99.  —  Lo  Rondallayre,  quentos  populars  catalans  coleccionats  per  F.  Maspons  y 
Labros,  socio  honorari  de  la  Academia  de  Bonas  Lletras  de  Barcelona.  Tercera  série. 
Alvar  Verdaguer,  Barcelona.  1875.  i  vol.  in-8°  de  xx-173  p. 

Ce  nouveau  volume  n'est  pas  moins  intéressant  que  ceux  qui  l'ont  précédé. 
Il  renferme  vingt-sept  contes  qui,  nous  aimons  à  le  penser,  seront  bientôt  suivis 
d'autres  récits  du  même  genre.  Cette  troisième  série  débute  par  une  dédicace  à 
M.  Pelay  Briz  connu  par  la  publication  des  Cansons  de  la  terra  et  qui  a  souvent 
encouragé  l'auteur  dans  sa  tâche  difficile.  Vient  ensuite  une  introduction  dans 
laquelle  M.  M.  y  L.  entre  dans  diverses  considérations  sur  l'ensemble  de  son 
œuvre.  Nous  avons  dit  dans  cette  Revue  même  que  M,  M.  y  L.  s'était  peut-être 
laissé  quelquefois  tenter  par  des  formes  trop  littéraires  et  peu  d'accord  avec  la 
nature  de  ses  récits.  L'auteur  nous  fait  remarquer  que  la  Revista  de  Esparia  a  pré- 
cisément le  plus  loué  les  Rondallas  qui  nous  avaient  suggéré  cette  observation;  il 
ajoute  que  certaines  manières  dç  jjir,e,  £;çr|4Jn§|,]^(jiy:s  ji^;  phrase  introduits  par 


d'histoire    et    de    LITTÉRAIURE.  3JI 

lui  dans  ses  contes,  loin  de  leur  faire  perdre  leur  caractère  populaire,  ne  font 
au  contraire  que  l'augmenter.  Il  ne  nous  appartient  pas,  à  nous  étranger,  de 
discuter  ce  point  délicat.  Nous  dirons  cependant  que  dans  cette  troisième  série 
nous  n'avons  pas  remarqué  ces  comparaisons,  ces  images  qui  nous  avaient  paru 
un  peu  prétentieuses  et  dont  nous  avons  cité  un  exemple  dans  un  précédent 
article.  Ici  le  style  nous  a  semblé  plus  constamment  simple  et  approprié  au  sujet. 
M.  M.  y  L.  a  bien  voulu  se  rappeler  que  nous  lui  avons  signalé  quelques  rap- 
prochements oubliés  par  lui.  Il  en  a  mentionné  un  grand  nombre  dans  sa  pré- 
face, les  uns  se  rapportent  aux  contes  publiés  auparavant,  les  autres  aux  récits 
de  cette  troisième  série.  Voici  quelques-unes  de  ces  dernières  analogies.  Los  dos 
Geperuts  ont  à  peu  près  le  même  fond  que  les  Korils  de  Plaudea,  du  Foyer  breton, 
le  Fanal  maravellôs,  que  la  Lampe  merveilleuse  des  Mille  et  une  nuits,  et  qu'un  conte 
sicilien  que  M.  M.  y  L.  ne  pouvait  connaître  puisqu'il  vient  seulement  d'être 
publié  par  M.  Pitre  sous  le  titre  de  la  Lanterna  magica.  Lo  Xisclet  de  C aidas  rappelle 
un  récit  du  recueil  de  Cenac-Moncaut  {Littérature  populaire  de  la  Gascogne, 
p.  193);  VAucellet  vert,  la  Princessa  encantada,  deux  contes  de  Madame  d'Aulnoyj" 
l'Oiseau  bleu  et  la  Chatte  blanche,  Los  très  princeps  un  conte  slave,  le  Tapis  volant. 
La  Noya  dels  cabels  d'or  fait  souvenir  d'un  conte  des  frères  Grimm,  Raiponce;  En 
Père  Patufet,  du  Tom  Pouce  allemand  ;  le  Cabreta,  d'un  conte  andalous  recueilli  par 
F.  Caballero  :  Obrar  bien  que  Dios  es  Bios  et  de  la  Vurpi  de  Pitre.  Un  autre 
conte  de  Caballero  :  Juan  le  soldat  roule  sur  la  même  donnée  que  En  Père  Sensé. 
Los  très  conseils  de  Salomo  ne  ressemblent  pas  seulement  à  un  conte  de  Trueba 
et  à  une  tradition  irlandaise  que  signale  M.  M.  y  L.,  ils  sont  presque  identiques 
au  conte  sicilien  Li  tri  rigordi  et  rappellent  aussi  l'Exemple  XLVI  du  Livre  du 
comte  Lucanor.  M.  M.  y  L.  indique  bien  d'autres  analogies,  et  l'on  pourrait  sans 
doute  en  augmenter  encore  la  quantité,  car  dans  des  études  comparatives  de 
cette  espèce  il  est  impossible  de  jamais  se  flatter  d'être  complet.  Ces  rappro- 
chements suffisent,  du  reste,  pour  montrer  quels  soins  M.  M.  y  L.  a  donnés  à 
son  recueil.  Le  Rondallayre  a  sa  place  à  côté  des  excellentes  collections  de 
contes  que  vient  de  nous  envoyer  l'Italie,  à  côté  des  volumes  de  M.  Comparetti 
et  de  M.  Pitre,  près  desquels  nous  voudrions  voir  aussi  bientôt  s'aligner  des  pu- 
blications analogues  dont  la  France  fournirait  la  matière.  Nous  sommes  à  peu 
près  au  courant  pour  nos  poésies  populaires,  nous  sommes  très  en  retard  pour 
les  contes,  et  dans  quelques  années  il  sera  impossible  de  les  retrouver. 

Th.  DE  PUYM AIGRE. 

;s  ijfjp  jîfrtft.'Wîs.-ni  fci.'ac 

100.  —  Notre  siècle  dans  les  chansons  russes  historiques.  Chansons 
recueillies  par  P.  V.  Kirejevsky,  rédigées  et  augmentées  par  P.  Bezsonoff. 
10'  partie.  Moscou,  1874  (Nach  vjelc  v  russkih  istoritcheskih  pjesnjah.  Pjesni  sobran- 
nyja  P.  V.  Kirejevskim,  pod  redaczijei  i  s  dopolnenijami  P.  Bezsonova.  Vypusk  10. 
Moskva.  1874). 

Les  services  que  Kalaidovitch,  Rybnikoff,  Hilferding  ont  rendus  à  la  littéra- 
ture russe  sont  connus  :  ils  ont  montré  aux  Russes  étonnés  que  si  quelqu'un 


JJ2  REVUE    CRITIQUE 

leur  reprochait  le  manque  de  verve  épique,  il  n'aurait  pas  moins  tort  que 
Voltaire  faisant  aux  Français  le  même  reproche.  Si  Kirejevsky  et  les  éditeurs 
de  son  recueil  s'étaient  bornés  aux  quatre  premiers  volumes  et  à  l'index  y  joint, 
son  mérite  serait  le  même,  mais  dès  le  cinquième  volume  commencent  les 
chansons  historiques  ;  le  huitième  volume  est  consacré  à  Pierre  le  Grand  ;  le  neu- 
vième au  xviiie  siècle,  et  enfin  le  dixième,  que  nous  avons  sous  les  yeux,  au 
siècle  présent.  Il  est  évident  que  la  valeur  esthétique  des  chansons,  ainsi  que 
leur  ressemblance  avec  les  épopées  des  autres  peuples,  devait  diminuer,  et  qu'en 
même  temps  le  programme  devait  s'élargir  :  ce  ne  sont  pas  seulement  les  chan- 
sons inventées  par  le  peuple,  mais  aussi  celles  qui  ont  su  conquérir  la  popu- 
larité, qui  devaient  trouver  place  dans  ces  derniers  volumes;  d'un  autre  côté 
ces  chansons,  comme  productions  purement  historiques  (c.-à-d.  composées  à 
une  époque  connue  par  un  auteur  connu  ou  non  connu),  avaient  besoin  des 
explications  d'un  éditeur  instruit.  Le  recueil  a  trouvé  cet  éditeur  dans  la  per- 
sonne de  M.  Bezsonoflf,  qui  avait  commenté  aussi  les  quatre  premiers  volumes. 
M.  Bezsonoff  n'est  pas  du  nombre  des  savants  qui  frayent  de  nouvelles  routes 
à  la  science,  mais  son  immense  lecture,  beaucoup  d'expérience  dans  les  travaux 
de  ce  genre  et  sa  diligence  sans  exemple,  qualités  surtout  précieuses  dans 
l'explication  des  chansons  qui  doivent  leur  naissance  à  l'époque  récente,  le 
rendent  un  commentateur  modèle.  Néanmoins  M.  Bezsonoff  a  ses  défauts  :  il 
parle  trop  pour  avoir  toujours  raison  ;  il  revient  cinq  ou  six  fois  sur  la  même 
pensée,  ce  qui  ne  la  rend  pas  plus  lucide  ;  il  polémise  toujours  contre  ses  ennemis 
réels  ou  imaginaires. 

j,  Le  dixième  volume,  offert  dernièrement  au  public  russe,  a  plus  d'intérêt 
que  les  autres  pour  le  public  français,  parce  que  le  plus  grand  nombre  des 
chansons  que  contient  ce  volume  doit  sa  naissance  à  la  guerre  de  i8i2.  La 
plupart  de  ces  chansons  sont  lyriques,  et  les  formules  n'en  sont  point  créées  à 
nouveau,  mais  empruntées  à  des  chansons  plus  anciennes:  c'est  ce  qu'on  voit  par 
exemple  dans  la  première,  où  l'empereur  français  ordonne  à  Alexandre  de  lui 
procurer  des  logements  pour  son  armée,  et  où  le  général  Koutouzoff  console  son 
souverain.  Il  n'y  a  qu'un  seul  personnage  vraiment  épique  dans  cette  guerre,  c'est 
le  général  des  cosaques  Platoff,  qui  doit  sa  popularité  à  son  arme  et  à  sa  manière 
de  faire  la  guerre  :  les  paysans  illettrés  sont  en  ce  cas  du  même  avis  que 
beaucoup  d'écrivains,  qui  ont  prouvé  que  Napoléon  I"  ne  pouvait  pas  être 
vaincu  dans  des  batailles  régulières,  et  que  la  guerre  de  partisan  était  seule  appli- 
cable contre  un  ennemi  qui  avait  franchi  la  frontière.  Les  apparitions  et  dispa- 
ritions subites  des  cosaques  qui,  de  cette  manière,  affaiblissaient  la  grande  armée, 
sont  exprimées  poétiquement  par  la  courte  chanson  qui  raconte  comment  Platoff, 
déguisé  d'après  l'ordre  de  l'empereur  en  marchand,  après  avoir  fait  couper  sa 
barbe,  vient  chez  Napoléon  ;  l'empereur  le  régale  d'une  manière  tout-à-fait 
populaire  (en  lui  présentant  un  petit  verre),  et  lui  demande  des  détails  sur  Platoff 
lui-même  ;  celui-ci  lui  répond  :  «  Vous  n'avez  pas  besoin  de  perdre  de  l'argent 
»  pour  voir  Platoff;  regardez-moi  :  nous  nous  ressemblons  comme  deux  gouttes 


d'histoire  ET  DE  Littérature.  555 

»  d'eau.  »  Puis  craignant  que  Napoléon  ne  finisse  par  le  reconnaître,  il  saute 
sur  un  cheval  et  lui  envoie  des  railleries  pour  adieux.  Dans  d'autres  variantes, 
sans  aucun  doute  plus  récentes,  c'est  la  fille  de  Napoléon,  Arine,  qui  questionne 
PlatofF  sur  sa  figure.  On  peut  être  sûr  de  la  route  que  prendra  cette  chanson, 
si  elle  subsiste  sans  être  détruite  par  les  chansons  artificielles  qui  chaque 
jour  gagnent  du  terrain  chez  le  peuple  russe  ;  Napoléon  I",  père  d'une  jolie  fille 
qui  ressent  le  plus  grand  intérêt  pour  le  héros  inconnu,  mais  célèbre  par  ses 
exploits,  n'est  pas  très-loin  de  se  transfigurer  en  sultan  de  chanson  de  geste. 

Après  ces  chansons  populaires  M .  Bezsonoff  place  les  chansons  de  soldats  (pleines 
de  lieux  communs)  et  quelques  odes  et  satires  contemporaines.  Une  ode  sur  les 
exploits  des  cosaques  du  Don  (p.  173),  trop  ampoulée,  mais  poétique,  et  une 
satire  sur  Napoléon  (p.  139),  où  la  rivalité  de  Koutouzoff  et  de  l'empereur 
français  est  présentée  sous  la  forme  d'une  lutte  à  la  danse,  ont  joui  de  la  plus 
grande  faveur;  la  popularité  de  cette  satire  jusqu'à  nos  jours  est  si  grande, 
que  le  refrain  en  est  resté  populaire  et  quelques  expressions  en  sont  devenues 
proverbiales.  Cette  satire  existe  aussi  dans  une  rédaction  française  un  peu  plus 
courte,  qui  commence  ainsi  : 

Napoléon  à  danser 

Voulut  un  jour  s'exercer  ; 

Très  dégoûté  de  l'Anglaise 

Il  apprend  la  Polonaise  : 
L'on  va  voir  en  rond 
Tourner  Napoléon. 

M.  Bezsonoff  pense  que  c'est  l'auteur  lui-même  qui  a  fait  la  traduction  fran- 
çaise. C'est  là  une  pure  conjecture,  mais  la  priorité  de  la  rédaction  russe  doit 
être  mise  hors  de  doute  '. 

La  mort  d'Alexandre  a  été  chantée  de  la  manière  suivante  (p.  1 97)  :  «  Notre 
»  Alexandre  part  pour  faire  la  revue  de  son  armée;  il  avait  promis  de  revenir 
»  vers  la  Noël;  les  fêtes  se  passent,  Alexandre  ne  revient  pas.  Je  vais  monter 
»  sur  la  tour  qui  est  plus  haute  que  les  autres  ;  je  regarderai  du  côté  où  doit  se 
»  trouver  notre  Alexandre  (des  vers  suivants  et  des  autres  rédactions  imprimées 
»  p.  197  et  198  il  résulte  évidemment  que  c'est  sa  mère  qui  parle,  et  l'opinion 
»  de  M.  Bezsonoff,  qui  attribue  ces  paroles  à  «la  voix  du  peuple»  ne  supporte 
»  pas  la  critique).  Voilà  la  poussière  qui  monte  en  colonne  sur  la  route  de  Peters- 
»  bourg;  je  vais  interroger  le  courrier.  «  Où  vas-tu,  courrier?  Dis-nous, 
»  courrier,  quelque  chose  sur  le  tzar  Alexandre.  »  «  Otez  vos  châles  roses  et 
»  revêtez  le  deuil  ;  je  vais  vous  dire  toute  la  vérité  sur  le  tzar  Alexandre  ;  notre 
»  empereur  Alexandre  a  rendu  l'âme  à  Taganrog.  Voilà  douze  généraux  qui  le 
»  portent  sur  leurs  têtes  ;  deux  (généraux)  d'armée  mènent  son  cheval  noir  ; 

1 .  [Nous  regrettons  que  notre  savant  collaborateur  n'ait  pas  donné  les  motifs  de  son 
opinion.  En  effet  ce  couplet  français,  composé  dans  le  rhythme  et  évidemment  à  l'imita- 
tion de  la  chanson  bien  connue  Quand  Biron  voulut  danser,  n'a  rien  qui  sente  la  traduc- 
tion. Il  nous  semble  en  outre  avoir  rencontré  jadis  cette  chanson,  analogue  à  tant  d'autres 
dirigées  contre  l'empereur.  Ne  pourrait-elle  pas  avoir  servi  de  thème  au  chansonnier 
russe.?  —  G.  P.] 


5  34  REVUE   CRITIQUE 

»  quatre  généraux  de  la  garde  portent  les  drapeaux.  »  Deux  rédactions  sui- 
vantes, excepté  ce  détail  sur  la  personne  qui  parle,  sont  des  abréviations.  — 
Nous  croyons  que  pour  les  lecteurs  français,  la  chanson  n'a  rien  de  nouveau  : 
c'est  le  célèbre  Malbrough  s'en  va-t-en  guerre.  A  première  vue  il  paraît 
étrange  qu'une  chanson  française  ait  pu  pénétrer  dans  le  gouvernement  de  Sim- 
birsk,  surtout  quand  on  fait  attention  au  caractère  parodique  de  cette  chanson  et 
qu'on  songe  que  la  mort  d'Alexandre  n'a  jamais  pu  exciter  la  verve  satirique. 
Mais  ce  n'est  pas  une  hypothèse;  c'est  un  fait;  en  voici  les  preuves. 

1.  Le  «  Malbrough  »  existe  depuis  longtemps  dans  une  traduction  russe,  et 
sa  popularité  a  été  si  grande,  qu'il  a  produit  une  parodie  obscène.  2.  A  l'occa- 
sion de  la  mort  du  prince  Potemkine,  le  favori  de  l'impératrice  Cathe- 
rine II,  le  «  Malbrough  »  fut  arrangé  en  chant  funèbre  sur  la  mort  de  ce 
général,  cette  rédaction  a  été  très-répandue  (l'auteur  de  cet  article  l'a  entendu 
chanter  par  des  femmes  de  village  qui  ne  savaient  ni  lire  ni  écrire),  et  dans  la 
chanson  traduite  ci-dessus  il  n'est  pas  difficile  de  remarquer  quelques  expres- 
sions de  cette  rédaction  sur  Potemkine.  :?.  Enfin,  et  c'est  ici  une  raison  négative, 
la  tour  où  monte  la  mère  de  l'empereur,  le  courrier,  la  cérémonie  des  funérailles 
militaires,  sont  des  traits  tout-à-fait  étrangers  à  la  poésie  populaire  russe. 

Entre  autres  pièces  populaires  sur  le  règne  d'Alexandre  nous  citerons  le 
chant  sur  Araktcheeff,  célèbre  favori  des  dernières  années  ;  on  pourrait  croire 
que  ce  n'est  qu'aux  nobles  que  ce  caporal  régent  inspira  de  la  haine  ;  mais  ce 
volume  du  recueil  nous  prouve  que  le  peuple  aussi  le  connaissait,  le  haïssait, 
et  lui  faisait  un  crime  de  son  avarice  et  de  son  opulence,  avec  peu  de  raison,  il 
faut  l'avouer. 

La  seconde  partie  de  ce  volume,  consacrée  principalement  aux  chansons  que 
l'éditeur  indique  comme  celles  de  Narychkine,  est  intéressante  d'abord  par  les 
productions  mi-populaires,  mi-artificielles  qui  s'y  trouvent  (229  et  ss.  443  et  ss.); 
malheureusement  le  savant  éditeur  n'indique  pas  toujours  assez  clairement  les 
sources  qu'il  a  consultées  et  nous  prive  de  ce  moyen  de  faire  quelques  obser- 
vations sur  l'influence  mutuelle  du  peuple  et  des  poètes.  Plus  de  200  pages  sont 

•  consacrées  à  des  recherches  sur  quelques  points  de  l'histoire  et  de  la  littéra- 
ture du  xviii'  siècle,  surtout  à  la  question  de  savoir  qui  était  le  personnage 
bafoué  dans  un  opéra  comique  fait  sur  l'ordre  et  avec  la  collaboration  de  Ca- 
therine II,  «  Porje  Bogatyr  Kosometovitch.  »  L'impératrice  elle-même  a  donné 
à  entendre  que  c'était  le  roi  de  Suède  Gustave  ;  mais  les  nouveaux  bibliogra- 
phes ne  voient  là  qu'une  mystification  qu'ils  cherchent  à  éclaircir.  Une  revue 

^*  russe  consacrée  surtout  à  l'histoire  et  à  la  littérature  du  xviii*  siècle  (Rouskaja 
Harynd)  voit  dans  cette  pièce  une  satire  sur  le  grand-duc  héritier;  M.  Bezsonoff 
l'applique  à  Potemkine  :  ses  raisons  quoique  n'étant  pas  très-fortes  ont  une  cer- 
taine vraisemblance. 

h-    En  finissant  ce  compte-rendu,  nous  pouvons  exprimer  l'espérance  que  les 

<-;^Volumes  suivants,  qui  contiendront  les  compléments,  nous  donneront  beaucoup 
de  faits  nouveaux.  A.  Kirpitchnikoff.    <. 


d'histoire  et  de  littérature.  ÎÎ5 

SOCIÉTÉS  SAVANTES. 

ACADÉMIE    DES    INSCRIPTIONS   ET   BELLES-LETTRES. 

Séance  du  14  mai  1875. 

M.  Hauréau  donne  une  deuxième  lecture  de  son  mémoire  sur  les  récits  d'ap- 
paritions dans  les  sermons  du  moyen  âge,  qu'il  avait  lu  une  première  fois  à  la 
séance  du  2  avril  dernier. 

M.  Ravaisson  lit  une  note  sur  un  bas  relief  funéraire,  trouvé  dans  le  lit  de 
l'Ilyssus,  dont  la  photographie  a  été  adressée  à  l'académie  par  le  directeur  de 
l'école  d'Athènes  :  v.  la  séance  du  29  janvier  1875  (P-  90-  Ce  bas  relief  repré- 
sente un  vieillard  et  un  jeune  homme,  sans  doute  le  père  et  le  fils.  Le  personnage 
principal  est  évidemment  le  jeune  homme,  qui  est  figuré  de  face  et  avec  un  relief 
très  accusé,  presque  en  ronde  bosse.   Il  est  debout  dans  l'attitude  du  repos, 
tenant  de  la  main  gauche  une  massue.  Auprès  de  lui  sont  un  enfant  assis  et  un 
chien.  L'enfant,  qui  se  retrouve  sur  d'autres  monuments  analogues,  paraît  être 
un  jeune  serviteur  du  personnage  principal.  Suivant  le  système  qu'il  a  déjà 
exposé  à  l'académie,  M.  Ravaisson  pense  que  les  personnages  représentés  sur  ce 
bas  relief,  ainsi  que  sur  tous  les  monuments  funéraires,  y  sont  figurés  morts  et 
dans  l'autre  monde.  Le  jeune  homme  est  suivant  lui  liéroïsé  ou  représenté  sous 
les  traits  d'un  héros  tel  que  Thésée  ou  Hercule,  plus  probablement  Thésée.  i| 
M.  Aube  continue  la  lecture  de  son  mémoire  sur  le  martyre  de  S**  Félicité'et 
!'  de  ses  sept  fils.  Suivant  les  actes  de  ce  martyre,  une  veuve  chrétienne,  nommée 
Félicitas,  fut  martyrisée  à  Rome  avec  tous  ses  fils,  au  nombre  de  7,  quand 
régnaient  en  commun  des  empereurs  dont  l'un  au  moins  portait  le  nom  d'Anto- 
ninus,  par  les  ordres  d'un  préfet  de  Rome  nommé  Publius  et  d'Antoninus  lui- 
z^iméme;  leur  supplice  avait  pour  but  de  calmer  la  colère  des  dieux,  qyi  semblaient 
1  irrités  contre  l'empire.  L'un  des  martyrs  portait  le  nom  de  Januarius  :  c'est  celui 
^^que  nous  appelons  S.  Janvier.  M.  de  Rossi,  s'appuyant  tant  sur  les  données  du 
,^  récit  (qu'il  croit  à  peu  près  contemporain  des  événements)  que  sur  les  caractères 
Tarchéologiques  d'une  crypte  de  Rome  dédiée  aux  saints  Janvier,  Agapitus  et 
afiFélicissime  (ces  deux  derniers  f  258),  qu'il  croit  construite  peu  après  la  mort 
^i^e  S.  Janvier  pour  lui  servir  de  tombeau,  place  la  date  du  martyre  en  l'an  162. 
'  Alors  Marc  Aurèle  (M.  Aurelius  Antoninus)  était  empereur  avec  son  frère  L. 
Verus'.  La  colère  divine  qu'on  voulait  apaiser  s'était  manifestée  par  un  débor- 
dement du  Tibre  suivi  d'une  famine.  Le  préfet  de  la  ville  était,  comme  l'a 
montré  Borghesi,  le  jurisconsulte  P.  Salvius  Julianus,  l'auteur  de  l'édit  perpé- 
tuel. M.  Aube  combat  ce  système.  Le  supplice  de  huit  personnes,  tuées  à  Rome 

i.  Hors  le  règne  de  ces  deux  princes,  on  ne  trouve,  selon  M.  de  Rossi,  d'autre  époque 
où  aient  régné  deux  empereurs  dont  un  Antonin,  que  celle  du  règne  de  Caracalla  et  Géta 
(211-212)  :  mais  alors  on  ne  trouve  pas  de  préfet  de  Rome  qui  portât  le  prénom  de 
Publius. 


J36  REVUE   CRITIQUE    D*HISTOiRE    ET    DE   LITTÉRATURE. 

même  et  par  les  ordres  directs  de  l'empereur,  s'accorde  mal  avec  ce  que  nous 
savons  de  l'humanité  de  Marc  Aurèle,  connu  d'ailleurs  pour  l'un  des  princes  dont 
les  chrétiens  eurent  le  moins  à  se  plaindre.  Les  arguments  archéologiques  ne 
peuvent  donner  une  conclusion  rigoureuse  :  la  crypte  de  S.  Janvier  peut  aussi 
bien  être  du  j*  siècle  que  du  second.  L'année  162  n'est  pas  la  seule  où  l'on 
trouve  des  calamités  publiques  qui  aient  pu  être  prises  pour  des  marques  de  la 
colère  divine,  et  l'on  trouve  aussi  sous  les  Antonins  d'autres  époques  que  celles 
£  qu'indique  M.  de  Rossi,  où  l'empire  fut  partagé  :  ainsi  sous  Marc  Aurèle  et 
Commode  (177-180),  sous  Septime  Sévère  et  Antonin  Caracalla  (198-21 1  :  dans 
les  dernières  années  l'adjonction  de  Géta  porta  le  nombre  des  empereurs  à  5). 
Certaines  expressions  des  actes  indiquent  une  époque  postérieure  au  règne  de 
M.  Aurèle.  Ainsi  le  préfet  reproche  à  Félicité  d'exciter  ses  fils  ut  dominorum 
nosîrorum  iussa  contemnant.  L'expression  domini  nostri  pour  désigner  les  empe- 
reurs ne  se  trouve  pas  avant  la  fin  du  second  siècle.  D'ailleurs  en  163  dans  les 
actes  du  martyre  de  S.  Justin  et  de  ses  compagnons  on  ne  voit  pas  le  préfet  de 
Rome  de  cette  année  invoquer  contre  les  chrétiens  des  ordres  des  empereurs 
;,  actuels,  M.  Aurèle  et  L.  Verus  ,  mais  l'édit  de  Trajan,  edictum  Imperatoris  :  ce 
"serait  donc  aussi  cet  édit  qu'eût  invoqué  son  prédécesseur  de  l'année  précé- 
dente —  s'il  avait  eu  à  juger  Félicité  et  ses  fils.  —  Enfin  il  est  probable  que 
i, parmi  les  préfets  de  Rome  du  règne  commun  de  Septime  Sévère  et  de  Caracalla, 
E  dont  les  noms  ne  nous  sont  pas  parvenus,  il  a  dû  s'en  rencontrer  quelqu'un  du 
prénom  de  Publius.  —  Ainsi  s'écroulent,  même  en  supposant  les  AcUs  authen- 
,  tiques,  les  arguments  de  M.  de  Rossi.  Mais,  demande  M.  Aube,  M.  de  Rossi 
)  a-t-il  eu  raison  d'admettre  de  prime  abord  l'authenticité  de  ces  actes  ?  n'aurait-il 
L  pas  dû  se  demander  s'il  fallait  y  voir  un  récit  historique,  ou  bien  une  légende 
-composée  à  une  époque  postérieure,  par  exemple  vers  le  temps  de  Constantin, 
■  •  pour  l'édification  des  lecteurs  ? 

Ouvrages  offerts  à  l'académie  :  —  Komats  et  Sakitsi  ou  la  rencontre  de  deux  nobles 

,,. cœurs  dans  une  pauvre  existence  etc.  par  Riutei  Tanefico,  romancier  japonais,  trad. 

etc.  par  F.  Turrettini  {extr.  du  Ban  Zai  Sau,  Genève,  1875);  — •  C.  A.  Holmboe, 

'  Om  Vildsviintypen  paa  galliske  og  indiske  Mynter  (extr.  d.  Vidensk.-Selsk.  Forhandlinger 

for  1868); — G.  du  Fresne  de  Beaucourt,  Charles  VII,  son  caractère  (Paris,  1872-75, 

2  vol.  8*);  — Ch.  Jourdain,  Discours  sur  les  travaux  historiques  de  M.  Guizot.  — 

Présentés  par  M.  de  Longpérier  :  —  Alex.  Bertrand  ,  Le  casque  de  Berru  (extr.  de  la 

•  '  Revue  archéologique);  —  F.  Bompois,  Explication  d'un  didrachme  inédit  de  la  ville 

d'Ichnae  (Macédoine);  —  0.  de  Poli,  Recherches  sur  le  nom  vulgaire  de  l'amphithéâtre 

flavien  (Colysée);  —  A.  de  Caix,  Le  musée  archéologique,  i"  fasc.  ;  —  par  M.  Ravais- 

son  :  le  2'  n*  de  la  Gazette  archéologique  publiée  par  MM.  de  Witte  et  Lenormant. 

Julien  Havet. 


Le  propriétaire-gérant  :  F.  VIEWEG. 


Nogent-le-Rotrou,  imprimerie  de  A.  Gouverneur. 


Magdebourg  1631  (Fischer.  B.  était  un  moine  témoin  oculaire  de  l'incendie  et 
du  pillage  de  Magdebourg  en  1631.  Il  attribue  l'incendie  non  à  Tilly  mais  aux 
'  Suédois  et  aux  habitants.  M.  Onno  Klopp  n'a  malheureusement  publié  que  des 
-fragments  de  cette  ancienne  relation  inédite).  —  Alexi,  Der  Tod  des  Herzogs 
Bernhard  von  Weimar  (Fischer).  —  Neuhaus,  Der  Friede  zur  Ryswick 
(ScHULz).—  Retour  de  la  Turquie  de  Charles  XII  en  1714-171 5  (Grossmann). 

—  V.  HoLST,  Verfassung  u.  Demokratie  der  vereinigten  Staaten  von  Amerika 
(Hermann).  —  Eberty,  Geschichte  des  preussischen  Staates  (Foss).  —  Die 

^-Archive  des  fùrsllichen  Hauses  Schwarzenberg  (Ilwof).  —  Schuster,  Das 
îswiener  Stadtrecht  oder  Weichbildbuch  (Kotelmann).  —  Nochmals  zur 
anCeschichte  der  Stadt  Stendal(G(ETZE,  Kotelmann). — Programmenschau(Foss). 

Jenaer  Literaturzeitung,  1875,  n°  10,  6  mars.  HiTZiG,  Das  Buch  Hiob 
ùbers.  und  ausgelegt.  Leipzig  und  Heidelberg,  Winter'sche  Verlagsb.  In-S". 
li-319  p.  ("H.  Steiner).  —  Keller,  DeJuba  Appiani  Cassiique  Dionis  auctore, 
Marburgi  Cattorum,  Elw^ert.  In-S",  40  p.;  Ders.,  Der  zweite  punische  Krieg 
und  seine  Quellen.  Marburg,  Elwert.  In-8",  viij-223  p.  (G.  Peter).  —  Lossius, 
Drei  Bilder  aus  dem  livlaendischen  Adelsleben  des  xvi.  Jahrh.  I.  Leipzig,  Dunc- 
ker  u.  Humblot.  In-S",  82  p.  (Winkelmann).  —  Ammiani  Marcellini  rerum 
gestarum  libri  qui  supersunt,  recens.  Gardthausen.  Vol.  I.  Lipsiae,  Teubner. 
In-S",  xxvj-339  p.  (Franz  Rùhl). —  Richard  li  Biaus,  herausg.  v.  Fœrster. 
Wien,  Hœlder.  In-8°,  xxix-196  p.  (G.  Grœber).  —  Lycurgos'  Rede  gegen 
Leokrates,  erkl.  v.  Nicolai.  Berlin,  Weidmannsche  B.  In-8°,  vj-78  p.  (F. 
='»Blass). 

*..     Nuove  Effemeridi  Siciliane,  studi  storici,  letterari,  bibliografici ,  compilati 

'*'  da  V.  Di  Giovanni,  G.  Pitre,  S.  Salomone  Marino.  Série  terza,vol.  I.  Le  prix 

de  l'abonnement  est  de  12  fr.  pour  l'Italie  et  de  16  fr.  pour  l'étranger.  (La  Sicile 

possède  un  petit  groupe  d'érudits  très-actifs  qui  s'occupent  avec  zèle  et  succès 

de  l'histoire  littéraire  et  politique  de  leur  pays.  U  suffit  de  citer  les  noms  de  V. 

di  Giovanni  et  de  G.  Pitre.  La  publication  de  VArcliivio  Storico  Siciliano,  de  la 

Biblioteca  storica  e  letteraria  de  Sicilia,  ossia  raccolîa  di  opère  inédite  0  rare  di 

scrittori  siciliani  del  secolo  XVI  al  XIX  qui  compte  déjà  1 9  volumes  et  enfin  des 

Nuove  Effemeridi,  revue  trimestrielle  qui  sert  de  complément  à  la  Bibliotheca  et 

^,j  aui  inaugure  cette  année  sa  3''  série,  sont  la  preuve  de  cette  activité  scienti- 

't  nque).  V.  Di  Giovanni,  Degli  Eruditi  siciliano  del  secolo  XV.  —  S.  Salomone 

Marino,  Relatione  délie  Feste  délia  città  di  Palermo  a  D.  Giovanni  d'Austria 

dopo  la  vittoria  di  Lepanto  scritta  da  un  contemporaneo.  —  V.  Di  Giovanni, 

Notizie  d'illustri  Letterati  siciliani  estratti  dai  mss.  di  V.  Auria  délia  Bibl.  comm. 

di  Palermo.  —  A,  Arietti,  Memorie  sulP  Isola  di  Ustica  scritta  da  Michèle 

ty  Russo.  —  G.  PiTRÈ,  Dei  Giuochi  popolareschi  solite  festeggiarsi  in  alcuni  tempi 

J^:dell'  anno  in  Palermo.  —  La  Sicilia  e  i  Siciliani  ail'  Estero.  —  BuUetino  Biblio- 

.,;grafico. 

Il  propugnatore,  Janvier-Février  1875.  (^^^  excellent  recueil  entre  dans  sa 
huitième  année  d'existence.  Nous  sommes  heureux  de  constater  son  rapide  et 
légitime  succès.)  Baudi  di  Vesme,  La  lingua  italiana  e  il  volgare  toscano.  — 
G.  Ghivizzani,  g,  Giusti  e  i  suoi  tem.pi.  —  L.  Scarabelli,  Trionfi  del  Petrarca. 

—  Imbriani,  Natanar  II,  lettera  a  Francesco  Zambrini  sul  testo  del  Candelaio 
di  Giordano  Bruno.  —  G.  Gargiolli,  Documento  aneddoto.  —  C.  Coronedi- 
Berti,  Novelle  popolari  bolognesi.  —  C.  Giuliari,  La  letteratura  veronese  al 
cadere  del  secolo  xv.  —  Bibliografie  (Le  Propugnatore  donne  par  la  plume  de 
M.  Bertocchi  un  assentiment  complet  aux  arguments  par  lesquels  MM.  SchefFer- 
Boichhorst  et  Fanfani  ont  démontré  la  non-authenticité  de  la  chronique  de  Dino 
Compagni). 


BULLETIN    BIBLIOGRAPHIQUE 
DES  PRINCIPALES   PUBLICATIONS   FRANÇAISES   ET    ÉTRANGÈRES. 

AVIS.  —  On  peut  se  procurer  à  la  librairie  A.  Franck  tous  les  ouvrages 
annoncés  dans  ce  bulletin ,  ainsi  que  ceux  qui  font  l'objet  d'articles  dans  la 
Revue  critique.  Elle  se  charge  en  outre  de  fournir  très-promptement  et  sans 
frais  tous  les  ouvrages  qui  lui  seront  demandés  et  qu'elle  ne  posséderait  pas  en 
magasin. 


Bartsch  (K.).  Chrestomathie  provençale 
accompagnée  d'une  grammaire  et  d'un 
glossaire.  5*  éd.,  revue  et  corrigée.  In-8% 
590  p.  Elberfeld  (Friderichs).  8  fr. 

Commentationes  philologae.  Scripse- 
runt  seminarii  philologi  regii  Lipsiens. 
qui  nunc  sunt  et  qui  nuper  fuerunt  sodales. 
In-S",  268  S.  Leipzig  (Giesecke  et  De- 
vrient).  6  fr. 

Delitzsch  (F.).  Assyrische  Studien.  i. 
Hft.  Assyrische  Thiernamen  m.  vielen 
Excursen  u.  e.  assyr.  u.  akkad.  Glossar. 
In-S",    vii-189    S.    Leipzig   (Hinrichs). 

10  fr.  75 

Ewald  (H.).  Die  Lehre  der  Bibel  v.  Gott 
od.  Théologie  d.  alten  u.  neuen  Bundes. 
5  Bd.  Die  Glaubenslehre.  2.  Haslfte. 
(Schluss).  In-8%  504  S.  Leipzig  (Vogel). 

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L'ouvrage  complet.  33  fr.  35 

Fick  (A.).  Vergieichendes  Wœrterbuch 
der  indogermanischen  Sprachen  sprach- 
geschichtlich  angeordnet.  i.  Bd.,  enth. 
den  Wortschatz  der  indogerman.  Grund- 
sprache,  der  arischen  und  europaeischen 
Spracheinheit.  3.  umgearb.  Aufl.  In-8°, 
843  S.  Gœttingen  (Vandenhœck  et  R.). 

18  fr.  75 

Galeni  (C).  De  Placitis  Hippocratis  et 
Platonis  libri  novem.  Recens,  et  expla- 
navit  J.  Mueller.  Vol.  I.  Prolegomena 
critica,  textum  graecum,  adnotationem 
criticam  versionemque  latinam  continens. 
In-8°,    viij-827   p.   Leipzig   (Teubner). 

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Heerdegen  (F.).  Untersuchungen  zur 
lateinischen  Semasiologie.  i.  Heft.  Ein- 
leitung.  In-S",  48  S.  Erlangen  (Deichert). 

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Jahrbûcher   fur   classische   Philologie. 

Hrsg.  V.  D'  A.   Fieckeisen.   7.   Suppl.- 

Bd.  3.  Hft.  In-8°,  S.  305-539.  Leipzig 

(Teubner).  7  fr.  50 

Les  tomes  I  à  VII.  1 13  fr.  75 

Justiniani,    codicis,    fragmenta    Vero- 


nensia  éd.  P.  Krueger.  In-fol.  vij-84  S. 
Berlin  (Weidmann).  26  fr.  75 

K.œnig  (E.).  Gedanke,  Laut-  und  Accent 
als  die  drei  Factoren  der  Sprachbildung 
comparativ  u.  physiologisch  am  He- 
braischen  dargestellt.  In-8°,  vij-155  S. 
Weimar  (Bœhlau),  4  fr. 

Rurschat  (F.).  Wœrterbuch  der  litta- 
uischen  Sprache.  i .  ThI.  Deutsch-litta- 
uisches  Wœrterbuch.  2.  Abth.  L-Z.  Gr. 
in-8°,  xij-390  S.  Halle  (Buchh.  d. 
Waisenh.).  16  fr. 

Le  premier  vol.  complet.  36  fr. 

Mittelhaus  (C).  De  Baccho  attico.  In- 
8°,  56  p.  Breslau  (MaruschkeetBerendt). 

2  fr.  50 

Nicanoris  Trept  '08u<T(7eta>iîj;  (ttiy(x^ç  reli- 
quiae  emendatiores.  Ed.  0.  Carnutt. 
In-8',  68  p.  Berlin  (Borntraeger).  3  f.  25 

Nisard  (D.).  Les  quatre  grands  historiens 
latins,  suivis  de  vingt-deux  mois  de  la  vie 
de  Mirabeau.  In-i8  jésus,  iv-407  p.  Paris 
(Michel  Lévy  frères).  3  fr.  50 

Nourrisson.  Machiavel.  In-12,  xv-3 12  p. 
Paris  (Didier  ei  C").  3  fr.  jo 

Pape  (W.).  Handbuch  d.  griechischen 
Sprache.  2,  ùberall  bericht.  u.  verm- 
Ausg.  6.  Abdr.  i.  u.  2.  Bd.  Griechisch. 
deutsches  Handwœrterbuch.  Gr.  in-S". 
Braunschweig  (Viewcg  u.  Sohn).   24  fr. 

Portagnier  (T.).  Étude  historique  sur  le 
Rethélois  et  l'archidiocèse  de  Reims.  Le 
Châtelet  -  sur  -  Retourne ,  Bergnicourt , 
Alincourt,  Mondrégicourt  et  Epinois, 
depuis  les  temps  les  plus  reculés  jusqu'à 
nos  jours.  In-8°,  471  p.  et  3  pi.  Châtelet- 
sur-Retourne  (l'auteur). 

Schrœder  (L.).  Ueber  die  formelle  Un- 
terscheidung  der  Redetheile  im  Griechi- 
schen u.  Lateinischen  m.  Berùcksicht. 
der  Nominalcomposita.  In-8°,  viij-562  S. 
Leipzig  (Kœhler).  8  fr. 

Zeitschrift  f.  deutsche  Philologie,  hrsg. 
v.  E.  Hœpfner  u.  J.  Zacher.  Erganzùngs- 
Band.  In-S»,  622  S.  Halle  (Buchh.  des 
Waisenh.).  21  fr.  35 


Nogent-le-Rotrou,  Imprimerie  de  A.  Gouverneur. 


N*  22  Neuvième  année.  29  Mai  1875 

REVUE  CRITIQUE 

-D'HISTOIRE   ET  DE  LITTÉRATURE 

3n  RECUEIL  HEBDOMADAIRE  PUBLIÉ  SOUS  LA  DIRECTION 

DE  MM.  C.  DE  LA  BERGE,  M.  BRÉAL,  G.  MONOD,  G.  PARIS. 


Secrétaire  de  la  Rédaction  :  M.  Stanislas  Guyard. 


Prix   d'abonnement  : 

Un  an,  Paris,  20  fr.  —  Départements,  22  fr.  —  Etranger,  le  port^n  sus 

'  ''^^  ^^J^i'-i                              suivant  le  pays. 
TflA!rr^.8.i 

PARIS 
LIBRAIRIE    A.    FRANCK 

F.    VIEWEG,    PROPRIÉTAIRE 
67,  RUE  RICHELIEU,  6j 


Adresser  toutes  les  communications  à  M.  Stanislas  Guyard,  Secrétaire  de  la 
Rédaction  (au  bureau  de  la  Revue  :  67,  rue  Richelieu). 

ANNONCES 

En  vente  à  la  librairie  A.  Franck,  F.  Vieweg  propriétaire, 
67,  rue  de  Richelieu. 

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avocat  à  la  Cour  d'appel  de  Paris.  22  fr. 

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LT-iQ  ■QT  "CITDÇ  ^^  Philippe.  Poème  en  vers  politiques  de 
CjO  1  1— iC  U  1X0  Philippe  le  Solitaire,  publié  dans  le  texte 
pour  la  première  fois,  d'après  six  mss.  de  la  Bibliothèque  nationale,  par  l'abbé 
E.  Auvray,  licenciées-lettres.  î  fr.  75 


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,^,    PÉRIODIQUES.  ^^   ^ 

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î^  Icalel^N^ri?,  new  séries,  8  mai.  J..A.  Lawson,  Wanderings  in 
the  Interior  of  New  Guinea.  London,  Chapman  and  Hall  (G.  E.  D.  Black).  — 
W.  Warburton,  Edward  III.;  Gairdner,  The  Houses  of  Lancaster  and  York, 
with  the  Conquest  and  Loss  of  France.  London ,  Longmans  and  Go.  (G.  W. 
Boase  :  ces  deux  ouvrages  font  partie  de  la  collection  intitulée  £poc/j5  of  Hwfor)' ; 
ils  rendront  de  grands  services  aux  étudiants).  —  G.  A.  Swainson,  The  Nicene 
and  Apostles'  Greed,  London,  Murray  (Edmund  S.  Ffoulkes  :  ouvrage  inté- 
ressant, mais  n'allant  pas  au  fond  de  la  question).  —Von  Bezold,  Zur 
Geschichte  des  Husitenthums  (Alfred  Stern;  cf.  Rev.  crit.,  1874,  II,  p.  24$).  — 
Notes  and  News.  —  Notes  of  Travel.  —  The  British  Muséum  (suite  de  la  liste 
des  acquisitions  nouvelles).  —  Notes  of  a  Tour  in  the  Gyclades  and  Grete.  V. 
Crète  (suite:  H.  F.  T ozer).  —  Correspondence.  A  new  Edition  of  Pepys's 
«  Memoirs  »  (George  Bell  and  Sons).  —  Miss  Otté's  Scandinavian  History 
(Edmund  W.  Gosse).  —  An  Allusion  to  Hamlet  (R.  Simpson).  —  Fiske,  Out- 
lines  of  Gosmic  Philosophy.  2  vols.  London,  Macmillan  and  Go.  (J.  S.  Stuart 
Glennie  :  la  plus  importante  contribution  apportée  jusqu'ici  par  un  américain  à  la 
philosophie  ;  l'auteur  est  disciple  de  Spencer).  —  Meetings  of  Societies  (Institut 
anthropologique).  "-    ' 

The  Athenseum,  N"  2480,  8  mai.  Journey  across  the  Western  Interior  of 
Australia.  By  Gol.  P.  Egerton  Warburton.  With  an  Introduction  by  H.  Eden. 
Ed.  by  H.  W.  Bâtes.  Sampson  Low  and  Go.  —  Swainson,  The  Nicene  and 
Apostles'  Greed.  —  G.  G.  Leland,  Fusang  :  or,  the  Discovery  of  America  by 
Ghinese  Buddhist  Priests  in  the  Fifth  Gentury.  Trùbner  and  Go.  {VAtlien£um  ne 
croit  pas  à  l'assimilation  de  Fusang  avec  l'Amérique,  et  présente  de  graves 
objections).  —  Warburton,  Edward  III.  —  Ancient  History  from  the  Monu- 
ments :  Egypt.  By  S.  Birch  ;  Assyria.  By  G.  Smith.  Ghristian  Knowledge  Society 
(deux  ouvrages  qu'il  faut  lire,  et  dont  on  loue  la  précision  et  la  clarté).  —  Ano- 
ther  Site  for  Pisgah  (Gharles  Warren).  — General  Briggs  (détails  biographiques 
sur  cet  orientaliste).  —  The  Gave  of  Adullam.  —  The  Interior  of  New  Gumea 
(réponse  de  M.  Lawson  et  réplique  de  VAthenmm).  —  Prof.  Ewald  (not. 
nécrol.).  —  Literary  Gossip.  —  Societies  (Soc.  d'archéologie  biblique,  Institut 
anthropologique). 

Literarisches  Centralblatt,  N°  20,  15  mai.  Stadler,  Kant's  Théologie. 
Berhn,  Dummler.  ln-8°,  155p.  —  Hartmann,  Erlseuterungen  zur  Metaphysik 
des  Unbewussten.  Berlin,  Duncker.  In-8%  82  p.  —  Glass,  Die  metaphysischen 
Voraussetzungen  des  Leibnitz'schen  Determinismus.  Tùbmgen,  Laupp.  In-8°, 
vii)-i28p.  —  Garo,  Geschichte  Polens.  4  Th.  i4?o-i455.  Gotha,  Perthes. 
In-8%  X-501  p.  (n'est  pas  inférieur  aux  précédents  volumes;  l'article  discute 
toutefois  un  assez  grand  nombre  de  points  de  détail).  —  Steindorff, 
Jahrbûcher  des  deutschen  Reichs  unter  Heinrich  III.  i.  Bd.  Leipzig,  Duncker 
u  Humblot.  In-8",  xij-536  p.  (l'éditeur  a  remph  sa  tâche  avec  soin  et  talent). 
—  Urkundenbuch  der  Stadt  Augsburg.  Herausg.  v.  Ghr.  Meyer.  i.  Bd.  Augs- 
burg,  Butsch's  Verl.  In-4",  398  p.  (bien  édité;  ce  premier  volume  contient  les 
documents  compris  entre  les  années  1 104  et  1 346).  —  P.  Ewald,  Walram  von 
Naumburg.  Bonn,  Strauss.  In-8%  86  p.  (contribution  intéressante  à  la  littéra- 
ture publiciste  du  xi«  siècle).  —  K/empf,  Phœnizische  Epigraphik.  Prag,  Domi- 
nicus  In-8°,  viij-84  p.  (fournit  d'excellents  éclaircissements  sur  1  inscription 
d'Eschmunazar,  corrections  de  texte,  etc.).  —  Erdmann,  Untersuchungen  uber 
die  Syntax  der  Sprache  Otfrids.  i.  Th.  Halle,  Buchh.  d.  Waisenhauses.  In-b  , 
xviii-2  34p.  (cette  partie  traite  des  formes  verbales  dans  les  propositions  simples 
et  composées;  important  ouvrage).  —  Koffmane,  Lexicon  lateimscher  Wort- 


REVUE  CRITIQ^UE 

D'HISTOIRE    ET    DE    LITTÉRATURE 

•^  N-  22  .pu ,  ijfi'.  —  29  Mai  —  1875 

Sommaire  :  loi.  Boissier,  La  Religion  romaine  d'Auguste  aux  Antonins.  —  102. 
Mayhoff,  Nouvelles  Études  sur  le  texte  de  Pline  l'Ancien,  —  103.  Bartsch, 
Chrestomathie  provençale,  3*  éd.  —  104.  Jeux  de  l'enfance,  recueillis  p.  Maspons  y 
Labros.  —  105.  Dantès,  Tableau  chronologique  et  alphabétique  des  principaux 
événements  de  l'histoire  du  monde.  —  106.  Le  drame  populaire  de  Fiiuiî,  p.  p. 
Engel.  —  107.  CoRTAMBERT,  Histoire  des  progrès  de  la  Géographie  de  1857  ^ 
1874.  —  Sociétés  savantes  :  Académie  des  inscriptions. 


loi.  —  La  Religion  romaine  d'Auguste  aux  Antonins,  par  Gaston  Bois- 
sier. Paris,  L.  Hachette,  1874,  2  vol.  in-8*.  —  Prix  :  i  j  fr. 

Les  écrivains  les  plus  convaincus  de  l'origine  surnaturelle  du  christianisme 
ont  dû  reconnaître  que  la  soumission  aux  lois  romaines  de  presque  tout  l'univers 
alors  connu  facilita  puissamment  la  conversion  de  l'ancien  monde.  A  côté  de 
conditions  extérieures  si  favorables  à  la  diffusion  de  la  religion  nouvelle,  l'histo- 
rien découvre  encore  de  précieux  auxiliaires  rencontrés  par  elle  dans  les  chan- 
gements profonds  qui  s'opéraient  au  sein  des  religions  antiques  au  moment 
même  oii  le  christianisme  venait  les  déposséder  de  leur  empire  sur  les  âmes.  En 
effet,  on  pourrait  distinguer  deux  phases  dans  l'histoire  des  progrès  du  christia- 
nisme :  la  première  est  caractérisée  par  la  transformation  préalable  du  poly- 
théisme en  monothéisme,  et  la  deuxième  est  marquée  par  la  victoire  du  christia- 
nisme sur  les  religions  qui,  elles  aussi,  ne  connaissaient  plus  qu'un  seul  Dieu. 
Les  premières  conquêtes  de  l'apostolat  ont  été  faites  parmi  les  Juifs  répandus 
dans  toutes  les  parties  du  monde  romain,  ou  bien  dans  quelques  grandes  familles 
patriciennes,  amenées  par  une  éducation  philosophique  prolongée  à  la  croyance 
au  Dieu  unique.  De  là  ces  conquêtes  s'étendirent  en  Orient  chez  des  peuples 
dont  les  religions,  presque  monothéistes  dès  l'origine,  étaient  empreintes  d'un 
mysticisme  exalté ,  et  en  Occident  chez  les  populations  mixtes  des  villes ,  où 
le  polythéisme  ébranlé  ou  dénaturé  sous  l'action  de  causes  puissantes  se  faisait 
de  plus  en  plus  semblable  aux  religions  de  l'Orient.  Mais  les  campagnes,  sous- 
traites à  l'action  de  ces  causes,  demeurées  étrangères  à  la  propagation  des  nou- 
veaux cultes,  ont  été  aussi  les  dernières  soumises  et  les  plus  obstinément  rebelles 
au  joug  du  Christ  :  il  a  fallu  employer  d'autres  armes  que  la  prédication  pour 
faire  adopter  à  leurs  habitants  la  foi  nouvelle ,  tant  leur  esprit  était  mal  préparé 
à  en  recevoir  l'influence,  tant  leur  cœur  était  peu  disposé  à  en  souhaiter  les 
promesses.  On  voit  combien  il  importe  d'étudier  la  propagation,  dans  notre 
Occident,  des  cultes  de  Cybèle,  de  Mithra  et  de  Serapis,  pendant  les  deux  pre- 
miers siècles  de  notre  ère,  et  cette  étude  est  le  but  que  poursuivait  principale- 
ment M.  Boissier. 

XV  22 


3?8  i   f  »  .r\.^  r  '    revue  critique     î  |  t\  »'  '"'^  r  ■ 

Avant  d'entrer  dans  l'examen  détaillé  de  cet  ouvrage,  rendons  d'abord  justice 
à  l'esprit  dans  lequel  il  est  conçu.  M.  B.  s'est  refusé  à  faire  de  l'histoire  un  instru- 
ment de  polémique  religieuse,  et  cette  réserve  est  si  rare  aujourd'hui  qu'elle  donne 
à  son  ouvrage  une  physionomie  originale  et  un  charme  inattendu.  L'auteur,  après 
avoir  mis  en  lumière  les  grands  et  beaux  côtés  du  polythéisme  et  de  la  philoso- 
phie ancienne,  n'hésite  jamais  à  en  signaler  les  insuffisances  et  les  lacunes.  Il 
prend  plaisir  à  montrer  au  lecteur  à  quel  degré  de  civilisation,  de  bien-être  et  de 
lumières  étaient  parvenues  les  sociétés  humaines  sous  les  auspices  de  la  Grèce 
et  de  Rome,  mais  il  déclare  fermement  que  vers  la  fin  du  ii*  siècle  les  sources  de 
ces  progrès  étaient  taries,  que  l'efficacité  des  croyances  religieuses  et  des  sys- 
tèmes philosophiques  du  monde  ancien  était  épuisée'.  Dans  la  lutte  engagée 
entre  le  christianisme  et  le  rationalisme,  M.  B.,  historien  scrupuleux,  fournit  des 
armes  aux  deux  partis,  et  il  risque  de  les  mécontenter  l'un  et  l'autre. 

Les  limites  entre  lesquelles  M.  B.  a  arrêté  son  sujet  n'offrent  rien  de  bien 
rigoureux  au  point  de  vue  historique  :  les  altérations  de  la  religion  romaine, 
auxquelles  il  nous  fait  assister,  remontent  à  une  époque  antérieure  au  règne 
d'Auguste;  d'autre  part  la  fin  de  la  période  Antonine  n'est  caractérisée  par  aucun 
mouvement  religieux  considérable.  L'auteur  a  voulu,  je  pense,  faire  commencer 
son  histoire  à  la  naissance  même  du  Christ,  en  obéissant  à  une  préoccupation 
de  parallélisme  un  peu  gênante ,  et  la  terminer  au  moment  où  ayant  tiré  de 
Plutarque,  de  Lucien  et  d'Apulée  les  éléments  de  son  travail,  il  a  vu  les  témoi- 
gnages littéraires  lui  manquer  tout  à  coup.  Le  terme  final  qu'il  a  adopté  ne  com- 
porte aucune  conséquence  fâcheuse.  Chez  les  écrivains  que  nous  avons  nommés, 
on  voit  se  dessiner  le  nouveau  polythéisme  avec  les  caractères  qu'il  présentera 
deux  siècles  après  chez  Julien  et  chez  Libanius.  Les  traits  principaux  de  la  vie 
sociale,  dont  M.  B.  a  joint  le  tableau  à  celui  de  la  vie  religieuse,  n'ont  guère 
changé  depuis  le  second  siècle  jusqu'à  la  fin  de  l'empire  :  cette  persistance  se 
révèle  dans  le  Digeste,  qui  reproduit  tant  de  constitutions  des  empereurs  de  la 
dynastie  Antonine,  aussi  bien  que  dans  les  inscriptions,  témoins  de  la  vie  antique 
suppléant  au  manque  de  livres,  qui  ne  montrent  non  plus  aucun  changement 
essentiel  dans  la  condition  sociale  des  peuples  pendant  les  cent  cinquante  années 
qui  suivent  l'époque  où  s'est  arrêté  M.  Boissier.  Il  a  donc  pu,  sans  franchir  la 
limite  inférieure  qu'il  s'était  prescrite,  embrasser  tout  un  ordre  naturel  de  faits, 
en  montrer  les  rapports  et  en  tirer  des  conclusions  applicables  à  une  longue  et 
importante  période  de  l'histoire.  Mais  en  faisant  commencer  son  ouvrage  au 
règne  d'Auguste,  M.  B.  s'est  exposé  à  un  inconvénient  grave.  Une  introduction 
devenait  indispensable,  et  pour  ne  pas  lui  donner  des  proportions  trop  grandes 
il  a  fallu  omettre  d'importants  détails  et  sacrifier  des  développements  intéressants. 
Cette  introduction,  composée  de  deux  chapitres,  fait  connaître  les  traits  saillants 

1.  T.  II,  p.  451.  Est-il  nécessaire  de  faire  remarquer  que  cette  manière  de  voir  ne 
préjuge  en  rien  la  question  de  l'origine  surnaturelle  du  christianisme,  question  que  l'auteur 
n'avait  pas  à  traiter?  En  admettant  avec  lui  que  le  fonds  gréco-romain  fût  devenu  insuf- 
fisant, que  devons-nous  conclure,  sinon  qu'un  élément  sémitique  entre  comme  facteur  irré- 
ductible dans  la  civilisation  moderne.^ 


d'histoire  et  de  littérature.  5^9 

et  les  conceptions  fondamentales  de  la  religion  romaine.  M,  B.  a  parfaitement 
exposé  le  caractère  extraordinaire  de  cette  religion,  sans  analogue,  je  crois,  parmi 
celles  dont  l'histoire  nous  est  connue,  qui  se  réduit,  comme  son  nom  l'indique,  à 
l'exactitude  et  à  la  régularité  (t.  I,  p.  21),  où  il  n'y  a  pas  de  dogmes,  mais 
seulement  des  cérémonies  et  des  sacrifices,  dans  laquelle,  en  un  mot,  le  culte  est 
tout,  et  l'idée  rien  ou  peu  de  chose.  Une  sobre  collection  d'exemples  bien  choisis 
dans  la  masse  des  faits  permet  de  suivre  l'auteur  sans  fatigue  au  milieu  de  l'ex- 
position de  ces  doctrines  si  peu  en  rapport  avec  notre  manière  de  sentir. 

Avant  la  chute  de  la  République,  la  religion  avait  éprouvé  des  modifications 
sensibles  et  surtout  beaucoup  perdu  de  son  prestige.  M.  B.  assigne  plusieurs 
causes  au  discrédit  dans  lequel  elle  était  tombée  :  je  ne  sais  si  toutes  ont  agi 
comme  il  le  suppose.  Par  exemple  il  attribue  une  certaine  importance  à  ce  que 
l'élection  populaire  fût ,  à  un  moment  donné ,  substituée  à  la  coopiatio 
dans  le  recrutement  du  collège  des  prêtres.  Un  tel  changement  aurait  une 
influence  immense  pour  une  religion  dans  laquelle  le  corps  des  prêtres  exposerait, 
propagerait  ou  défendrait  une  doctrine  déterminée,  parce  que  celle-ci  recevrait 
alors  le  contre-coup  de  tous  les  mouvements  de  l'opinion  publique;  mais  à  Rome 
où  le  sacerdoce  n'était,  comme  l'a  si  bien  montré  M.  B.,  qu'un  corps  essentiel- 
lement politique,  l'accession  des  classes  populaires  n'est  autre  chose  qu'un  de 
ces  changements  politiques,  tous  dirigés  dans  le  sens  démocratique,  dont  l'his- 
toire de  la  République  est  remplie.  Les  auteurs  anciens  n'ont  signalé  dans  la 
religion  aucun  changement  dont  le  nouveau  mode  de  recrutement  sacerdotal  ait 
été  la  cause,  et  M.  B.  ne  peut  aussi  en  rattacher  aucun  à  ce  fait. 

Je  ne  pense  pas  non  plus  que  le  théâtre  ait  contribué,  comme  le  pense  M.  B., 
à  affaiblir  la  religion  nationale.  M.  B.  rapporte  lui-même  le  témoignage  de  Polybe 
sur  la  puissance  des  idées  religieuses  à  Rome,  alors  qu'elles  avaient  perdu  toute 
efficacité  chez  les  Grecs.  Or  Polybe  n'a  vu  Rome  qu'après  la  mort  de  Plaute. 
Les  plaisanteries  lancées  sur  le  compte  du  Zeus  Thébain  devaient,  dit  M.  B., 
rejaillir  sur  le  Jupiter  très-bon  et  très-grand.  Une  généralisation  aussi  absolue 
et  aussi  logique  n'est  pas  conforme  à  ce  que  nous  connaissons  de  l'esprit  de 
l'antiquité,  laquelle  s'accommodait  de  disparates  qui  nous  paraissent  fort 
étranges.  Je  me  demande  même  si  elle  est  compatible  avec  l'esprit  religieux 
en  général.  Dans  toute  religion,  le  fidèle  a  les  yeux  très-ouverts  sur  les 
parties  puériles  ou  odieuses  des  cultes  autres  que  celui  auquel  il  adhère,  il  en  rit 
volontiers,  sans  que  jamais  il  soit  déterminé  à  faire  un  retour  sur  lui-même  par 
:el  exercice  de  ses  propres  facultés  critiques.  La  philosophie  seule  a  partout 
présidé  à  l'émancipation  religieuse;  à  Rome,  il  n'en  a  pas  été  autrement.  La  fin 
iu  chapitre  deuxième  de  l'introduction  est  consacrée  à  l'étude  de  la  philosophie 
"omaine  sous  la  République,  et  particulièrement  à  celle  des  opinions  religieuses 
ie  Cicéron.  Il  y  faut  joindre  le  chapitre  qui  traite  de  Varron  et  de  son  école  et 
\\iï,  pour  ne  pas  grossir  l'introduction  outre  mesure,  a  été  rejeté  dans  la  deuxième 
îartie  de  l'ouvrage ,  et  vient  ainsi  après  l'étude  des  rapports  entre  Sénèque  et 
;aint  Paul'.  Un  scepticisme  complet  caractérise  les  idées  religieuses  de  Varron, 

I .  Une  table  très-bien  faite  remédie  à  ces  dispositions  critiquables  dans  l'économie  de 


5^  REVUE    CRITIQUE 

et  celles  de  Cicéron  ne  paraissent  pas  beaucoup  moins  radicales,  quoiqu'il  en 
adoucisse  agréablement  l'expression  et  ne  les  montre  que  coquettement  voilées. 
La  nécessité  de  ne  pas  allonger  l'introduction  oblige  M.  B.  à  ne  rien  dire  du 
poème  de  Lucrèce,  qui  méritait  certainement  quelques  pages. 

Nous  entrons  maintenant  dans  l'analyse  du  livre  I"  de  l'ouvrage. 

Pendant  que  les  hommes  éclairés ,  appartenant  aux  classes  supérieures ,  affi- 
chaient ,  comme  Varron ,  une  dédaigneuse  indifférence  pour  les  croyances  de 
leurs  ancêtres,  les  cultes  étrangers  se  propageaient  secrètement  dans  les  classes 
inférieures.  Méprisée  et  délaissée,  tel  était  Pétat  de  la  religion  nationale  quand 
Octave,  ayant  renversé  les  derniers  obstacles  qui  s'opposaient  à  l'établissement 
du  principat,  se  sentit  tout  naturellement  rassasié  d'innovations.  Il  songea  donc 
à  faire  reprendre  à  ses  sujets  ces  habitudes  d'ordre,  de  respect  et  de  sagesse  que 
Ton  perd  ordinairement  au  milieu  des  guerres  civiles,  et  la  restauration  de  l'an- 
tique religion  romaine  lui  parut  un  des  expédients  les  plus  propres  à  seconder 
son  dessein.  Il  proscrivit  sévèrement  les  cultes  étrangers.  D'autre  part,  il  se  fit 
nommer  grand  pontife  à  la  mort  de  Lépide,  il  rétablit  les  cérémonies  négligée^ 
il  rebâtit  les  temples  en  ruine  (dans  l'inscription  d'Ancyre  il  compte  et  recompté 
avec  complaisance  l'argent  qu'il  dépensa  pour  ce  chapitre),  il  institua  même 
quelques  cultes  nouveaux  :  celui  de  Venus  Genetrix,  qui  n'intéressait  que  la  gens 
Julia,  ceux  de  Mars  Ultor  et  d'Apollon,  auxquels  il  avait  voué  des  temples  pen- 
dant la  guerre.  Il  alla  plus  loin,  et  voulut  changer  en  hommes  religieux  ses  con- 
temporains sceptiques.  Sa  tentative  n'eut  qu'un  succès  très-court  :  il  put,  avant 
sa  mort,  assister  à  son  avortement.  Mais  l'échec  ne  fut  pas  complet  :  il  obtint 
des  démonstrations  qui  pouvaient  lui  faire  illusion,  et  il  dut  être  quelque  peu  fier 
de  son  œuvre,  lorsque  Horace  et  d'autres  poètes  rajustèrent  leurs  toges,  prirent 
une  attitude  correcte  et  tinrent  des  propos  édifiants.  M.  B.  a  traité  ce  côté 
comique  de  son  sujet  avec  le  soin  et  le  sérieux  dont  il  ne  se  départ  jamais  dans 
le  cours  de  son  ouvrage. 

La  seule  innovation  religieuse  qui  ait  survécu  au  fondateur  de  l'Empire  est 
l'apothéose  des  Césars ,  qui  se  rattache  étroitement  au  culte  de  Rome  et  dAu- 
guste.  Aux  déclamations  habituelles  sur  la  servilité  des  Romains,  M.  B.  a 
substitué  une  histoire  détaillée  de  ce  culte ,  de  son  établissement  successif  dans 
les  provinces,  des  institutions  politiques  nées  avec  lui  et  autour  de  lui.  Il  rend 
son  caractère  vrai  à  l'apothéose,  qui,  décernée  seulement  aux  bons  princes', 
n'était  qu'une  commémoration  historique  assez  légitime.  M.  B.  fait  voir  aussi 
que  les  provinces,  se  trouvant  réellement  heureuses  des  résultats  amenés  par  le 
régime  romain,  ont  pu  manifester  leur  satisfaction  sous  une  forme  enthousiaste 
qui  ne  doit  choquer  personne  dès  qu'on  se  reporte  aux  habitudes  de  l'antiquité. 
Enfin  le  culte  de  Rome  et  d'Auguste,  célébré  dans  la  ville  la  plus  importante  de 
chaque  pays^  au  moment  où  se  tenait  le  concilium  ou  assemblée  périodique  des 

l'ouvrage.  Elle  montre  immédiatement  que  M.  B.  a  ordonné  les  faits  dans  un  ordre  plus 
logique  qu'historique. 

1 .  Le  Sénat  abolissait  la  mémoire  des  mauvais  empereurs  immédiatement  après  leur 
mort. 

2.  A  Tarragone  pour  l'Espagne,  à  Lyon  pour  la  Gaule,  etc. 


d'histoire  et  de  littérature.  J4I 

députés  des  villes,  se  liait  à  l'exercice  de  la  vie  politique  :  il  symbolisait  l'union 
de  toutes  les  parties  du  vaste  empire  romain,  il  était  l'acte  par  lequel  les  provinces 
déclaraient  solennellement  qu'elles  se  sentaient  membres  de  cet  empire.  Ce 
chapitre  renferme  des  résultats  que  la  plupart  des  lecteurs  auront  trouvés  abso- 
lument neufs,  et  il  est  propre  à  montrer  combien  l'étude  des  faits  conduit  au  delà 
des  idées  courantes  sur  l'empire  romain. 

Nous  arrivons  enfin  aux  religions  orientales  qui,  s'infiltrant  abondamment  dans 
les  lacunes  de  la  religion  romaine,  la  noyèrent  pour  ainsi  dire,  et  n'en  laissèrent 
intactes  que  les  parties  les  plus  extérieures  et  les  plus  saillantes,  protégées  par 
leur  attache  avec  le  reste  du  système  politique.  M.  B.  raconte  leur  introduction 
à  Rome',  et  expose  tous  les  détails  de  leurs  cultes.  Il  définit  d'ailleurs  avec 
justesse  les  caractères  communs  à  tous  ces  cultes  :  importance  accordée  au 
prêtre,  part  considérable  faite  aux  femmes  dans  la  vie  religieuse,  recherche  de 
l'émotion  religieuse  par  les  fidèles,  usage  fréquent  d'expiations  et  de  purifications 
solennelles.  Ces  idées  générales,  solidement  établies  sur  les  faits,  sont  d'une 
grande  importance  pour  l'histoire  du  christianisme,  à  laquelle  M.  B.  songe 
constamment;  car  autant  il  est  absurde  de  prétendre,  comme  Boulenger  au  siècle 
dernier,  que  le  christianisme  soit  un  plagiat  des  mystères  isiaques  ou  mithriaques, 
autant  il  serait  déraisonnable  de  contester  qu'il  a  dû  trouver  un  accès  facile  près 
de  populations  accoutumées  à  envisager  la  vie  religieuse  sous  les  aspects  que 
M.  B.  nous  a  montrés. 

Les  Romains  n'autorisaient  pas  indifféremment  l'exercice  de  tous  les  cultes. 
Le  druidisme  fut  proscrit  comme  trop  cruel,  le  christianisme  fut  mal  vu,  inquiété 
et  finalement  persécuté  comme  trop  exclusif.  En  effet  la  condition  imposée  à 
toute  rehgion  pour  recevoir  une  espèce  de  droit  de  cité  était  sa  tolérance  pour 
les  autres  religions,  et  nous  ne  voyons  pas  que  cette  condition  ait  fait  obstacle  à 
leur  prosélytisme.  Les  sectateurs  des  différents  cuhes  s'accommodèrent  fort  bien 
de  cet  état  de  choses  :  ils  ne  cherchèrent  même  pas  à  se  soustraire  à  l'ingérence 
de  l'État  dans  leurs  affaires  intérieures  et  se  soumirent  à  des  prêtres  désignés 
par  les  ministres  du  culte  romain.  On  peut  dire  ainsi  que  la  religion  romaine  agit 
sur  les  cultes  orientaux  d'une  certaine  façon,  en  leur  faisant  perdre  un  peu  du 
caractère  désordonné  qu'ils  présentaient  en  Asie  et  en  Grèce.  Y  eut-il  récipro- 
cité ^  la  religion  romaine  fut-elle  modifiée  par  ces  cultes  à  qui  elle  avait  permis 
de  s'installer  à  côté  d'elle  ?  leur  prit-elle  un  peu  de  mysticisme  et  d'enthousiasme, 
comme  elle  leur  avait  donné  un  peu  d'ordre  et  de  tenue  ?  M.  B.  l'admet  :  je  dois 
dire  qu'il  ne  m'a  pas  convaincu  sur  ce  point.  Dans  les  monuments  officiels,  dans 
les  actes  des  Arvales,  par  exemple,  on  ne  voit  de  prières  adressées  qu'aux  dieux 
romains  et  aux  empereurs ,  et  les  cérémonies  ont  conservé  sans  altération  leur 
caractère  antique  et  italien.  D'autre  part  les  témoignages  des  auteurs,  invoqués 
par  M.  B.  à  l'appui  de  sa  manière  de  voir,  ne  me  semblent  pas  la  justifier 2, 

1.  M.  B.  explique  comment  certains  cultes  déjà  pratiqués  à  Rome,  ceux  de  Bacchus, 
de  Cérès,  de  la  Bonne  Déesse,  qui  présentaient  plusieurs  des  caractères  appartenant  aux 
cultes  orientaux,  servirent  d'intermédiaires  et  fafilitèreot  l'introduction  de  ces  derniers. 

2.  T.  I,  p.  440  et  suiv.  '    î  '■ 

-'.;àt   f^u  li'imrn-n'    ç 


342  REVUE   CRITIQUE 

«  Le  Capitole  lui-même  finit  par  ressembler  beaucoup  aux  chapelles  d'Isis 

»  Quand  la  figure  de  Jupiter  apparaissait  dans  le  lointain  du  sanctuaire,  la  foule 
»  s'écriait  :  Salut  au  maître  !  Salve  Imperator  ' ,  »  Le  cri  salve  est  une  invocation 
habituelle  dans  les  cultes  italiens^.  Puis,  dans  le  cas  qui  nous  occupe,  la  foule 
s'adressait  à  Jupiter  Imperator,  dont  la  statue,  rapportée  de  Préneste  à  Rome  en 
380  av.  J.-C.  par  T.  Quinctius  Flamininus,  fut  consacrée  dans  le  Capitole 3. 
«  L'un,  nous  dit  Sénèque^,  s'est  fait  le  licteur  de  Jupiter,  un  autre  s'est  institué 
»  son  parfumeur,  il  remue  les  bras  à  distance  et  fait  tous  les  gestes  d'un  homme 
»  qui  verse  des  parfums.  Minerve  et  Junon  ont  leurs  coiffeuses,  »  etc.  Prellers 
a  rapporté  cet  usage  au  culte  tout  romain  des  trois  divinités  adorées  au  Capitole. 
On  sait  qu'en  Grèce  les  plus  anciennes  idoles  étaient  richement  costumées,  por- 
taient des  cheveux  et  des  barbes  postiches.  Les  scènes  de  toilette  s'expliquent 
assez  naturellement  en  se  reportant  à  ce  fait,  et  il  n'y  a  pas  besoin  de  recourir 
à  l'Orient,  où  d'ailleurs  on  ne  cite  rien  de  semblable.  —  «  Diane  avait  des 
»  prêtres  qui  demandaient  l'aumône  par  les  rues  comme  ceux  de  Cybèle.  »  Je 
ne  saurais  voir  la  preuve  de  cette  assertion  dans  les  vers  d'Ovide  auxquels  ren- 
voie M.  B.  ^  —  «  Pour  obtenir  la  guérison  d'une  maladie  grave,  on  couchait  au 
»  Capitole  ou  sous  le  portique  d'Apollon  Palatin  aussi  bien  que  dans  les  temples 
»  de  Sérapis.  «  Nul  besoin,  encore,  de  rattacher  à  l'Egypte  l'usage  de  l'incu- 
bation, employée  pour  consulter  l'oracle  de  Faunus?  et  près  de  beaucoup  d'oracles 
grecs ^. 

Le  second  livre  de  la  Religion  romaine  est  consacré  à  la  philosophie  et  surtout 
à  Sénèque,  qui  méritait,  par  le  nombre  des  ouvrages  qu'il  a  laissés  et  par  la  fasci- 
nation qu'il  exerça  sur  ses  contemporains ,  une  place  considérable  dans  cette 
histoire.  Pourtant  M.  B,  montre  que  cet  habile  et  éloquent  écrivain  est  un  esprit 
assez  peu  original.  On  ne  peut  s'empêcher  ici  de  louer  l'esprit  de  justice  de 
M.  B.  qui  l'empêche  de  surfaire  un  homme  à  qui  il  a  consacré  près  d'un  derai-ri 
volume.  En  fait,  les  idées  exprimées  par  Cicéron  sont  le  fond  sur  lequel  a  vécu 
pendant  deux  siècles  la  philosophie  romaine?.  Le  stoïcisme,  on  le  sait,  s'acclimata 
à  Rome  au  point  d'y  sembler  un  produit  du  sol.  Aussi  M.  B.  lui  consacre-t-il  des 
développements  étendus.  Il  parle  aussi  des  autres  écoles  qui  tentèrent  moins 
heureusement  la  fortune,  l'évhémérisme,  l'épicuréisme,  mais  il  est  très-bref  sur 
?Tr-7ïïT:p-rrrTTn- !;.;ii;h!{i;.  ■v.};- 

1.  Plin.  Paneg.  5.  :  "   ih    ':'    ■=;"  .  :'h'b  ■■t^    5v 

2.  V.  les  exemples  dans  Forcellini. 

3.  V.  0.  Jahn.  Arch.  Aufsatze,  p.  33. 

4.  Dans  August.  Civ.  Dei  VI.  10.  ii 

5.  Rœm.  Myth.  p.  128.  :f 

6.  Pont.  I.  39  :  Ante  Deum  matrem  cornu  tibicen  adunco 

Quum  canit,  exiguae  quis  stipis  aéra  neget? 
Scimus  ab  imperio  fieri  ni!  taie  Dianae. 

7.  Virg.  yEn.  VII.  95.  Ovid.  Fast.  IV.  653.  Dans  les  passages  de  Serviusetdu  scho- 
liaste  de  Perse  auquel  renvoie  M.  B.,  il  est  question  d'interrogation  par  la  voie  du  rêve, 
mais  non  de  guérison,  et  M.  Maury,  Relig.  de  la  Grèce,  II.  457,  pense  même  que  l'usage 
de  l'incubation  fut  transporté  par  les  Grecs  dans  les  temples  a  Isis  et  de  Sérapis. 

8.  Ibid.  p.  460,  qu'il  faisait  vraisemblablement  partie  de  l'ensemble  de  rites  et  de  tra- 
ditions apporté  en  Grèce  par  les  Indo-Européens. 

9.  T.  II,  p.  s. 


d'histoire  et  de  littérature.  34} 

CCS  essais  qui  remontent  à  l'époque  républicaine.  Il  aurait  dû,  je  pense,  nous 
donner  quelques  détails  sur  le  pythagorisme,  dont  les  rapports  avec  la  religion 
romaine  ont  été  profondément  sentis  dans  l'antiquité  même,  comme  en  témoigne 
le  célèbre  et  faux  synchronisme  qui  fait  de  Numa  un  disciple  de  Pythagore. 
L'exposition  plus  ou  moins  fidèle  qu'Ovide  a  donnée,  dans  les  Métamorphoses,  du 
système  pythagoricien  montre  quel  crédit  avaient  gardé  chez  les  contemporains 
d'Auguste  le  nom  et  le  souvenir  du  philosophe  Samien. 

M.  B.  a  consacré  plus  de  cinquante  pages  à  la  question,  si  souvent  débattue, 
des  rapports  qui  auraient  existé  entre  Sénèque  et  saint  Paul.  On  ne  pourrait  se 
défendre  d'un  certain  dépit  en  voyant  tant  de  place  et  tant  de  peine  consacrées 
à  un  problème  depuis  longtemps  résolu,  si  on  ne  devait  espérer  que  les  résultats 
acquis  vont  enfin  pénétrer  dans  le  large  cercle  de  lecteurs  que  M.  B.  a  conquis 
par  son  talent. 

A  la  page  1 16  du  tome  II,  on  trouve  une  observation  délicate  et  précieuse  : 
«  Nous  avons  remarqué  déjà  chez  Sénèque  deux  tendances  qui  se  combattent  : 
»  il  paraît  moins  religieux  quand  il  n'écoute  que  ses  sentiments  personnels,  et  il 
»  le  devient  davantage  lorsqu'il  cède  au  courant  de  son  siècle  ;  c'est  la  seconde 
»  de  ces  tendances  qui  l'emporte  tout  à  fait  après  lui.  »  M.  B.  saisit  et  marque 
heureusement  l'origine  d'une  importante  évolution  dans  la  philosophie  religieuse, 
évolution  au  terme  de  laquelle  la  réflexion  et  la  dialectique  se  trouvèrent  rem- 
placées, comme  moyens  d'arriver  à  la  vérité,  par  l'effusion  et  la  prière.  Le 
stoïcisme,  après  Sénèque,  borna  son  rôle  à  la  prédication  et  à  la  direction 
morale,  il  tomba  dans  la  rhétorique  et  la  casuistique.  Grâce  à  une  équivoque  ', 
peu  digne  de  moraHstes  austères,  ses  doctrines  semblaient  conformes  aux 
croyances  populaires,  alors  qu'elles  en  différaient  absolument,  et  les  philosophes 
ne  se  pressaient  pas  de  mettre  fm  à  un  malentendu  sur  lequel  reposait  son  crédit 
parmi  la  foule.  Plus  sincère  et  plus  large,  le  néo-platonisme,  en  quête  de  tous 
les  mysticismes  pour  enrichir  ses  combinaisons,  recueillit  les  traditions  religieuses 
de  tous  les  peuples  et  se  substitua  au  stoïcisme  dès  que  les  besoins  de  la  vie 
religieuse  devinrent  plus  intenses  et  plus  impérieux.  M.  B.  nous  en  montre,  dans 
Apulée,  le  représentant  le  plus  complet  dans  l'Occident  au  ii*  siècle.  Il  rattacha 
le  genius  romain  aux  démons  dont  les  néo-platoniciens  peuplaient  l'univers,  et  fit 
ainsi  entrer  la  religion  romaine  dans  leur  vaste  synthèse. 

Le  troisième  livre  est  consacré  à  l'étude  de  la  religion  romaine  au  temps  des 
Antonins.  Le  sujet  ne  se  rattache  pas  d'une  manière  nécessaire  à  ceux  que  M.  B. 
a  traités  dans  les  parties  qui  viennent  d'être  analysées.  Les  changements  survenus 
dans  la  vie  domestique  et  dans  la  vie  sociale  des  Romains  me  semblent  avoir  été 
indépendants  du  nouvel  esprit  religieux.  Les  améliorations  que  l'on  rencontre 
au  II*  siècle  dans  la  condition  civile  des  femmes,  dans  celle  des  esclaves,  sont  les 
moments  d'une  évolution  purement  juridique  aidée,  d'assez  loin,  par  la  philoso- 
phie stoïcienne  dont  les  principes  égalitaires,  incessamment  proclamés,  avaient 
fini  par  devenir  des  espèces  d'axiomes  qui  s'imposaient  bon  gré  mal  gré  au 

I.  T.  II,  p.  145. 


344  REVUE   CRITIQUE 

législateur.  A  la  même  époque,  les  dispositions  charitables  des  classes  élevées, 
les  fondations  généreuses  multipliées  à  l'envi,  ont  leur  principe  dans  le  patrio- 
tisme local,  toujours  si  puissant  chez  les  anciens,  ou  bien  sont  des  formes  de 
patronage  appropriées  à  des  temps  et  à  des  besoins  nouveaux.  Les  idées  reli- 
gieuses n'ont  rien  à  faire  dans  tout  cela.  C'est  seulement  en  ce  qui  concerne  les 
associations  populaires  qu'il  peut  être  permis  de  les  faire  intervenir,  puisque  la 
religion  servait  de  prétexte  à  la  fondation  de  ces  sociétés  (destinées  surtout  à 
pourvoir  à  la  sépulture  des  associés).  Quelques-unes  s'intitulent  culîores  deum  : 
le  caractère  religieux  semble  ici  plus  marqué.  Pourtant  M.  B.  reconnaît  lui- 
même  (p.  306)  que  ce  sont  des  collèges  funéraires  peu  différents  des  autres  et 
que  la  dévotion  des  membres  de  ces  collèges  ne  doit  pas  être  prise  au  sérieux. 
En  somme,  la  religion  ne  servit  guère  qu'à  masquer  la  reconstitution  des  asso- 
ciations populaires,  tolérées  sous  la  République,  interdites  ou  étroitement  sur- 
veillées sous  le  Principat. 

Ces  réserves  faites ,  nous  n'avons  que  des  éloges  à  donner  au  demi-volume 
consacré  par  M.  B.  à  l'étude  des  quatre  grands  faits  qui  éclairent  la  vie  intime 
de  la  société  romaine  aux  deux  premiers  siècles  de  notre  ère.  M.  B.  admet  que 
ce  fut  pour  le  monde  une  époque  heureuse.  Je  partage  cette  opinion  dont  il  serait 
trop  long  de  développer  ici  les  motifs  :  il  vaut  mieux  les  lire  chez  M,  B.  Le 
tableau  des  classes  supérieures ,  l'étude  sur  la  condition  des  femmes ,  celle  qui 
est  consacrée  à  l'esclavage,  l'analyse  si  approfondie  et  si  attachante  qui  nous  fait 
pénétrer  au  sein  des  associations  populaires  sont  des  morceaux  du  plus  grand 
intérêt,  dont  tous  les  traits  sont  habilement  choisis,  dont  chaque  détail  est  le 
produit  d'une  enquête  patiente  et  consciencieuse.  Rien  ne  trahit  pourtant,  dans 
ces  chapitres,  le  travail  ou  l'effort.  On  sent  qu'ils  ont  été  écrits  avec  plaisir,  que 
l'auteur,  transporté  par  l'imagination  et  par  la  science  au  milieu  du  peuple  qu'il 
étudiait,  s'est  mêlé  sans  embarras  à  tous  les  détails  de  sa  vie. 

Le  retard  apporté  à  la  publication  de  cet  article  nous  procure  au  moins  le 
plaisir  de  féliciter  l'auteur  sur  le  succès  obtenu  par  son  livre.  Avant  de  prendre 
congé  de  ce  savant  et  attrayant  ouvrage,  souhaitons  que  M.  B.  n'abandonne  pas, 
au  point  où  il  l'a  laissée,  la  religion  romaine,  et  que  l'accompagnant,  deux  siècles 
encore,  jusqu'à  l'époque  de  sa  lutte  désespérée  contre  le  christianisme,  il  nous 
donne  un  livre  qui  prenne  la  place  de  celui  de  Beugnot,  un  peu  arriéré 
aujourd'hui.  La  science  épigraphique  de  M.  B.,  le  commerce  intime  qu'il  a  dû 
lier  avec  les  cicéroniens  et  les  virgiliens  du  iv^  siècle,  nous  assurent  à  l'avance 
du  prix  qu'offrirait  ce  complément  nécessaire  et  attendu  des  deux  volumes  que 
nous  avons  examinés  ' . 

C.  DE  LA  Berge. 

I.  A  l'appréciation  générale  qu'on  vient  de  lire,  nous  n'ajouterons  que  quelques  obser- 
vations particulières,  sans  grande  importance  parce  qu'elles  ne  touchent  pas  au  fond  des 
idées  développées  par  M.  Boissier. 

T.  I,  p.  109.  «  Le  prince  qui  est  à  la  fois  le  chef  religieux  et  civil  d'une  nation  est 
»  toujours  tenté  d'imposer  ses  règlements  de  police  comme  des  dogmes ,  et  de  forcer 
»  d'obéir  aux  dogmes  comme  aux  règlements  de  police.  »  A  l'appui  de  son  assertion, 
M.  B.  aurait  pu  faire  valoir  le  sens  nouveau  que  prend  le  mot  impictas  synonyme  de  lise- 


d'histoire  et  de  littérature.  î45 

102.— Novae  lucubrationes  Plinianse,  scripsit  Carolus  Mayhoff.  Lips.  Teubner. 
1874.  104  p.  —  Prix:  3  fr.  25. 

M.  Mayhoff  est,  depuis  la  mort  de  Louis  Jan,  chargé  d'éditer  Pline  l'ancien 
dans  la  collection  Teubner.  Dans  le  travail  qui  nous  occupe,  il  expose  les  prin- 
cipes qui  doivent  le  guider  dans  son  édition  et  discute  un  certain  nombre  de 
passages  plus  ou  moins  altérés. 

Après  un  court  aperçu  sur  les  sources  de  Pline,  M.  M.  se  range  à  l'avis 
exprimé  par  Detlefsen  (Philologus,  XXXI,  p.  387),  que  partout  où  l'on  a  perdu 
les  auteurs  imités  par  Pline,  le  texte  est  fort  douteux.  Non  pas  précisément  que 
les  mss.  anciens  fassent  défaut  ;  on  a  même  plus  de  secours  que  pour  bien  d'autres 
auteurs  :  un  palimpseste  du  v^  ou  vi^  siècle  (M)  trouvé  en  1853  par  Mone  dans 
un  monastère  bénédictin  de  Carinthie,  publié  déjà  dans  la  grande  édition  de 
Sillig,  t.  VI,  et  qui  contient  la  plus  grande  partie  des  livres  XI  à  XV;  une  feuille 
en  onciale  d'un  ms.  du  vi*  s.  conservée  dans  le  ms.  de  Paris  9378  (P),  con- 
tenant le  fragment  XVIII,  87-99  ^^  utilisée  récemment  par  Detl.',  enfin  des 

majesté,  dans  la  langue  du  II*  siècle.  On  doit  à  M.  Aube  une  observation  intéressante  à 
ce  sujet.  {Comptes-rendus  de  l'Académie  des  Inscriptions,  1866,  p.  195). 

T.  I,  p.  117.  a  Emporter  par  mégarde  dans  un  mauvais  lieu  une  monnaie  à  l'effigie 
»  du  prince  est  un  sacrilège  qu'on  punit  de  mort.  »  La  phrase  de  Suétone  {Tih.  59) 
a  effigiem  (principis)  nummo  vel  annuio  impressam  latrinae  vel  lupanari  intulisse  »  est 
mieux  comprise  depuis  que  l'on  a  retrouvé  sur  la  muraille  d'un  lupanar  de  Pompei  des 
effigies  de  Galba,  de  Vespasien  et  de  Titus,  obtenues  en  appliquant  des  monnaies  sur 
l'enduit  encore  frais  du  mur;  v.  une  note  de  Minervini  au  t.  III«  des  Œuvres  de  Borghesi, 

P-  233- 

T.  I,  p.  163.  D'autres  empereurs  que  Commode  se  sont  fait  représenter  sous  les  traits 
d'Hercule,  par  exemple  Caligula  (Dion  LXIX  26)  et  Domitien  :  «  Herculis  in  magni 
»  vultus  descendere  Caesar  dignatus  (Martial.  Epigr.  IX.  65).  »  Voy.  de  Witte.  Revue 
Numismatique,  1845. 

T.  I,  p.  171.  M.  B.  tire  du  célèbre  marbre  de  Thorigny  la  conclusion  qu'en  l'an  238 
les  assemblées  provinciales  avaient  acquis  assez  d'importance  pour  oser  mettre  en  accu- 
sation les  gouverneurs  de  la  province,  et  donner  à  leurs  députés  à  Rome  un  mandat  im- 
pératif à  cet  égard.  Dès  le  règne  de  Trajan,  on  les  trouve  en  possession  de  ce  double 
droit.  Plin.  Ep.  III,  9.  VIII,  6. 

T.  I,  p.  412.  M.  B.  suppose  que  le  taurobole  doit  être  originaire  de  l'Asie,  mais  il 
n'en  possède  pas  la_  preuve.  Ch.  Lenormant  a  déjà  rattaché  au  sacrifice  taurobolique  le 
fait,  transmis  par  Etienne  de  Byzance  au  mot  Màcrtaupa,  que  les  Lydiens  sacrifiaient  un 
taureau  à  la  déesse  Ma,  identique  à  Rhéa.  Sur  les  monnaies  de  Pessinunte,  le  taureau 
prend  quelquefois  la  place  du  lion,  ce  qui  montre  qu'il  appartient  aussi  à  Cybèle  (Nou- 
velle galerie  mythologi(]ue,  p.  1 5).  Si  le  sacrifice  lydien  était  réellement,  comme  on  peut 
le  soupçonner,  l'origine  du  taurobole,  il  faudrait  admettre  que  la  religion  de  Cybèle  im- 
portée à  Rome  offrait  déjà  une  fusion  des  cultes  lydien  et  phrygien. 

T.  II,  p.  264.  M.  B.,  citant  ces  paroles  de  Sénèque  :  In  aliéna  uxore  omnis  amor  turpis, 
in  sua  nimius,  traduit  :  «  Aimer  la  femme  d'un  autre  est  un  crime,  aimer  la  sienne  est  un 
»  excès.  »  C'est  évidemment  une  distraction;  il  faut  traduire  :  «  Envers  la  femme 
»  d'autrui  tout  amour  est  blâmable,  envers  la  sienne  un  amour  excessif.  » 

I .  La  haute  antiquité  de  cette  feuille,  malheureusement  très-endommagée  et  d'une  lec- 
ture pénible,  nous  engage  à  compléter  la  collation  que  l'on  trouve  dans  l'édition  de  Det- 
lefsen (vol.  III,  p.  121  sq.).  Outre  les  variantes  indiquées,  on  lit  dans  P  :  p.  121, 
31  medulla  —  34  binas  om.  —  p.  122,  2.  florem]|em  (rem?  En  tout  cas  il  n'y  a  place 
que  pour  3  lettres)  —  3  carthariae  —  praerea  —  4  secundariis  sextarios  —  tantumdem  — 
5  e  floris]  floris  —,  praetium  —  8  pollinatam]  tempori  (?)  pollinata  (tempori  est  presque 
effacé,  mais  Dell,  indique  plus  de  lettres  qu'il  ne  pourrait  en  tenir)  —  10  cabarii  — 


346  ,K>!',    REVUE   CRITIQUE         ,- |H  0 

fragments  de  mss.  très-anciens  publiés  par  Endlicher  (Catal.  mss.  Biblioth. 
Vindob.)  etc. 

Outre  ces  vénérables  débris,  on  a  plusieurs  mss.  complets  des  x*  et  xi^  s.  Mais 
quand  on  est  réduit  à  leur  témoignage,  on  reste  souvent  dans  l'incertitude.  Il  n'y 
a  pas  lieu  de  s'en  étonner;  les  copistes  des  vii'^  et  viii^s.  si  funestes  aux  auteurs 
latins,  même  les  plus  clairs,  ne  pouvaient  manquer  de  transcrire  inexactement 
des  mots  techniques,  des  expressions  obscures,  et  la  quantité  même  des  copies 
ne  fit  que  multiplier  les  fautes  à  l'infini. 

M.  M.  consacre  deux  chapitres  à  défendre  soit  la  leçon  unanime  des  mss.j 
soit  la  leçon  du  palimpseste  M,  principalement  quand  il  a  des  textes  grecs  pour 
confirmer  ces  leçons.  Cette  méthode  de  rapprochements,  très-fructueuse  en  gé- 
néral, a  pourtant  parfois  induit  en  erreur  des  critiques  habiles.  Ainsi  Detl.  s'ap- 
puyant  sur  un  passage  d'Aristote  (H.  An.VUl,  27)  dans  lequel  se  trouve  le  mot 
y,X7jpoç,  avait  cru  pouvoir,  dans  la  phrase  (XI,  50)  :  «  Fit  in  favis  quibusdam 
qui  vocatur  clavus,  amarae  duritia  cerae,  etc.  »  rétablir  clarus.  Mais  M.  M. 
fait  observer  avec  raison  que  les  mots  amar£  duritia  cer£  n'ont  plus  de  sens 
si  l'on  abandonne  la  vulgate  qui  peut,  d'ailleurs,  se  défendre. 

M.  M.  engage  une  longue  discussion  sur  les  corrections  des  mss.  de  second 
ordre  D  (Vatic.  n.  3861),  R  (Riccardianus),  F  (Leidensis  Lipsii  n.  VII,  que 
Detl.  a  reconnu  pour  le  Cfiiffletianus),  a  (Paris,  n.  6795,  désigné  par  E  dans 
l'ed.  Detl.)  et  critique  les  conclusions  auxquelles  arrive  Detl.  (Philol.  XXVIII, 
p.  307).  Ce  dernier,  après  avoir  prouvé  que  les  corrections  de  seconde  main 
(Dî  R2  F*  a^)  sont  généralement  meilleures  que  les  leçons  de  première  main, 
prétend  que  ces  quatre  mss.,  écrits  dans  le  Nord  de  la  France,  ont  été  corrigés 
sur  un  même  archétype.  Armé  des  variantes  des  livres  VII-XV  rapportées  par 
Detl.,  M.  M.  dresse  consciencieusement  la  liste  des  passages  dans  lesquels  ces 
mss.  ont  été  corrigés,  et  de  ceux  dont  les  corrections  sont  particulières  à  chaque 
ms.  Il  trouve,  pour  n'en  citer  qu'un  exemple,  que  dans  le  livre  VIII,  a  porte 
187  corrections  dont  59  ne  sont  communes  à  aucun  autre;  F,  2^2  dont  112 
particulières;  R,  45  dont  33  particulières  (D  n'a  aucune  correction,  toujours 
d'après  Detl.,  dans  le  livre  VIII).  Or,  jamais  les  corrections  rapportées  dans  les 
livres  VII-XV  ne  sont  identiques  pour  les  quatre  mss.  en  question,  quelquefois 
elles  le  sont  pour  trois,  plus  souvent  pour  deux;  d'où  M.  M.  conclut  que 
les  corrections  xie  ces  quatre  mss.  ont  été  faites  au  moyen  de  quatre  mss. 
différents. 

Sans  doute  les  observations  de  M.  M.  sont  sérieuses,  le  tout  est  de  savoir  si 
elles  reposent  sur  une  base  aussi  solide.  M.  M.  reconnaît  bien  lui-même  que 
Detl.  seul  pourrait  trancher  la  question,  ayant  en  sa  possession  beaucoup  plus  de 
variantes  qu'il  n'en  a  rapporté  dans  son  édition  ;  mais  il  est  probablement  loin 
de  se  douter  combien  la  base  de  ses  calculs  serait  modifiée  par  une  collation 
minutieuse. 


i  oriza  —  grecos  —  24  thypen  —  25  piste  —  30  procuratore  élus  —  3 1  exstaqu 
—  123,  i.  unu  grano  —  2  Leon|uni  — 4  centegra||um  —  8  greci^q.  —  erysinut 
:  grecis  —  13  ferumq.  —  21  furburibus  —-  22  uiginti  —  2}  herbiliara. 


d'histoire  et  de  littérature.  Î47 

Pour  ne  parler  que  du  ms.  de  Paris  n.  6795,  voici  les  variantes  du  commen- 
cement du  livre  VIII,  qui  ne  sont  pas  rapportées  dans  Detl,  —  t.  II,  p.  47,  3 
in  priorum  m.  i  et  2  —  7  saltibus]  talibus  m.  1  —  18  subere  m.  i  — 19  africano] 
africo  m.  i  et  2,  africano  m.  3  (on  peut  désigner  ainsi  des  corrections  faites  par 
une  main  de  la  renaissance)  —  20  triumphos  m.  i  et  2. 

P.  48,  2.  edidere]  idere  m.  \,  edidere  m.  2,  mais  di  gratté  —  4  sedere  m.  i 
(s  gratté)  —  lasciuienti  m.  i  —  pyrriche]  pernice  m.  i  et  2  —  coUudere  — 
5  imcessere  m.  i  et  2  —  6  singulos  m.  1,  singulas  m.  2  —  7  lectos]  iectos  m.  i 

—  9  in  om.  m.  \  —  12  furibus  m.  i  —  mucianus  IIII  m.  i  —  1 3  et  litterarum] 
uel  tiberorum  m.  i  —  ductus  grecarum  m.  i  et  2  —  decidisse  m.  i  — 
16  cogerentur...  sestimatione,  om.  m.  i  ;  rétabli  m.  2  à  la  marge  supérieure.  — 
19  Praedonnipsi  ra.  i  —  in  se]  ipse  m.  i  —  expectandam  m.  i,  expectendam 
m.  2  —  20  iuua  m.  i  —  24  secari]  sacri  m.  i  —  27  belus  (?  in  ras.)  m.  i, 
belli  m.  2  — curaem.  i  —  praelis  m.  1;  praeliis  m.  2  —  29  minime  m.  i  et 
2  —  36  hominem  m.  1  et  2  —  37  iras]  istas  m.  i  —  38  tradere]  trahere  m.  Z' 

—  sequenti  simili]  sequentis  mihi  m.  1;  reliquenti  m.  2. 

P.  49,  1.  Omnium  modo  indurare  uisus  m.  i.  —  En  voilà  assez  pour  donner 
une  idée  des  fautes  du  copiste  de  a  et  des  corrections  apportées  à  ce  ras.  Or, 
pour  tout  ce  passage,  l'éd.  Detl.  ne  rapporte  que  10  variantes,  tant  m.  i  que 
m.  2.  Très-probablement  on  pourrait  relever  dans  D  R  F  autant  d'inexactitudes 
de  collation.  Peut-être  ne  faut-il  pas  reprocher  à  Detl.  d'avoir  passé  sous  silence 
toutes  ces  variantes  qui  eussent  triplé  le  volume  de  son  édition  ;  mais  on  voit 
par  là  combien  l'arithmétique  de  M.  M.  est  risquée. 

Dans  une  question  si  délicate,  il  serait  dangereux  de  donner  exclusivement 
raison  soit  à  M.  M.,  soit  à  Detl.  D'un  côté,  il  semble  peu  vraisemblable  que  le 
même  ms.  d'un  auteur  si  répandu  ait  servi  à  corriger  quatre  mss.  d'époques  un 
peu  différentes;  mais  de  l'autre,  il  serait  faux  de  conclure  de  la  différence  des 
corrections  apportées  à  D  R  F  a  que  les  correcteurs  aient  employé  nécessaire- 
ment quatre  mss.  différents,  car  jamais,  à  cette  époque,  les  correcteurs  ne  s'as- 
treignent à  rétablir  uniquement  le  texte  de  l'archétype  qu'ils  ont  sous  les  yeux  :l 
ils  corrigent  sans  scrupule  tout  ce  qu'ils  jugent  fautif.  En  résumé,  il  est  plus  pru- 
dent de  dire  que  D  R  F  a  ont  été  corrigés  avec  plusieurs  mss.  provenant. tous 
de  la  même  source.  '  J^^'^^*   *  '^  *«  Haïqfj  oqiiii»^  î»iî«!<«ioo;3«M'î^ 

Examinant  l'autorité  des  corrections  de  ces  quatre  mss.  M.  M.  trouve  que  le 
correcteur  de  a  a  beaucoup  plus  altéré  le  texte  que  les  autres  et  que  F  en  parti- 
culier. Mais  combien  une  collation  minutieuse  releverait-elle  de  fautes  à  la  charge 
des  correcteurs  de  D  R  F  ?  Car  il  ne  faut  pas  oublier  que  M.  M.  n'a  vu  aucun 
des  mss.  de  Pline  dont  il  discute  la  valeur. 

Enfin,  descendant  à  l'examen  du  ms.  a  lui-même,  qui,  comme  D  R  F  etc., 
est  interpolé  (on  le  voit  par  la  comparaison  avec  M),  M.  M.  cherche  à  établir 
que  ce  ms.  a,  qu'il  semble  avoir  pris  en  grippe,  est  le  plus  altéré.  Il  produit  50 
passages  '  dans  lesquels,  suivant  lui,  le  copiste  de  a  a  changé  volontairement 

I.  Notons  en  passant  que,  XIV,  128,  a  porte  indicam,  comme  le  rapporte  Detl.,  et 


348  3^     -.    REVUE    CRITIQUE 

le  texte  de  son  archétype,  et  ajoute  que  ces  exemples  sont  choisis  de  telle  sorte 
que  dix  suffiraient  pour  démontrer  la  mauvaise  foi  du  copiste  de  a.  La  plupart 
des  fautes,  au  contraire,  ne  sauraient  être  attribuées  qu'à  son  ignorance.  Par 
exemple,  IX,  21,  au  lieu  de  transuolent  oagantur  (leçon  de  D  F  qui  devait  être 
aussi  dans  l'archétype  de  a,  au  lieu  de  transuolent  uaganturyûy  a  dans  a  ;  transuo- 
lent uento  aguntur  ;  c'est  la  conséquence  d'une  dittographie  de  la  syllabe  ent.  — 
XI,  104,  in  orbe  rodentes  de  a  n'est  pas  plus  loin  de  la  bonne  leçon  que  moruero- 
dentes  de  D  ;  la  confusion  si  fréquente  de  ^  et  de  u  est  un  fait  de  prononciation. 
—  Ailleurs,  XI,  59,  la  leçon  de  a  teterrimae  est  beaucoup  plus  proche  du  mot 
authentique  deterrimae  que  les  leçons  deîerminae  (M  D)  ou  détermine  (R). 

Enfm,  accordons  à  M.  M.  que  a  soit  plus  fautif  que  D  R  F,  ce  sera  une  rai- 
son pour  examiner  ses  leçons  avec  soin.  Car,  en  général,  quand  plusieurs  mss. 
également  anciens  sont  en  présence,  c'est  le  ms.  le  moins  correct  en  apparence 
qui  fournit  le  plus  de  leçons  authentiques.  Plus  le  copiste  a  été  ignorant,  mieux 
il  a  reproduit  son  archétype  ;  plus  les  corrections  qu'il  a  faites,  à  son  insu  peut- 
être,  sont  grossières  et  faciles  à  reconnaître. 

D'ailleurs,  M.  M.  admet  lui-même  (p.  99)  que  dans  deux  passages  au  moins 
(XIV,  1 3  et  XII,  54)  on  doit  à  a  la  vraie  leçon  '.  —  M.  M.  termine  sa  disser- 
tation par  quelques  remarques  pleines  de  justesse  sur  la  valeur  du  ms.  d  (Paris. 
6797,  xiiie  s,).  Detl.  avait  dû  admettre  62  fois  sa  leçon  dans  les  livres  VII-X, 
quoiqu'il  le  crût  d'abord  copié  sur  F  dont  d  différait  en  ces  endroits.  M.  M. 
signale  plusieurs  passages  dans  lesquels  la  leçon  de  d  doit  être  également  insé- 
rée dans  le  texte. 

x!i?ijtss^(rfy' >:':>=  l'ifi'î;  n^HliikiS'tniïe  Châtelain. 

„«■,  -fti'  ■ 

»o} .— Chrestomathie  provençale,  accompagnée  d'une  grammaire  et  d'un  glossaire, 
par  Karl  Bartsch.  Troisième  édition,  revue  et  corrigée.  EÏberfeld,  Friederichs.  1^75. 
Gr.  in-8°,  590  p.  —  Prix  :  8  fr. 

Sauf  un  morceau  ajouté  et  un  autre  changé,  cette  nouvelle  édition  ne  diffère 
pas  de  celle  dont  nous  avons  rendu  compte  il  y  a  sept  ans  (1868,  art.  1 36).  Le 
glossaire  a  été  revu  et  amélioré  ;  il  laisse  encore  à  désirer  çà  et  là^.  Pour  une 
critique  plus  détaillée,  nous  renvoyons  à  la  Romania,  1875,  p.  1 30 ss.  Le  besoin 
d'une  nouvelle  édition  après  si  peu  d'années  est  un  heureux  symptôme  de  l'ac- 
tivité des  études  provençales.  Il  montre  surtout  quelle  place  elles  tiennent  dans 
le  haut  enseignement allemand. 


104. —  Jochs  de  la  Infancia,  per  Francisco  Maspons  y  Labros.  Barcelona,  Marti 
y  Cantô.  1874.  In- 12. 

A  côté  des  contes  et  des  chansons,  les  jeux  des  enfants,  si  souvent  accompa- 

non  indicum. 

I.  Les  recherches  que  j'ai  faites  dans  ce  ms.  6795  m'ont  fait  rencontrer  les  rectifica- 
tions suivantes  aux  var.  fournies  par  Detl.  —  t.  II,  p.  74,  8  eosingu  m.  i  —  77,  10  si 
om.  m.  I  et  2,  habet  m.  3  —  Ibid.  staret...  ter]  slare  equos.  idemq.  ter  m.  i;  staret  in 
capit.  eue.  equos  sedemq.  ter  m.  2  —  83,  24  causa  praetexi  m.  1. 


d'histoire  et  de  littérature.  ^49 

gnés  de  formules  et  de  chants,  forment  une  branche  curieuse  de  ce  que  les 
Anglais  ont  si  heureusement  nommé  le  Folk-lore.  Ils  ont  été  jusqu'à  présent  bien 
moins  étudiés  que  les  deux  premiers  groupes,  parce  qu'ils  sont  plus  difficiles  à 
faire  connaître  et  à  comparer.  Il  est  probable  cependant  que  les  résultats  d'une 
étude  approfondie  de  ce  sujet  ne  seront  pas  sans  importance  :  à  côté  des  varia- 
tions d'époques  et  de  pays,  on  devine  dans  tous  ces  petits  drames  enfantins  un 
fond  commun  qui  peut  bien  remonter  parfois  à  une  haute  antiquité,  et  de  nom- 
breux vestiges  de  traditions  anciennes  ou  de  mœurs  disparues.  Les  recueils  de 
ce  genre,  sans  être  fort  nombreux,  commencent  à  se  multiplier  :  en  Angleterre, 
en  Allemagne,  dans  les  pays  Scandinaves,  en  Provence,  en  Espagne,  en  Sicile, 
on  a  déjà  rassemblé  d'intéressants  matériaux.  Le  petit  livre  de  M.  Maspons 
apporte  la  contribution  de  la  Catalogne,  et  cette  contribution  est  riche  et  de  bon 
aloi.  L'auteur  aurait  pu  disposer  sa  matière  plus  simplement  et  surtout  la  classer 
d'une  façon  plus  commode;  au  moins  aurait-il  dû  compenser  par  un  index 
l'absence  de  divisions  marquées.  Malgré  ce  léger  défaut,  la  collection  catalane 
est  la  bien-venue,  et  M.  Maspons,  à  qui  nous  devons  déjà  le  recueil  des  contes 
populaires  de  son  pays,  s'est  acquis  un  nouveau  titre  à  la  reconnaissance  des 
amateurs  de  littérature  comparée. 


1 0  5 . — Tableau  chronologique  et  alphabétique  des  principaux  événements 
de  l'histoire  du  monde,  par  Alfred  Dantès.  Paris,  Boyer,  1875.  Gr.  in-8*,  2  col., 
loj  p. 

Ce  petit  ouvrage  donne  d'abord  la  liste,  année  par  année,  des  principaux 
événements  depuis  «  la  création  du  monde  »  jusqu'en  1874;  les  mêmes  événe- 
ments sont  ensuite  rangés  par  ordre  alphabétique  d'après  leurs  traits  les  plus 
saillants.  Une  liste  aussi  courte  est  nécessairement  bien  sommaire  ;  cependant, 
"  •  pour  aider  la  mémoire  et  faciliter  certains  points  de  vue  d'ensemble,  elle  peut 
n'être  pas  inutile.  Elle  paraît  dressée  avec  assez  de  soin,  notamment  pour  la  partie 
nécrologique.  L'auteur  annonce  un  Dictionnaire  biographique  et  bibliographique  des 
hommes  les  plus  remarquables  dans  les  lettres,  les  sciences,  les  arts,  qui  semble  fait 
sur  un  plan  commode. 

106.  —  Das  Volksschauspiel  Doctor  Johann  Faust.  Mit  geschichtlicher  Ein- 
leitung  und  einem  Verzeichniss  der  Literatur  der  Faustsage  von  1510  bis  Mitte  187J. 
Herausgegeben  von  Cari  Engel.  In-12.  Oldenburg.  1874.  Druck  und  Verlag  der 
Schulzeschen  Buchhandlung.  —  Prix  :  3  fr.  80. 

Ce  petit  livre  comprend  trois  parties  distinctes  d'inégale  longueur  et  d'impor- 
tance non  moins  inégale,  mais  auxquelles  l'éditeur  a  eu  le  tort,  je  crois,  de  don- 
ner une  pagination  différente  :  1°  une  introduction  (p.  1-40)  où  sont  passés  en 
revue  les  témoignages  contemporains  relatifs  à  l'existence  d'un  personnage  his- 
torique du  nom  de  Faust  ;  2°  le  drame  populaire  du  xvi®  siècle  précédé  d'un 
prologue  (1-47);  3°  un  catalogue  de  tous  les  écrits  dont  la  légende  a  été  l'objet  ou 
l'occasion  depuis  15 10  jusqu'en  1873  (p.  1-95).  On  le  voit,  cette  publication 


J50  ^'t  H;.    REVUE    CRITIQUE 

n'a  de  commun  avec  celle  de  Simrock,  qui  l'a  précédée  de  deux  ans  seulement, 
que  le  Puppenspiel;  elle  est  ainsi  loin  de  faire  double  emploi  avec  le  livre  du  cé- 
lèbre germaniste. 

Le  Faust  historique  par  lequel  s'ouvre  l'ouvrage  de  M.  C.  Engel  n'est,  comme 
le  nom  l'indique,  rien  moins  qu'une  paraphrase  ou  un  extrait  de  la  légende  po- 
pulaire bien  connue;  c'est  un  essai,  sinon  pour  refaire,  à  l'aide  des  témoi- 
gnages du  temps,  l'histoire  véritable  de  Faust,  du  moins  pour  découvrir, 
sous  le  héros  fabuleux  du  Volbbuch,  le  personnage  réel  qui  s'y  cache  ou  y  a 
donné  naissance.  Simrock  avait  aussi  entrepris  cette  recherche  à  la  fin  de  son 
Faust,  et  il  était  arrivé  à  cette  conclusion  que  le  héros  de  la  légende  n'était  autre 
que  l'inventeur  de  l'imprimerie,  transformé  en  magicien  par  l'imagination  popu- 
laire. M.  Engel  ne  partage  point  cette  opinion  et  il  étudie  la  question  à  un  tout 
autre  point  de  vue  ;  s'appuyant  exclusivement  sur  les  témoignages  que  lui  offre 
le  commencement  du  xvi^  s.,  il  admet  comme  prouvé  que  Faust  était  un  charla- 
tan ou  un  imposteur,  contemporain  de  la  réforme,  et  parvenu  à  la  célébrité  grâce 
à  son  habileté  dans  la  magie.  Cette  conclusion  ne  saurait  satisfaire  ;  et  quelque 
valeur  que  puissent  avoir  les  témoignages  qui  sont  ici  rassemblés,  ils  ne  suffisent 
point  pour  établir  d'une  manière  certaine  et  définitive  la  naissance  de  la  légende 
telle  que  nous  la  connaissons,  encore  moins  pour  en  expliquer  le  caractère  si 
souvent  antique.  M.  Engel  ne  répond  pas  d'ailleurs  aux  diverses  objections  que 
soulève  la  question.  Y  a-t-il  eu  plusieurs  Faust.''  Quel  était,  en  particulier,  le 
personnage  dont  le  charlatan  du  xvi^  siècle  se  donnait  pour  le  disciple  ou  le 
successeur,  quand  il  prenait  le  nom  de  F ausîus  junior?  De  tout  cela  pas  un  mot. 
Il  y  a  là  évidemment,  dans  l'explication  qui  nous  est  proposée,  une  lacune  qu'on 
regrette  que  l'auteur  n'ait  point  essayé  de  combler. 

On  est  mieux  renseigné  sur  l'origine  et  l'histoire  du  drame  populaire,  et 
l'édition  qui  nous  en  est  donnée  par  M.  Engel,  faite  d'après  l'unique  manus- 
crit contemporain,  doit  être  pour  nous  la  bienvenue.  Si  sous  cette  forme,  en 
effet,  ce  drame  présente  parfois  moins  d'intérêt  tragique  que  dans  la  rédaction  de 
Simrock,  il  est,  du  moins  dans  sa  première  partie,  plus  complet,  et  il  y  a 
un  intérêt  véritable  à  comparer  les  deux  textes.  C'est  là  surtout,  avec  la  notice 
bibliographique  soigneuse  qui  le  termine,  ce  qui  fait  le  mérite  du  livre  que 
nous  annonçons.  *»» 

107.  —  Histoire  des  progrès  de  la  Géographie  de  1857  à  1874,  par  E. 

CoRTAMBERT.  Parls,  Paul  Dupont.  1875.  Gr.  in-8%  142  p. 

Cet  opuscule  est  destiné  à  compléter ,  en  la  mettant  au  courant  des  récents 
travaux,  une  édition  précédemment  publiée  de  la  géographie  de  Malte-Brun. 
Il  est  divisé  en  trois  parties:  1°  Voyages,  découvertes,  travaux  géographiques 
et  topographiques,  communications  générales  du  globe;  —  2"  Mouvement  de  la 
littérature  géographique;  —  3°  Nécrologie  géographique.  C'est  un  résumé  du 
mouvement  géographique  dans  ces  dix-sept  dernières  années.  L'auteur  voulant 
éviter  tout  développement,  l'a  rédigé  dans  une  forme  succincte  qui  est  presque 
celle  d'un  mémento.  Sa  notice  contient  de  la  sorte  un  grand  nombre  de  faits  et 


d'histoire  et  de  littérature.  351 

d'indications,  mais  nous  croyons  que  l'auteur  l'eût  rendue  d'une  utilité  plus 
pratique  en  donnant  des  renseignements  bibliographiques  sur  tous  les  ouvrages 
qu'il  signale  ■ . 

SOCIÉTÉS  SAVANTES. 

ACADÉMIE   DES   INSCRIPTIONS    ET    BELLES-LETTRES. 

Séance  du  2 1  mai  1 87  5 . 

Le  ministre  de  l'instruction  publique  transmet  à  l'académie  la  photographie 
d'un  objet  employé  comme  amulette  dans  les  pays  barbaresques,  envoyée  par 
M.  Cherbonneau,  une  collation  du  texte  des  Gesta  Francoram,  faite  à  Rome  par 
M.  L.  Clédat,  envoyée  par  M.  A.  Dumont,  et  de  nouveaux  estampages  envoyés 
par  M.  de  S'"  Marie.  —  Un  grand  nombre  d'ouvrages  sont  adressés  à  l'académie  : 
beaucoup  sont  en  danois  et  viennent  de  Christiania. 

M.  Ravaisson  présente  de  la  part  de  M.  le  D'"  Schliemann  une  traduction 
anglaise  de  son  livre  sur  les  antiquités  de  Troie.  Cette  traduction  contient  des 
gravures,  une  carte  et  plusieurs  plans  qui  n'étaient  pas  dans  l'édition  originale. 
M.  Ravaisson  ajoute  que  depuis  la  publication  des  découvertes  de  M.  Schliemann 
le  nombre  des  personnes  qui  ont  adhéré  à  ses  conclusions  n'a  fait  qu'augmenter. 
Il  rappelle  le  dévouement  dont  il  a  fait  preuve  dans  la  recherche  des  antiquités 
troiennes,  et  insiste  sur  la  reconnaissance  qui  lui  est  due.  —  M.  Schliemann, 
présent  à  la  séance,  reçoit  les  remerciements  que  lui  adresse  M.  le  président 
Alfred  Maury  au  nom  de  l'académie. 

M.  de  Longpérier  communique  au  nom  de  M.  Abadie  les  premiers  résultats 
des  fouilles  faites  à  Montmartre  à  l'occasion  des  travaux  entrepris  pour  la 
construction  de  l'église  du  Sacré  Cœur.  On  a  trouvé  un  cimetière  du  1 3^  ou  du 
14*  s.,  dans  lequel  à  côté  des  cadavres  étaient  de  petits  pots  à  encens  en  terre 
jaune  ornés  de  stries  rouges,  en  usage  à  cette  époque,  et  plus  bas  d'autres 
sépultures,  qui  remontent  à  l'époque  mérovingienne.  Dans  ces  dernières  ont  été 
trouvées  des  boucles  de  ceinturon  d'un  travail  germanique,  une  pièce  de 
monnaie  de  l'impératrice  Sabine,  femme  d'Hadrien,  et  des  boucles  d'oreille  en 
or,  dont  l'une  présente  le  dessin  le  plus  élégant  :  M.  de  Longpérier  met  ces 
objets  sous  les  yeux  des  membres  de  l'académie. 

M.  Desjardins  lit  un  mémoire  sur  les  inscriptions  du  corps  de  garde  de  la 
7®  cohorte  des  vigiles  de  Rome,  qui  ont  été  découvertes  il  y  a  quelques  années 
et  publiées  par  M.  Henzen  dans  le  Bulletin  de  l'institut  de  correspondance 
archéologique  de  Rome  en  1 867  et  1 874.  Les  vigiles,  corps  de  pompiers  et  de 
gardes  de  police  institué  par  Auguste,  formaient  7  cohortes  dont  chacune  sur- 
veillait deux  des  14  régions  de  la  ville;  il  y  avait  un  corps  de  garde,  excubito- 
rium,  dans  chaque  région.  C'est  du  corps  de  garde  de  la  région  du  Transtévère, 

I.  Il  n'est  pas  exact  de  dire  que  a  M.  Bœckh  a  fait  une  carte  ethnographique  et  lin- 
»  guistique  (Sprachkarte)  de  PAllemagne  »  (p.  55).  M.  C.  confond  ici  M.  Bœckh  avec 
M.  Kiepert.  M.  Bœckh  n'a  fait  qu'un  ouvrage  sur  la  statistique  des  populations  de  langue 
allemande  en  Europe  et  une  carte  linguistique  de  Prusse. 


3  52  REVUE   CRITIQUE    D'hISTOIRE    ET    DE    LITTÉRATURE. 

Tune  de  celles  que  surveillait  la  -]"  cohorte,  que  proviennent  les  inscriptions  en 
question.  Ce  sont  des  graffiti  écrits  par  les  soldats  eux-mêmes.  Presque  tous  ont 
pour  objet  de  constater  que  celui  qui  l'écrit  a  fait,  pendant  tel  mois,  un  service 
indiqué  par  les  mots  sebaciaria  feciî ;  quelquefois  celui  qui  a  fait  ce  service  se 
désigne  lui-même  par  le  terme  de  sebaciarius.  Ce  mot  vient  évidemment  de 
sébum,  s.uif.  M.  Henzen,  s'appuyant  sur  des  mentions  obscures  contenues  dans 
deux  ou  trois  de  ces  inscriptions,  a  cru  que  le  service  des  sebaciaria  consistait 
dans  l'obligation  où  auraient  été  alternativement  les  soldats  de  fournir  à  leurs 
frais  le  suif  pour  les  luminaires  nécessaires  au  service  du  poste.  M.  Desjardins 
ne  le  pense  pas.  Il  fait  remarquer  que  la  mention  du  service  fait  par  tel  ou  tel 
est  fréquemment  accompagné  de  remarques  telles  que  les  suivantes  :  omnia  Ma, 
sine  querela,  ce  qui  indique  que  le  sebaciarius  veillait  sur  l'ordre  public;  felicis- 
sime,  féliciter,  ce  qui  montre  que  ce  service  n'était  pas  sans  difficulté;  saluis  com- 
manipulis  suis,  d'où  il  résulte  que  celui  qui  le  faisait  conduisait  une  petite  troupe 
d'hommes  sur  la  sécurité  desquels  il  devait  veiller.  A  leur  tour  ceux-ci  devaient 
le  protéger,  car  le  service  était  dangereux  :  l'auteur  d'une  de  ces  inscriptions, 
ayant  fmi  son  mois,  adresse  ses  remercîments  au  génie  du  corps  de  garde  et  à 
ses  compagnons,  genio  escubitori  et  ceomanipulis  suis.  On  voit  aussi  un  sebaciarius 
se  plaindre  de  la  fatigue  :  «  Fufius  Getulicus  dicit  :  Lassus  sum ,  successore[ra 
»  date].  »  De  ces  détails  et  de  quelques  autres  M.  Desjardins  conclut  que  le 
service  des  sebaciaria  devait  consister  à  conduire  les  patrouilles  nocturnes.  Le 
'nom  viendrait  de  ce  que  ces  patrouilles  portaient  pour  éclairer  leur  chemin  des 
torches  ou  flambeaux  de  suif.  C'est  ainsi  qu'aujourd'hui  encore  en  certains  pays 
on  dit  souvent  «  Voici  le  falot  »  pour  «  Voici  la  patrouille  ». 

M.  le  président  signale  à  l'académie  la  perte  qu'elle  a  faite  d'un  de  ses  corres- 
pondants en  la  personne  de  M.  Eichhofî. 

M.  Renan  offre  de  la  part  de  M.  Pricot  de  S'^  Marie  une  brochure  sur  l'Her- 
zégovine. Il  rappelle  à  cette  occasion  les  services  que  M.  de  S'*  Marie  rend  à 
l'académie  par  ses  nombreux  envois  d'estampages  ;  le  nombre  des  inscriptions 
puniques  dont  on  lui  doit  la  connaissance  approche  de  deux  mille. 

M .  Aube  termine  la  lecture  de  son  mémoire  sur  le  martyre  de  S^^  Félicité  et 
de  ses  sept  fils.  Il  ne  pense  pas  que  les  actes  de  ce  martyre  tels  qu'ils  nous  sont 
parvenus  soient  authentiques.  Il  ne  conteste  pas  l'interrogatoire  des  huit  accusés, 
auquel  il  reconnaît  un  caractère  de  vérité.  Mais  les  autres  détails  du  récit  sont 
à  son  avis  fabriqués  après  coup  :  il  signale  comme  particulièrement  invraisem- 
blable la  mention  d'une  émeute  des  pontifes  qui  aurait  forcé  l'empereur  et  le 
préfet  de  la  ville  à  sévir  contre  la  famille  de  Félicité.  Il  ne  pense  pas  en  tous  cas 
que  l'exécution  de  Félicité  et  de  ses  fils  ait  eu  lieu  au  temps  de  Marc  Aurèle 
comme  le  voulait  M.  de  Rossi.  S'il  fallait  fixer  une  autre  date,  il  préférerait  indi- 
quer les  premières  années  du  5®  siècle. 

M.  Boutaric  commence  la  lecture  d'un  mémoire  sur  les  origines  du  régime 
féodal  et  particulièrement  sur  l'immunité.  Julien  Havet. 

Le  propriétaire-gérant  :  F.  VIEWEG. 

Nogent-le-Rotrou,  imprimerie  de  A.  Gouverneur. 


formen.  Gœttingen,  Vandenhœck  u.  Ruprecht.  ln-8%  iv-207  p.  (bon dictionnaire 
des  difficultés  de  la  langue  latine). 

Philosophische  Monatshefte.  Leipzig.  1875.  Tome  XI,  jMivraison, 

Questions  religieuses.  Analyse  du  livre  de  Hartmann  :  La  Destruction  spon- 
tanée du,  Christianisme  et  la  Religion  de  l'avenir.  —  Hûber,  prof,  à  Munich  :  La 
(Question  religieuse  :  contre  E.  de  Hartmann,  au  point  de  vue  théiste  et  chrétien. 

Philosophie  de  l'Histoire.  R.  Flint,  prof,  à  Saint-André  (Ecosse).  Philoso- 
phie de  l'Histoire  en  Europe,  t.  I,  contenant  seulement  la  France  et  l'Allemagne, 
du  XVI*  au  xixe  siècle,  de  Bodin  à  Comte  et  à  Michelet,  de  Leibniz  à  Lazarus  et 
à  Lotze. 

Psychologie.  Franz  Brentano,  prof,  à  l'Univ.  de  Vienne.  La  Psychologie  au 
point  de  vue  empirique,  t.  I.  De  la  méthode  en  psychologie  :  Classification  des 
phénomènes  psychiques. 

Fragments  sur  l'Étude  de  la  science  de  l'Homme,  de  la  Société  et  de  l'État 
(W.  Dilthey).  —  Bibliographie  et  renseignements. 

Nordisk  Tidskrift  for  Filologi  og  Paedagogik.    Ny   Raekke.    2   Bd, 

1 .  Haefte.  Contribution  à  l'étude  de  VUmlaut  en  i,  principalement  à  l'époque 

antérieure  à  la  séparation  des  langues  germaniques  (Leffler).  —  Les  flexions 

verbales  en  grec  (d'après  Curtius,  par  Knôs).  —  Revues.  Motte,  Étude  sur 

^Marcus  Agrippa  (L.  U.).  —  Varia.  Travaux  publiés  dans  les  programmes  de 

-diverses  écoles  en  1874  C^-  ^O-  —  Notes  étymologiques  (Steffenson).  —  In 

"'^Lucianum  (Gertz).  —  Nécrologie.  Cari  August  Walberg  (C). 

Bibliographia  Critica  de  Historia  e  Litteratura ,  publ.  p.  A.  COELHO. 
Fasc.  XI-XII.  Cancionero  de  Lope  de  Stdniga.  —  Le  livre  de  Ferdinand 
Colomb,  par  d'AvEZAc.  —  Rom.ancero  del  Cid  (Ed.  Carolina  Michaelis),  — 
Documents  pour  servir  à  l'étude  des  dialectes  roumains,  par  E,  Picot.  —  Zur 
Katharinenlegende,  von  A.  Mussafia.  —  Beitrag  zur  Kunde  der  norditalischen 
Mundarten  im  xv.  Jahrh.,  von  dems,  —  Li  dis  dou  vrai  aniel,  von  A.  Tobler. 
—  Dictionnaire  d'Étymologie  française,  par  A.  Scheler.  (Beaucoup  des  articles 
de  cette  revue  sont  des  reproductions  d'articles  de  la  Revue  critique.) 

h:  La  Hivista  Europea,  Mars  1875.  R.  Pareto,  Roma  e  l'agro  romano.  — 
Lettere  inédite  di  F.  de  Boni.  —  La  Chiesa  e  lo  stato  in  Italia  (fin).  —  Patuzzi, 
Cesare  Bettoloni  (suite).  —  Revue  de  l'instruction  élémentaire  et  secondaire  en 
Italie  (C.  Rosa).  —  Notices  littéraires  et  bibliographiques  françaises,  italiennes 
et  slaves. 


BULLETIN    BIBLIOGRAPHIQUE 
DES  PRINCIPALES   PUBLICATIONS   FRANÇAISES   ET    ÉTRANGÈRES, 

■  -  AVIS.  —  On  peut  se  procurer  à  la  librairie  A,  Franck  tous  les  ouvrages 
annoncés  dans  ce  bulletin ,  ainsi  que  ceux  qui  font  l'objet  d'articles  dans  la 
Revue  critique.  Elle  se  charge  en  outre  de  fournir  très-promptement  et  sans 
frais  tous  les  ouvrages  qui  lui  seront  demandés  et  qu'elle  ne  posséderait  pas  en 


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^  -^Abhandlungen,  sprachwissenschaftliche. 

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matischer  Gesellschaft  zu  Leipzig,  ln-8*, 
175  S.  Leipzig  (Hirzel).  5  fr.  35 

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cis  fonlibus  Spécimen*  In-8*,  40  S.  Ber- 
lin (Weber).  i  fr.  $0 


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sthafts-Gliederung  nach  den  Alt-Nieder- 
deutschen  Rechten.  In-8',  x-22  5  S. 
Mùnchen  (Ackermann).  6  fr.  50 

Aristoteles'   Werke.     Griechisch    und 

Deutsch  u.  m.  sacherkla;r.    Anmerkgn. 

4.  Bd.  Aristoteles  ùb.  die  Dichtkunst. 
-  Hrsg.  V.  D'  F.  Susemiiil.  2.  Aufl.  In-8', 
.    xxxvj-313     S.     Leipzig     (Engelmann). 

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Bailleu  (P.).  Quomodo  Appianus  in  bel- 
lorum  civilium  libris  II-V  usus  sit  Asinii 
Pollionis  historiis.  In-S",  54  p.  Berlin 
(Weber).  i  fr.  50 

Benfey  (T.).  Einleitung  in  d.  Grammatik 
der  vedischen  Sprache.  i.  Abhandlg. 
Der  Samhitâ-Text.  In-4*,  40  S.  Gœttingen 
(Dieterich).  2  fr.  2j 

Ueber  die  indogermanischen  Endungen 

'  d.  Genetiv  Singularis  îans,  îas,  îa.  In-4*, 
61  S.  Gœttingen  (Dieterich).       3  fr.  2$ 

Bernard  (E.).  William  Langland.  A 
grammatical  treatise.  In-8*,  94  S.  Bonn 
(Strauss).  2  fr.  75 

Blass  (F.).  Die  attische  Beredsamkeit.  2. 
Abth.  Isocrates  u.  Isaios.  In-8*,  550  S. 
Leipzig  (Teubner).  18  fr.  75 

Bluhme  (F\).  Die  gens  Longobardorum. 
2.  Hft.  Ihre  Sprache.  In-8°,  vj-54  S. 
Bonn  (Marcus).  2  fr. 

Brugsch-Bey  (H.).  Histoire  d'Egypte. 
I"  partie.  2'  édit.  In-8°,  180  p.  Leipzig 
(Hinrichs).  6  fr. 

Déservillers  (De).  Du  personnage  d'Hil- 
debert,  son  origine,  ses  relations  avec  le 
Vendômois.  In-8°,  12  p.  Angers  (imp. 
Lachèse,  Belleuvre  et  Dolbeau). 

E'wald  (P.).  Walram  v.  Naumburg.  Zur 
Geschichte  d.  publicist.  Literatur  d.  XI. 
Jahrh.    In-8*,    86   S.    Bonn   (Strauss). 

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Garcin  de  Tassy.  La  langue  et  la  litté- 
rature hindoustanies  de  1850  à  1869. 
2«  éd.  In-8°,  494  p.  Paris  (Maisonneuve 
et  C-). 

Gidel  (C.).  Histoire  de  la  littérature  fran- 
çaise, depuis  son  origine  jusqu'à  la  Re- 
naissance. Petit  in-12,  476  p.  Paris 
(Lemerre).  2  fr.  50 

Hoefer  (F.).  Histoire  des  mathématiques, 
depuis  leurs  origines  jusqu'au  commen- 
cement du  XIX«  siècle.  In- 18  Jésus,  iij- 
606  p.  Paris  (Hachette  et  G*).        4  fr. 


Italia.  Hrsg'.  v.  Hillebrand.  i.  Bd.  viij- 
324    S.    Leipzig   (Hartung    et    Sohn). 

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Kaulich  (W.).  System  der  Metaphysik. 
In-8*,    xiv-470    S.    Prag    (Tempsky), 

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Klein  (J.  L.).    Geschichte   d.    Drama's. 

II.  Bd.  I.  Abth.  In-8°.  Leipzig  (T.  O. 

Weigel).  14  fr.  75 

Les  tomes  I  à  XI.  1"  partie.  I99f.  15 

Loubers  (H.).  Quid  de  forensi  eloquentia 
senserit  Antonius  Loysellus.  Dissertatio 
academica.  In-8°,  7^  p.  Paris  (Thorin). 

Maillard  (A.).  Histoire  de  la  littérature 
française  depuis  les  origines  jusqu'au 
XIX"  siècle.  2"  éd.  revue  et  corrigée. 
ln-8*,  187  p.  Dresde  (Schœnfeldj.  2  f.  75 

Michelet  (J.).  Histoire  de  France.  Nou- 
velle édition  revue  et  augmentée.  T.  12 
à  17  (fin).  In-8*,  2064  p.  Paris  (Lib. 
internationale).  Chaque  volume.       6  fr. 

Rapports  au  ministre  sur  la  collection 
des  documents  inédits  de  l'histoire  de 
France  et  sur  les  actes  du  comité  des 
travaux  historiques.  In-4%  188  p.  Parii 
(Imp.  nationale). 

Scherer  (W.).  Vortraegeu.  Aufsaetze  zur 
Geschichte  d.  geistigen  Lebens  in  Deutsch- 
land  und  Œsterreich.  In-8*,  vj-43 1  S. 
Berlin  (Weidmann).  10  fr.  75 

Spiegel  (F.).  Arische  Studien.  i.  Hft. 
In-8°,  192  S.  Leipzig  (Engelmann).  5  fr. 

■Volkmann(R.).  D.  Rhetorikd.  Griechen 
u.  Roemer  in  systematischer  Uebersicht 
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Zusaetze  verm.  Ausg.  In-8',  viij-508  S. 
Leipzig  (Teubner).  13  fr.  35 

"Wecklein  (N.).  Studien  zu  Euripides. 
Mit  e.  Anhang  zu  yEschylus,  Sophokles 
u.  den  Bruchstùcken  der  griech.  Tragi- 
ker.  In-8',    142  S.   Leipzig  (Teubner). 

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"White  (J.).  Te  Rou;  or,  the  Maori  at 
Home:  a  Taie  exhibiting  the  Social  Life, 
Manners,  Habits,  and  Customs  of  the 
Maori  Race  in  New  Zealand  prior  to  the 
Introduction  of  Civilisation  amongst  then. 
In-8°,    cart.    342    p.    London   (Low). 

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Zonarae  (J.)   epitome  historiarum.  Cum 

C.  Ducangii  suisque  annotationibus  éd. 

L.   Dindorfius.    Vol.   V.   In-8*,  303   p. 

Leipzig  (Teubner).  4  tr. 

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Nogent-le-Rotrou,  Imprimerie  de  A.  Gouverneur. 


N'  23  Neuvième  année.  5  Juin  1875 


REVUE  CRITIQUE 

D'HISTOIRE   ET  DE  LITTÉRATURE 

RECUEIL  HEBDOMADAIRE  Ï'UBLIÉ  SOUS  LA  DIRECTION 

DE  MM.  C.  DE  LA  BERGE,  M.  BRÊAL,  G.  MONOD,  G.  PARIS. 


Secrétaire  de  la  Rédaction  :  M.  Stanislas  G u yard. 


Prix   d'abonnement  : 

Un  an,  Paris,  20  fr.  —  Départements,  22  fr.  —  Etranger,  le  port  en  sus 

suivant  le  pays. 


PARIS 
LIBRAIRIE    A.    FRANCK 

F.    VIEWEG,    PROPRIÉTAIRE 
67,  RUE  RICHELIEU,  67 


Adresser  toutes  les  communications  à  M.  Stanislas  Guyard,  Secrétaire  de  la 
Rédaction  (au  bureau  de  la  Revue  :  67,  rue  Richelieu). 

ANNONCES 

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67,  rue  de  Richelieu. 

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Lire  OT  IhÎII^Ç  ^^  Philippe.  Poème  en  vers  politiques  de 
tl"^  r  l_i  JZ/  U  r\0  Philippe  le  Solitaire,  publié  dans  le  texte 
pour  la  première  fois,  d'après  six  mss.  de  la  Bibliothèque  nationale,  par  l'abbé 
E.  Auvray,  licencié  ès-lettres.  î  f"*-  75 

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A.  Franck  (F. Vieweg  propriétaire),  67,  rue  Richelieu. 

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PÉRIODIQUES. 


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The  Academy,  N"  1 58,  new  séries,  1 5  mai.  W.  Farquhar  Hook,  Lives  of 
the  Archbisiiops  of  Canterbury.  Vol.  X.  London,  Bentley  and  Sons  (M.  Crei- 
ghton).  —  The  Black  Book  of  the  Admiralty  :  Appendix.  Part  III.  Ed.  by  sir 
Travers  Twiss.  London,  Longmans  and  Co.  and  Trùbner  (J.  Westlake).  — 
Atkinson,  History  of  Cleveland,  Ancient  and  Modem.  Vol.  I.  London,  Simpkin, 
Marshall  and  Co.  (J.  J.  Cartwright).  —  C.  F.  Allen,  De  Tre  Nordiske  Riges 
Historié,  under  Kong  Hans,  Christian  II,  Frederick  I,  Gustav  Vasa,  etc.  1497- 
1 536.  Kjœbenhavn  (E.  C.  Otté  :  l'auteur,  mort  aujourd'hui,  a  écrit  un  intéres- 
sant volume,  dans  la  manière  de  Macaulay,  sur  cette  période  de  l'histoire  de 
Scandinavie).  —  Minor  historical  Books  (notes  de  l'éditeur  sur  les  ouvrages 
suivants  :  Life  and  Times  of  Alexander  1,  Emperor  of  Ail  the  Russias,  by  Joyne- 
ville;  The  Duke  and  the  Scholar  (le  duc  de  Luynes  et  Huillard-Bréholles),  by 
Oliphant;  Summary  of  Modem  History,  by  Michelet;  Saint-Ewen  :  Bristol  and  the 
Welsh  Border,  577-926;  History  of  Gustavus  Adolphus,  by  Cronholm),  —  Notes 
and  News.  —  Notes  of  Travel.  —  Heinrich  Ewald  (notice  nécrol.  :  T.  K.  Cheyne). 
—  Mr.  Carlyle's  Portrait  of  John  Knox.  —  New  York  Letter  (nouvelles  litté- 
raires :  J.  L.  Gilder).  —  Correspondence.  The  Association  to  protect  the  rights 
of  Authors  (MoY  Thomas).  —  «  Pepys'  Diary»  (Bickers  and  Son;  Mynors 
Bright).  —  Lenormant,  La  Magie  chez  les  Chaldéens  et  les  Origines  Acca- 
diennes.  Paris,  Maisonneuve  (A,  H.  Sayce  :  art.  très-élogieux). — Science  Notes. 
Philology  (nouveaux  résultats  acquis  à  la  science  par  la  brochure  de  M.  Euting: 
Sechs  Phônikische  Inschriften;  appréciation  peu  favorable,  et  c'est  justice,  de  la 
brochure  de  M.  Hyde  Clarke,  intitulée  :  Researches  in  prehistoric  and  protohistoric 
Comparative  Philology,  etc.).  —  Meetings  of  Societies  (Soc.  des  antiquaires,  d'ar- 
chéologie biblique,'  de  philologie). 

The  Athenseum,  N°  2481,  15  mai.  Malleson,  A  Historical  Sketch  of  the 
Native  States  of  India.  Longmans  and  Co.  (sans  valeur).  —  Bossuet  and  his 
Contemporaries.  Rivingstones.  —  Gairdner,  Epochs  of  History.  —  The  Houses 
of  Lancaster  and  York,  w^ith  the  Conquest  and  Loss  of  France.  Longmans  and 
Co.  (excellent  ouvrage  classique).  —  «  The  Interior  of  New  Guinea  »  (Hyde 
Clarke;  F.  T.  Pratt  Barlow).  —  Prof.  Ewald  (not.  nécrol.).  —  Literary 
Gossip.  — Societies  (Inst.  archéologique.  Soc.  de  Philologie). — The  Rock  Edicts 
of  Asoka  (A.  Cunningham  :  annonce  qu'il  a  rapporté  de  Pinde  des  reproductions 
complètes  et  fidèles  des  inscriptions  d'Asoka).  —  Miscellanea.  Kemps  (A.  Hall). 

liiterarisches  Centralblatt,  N°2i,  22  mai.  Hertzberg,  Der  Untergang 
des  Hellenismus.  Halle,  Buchh.  d.  Waisenhauses.  In-8°,  viij-57!  p.  (bon  ou- 
vrage). —  Kleine  Denkmaeler  aus  der  Merovinger  Zeit.  Herausg.  v.  Arndt 
(cf.  Rev.  crit.,  1874,  II,  p.  230).  —  Stumpf-Brentano,  Die  Wirzburger  Im- 
munitset-Urkunden  des  x.  u.  xi.  Jahrh.  Innsbruck,  Wagner'sche  Univ. -Buchh. 
In-8°,  76  p.  (l'auteur  démontre  que  ces  diplômes  sont  faux).  —  Deutsche  Reichs- 
tagsakten.  2.  Bd.  Hrsg.  v.  Weizs^cker.  Mûnchen,  Oldenbourg.  In-4'',  xx- 
544  p.  (on  ne  reproche  à  cet  excellent  ouvrage  que  l'absence  d'un  glossaire  des 
mots  moyen-haut-allemands;  ce  second  volume  embrasse  en  effet  les  années 
1 388-1 397).  —  L0EHNIS,  Drei  Monate  im  Orient.  London,  Siegle.  In-8°,  xv- 
2C)8  p.  —  ScHwEWFURTH,  Im  Herzen  von  Africa.  Leipzig,  Brockhaus.  In-8°, 
xiv-599;  xiv-561  p.  —  Prokesch-Osten,  Nilfahrt  bis  zu  denzweiten  Katarak- 
ten.  Leipzig,  Brockhaus.  In-S",  xiv-584  p.  (destiné  à  servir  de  guide  aux  voya- 
geurs en  Egypte).  —  Marno,  Reisen  im  Gebiete  des  blauen  u.  weissen  Nil. 
Wien,  Gerold's  S.  In-8°,  viij-520  p. 

Jenaer  Literaturzeitung,  1875,  n°  II,  13  mars.  Ritschl,  Die  christlische 
Lehre  von  der  Rechtfertigung  und  Versœhnung.  Bd.  III.  Bonn,  Marcus.  In-8°, 


REVUE  CRITIQ^UE 

D'HISTOIRE    ET    DE    LITTÉRATURE 

N*  23  —  5  Juin  —  1875 

Sommaire  :  io8.  De  Kbemer,  Histoire  de  la  Civilisation  musulmane,  t.  I.  —  109. 
Ebert,  Histoire  de  la  littérature  latine  chrétienne.  —  110.  Zupitza,  Manuel  du 
vieil  anglais;  WUlker,  Chrestomathie  paléo-anglaise,  i''"  p.  —  in.  Reclus,  Nou- 
velle Géographie  universelle,  fasc.  i  et  2.  — Correspondance  :  Lettre  de  M.  G.  d'Eich- 
thal  à  M.  Vidal-Lablache.  —  Sociétés  savantes  :  Académie  des  inscriptions. 

108.  —  Culturgeschlchte  des  Orients  unter  den  Ghalifen,  von  Alfred  von 
Kremer.  Erster  Band.  Wien.  1875.  1  vol.  in-8*,  x-547  p.  —  Prix  :  16  fr. 

L'histoire  de  la  civilisation  musulmane,  pour  laquelle  tant  de  matériaux  im- 
portants ont  été  réunis  depuis  un  demi-siècle,  n'avait  pas  été  jusqu'à  présent 
étudiée  dans  son  ensemble.  Nous  possédons,  il  est  vrai,  d'estimables  travaux  sur 
les  origines  de  l'islamisme,  sur  la  vie  et  le  génie  de  son  fondateur,  sur  les  légis- 
lations et  les  principaux  monuments  littéraires  des  peuples  soumis  au  Koran, 
mais  la  philosophie  de  leur  histoire  était  encore  à  faire.  C'est  la  tâche  que  vient 
d'entreprendre  un  savant  orientaliste  préparé  à  cette  œuvre  difficile  par  un  long 
séjour  en  Orient  et  par  l'étude  de  ses  principaux  historiens. 

Hors  du  cercle  de  nos  travaux,  la  société  musulmane  du  moyen-âge  est  restée 
ignorée  ou  méconnue,  ou  pour  mieux  dire,  les  préventions  de  l'esprit  de  secte 
et  les  fausses  spéculations  du  xviii''  siècle  en  ont  laissé  une  image  infidèle  qui 
persiste  malgré  les  progrès  des  recherches  historiques.  On  risque  de  passer  pour 
un  esprit  paradoxal,  si  l'on  prétend  que  le  foyer  de  la  civilisation  au  ix^  siècle 
était  à  Bagdad  ;  on  provoque  un  sourire  incrédule,  si  l'on  cherche  à  démontrer 
que  le  Khalifat  arabe  avait  alors  sur  le  monde  occidental  l'avantage  d'une  orga- 
nisation politique  plus  vigoureuse,  d'une  administration  plus  régulière,  que  la 
société  arabe  l'emportait  sur  la  société  féodale  par  sa  culture  intellectuelle,  par 
la  largeur  et  l'indépendance  de  ses  conceptions.  Rien  cependant  n'est  plus  in- 
contestablement établi  par  le  dépouillement  de  ces  immenses  archives  historiques 
et  littéraires  dont  les  meilleurs  documents  ont  passé  des  medressèhs  d'Orient  dans 
nos  bibliothèques.  Dès  l'année  835,  un  disciple  de  l'école  Moutazalite  (rationa- 
liste) posait  en  axiome  «que  le  doute  est  la  base  de  l'investigation  scientifique.  « 
Vers  la  même  époque,  les  écoles  juridiques  de  Bagdad  discutaient  et  adoptaient 
des  principes  tels  que  ceux-ci  :  «  L'aveu,  s'il  est  obtenu  par  l'emploi  de  la  force, 
»  n'est  pas  recevable  en  justice.  —  Nul  ne  peut  être  privé  de  sa  liberté  sur  une 
»  simple  présomption  de  culpabilité.  —  La  vie  de  l'infidèle  et  de  l'esclave  est 
»  aussi  précieuse  que  celle  du  vrai  croyant.  »  Ni  les  caprices  du  despotisme,  ni 
les  déchirements  intérieurs  des  sectes  religieuses  n'avaient  eu  encore  de  prise 
sur  le  beau  système  de  gouvernement  établi  par  les  premiers  Omayyades  et 
développé  par  les  princes  de  la  dynastie  d'Abbas.  Des  routes  partant  du  cœur  de 
l'empire  et  allant  d'une  part  jusqu'aux  frontières  de  l'Inde  et  de  la  Chine,  de 

XV  2? 


354  REVUE  CRITIQUE 

l'autre  jusqu'au  Sahara  et  à  l'océan  Atlantique  assuraient  un  cours  régulier  à  la 
levée  des  impôts,  aux  mouvements  de  troupes,  au  pèlerinage  et  au  commerce. 
Un  système  de  centralisation  aussi  savant  mais  moins  formaliste  que  le  nôtre 
reliait  toutes  les  provinces  à  la  capitale  et  étendait  l'action  du  pouvoir  régulateur 
jusque  dans  les  plus  petites  bourgades.  Une  police  vigilante  protégeait  la  sécu- 
rité des  citoyens  et  assurait  la  loyauté  des  transactions  commerciales.  Tel  est, 
pour  s'en  tenir  aux  traits  principaux,  le  tableau  que  présente  l'empire  d'Orient 
principalement  sous  Haroun  Ar-raschîd  et  Mamoun  ;  il  était  bien  fait  pour  attirer 
l'attention  d'un  penseur  et  d'un  écrivain  exercé  comme  l'est  l'auteur  de  la 
Culturgeschichte. 

Disons  en  quelques  mots  comment  il  a  compris  cette  tâche  séduisante  mais 
ardue.  Le  premier  chapitre  résume  à  grands  traits  le  règne  des  quatre  khalifes 
orthodoxes  ou,  selon  l'heureuse  expression  de  l'auteur,  la  période  patriarcale. 
On  voit  le  principe  du  suffrage  populaire  se  combiner  dans  l'élection  de  ces 
princes  avec  l'ancienne  théorie  de  la  suprématie  d'âge  (Senoriatsidee).  La  sou- 
veraineté se  présente  à  ses  débuts  avec  un  caractère  plus  religieux  que  laïque. 
L'idée  de  la  séparation  entre  l'Église  et  l'État  n'a  jamais  été  et  ne  pouvait  pas 
être  une  conception  sémitique.  Le  khalife,  c'est-à-dire  le  vicaire  du  Prophète 
exerce  son  double  pouvoir  sous  le  titre  de  Prince  des  Croyants  (Emir  el-moumi- 
nîn)  et  d'imâm  «  chef  de  la  prière.  «  Mais  la  théorie  de  la  légitimité,  de  la  trans- 
mission héréditaire  n'ayant  jamais  été  acceptée  franchement  par  la  nation,  le 
principe  opposé,  celui  de  l'élection,  s'étant  maintenu,  un  germe  de  mort  s'intro- 
duit dès  l'origine  dans  cette  charge  suprême  et  il  ne  tardera  pas  à  exercer  une 
influence  funeste  sur  les  destinées  de  l'empire  musulman.  Le  chapitre  III  décrit 
les  premiers  tâtonnements  de  l'administration  khalifale;  il  signale  les  emprunts 
faits  aux  institutions  étrangères,  surtout  à  celles  de  la  Perse  et  de  Byzance.  L'idéal 
d'un  état  démocratique  et  socialiste  domine  encore  les  réformes  les  plus  impor- 
tantes. Omar,  le  véritable  fondateur  de  la  première  civilisation  arabe,  a  sans 
cesse  cet  objectif  sous  les  yeux  et  cherche  à  le  faire  prévaloir  dans  le  nouvel 
ordre  de  choses.  Le  trésor  appartient  à  la  communauté  religieuse  oummet;  les 
dépenses  nécessaires,  la  solde  des  troupes,  le  paiement  des  fonctionnaires,  etc., 
une  fois  prélevées,  toutes  les  sommes  provenant  de  l'impôt  et  de  la  conquête 
doivent  être  distribuées  au  peuple,  depuis  les  descendants  du  Prophète  qui 
reçoivent  la  plus  forte  part,  jusqu'au  plus  humble  affranchi.  Le  recensement  fait 
avec  tant  de  soin  par  ce  khalife  a  surtout  pour  but  de  régulariser  le  partage  des 
revenus  de  l'État  entre  tous  les  ayants-droit.  Le  même  prince  divise  ses  sujets 
en  deux  grandes  catégories  :  les  tribus  arabes  forment  une  caste  privilégiée  qui 
seule  a  le  droit  de  porter  les  armes  et  de  combattre  pro  aris  etfocis.  La  popula- 
tion des  pays  soumis  à  l'islamisme,  celle  qui  a  conservé  son  culte  local  moyen- 
nant une  redevance  annuelle,  forme  la  deuxième  classe,  celle  des  laboureurs  et 
des  marchands.  C'est  elle  qui  nourrit  l'État  et  alimente  le  trésor,  tandis  que  la 
classe  privilégiée  n'a  d'autres  soins  que  de  défendre  la  religion  nouvelle  et  de  la 
propager  par  la  conquête  et  la  prédication. 

Nous  voudrions  pouvoir  suivre  pas  à  pas  l'intéressant  exposé  de  l'administra- 


d'histoire  et  de  littérature.  355 

tion  sous  les  Omayyades  et  les  Abbassides,  mais  il  est  bien  difficile  de  résumer 
en  quelques  lignes  des  pages  aussi  substantielles.  Contentons-nous  d'indiquer 
parmi  les  morceaux  les  plus  dignes  d'attention  le  sixième  chapitre  qui  traite  de 
l'organisation  militaire  depuis  les  premières  conquêtes  jusqu'à  l'asservissement 
des  khalifes  par  les  maires  du  palais  émir  el-omera.  On  y  verra  avec  quelle  habi- 
leté les  Arabes,  comme  autrefois  les  Romains,  ont  su  s'assimiler  la  tactique  et 
l'armement  qu^ils  trouvaient  chez  l'ennemi  et  ont  réussi  ainsi  à  le  combattre  avec 
ses  propres  armes.  Dans  le  chapitre  VII,  le  système  financier  est  étudié  jusque 
dans  ses  moindres  détails.  Pour  la  première  dynastie,  il  est  vrai,  les  documents 
font  défaut  et  il  faut  se  contenter  de  quelques  aperçus  donnés  en  passant  par  les 
chroniqueurs.  En  revanche,  pour  la  période  des  Abbassides,  nous  possédons 
trois  rôles  d'impôts,  de  provenance  certainement  officielle,  qui  nous  font  con- 
naître les  ressources  de  l'État  au  viii^  et  au  ix®  siècle ,  les  redevances  en  numé- 
raire et  en  nature  de  chaque  province,  le  cadastre  financier  et  les  rendements 
des  départements  les  plus  importants,  comme  la  Mésopotamie  (Smra^),  etc. 
M.  de  K.  a  soumis  ces  états  à  un  contrôle  rigoureux  et  a  su  en  tirer  une  éva- 
luation aussi  exacte  qu'elle  peut  l'être,  étant  données  les  incessantes  variations 
de  la  monnaie  d'or  et  d'argent  (dinar  et  dirhem)  à  cette  époque. 

Dès  le  chapitre  suivant  «  L'organisme  de  l'État  »  nous  quittons  le  terrain  des 
faits  pour  rentrer  dans  celui  de  la  théorie.  C'est  à  Mawerdi,  légiste  et  économiste 
distingué,  que  sont  empruntées  les  principales  définitions  des  fonctions  publiques. 
Ce  savant  écrivain  nous  révèle  le  caractère  propre,  les  attributions  spéciales  de 
la  hiérarchie  administrative,  depuis  le  vicaire  de  Mahomet  jusqu'au  dernier  em- 
ployé de  la  police.  Certainement  la  réalité  s'éloigne  ici  de  la  théorie  fondamen- 
tale, et  l'histoire  donne  de  trop  fréquents  démentis  aux  règles  étabhes  par  Ma- 
v/erdi  ;  mais  il  n'en  est  pas  moins  intéressant  de  connaître  l'idéal  qu'on  se  faisait 
alors  du  mécanisme  gouvernemental.  Signalons  enfin  le  dernier  chapitre  «  Das 
»  Recht  «  où  les  principes  des  quatre  écoles  de  droit  sont  exposés  avec  beau- 
coup de  précision  et  de  lucidité.  Comme  l'auteur,  nous  donnons  la  préférence  à 
l'école  Hanéfite  qui,  mieux  que  ses  rivales,  a  su  s'élever  au-dessus  de  la  lettre 
de  la  loi  et  donner  aux  préceptes  du  Koran  et  des  traditions  l'interprétation 
la  plus  libérale. 

Le  deuxième  et  dernier  volume  auquel  l'auteur  consacre  tout  le  temps  que  lui 
laissent  ses  fonctions  administratives,  traitera  spécialement  de  la  loi  religieuse, 
du  culte,  de  l'organisation  de  la  famille,  de  la  société  dans  ses  manifestations 
religieuses  et  civiles.  Nous  espérons  qu'il  y  sera  fait  une  large  part  à  l'étude  des 
sectes  indépendantes  et  à  celle  du  mouvement  littéraire  sous  les  premiers  Abbas- 
sides. On  sait  combien  l'influence  des  idées  aristotéliques  et  néo-platoniciennes 
a  été  forte  à  cette  époque  et  combien  elle  a  développé  l'essor  de  la  libre  recherche 
et  de  la  spéculation  philosophique.  Le  m"  et  le  iv^  siècle  de  l'hégire  brillent  d'un 
éclat  passager  mais  vif  qui  illumine  tout  un  côté  presque  ignoré  du  génie  musul- 
man; on  ne  saurait  donc  trop  insister  sur  ce  point. 

L'ouvrage  de  M.  de  K.  a  provoqué,  paraît-il,  d'assez  vives  critiques.  Nous 
n'avons  pas  à  rechercher  pourquoi  un  travail  publié  à  Vienne  rencontre  aujour- 
d'hui de  nombreux  contradicteurs  surtout  dans  l'Allemagne  du  Nord.  Il  se  peut 


356  REVUE   CRITIQUE 

que  certains  détails  secondaires,  quelques  dates,  quelques  noms  propres  soient 
sujets  à  caution  :  c'était  chose  inévitable  dans  un  livre  qui  traite  de  tant  de  sujets 
divers,  qui  remue  tant  d'idées  et  de  faits.  Nous-même  nous  pourrions  y  signaler 
quelques  défauts  de  proportion.  Par  exemple,  le  récit  trop  romanesque  de  la 
mort  de  Mahomet  (p.  i  à  4).  Le  chapitre  second  «  Das  stâdtische  Leben  »  avec 
ses  jolies  anecdotes  tirées  àeVAghani,  est  ici  un  hors-d'œuvre  ;  ou  plutôt,  d'après 
le  plan  annoncé  dans  l'Avant-propos,  il  serait  mieux  à  sa  place  dans  le  deuxième 
volume.  Enfin  la  topographie  de  Damas  et  la  description  d'un  intérieur  arabe 
présentent  aussi  quelques  longueurs.  Mais  ce  sont  là  des  fautes  vénielles.  Quant 
aux  idées  générales,  aux  déductions  que  l'auteur  tire  des  chroniques  et  des 
documents  officiels,  elles  nous  paraissent  inattaquables.  Nous  attendrons  la 
publication  du  tome  II  pour  porter  un  jugement  définitif  sur  une  œuvre  aussi 
vaste,  mais  nous  avons  tout  lieu  de  croire  qu'elle  sera  dans  son  ensemble  digne 
de  l'attention  des  penseurs  et  des  érudits.  M.  de  K.  aura  eu  le  rare  mérite  de 
dégager  la  loi  scientifique  des  faits  présentés  sans  élévation  ni  critique  par  les 
historiens  et  de  fournir  ainsi  à  l'histoire  de  la  civilisation  de  l'ancien  monde  un 
document  aussi  sûr,  aussi  complet  que  le  comporte  l'état  actuel  de  la  science. 

Barbier  de  Meynard. 

109. —  Geschichte  der  christlich-lateinischen  Literatur  von  ihren  Anfaengen 
bis  zum  Zeitalter  Karls  des  Grossen,  von  Adolf  Ebeut.  Leipzig,  Vogel,  1874,  in-8«, 
xij-624  p.  —  Prix  :  16  fr. 

Ce  livre  est  comme  l'introduction  d'une  œuvre  beaucoup  plus  considérable 
qui  depuis  longtemps  occupe  M.  Ebert:  il  se  prépare  à  nous  donner  une  histoire 
générale  de  la  littérature  du  moyen-âge  dans  les  contrées  de  l'Occident.  C'est 
une  grande  entreprise,  qui  demande  un  travail  immense,  et  qu'au  témoignage  des 
savants  compétents  il  est  plus  capable  d'accomplir  que  personne.  Il  lui  a  semblé 
qu'une  œuvre  de  ce  genre  devait  être  précédée  d'une  étude  sur  la  littérature 
latine  chrétienne  depuis  ses  débuts  jusqu'à  Charlemagne.  C'est  là,  en  effet,  que 
la  littérature  du  moyen-âge  a  ses  racines,  et  l'on  ne  peut  se  flatter  de  la  com- 
prendre et  de  la  connaître  qu'en  voyant  d'où  elle  est  sortie. 

L'ouvrage  de  M.  Ebert  commence  par  des  considérations  générales  sur  l'état 
du  monde  romain  au  moment  où  parut  le  christianisme.  Il  y  montre  avec  beau- 
coup de  force  que,  par  un  malheur  inévitable,  les  progrès  accomplis  dans  la 
morale  publique,  et  dont  tous  les  honnêtes  gens  se  félicitaient,  s'étaient  tournés 
contre  la  sécurité  de  l'empire.  La  philosophie  avait  répandu  l'idée  de  la  fraternité 
universelle  (universi  generis  humani  societas),  et  cette  idée  s'était  bientôt  insinuée 
dans  la  législation  et  les  habitudes.  Le  droit  de  cité  avait  été  accordé  à  tous  les 
peuples  de  l'empire  ;  Rome  d'abord,  puis  l'Italie  avaient  cessé  de  posséder  aucun 
privilège.  C'était  assurément  un  grand  progrès,  auquel  applaudissaient  les  esprits 
généreux;  mais  à  mesure  que  s'étendait  la  patrie  le  patriotisme  diminuait.  Quand 
la  cité,  fondement  des  sociétés  anciennes,  s'effaça  devant  l'humanité,  l'énergie  du 
sentiment  national  fut  affaibli.  En  même  temps  l'émancipation  graduelle  de  la 
femme,  du  fils,  de  l'esclave,  brisaient  peu  à  peu  le  cadre  de  la  famille  antique. 
Les  anciennes  inégalités  sociales  ayant  été  aplanies  par  l'empire,  l'aristocratie, 


d'histoire  et  de  littérature.  3  57 

en  qui  le  pouvoir  résidait  autrefois,  disparut.  On  la  remplaça  par  une  sorte  de 
monarchie  bureaucratique  et  administrative,  qui  était  faite  pour  donner  au  gou- 
vernement du  monde  une  régularité  mécanique,  mais  qui  ne  créait  pas  des  forces 
vives  pour  résister  aux  Barbares.  C'est  au  milieu  de  cette  société  en  décadence 
que  débute  brusquement  et  par  des  œuvres  éclatantes,  vers  la  fin  du  second 
siècle,  cette  littérature  chrétienne,  dont  M.  Ebert  veut  nous  raconter  l'histoire. 

Il  a  divisé  son  sujet  en  trois  périodes  qu'il  étudie  successivement.  La  première 
s'étend  depuis  le  second  siècle  jusqu'à  Constantin  ;  c'est  l'époque  où  se  forme  la 
littérature  latine  chrétienne.  Cette  littérature  ne  commence  pas  tout  à  fait  comme 
les  autres;  elle  ne  connaît  pas  d'abord,  au  moins  en  ce  qui  concerne  la  prose, 
de  tâtonnements  et  d'indécisions,  et  débute  par  deux  chefs-d'œuvre  :  ce  sont 
VOctavius  de  Minutius  Félix  et  VApologeticum  de  TertuUien.  Dans  un  premier 
travail  ' ,  M.  Ebert  avait  établi,  sur  des  preuves  solides,  que  de  ces  deux  ouvrages 
c'est  VOctavius  qui  a  précédé  l'autre  et  lui  a  servi  de  modèle.  Il  nous  montre  ici 
qu'ils  représentent  les  deux  faces  diverses  de  l'esprit  chrétien  à  ce  moment. 
Minutius  Félix  était  évidemment  de  ceux  qui  voulaient  attirer  les  payens  à  la 
doctrine  nouvelle  en  leur  faisant  toutes  sortes  d'avances  et  de  concessions.  Il  ne 
cite  jamais  les  livres  saints,  il  part  de  la  philosophie  antique  et  affecte  de  s'y 
rattacher.  Son  livre  est  composé  sur  le  plan  du  De  naîura  deorum  de  Cicéron  ; 
il  contient  beaucoup  d'imitations  de  Sénèque,  il  est  écrit  avec  agrément  et 
quelquefois  avec  recherche.  Ce  sont  des  qualités  qui  ne  se  trouvent  plus  chez 
TertuUien.  On  dirait  au  contraire  qu'il  prend  plaisir  à  se  moquer  sans  pitié  de 
tout  ce  qu'aimait  la  société  de  son  temps.  Il  exige  qu'elle  renonce  à  ses  traditions 
et  à  ses  habitudes.  Il  hérisse  pour  elle  de  difficultés  les  abords  du  christianisme. 
Les  lettrés  lui  sont  tout  à  fait  indifférents,  il  les  choque  par  ses  idées,  il  les  blesse 
par  son  style  :  autant  celui  de  Minutius  est  élégant  et  raffiné,  voisin  des  délica- 
tesses savantes  de  Fronton  et  des  mignardises  d'Apulée,  autant  celui  de  Tertul- 
lien  est  brusque,  grossier,  populaire  2,  Cette  double  tendance,  qui  se  manifeste 
avec  tant  d'éclat,  au  début  même  de  la  littérature  latine  chrétienne,  chez  Ter- 
tuUien et  Minutius  Félix,  se  retrouvera  chez  les  écrivains  qui  vont  suivre.  Les 
uns  repousseront  tout  mélange  avec  la  civilisation  antique,  les  autres  chercheront 
par  tous  les  moyens  à  s'accommoder  avec  elle,  et  ce  sont  ces  derniers  qui  fini- 
ront par  l'emporter.  M.  Ebert  nous  fait  suivre  avec  le  plus  vif  intérêt  les  progrès 
de  cette  alliance  qui  s'est  faite  entre  la  culture  ancienne  et  l'esprit  nouveau,  et, 
loin  de  s'en  plaindre,  comme  le  font  aujourd'hui  beaucoup  de  critiques,  il  pense 
qu'elfe  était  nécessaire  et  nous  montre  que  la  littérature  chrétienne  en  est  sortie. 

C'est  ce  que  l'étude  des  débuts  de  la  poésie  chrétienne  lui  permet  de  mettre 
dans  tout  son  jour.  Dès  l'origine,  il  s'y  manifeste,  comme  dans  la  prose,  deux 
tendances  opposées.  Tandis  que  Lactance,  dans  son  Phœnix,  conserve  si  bien  la 
couleur  antique  que  les  deux  religions  semblent  pouvoir  revendiquer  ce  petit 

1.  Voyez  Revue  critique,  10  juillet  1869. 

2.  A  ce  propos  M.  Ebert  soutient  contre  l'opinion  générale  qu'il  n'y  a  pas  d'africa- 
nismes chez  TertuWkn.  Les  expressions  qu'on  a  désignées  de  ce  nom,  et  qu'on  croit 
propres  à  la  province  d'Afrique,  étaient,  selon  lui,  des  laçons  de  parler  populaires  qui  se 
retrouvaient  partout.  Je  renvoie  à  l'étude  fort  complète  et  très-intéressante  que  M.  Ebert 
a  consacrée  au  style  de  TertuUien,  p.  35. 


5  5^  REVUE   CRITIQUE 

poème  •,  Commodien,  au  contraire,  se  jette  hardiment  dans  les  voies  nouvelles. 
M.  Ebert  a  étudié  avec  soin  cet  étrange  poète,  qui  sembla  deviner  le  moyen-âge 
et  employa  d'avance  quelques-uns  des  procédés  qui  ne  devaient  être  en  usage 
que  cinq  ou  six  siècles  plus  tard.  En  pleine  civilisation  romaine,  sous  les  règnes 
de  Dèce  et  de  Valérien,  au  milieu  d'une  société  de  lettrés  délicats  et  difficiles,  il 
écrit  dans  une  langue  souvent  barbare  des  vers  qui  n'ont  plus  aucune  mesure, 
et  même  par  moments  il  remplace  la  quantité  par  la  rime  2.  Mais  ce  n'est  qu'une 
tentative  isolée.  Ici  encore  l'opinion  publique  força  les  littérateurs  chrétiens  à  revenir 
vite  à  l'imitation  des  modèles  classiques,  et  les  poètes  aussi  bien  que  les  prosateurs 
n'éprouvèrent  aucun  scrupule  à  «  mettre  le  vin  nouveau  dans  de  vieux  vases.  » 
L'événement  prouva  bien  qu'ils  n'avaient  pas  tort  :  de  cette  alliance  entre 
l'ancienne  civilisation  et  les  doctrines  nouvelles  sortirent  des  oeuvres  admirables 
que  M.  Ebert  étudie  dans  son  second  livre.  Cette  seconde  période,  qui  s'étend 
depuis  Constantin  jusqu'à  la  mort  de  S.  Augustin,  c'est-à-dire  jusqu'aux  invasions 
des  Barbares,  est  l'âge  d'or  de  la  littérature  chrétienne.  Elle  arrive  alors  à  sa 
perfection  et  produit  des  écrivains  comme  S.  Hilaire  de  Poitiers,  S.  Ambroise, 
S.  Augustin,  S.  Jérôme,  dont  M.  Ebert  analyse  les  principaux  ouvrages.  Il  nous 
fait  suivre  l'histoire  de  la  poésie  chrétienne  depuis  les  timides  essais  de  Juvencus, 
qui  se  contente  de  chercher  dans  Virgile  des  expressions  et  des  tours  de  phrase 
dont  il  puisse  revêtir  les  récits  des  livres  saints,  jusqu'à  Prudence  et  à  S.  Paulin, 
dans  lesquels  il  retrouve  les  traits  originaux  de  l'esprit  français  et  du  caractère 
espagnol.  Fidèle  au  dessein  qu'il  poursuit,  il  montre  tout  ce  que  le  moyen-âge 
a  tiré  des  œuvres  de  Prudence,  surtout  de  la  Psychomachia,  qui  a  donné  naissance 
à  tant  de  poèmes  allégoriques,  et  du  Peristephanon,  d'oh  sont  issues  ces  chansons 
en  langue  vulgaire  qui  racontent  les  légendes  des  martyrs.  Il  insiste  sur  les  débuts 
de  la  poésie  lyrique,  et  le  fait  d'autant  plus  volontiers  qu'on  se  trompe  sou- 
vent sur  la  façon  dont  elle  a  commencé.  Il  est  de  mode  aujourd'hui  de  prétendre 
que  dès  le  premier  jour  les  hymnes  de  l'Église  ont  été  écrites  en  dehors  des 
règles  de  la  métrique  ancienne  et  en  désaccord  avec  elles.  Westphal  soutient, 
dans  son  histoire  de  la  métrique  grecque,  que  l'accent  y  remplace  tout  à  fait  la 
quantité.  On  imagine  donc  qu'un  art  nouveau  est  né  avec  le  christianisme ,  et 
on  le  félicite  de  n'avoir  pas  voulu  se  servir  des  rhythmes  qu'employaient  les 
poètes  payens  pour  chanter  leurs  dieux  ou  leurs  maîtresses.  Malheureusement 
il  n'en  est  rien,  et  tout  ce  système  repose  sur  une  méprise.  Le  nombre  des 
hymnes  attribuées  à  S.  Ambroise  est  considérable,  mais  toutes  celles  qui  portent 
le  nom  de  l'évêque  de  Milan  ne  lui  appartiennent  pas.  L'usage  s'était  répandu 
d'appeler  Hymni  Ambrosiani  celles  qui  de  quelque  façon  semblaient   écrites 

i .  M.  Ebert  a  donné  quelques  raisons  nouvelles  qui  permettent  d'affirmer  que  l'auteur 
du  Phœnix  était  chrétien. 

2,  M.  Ebert  persiste  à  croire  que  Commodien  a  écrit  et  a  vécu  en  Asie  ;  j'ai  dit  ail- 
leurs pourquoi  il  m'était  difficile  d'accepter  cette  opinion  (voyez  Revue  critique,  10  juillet 
1869).  A  propos  du  poème  de  Commodien  publié  par  D.  Pitra,  M.  Ebert  ne  paraît  pas 
avoir  connu  un  excellent  travail  de  M.  Schérer,  intitulé  :  L'Apocalypse^  de  Commodien, 
qu'il  a  publié  dans  ses  Mélanges  de  critique  religieuse.  La  plupart  des  opinions  soutenues 
par  M.  Ebert  se  trouvent  déjà  chez  M.  Schérer,  et  les  mêmes  corrections  sont  faites  au 
texte  corrompu  du  vieux  poète. 


d'histoire  et  de  littérature,  J59 

dans  sa  manière;  mais  il  en  est,  dans  le  nombre,  d'une  époque  et  d'une  méthode 
fort  différentes  de  la  sienne.  Il  faut  donc  commencer  par  distinguer  soigneuse- 
ment les  Hymni  Ambrosii  des  Hymni  Ambrosiani.  M.  Ebert  pense  qu'il  n'y  en  a 
que  quatre  dont  l'authenticité  soit  hors  de  toute  contestation  :  ce  sont  celles  qui 
ont  été  citées  par  S.  Augustin.  Il  se  trouve  précisément  que  toutes  les  quatre 
sont  écrites  dans  un  mètre  régulier,  et  avec  un  grand  respect  de  la  quantité. 
Elles  se  composent  toutes  de  3  2  dimètres  iambiques  distribués  en  7  strophes. 
C'est  un  vers  dont  s'était  beaucoup  servi  l'ancienne  poésie  payenne  ;  on  ne  voit 
pas  que  S.  Ambroise  ait  éprouvé  aucun  scrupule  à  l'employer.  M.  Ebert  fait 
remarquer  aussi  que  l'iambe  était  à  Rome  beaucoup  moins  populaire  que 
le  trochée,  et  réservé,  du  temps  de  S.  Ambroise,  à  la  littérature  des  gens  du 
monde.  C'est  donc  une  grande  erreur  de  s'imaginer  que  la  poésie  chrétienne  à 
son  origine  ait  voulu  rompre  avec  les  habitudes  et  les  traditions  du  passé.  Nous 
voyons  au  contraire  que  S.  Ambroise  composait  ses  hymnes  dans  les  mêmes 
mètres  et  avec  les  mêmes  procédés  qu'on  employait  autour  de  lui.  Il  tenait  à  les 
faire  aussi  correctes  que  possible,  et  il  aurait  été  fort  surpris  qu'on  lui  fit  un  titre 
de  gloire  des  fautes  de  quantité  qu'il  pouvait  commettre.  C'était  bien  un  art 
nouveau  qui  naissait,  mais  la  nouveauté  lui  vint  du  fond  des  choses  ;  quant  à  la 
forme,  il  n'éprouva  pas  le  besoin  de  la  changer,  et  s'accommoda  de  celle  qu'avaient 
consacrée  les  chefs-d'œuvre  de  l'art  antique.  Il  fut  dès  le  premier  jour  populaire, 
mais  au  meilleur  sens  du  mot,  non  pas  en  cherchant  à  se  faire  comprendre  et 
agréer  du  peuple  par  l'emploi  de  procédés  grossiers,  mais  en  l'élevant  jusqu'à 
l'inteUigence  et  au  sentiment  d'une  poésie  supérieure.  Si  plus  lard  on  désapprit 
les  règles  anciennes,  si  l'accent  et  la  rime  remplacèrent  dans  les  vers  la  quantité, 
ce  fut  un  effet  inévitable  de  l'ignorance  et  de  la  barbarie.  Il  faut  donc  laisser 
aux  choses  leur  vrai  nom,  et  appeler  corruption  et  décadence  ce  qu'on  voudrait 
nous  représenter  comme  une  sorte  de  révolution  et  de  rénovation,  accomplie 
volontairement  par  des  gens  qui  en  avaient  conscience,  pour  trouver  aux  idées 
nouvelles  une  forme  qui  n'eût  pas  servi  et  qui  leur  convînt. 

Le  troisième  livre  de  M.  Ebert  est  de  beaucoup  le  plus  considérable.  Il  com- 
prend une  période  de  trois  siècles  et  demi,  depuis  la  mort  de  S.  Augustin  jusqu'à 
Charlemagne.  On  y  assiste  à  la  décadence  de  cette  littérature  dont  M.  Ebert  nous 
a  fait  admirer  jusque-là  les  progrès.  Parmi  les  nombreux  écrivains  qu'il  étudie, 
il  se  trouve  encore  des  prosateurs  distingués,  et  surtout  des  poètes  de  talent, 
comme  Dracontius  et  Avitus,  mais  à  mesure  qu'on  avance  la  barbarie  l'emporte. 
L'étude  de  cette  décadence  serait  assez  rebutante  si  l'on  n'en  pouvait  tirer  des 
renseignements  utiles,  M.  Ebert  avait  montré  dans  les  livres  précédents  comment 
la  littérature  chrétienne  s'était  formée  de  l'alliance  de  l'esprit  nouveau  avec  la 
culture  antique;  il  fait  voir  ici  un  troisième  élément  qui  entre  dans  le  mélange 
et  le  complète.  Chacun  des  peuples  barbares  qui  s'établit  dans  l'empire  introduit 
dans  les  lettres  quelque  chose  de  lui-même,  et  il  est  curieux  d'observer  comment 
cet  élément  nouveau  s'accommode  avec  les  anciens  et  les  modifie.  C'est  ce  qui 
donne,  par  exemple,  un  assez  vif  intérêt  à  l'étude  des  poètes  de  VAnthologie. 
Assurément  Luxorius,  Mavortius,  Coronatus  ont  en  eux-mêmes  fort  peu  d'agré- 
ments;  mais  ils  nous  apprennent  quelle  fut  l'influence  des  Vandales  sur  la 


560  REVUE  CRITIQUE 

littérature  latine  du  V  siècle,  et  à  ce  titre  ils  méritent  d'être  étudiés  de  près. 
Tel  est  le  livre  de  M.  Ebert.  Il  est  difficile  d'en  donner  une  idée  exacte  dans 
une  analyse  aussi  courte.  Qu'il  suffise  de  dire  qu'il  est  fait  à  la  fois  pour  les  deux 
publics:  il  ne  peut  manquer  de  plaire  aux  gens  du  monde  par  ^ordonnance  habile 
des  parties  et  la  clarté  de  l'exposition;  en  même  temps,  il  contentera  les  savants 
qui  trouveront  beaucoup  à  y  apprendre.  Les  ouvrages  de  ce  genre  étaient  rares 
autrefois  en  Allemagne;  ils  y  deviennent  plus  communs,  et  il  est  visible  que 
l'érudition  cherche  à  s'y  faire  plus  populaire  et  plus  accessible.  On  peut  être 
assuré  que  le  livre  de  M.  Ebert  est  appelé  au  même  succès  que  l'Histoire  des 
mœurs  romaines  de  Friedlasnder,  conçue  dans  le  même  esprit,  et  qui  s'adresse 
aussi  aux  savants  et  aux  gens  du  monde.  Gaston  Boissier. 


1 10. — Altenglîsches  Uebungsbuch.  Zum  Gebrauche  bei  Universitaetsvorlesungen. 
Mit  einem  Wœrterbuche  von  Julius  Zupitza.  In-8*,  iv-137  p.  Wien.  1874.  Wilh. 
Braumùller.  —  Prix  :  5  fr.  J5. 

Altenglisches  Lesebuch.  Zum  Gebrauche  bei  Vorlesungen  und  zum  Selbstunterricht 
herausgegeben  von  D'  Richard  Paul  Wulker,  Privatdocent  an  der  Universitaet  Leipzig. 
L  Th.  Die  Zeit  von  1250-1350  umfassend.  In-8',  x-228  p.  Halle,  Lippert'sche  Buch- 
handlung.  1874.  —  Prix  :  6  fr. 

Les  deux  ouvrages  que  nous  rapprochons  dans  cet  article  sont  loin,  malgré  la 
ressemblance  du  titre,  de  faire  double  emploi  ou  de  répondre  au  même  but. 
Sous  le  nom  de  vieil  anglais,  en  effet,  M.  Zupitza  désigne  l'idiome  parlé  en 
Angleterre  depuis  la  conquête  de  ce  pays  par  les  Anglo-Saxons  jusqu'à  l'époque 
de  la  fusion  définitive  de  la  langue  des  vainqueurs  avec  les  éléments  romans  im- 
portés de  l'autre  côté  de  la  Manche  par  les  Normands  ou  empruntés  directement 
au  latin.  Cette  fusion  ayant  eu  lieu,  comme  l'on  sait,  vers  le  milieu  du  xiV  siècle, 
le  Manuel  de  M.  Z.  comprend  ainsi  la  période  si  importante  qui  s'étend  de  la 
fin  du  V  siècle,  ou  plutôt  du  vii^,  car  nous  n'avons  pas  de  monuments  anglo- 
saxons  de  date  plus  ancienne,  jusqu'à  environ  1 350. 

Tout  autre  est  l'objet  de  Pouvrage  de  M.  R.  Wûlcker.  Réservant  avec  raison, 
et  comme  on  le  fait  d'ailleurs  d'habitude,  le  nom  de  vieil  anglais  à  cet  âge  de 
transition  où  la  langue  parlée  en  Angleterre  se  dépouilla  de  ses  anciennes  flexions 
et  s'enrichit  de  mots  romans,  transformation  qui  commence  vers  le  miHeu  du 
xiii*  siècle  pour  se  terminer,  avec  le  mélange  des  différents  dialectes,  à  la  fin  du 
xve  siècle,  son  recueil  ne  doit  aller  que  de  1250  à  i  joo.  Le  volume  qu'il 
vient  de  publier  comprend  seulement  la  première  des  deux  époques  qu'on  peut 
distinguer  dans  cette  période  de  près  de  trois  siècles,  celle  du  vieil  anglais  pro- 
prement dit,  laquelle  s'étend  de  1240  ou  1250  jusque  vers  1350;  un  second 
volume  nous  donnera  la  période  du  moyen  anglais,  qui  va  de  1 350  à  1 500. 

Si  la  nature  des  ouvrages  de  MM.  Z.  et  W.  est  déjà  si  complètement  différente, 
la  forme  n'en  est  pas  plus  ressemblante.  Désireux  de  présenter  sous  un  volume 
restreint  un  recueil  capable  de  donner  une  connaissance  générale  de  Pidiome 
parlé  en  Angleterre  jusqu'à  l'époque  de  la  transformation  définitive  de  l'anglo- 
saxon  en  anglais,  M.  Z.  s'est  contenté  d'extraits  assez  courts  des  auteurs  les 
plus  célèbres  de  cette  longue  période  ;  les  morceaux  que  renferme  son  recueil 
sont  au  nombre  de  vingt-huit,  et  on  se  fera  une  idée  de  la  variété  qu'ils  pré- 


d'histoire  et  de  littérature.  361 

sentent  quand  on  saura  que  le  premier  est  un  hymne  de  Csedmon  et  que  le 
dernier  est  tiré  du  Guy  de  Warwick  de  John  Lydgate.  Sous  le  numéro  2  nous 
avons  même  quatre  inscriptions  runiques,  accompagnées  de  notes  nombreuses  et 
d'une  traduction  en  anglo-saxon.  Enfin  un  dictionnaire  fait  avec  soin  et  très- 
complet,  autant  que  j'ai  pu  le  vérifier,  termine  comme  complément  indispensable 
ce  petit  recueil  destiné  à  faciliter  l'étude  si  difficile  du  vieil  idiome  parlé  en 
Angleterre,  et  à  suppléer  aux  choix  ou  trop  volumineux  ou  si  indigestes  qui  l'ont 
précédé. 

Si  VUebungsbuch  de  M.  Z,  s'adresse  surtout  aux  amateurs  de  l'anglo-saxon,  le 
Lesebuch  de  M.  W.  est  plutôt  fait  pour  les  lecteurs  désireux  d'arriver  à  une 
connaissance  approfondie  de  l'anglais  par  l'étude  de  ses  plus  anciens  monuments. 
Le  recueil  qu'il  nous  donne  répond  parfaitement  à  ce  but  ;  les  morceaux  sont 
non-seulement  choisis  avec  soin,  mais  sont  encore  d'une  assez  longue  étendue; 
les  divers  dialectes,  qui  offrent  dans  les  premiers  temps  de  la  langue  des  diffé- 
rences si  tranchées,  y  sont  représentés  par  des  extraits  nombreux  et  importants. 
Un  autre  avantage  non  moins  grand,  c'est  l'abondance  et  l'étendue  des  notes 
explicatives  qui  suivent  les  trente  morceaux  dont  se  compose  le  Lesebuch;  les 
débutants  y  trouveront,  avec  des  indications  grammaticales  et  littéraires  pré- 
cieuses, la  solution  des  difficultés  que  ne  donne  point  le  dictionnaire  par  lequel 
se  termine  le  volume.  Tout  concourt  ainsi  à  rendre  commode  et  utile  ce  conscien- 
cieux ouvrage  et  fait  désirer  que  l'auteur  ne  nous  fasse  pas  attendre  trop  long- 
temps la  seconde  partie,  dont  l'intérêt,  puisqu'il  doit  nous  faire  connaître  les 
écrivains  anglais  les  plus  célèbres  du  moyen  âge ,  surpassera  sans  doute  encore 
celui  de  la  première.  C.  J. 

III.  —  Nonvelle  Géographie  nniverselle  ;  La  Terre  et  les  Hommes ,  par 

Elisée  Reclus.  Paris,  Hachette.  1875.  Livraisons  i  et  2.  32  p.  gr.  in-S".  —  Prix 
de  la  livraison  ;  50  cent. 

Cet  ouvrage  doit  se  composer  d'environ  500  livraisons  hebdomadaires.  Le 
nom  de  son  auteur,  un  des  meilleurs  géographes  français,  le  recommande  au 
public,  surtout  dans  notre  pénurie  d'ouvrages  géographiques.  Ce  sera  certaine- 
ment un  ouvrage  remarquable  et  les  «  2000  cartes  intercalées  dans  le  texte  ou 
»  tirées  à  part  »  que  nous  promettent  les  éditeurs  en  augmenteront  encore 
la  valeur.  Nous  attendrons  pour  juger  l'ouvrage  qu'un  plus  grand  nombre  de 
livraisons  parues  nous  permette  de  l'apprécier  dans  son  ensemble.  Nous  nous 
bornerons  aujourd'hui  à  quelques  critiques  sur  les  «  Observations  générales  » 
qui  remplissent  les  deux  premières  livraisons,  et  sur  les  illustrations  qui  les 
accompagnent. 

La  mention  de  «  2000  cartes  intercalées  dans  le  texte  ou  tirées  à  part  »  fait 
très-bien  sur  le  titre.  Il  vaudrait  peut-être  mieux  pourtant  que  les  cartes  fussent 
moins  nombreuses  et  plus  soignées.  Les  cartes  intercalées  dans  le  texte  d'un 
volume  in-8°  ne  peuvent  avoir  de  netteté  qu'à  la  condition  de  représenter  dans 
le  détail  un  bout  de  pays  qui  offre  un  intérêt  particulier.  La  carte  de  l'ancien  et 
du  nouveau  cours  de  la  Piave  que  donne  le  prospectus  en  est  un  excellent  exemple. 
Mais  vouloir  faire  ressortir  les  particularités  d'une  région  comme  l'Europe  dans 


^62  '  REVUE   CRITIQUE     »f:>HVih 

une  carte  large  de  lo  centimètres  et  haute  de  7  est  simplement  chimérique.  A 
cet  égard,  il  nous  est  impossible  d'accepter  pour  autre  chose  que  pour  des  cari- 
catures géographiques  les  cartes  du  Keïuj  de  l'Europe  et  de  la  Zone  isothermique 
de  l'Europe  qui  figurent  pages  1 2  et  2  5.  Nous  désirons  que  les  livraisons  suivantes 
ne  nous  en  apportent  pas  de  semblables. 

Cette  critique  s'adresse  peut-être  plus  aux  éditeurs  qu'à  l'auteur.  Mais  nous 
devons  reprocher  à  ce  dernier  de  trop  chercher  à  donner  à  son  oeuvre  un  cachet 
exclusivement  littéraire.  Le  style  de  M.  Elisée  Reclus  est  naturellement  imagé  et 
surtout  attachant  parce  qu'on  y  sent  une  pensée  originale  et  personnelle  :  mais 
M.  R.,  subissant  peut-être  l'influence  d'une  Revue  célèbre  où  il  a  beaucoup 
écrit,  se  laisse  volontiers  aller  à  écrire  de  ces  phrases  où  des  amplifications 
vagues  tiennent  la  place  des  faits,  des  chiffres,  des  dates.  On  en  jugera  par  un 
seul  exemple;  il  s'agit  de  l'origine  des  populations  européennes:  «  Sommes-nous 
))  les  «  Fils  du  sol  »,  les  «  rejetons  des  chênes  »,  comme  le  disaient  les  tradi- 
»  tions  anciennes  en  leur  langage  poétique....,  etc.  ?»  M.  R.  ne  donne  ni  le 
terme  exact,  ni  la  date,  ni  le  lieu  de  ces  poétiques  appellations.  Tout  est  écrit 
dans  ce  style,  sans  précision,  sans  références,  ni  notes.  M.  R.  a  sans  doute 
craint  de  paraître  pédant  ;  il  a  voulu  faire  un  ouvrage  de  vulgarisation  et  non  un 
ouvrage  de  science  ;  mais  est  modus  in  rébus,  et  à  fuir  l'apparence  du  pédantisme 
on  risque  de  se  donner  l'apparence  de  la  frivolité.  La  façon  dont  M.  R.  semble 
comprendre  le  rôle  d'un  écrivain  géographe  nous  rappelle  quelques  lignes  mali- 
cieuses où  Vohaire  critiquait  Fontenelle  sous  les  traits  d'un  Académicien  de 
Saturne.  «  Il  faut  avouer,  dit  Micromégas,  que  la  Nature  est  bien  variée.  — 

»  Oui,  dit  le  Saturnien,  la  nature  est  comme  un  parterre  dont  les  fleurs — 

))  Ah!  dit  l'autre,  laissez  là  votre  parterre!  — Elle  est,  reprit  le  secrétaircit 

»  comme  une  assemblée  de  blondes  et  de  brunes  dont  les  parures —  Et 

»  qu'ai-je  à  faire  de  vos  brunes .''  dit  l'autre.  —  Elle  est  donc  comme  une  galerie 

>)  de  peinture  dont  les  traits —  Eh  non!  dit  le  voyageur,  encore  une  fois 

»  la  nature  est  comme  la  nature.  Pourquoi  lui  chercher  des  comparaisons?  — 
»  Pour  vous  plaire ,  répondit  le  secrétaire  —  Je  ne  veux  point  qu'on  me  plaise, 
»  répondit  le  voyageur.  Je  veux  qu'on  m'instruise  ».  Plus  d'un  lecteur,  craignons- 
nous,  sera  tenté  de  faire  cette  observation  à  M.  ÉHsée  Reclus. 

La  seconde  livraison  contient  une  carte  ethnographique,  en  couleurs,  de  notre 
Europe.  Le  public  français  est  si  ignorant  de  l'ethnographie  de  la  partie  du 
monde  qu'il  habite  que  cette  carte  sera  pour  lui  instructive.  Elle  est  faite  avec 
autant  d'exactitude  que  permet  une  échelle  aussi  petite  en  proportion  de  la 
variété  des  races.  M.  R.  a  oublié  d'y  faire  figurer  les  Wendes  de  Lusace  qui 
forment  au  milieu  de  la  population  allemande  un  groupe  au  moins  aussi  important 
que  les  colonies  allemandes  soigneusement  indiquées  sur  le  Volga.  Dans  cet 
enchevêtrement  de  couleurs  employées  pour  désigner  les  différentes  races,  le 
coloriste  de  M.  R.  a  commis  une  méprise  en  teintant  jaune,  c.-à-d.  comme 
«  Touraniens  »  les  Celtes  de  Galles,  au  lieu  de  les  teinter  vert,  couleur  réservée 
aux  Celtes.  La  répartition  de  la  population  européenne  en  nationalités  qui  accom- 
pagne cette  carte  ne  nous  semble  pas  dressée  avec  le  même  soin.  Ainsi,  M.  R. 
compte  36,000,000  de  Français;  nous  croyons  ce  chiffre  inférieur  à  la  réalité  de 


d'histoire  et  de  littérature.  563 

près  d'un  million.  Par  contre,  il  compte  52,000,000,  d'  «Allemands  et  Suisses» 
(sic  !)  ce  qui  est  trop  élevé  de  plusieurs  millions.  Sa  terminologie  ethnographique 
est  remplie  de  termes  surannés  ou  fantaisistes.  Nous  venons  de  citer  le  nom  de 
Suisses  employé  par  M.  R.  bien  qu'il  n'ait  pas  plus  de  signification  ethnogra- 
phique que  le  nom  d'Autrichien.  Le  terme  de  Touranien  est  chimérique.  On  ne 
peut  pas  parler  de  «  populations  de  langues  gréco-latines  «,  car  les  langues  qui 
sont  latines  ne  sont  pas  grecques,  et  réciproquement.  M.  R.  emploie  le  terme 
étrange  et  nouveau  de  Latinisés  pour  désigner  les  peuples  de  langue  latine, 
parce  qu'ils  ne  descendent  pas  des  Romains  par  voie  de  génération.  A  ce  compte, 
il  faudrait  changer  la  dénomination  de  tous  les  peuples  dont  l'histoire  entrevoit 
la  généalogie  jusqu'à  un  certain  moment,  et  leur  donner  des  noms  aussi  longs 
que  celui  d'un  grand  d'Espagne.  Par  exemple  on  nous  appellerait  des  Franco- 
Romano-Gallo-lbéro-Ligures,  et  encore  omettrait-on  bien  des  ancêtres  oubliés, 
Troglodytes,  Quaternaires,  Tertiaires  et  autres.  De  même  il  est  tout  aussi  peu 
fondé  de  remplacer  le  vieux  nom  d'anglais  par  celui  d' Anglo-Celtes  qui  ne  con- 
viendrait strictement  qu'aux  populations  de  la  Cornouaille  et  de  l'Irlande  anglisées 
depuis  trois  siècles.  M.  R.  s'abuse  sur  la  signification  ethnographique  des 
mélanges  et  surtout  sur  l'utilité  de  renoncer  aux  noms  usités  et  connus  pour  des 
noms  qui  sont  compliqués  et  ne  sont  même  pas  entièrement  exacts.  Au  surplus, 
en  ethnographie  (nous  ne  dirons  pas  en  anthropologie)  is  pater  est  quem  lingua 
demonstrat. 

Nous  désirons  que  les  livraisons  suivantes  soient  au-dessus  de  semblables  cri- 
tiques. Cette  publication  se  fait  sous  les  plus  heureux  auspices.  Son  auteur  est  un 
de  nos  meilleurs  géographes  et  la  puissante  Hbrairie  qui  l'édite  peut  faire  tous  les 
frais  des  cartes,  diagrammes  et  gravures  qui  doivent  accompagner  une  géo- 
graphie générale.  Bien  plus,  nous  avons  besoin  de  bons  ouvrages  de  géographie, 
et  la  faveur  du  public  ira  vite  chercher  un  livre  qui  contribuera  à  remplir  cette 
lacune.  Peut-être  avons-nous  trop  accentué  nos  critiques  préliminaires.  L'ouvrage 
de  M.  Reclus  ne  répondra  peut-être  pas  à  toutes  les  exigences  que  nous  croyons 
légitimes  ;  mais  il  sera  à  la  fois  intéressant  et  instructif.  C'est  beaucoup  pour  un 

ouvrage  de  géographie,  parce  que  c'est  rare en  France  du  moins. 

H.  Gaidoz. 

CORRESPONDANCE. 

Paris,  12  mai  1875. 
A  M.   Vidal- Lablache. 

Je  dois  avant  tout  vous  remercier.  Monsieur,  de  l'obligeant  article  que,  dans  la 
Revue  critique  du  i"  mai,  vous  avez  bien  voulu  consacrer  à  mon  Mémoire  sur  le  site 
de  Troie.  Mais  permettez-moi  de  vous  exprimer  en  même  temps  le  regret  que 
j'éprouve  de  n'avoir  pu  obtenir  votre  complet  assentiment  aux  conclusions  des 
hommes  éminents  dont  je  me  suis  fait  l'interprète,  Lechevalier,  c'"  de  Choiseul, 
Mauduit  et  autres.  Je  le  regrette  d'autant  plus  que  notre  désaccord  me  paraît 
reposer  plutôt  sur  de  simples  malentendus  que  sur  de  réelles  dissidences.  Je 
citerai  comme  exemple  le  reproche  qu'au  début  même  de  votre  article  vous 
adressez  à  Lechevalier.  Selon  vous,  il  aurait  accusé  l'antiquité  de  s'être  trompée 


j64  .'■'r'*^*'        REVUE   CRITIQUE 

en  désignant  le  Mendéré,  dans  toute  sa  longueur,  sous  le  nom  de  Scamandre,  et 
aurait  voulu  rendre  à  ce  cours  d'eau  le  nom  de  Simoïs,  en  corrigeant  une  erreur 
qui  remonte  à  Hérodote.  Vous  ajoutez  que  «  cette  dernière  hypothèse  est  la  clef 
»  de  voûte  du  système  de  Lechevalier.  » 

Je  reconnais,  Monsieur,  que  la  détermination  des  cours  respectifs  du  Sca- 
mandre et  du  Simoïs  est  bien  en  effet  la  clef  de  la  topographie  homérique.  Mais 
cette  détermination  est-elle  bien  de  la  part  de  Lechevalier  celle  que  vous  lui 
attribuez?  Je  crois,  Monsieur,  qu'un  examen  plus  attentif  modifierait  à  cet  égard 
votre  impression.  Non,  Lechevalier  n'a  point  voulu  restituer  au  Mendéré  dans 
toute  sa  longueur  le  nom  de  Simoïs.  Il  n'a  prétendu  appliquer  ce  nom  qu'à  la 
portion  du  fleuve  descendant  de  l'Ida  jusqu'à  son  ancien  confluent  avec  le 
Scamandre.  M.  de  Choiseul,  en  adoptant  le  système  de  Lechevalier,  le  carac- 
térise avec  une  précision  qui  ne  laisse  rien  à  désirer.  «  Lorsque  les  deux  fleuves, 
»  a-t-il  dit,  se  rencontraient  dans  la  plaine,  le  Simoïs  perdait  son  nom  après  le 
»  confluent.  De  là  (jusqu'à  l'embouchure  dans  l'Hellespont),  le  Scamandre 
»  donnait  son  nom  à  leurs  eaux  réunies.  »  Pour  M.  de  Choiseul,  de  même  que 
pour  Lechevalier,  le  Mendéré  au-dessous  du  confluent  porte  donc  le  nom  de 
Scamandre,  c'est  seulement  au-dessus  qu'il  porte  le  nom  de  Simoïs. 

Je  pourrais  m'arrèter  à  d'autres  détails,  examiner,  par  exemple,  si,  comme 
vous  le  dites,  «  un  des  traits  les  mieux  marqués  de  l'Iliade  est' l'identité  absolue 
»  du  Mendéré  et  du  Scamandre,  «  Mais  une  pareille  discussion,  fort  minutieuse, 
fort  ingrate,  ne  serait  nullement  ici  à  sa  place.  Je  crois  infiniment  préférable 
d'aller  tout  de  suite  à  ce  qui,  pour  vous  comme  pour  moi,  semble  être  le  nœud 
de  la  question.  Cette  question  d'ailleurs  intéresse  à  un  haut  degré  l'archéologie 
en  général  et  l'histoire  de  notre  archéologie  française  en  particulier.  Que  cette 
pensée  soit  mon  excuse  pour  l'insistance  que  je  mets  à  plaider  auprès  de  vous  la 
solution  que  j'ai  défendue. 

Lechevalier  a  pris  pour  point  de  départ  de  ses  investigations,  et  comme  moi 
vous  admettez  avec  lui,  que  d'après  Homère  Troie  se  trouvait  dans  l'angle  formé 
par  la  rencontre  du  Scamandre  et  du  Simoïs,  le  Scamandre  étant  à  gauche  et  le 
Simoïs  à  droite  de  la  ville.  Cette  position  résulte  de  deux  passages  de  l'Iliade 
(V,  35$  et  XI,  497-500),  passages  dont  vous  confirmez  le  sens  par  la  citation 
d'un  troisième  (XIII,  657-677).  Telle  est  pour  la  détermination  du  site  de 
Troie  la  donnée  homérique;  mais  il  restait  à  en  retrouver  les  éléments  sur  le 
terrain,  et  c'était  là  un  problème  plein  de  difficuhés.  Lechevalier  l'a  résolu  avec 
une  persévérance  et  une  sagacité  à  laquelle  il  me  semble  que  vous  n'avez  pas 
suffisamment  rendu  justice.  Disons  en  peu  de  mots  comment  il  a  procédé  pour 
arriver  à  la  solution. 

Quand  on  compare  les  descriptions  de  l'Iliade  avec  la  plaine  de  Troie  telle 
qu'elle  existe  aujourd'hui,  on  est  immédiatement  frappé  du  rapport  que  présente 
le  cours  du  Mendéré,  dans  sa  partie  inférieure;  avec  le  Scamandre,  tel  que  nous 
le  décrit  Homère.  Mais  en  vain  cherche-t-on  aujourd'hui,  en  remontant  le  Men- 
déré, depuis  son  embouchure  jusqu'à  sa  sortie  de  la  plainç  près  de  Bounarbachi, 
un  affluent  qui  puisse  être  le  Simoïs.  Un  seul  cours  d'eau,  le  Kimar-Sou,  l'an- 
cien Thymbrius,  vient  s'y  déverser  par  la  rive  droite,  non  loin  de  Bounarbachi. 


d'histoire  et  de  littérature.  565 

Mais  le  Kimar-Sou  ne  peut  représenter  le  Simois.  Il  n'en  a  point  la  violence 
torrentielle;  il  descend  des  hauteurs  de  Callicolonne,  non  point  des  hauteurs  de 
l'Ida.  Entre  ce  petit  fleuve  et  le  Mendéré  on  ne  peut  d'ailleurs  imaginer  l'empla- 
cement de  Troie. 

Le  premier  mérite  de  Lechevalier  a  été  de  constater,  par  un  attentif  examen 
des  lieux,  ce  singulier  désaccord  avec  la  donnée  homérique.  Son  second  mérite 
a  été  d'arriver  par  ses  recherches  et  ses  ingénieuses  inductions  à  donner  l'expli- 
cation de  cette  apparente  anomalie,  et  à  retrouver  le  site  cherché,  dans  les  con- 
ditions indiquées  par  l'Iliade. 

A  l'ouest  du  Mendéré,  près  de  Bounarbachi,  Lechevalier  conduit  par  son 
guide  turc  rencontre  dans  une  de  ses  courses  de  nombreuses  sources,  recueillies 
dans  des  canaux  et  dans  une  piscine  de  construction  évidemment  ancienne;  une 
des  sources  s'échappe  d'un  bassin  formé  de  débris  antiques.  La  présence  d'un 
pareil  ensemble  ne  peut  s'expliquer  que  par  le  voisinage,  à  l'époque  où  il  fut 
établi,  d'un  grand  centre  de  population,  et  des  eaux  aussi  abondantes  ont  dû,  en 
effet ,  provoquer  la  formation  d'un  tel  centre.  Or  Homère  décrit  les  sources  du 
Scamandre  comme  étant  situées  à  l'extrémité  de  la  plaine  à  proximité  de  Troie. 
Les  sources  que  Lechevalier  a  devant  les  yeux  ne  sont-elles  donc  pas  celles  du 
Scamandre,  et  le  plateau  voisin  n'est -il  pas  le  site  de  Troie?  Il  l'explore  aussitôt 
et,  vous-même  le  dites,  Monsieur,  «  le  trait  de  lumière  est  pour  lui  la  coïnci- 
»  dence  de  ce  site  éminemment  stratégique  avec  d'abondantes  sources  à  sa  base 
»  et  un  cours  d'eau  que  la  ville  supposée  aurait  eu  à  sa  gauche.  » 
,  Il  me  reste  à  parler  de  ce  cours  d'eau. 

Les  eaux  réunies  de  toutes  les  sources  de  Bounarbachi  forment  en  effet  une 
petite  rivière  qui  aujourd'hui  se  déverse  par  un  canal  artificiel  dans  la  mer  Egée, 
à  l'ouest,  et  qui  est  navigable  pour  de  petits  bateaux,  depuis  son  origine  jusqu'à 
son  embouchure.  Ce  cours  d'eau,  ce  canal  de  dérivation,  étaient,  comme  les 
sources  elles-mêmes,  inconnus  avant  l'exploration  de  Lechevalier;  il  a  eu  le 
mérite  de  les  découvrir.  Cependant  cette  rivière  qui,  par  ses  sources  et  par  le 
plateau  qui  la  domine,  répond  au  Scamandre,  n'est  pas  un  affluent  de  cet  autre 
cours  d'eau,  du  Mendéré  qui,  placé  à  la  droite  du  site  supposé  de  Troie,  répond 
exactement  à  ce  qu'Homère  nous  dit  du  Simois.  Pour  Lechevalier  cette  difficulté 
est  promptement  levée.  Les  deux  cours  d'eau  se  réunissaient  autrefois;  mais  les 
crues  violentes  du  Simois,  en  exhaussant  son  lit  et  le  terrain  avoisinant,  ont 
refoulé  les  eaux  du  Scamandre.  C'est  alors  que  pour  assécher  la  vallée  qui  s'étend 
à  l'ouest  du  Mendéré  jusqu'à  l'Hellespont,  il  a  fallu  creuser  le  canal  de  dérivation, 
qui  aujourd'hui  conduit  les  eaux  de  la  rivière  de  Bounarbachi  à  la  mer  Egée. 
Cette  disparition  supposée  de  l'ancien  confluent  sert  à  expHquer  un  autre  fait 
jusqu'alors  inexplicable,  je  veux  dire  l'application  du  nom  du  Scamandre  à  l'an- 
tique Simois.  Comme  l'a  bien  vu  M.  de  Choiseul,  la  partie  inférieure  du  Mendéré 
actuel  dut  naturellement  conserver  le  nom  de  Scamandre  alors  même  que  les 
eaux  de  cette  rivière  eurent  cessé  de  couler  dans  le  lit  commun  ;  peu  à  peu  ce 
nom,  dépassant  l'ancienne  limite  qui  n'existait  plus,  remonta  jusqu'à  la  source  du 
Simois.  Le  nom  du  Mendéré,  dérivé  de  celui  du  Scamandre,  est  la  preuve  tou- 
jours subsistante  de  l'extension  donnée  à  ce  dernier  nom.      •Ti^gm'idftti'ri'pif»i> 


366  REVUE    CRITIQUE 

J'ai  essayé,  Monsieur,  de  resserrer  dans  ces  quelques  lignes  l'histoire  des 
consciencieuses  explorations  et  des  ingénieuses  -conjectures  de  Lechevalier.  J'ai 
laissé  de  côté  tous  les  détails  ;  ils  se  trouvent  dans  mon  mémoire.  Ils  n'eussent 
fait  qu'embarrasser  cet  exposé.  Il  m'a  semblé  qu'ainsi  réduite  à  ses  grands  traits, 
l'œuvre  de  Lechevalier  laissait  mieux  apprécier  ce  qui  s'y  trouve  d'initiative,  de 
justesse  et  de  cohérence. 

J'ajoute  que  jusqu'ici  aucun  système  sérieux  ne  lui  a  été  opposé.  Vous-même, 
Monsieur,  ne  me  semblez  pas  partager  la  foi  de  M.  Schliemann  en  l'identité  de 
Troie  et  d'Hissarlik.  Cette  assimilation,  qui  en  réalité  ne  repose  que  sur  la  vieille 
prétention  des  habitants  de  l'Ilium  d'Alexandre,  et  que  déjà  Strabon  combattait 
par  d'excellents  arguments ,  a  contre  elle  le  texte  homérique  et  la  nature  même 
des  lieux  ;  il  n'y  a  là  rien  qui  ressemble  à  une  position  stratégique.  Je  ne  revien- 
drai pas  sur  les  considérations  que  j'ai  présentées  sur  la  question  d'Hissarlik 
dans  mon  mémoire;  mais  il  est  un  fait  qui  ne  s'était  pas  offert  à  ma  pensée, 
lorsque  j'ai  rédigé  ce  travail,  et  sur  lequel  je  dois  appeler  votre  attention. 
M.  Schliemann  a  écrit  que  l'antiquité  tout  entière  était  d'accord  pour  placer  à 
Ilium-Hissarlik  le  site  de  la  Troie  homérique.  Il  entend  certainement  Vanticjuité 
après  Alexandre,  car  auparavant  il  n'est  pas  question  du  nouvel  Ilion  dans  l'his- 
toire. Toutefois,  dans  ces  limites  même,  l'assertion  est  inexacte.  Les  poètes 
romains,  qui  assurément  n'ignoraient  pas  l'existence  de  l'Ilium  d'Alexandre, 
protégé,  développé  par  César  et  les  empereurs,  placent  ailleurs  cependant  le  site 
de  la  Troie  homérique.  Lucain  nous  montre  César  visitant  après  la  bataille  de 
Pharsale  ce  site  vénéré.  Il  le  dépeint  couvert  d'arbres  et  de  broussailles;  les 
ruines  même  ont  disparu. 

Caesar 

Circuit  exustae  nomen  memorabile  Trojae, 

Magnaque  Phœbei  quaerit  vestigia  mûri. 

Jam  sylvae  stériles  et  putres  robore  trunci 

Assaraci  pressere  domos,  et  templa  deorum 

Jam  lassa  radice  tenent,  ac  tota  teguntur 

Pergama  dumetis;  etiam  periere  ruinae. 

Cette  Troie  effacée.  César  veut  la  rebâtir  : 
■25oti6'nZ'-  Restituam  populos;  gratâ  vice  moenia  reddent 

Ausonidae  Phrygibus,  romanaque  Pergama  surgent. 

(Liv.  IX,  998.) 

Ce  projet  de  restauration,  repris  on  ne  sait  par  qui,  est  combattu  par  Horace 
dans  une  ode  célèbre  et  la  peinture  que  fait  le  poète  des  lieux  où  fut  Troie 
répond  parfaitement  à  la  description  de  Lucain  : 

Priami  Paridisque  busto 

Insultât  armentum,  et  catulos  ferae 

Celant  inultae. 

Le  site  qui  nous  est  ici  dépeint  n'est  donc  évidemment  pas  celui  du  nouvel 
Uium,  alors  si  florissant,  embelli,  agrandi  par  Alexandre  et  ses  successeurs,  par 
Sylla,  par  César,  par  Auguste. 

Je  serais  heureux.  Monsieur,  si  cette  rapide  analyse  des  travaux  de  Lecheva- 
lier et  de  ses  continuateurs  pouvait  déterminer  de  votre  part  une  adhésion  plus 
complète  aux  solutions  proposées  par  eux  et  qui,  jusqu'à  ces  derniers  temps, 
avaient  obtenu  un  assentiment  si  général.  Je  termine  en  vous  exprimant  l'espoir 


d'histoire  et  de  littérature.  07 

que  ce  désir  ne  sera  pas  déçu  et  vous  prie  de  vouloir  bien  agréer  l'assurance  de 
mes  sentiments  les  plus  distingués.  G.  d'Eichthal. 


SOCIÉTÉS  SAVANTES. 

ACADÉMIE    DES    INSCRIPTIONS    ET    BELLES-LETTRES. 

Séance  du  iS  mai  187$. 
M.  A.  Dumont  envoie  de  Rome  une  copie  du  poème  de  Rad.  Tortarius,  colia- 
tionné  à  la  bibliothèque  du  Vatican  par  M.  Clédat.  —  M.  Th.  R.  Pétri  écrit  de 
Quincy,  Illinois,  pour  demander  des  renseignements  sur  la  ville  de  Quincy, 
Seine  et  Marne,  arr.  de  Meaux,  qui  paraît  avoir  donné  son  nom  à  la  famille 
américaine  de  Quincy  et  par  suite  à  la  ville  qu'il  habite. 

Le  ministre  de  l'instruction  publique  ayant  demandé  l'avis  de  l'académie  sur 
le  choix  de  deux  membres  du  conseil  supérieur  des  beaux  arts,  nouvellement 
créé,  qui  doivent  être  nommés  par  le  ministre  parmi  les  membres  de  l'académie 
des  inscriptions,  l'académie  désigne  au  scrutin  MM.  de  Longpérier  et  Ravaisson. 
M.  Alexandre  Bertrand  lit  une  note  sur  l'un  des  deux  tumulus  de  Graeckwyl, 
dans  la  vallée  de  l'Aar,  en  Suisse.  Le  tumulus  dont  il  entretient  l'académie  con- 
tient deux  sépultures  d'époques  diverses,  l'une  du  9"  s.,  l'autre  de  l'époque 
gauloise.  Dans  celle-ci  ont  été  trouvés  des  fragments  de  bandes  de  roue  en  fer, 
des  fibules  de  bronze,  les  fragments  d'un  vase  de  même  métal,  etc.  C'est  une 
de  ces  sépultures  de  chefs  gaulois  dans  lesquelles  le  mort  était  couché  sur  son 
char.  Des  serviteurs  ont  été  tués  et  enterrés  avec  lui,  les  corps  de  quelques  uns 
ont  été  brûlés.  Le  vase  de  bronze  est  des  plus  remarquables  :  M.  Bertrand  en 
présente  un  moulage  restauré,  exécuté  aux  ateliers  du  musée  de  S,  Germain.  On 
y  voit  la  représentation  de  la  Diane  orientale,  tenant  deux  lièvres  par  les  pattes, 
et  flanquée  de  deux  lions  :  au  dessus  de  sa  tète  est  un  aigle,  flanqué  de  deux 
lions  plus  petits  qui  reposent  sur  les  corps  de  deux  serpents.  La  présence  de  la 
figure  de  cette  divinité  sur  ce  vase  indique  un  travail  très  ancien ,  antérieur  au 
5e  s.  avant  notre  ère.  C'est  un  type  qui  est  venu  de  l'Orient,  mais  qui  a  été 
reproduit  par  les  Étrusques.  On  peut  se  demander  si  le  vase  en  question  est 
venu,  dans  la  contrée  où  il  a  été  trouvé,  de  l'est  de  l'Europe  (Crimée  ou  Thrace), 
ou  bien  de  l'Étrurie  :  M.  Bertrand  considère  la  seconde  hypothèse  comme  la 
plus  vraisemblable.  On  peut  supposer  qu'il  aura  été  rapporté  d'Italie  par  les 
Gaulois  qui  prirent  Rome.  —  M.  Maury  appuie  l'idée  de  l'origine  étrusque  du 
vase  en  question,  et  pense  qu'il  a  pu  venir  en  Helvétie  par  la  voie  du  commerce. 
—  M.  de  Longpérier  dit  que  si  la  divinité  représentée  sur  ce  vase  appartient  à 
l'origine  aux  religions  orientales,  d'où  son  image  a  été  ensuite  apportée  en  Italie 
et  s'y  est  répandue,  le  vase  lui-même  est  certainement  de  style  et  de  fabrica- 
tion étrusques,  et  que  l'existence  de  relations  commerciales  fréquentes  entre 
l'Italie  et  les  contrées  situées  au  N.  des  Alpes  est  maintenant  établie  avec  assez 
de  certitude  pour  qu'il  n'y  ait  pas  besoin  de  chercher  une  autre  explication  de  la 
présence  de  cet  objet  dans  la  vallée  de  l'Aar. 

M.  Boutade  continue  la  lecture  de  son  mémoire  sur  les  origines  du  régime 
féodal  et  spécialement  sur  l'immunité.  Avant  de  chercher  les  origines  du  système 


368  REVUE   CRITIQUE    d'hISTOIRE    ET    DE    LITTÉRATURE. 

féodal,  M.  Boutaric  s'efforce  de  définir  nettement  ce  système,  et  pour  cela  il  se 
place  à  l'époque  de  son  développement  le  plus  complet,  vers  l'an  1200.  A  cette 
époque  il  trouve  la  féodalité  caractérisée  essentiellement  par  les  trois  principes 
suivants  :  1 .  Les  terres  sont  subordonnées  hiérarchiquement  les  unes  aux  autres, 
et  toutes  ou  peu  s'en  faut  à  celle  du  roi  (qui  est  ainsi  presque  le  seul  plein  pro- 
priétaire foncier  de  son  royaume).  2.  De  la  condition  de  la  terre  dépend  celle  de 
l'homme  qui  la  possède  (on  est  duc,  comte,  baron,  chevalier,  roturier,  selon 
qu'on  possède  un  duché,  un  comté,  une  baronnie,  un  fief  de  haubert,  une  cen- 
sive).  3.  A  la  propriété  est  attachée  la  souveraineté  :  les  seigneurs  ont  les  droits 
régaliens  de  justice,  de  guerre,  de  battre  monnaie,  etc.,  et  ces  droits  sont  atta- 
chés à  la  possession  de  la  terre  qui  constitue  leur  seigneurie.  Or  si  les  deux 
premiers  de  ces  principes  essentiels  de  la  féodalité  peuvent  être  en  partie  ratta- 
chés, quant  à  leur  origine,  à  diverses  coutumes  ou  institutions  des  temps  méro- 
vingiens et  carolingiens,  tels  que  les  bénéfices  et  les  précaires  militaires  et  autres, 
la  comiîiua  germanique,  l'antrustionat,  la  recommandation,  les  rapports  entre  les 
uassi  et  les  senior  es  de  l'époque  carolingienne,  aucune  de  ces  institutions  anté- 
rieures n'explique  comment  a  pu  naître  la  confusion  de  la  souveraineté  et  de  la 
propriété  entre  les  mains  du  seigneur,  ce  3Mrait  caractéristique  du  régime  féodal 
(ou  mieux  seigneurial).  La  principale  explication  de  ce  fait  doit  être  cherchée 
dans  la  manière  dont  les  comtes,  vicomtes  et  autres  fonctionnaires,  sous  les 
successeurs  de  Charlemagne ,  s'approprièrent ,  à  leur  profit  et  au  profit  de  leurs 
enfants,  les  pouvoirs  attachés  aux  charges  qui  leur  avaient  été  confiées.  Mais  à 
cette  cause  principale  M.  Boutaric  pense  qu'il  faut  en  joindre  une  autre,  subsi- 
diaire, la  fréquente  pratique  des  concessions  à.' immunités  par  lesquelles  les  rois 
mérovingiens  aliénèrent  au  profit  des  églises  des  portions  considérables,  non 
seulement  de  leur  domaine,  mais  encore  de  leur  souveraineté. 

Ouvrages  offerts  à  r académie,  déposés  sur  le  bureau  :  —  A.  Balbi,  Éléments  de  géogra- 
phie générale,  4"  éd.  par  H.  Chotard,  Paris,  in-12;  —  Alex.  Bertrand,  Les  Gaulois 
(mém.  lu  à  l'acad.  en  avril  1875;  extr.  de  la  Revue  archéologique;  —  Bhartrihari, 
Stances  erotiques,  morales  et  religieuses,  trad.  du  sanscrit  par  P.  Regnaud,  2"  éd., 
in-i8;  —  Coutumes  du  pays  et  comté  de  Flandre,  quartier  de  Bruges,  par  Gilliodts 
VAN  Severen,  4*;  —  Coutumes  du  pays  et  duché  de  Brabant,  quartiers  de  Louvain  et 
de  Tirlemont,  par  C.  Casier,  4";  —  Labarte,  Hist.  des  arts  industriels  au  moyen  âge 
et  à  l'époque  de  la  renaissance,  2*  éd.,  t.  3.  fasc.  5  ;  —  et  diverses  revues  et  brochures. 

Présentés,  de  la  part  des  auteurs  :  —  par  M.  de  Longpérier  :  —  Fr.  Lenormant,  La 
langue  primitive  de  la  Chaldée,  8";  — •  L.  Rochette,  Sentences,  maximes  et  proverbes 
mandchoux  et  mongols;  —  par  M.  Desnoyers  :  —  Pinart,  La  caverne  d'Aknanh ,  île 
d'Ounga,  archipel  Schamagm,  Alaska  (Paris,  4*);  — Bibliothèque  de  linguistique  et 
d'ethnographie  américaines,  1"  vol.,  par  le  même;  — par  M.  Maury  :  —  E.  de  Barthé- 
lémy, Note  sur  la  sépulture  antique  fouillée  à  Berru  (Marne)  en  1872;  —  A.  de  Bar- 
thélémy, Étude  sur  les  monnaies  gauloises  trouvées  en  Poitou  et  en  Saintonge. 

Julien  Havet. 

ERRATA. 

Dans  mon  article  sur  les  Morgenl.  Forsch.,  n"  19,  p.  291,  biffer  les  corrections 
proposées  pour  les  pages  1 18,  1.  1 3  et  1 30,  1.  dern.  et  suiv.  —  Ibid.,  1.  24, 
lisez  mazhalin,  au  lieu  de  mizhalin,  qui  est  un  lapsus  calami.  — De  Goeje. 

N°  21,  p.  326,  1.  22,  au  lieu  de  années,  lisez  armées. 

Le  propriétaire-gérant  :  F.  VIEWEG. 

Nogent-le-Rotrou,  imprimerie  de  A.  Gouverneur. 


viij-598  p.  (Wilh.  Bender).  —  LoTZE,  System  der  Philosophie.  Th.  I.  Leipzig, 
Hirzel.  In-8°,  viij-597  p.  (Fortlage).  —  Duncker,  Geschichte  des  Alterthums. 
4.  Aufl.  Bd.  2.  Leipzig,  Duncker  u.  Humblot.  In-8",  ix-485  p.  (ScHRADER).-r- 
WiTTiCH,  Magdeburg,  Gustav  Adolf  und  Tilly.  Bd.  I;  Bd.  Il,  i.  Hselfte. 
Berlin,  Duncker's  Vbg.  In-S",  xxv-777;  xxiv-i-66p.  (K.G.  Helbig).— Carmina 
graeca  medii  aevi  éd.  G.  Wagner.  Lips.,  Teubner.  In-S",  xiv-382  p.;  Neu- 
griechische  Volkslieder.  Hrsg.  v.  Luber,  Salzburg,  Zaunrith'sche  Buchdruckerei. 
In-8",  61  p.  (G.  Bursian).  —  Bûhler,  Davos  in  seinem  Walserdialekt.  Th.  I; 
Th.  Il,  Heft  1.  Heidelberg,  Selbstverl.  d.  Verfassers.  In-8°,  xxxviij-3 14;  1-88  p. 
(J.  Winteler).  —  Brunn,  Die  Bildwerke  des  Parthenon.  Mùnchen,  Franz. 
In-8°,  50  p.;  Ders.,  Die  Bildwerke  des  Theseion.  Ebend.  p.  51-65  (L. 
Schwabe). 

N°  12,  20  mars.  Wackernagel,  Das  deutsche  Kirchenlied  von  der 

seltesten  Zeit  bis  zu  Anfang  des  xvii.  Jahrh.  Bd.  4.  Leipzig,  Teubner.  In-S", 
xxiv-1184  p.  (B.  BiEHRiNc).  — Dahn,  Westgothische  Studien.  Wûrzburg, 
Stahel.  In-4'*,  iv-321-viij  p.  (Behrend).  —  Vanderkindere,  Notice  sur  l'ori- 
gine des  magistrats  communaux  (A.  Heusler;  cf.  Rev.  crit.,  1874,  II,  p.  405). 

—  Garcin  de  Tassy,  L'Islamisme  d'après  le  Coran.  3*  éd.  Paris,  Maisonneuve. 
In-8°,  412  p.  (E.  Prym). —  Franz  Delitzsch,  Durch  Krankheit  zur  Genesung, 
Leipzig,  Naumann.  In-S",  203  p.  (G.  Siegfried).  —  HoLLyENDER,  Die  Kriege 
der  Alamannen  mit  den  Rœmern  im  3.  Jahrh.  n.  Chr.  Karlsruhe,  Braun'sche 
B.  In-8",  47  p.  (C.  Peter;.  —  Heller,  Deutschland  und  Frankreich  in  ihren 
politischen  Beziehungen  vom  Ende  des  Interregnums  bis  zum  Tode  Rudolfs  von 
Habsburg.  Gœttingen,  Peppmûlier.  In-8°_,   160  p.  (P.  Scheffer-Boichorst). 

—  Rybka,  Bruder  Elias  von  Cortona.  Leipzig,  Naumann.  In-8°,  74  p.  (Wilhelm 
Bernhardi).  —  J0ACHIM,  Johannes  Nauclerus  und  seine  Chronik.  Gœttingen. 
In-8°,  70  p.  (Adalbert  Horawitz).  —  Sayce,  The  principles  of  comparative 
Philology.  London,  Trûbner.  In-8'',  xiv-381  p.  (Schrader).  —  Speck,  Quaes- 
tiones  Ausonianae.  Vratislaviae,  typis  Jungferi.  In-8°,  47  p.  (W.  Teuffel). — 
Heydemann,  Die  antiken  Marmor-Bildwerke  in  der  sog.  Stoa  des  Hadrian,  etc. 
Berlin,  Reimer.  In-8°,  vj-388  p.  (Richard  Fœrster).  —  Westermayer,  Der 
Lysis  des  Plato.  Erlangen,  Deichert.  In-8'',  132  p.  (M.  Vermehren).  —  Cinq 
éditions  des  Niebelungen  (E.  Sievers). 


BULLETIN    BIBLIOGRAPHIQUE 
DES  PRINCIPALES   PUBLICATIONS   FRANÇAISES   ET    ÉTRANGÈRES. 


AVIS.  —  On  peut  se  procurer  à  la  librairie  A.  Franck  tous  les  ouvrages 
annoncés  dans  ce  bulletin ,  ainsi  que  ceux  qui  font  l'objet  d'articles  dans  la 
Revue  critique.  Elle  se  charge  en  outre  de  fournir  très-promptement  et  sans 
frais  tous  les  ouvrages  qui  lui  seront  demandés  et  qu'elle  ne  posséderait  pas  en 
magasin. 


Bœhmer  (J.  F.).  Regesta  Imperii  VIII. 
Die  Regesten  d.  Kaiserreichs  unter  Kai- 
serKarlIV.  1 346-1 578.  Aus  dem  Nach- 
lasse  J.  F.  Bohmer's  hrsg.  u.  erganzt  v. 
A.  Huber.  1.  Lief.  In-4%  160  S.  Inns- 
bruck  (Wagner).  8  fr. 

Bouchet  (G.).  Les  Serees,  avec  notice  et 
index.  T.  3.  In-)2,  319  p.  Paris  (Le 
merre).  7  fr.  50 


Brachet  (A.).  Nouvelle  grammaire  fran- 
çaise fondée  sur  l'histoire  de  la  langue , 
à  l'usage  des  établissements  d'instruction 
secondaire.  In- 12,  xix-248  p.  Paris 
(Hachette  et  C*).  !  fr.  50 

Catalogue  méthodique  de  la  bibliothèque 
communale  de  la  ville  d'Amiens,  i"  sup- 
plément. In-8',  665  p.  Amiens  (imp. 
Yvert). 


Clos  (L.).  Étude  sur  la  municipalité  de 
Toulouse,  ln-8',  i6  p.  Toulouse  (imp. 
Douladoure). 

Courajod  (L.).  Les  armoiries  des  comtes 
de  Champagne  au  XIII"  siècle.  In-8°, 
j  p.  Nogent-le-Rotrou  (imp.  Gouver- 
neur). 

Coussemaker  (E.  de).  Scriptorum  de 
musica  medii  aevi  novam  seriem  a  Ger- 
bertina  aiteram  collegit  nuncque  primum 
edidit.  T.  4.  Fasc.  2.  In-4*,  p.  81-160. 
Paris  (Durand  et  Pedone-Lauriel). 

De  Faytinelli  (P.).  Rime  :  ora  per  la 
prima  voltà  pubblicate  con  notizie  suUa 
vita  deli'  autore  ed  altre  iliustrazioni  da 
L.  Del  Prête.  In- 16,  120  p.  Boiogna 
(Romagnoii).  4  fr.  50 

Delisle  (L.).  Le  Cabinet  des  manuscrits 
de  la  Bibliothèque  nationale,  étude  sur 
la  formation  de  ce  dépôt,  comprenant  les 
éléments  d'une  histoire  de  la  calligraphie, 
de  la  miniature,  de  la  reliure  et  du  com- 
merce des  livres  avant  l'invention  de 
l'imprimerie.  T.  2.  In-4°,  x-551  p.  Paris 
(Imp.  nationale).  40  fr. 

Douët-d'Arcq  (L.).  Nouveau  recueil  de 
comptes  de  l'argenterie  des  rois  de 
France.  In-8*,  lxxj-366  p.  Paris  (Loones). 

Facezie  e  motti  de!  secoli  XV  e  XVI  : 
codice  inedito  magliabechiano.  In- 16,  x- 
152  p.  Boiogna  (Romagnoii).  6  fr. 

Ficker  (J.).  Forschungen  zur  Reichs-  u. 

Rechtsgeschichte  Italiens.  4.  Bd.  Urkun- 

den.  2.  Abth.  In-8%  S.  289-605.  Inns- 

bruck  (Wagner).  1 1  fr.  80 

Les  tomes  I  à  IV.  62  fr.  75 

Flechia  (G.).  Nomi  locali  del  Napolitano 
derivati  da  gentilizi  italici.  In-8°,  58  p. 
Torino  (Paravia  e  C). 

Frediani  (F.).  Lettere  familiari  e  filolo- 
giche  raccolte  e  illustrate  dal  P.  A.  Gal- 
licani.  In- 16,  448  p.  Pistoia  (Bracali). 

5fr. 

Greville  (C.  C.  F.).  A  Journal  of  the 
Reigns  of  King  George  IV  and  King 
William  IV.  Edited  by  H.  Reeve.  3  vol. 
in-8'',  cart.  440  p.  London  (Longmans). 

45  fr- 

Head  (B.  V.).  On  the  Chronological 
Sequenceof  the  Co'-  '■"-acuse.  In-8', 
cart.  London  (Smith).  10  fr. 

Krakauer  (G.).  Dâs  Verpflegungsv/esen 
der  Stadt  Rom  in  der  spaeteren  Kaiser- 


zeit.  In-S",  59  S.  Berlin  (Mayer  et  Mùller). 

I  fr.  75 

Krohn  (A.).  Sokrates  u.  Xenophon.  In-S", 
x-179  S.  Halle  (Miihlmann).  6  fr. 

Lauria  (G.  A.),  La  Bitinia.  La  Lidia  : 
Studj.  In-8',  80  p.  Napoli  (tip.  di 
Avall.one). 

Libro  délie  nature  degli  uccelli  fatto  per 
lo  Re  Danchi  :  testo  antico  toscane 
messo  in  luce  da  F.  Zambrini.  In- 16, 
xxxvj-172  p.  con  figure  in  cromolitog.  a 
fac-similé  del  codice.  Boiogna  (Roma- 
gnoii). ijfr. 

Mill  (J.  S.).  Nature;  The  Utility  of  Reli- 
gion, and  Theism.  In-8*,  cart.  270  p. 
London  (Longmans).  13  fr.  tj 

Minto  (W.).  Characteristics  of  English 
Poets,  from  Chaucer  to  Shirley.  In-S", 
cart.    490    p.     London    (Blackwood). 

II  fr.  2  J 

Persio  (A.).  Discorso  intorno  alla  con- 
formità  délia  lingua  italiana  con  le  più 
nobili  antiche  lingue  eprincipalniente  con 
la  greca.  In-i6,  80  p.  Napoli  (tip. 
Morano). 

Peigné-Delacourt.  Topographie  archéo- 
logique des  cantons  de  la  France.  Pro- 
gramme et  Spécimen.  In-8',  8  p.  Noyon 
(imp.  Andrieux). 

Prévost.  Histoire  de  Manon  Lescaut  et 
du  chevalier  Des  Grieux.  Précédée  d'une 
étude  par  A.  Houssaye.  Six  eaux-fortes 
par  Hédouin.  1"  partie.  In-i6,  xxxij- 
180  p.  Paris  (Lib.  des  Bibliophiles). 

Rabbinovicz  (R.).  Variae  lectiones  in 
Mischnam  et  in  Talmud  babylonicum 
quum  ex  aliis  antiquissimis  et  scriptis  et 
impressis  tum  e  codice  Monacensi  praes- 
tantissimo  collectae,  annotationibus  ins- 
tructae.  Pars  VI.  Tract.  Psachim.  In-8*, 
380  p.  Mùnchen  (Rosenthal).  10  fr. 
Les  parties  I  à  IV  et  VI.  38  fr. 

Racine  (J.).  Œuvres.  Texte  original  avec 
variantes,  notice  par  A.  France.  T.  j. 
In- 12,  289  p.  Pans  (Lemerre).        5  fr. 

Rœsîger  (A.  F.).  De  DurideSamio  Dio- 
dori  Siculi  et  Plutarchii  auctore.  In-8', 
64  p.  Gœttingen  (Rente).  1^-75 

Wordsworth  (C).  Social  Life  at  the 
English  Universities  in  the  Eighteenth 
Century.  In-8°j  cart.  766  p.  London 
(Bell  et  D.).  18  fr.  75 


Nogent-le-Rotrou.  Imprimerie  de  A.  Gouverneur. 


N*  24  Neuvième  année.  12  Juin  1875 


REVUE  CRITIQUE 

D'HISTOIRE   ET  DE  LITTÉRATURE 

RECUEIL  HEBDOMADAIRE  F'UBLIÉ  SOUS  LA  DIRECTION 

DE  MM.  C.  DE  LA  BERGE,  M.  BRÊAL,  G.  MONOD,  G.  PARIS. 


Secrétaire  de  la  Rédaction:  M.  vStanisias  Guyard. 


Prix   d'abonnement  : 

Un  an,  Paris,  20  fr.  —  Départements,  22  fr.  —  Etranger,  le  port  en  sus 

suivant  le  pays. 


PARIS 
LIBRAIRIE    A.    FRANCK 

F.    VIEWEG,    PROPRIÉTAIRE 
67,  RUE  RICHELIEU,  67 


Adresser  toutes  les  communications  à  M.  Stanislas  Guyard,  Secrétaire  de  la 
Rédaction  (au  bureau  de  la  Revue  :  67,  rue  Richelieu). 

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ANNONCES 

En  vente  à  la  librairie  A.  Franck,  F.  Vieweg  propriétaire, 
67,  rue  de  Richelieu. 

BIBLIOTHÈQUE  DE  l'ÉCOLE  DES  HAUTES  ÉTUDES 

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de  Philippe.  Poème  en  vers  politiques  de 
Philippe  le  Solitaire,  publié  dans  le  texte 
pour  la  première  fois,  d'après  six  mss.  de  la  Bibliothèque  nationale,  par  l'abbé 
E.  Auvray,  licencié  ès-leltres.  ?  fr-  75 

COLLECTION    PHILOLOGIQUE    (ANCIENNE  SÉRIE) 

5e  fascicule. 

•tl<  •      iv  1    1     1    l_i  r\    Les  noms  de  famille.  j  fr.  50 


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moyen-âge.  Broch.  in-S".  i  fr. 


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A.  Franck  (F. Vieweg  propriétaire),  67,  rue  Richelieu. 


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PÉRIODIQUES. 

The  Academy,  N"  1 59,  new  séries,  22  mai,  LuKis,  On  the  Class  of  Rude 
Stone  Monuments  which  are  commonly  called  in  England  Cromlechs,  and  in 
France  Dolmens.  London,  Simpkin,  Marshall  and  Co.  (H.  Dryden  :  informa- 
tions sûres,  représentation  fidèle  des  monuments).  —  Wordsworth,  Social 
Life  at  the  English  Universities  in  the  Eighteenth  Century.  London,  Bell  and 
Sons  (J.  Bass  Mullinger:  ouvrage  des  plus  instructifs  et  amusants).  —  Viollet 
LE  Duc,  The  Annals  of  a  Fortress.  Transi,  by  B.  Bucknall.  London,  Sampson 
Low  and  Co.  (Robert  Home  :  art.  favorable).  —  Dasent,  The  Vikings  of  the 
Bahic.  A  Taie  of  the  North  in  the  Tenth  Century.  London,  Chapmann  and  Hall 
(Edmund  W.  Gosse  :  extrêmement  intéressant  et  rempli  de  curieux  détails  sur 
la  vie  de  ces  écumeurs  de  mer).  —  Curt  Wachsmuth,  Die  Stadt  Athen  im 
Alterthum.  Vol.  I.  Leipzig,  Teubner(J.  P.  Mahaffy  :  le  meilleur  ouvrage  qui 
ait  paru  sur  la  topographie  d'Athènes).  —  Carrent  Literaîur.  —  Notes  and  News. 

—  Notes  of  Travel.  —  Paris  Letter  (G.  Monod  :  revue  littéraire).  —  Oxford 
Letter  (A.  H.  Sayce).  —  Wild  Men  in  India  (R;  C,  Childers).  —  Mr.  Gaird- 
ner's  «  Houses  of  Lancaster  and  York  »  (James  Gairdner  :  répond  à  quelques 
critiques  de  VAcademy).  —  Pepy's  Diary  (George  Bell).  —  Lewes,  Problems 
of  Life  and  Mind.  Vol.  IL  London,  Trùbner  (Frederick  Pollock).  —  Tyler, 
Ecclesiastes;  a  Contribution  to  its  Interprétation.  London,  Williams  and  Norgate 
(S.  R.  Driver  :  mérite  d'être  lu).  —  Science  Notes  (^Anthropologie).  —  Meetings 
of  Societies  (institut  anthrop..  Soc.  psychologique,  des  antiquaires).  —  The  Capi- 
toline  Muséum,  The  Colosseum,  the  Palatine  and  Esquiline  Hills  (I,  C.  Hemans). 

The  Athenœum,  N°  2482,  22  mai.  Pennington,  The  Life  and  Character 
of  Erasraus.  Seeley,  Jackson  and  HalHday  (on  ne  voit  pas  bien  la  nécessité  de 
cette  nouvelle  vie  d'Erasme).  —  Lanfrey,  Histoire  de  Napoléon  I"'.  T.  V. 
Paris,  Charpentier  (digne  des  volumes  précédents).  —  Early  Allusions  to  Shaks- 
peare  (C.  Elliot  Brov^ne).  —  The  Land  of  Moab  (H.  B.  Tristram  :  répond  à 
un  critique  acerbe  de  ses  ouvrages  par  M.  Paine).  —  Notes  from  Paris  (Edmond 
About).  —  Literary  Gossip  (M.  Gairdner  écrit  à  propos  de  deux  critiques  que 
lui  a  adressées  i'Aîhen£um  au  sujet  des  cartes  qui  accompagnent  son  dernier 
ouvrage).  —  Societies  (Soc.  psychologique,  royale  historique,  inst.  anthrop.. 
Soc.  philologique  de  Cambridge). 

liiterarisches  Centralblatt,  N°  22,  29  mai.  Jahn,  Die  Geschichte  der  Bur- 
gundionen  und  Burgundiens  2  Bde.  Halle,  B.  d.  Waisenhauses.  In-8°,  xxxvj- 
560;  ix-556  p.  (malgré  ses  défauts,  cet  ouvrage  est  un  véritable  monument). 

—  Die  Chroniken  der  fraenkischen  Staedte.  Nûrnberg.  5.  Bd.  Leipzig,  Hirzel. 
In-8"j  x,  p.  441-888.  —  BussoN,  Zur  Geschichte  des  grossen  Landfriedens- 
bundes  deutscher  Staedte  (cf.  Revue  critique,  1875,  ^°  '4)-  —  Schœtter,  Cours 
d'histoire  universelle.  2  vol.  Histoire  du  moyen-âge.  Luxemburg,  Brùck.  In-8°, 
327-vj  p.  (n'est  pas  au  courant  de  la  science).  —  XII  panegyrici  latini.  Rec. 
Baehrens.  Leipzig,  Teubner.  In-8",  xxvj-324  p.  (la  Revue  crit.  appréciera  cette 
édition).  —  Q.  Horatius  Flaccus  erkl.  v.  H.  Schùtz.  i.  Th.  Oden  und  Epoden, 
Berlin,  Weidmann.  In-8",  xxiv-295  p.  (nombreuses  critiques  sur  cette  édition 
classique),  —  Craik,  A  manuel  of  English  Literature  and  Language.  In  2  vols. 
Leipzig,  Tauchnitz.  In-8'',  352;  310,  16  p.  (sans  grande  valeur). 

Anzeiger  fur  Kunde  der  deutschen  Vorzeit,  N°  4,  April  187  5.  Die 
Mûnzer,  Hieronymus  Holzschuher  und  die  Furtenbache  (fin  .-W.  Lochner). — 
Sphragistische  Aphorismen.  XC.  (F.  K.).  —  Urkundliche  Beitraege  zur  Kûnstler- 
geschichte  Schlesiens  (Dr.  C.  Wernicke).  —  Das  Grabmal  des  Ritters  Wilhelm 
von  Rechberg  im  Kreuzgang  der  Stiftçkirche  von  Ellwangen  (Pfarrer  Busl).  — 


REVUE  CRITIQ^UE 

D'HISTOIRE    ET    DE    LITTÉRATURE 

N'  24  —  12  Juin  —  1875 

Sommaire  :  ii2.  Hymne  à  Ammon-Ra,  tr.  p.  Grébaut.  —  113.  Krumbholz, 
Recherches  sur  la  première  Idylle  de  Théocrite.  —  114.  Riese,  l'Idéalisation  des 
peuples  du  Nord  dans  les  littératures  grecque  et  latine. —  115.  Querolus,  p.  p.  Peiper. 
—  116.  Documents  inédits  pour  servir  à  l'histoire  de  la  Réforme  et  de  la  Ligue,  p.p. 
LouTCHiTZKY.  —  II 7.  CouRRiÈRE^  Histoirc  de  la  littérature  contemporaine  en 
Russie.  —  Variétés  :  Sur  deux  relations  de  voyageurs  espagnols.  —  Sociétés  savantes  :. 
Académie  des  inscriptions.  ...^i\.^ '.'. 

. — . « . ■  — ' — — — — — — • 

112.  —  Bibliothèque  de  l'École  des  Hautes-Études,  2i«  fascicule.  Hymne  à 
Ammon-Ra  des  papyrus  égyptiens  du  musée  de  Boulaq,  traduit  et  commenté  par  Eu- 
gène Grébaut,  élève  de  l'Ecole  des  Hautes-Études,  avocat  à  la  Cour  d'appel  de  Paris. 
Paris,  librairie  A.  Franck.  187$.  Gr.  in-8',  xxxij-j04  p.  —  Prix  :  22  fr. 

M.  Grébaut,  élève  de  l'École  des  Hautes-Études,  a  été  formé  par  M.  Maspero; 
c'est  un  disciple  qui  fait  le  plus  grand  honneur  au  jeune  et  savant  professeur.  Il 
est  juste  d'ajouter  que  M.  Grébaut  a  suivi  pendant  longtemps  le  cours  de  M.  de 
Rougé  au  Collège  de  France,  et  qu'il  est  visiblement  imbu  des  excellents  prin- 
cipes qu'il  a  puisés  à  cet  enseignement.  Ce  qui  distingue,  en  effet,  son  travail, 
ce  qui  le  recommande  à  l'attention  de  tous,  c'est  la  méthode,  cette  méthode  sûre 
et  prudente  qui  inspira  le  Mémoire  sur  Ahmès  et  qui  consiste  à  ne  rien  avancer 
que  preuves  en  mains,  à  ne  pas  faire  un  pas  sans  avoir  affermi  le  terrain  sous 
ses  pieds;  cette  règle  de  conduite,  malheureusement  dédaignée  par  quelques-uns, 
est  indispensable  pour  exécuter  de  bons  travaux  dans  une  science  en  voie  de 
formation,  indispensable  surtout  dans  l'étude  d'un  texte  égyptien  religieux. 

M.  Grébaut  apporte  dans  l'égyptologie  le  scepticisme  du  mathématicien;  il 
n'admet  que  ce  qui  lui  est  démontré,  et  ne  jure  par  aucun  maître;  il  n'accepte 
pas,  les  yeux  fermés,  les  formules  ayant  cours;  il  soumet  à  sa  critique  person- 
nelle les  traductions  de  ses  devanciers,  il  ne  croit  qu'à  ce  que  disent  les  textes, 
car,  pour  me  servir  de  son  expression,  il  les  prend  au  sérieux;  c'est  à  eux  seuls 
qu'il  demande  l'éclaircissement  des  points  obscurs;  ce  n'est  pas  de  son  imagi- 
nation qu'il  tire  ses  explications,  mais  de  l'étude  comparative  des  inscriptions.  Il 
a  abordé  son  travail  sans  idées  préconçues,  sans  système  échafaudé  d'avance  : 
ce  qu'il  expose  sur  la  religion,  il  l'a  lu  dans  les  hiéroglyphes;  il  n'est  pas  un 
rêveur,  mais  un  investigateur  soigneux,  patient,  minutieux,  qui  étudie  les  textes 
à  la  loupe,  qui  ne  laisse  rien  passer,  et  pour  qui  nul  détail  n'est  indifférent.  Dès 
les  premières  pages  de  son  commentaire  il  donne  une  preuve  frappante  de  son 
attention  scrupuleuse  et  nous  en  fait  recueillir  les  fruits;  en  étudiant  la  structure 
de  son  texte,  en  comptant  les  phrases,  en  pesant  les  mots,  il  a  surpris  les  règles, 
jusqu'ici  cachées,  de  la  versification  égyptienne  et  il  les  expose  ainsi  (p.  ^i)  : 
((  Chaque  phrase,  développement  d'une  pensée  unique,  constitue  un  verset  divisé 
en  deux  parties  à  peu  près  égales,  se  faisant  pour  ainsi  dire  contre-poids,  et 
XV  24 


370  REVUE    CRITIQUE 

présentant  un  parallélisme  d'idées  et  d'expressions.  Pour  l'expression,  le  paral- 
lélisme consiste  dans  la  répétition  des  mêmes  tournures  syntaxiques  et  des  mêmes 
formes  grammaticales  ou  au  moins  dans  l'emploi  de  tournures  et  de  formes  ana- 
logues. Il  est  aussi  mis  en  relief  par  le  retour  des  mêmes  mots  et  par  des  allité- 
rations :  mais  ces  ornements  accessoires,  fort  précieux  pour  nous,  car  ils  rendent 
sensible  la  règle  de  construction  poétique,  font  souvent  défaut.  Quant  aux  points, 
c'étaient,  je  crois,  de  simples  accents  marquant  le  repos  de  la  voix  après  une 
suspension  de  sens,  et  dont  le  nombre,  variable  avec  la  longueur  du  verset,  reste 
le  même  dans  chacune  de  ses  deux  parties  principales.  » 

Voici  quelle  est  la  division  de  la  première  partie  de  l'ouvrage.  Après  une  pré- 
face, dans  laquelle  l'auteur  expose  sa  méthode  d'interprétation  des  textes  reli- 
gieux, se  place  la  traduction  interlinéaire  de  l'hymne  entier,  puis  le  commentaire 
des  deux  premières  pages  dont  le  fac-similé,  accompagné  d'une  transcription 
hiéroglyphique,  termine  le  volume.  Deux  autres  parties  seront  consacrées  à  la 
fin  du  commentaire  et  à  une  étude  sur  la  religion. 

Les  270  pages  de  commentaire  que  contient  le  premier  volume  paru  pré- 
sentent d'intéressantes  observations  philologiques;  mais  la  partie  la  plus  impor- 
tante et  la  plus  neuve  a  trait  à  la  religion.  Voici,  par  exemple,  comment  M.  Gré- 
baut  entend  la  conception  égyptienne  de  la  divinité  :  «  L'Egypte  monothéiste  a 
»  considéré  les  dieux  de  son  panthéon  comme  les  noms  qu'un  être  unique  rece- 
»  vait  dans  ses  divers  rôles,  en  conservant  dans  chacun,  avec  son  identité,  la 
ï)  plénitude  de  ses  attributs.  Dans  son  rôle  d'Éternel,  antérieur  à  tous  les  êtres 
»  sortis  de  lui,  puis  dans  son  rôle  d'organisateur  des  mondes,  enfin  dans  son 
»  rôle  de  Providence  qui,  chaque  jour,  conserve  son  œuvre,  c'est  toujours  le 
»  même  être  réunissant  dans  son  essence  tous  les  attributs  divins.  Cet  être  qui 
»  en  soi  un  et  immuable,  mais  aussi  mystérieux  et  inaccessible  aux  intelligences^ 
»  n'a  ni  forme  ni  nom,  se  révèle  par  ses  actes,  se  manifeste  dans  ses  rôles,  dont 
»  chacun  donne  naissance  à  une  forme  divine  qui  reçoit  un  nom  et  est  un 
»  dieu.  » 

Rappelant  diverses  formules  égyptiennes  qui  présentent  les  dieux  tantôt 
comme  engendrés  par  le  dieu  unique,  tantôt  comme  étant  ses  propres  membres, 
M.  Grébaut  ajoute  :  «  Il  faut  remarquer  que,  loin  d'être  une  expression  de  poly- 
»  théisme,  ces  formules  avaient  précisément  pour  but  d'en  écarter  l'idée.  Ce  ne 
«  sont  pas  les  dieux  qu'on  adore,  au  contraire,  on  leur  dénie  l'existence  person- 
»  nelle;  on  adore,  sous  le  nom  d'un  dieu  quelconque,  le  dieu  caché  qui,  en  se 
»  transformant  lui-même,  en  s'enfantant  pour  de  nouveaux  rôles,  engendre  les 

>>  dieux,  ses  formes  et  ses  manifestations Le  dieu  qui  n'a  pas  de  forme  et  dont 

»  le  nom  est  un  mystère  (ce  sont  les  expressions  égyptiennes)  est  une  âme  agis- 
»  santé  qui  remplit  des  rôles  nombreux,  personnifiés  par  les  dieux  ;  ceux-ci  sont 
»  des  formes  procréées,  c'est-à-dire  animées  par  l'âme  qui  les  revêt,  ou  pour 
»  nous  servir  de  l'expression  de  l'hymne  de  Boulaq,  qui  les  habite.  Elle  circule 
«  de  rôle  en  rôle  sans  perdre  jamais  une  seule  des  qualités  qui  sont  de  son 
»  essence  divine.  De  quelque  nom  qu'il  l'appelle,  sous  quelque  forme  qu'il  la 
»  cherche,  quelle  que  soit  la  manifestation  sous  laquelle  il  la  reconnaît,  le 


d'histoire  et  de  littérature.  371 

»  croyant  la  proclame  toujours  l'âme  de  tous  les  dieux,  le  dieu  unique  qui  n'a 
»  pas  son  second  et  lui  attribue  toutes  les  perfections  divines. 

»  Le  dieu  un,  ou  l'âme  divine,  se  manifestait  dans  l'ordre  physique  par  la 
»  lumière.  Le  soleil  considéré  comme  un  symbole  parfait  de  la  divinité,  était, 
»  en  conséquence,  adoré  dans  toute  l'Egypte,  et  la  plupart  des  noms  du  dieu 
')  égyptien  répondaient  à  ses  positions  successives  pendant  sa  révolution  quoti- 
■>  dienne.  Mais  les  Égyptiens  ont  reconnu  aussi  une  manifestation  morale  de  la 
)  divinité  dans  le  Vrai,  cette  lumière  des  intelligences.  C'est  Dieu  qui  «  enfante 
')  la  Vérité,  «  et  qui  en  est  (littéralement  en  faif)  le  corps.  Il  est  «  le  maître  de 
)  la  Vérité,  l'âme  divine  subsistant  par  la  Vérité.  »  Il  vit  de  Vérité.  Dans  chaque 
■>  dieu  qu'il  enfante,  il  se  manifeste  donc  par  la  Vérité.  La  Vérité  étant  la  parole 
)  de  l'Être  suprême,  les  dieux  sortent  de  sa  bouche  et  sa  parole  devient  les  dieux. 

>  Lui-même  est  le  vrai  de  parole^  ma  kheru.  » 

On  sait  que  l'expression  ma  kheru,  appliquée  tantôt  aux  dieux  tantôt  aux 
norts  divinisés,  a  reçu  pendant  longtemps  et  reçoit  encore  de  beaucoup  d'égyp- 
■ologues  la  traduction  de  justifié.  Devéria  est  le  premier  qui  ait  fait  comprendre 
(|ue  ce  sens  est  absolument  incompatible  avec  un  titre  divin;  il  avait  proposé 
l'interprétation  véridique,  ayant  l'autorité  de  parole,  persuasif,  M.  Grébaut  explique 
ijue  ce  savant  regretté  n'avait  pas  saisi  le  vrai  sens  et,  traduisant  par  projé- 
lanî  la  vérité,  émettant  la  vérité,  il  démontre  que  cette  qualification  découle  natu- 
lellement  de  ce  qu'on  vient  de  lire  sur  la  divinité  se  manifestant  par  le  Vrai:  «  La 
)  manifestation  du  vrai,  la  vérité  proférée,  ma  Kheru,  quia  donné  naissance  aux 
;  dieux  et  par  laquelle  ils  continuent  d'être,  se  saisit  elle-même  dans  son  effet 
)  le  plus  sensible,  le  règne  de  la  Vérité,  du  Bien,  de  la  Sagesse,  règne  qui  a  mis 
)  fin  au  désordre  du  Chaos,  et  auquel  correspondent,  dans  l'ordre  physique,  les 
)  effets  de  la  lumière  succédant  aux  ténèbres  primordiales.  Chaque  matin,  en 
)  même  temps  que  renaît  sa  lumière,  le  dieu-Soleil  se  manifeste  par  la  Vérité 
)  (ma)  proférée  (kheru);  il  est  vrai  de  parole  (ma  kheru).  Tout  dieu  solaire,  Ra, 
)   Osiris,  Khepra,  Shu,  Armakhis  est,  en  ce  sens,  vrai  de  parole,  ma  kheru; 

>  c'est  ce  que  nous  apprenons  par  des  hymnes  malheureusement  trop  rares. 
)  Comme  la  plupart  des  textes  religieux  parvenus  jusqu'à  nous  ont  été  trouvés 
)  dans  les  tombeaux,  et  que  les  chapitres  du  Livre  des  morts,  écrits  sur  papyrus 
)  ou  gravés  sur  les  sarcophages,  en  constituent  le  fonds  principal,  en  fait,  les 
)  textes  religieux  que  nous  possédons  nous  parlent  surtout  du  ma  kheru  du 
)   soleil  couché,  Osiris,  dieu  des  morts,  auquel  tout  défunt,  appelé  à  renaître  à 

>  une  nouvelle  existence,  était  assimilé.  Quand  le  soleil  Osiris  reparaîtra  en  vrai 
)  de  parole,  ses  ennemis,  les  ténèbres  et  le  mal,  les  partisans  de  Set,  seront 
X  renversés  :  Horus  aura  vengé  son  père  et  le  règne  de  la  Vérité  (suteni  n  ma-t) 
ï.  aura  commencé.  Les  ténèbres  ne  sont  dissipées  que  par  la  lumière  :  le  mal 
y  (asef,  l'erreur,  le  mensonge,  le  désordre  moral)  ne  disparaît  que  devant  la 
T.  Vérité,  mais  il  la  rencontre  dans  la  parole  d'Osiris  :  est  ta  parole  vérité  pour  tes 
))  ennemis,  ô  Osiris! 

»  L'homme,  si  ses  actions  ont  été  conformes  à  la  Vérité,  est  devenu  un  auteur 
y>  de  vérité  (ar  ma  sur  plusieurs  stèles  funéraires),  un  vrai  de  parole  (ma  kheru): 


572  REVUE  CRITIQUE 

»  il  se  manifeste  donc  comme  Osiris,  le  Vrai  éternel,  et,  triomphant  de  ses 
»  ennemis  après  sa  mort,  échappe  à  l'anéantissement;  divinisé  par  ses  propres 
»  œuvres,  il  prend  place  parmi  les  dieux  qui  vivent  à  la  suite  d'Osiris.  Son 
»  assimilation  aux  dieux  étant  complète,  sa  participation  aux  privilèges  divins 
»  est  sans  bornes  ;  il  devient  lumineux  (s-hef)  comme  Osiris  renaissant  en  Ra, 
»  et  voit  s'accomplir  pour  lui  ce  souhait  qu'on  formait  pour  tout  défunt  :  «  Que 
»  les  dieux  lui  accordent  d'être  lumineux  (Khu)  dans  le  ciel,  avec  Ra,  vrai  de 
»  parole  dans  Neter-Kher,  avec  Osiris.  » 

»  En  résumé  la  parole  exprime  la  vérité  du  dieu  manifesté  par  la  lumière  et 
»  la  vérité  de  l'être  auteur  du  vrai,  père  des  dieux.  Aux  dieux  elle  apporte  la 
»  vérité  qui  les  nourrit,  aux  puissances  typhoniennes  la  vérité  qui  les  détruit  » 
(p.  116-120). 

Le  mot  égyptien  ta  «  terre,  région  »  est  toujours  écrit  au  duel;  M.  Grébaut 
est  le  premier  qui  ait  compris  et  démontré  la  signification  de  cette  orthographe. 
De  même  que  nous  concevons  une  ligne  nommée  équateur  qui  sépare  le  globe 
en  deux  hémisphères,  les  Égyptiens  disaient  que  le  soleil,  dans  sa  course  d'Orient 
en  Occident,  tranche  le  monde  en  deux  parties,  le  Nord  et  le  Sud,  qu'il  vivifie 
simultanément  par  les  rayons  sortis  de  ses  deux  yeux  :  aussi  cet  astre  est-il 
nommé  Roi  du  Midi  et  du  Nord  ;  c'est  le  titre  représenté  par  le  roseau  et  l'abeille, 
titre  que  l'on  traduit  à  tort  par  roi  de  la  haute  et  de  la  basse  Egypte  et  que  le 
pharaon  s'attribue ,  non  parce  qu'il  est  souverain  de  l'Egypte,  mais  parce  qu'il 
est  assimilé  à  Horus,  le  soleil  levant.  En  donnant  cette  interprétation  M.  Grébaut 
explique  de  la  manière  la  plus  inattendue  et  en  même  temps  la  plus  naturelle  le 
sens  des  titres  divins  et  royaux  qui  constituent  les  protocoles  et  qui  tous  ont 
pour  objet  la  domination  solaire  sur  les  régions  du  Sud  et  du  Nord  (p.  17?  à 
227).  rrj'iiyon 

Par  les  citations  qu'on  vient  de  lire  on  aura  pu,  je  l'espère,  se  faire  une  idée 
de  l'intérêt  particulier  qu'offre  la  première  partie  de  TÉtude  sur  l'Hymne  à 
Ammon  du  musée  de  Boulaq;  il  est  à  désirer  pour  la  science  que  les  deux  autres 
parties  se  succèdent  rapidement.  Tout  le  monde  sera  d'accord  avec  moi  pour 
voir  dans  ce  livre  un  début  des  plus  remarquables  :  il  nous  annonce  un  égyp- 
tologue  avec  lequel  il  faudra  compter. 

Paul  PlERRET. 


1,^.  _  Albin  Krumbholz.  Quaestionum  Theocritearum  spécimen  primum,  quo 
agitur  de  locis  aliquot  primi  idyllii  difficilioribus  ad  fabulam  Daphnidis  spectantibus. 
Dresde.  1875.  In-S"  (J3  p.).  —  Prix  :  i  fr.  jj. 

On  ne  sait  pas  très-bien  à  quoi  s'en  tenir  sur  le  compte  de  Daphnis;  en  par- 
ticulier, l'histoire  de  ses  amours  est  toujours  demeurée  fort  obscure.  Aussi  la 
première  idylle  de  Théocrite  fenferm.e-t-elle  plusieurs  passages  qui  n'ont  pas 
encore  reçu  une  interprétation  satisfaisante.  On  y  voit  notamment,  aux  vers  82- 
8$,  courir  au  travers  des  bois  une  jeune  fille  ou  jeune  femme  (y.wpa),  sans  doute 
une  amante  de  Daphnis,  dont  les  philologues  n'ont  pu,  jusqu'à  présent,  établir 
à  coup  sûr  l'identité.  M.  K.  la  désigne  en  ces  termes  :  «  mystica  illa  %iùpcL  Théo- 


d'histoire  et  de  littérature.  375 

))  critea,  quae  haud  scio  an  viris  doctis  majores  paravent  quam  ipsi  Daphnidi  cru- 
))  ciatus,  it  Pourquoi  faut-il  que  les  compatriotes  de  M.  K.  déparent  si  souvent 
de  bons  livres  par  des  traits  de  ce  genre  !  Au  demeurant,  le  travail  dont  nous 
rendons  compte,  —  présenté  par  son  auteur  à  l'Université  de  Rostock  pour 
obtenir  le  grade  de  docteur,  —  est  un  résumé  convenable  des  opinions  émises 
par  divers  savants  sur  quelques-unes  des  questions  difficiles  qui  concernent 
Daphnis.  On  n'y  trouvera  rien  de  nouveau,  si  nous  ne  nous  trompons,  qu'une 
conjecture  (ato-a  pour  àvà  au  vers  96)  qui  ne  paraît  point  bonne.  Sans  toucher 
aux  grosses  difficultés  qui  ont  été  soulevées,  nous  pensons  qu'on  pourrait  lire, 
au  vers  1 50,  èvl  xpavatat  au  lieu  de  iià  y.pava:crt  '. 

Charles  Graux. 


114.  —  Die  Idealisirung  der  Naturvœlker  des  Nordens  in  der  griechi- 
schen  und  rœmischen  Litteratur.  Von  Prof.  D' Alexander  Riese.  Heidelberg, 
Verlag  von  G.  Weiss.  1875.  In-4'',  44  p.  —  Prix  :  2  fr,  75. 

M.  Al.  Riese,  éditeur  des  Satires  Ménippées  de  Varron,  de  l'Anthologie  latine, 
des  œuvres  d'Ovide,  et  auteur  de  nombreux  travaux  sur  l'antiquité,  a  été  chargé, 
en  septembre  1874,  d'un  discours  à  l'assemblée  des  philologues,  réunie  à  Inns- 
pruck.  Il  avait  pris  pour  sujet  les  jugements  portés  sur  les  Germains  par  les 
auteurs  romains.  Ce  discours  ayant  été  accueilli  favorablement,  M.  R.  paraît 
avoir  étendu  le  champ  de  ses  observations,  et  c'est  sans  doute  le  résultat  de  ces 
nouvelles  études  qu'il  a  déposé  dans  les  pages  dont  nous  venons  d'indiquer  le 
titre,  et  qui  ont  été  d'abord  publiées  en  tête  du  «  Programme  »  du  gymnase  de 
Francfort  s.  le  Mein. 

La  Germanie  de  Tacite  est-elle  une  idylle,  un  roman,  une  satire,  ou  bien  un 
ouvrage  sérieux  de  géographie  et  d'ethnographie?  Telle  est  la  question  d'où 
M.  R.  prend  son  point  de  départ.  Il  se  prononce  pour  la  dernière  de  ces  opi- 
nions ;  mais  il  reconnaît  en  même  temps  que  Tacite  cherche  les  causes  de  la 
force  des  Germains  précisément  dans  le  contraire  de  ce  qui  fait  la  faiblesse  de  la 
Rome  impériale,  et  qu'il  se  complaît  à  peindre,  dans  la  Germanie,  un  état  de 
choses  qui  lui  paraît  plus  ou  moins  idéal.  Ce  contraste  établi  entre  la  civilisation 
gréco-romaine  et  les  mœurs  primitives  des  Barbares,  et  plus  spécialement  la 
représentation  de  certains  peuples  du  Nord  comme  ayant  en  partage  une  vertu 
et  une  félicité  idéales,  voilà  ce  que  M.  R.  poursuit  à  travers  tous  les  âges  des 
littératures  grecque  et  romaine,  depuis  Homère  jusqu'à  Tacite.  Ce  sont  d'abord 
des  peuples  plus  ou  moins  fabuleux,  habitant  l'extrême  Occident,  dont  la  justice 
et  le  bonheur  sont  célébrés  par  les  anciens  poètes  grecs.  Plus  tard,  les  mêmes 
traits,  et  d'autres  plus  nombreux,  mais  toujours  semblables,  sont  prêtés  aux 
Hyperboréens,  aux  Scythes,  et  enfin,  au  T""  siècle  ap.  J.-C,  surtout  par  les 
hommes  de  l'opposition  stoïcienne,  aux  Germains. 

On  ne  lira  pas  ce  petit  écrit  sans  être  frappé  de  maint  aperçu  nouveau  sur  les 

I .  Sur  cette  conjecture,  v.  Tournier,  Exercices  critiques,  n'  479. 

■  '  I 


574  .Mim^^    REVUE   CRITIQUE     TZîH'q 

auteurs  les  plus  connus,  comme  aussi  d'informations  très-curieuses  puisées  à  des 
sources  moins  fréquentées.  T. 

115.  —  Aulularia  sive  Querolus,  Theodosiani  aevl  comoedia.  Edidit  R. 
Peiper.  Leipzig,  Teubner,  1875.  In- 12,  xl-68  p.  —  Prix  :  2  fr. 

On  sait  qu'il  existe,  sous  le  nom  d' Aulularia,  emprunté  à  la  comédie  de  Plaute, 
ou  de  Querolus,  nom  du  principal  personnage,  une  composition  dramatique,  dont 
on  s'accorde  aujourd'hui  à  fixer  la  date  au  iv«  siècle  :  elle  ne  peut  être  du  vu", 
comme  on  l'a  souvent  dit ,  puisque ,  sans  parler  d'autres  raisons ,  elle  est  citée 
par  Servius;  ce  témoignage  tendrait  même  à  faire  reculer  la  date.  En  effet  Ser- 
vius  commet  déjà  une  erreur  qui  a  été  universelle  au  moyen-âge,  et  attribue  le 
Querolus  à  Plaute  '  :  il  semble  que  pour  qu'une  telle  confusion  fût  possible ,  il 
fallait  que  la  pièce  eût  déjà  une  certaine  antiquité.  Une  nouvelle  édition  du  Que- 
rolus, revue  sur  tous  les  manuscrits,  était  à  désirer,  d'abord  parce  que  celle  de 
Klinkhamer  (Amsterdam,  1829)  n'avait  pas  à  beaucoup  près  épuisé  la  tâche  du 
critique,  ensuite  parce  que  l'ouvrage  en  lui-même,  tant  par  le  fond  que  par  la 
forme,  mérite  une  attention  qu'il  n'a  guère  obtenues  Comme  œuvre  littéraire, 
la  pièce  est  assurément  médiocre  ;  cependant  l'intrigue  bien  conçue  amène  des 
péripéties  amusantes,  et  les  hors  d'œuvre  qui  la  relèvent  ne  manquent  pas 
d'un  certain  esprit  î  ;  mais  surtout  elle  a  le  mérite  de  mettre  en  scène  quelques 
traits  des  mœurs  de  l'antiquité  à  son  déclin  :  nous  citerons  le  rôle  joué  par 
les  devins  et  les  mathematici,  la  croyance  à  une  bonne  et  mauvaise  fortune 
afférente  à  chacun,  l'identification  du  Lar  avec  le  Fatum,  les  rapports  des 
esclaves  entre  eux  et  avec  leurs  maîtres,  etc.  Malheureusement  l'auteur, 
comme  beaucoup  de  ses  contemporains,  écrit  dans  un  style  à  la  fois  si  plat  et  si 
bizarre,  il  est  si  incapable  de  peindre  avec  précision  des  caractères  ou  des 
mœurs,  il  préfère  si  évidemment  à  la  réalité  les  conceptions  les  plus  incohérentes, 
qu'on  trouve  dans  son  ouvrage  peu  de  chose  dont  on  puisse  sûrement  profiter. 
Ainsi  les  pratiques  des  mathematici  sont  décrites  d'une  façon  absurdement  inin- 
telligible ,  et  le  curieux  tableau  des  plaisirs  nocturnes  des  esclaves  risque  fort 
d'être  de  la  pure  fantaisie.  Le  sujet  de  la  pièce  est  des  plus  simples  4,  et  n'a, 

1.  M.  Peiper  dit  que  Vincent  de  Beauvais,  s'il  avait  lu  le  Querolus,  n'aurait  certaine- 
ment pas  commis  cette  méprise,  parce  que  dans  le  prologue  l'auteur  dit  positivement  que 
sa  comédie  n'est  pas  celle  de  Plaute.  C'est  faire  trop  d'honneur  à  la  critique  du  moyen- 
âge.  M.  P.  remarque  lui-même  (p.  xx)  que  Jean  de  Salisbury  avait  lu  toute  la  pièce;  en 
dit-il  moins  positivement  qu'elle  est  de  Plaute?  Vital  de  Blois,  qui  a  mis  en  vers  élégiaques 
le  Querolus  et  un  AmphUruo  probablement  du  même  genre,  les  attribue  l'un  et  l'autre  à 
Plaute. 

2.  Nous  citerons  comme  exemple  de  la  négligence  avec  laquelle  on  l'a  traitée  les  quel- 
ques mots  que  lui  consacre  M.  Bernhardy  :  «  Sous  le  nom  de  Plaute  s'est  encore  conservé 
»  le  Querolus,  fade  comédie,  composée  peut-être  avant  le  IV'  siècle,  et  qui  n'est  qu'une 
»  rédaction  en  prose  de  \' Aulularia.  « 

3.  Magnin  s'est  étrangement  exalté  à  propos  du  Querolus  :  «  C'est,  dit-il  {Revue  des 
Deux-Mondes,  1835,  t.  II,  p.  67O,  à  la  fois  une  comédie  de  caractère,  de  mœurs  et 
d'intrigue,  étincelante  d'esprit,  de  verve  et  de  poésie.  »  Malgré  ce  dithyrambe,  on  a  peu 
lu  le  Querolus,  même  dans  l'analyse  fort  habile  du  spirituel  critique. 

4.  IT  paraît  d'ailleurs  emprunté  à  une  comédie  grecque  :  du  moins  l'auteur  le  dit 


d'histoire  et  de  littérature.  575 

quoiqu'on  l'ait  souvent  répété,  aucun  rapport  avec  celui  de  VAulularia,  dont  on 
pourrait  à  la  rigueur  regarder  le  Querolus  comme  une  continuation.  En  effet  il 
s'agit  d'une  urne  où  l'avare  Euclion  (c'est  le  nom  du  héros  de  Plaute)  a  caché  son 
trésor,  qu'il  a  indiquée,  en  mourant  en  pays  étranger,  à  un  ami  infidèle,  et  que 
celui-ci,  le  parasite  Mandrogéronte,  après  avoir  essayé  de  la  voler,  restitue 
malgré  lui  au  fils  d'Euclion,  Querolus  ' .  Ce  qui  fait  une  partie  de  l'intérêt  de  cette 
pièce,  c'est  la  question  de  savoir  si  elle  a  été  représentée.  Magnin  l'affirme  ;  E.  du 
Méril  {Origines  latines  du  théâtre  moderne,  p.  14-1 5)  est  porté  à  en  douter;  mais  les 
raisons  qu'il  donne  sont  toutes  faibles,  excepté  une,  ce  vers  du  prologue  :  Nosfabellis 
atque  mensis  hune  libellum  scripsimus^;  ces  expressions  indiquent  en  effet  un  livre  écrit 
pour  être  récité  à  table.  Mais  certains  endroits  de  l'ouvrage,  notamment  la  scène  1, 
où  le  dieu  Lare  trouve  à  ses  pieds  et  saisit  un  trident  oublié  par  des  pêcheurs,  et 
surtout  la  scène  où  Mandrogéronte  jette  l'urne  par  la  fenêtre  dans  la  maison  de 
Querolus,  ne  permettent  guère  de  douter  que  la  pièce  ne  fût  destinée  à  la  repré- 
sentation. Il  est  possible  de  tout  concilier  :  nous  voyons  déjà  dans  Pétrone 
l'usage  de  faire  paraître  dans  les  festins  des  histrions  qui  déclamaient  ou  même 
jouaient  de  véritables  scènes  (cf.  Plin.  Epist.  I,  i  $):  le  Querolus  paraît  avoir  été 
destiné  à  une  exécution  de  ce  genre  :  c'est  proprement  ce  qu'on  appelait  un  acroama. 
La  brièveté  de  l'ouvrage,  le  petit  nombre  des  personnages,  le  caractère  savant  du 
style  et  des  allusions  (notamment  juridiques),  la  prédominance  du  dialogue  sur 
l'action,  tout  vient,  si  nous  ne  nous  trompons,  confirmer  cette  conjecture 5.  Du 
Méril  prétend  que  le  Querolus  n'a  pas  été  fait  pour  être  joué  parce  que,  «malgré 
»  l'usage  suivi  constamment  par  tous  les  anciens  auteurs  comiques,  aucune  trace 
»  de  versification  ne  s'y  laisse  apercevoir.  «  C'est  là  une  erreur  évidente. 
L'auteur  nous  dit  qu'il  marche  dodo  pede,  et  cette  expression  peut  s'entendre 
dans  plusieurs  sens,  mais  non  assurément  dans  celui  de  simple  prose  :  il  a  voulu 
faire  des  vers,  mais  lesquels?  M.  Peiper  se  borne  à  peu  près  à  reproduire  ce 
qu'a  écrit  Wernsdorf  sur  ce  point.  L'opinion  même  de  Wernsdorf,  et  surtout 
la  remarque  qu'y  joint  M.  P.,  devait  le  porter  à  imprimer  la  pièce  en  vers.  Le  pied 
boiteux,  expression,  comme  le  remarque  M,  P.,  qu'Ovide  applique  au  distique, 
désigne  une  unité  métrique  dont  les  deux  moitiés  sont  inégales,  et  M.  P. 
dit  en  effet  :  «  Alias  igitur  leges  apud  nostrum  quoque  priores  enuntia- 
»  torum  partes  secuntur,  alias  posteriores ,  illae  cum  sint  ad  prosam  orationem 
»  confirmatae,  trochaicas  eis  adjunxit  plerumque  clausulas.  »  Nous  croyons  qu'il 
était  presque  indispensable,  pour  donner  une  idée  du  mode  de  composition  et 

expressément  :  Qui  Graecorum  disciplinas  ore  narrât  barbare.  Il  est  vrai  que  tout  ce  pas- 
sage (notamment  le  terme  de  barbarus)  paraît  imité  des  prologues  de  Plaute. 

1.  L'auteur  a  emprunté  à  Plaute  l'idée  du  rôle  qu'il  prête  au  Lar  familiaris;  mais  il 
lui  fait  faire  à  Querolus  un  petit  cours  de  philosophie  qui  montre  bien  ce  que  devenaient 
les  vieilles  idées  religieuses  entre  les  mains  des  beaux  esprits  d'alors. 

2.  Ce  vers,  comme  celui  qui  est  cité  dans  la  note  i  et  beaucoup  d'autres,  offre  un 
tétramètre  trochaïque  catalectique  parfait,  et,  ce  qui  est  digne  d'attention,  rhythmique 
aussi  bien  que  métriijue,  Voy.  ci-dessous. 

5.  Les  plaisanteries  perpétuelles  sur  les  parasites,  sur  les  esclaves,  etc.,  semblent  aussi, 
non  moins  aue  la  discussion  académique  (cf.  I,  13)  sur  la  bonne  et  la  mauvaise  fortune, 
faites  pour  le  même  milieu. 


376  'Mmm.-    REVUE   CRITIQUE      ^^^' 

de  récitation  de  la  pièce,  de  reproduire  par  l'impression  cette  singulière  structure. 
Il  est  vrai  que  c'est  souvent  difficile  :  le  mètre  semble  parfois  se  dérober  com- 
plètement, et  il  serait  téméraire  d'introduire  des  corrections;  cependant  la  plu- 
part du  temps  on  trouve  des  lignes  comme  celles-ci,  les  premières  de  l'ouvrage  : 

Rutili  venerande        semper  magnis  laudibus, 

Qui  das  honoratam  quietem        quam  dicamus  ludicris, 

Inter  proximos  et  propinquos        honore  dignum  putas*, 

Duplici  fateor  et  ingenti        me  donas  bono, 

Hoc  testimonio,  hoc  collegio  :        haec  vera  est  dignitas. 

Quaenam  ergo  his  pro  meritis        digna  referam  praemia? 

On  voit  que  le  premier  hémistiche  est  très-irrégulier,  le  second  assez  réguliè- 
rement composé  de  six  à  huit  syllabes  et  terminé  invariablement  par  un  trochée 
suivi  d'une  syllabe  indifférente.  Le  mouvement  de  ce  second  hémistiche  paraît 
également  trochaïque,  et  ce  fait,  aussi  bien  que  la  séparation  du  vers  en  deux 
hémistiches  et  le  nom  même  de  pes  dodus,  nous  fait  hésiter  à  croire,  avec 
Wernsdorf  et  M.  Peiper,  que  nous  ayons  ici  une  imitation  grossière  du  vers  de 
Térence,  dans  lequel  on  ne  conserverait  plus  que  l'iambe  final.  Nous  y  verrions 
plus  volontiers,  ainsi  que  dans  les  vers  analogues  qu'offrent  des  inscriptions 
africaines  *,  une  forme  très-libre  qui  serait  à  peu  près  au  tétramètre  trochaïque 
catalectique  ce  que  celle  de  Commodien  est  à  l'hexamètre.  En  tout  cas  il  était 
d'autant  plus  désirable  de  distinguer  les  vers  pour  l'œil  que  le  sens  est  générale- 
ment achevé  avec  chaque  vers,  et  que  la  forme  de  la  pièce  prend  ainsi  un  tout 
autre  aspect. 

Une  des  circonstances  qui  donnent  encore  de  l'intérêt  au  Querolus,  c'est  qu'il 
a  été  mis  en  vers  élégiaques  par  Vital  de  Blois  et  que  cette  imitation  a  eu  le 
plus  grand  succès  au  moyen-âge.  M.  P.  émet  sur  ce  poète  (p.  xxj)  deux  opinions 
tout  à  fait  nouvelles,  l'une  qu'il  n'était  pas  de  Blois,  l'autre  qu'il  vivait  au  viii^  ou 
au  IX*  siècle  et  non,  comme  on  l'a  cru  jusqu'ici,  au  xii^.  La  raison  qu'il  donne 
de  la  première  opinion  ne  paraît  pas  très-bonne  ;  quant  à  la  seconde  il  ne  l'appuie 
d'aucun  argument  (ut  mea  est  sententia),  et  il  serait  à  souhaiter  qu'il  en  donnât 
les  motifs  :  elle  nous  paraît  tout  à  fait  invraisemblable. 

Le  texte  est  établi  avec  beaucoup  de  soin.  Il  laisse  encore  à  désirer,  car  les 
quatre  mss.  ont  des  fautes  communes  assez  nombreuses,  et  plusieurs  passages 
restent  ininteUigibles  ou  évidemment  altérés.  M.  P.  a  souvent  corrigé  avec 
bonheur  la  leçon  des  manuscrits  ;  nous  citerons  notamment  53,18  luas  aurum 
pour  thesaurum.  La  ponctuation  est  assez  négligée,  parfois  tout  à  fait  fausse  : 
adnsi  4,  6-7  Locum  tantummodo  senex  ostendit.  Oblitus  doli  parasitas  navem  ascendit, 
lisez  Locum  tantummodo  senex  ostendit,  oblitus  doli  h  Parasitas,  etc.  (cf.  6,  17). 
Voici  deux  passages  où  il  nous  semble  qu'on  peut  rétablir  une  leçon  meilleure. 

1.  Il  paraît  inutile  de  suppléer  avec  M.  P.  dum  devant  putas. 

2.  Voy.  Biicheler,  Rhein.  Mus.  XXVII  (1872),  474.  Nous  pensons  avec  M.  Bûcheler 
contrairement  à  M.  P.,  que  la  circonstance  que  ces  versnese  trouvent  qu'en  Afrique  rend 
probable  aussi  pour  le  Querolus  une  origine  africaine.  En  tout  cas  les  inscriptions  afri- 
caines qui  le  présentent  auraient  dû  être  étudiées  par  l'éditeur  du  Querolus. 

3.  Doli  est  d'ailleurs  la  fin  du  vers. 


d'histoire  et  de  littérature.  377 

36,1  Mandrogéronte  demande  à  Querolus  s'il  a  un  coffre  vide,  pour  emporter 
sa  mauvaise  fortune  hors  de  chez  lui  quand  on  l'aura  découverte  :  Estne  aliqua 
tibi  arcula  inanis?  Quer.  Non  una  quidem.  Mandr.  Una  tantum  est  opus,  in  qua 
lustrum  illud  exportetur  foras.  Quer.  Ergo  et  claves  largior,  ut  inclusa  excludatur 
calamitas.  Il  semble  clair  (cf.  41,  17)  qu'il  faut  retrancher  non  avant  una,  et  dès 
lors,  bien  loin  de  changer  avec  M.  P.  Ergo  en  Ego,  on  comprend  que  c'est  ce 
mot  qui  donne  tout  le  sens  à  la  phrase;  ce  sont  les  clefs  du  coffre  que  Querolus 
remet  à  Mandrogéronte.  —  L'autre  correction  est  encore  plus  sûre.  Mandrogé- 
ronte a  reçu  d'Euclion  mourant  l'indication  du  lieu  où  est  caché  son  trésor; 
il  lui  a  décrit  l'endroit  oh  demeure  son  fils  Querolus,  la  disposition  intérieure  de 
la  maison ,  etc.  Mandrogéronte  arrive  avec  ses  deux  compHces  devant  la  maison 
qu'ils  cherchent  :  Mandr.  Nisi  me  fallit  traditio,  jam  pervenimus.  Sard.  Ipsa  est 
platea  quam  requiris.  Syc.  Recurre  ad  aediculum  cito.  Mandr.  Sacellum  in  parte, 
argentaria  ex  diverso.  Syc.  Utrumque  sic  est.  Sard.'  Ventum  est.  Quid  praeterca? 
Mandr.  Domus  excelsa.  Syc.  Apparet.  Mandr.  Iligineis  foribus.  Sard.  Ipsa  est. 
Le  mot  aediculum,  qui  est  d'ailleurs  d'un  latin  douteux,  n'a  ici  aucun  sens  :  il  faut 
indiculum.  Les  aides  de  Mandrogéronte  l'invitent  à  consulter  la  note  qu'il  a  prise 
de  la  description  d'Euclion  pour  reconnaître  s'il  est  vraiment  devant  la  maison 
signalée.  Sur  quoi  il  lit  en  effet  les  différentes  indications  contenues  dans  cette 
note  (cf.  24,  23  ;  au  vers  suivant  nous  lirions  tu  pour  tua^. 

G.  P. 


116,  —  Documents  inédits  pour  servir  à  l'Histoire  de  la  Réforme  et  de 
la  Ligue,  par  Jean  Loutchitzky.  Kiew.  1875.  Vol.  gr.  in-8*  de  iij-354  p. 

M.  Loutchitzky  va  bientôt  faire  paraître  un  ouvrage,  préparé  avec  beaucoup 
de  soin ,  qu'il  intitule  :  Histoire  de  la  réaction  féodale  en  France  au  xvi^  et  au 
xvu"  siècle.  Il  en  détache  aujourd'hui  les  pièces  justificatives,  pensant  que  la 
plupart  de  ces  pièces  «  étant  très-peu  connues  et  même  pour  beaucoup  complé- 
»  tement  inconnues,  »  il  pouvait  être  utile  de  les  mettre  au  jour  sans  attendre 
la  publication  de  l'ouvrage  entier.  M.  L.  ne  nous  donne  pas  ici  tous  les  docu- 
ments qu'il  a  pu  recueillir,  pendant  son  séjour  en  France  (i  872-1 874),  dans  les 
archives  et  bibliothèques  de  Paris,  Grenoble,  Nîmes,  Montpellier,  Toulouse  et 
Montauban  :  il  a  choisi  ce  qui,  dans  son  abondante  récolte,  lui  a  paru  valoir  le 
mieux,  et  c'est  le  dessus  du  panier  qu'il  offre  au  public. 

Je  ne  puis  mieux  faire  que  d'emprunter  à  l'éditeur  lui-même  l'énumération 
analytique  des  pièces  dont  se  compose  son  volume  (Préface,  p.  ij)  :  «  Les  docu- 
»  ments  qui  ont  trouvé  place  dans  cette  édition  se  rattachent  directement  aux 
»  événements  du  xvi*  siècle  qui  peuvent  éclaircir  la  lutte  des  partis,  celle  des 
«  protestants  et  de  la  Ligue.  La  formation  et  les  premiers  progrès  de  la  Ligue, 
»  ses  commencements  en  Dauphiné,  ses  causes  et  ses  éléments  tant  sociaux  que 

I.  L'imprimé  porte  Mand.;  ce  n'est  sans  doute  qu'une  faute  d'impression.  Le  livre  en 
contient  plus  d'une,  p.  ex.  20,  6.  51,  16-17.  57>  24. 


jyS  .HW\:\    REVUE   CRITIQUE 

»  religieux  étant  le  sujet  de  mes  premiers  chapitres,  j'ai  placé  au  commencement 
»  de  ce  recueil  les  pièces  qui  s'y  rapportent,  telles  que  celles  sous  les  n°'  I-IX. 
»  Les  pièces  à  partir  du  n°  X  se  rapportent  à  des  événements  particuliers  au 
»  parti  protestant  après  la  paix  de  Monsieur.  La  lutte  intérieure  de  la  fraction 
»  consistoriale  et  des  villes  avec  la  noblesse,  le  parti  des  politiques  et  le  maré- 
«  chai  de  Damville  se  révèle  dans  ces  pièces  et  y  trouve  son  explication.  Les 
»  pièces  n°*  XIX,  XX,  XXIV-XXX  ont  le  même  caractère,  mais  avec  des  traits 
»  qui  trahissent,  encore  plus  clairement  que  les  précédentes,  l'influence  de 
)■)  l'élément  social  et  politique  dans  les  luttes  des  partis  entre  eux,  dans  les  dis- 
»  cordes  intestines  des  partis  mêmes.  Elles  indiquent  les  germes  de  la  lutte  qui 
»  se  développe  vers  la  fin  du  xvi^  siècle  pour  finir  par  un  soulèvement  des 
»  paysans  dans  la  France  méridionale  (Les  Croquants,  n"  Ixij).  La  période  qui 
«  va  de  1579  au  renouvellement  de  la  Ligue,  les  péripéties  de  la  Ligue,  les 
»  rapports  entre  les  diverses  fractions  du  parti  protestant  et  l'état  de  Languedoc 
»  sont  mis  en  lumière  par  les  documents  n°'  XXXV-XLII,  et  les  lettres  de 
»  Condé,  de  Montmorency,  de  Joyeuse  et  de  Montpensier,  tirées  des  manuscrits 
)>  de  la  bibliothèque  de  Saint-Pétersbourg.  Les  pièces  numérotées  de  XLIII  à 
»  LXI  se  rapportent  exclusivement  aux  événements  de  la  Ligue,  aux  relations 
»  entre  le  peuple  et  la  bourgeoisie  dans  les  villes.  La  plupart  des  documents 
»  sont  tirés  des  archives  du  palais  de  justice  et  de  la  ville  de  Toulouse,  qui  fut 
»  un  des  principaux  foyers  de  la  Ligue.  —  Ces  courtes  explications  suffisent,  à 
«  mon  avis,  pour  indiquer  sommairement  le  contenu  de  ce  volume,  en  attendant 
»  l'apparition  de  l'ouvrage,  où  je  m'efforcerai  de  commenter  cette  collection...  » 
Les  pièces  si  patiemment  réunies  par  M.  L.  ont  été  généralement  bien  lues  et 
bien  publiées  (je  ne  parle  pas  de  certaines  fautes  d'impression  que  nous  n'évi- 
tons pas  assez  en  France  et  qui  sont  particulièrement  excusables  dans  un  livre 
sorti  des  presses  de  Kiew).  Presque  toutes  ces  pièces  sont  fort  intéressantes  et, 
dans  leur  ensemble,  elles  forment  un  des  recueils  les  plus  curieux  qui,  de  nos 
jours,  aient  été  mis  à  la  disposition  des  historiens  du  xvi«  siècle.  Entre  tous  ces 
documents  qui  nous  transportent  du  Bourbonnais  en  Dauphiné,  de  Bourgogne  en 
Champagne,  de  Blois  à  Anduze,  de  La  Rochelle  à  Fréjus,  de  Toulouse  à  Lyon, 
de  Montauban  à  Périgueux,  de  Millau  à  Paris,  je  signalerai  la  série  des  lettres 
de  Condé  (p.  126-133),  de  Montmorency  (p.  133-150),  de  Joyeuse  (p.  150- 
172),  lettres  qui  nous  apportent  beaucoup  d'informations  nouvelles.  Je  signalerai 
encore  les  nombreuses  pièces  relatives  à  Toulouse,  celle  de  toutes  nos  villes 
méridionales  qui  gagne  le  plus  à  la  publication  du  recueil  de  M.  L.  (p.  19,  106, 
109,  256,  2$8,  278,  295-298,  312-322,  325,  etc.).  Notons  enfin,  parmi  les 
extraits  qui  concernent  les  Croquants  (p.  334-354),  une  relation  très-détaillée 
de  la  révolte  des  paysans  périgourdins  en  1 594  et  1 594,  tirée  des  registres  de 
l'hôtel  de  ville  de  Périgueux. 

''  Sans  insister  sur  un  travail  qui,  pour  être  bien  jugé,  a  besoin  d'être  rapproché 
du  livre  auquel  il  sert  de  base,  je  dirai  que  M.  L.  n'a  pas  eu  tort  d'espérer 
{Préface,  p.  j)  que  le  monde  savant  appréciera  l'importance  de  tous  ces  maté- 
riaux. J'ajouterai  que  je  crois  pouvoir  promettre  à  cet  étranger  qui  met  au  ser- 


d'histoire  et  de  littérature.  379 
vice  de  notre  histoire  tant  de  zèle,  tant  de  dévouement,  que  son  recueil  d'au- 
jourd'hui, que  son  livre  de  demain,  trouveront  parmi  nous  l'accueil  le  plus 
sympathique. 


■0  .■  ix',  y.  T.  DE  L. 


117.  —  C.  CouRRiÈRE.  Histoire  de  la  littérature  contemporaine  en  Russie. 

1  vol.  in- 12.  Librairie  Charpentier.  —  Prix  :  j  fr.  50. 

On  se  plaint  que  les  Français  connaissent  peu  les  littératures  étrangères  ;  la 
librairie  Charpentier,  pour  remédier  à  cette  ignorance,  publie  une  série  d'Histoires 
de  la  littérature  contemporaine  dans  les  divers  états  de  l'Europe.  Trois  volumes 
ont  déjà  paru  :  l'Histoire  de  la  littérature  contemporaine  en  Italie  par  M.  Am. 
Roux,  un  volume  analogue  de  M.  Odysse  Barot  sur  l'Angleterre  et  l'ouvrage 
qui  nous  occupe  en  ce  moment.  Ce  n'est  pas  le  moins  curieux  de  tous,  ni  celui 
auquel  le  public  a  fait  l'accueil  le  moins  bienveillant.  L'attention  se  tourne 
volontiers  vers  la  Russie ,  on  commence  à  soupçonner  que  ce  pays  n'est  pas  si 
étranger  à  notre  civilisation  qu'on  voulait  nous  le  faire  accroire  et  qu'il  mérite 
d'être  sérieusement  étudié.  L'ouvrage  de  M.  Courrière  ne  saurait  manquer 
d'apprendre  beaucoup  à  tous  ceux  qui  ne  connaissaient  jusqu'ici  que  les  noms  de 
Herzen  et  de  Tourguenev.  L'auteur  débute  dans  la  carrière  des  lettres;  on  le 
sent  à  certains  tâtonnements,  à  l'inexpérience  de  sa  plume;  mais  il  a  le  très- 
grand  mérite  d'avoir  vécu  longtemps  en  Russie  et  d'être  parfaitement  au  courant 
du  mouvement  littéraire  qu'il  entreprend  d'exposer.  Si  nous  ne  nous  trompons 
M.  Courrière  a  été  longtemps  collaborateur  du  journal  français  de  Saint-Péters- 
bourg et  il  y  traitait  spécialement  de  la  littérature  russe.  On  voit  qu'il  a  beau- 
coup lu  et  beaucoup  retenu.  Aucun  étranger  vivant  en  dehors  de  la  Russie 
n'aurait  pu  entreprendre  une  œuvre  de  ce  genre  et  réunir  tant  de  faits  en  un 
volume  de  400  pages.  Les  grandes  figures  de  la  littérature  contemporaine  y  sont 
mises  en  relief  d'une  façon  convenable  :  Griboïedov,  Pouchkine,  Lermontov, 
Gogol,  Bielinsky,  Gontcharov,  Pisemski,  Tourguenev,  Ostrovsky  sont  successi- 
vement présentés  au  lecteur  et  des  extraits  de  leurs  œuvres  lui  permettent  de  se 
faire  une  idée  au  moins  sommaire  de  leur  talent.  Le  roman  a  surtout  attiré 
l'attention  de  M.  C.  Il  s'est  efforcé  d'y  retrouver  l'histoire  des  tendances  qui  ont 
agité  la  société  russe  depuis  un  demi-siècle.  Peut-être  lui  a-t-il  un  peu  trop 
sacrifié  les  poètes  et  les  savants.  Nous  sommes  un  peu  étonné  de  voir  le  grand 
fabuliste  Krylov,  mort  en  1844,  exclu  du  volume  ou  à  peine  honoré  d'une 
quinzaine  de  lignes  assez  dédaigneuses.  Nous  aurions  plus  d'une  lacune  à  signaler. 
Comment  parmi  les  œuvres  de  Pisemsky  avoir  oublié  ce  drame  si  remarquable  : 
Vamère  destinée  (Gorkaïa  Sudbina)  ?  Ostrovsky,  le  grand  représentant  du 
théâtre  russe,  nous  paraît  traité  bien  légèrement.  Les  savants,  dont  quelques-uns 
sont  de  véritables  écrivains,  n'ont  qu'une  place  bien  minime;  la  littérature  popu- 
laire mise  en  relief  depuis  quelques  années  par  tant  de  travaux  distingués  n'est 
pas  même  indiquée.  Dans  une  nouvelle  édition  que  nous  souhaitons  vivement  au 
livre  de  M.  C,  il  y  aurait  lieu  de  donner  au  volume  un  peu  plus  d'équilibre. 
Le  style  manque   parfois  de  correction;  il  se  ressent  du    séjour    prolongé 


?8o  REVUE   CRITIQUE 

que  l'auteur  a  fait  en  Russie  et  de  Finexpérience  de  l'écrivain.  Ainsi  la 
Grusie  dont  parle  M.  C.  s'appelle  en  français  Géorgie  (p.  58).  Le  mot  athéiste 
(p.  214)  n'est  guère  employé  aujourd'hui.  Dans  certains  cas  la  plume  du  critique 
l'a  trahi;  l'analyse  du  chef-d'œuvre  de  Gogol,  le  Réviseur,  est  écrite  d'un  ton 
familier  et  d'un  style  où  détonnent  les  mots  de  farceur,  déficelles,  etc.  M.  C.  a 
fait  une  grande  place  aux  analyses  des  romans.  Mais  il  se  laisse  dominer  par  le 
récit  qu'il  veut  faire  connaître,  au  lieu  de  le  dominer  lui-même  :  l'emploi  des 
temps  des  verbes  dans  ces  analyses  n'est  pas  toujours  heureux;  elles  auront 
besoin  d'être  sévèrement  retouchées.  Ces  critiques  n'ôtent  rien  à  l'intérêt  de , 
l'ouvrage  ;  nous  souhaitons  que  l'auteur  ait  occasion  de  le  soumettre  à  une  sérieuse 
révision,  et  nous  l'engageons  vivement  à  continuer  ses  études  sur  le  monde  russe. 

Louis  LEGER. 

VARIÉTÉS. 
Sur  deux  relations  de  voyageurs  espagnols. 

La  Revista  Europea  de  Madrid  contient  dans  son  numéro  du  2  mai  1875,  sous 
le  titre  de  Cuestion  bibliogrdfica,  une  traduction  de  l'article  publié  ici  même 
(n"  du  27  février  187$)  sur  les  Andanças  é  viajes  de  Pero  Tafur,  suivie  d'obser- 
vations rectificatives  par  l'auteur  de  cette  publication,  M.  Jimenez  de  la  Espada  '. 
Dans  sa  réponse  à  mon  compte-rendu,  l'érudit  castillan  s'attaque  surtout  à 
l'opinion  que  j'ai  émise  :  1°  sur  la  valeur  de  certains  extraits  d'un  traité  géogra- 
phique composé  par  un  franciscain  espagnol  du  xiv^  siècle  ;  2"  sur  l'expédition 
génoise  de  la  fm  du  xiii*  siècle  à  la  recherche  de  la  route  maritime  des  Indes 
orientales. 

J'ai  vu  avec  plaisir  que  M.  J.  de  la  E.  n'a  pas  hésité  à  reconnaître  l'identité 
du  traité  de  son  franciscain  avec  le  livre  du  frère  mendiant  dont  les  chapelains 
de  Bethencourt  ont  publié  plusieurs  extraits  ;  il  a  été  amené  par  là  à  examiner 
quelques  ouvrages  où  les  extraits  en  question  ont  été  souvent  cités  à  l'appui  de 
certaines  théories  de  géographie  historique,  mais  n'ont  point  été  étudiés  en  eux- 
mêmes. 

Avant  de  répondre  aussi  brièvement  que  possible,  et  en  me  tenant  à  un  point 
de  vue  strictement  scientifique,  —  ce  qui  n'est  pas  tout  à  fait  le  cas  de  mon 
honorable  contradicteur,  —  je  dois  faire  observer  que  mon  intention,  en  rendant 
compte  de  la  publication  de  M.  J.  de  la  E.,  n'était  pas  de  discuter  à  fond  l'au- 
thenticité du  prétendu  voyage  en  Afrique  du  franciscain  espagnol,  précisément 
parce  que  l'existence  du  texte  original ,  qu'on  croyait  perdu ,  venait  de  m'être 
révélée.  Il  ne  peut  entrer  dans  l'esprit  de  personne  de  porter  un  jugement  d'en- 
semble sur  un  texte  qu'on  ne  connaît  que  par  extraits  et  à  travers  une  traduc- 
tion, alors  que  la  version  primitive  existe  et  va  être  mise  au  jour.  Mon  intention 
était  donc  simplement  de  démontrer  à  l'éditeur  l'identité  des  fragments  reproduits 

I.  Cet  article  a  été  tiré  à  part  sous  le  titre  de  Cuestion  bibliogrtifica,  por  D.  M.  Jime- 
nez de  la  Espada.  Madrid,  Médina  y  Navarro.  1875.  39  pages  in-8*. 


d'histoire  et  de  littérature.  581 

dans  Le  Canarien  avec  divers  passages  du  texte  publiés  dans  l'introduction  de 
Tafur,  et  ensuite  d'attirer  son  attention  sur  les  appréciations  très-peu  favorables 
portées  par  plusieurs  érudits  sur  ce  texte  dont  il  ne  soupçonnait  pas  qu'on  eût  pu 
s'occuper  avant  lui.  Il  me  suffisait  donc  parfaitement  de  me  placer  sous  le  couvert 
de  MM.  Peschel  et  Major,  qui  ont  examiné  indépendamment  l'un  de  l'autre,  et  à  des 
points  de  vue  différents,  la  relation  de  notre  moine.  M.J.delaE,  me  reproche  avec 
raison  d'avoir  parlé  d'wune  série  d'historiettes  étrangères  aux  localités  décrites» 
et  d'avoir  ajouté  de  l'importance  aux  observations  des  rédacteurs  du  Canarien  et 
de  l'annotateur  Bergeron.  Les  historiettes  se  réduisent  en  effet  à  l'histoire  des 
fourmis  qui  ramassent  l'or  ',  et  je  reconnais  qu'il  n'y  a  pas  plus  à  tenir  compte  des 
remarques  de  Bontier  et  de  Leverrier  que  des  annotations  de  Bergeron.  Mais  ce 
que  je  ne  saurais  accorder  à  mon  savant  contradicteur,  c'est  qu'un  moine  ait  pu 
donner  d'un  voyage  effectué  au  commencement  du  xiV  siècle,  dans  des  régions 
où  .aucun  espagnol  ne  s'était  sans  doute  risqué  avant  lui,  une  relation  aussi  laco- 
nique et  aussi  dépourvue  de  tous  les  détails  qu'on  est  habitué  à  rencontrer  dans 
les  ouvrages  de  ce  genre.  Alors  même  qu'on  en  viendrait  à  reconnaître  l'exac- 
titude de  la  plupart  des  faits  géographiques  et  historiques  rapportés  par  le  moine 
et  qu'on  trouverait  des  raisons  plausibles  pour  expliquer  ses  erreurs  ^  le  ton 
seul  de  la  narration  laisserait  encore  bien  des  doutes  sur  la  véracité  du  franciscain 
espagnol.  En  résumé  si  nous  ne  possédions  de  cette  relation  que  l'abrégé  du 
Canarien,  je  crois  que  le  plus  prudent,  dans  l'état  actuel  de  la  science,  serait  de 
ne  plus  en  tenir  compte, — et  c'est  aussi  ce  qu'a  fait  M.  Peschel; — mais  puisque 
l'original  existe  il  convient  simplement  d'en  attendre  la  publication. 

Je  passe  maintenant  à  l'expédition  génoise  de  la  fin  du  xiii^  siècle.  M.  J,  de 
la  E,  réclame  contre  la  critique  que  je  lui  ai  faite  d'avoir  admis  deux  expéditions, 
l'une  en  1 287,  l'autre  en  1 292 .  Sa  réplique  prouve  qu'il  ne-s'est  pas  rendu  compte 
de  la  valeur  des  textes  qui  nous  ont  conservé  la  mémoire  de  cette  fameuse  tenta- 
tive. Il  faut  avant  tout  mettre  bien  en  évidence  le  fait  suivant  :  c'est  que  tous  ces 
textes,  sans  exception,  ne  parlent  que  d'une  seule  expédition.  De  nos  jours 
seulement,  quelques  érudits  (entre  autres  l'historien  de  Gênes,  Canale),  dans 

1.  M.  J.  de  la  E.  conteste  même  le  caractère  si  évidemment  légendaire  de  cette  allu- 
sion :  il  rappelle  <)ue  la  découverte  des  mines  d'or  de  Huillipatahua  au  Chili  a  été  due  à 
des  écrevisses,  et  il  ne  voit  pas  pourquoi  ces  fourmis  du  moine  n'auraient  pas  existé  aussi 
bien  que  celles  d'Hérodote.  D'abord  il  est  à  peu  près  prouvé  aujourd'hui  que  les  fourmis 
d'Hérodote  étaient  des  hommes  (voy.  Fr.  Schiern,  Sur  l'origine  de  la  tradition  des  fourmis 
qui  ramassent  l'or,  Copenhagne,  1873,  et  Revue  critique,  1874,  n"  29).  Ensuite  si  le 
moine  avait  réellement  assisté  à  l'intéressant  travail  de  ces  insectes  il  nous  l'aurait  décrit 
d'une  iâçon  tout  autrement  précise.  L'allusion  du  moine  procède  vraisemblablement  des 
légendes  inscrites  sur  les  cartes  du  temps  vers  l'embouchure  du  fleuve  de  l'or  (voy.  la 
carte  florentine  de  13^1  qui  donne  :  Hic  coligitur  aurcum). 

2.  Je  serais  curieux  de  savoir  entre  autres  comment  M.  J.  de  la  E.  explique  que  le 
moine,  après  avoir  parlé  du  prêtre  Jean  (d'Abyssinie)  «  en  un  de  ses  tiltres  Patriarche 
f>  de  Nubie,  qui  marchit  d'un  des  costés  aux  déserts  d'Egypte  et  de  l'autre  costé  à  la 
»  rivière  de  Nil,  »  etc.,  puisse  nous  présenter  ce  même  prêtre  Jean  comme  demeurant 
dans  la  citée  de  Mêlée  (Melli).  Cette  erreur,  qui  pouvait  être  commise  par  l'auteur  d'un 
traité  de  géographie,  n'ayant  à  sa  disposition,  pour  se  rendre  compte  de  la  largeur  de 
l'Afrique  à  cette  latitude,  que  les  cartes  si  imparfaites  du  temps,  est  inexplicable  de  la 
part  d'un  voyageur. 


?82  "^^'JTA    REVUE   CRITIQUE 

l'impossibilité  de  concilier  les  dates  présentées  par  ces  textes,  ont  cru  pouvoir 
tourner  la  difficulté,  en  admettant  qu'elles  se  rapportaient  à  deux  expéditions; 
mais  depuis  la  découverte  d'un  texte  complet  des  annales  de  Jaques  Doria  tous 
les  critiques  spéciaux  qui,  à  ma  connaissance,  se  sont  occupés  de  cette  question, 
ont  renoncé  à  cette  hypothèse.  Vient  ensuite  la  question  de  la  date  de  l'expédi- 
tion. Ici  il  m'est  impossible  de  comprendre  comment  M.  J.  de  la  E.  peut  mettre 
un  instant  en  balance  le  témoignage  absolument  contemporain,  et  qui  plus  est  en 
grande  partie  oculaire,  de  Doria'  avec  la  notice  de  l'astronome  padouan  Abano  (dans 
son  Conciliaîor  differentiarum,  où  une  erreur  de  date  au  sujet  de  notre  expédition 
n'a  rien  qui  puisse  surprendre,  étant  donnés  l'éloignement  des  lieux  et  la  nature 
de  l'ouvrage),  et  avec  l'itinéraire  ^  et  la  lettre  d'Usodimare  qui  écrivait  plus  d'un 
siècle  et  demi  après  l'événement.  Ensuite  l'autorité  du  passage  de  Doria  ne  dé- 
pend pas  du  tout,  comme  le  croit  M.  J.  de  la  E.,  du  plus  ou  moins  de  valeur 
des  corrections  de  texte  proposées  par  MM.  Pertz  et  d'Avezac  pour  concilier  les 
dates  des  trois  auteurs?.  Cette  discordance,  qui  n'a  qu'une  importance  très- 
secondaire,  ne  doit  pas  empêcher  de  considérer  la  date  1291  comme  la  seule 
admissible;  on  ne  pourra  la  remplacer  par  une  autre  qu'en  démontrant  que  le 
passage  des  annales  de  Doria  n'est  pas  authentique. 

Il  me  reste  à  répondre  à  quelques  objections  philologiques  que  M.  J.  de  la  E. 
fait  à  mon  petit  Errata  des  Viajes  de  Tafur.  Quand  je  dis  qu'il  faut  séparer 
aman  en  a  man,  il  est  clair  que  j'entends  par  là  d  man,  mais  cette  particule  n'est 
jamais  accentuée  dans  les  mss.  du  xv«  siècle.  —  On  trouve  dans  les  mss.  de  la 
même  époque  les  formes  use,  asse  et  a  se  :  il  me  semble  préférable  d'écrire  a  se 
pour  éviter  la  confusion  avec  ase,  forme  incorrecte  pour /î^zê,  hace  et  ase(acies). 
—  Deque  est  une  forme  parallèle  de  desque^,  il  convient  d'écrire  en  un  seul 
mot  deque,  sans  cela  on  pourrait,  dans  certains  cas,  attribuer  à  cette  conjonction 
le  sens  de  la  formule  relative  de  que. 

J'ai  laissé  entendre  au  début  de  cet  article  que  la  réplique  de  M.  J.  de  la  E. 
pourrait  bien  ne  pas  avoir  été  inspirée  par  un  intérêt  exclusivement  scientifique. 
En  effet  la  tournure  donnée  à  la  discussion  et  certains  exposés  de  principes  de 
l'érudit  castillan  laissent  assez  voir  qu'il  a  été  particuHèrement  froissé  de  ce  que 
des  étrangers  se  soient  permis  de  suspecter  la  bonne  foi  d'un  de  ses  compa- 

1.  «  Ideo  ego  lacobus  Auriae que  a  temporibus  de  1280  usque  per  totum  annum 

»  de  1293  per  comune  lanue  acta  sunl  et  que  civitati  et  civibus  lanue  evenerunt,  tan- 
»  quam  qui  omnia  vidi  et  interfui,  vel  a  videntibus  veraciter  didici,  in  scriptis  redigam, 
p  etc.  »  Monum.  Germ.,  t.  XVIII,  288. 

2.  La  copie  de  cet  itinéraire  qui  est  à  Turin  porte  au  reste  la  date  de  1290  (au  lieu 
de  1281).  M.  J.  de  la  E.  donne  naturellement  la  préférence  au  ms.  de  Gênes,  mais  tout 
porte  à  croire  que  la  bonne  leçon  est  fournie  par  celui  de  Turin,  voy.  le  Bulletin  de  la 
Société  de  géographie,  avril  1875,  p.  416,  417. 

3.  Pour  ma  part  je  suis  très-disposé  à  admettre  la  correction  de  Vadino  en  Ugotino, 
mais  celle  de  trigesimo  en  tredecimo  me  semble  peu  plausible;  car  dans  l'original  d' Abano 
cette  date  a  dû  être  exprimée  en  chiffres,  et  en  ce  cas  on  ne  s'expliquerait  pas  le  chan- 
gement de  XIII  en  XXX. 

4.  Dans  un  ms.  de  la  Chronique  des  rois  de  Castille  (c'est  le  texte  étudié  par  M.  A.  de 
les  Rios,  Hist.  ait.  de  la  lit.  esp.,  t.  IV,  386  à  392)  que  j'ai  précisément  sous  les  yeux, 
et  qui  est  daté  de  1429,  ces  deux  formes  sont  sans  cesse  employées  l'une  pour  l'autre. 


d'histoire  et  de  littérature.  385 

triotes.  C'est  ainsi  qu'il  reproche  avec  amertume  à  M.  Peschel  de  traiter  dédai- 
gneusement le  frère  mendiant,  quand  dans  une  autre  occasion  il  a  témoigné  son 
admiration  pour  l'héroïsme  des  Espagnols!  Il  me  serait  facile  de  citer  plusieurs 
passages  de  la  réponse  de  M.  J.  de  la  E.  qui  paraissent  inspirés  par  cette  même 
rancune.  Je  me  contenterai  de  reproduire  une  phrase  qui  a  trait  aux  réserves 
que  j'avais  faites  sur  la  valeur  du  récit  de  Tafur;  elle  caractérisera  mieux  que  je 
ne  saurais  le  faire  l'esprit  qui  a  animé  M.  J.  de  la  E.  dans  toute  cette  discussion, 
La  voici  :  «  Les  réserves  continuelles  que  M.  M, -F.  a  cru  devoir  faire  sur  le 
»  crédit  qu'on  doit  accorder  à  notre  voyageur  me  semblent  quelque  peu 
»  affectées  '  ;  ce  qui  ne  m'empêche  pas  du  reste  de  reconnaître  qu'il  estparfaite- 
«  ment  autorisé  à  procéder  de  cette  façon,  car  il  s'agit  de  soumettre  l'ouvrage 
»  d'un  écrivain  né  dans  un  pays  de  menteurs  et  de  saltimbanques  à  l'examen 
»  d'une  critique  sur  la  maturité  et  l'infaillibilité  de  laquelle  tout  le  monde  est 
«  d'accord.  »  Alfred  Morel-Fatio. 


SOCIÉTÉS  SAVANTES. 

ACADÉMIE    DES    INSCRIPTIONS    ET   BELLES-LETTRES. 

Séance  du  4  juin  1 87  $ . 

M.  le  président  Maury  annonce  à  l'académie  la  perte  qu'elle  vient  de  faire  en 
la  personne  de  M.  l'abbé  Cochet,  l'un  de  ses  correspondants. 

L'académie  proroge  jusqu'au  3 1  décembre  1 876  le  concours  ouvert  pour  le 
prix  Bordin  sur  ce  sujet  :  Recueillir  les  noms  des  dieux  mentionnés  dans  les 
inscriptions  babyloniennes  et  assyriennes,  tracées  sur  les  statues,  bas-reliefs  des 
palais,  cylindres,  amulettes,  etc.,  et  tâcher  d'arriver  à  constituer,  par  le  rappro- 
chement de  ces  textes,  un  panthéon  assyrien. 

M.  Le  Blant  lit  une  courte  note  sur  le  martyre  de  S'"  Félicité  et  de  ses  sept 
fils,  qui  a  fait  récemment  l'objet  d'un  mémoire  de  M.  Aube,  lu  à  l'académie. 
M.  Aube  avait  présenté  incidemment,  sans  d'ailleurs  s'y  arrêter,  mais  en  la 
déclarant  digne  d'examen,  la  pensée  que  le  fait  même  de  ce  martyre  était  peut 
être  apocryphe,  et  qu'on  pouvait  y  voir  une  fable  composée  (probablement  vers 
le  temps  de  Constantin  306-337)  à  l'imitation  du  récit  qu'on  lit  au  2"  livre  des 
Machabées,  ch.  7.  M.  Le  Blant  combat  cette  opinion.  Il  cite  les  divers  témoi- 
gnages qui  établissent  que  les  chrétiens  des  premiers  siècles  ont  cru  au  martyre 
de  Félicité  et  de  ses  fils  et  les  ont  vénérés  comme  des  saints  :  le  premier  en 
date  est  un  calendrier  de  l'an  354;  ensuite  vient  une  inscription  consacrée  par 
S.  Damase  (366-384)  à  S.  Janvier,  l'un  des  fils  de  Félicité,  puis  diverses  indi- 
cations postérieures  recueillies  dans  les  écrivains  ecclésiastiques.  La  dévotion  des 
chrétiens  pour  S'"  Félicité  au  4"  s.  est  établie  aussi  par  ce  fait  que  le  nom  de 

1 .  Je  ne  vois  pas  comment  il  peut  y  avoir  affectation  à  douter  de  l'exactitude  de  récits 
dont  la  vérification  n'a  pas  pu  être  faite  et  qui  se  trouvent,  sur  certains  points,  en  désac- 
cord avec  d'autres  relations  dont  la  valeur  est  plus  facile  à  déterminer.  A  propos  de  la 
discordance  entre  les  rapports  de  Poggio  et  de  Tafur  sur  Conti,  M.  J.  de  la  E.  nous  ré- 
pond simplement  qu'appelé  à  choisir  entre  un  diplomate  italien  et  un  chevalier  castillan, 
il  donne  la  préférence  au  chevalier.  C'est  là  un  procédé  plus  commode  que  critique. 


384  REVUE   CRITIQUE    D'HISTOIRE    ET    DE    LITTÉRATURE. 

Félicitas  est  l'un  de  ceux  qui  se  rencontrent  le  plus  souvent  dans  les  épitaphes 
des  catacombes,  toutes  antérieures  à  l'an  410.  Devant  ces  preuves  de  la  véné- 
ration dont  Félicité  et  ses  fils  ont  été  l'objet,  M.  Le  Blant  a  peine,  dit-il,  à  croire 
que  la  dévotion  des  premiers  chrétiens  et  des  pères  de  l'église  se  soit  égarée  sur 
des  fantômes. 

M.  de  Longpérier  commence  la  lecture  d'un  mémoire  de  M.  Chabas  sur  les 
poids,  mesures  et  monnaies  des  anciens  Égyptiens.  L'auteur  étudie  successive- 
ment chacune  des  diverses  unités  de  poids,  de  mesure,  etc.,  qu'on  trouve  men- 
tionnées dans  les  textes  égyptiens ,  et  cherche  à  en  déterminer  la  valeur.  Les 
monuments  ne  fournissent  malheureusement  que  des  données  incertaines  sur  la 
valeur  de  ces  unités  diverses.  Il  n'est  même  pas  toujours  possible  d'en  savoir 
exactement  les  noms,  à  cause  de  l'usage  où  l'on  était  d'écrire  ces  noms  en 
abrégé  :  M.  de  Longpérier  fait  remarquer  que  le  même  usage  se  retrouve  en 
Europe  au  moyen-âge  et  dans  les  temps  modernes.  —  La  partie  du  mémoire  qui 
a  été  lue  à  cette  séance  était  consacrée  aux  unités  de  mesure  et  de  poids  :  les 
monnaies  feront  l'objet  de  la  prochaine  lecture. 

M.  Clermont-Ganneau  lit  une  note  sur  la  ville  d'Hippos,  qui  fut  dans  l'anti- 
quité l'une  des  principales  villes  de  la  Décapole,  en  Palestine.  L'emplacement 
de  cette  ville,  qui  devait  être  située  à  l'est  du  lac  de  Tibériade,  n'a  pu  encore 
être  déterminé  exactement.  M.  Clermont-Ganneau  expose  les  raisons  qui  le 
portent  à  croire  que  c'est  la  même  ville  qui  est  appelée  dans  le  Talmud  Sousita, 
et  dans  un  écrivain  arabe  du  9*  s.,  Ibn-Khordadbeh,  Sousia;  ces  noms  rap- 
pellent le  nom  hébreu  du  cheval,  ^ow,  et  ont  par  conséquent  la  même  significa- 
tion que  le  nom  grec  "iTzr.oq.  C'est  le  nom  hébreu  qui  a  dû  se  conserver  dans  le 
pays  :  les  explorateurs  qui  voudront  retrouver  l'ancienne  ville  d'Hippos  devront 
donc  chercher  un  lieu  dont  le  nom  soit  analogue  à  Sousia  ou  Sousita. 

Ouvrages,  etc.,  déposés  sur  le  bureau*  :  —  Estampages  d'inscriptions  puniques,  envoyés 
par  M.  de  S^e  Marie,  n"  1901  à  2000;  —  A.  Castan,  Notice  sur  le  peintre  Lancrenon, 
Besançon,  1875,  8*;  Tabulae  codicum  manuscriptorum  praeter  graecos  et  orientales  in 
bibliotheca  palatina  Vindobonensi  asservatorum ,  éd.  academia  caesârea  Vindobonensis. 
Vol.  VII,  cod.  11501-14000,  Vindob.,  1875,  8*.  —  Présentés  de  la  part  des  auteurs  :  — 
par  M.  Jourdain  :  La  Souanétie  libre,  épisode  d'un  voyage  à  la  chaîne  centrale  du  Cau- 
case, par  Raph.  Bernoville,  Paris,  1875,  f";  —  par  M.  Derenbourg  :  Études 
sabéennes,  par  J.  Halévy,  Paris,  1875,  8*. 

Julien  Havet. 


ERRATA. 

N"  22,  p.  341,  1.  17,  au  lieu  de  Boulenger,  lisez  Boulanger. 

P.  342.  Les  notes  7  et  8  n'en  font  qu'une,  où  il  faut  lire  :  «  M.  Maury  (Relig. 
»  delà  Grèce,  11,457)  pense  même  que  l'usage  de  l'incubation  fut  transporté 
;)  par  les  Grecs  dans  les  temples  d'Isis  et  de  Serapis,  et  {ibid.  p.  460)  qu'il 
»  faisait  vraisemblablement  partie,  etc.  » 

P.  343,  1.  34,  au  lieu  de  religion,  lisez  société. 

I .  Dans  cette  liste  ne  sont  pas  comprises  les  livraisons  des  recueils  envoyés  périodi- 
quement à  l'académie. 

Le  propriétaire-gérant  :  F.  VIEWEG. 

Nogent-le-Rotrou,  imprimerie  de  A.  Gouverneur. 


Zur  Geschichte  der  Stadt  Scheinfeld  in  Franken  (A.  MoRiETH).  —  Zur  Geschichte 
des  Ofens  (H.  Ahrendts).  —  Zur  Geschùtzkunde  (H.  Palm).  —  Umtaufung 
eines  Zwitters  (Dr.  Baur).  —  Hoc  monet  contempnere  divicias  (W.  Watten- 
bach).  —  Findlinge.  —  Beilage  zum  N"  4.  Chronik  d.  germ.   Muséums.  — , 
Schriften  der  Akademien  und  historischen  Vereine.  —  Nachrichten. 


BULLETIN    BIBLIOGRAPHIQUE 
DES  PRINCIPALES   PUBLICATIONS   FRANÇAISES   ET    ÉTRANGÈRES. 

AVIS.  —  On  peut  se  procurer  à  la  librairie  A.  Franck  tous  les   ouvrages  ! 
annoncés  dans  ce  bulletin ,  ainsi  que  ceux  qui  font  l'objet  d'articles  dans  la 
Revue  critique.  Elle  se  charge  en  outre  de  fournir  très-promptement  et  sans  "* 
frais  tous  les  ouvrages  qui  lui  seront  demandés  et  qu'elle  ne  posséderait  pas  en  ■ 
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ral and  a  Collection  ot  Apophthegms. 
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toriques faites  dans  l'église  de  Cléry 
(Loiret).  Découverte  du  cœur  de  Charles 
VIII,  roi  de  France.  In-8°,  1 1  p.  Orléans 
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In-S",  14  p.  Marseille  (imp.  Cayer  et  C*). 

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348  p.  London  (King).  6  fr.  25 

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Sculpter  Painter,  Architect  :  the  Story 
of  his  Life  and  Labours.  Gr.  in-8*,  270  p. 
cart.  London  (Macmillan).        39  fr.  40 

Broglio(E.).  Vita  di  Federico  il  Grande. 
Vol.  I.  In-i6,  xx-238  p.  Milano  (Hoepli). 

Sfr. 

Butler  (W.  A.).  Lectures  on  the  History 
of  Ancient  Philosophy.  Edited  from  the 
Author's  Mss.,  with  Notes,  by  W.  H. 


Thompson.  2d  éd.  revised  by  the  Editer. 
In-8*,  cart.  586  p.  London  (Macmillan). 

I  j  fr. 

Carpenter  (W.  B.).  Principles  of  Mental 
Physiology.  2d  edit.  In-8*,  760  p.  cart. 
London  (King).  1 5  fr. 

Da-wkins  (W.  B.).  Cave  Hunting.  Rese- 
arches  on  the  Evidence  of  Caves  respec- 
ling  the  Early  Inhabitants  of  Europe. 
Illustrated  by  coloured  plate  and  wood- 
cuts.  In-8*,  cart.  472  p.  London  (Mac- 
millan). 26  fr.  25 

Delprat  (C).  Les  orchestres  et  les  insti- 
tutions musicales  en  Hollande.  In-8', 
28  p.  Paris  (imp.  Morris  père  et  fils). 

Des  Périers  (B.).  Nouvelles  récréations 
et  joyeux  devis,  suivis  du  Cymbalum 
Mundi,  réimprimés  par  les  soins  de  P. 
Jouaust.  Avec  une  notice,  des  notes  et 
un  glossaire  par  L.  Lacour.  T.  1.  In-8*, 
xIij-283  p.  Paris  (Lib.  des  Bibliophiles). 

10  tr. 

Du  Fail.  Œuvres  facétieuses  de  Noël  du 
Fail ,  seigneur  de  la  Hérissaye,  gentil- 
homme breton,  revues  sur  les  éditions 
originales  et  accompagnées  d'une  intro- 
duction, de  notes  et  d'un  index  philolo- 
gique; par  J.  Assézat.  T.  2.  Contes  et 
discours  d'Eutrapel  (fin),  Appendice  et 
Index.  In- 16,  428  p.  Paris  (Daffis).  5  tr. 

Duplessis  (G.).  Un  curieux  du  XVII^  s. 
Michel  Bégon,  intendant  de  La  Rochelle. 
Correspondance  et  documents  inédits , 
recueillis,  publiés  et  annotés.  Avec  un 
portrait  gravé  à  l'eau-forte  par  P.  Sellier. 
In-8*,  xvj-144  p.  Paris  (Aubry). 

Entrée  et  séjour  de  Charles  VIII  dans  la 
capitale  de  la  Champagne  en  i486,  avec 
notes  et  pièces  curieuses  relatives  à  cette 
entrée  et  à  l'établissement  de  la  première 
imprimerie  troyenne.  In-4"  et  in-8*,  40  p. 
Paris  (Champion). 


Fiske  (J.).  Outlines  of  Cosmic  Philosophy. 
■    Based    on    the  Doctrine    of  Evolution. 
•    "With  Criticisms  of  the  Positive  Philoso- 
phy. 2  vols.  In-8%  cart.  London.  37  f.  50 

Fitzgerald  (P.).  The  Romance  of  the 
English  Stage.  2  vols,  in-8',  cart.  658  p. 
London  (Bentley).  30  rr. 

Gervinus  (G  -G.).  Histoire  du  XIX*  s. 
depuis  les  traités  de  Vienne.  Traduit  de 
l'allemand  par  J.-F.  Minssen.  T.  22. 
In-B',  319  p.  Paris  (Lib.  internationale). 

Sfr. 

Greg  (W.  K.).  Rocks  Ahead;  or,  the 
Warnings  of  Cassandra.  2dedit.,  with  a 
Reply  to  Objectors.  In-8°,  276  p.  cart. 
London  (Triibner  et  C^).  11  fr.  25 

Greville  (C.  G.  F.).  A  Journal  of  the 
Reigns  of  King  Georg  IV  and  King  Wil- 
liam IV.  Edited  by  H.  Reeve.  2d  edit. 
3  vol.  in-8*,  cart.  London  (Longmans). 

45  fr. 

Hardwick  (G.).  Ghrist  and  other  Mas- 
ters  :  an  Historical  Enquiry  into  some 
of  the  chief  Parallelisms  and  Contrasts 
between  Christianity  and  the  Religious 
Systems  of  the  Ancient  World.  3d  Edit. 
edited  by  F.  Procter.  In-8°,  602  p.  cart. 
London  (Macmillan).  13  fr.  15 

Hauréau  (B.).  Histoire  littéraire  du 
Maine.  Nouvelle  édit.  T.  7.  In- 18  Jésus, 
280  p.  Paris  (Dumoulin). 

Hockley  (W.  B.)-  Taies  of  the  Zenana, 
or,  a  Nuvt^ab's  Leisure  Hours.  2  vols. 
in-8°,  cart.  London  (King).      26  fr.  25 

Hyver  (G.).  Le  doyen  Pierre  Grégoire  de 
■  Toulouse  et  l'organisation  de  la  faculté  de 
-    droit  à  l'Université  de  Pont-à-Mousson 

(1582-1597).   In-8*,  xvj-88  p.   Pont-à- 

Mousson  (imp.  Ory). 

Jardine  (K..).  The  Eléments  ot  the  Psy- 
chology  of  Cognition.  In-8*,  282  p. 
London  (Macmillan).  8  fr.  15 

Jung.  La  France  et  Rome,  étude  histo- 
rique (XVII-,  XVIII-  et  XIX-  siècles). 
Rome  et  le  clergé  de  France  au  XVII-  s., 
conflits  entre  la  France  et  Rome,  1682 
et  1801,  l'Europe,  Rome  et  le  clergé  de 
France  en  1874,  les  solutions,  d'après 
les  documents  inédits  tirés  des  archives 
de  France  et  de  l'étranger.  In-i8  Jésus, 
xj-436  p.  Paris  (Charpentier).     3  fr.  50 

Leçons  de  philosophie.  Institution  des 
Chartreux  à  Lyon.  2  vol.  in-8-,  xij-765  p. 
Lons-Ie-Saulnier  (lith.  Lançon). 


Lecoy  de  La  Marche.  Titres  de  la 
maison  ducale  de  Bourbon.  T.  2.  In-40, 
vji-540  p.  Paris  (Pion  et  G').        36  fr! 

Lewin  (T.).  The  Life  and  Epistles  of  St. 
Paul.  2  vol.  in-40,  910  p.  London  (Bell 
et  S.).  52  fr.  50 

Madelaine  (G.).  Essai  historique  sur 
l'abbaye  de  Mondaye,  de  l'ordre  de  Pré- 
montré. Ouvrage  orné  de  lith.,  fac-similé, 
tableaux  historiques,  etc.  In-8",  xx- 
526  p.   Caen  (imp.   Le  Blanc-Hardel). 

5fr. 

Ory  (E.).  Étude  sur  la  pyrotechnie  de  Jean 
Appier  Hanzelet,  maître  des  feux  artifi- 
ciels de  S.  A.  le  duc  de  Lorraine 
Charles  IV,  livre  imprimé  en  1630  a  Pont- 
à  Mousson,  avec  mention  du  revolver  et 
de  la  mitrailleuse  (gravures  à  l'appui). 
In-S",  40  p.  Pont-à-Mousson  (imp.  Ory). 

Prévost.  Histoire  de  Manon  Lescaut  et 
du  chevalier  Des  Grieux.  Précédée  d'une 
étude  par  A.  Houssaye.  Six  eaux-fortes 
par  Hédouin.  2-  partie.  In- 16,  146  p. 
Paris  (Lib.  des  Bibliophiles). 

Sampson  (H.).  A  History  of  Advertising, 
from  the  Earliest  Times.  Illustrated  by 
Anecdotes,  Curious  spécimens  and  bio- 
graphical  Notes,  with  Illustrations  and 
Fac  similes.  In-S',  cart.  620  p.  London 
(Ghatto  et  W.).  9  fr.  40 

Smiles  (S.).  The  Huguenots  in  France 
after  the  Revocation  of  the  Edict  of 
Nantes.  New  Edit.  In-8°,  cart.  420  p. 
London  (Daldy  et  J.).  7  fr.  50 

Terninck  (A.).  Promenades  archéolo- 
giques et  historiques  sur  les  chaussées 
romaines  des  environs  d'Arras  route  de 
Thérouanne.  In-8°,  200  p.  et  :  grav. 
Arras  (lib.  Bradier). 

Thucydides.  History  of  the  Peloponne- 
sian  War.  Translated  by  R.  Crawley. 
In-S"^,  cart.  London  (Longmans).  26f.  2j 

Vernyes  (de).  Mémoires  de  Jehan  de 
Vernyes,  conseiller  du  roy  et  président 
de  la  Cour  des  Aides  de  Montferrand. 
1 589-1 593.  In-8',  96  p.  Paris  (Aubry). 

2  fr. 

"Words-worth  (J.).  Fragments  and  spé- 
cimens of  Early  Latin.  With  Introduc- 
tions and  Notes.  In-S",  690  p.  cart. 
London  (Macmillan).  22  fr.  50 

Zimmermann  (G.  A.).  Ephesos  imersten 
christlichen  Jahrhundert.  In-8»,  1 57  S. 
m.  e.  Karte.  lena  (Deistung).     3  fr.  25 


Nogent-le-Rotrou.  Imprimerie  de  A.  Gouverneur. 


N*  25  Neuvième  année.  19  Juin  1875 


REVUE  CRITIQUE 

D'HISTOIRE   ET  DE  LITTÉRATURE 

RECUEIL  HEBDOMADAIRE  PUBLIÉ  SOUS  LA  DIRECTION 

DE  MM.  C.  DE  LA  BERGE,  M.  BRÉAL,  G.  MONOD,  G.  PARIS. 


Secrétaire  de  la  Rédaction:  M.  Stanislas  Guyard. 


Prix   d'abonnement  : 

Un  an,  Paris,  20  fr.  —  Départements,  22  fr.  —  Étranger,  le  port  en  sus 

suivant  le  pays. 


PARIS 
LIBRAIRIE    A.    FRANCK 

F.    VIEWEG,    PROPRIÉTAIRE 
67,  RUE  RICHELIEU,  67 


Adresser  toutes  les  communications  à  M.  Stanislas  Guyard,  Secrétaire  de  la 
Rédaction  (au  bureau  de  la  Revue  :  67,  rue  Richelieu). 


ANNONCES  .._...,  . 


En  vente  à  la  librairie  A.  Franck,  F.  Vieweg  propriétaire, 
67,  rue  de  Richelieu. 

BIBLIOTHÈQUE  DE  L'ÉCOLE  DES  HAUTES  ÉTUDES 

22«  FASCICULE. 

Lt7C  DT  TTÏTDC  ^^  Philippe.  Poème  en  vers  politiques  de 
Cil  i3  1  J-_jJl/  U  ivO  Philippe  le  Solitaire,  publié  dans  le  texte 
.pour  la  première  fois,  d'après  six  mss.  de  la  Bibliothèque  nationale,  par  l'abbé 
E.  Auvray,  licencié  ès-lettrès.   ?  fr-  75 

COLLECTION    PHILOLOGIQUE    (ANCIENNE  SÉRIE) 

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t-j  •      iv  1    1     1    Eu  Iv    Les  noms  de  famille,  3  fr.  50 


G-pv  A    T-)  T  r^     Les  Contes  orientaux  dans  la  littérature  française  du 
•     1    /\  Iv  1  O    moyen-âge.  Broch.  in-S".  i  fr. 

En  vente  à  la  librairie  Lippert,  à  Halle,  et  se  trouve  à  Paris,  à  la  librairie 
A.  Franck  (F. Vieweg  propriétaire),  67,  rue  Richelieu. 

HA^  ^  Tjr  T  T  /-^  Tj   A    o  T-\  r-p    Ritomell  und  Terzine.  In- 
.   oL.ri  U  Url  AKU  I    40.  iofr.75 


PERIODIQUES. 

The  Academy,  N»  i6o,  new  séries,  29  mai.  A.  Firmin-Didot,  Aide  Manuce 
et  PHellénisme  à  Venise.  Paris,  Firmin  Didot  (J.  A.  Symonds  :  la  compétence 
unique  de  l'auteur  est  une  garantie  de  la  valeur  de  son  ouvrage).  —  Taswell- 
Langmead,  English  Constitutional  History.  London,  Stevens  and  Haynes  (Alfred 
CuTBiLL  :  excellent  manuel,  dont  on  ne  saurait  trop  recommander  la  lecture).  — 
Melliss,  St.  Helena.  London,  Reeve  and  Co.  (H.  W.  Bâtes  :  description  phy- 
sique, historique  et  topographique  de  l'île  de  Sainte-Hélène).  —  Henry  Brink- 
low's  Complaynt  of  Roderyck  Mors,  somtyme  a  gray  fryre,  unto  the  parliament 
howse  of  Ingland  his  natural  cuntry;  for  the  redresse  of  certen  wicked  lawes, 
evel  customs,  a[n]d  cruel  decreys.  (About  A.  D.  1542);  The  Lamentacyon  of 
a  Christen  Agaynst  the  C}^tye  of  London  made  by  Roderigo  Mors.  (A.  D.  1 545). 
Ed.  by  J.  Meadows.  Published  for  the  Early  English  Text  Society  by  N.  Trûbner 
(Nicholas  Pocock  :  ces  ouvrages  jettent  une  certaine  lumière  sur  la  condition  et 
la  conduite  du  clergé  de  cette  époque;  il  ne  faut  pas  perdre  de  vue,  cependant  j 
que  l'auteur  avait  apostasie).  —  Lenz,  Kœnig  Sigismund  und  Heinrich  der 
Fûnfte  von  England  (James  Gairdner;  cf.  Rev.  crit.,  1875,  I,  p.  2?$).  —  Carrent 
Literature  (notes  de  l'éditeur).  —  Notes  and  News.  —  The  India  Muséum  (F.  J. 
Goldsmid).  —  Notes  of  a  Tour  in  the  Cyclads  and  Crète.  VL  Crète  (suite  : 
H,  F.  Tozer).  —  Correspondence.  An  Important  Ms.  of  the  Psalms  (Ad.  Neu- 
BAUER  :  a  vu  entre  les  mains  de  Rabbi  Jacob  Saphir,  auteur  de  |la  relation  de 
voyage  bien  connue  appelée  Eben  Saphir,  un  ms,,  malheureusement  incomplet, 
des  psaumes,  remontant  probablement  au  xi*  siècle,  et  qui  fournit  d'importantes 
variantes  au  texte  reçu).  —  Pepys'  Diary  (F.  Cunningham;  Mynors  Bright). 

—  0'  Neill,  a  First  Japanese  Book  for  English  Students.  London,  Harrison 
and  Sons  (^Robert  K.  Douglas  :  il  y  a  pénurie  de  manuels  du  japonais  en  Angle- 
terre; le  livre  de  M.  0'  Neile  est  le  bienvenu).  —  Science  Notes  (note  sur  la 
partie  II,  vol.  CXII  des  Neue  Jahrbiicher  fiir  Philologie  und  Padagogik,  sur  le  n°  de 
mars-avril  de  la  Zeitschr.  fiir  die  œsterr.  Gymnasien). — Meetings  of  Societies  (Soc. 
des  antiquaires  de  Cambridge,  de  numismatique,  de  philologie). 

The  Athenœum,  N°  2483,  29  mai.  Four  Years  in  Ashantee.  By  the  Missio- 
naries  RAMSEVERand  Kùhne.  Ed.  by  Mrs.  Weitbrecht.  With  Introduction  by 
Rev.  Dr.  Gundert  and  Préface  by  Prof.  Christlieb.  Nisbet  and  Co.  (ne 
manque  pas  d'intérêt).  —  The  Romantic  Legend  of  Sâkya  Buddha  :  from  the 
Chinese-Sanskrit.  Trubner  and  Co.  (on  est  frappé  de  la  similitude  de  cette  ver- 
sion de  l'histoire  du  Buddha  avec  la  légende  chrétienne  de  Barlaam  et  Josaphat). 

—  Correspondance  inédite  de  la  comtesse  de  Sabran  et  du  chevalier  de  Boufflers, 
1778-1788.  Publiée  par  E.  de  Maigneu  et  Henri  Prat.  Paris,  Pion  (la  plupart 
de  ces  lettres  sont  très-agréables).  —  «  The  Interior  of  New  Guinea  »  (J.  Mo- 
resby,  Captain  R.  N.:  signale  les  nombreux  points  sur  lesquels  il  n'est  pas  d'ac- 
cord avec  l'auteur  de  la  Nouvelle  Guinée).  —  The  Centenary  of  Ariosto  (A.  de 
Gubernatis).  • —  Literary  Gossip  (le  bruit  court  qu'on  va  publier  la  correspon- 
dance philosophique  de  Stuart  Mill;  on  espère  que  le  Trésor  mettra  à  la  dispo- 
sition de  M.  Smith  une  somme  suffisante  pour  lui  permettre  de  reprendre  en 
grand  ses  fouilles  en  Assyrie  ;  on  annonce  la  prochaine  publication  d'un  résumé 
de  la  littérature  hindoue  par  M.  Monier  Williams).  —  Science.  Guano  (George, 
Birdwood).  —  Geographical  Notes.  —  Societies  (Soc.  de  géographie,  de  numi*- 
matique,  de  philologie). 

Iiiterarisches  Gentralblatt,  N''2  3,  $  juin.  Hilgenfeld,  Historisch-kritische 
Einleitung  in  das  Neue  Testament.  Leipzig,  Fues's  Verl.  In-8'',  viij-828  p.  (cet 
important  ouvrage  est  le  fruit  de  toute  une  vie  d'étude).  —  (Siegfried,  Philo 
von  Alexandria.  Jena,  Dufft.  In-S",  vj-418  p.  (ce  livre  contient  de  riches  maté- 
riaux pour  l'histoire  du  philonisme).  —  Miliarakis,  K'j-/,XaB'.-/.à  r,Toi  Yswvpaçfa 


REVUE  CRITIQ^UE 

D'HISTOIRE    ET    DE    LITTÉRATURE 

N*  25  —  19  Juin  —  1875 

Sommaire  :  ii8.  Les  stances  de  Bhartrihari,  tr.  p.  Regnaud,  2*  éd.  —  115. 
Brugsch,  Histoire  d'Egypte,  i"  p.,  i'  éd.  —  120.  —  De  Backer,  Bisadari,; 
poème  malais.  —  121.  Guillaume  de  Machaut,  Lt  livre  du  Voir  dit ,  p.  p.  Paris. 
—  122.  Jean  Rus,  Œuvres,  p.  p.  Tamizey  de  Larroque. —  123.  Bonaventure 
DES  Périers  ,  Le  Cymbalum  Mundi,  p.  p.  F.  Frank.  —  Sociétés  savantes  :  Académie 
des  inscriptions. 

118.  —  Les  Stances  erotiques,  morales  et  religieuses  de  Bhartrihari, 

traduites  du  sanscrit  par  Paul  Regnaud.    2'  éd.  corrigée  et  augmentée  de  stances 
supplémentaires.  Paris,  Ern.  Leroux.  1875.  In-8*,  xvj-140  p.  —  Prix  :  2  fr.  50. 

Cet  élégant  petit  volume  est  la  première  traduction  vraie  que  nous  ayons  en 
notre  langue  des  Centuries  de  Bhartrihari.  Les  deux  versions  que  nous  en  possé- 
dions jusqu'ici  ne  donnent,  en  effet,  qu'une  idée  très-fausse  de  l'original,  dont 
elles  rendent  la  portée  exacte  rarement ,  la  finesse  et  la  grâce  jamais.  La 
1'%  qui  a  pour  auteur  le  médecin  Thomas  Lagrue  ■,  est  la  reproduction  en  français 
d'une  paraphrase  hollandaise  faite  elle-même  indirectement,  par  l'intermédiaire 
d'un  brahmane.  Elle  est  du  reste  incomplète  et  sa  date  seule  la  classe  parmi  les 
curiosités  bibliographiques.  Quanta  celle  de  M.  Fauche 2,  elle  vaut  ce  que  valent, 
les  autres  traductions  de  cet  interprète  infatigable  et  perpétuellement  malheureux:' 
il  n'est  pas  une  fibre  du  poète  hindou  qui  n'ait  été  broyée  sous  ce  lourd  et  infi-' 
dèle  mot-à-mot.  C'est  donc  une  heureuse  idée  qu'a  eue  M.  P.  Regnaud  de  pré- 
senter au  public  français  une  image  élégante  et  fidèle  de  ces  petits  poèmes  à  la 
fois  subtils  et  naïfs,  une  des  fleurs  les  plus  délicates  de  l'imagination  hindoue. 
Le  nouveau  traducteur,  qui  du  reste  avait  déjà  fait  ses  preuves  de  compétence 
par  la  publication  d'une  étude  très-estimable  sur  Bhartrihari?,  a  expliqué  lui- 
même  dans  sa  Préface  comment  il  comprenait  sa  tâche  d'interprète.  «  En  allé- 
»  géant,  autant  que  possible,  mes  traductions  4  de  tout  appareil  érudit,  en  don- 
))  nant  dans  la  mesure  où  elle  le  comporte  un  tour  moderne  et  occidental  à  la 
»  phraséologie  indienne,  j'ai  le  ferme  désir  de  n'omettre  aucun  trait  essentiel  et 
»  caractéristique  des  originaux.  Je  veux  rendre  tout  entière  et  avec  sa  couleur 
»  propre  la  pensée  de  mes  auteurs,  mais  en  m'imposant  en  même  temps  la  loi 
»  d'essayer  de  plaire.  En  résumé,  si  j'atteignais  mon  idéal,  l'indianiste  pourrait 
))  me  consulter  avec  confiance  et  le  lettré  ne  serait  pas  rebuté  par  un  style  qui, 

1.  Elle  se  trouve  dans  l'ouvrage  de  Th.  Lagrue  intitulé  :  le  Théâtre  de  l'Idolâtrie  ou 
la  Porte  ouverte  pour  parvenir  à  la  connaissance  du  Paganisme  caché,  etc.  Amsterdam,  1670. 
L'original  hollandais  est  d'Abraham  Roger. 

2.  Bhartrihari  et  Tchaaura.  Paris,  1852.  ■ 

3.  Études  sur  les  Poltes  sanscrits  :  Bhartrihari,  les  Centuries.  Paris,  E.  Leroux.  1874;"^ 

4.  M.  R.  se  propose  de  faire  suivre  sa  traduction  de  Bhartrihari  de  plusieurs  autres 
conçues  dans  le  même  esprit,  entre  autres  de  celle  de  la  MricchakaXikâ. 

XV  2  5 


386  /-\  I  r    REVUE   CRITlQUr-f    |   ï  "t  /  Tl    O 

j)  SOUS  prétexte  de  littiéraîite  absolue  et  d'exégèse  grammaticale ,  encourrait  à 
»  juste  titre  le  reproche  d'être  incorrect,  diffus  et  obscur.  »  C'est  là  une  tâche 
difficile,  étant  donné  le  caractère  de  la  langue  de  Bhartrihari  et  celui  de  la  nôtre  : 
M.  R,  y  a  cependant  réussi.  Tout  en  serrant  le  texte  de  fort  près,  son  français 
a  l'allure  libre  et  aisée,  et  ce  qu'il  a  retenu  de  saveur  étrangère,  loin  de  rebuter, 
y  ajoute  du  piquant.  Par-ci  par-là  peut-être,  M.  R.  eût-il  bien  fait  de  jeter  par- 
dessus bord  quelques  éléments  d'épithètes  trop  richement  composées  qui  encom- 
brent parfois  sa  phrase  sans  compensation  suffisante  au  point  de  vue  de  l'exacti- 
tude. Mais  c'est  là  une  question  de  goût  personnel,  où  il  est  difficile  de  contenter 
tout  le  monde.  En  tout  cas,  si  ce  sont  là  des  taches,  elles  sont  rares  et  légères 
et  de  celles  dont  le  meilleur  juge  est  le  public  lettré  lui-même.  En  ce  qui  con- 
cerne M.  R.,  il  a  déjà  rendu  son  verdict,  en  faisant  à  sa  traduction  l'accueil  le 
plus  flatteur  et  le  mieux  mérité.  Une  i""  édition  enlevée  en  trois  mois  est  un  fait 
rare  chez  nous  quand  il  s'agit  de  sanscrit. 

M.  R.  n'a  pas  cru  devoir  s'engager  à  fond  dans  l'examen  des  problèmes 
d'histoire  littéraire  qui  s'attachent  à  son  recueil  ;  et  il  est  de  fait  que,  dans  une 
traduction  destinée  au  grand  public,  une  discussion  pareille  eût  peut-être  été 
déplacée.  Ce  qu'il  en  dit,  toutefois,  est  suffisant  pour  orienter  le  lecteur,  et 
témoigne  d'une  critique  sage  et  mesurée.  Il  a  fort  bien  vu  qu'il  ne  fallait  pas 
attribuer  la  moindre  valeur  historique  aux  contes  qui  nous  ont  été  transmis  sur 
un  fabuleux  Bhartrihari,  frère  du  non  moins  fabuleux  Vikramâditya,  lesquels 
auraient  régné  à  Ujjayinî  vers  le  milieu  du  i"  siècle  avant  notre  ère.  Je  regrette 
cependant  qu'il  n'ait  pas  fait  plus  d'usage  de  ces  récits.  Sans  doute  ce  n'est  pas 
là  de  l'histoire,  pas  même  de  la  légende  ;  mais  d'une  certaine  façon  c'est  de  la 
critique  littéraire.  Que  le  nom  de  Bhartrihari  ait  passé  du  recueil  au  conte  ou, 
en  sens  inverse,  du  conte  au  recueil,  peu  importe  le  chemin  suivi  par  la  fiction  : 
celle-ci  n'en  est  pas  moins  une  sorte  d'appréciation  symbolique  qui  nous  montre 
sous  une  forme  concrète  ce  que  les  lettrés  des  cours  indiennes  du  moyen-âge 
trouvaient  dans  cette  poésie,  leur  façon  d'en  dégager  par  imagination  la  person- 
nalité du  poète  et  de  se  représenter  le  monde  dans  lequel  il  pouvait  avoir  vécu. 
Et  considérés  à  ce  point  de  vue,  ces  récits  me  paraissent  aussi  vrais  qu'ils  sont 
ingénieux.  Rien  à  mon  sens  ne  traduit  mieux  l'impression  que  laisse  cette  poésie 
à  la  fois  raffinée  et  naturelle ,  ardente  et  sceptique ,  fraîche  et  désabusée ,  riche 
d'observation  et  de  fantaisie,  d'une  sensibilité  exquise  qui  vibre  au  moindre 
souffle,  s'ouvre  à  toutes  les  émotions  et  ne  s'abandonne  à  aucune,  et  de  chaque 
sentiment  ne  prend  pour  ainsi  dire  que  la  fleur,  —  rien,  dis-je,  ne  traduit  mieux 
cette  impression  que  l'histoire  de  ce  Bhartrihari,  fils  des  amours  d'un  Génie  qui, 
parmi  ses  aventures  ayant  trouvé  le  premier  trône  du  monde,  y  savoure  toutes 
les  jouissances  et  les  trouve  vaines;  qui,  après  avoir  renoncé  à  l'immortalité  pour 
une  femme  et  s'être  vu  trahi  par  l'infidèle  ',  exhale  son  dépit  en  un  impromptu 

1.  Cette  partie  du  récit  a  beaucoup  voyagé  et  se  retrouve,  par  exemple,  chez  un  chro- 
niqueur byzantin  du  IX*  siècle  qui  l'applique  à  Théodore  II  et  à  Eudoxie.  Bhartrihari 
ayant  reçu  d'un  saint  homme  un  fruit  conférant  l'immortalité,  le  donne  à  sa  favorite,  qui 
en  gratifie  son  amant  et  ainsi  de  suite  :  le  fruit,  après  avoir  passé  par  bien  des  mains,. 


d'histoire  et  de  littérature.  587 

et,  laissant  là  le  monde  et  les  grandeurs,  s'en  va,  désabusé  mais  non  assouvi, 
méditer  dans  la  solitude  sur  le  néant  des  choses  d'ici-bas.  C'est  bien  là  le  Salo- 
mon  qui  convient  à  cet  autre  Ecclésiaste.  M.  R.  a  indiqué  ces  traditions;  mais 
peut-être  ne  l'a-t-il  pas  fait  suffisamment  pour  la  plupart  de  ses  lecteurs. 

Reste  la  double  question  du  degré  d'authenticité  que  comportent  les  Centuries 
et  de  l'époque  probable  de  leur  composition.  Pour  la  i",  M.  R.  a  parfaitement 
vu  qu'il  ne  fallait  pas  être  trop  exigeant,  ni  surtout  prétendre  faire  un  choix 
parmi  ces  stances  dont  les  attributions  sont  parfois  contradictoires,  et  dont  le 
nombre  varie  presque  avec  chaque  manuscrit'.  Quant  à  la  2%  il  propose  pour 
limites  extrêmes  le  viii®  et  le  x®  siècle.  Sur  ce  dernier  point  je  serais  tenté  d'être 
encore  moins  précis  que  lui.  En  pareille  matière,  surtout  quand  il  s'agit  de  sen- 
tences aussi  courtes,  le  style  est  un  indice  peu  sûr.  D'un  côté  nous  avons  la 
Vâsavadattâ,  pour  ne  prendre  que  cet  exemple,  dont  la  prose  est  bien  plus  arti- 
ficielle que  les  vers  de  Bhartrihari,  et  qui  est  du  vu"  siècle;  de  l'autre  il  serait 
faux  de  croire  qu'après  le  x",  on  n'a  plus  su  tourner  un  distique  avec  élégance  et 
simplicité.  La  principale  raison,  toutefois,  qui  a  fait  adopter  à  M.  R.  le  viii"  siècle» 
comme  limite  supérieure,  c'est  l'état  d'avancement  des  doctrines  védantiques, 
telles  qu'elles  sont  exposées  dans  les  Centuries,  état  que  ces  doctrines  n'ont 
revêtu  qu'après  la  réforme  de  Çamkara.  Cette  observation,,  parfaitement  juste: 
pour  le  fond,  aurait  eu  besoin  d'être  expliquée  davantage.  Il  n'y  a  guère,  en 
effet,  dans  le  recueil  de  Bhartrihari  de  doctrines  proprement  dites  susceptibles 
d'être  ainsi  datées.  Mais  à  côté  de  lieux  communs  mystiques  qui  ne  sont  d'aucune 
époque  précise,  il  s'y  trouve  quelques  particularités  qui  viennent  à  l'appui  de  la' 
conclusion  de  M.  R.  J'entends  l'esprit  profondément  sectaire  de  ce  védantisme,' 
la  juxtaposition  des  cultes  de  Çiva  et  de  Vish/ju  qui  se  montre  çà  et  là  (les^ 
inscriptions  ne  la  constatent  guère  que  je  sache  avant  le  ix*  siècle),  enfin  l'ascé- 
tisme de  carrefour,  inconnu  dans  la  vieille  littérature,  dont  il  n'y  a  pas  non  plus 
beaucoup  de  traces  dans  les  descriptions  de  Hiouen-Tlisang  (vu"  siècle),  mais 
qui,  à  l'époque  de  la  composition  de  quelques  stances  du  recueil,  avait  certaine- 
ment remplacé  dans  la  pratique  et  réduit  à  l'état  de  lieu  commun  littéraire  l'as- 
cétisme exercé  dans  la  solitude  au  fond  des  bois.  Ce  sont  là  autant  de  faits  qui 
nous  reportent  en  plein  dans  la  période  militante  du  brahmanisme  qui  commence 
avec  Kumârila  et  Çamkara. 

Je  pense  donc,  comme  M.  R.,  que  plusieurs  de  ces  stances  sont  certainement 
postérieures  à  Çamkara,  qu'un  grand  nombre  d'autres  le  sont  très-probablement; 
mais  j'ajoute  que  certains  éléments  du  recueil  peuvent  être  et,  selon  toute  pro-' 
babilité,  sont  bien  plus  anciens.  Nous  ne  pouvons  plus  guère  douter  du  fait  que* 
les  Hindous  ont  eu  de  très-bonne  heure  une  poésie  gnomique  et  erotique  dans 

est  finalement  retrouvé  par  le  roi  dans  celles  d'une  courtisane. 

I.  Strictement  ces  stances  devraient  être  au  nombre  de  300;  mais  ce  chiffre  est  tou- 
jours dépassé.  M.  R.  en  a  recueilli  369  et  le  total  est  loin  d'être  définitif.  La  Paddhali 
de  Cdrngadhara,  par  exemple,  en  contient  plusieurs  qui  manquent  dans  les  éditions 
{Zeitschr.  der  D.  morgenl.  Gesellsch.  XXVII,  p.  60).  Dans  sa  1"  édition  M.  R.  n'avait 
admis  que  300  stances;  dans  la  2'  il  s'est  décidé  avec  beaucoup  de  raison  à  donner  les 
suppléments. 


388  ?•:•■        REVUE   CRITIQUE 

le  genre  de  celle  que  nous  trouvons  dans  les  Centuries.  Les  recueils  que  nous  en 
avons,  soit  sous  forme  d'anthologies  compilées  de  divers  auteurs,  soit  sous 
forme  de  collections  mises,  comme  celle  de  Bartrihari,  sous  le  nom  d'un  seul, 
sont  en  général,  il  est  vrai,  assez  modernes.  Mais  leur  contenu  est  en  bonne 
partie  ancien.  Il  semble  même  que  parmi  les  recueils  analogues,  le  nôtre  soit  le 
mieux  garanti  :  bien  qu'un  certain  nombre  des  stances  qu'il  contient  soient 
attribuées  ailleurs  à  d'autres  auteurs,  ces  contradictions  sont  ici  bien  moins 
fréquentes  que  celles  qu'on  observe  pour  les  collections  mises  sous  les  noms,  par 
exemple,  de  Cânakya  et  d'Amaru.  Quelques-unes  de  ces  stances  sont  du  reste 
citées  comme  exemples  dans  le  Kâvyaprakâça  qui  est  antérieur  au  x*  siècle  et  dans 
le  Kâvyâdarça  qui  est  antérieur  au  vii^  :  d'autres  reparaissent  dans  le  Pancaîantra 
et  dans  VHitopadeça  comme  des  proverbes  ou  des  maximes  qui  ont  passé  dans 
l'usage  commun.  Je  ne  me  dissimule  pas  la  faiblesse  de  ces  arguments  pris  un  à 
un,  l'interpolation  pratiquée  sur  la  plus  grande  échelle  étant  le  mal  chronique  de 
la  littérature  sanscrite  :  mis  ensemble  ils  ont  cependant  quelque  valeur,  et  doivent 
nous  faire  hésiter  à  rejeter  plus  bas  que  le  viiF  siècle  tout  le  contenu  des  Cen- 
turies ' . 

Je  me  suis  déjà  exprimé  sur  la  valeur  de  la  traduction  de  M.  R.,  sur  son  élé- 
gance et  sur  sa  fidélité.  Malgré  les  difficultés  que  notre  langue  soulève  à  chaque 
pas  dans  une  oeuvre  pareille,  son  français  non-seulement  lutte  sans  désavantage 
pour  l'exactitude  avec  le  latin  de  M.  de  Bohlen  et  l'allemand  de  M.  Bôhtlingk, 
mais  en  bien  des  endroits  il  l'emporte  sur  eux  sous  le  rapport  de  la  netteté  et  du 
bonheur  de  l'expression.  Il  est  du  reste  inutile  de  dire  que  M.  R.  a  mis  à  profit 
les  derniers  résultats  de  la  critique  et  qu'il  a  travaillé  sur  les  meilleurs  textes,  en 
particulier  sur  celui  qu'a  donné  M.  Bôhtlingk  dans  ses  Indische  Spriiche.  Il  est  à 
regretter  seulement  qu'il  n'ait  pas  pu  faire  usage  de  la  2"  édition  de  cet  excellent 
recueil,  qui  lui  aurait  probablement  suggéré  quelques  améliorations.  Mais  tout 
en  consultant  les  travaux  de  ses  devanciers,  M.  R.  a  su  rester  indépendant  et 
suivre  sa  voie  propre  dans  un  grand  nombre  de  passages  difficiles.  Quelques-uns 
de  ces  changements  sont  très-heureux.  Ainsi  st.  40  du  supplément  la  traduction 
de  rahasyam  par  «  dans  une  chambre  secrète  »  est  plus  naturelle  que  celle  de 
M.  Bôhtlingk  qui  en  fait  une  parenthèse  devant  exprimer  toute  une  proposition. 
St.  50  ibid.  le  choix  des  variantes  est  excellent.  II,  90  âçraya  est  mieux  rendu 
par  «  protecteur  »  que  par  l'allemand  behâlter  qui  ne  donne  pas  un  sens  bien 
net.  I,  22  montre  chez  M.  Bôhtlingk  une  jeune  femme  qui,  se  reposant  à  l'ombre 
d'un  bois,  découvre  sa  gorge  et  écarte  les  rayons  de  la  lune,  ce  qui  ne  signifie 
rien  :  chez  M.  R.,  elle  renvoie  à  l'astre  ses  rayons  parce  qu'en  se  découvrant  le 
sein,  elle  fait  apparaître  une  seconde  lune.  Au  lieu  de  nivârayantî,  M.  R.  paraît 
avoir  nivartayantî,  et  il  n'y  a  pas  de  doute  que  ce  ne  soit  là  la  bonne  leçon. 

1.  Je  dois  ajouter  que  M.  R.  est  lui-même  tout  prêt  à  faire  une  exception  en  faveur 
de  la  2*  centurie.  —  Le  seul  Bhartn'hari  dont  l'existence  soit  historiquement  constatée, 
est  jusqu'ici  le  grammairien  auteur  du  Vdkyapadiya  et  du  Bhatùkdvya,  lequel  est  de  la 
I"  moitié  du  VI'  siècle  et  pourrait  fort  bien  avoir  des  droits  sur  une  bonne  partie  du 
recueil  des  centuries. 


d'histoire  et  de  littérature.  389 

En  d'autres  endroits,  par  contre,  son  interprétation  est  moins  justifiable. 
Voici,  en  suivant  l'ordre  du  livre,  un  relevé  de  quelques-uns  de  ces  malentendus 
auxquels  ne  parvient  pas  toujours  à  échapper  le  traducteur  le  plus  soigneux.  I, 
I,  le  dieu  de  l'Amour  n'est  pas  armé  d'une  fleur,  mais  de  fleurs.  Ces  fleurs,  au 
nombre  de  $,  et  qui  sont  spécifiées  dans  la  poétique  indienne,  forment  la  pointe 
des  5  flèches  dont  le  dieu  est  armé.  —  1,4.  «  les  visages  de  lotus  des  nouvelles 

»  mariées resplendissent  comme  des  champs  de  lotus  bleu  qu'on  voit  à 

»  l'horizon  ».  Il  y  a  plus  de  logique  que  cela  dans  ces  petits  tableaux,  et  les 
leçons  de  M.  Bôhtlingk  sont  ici  incontestablement  préférables  :  l'image  princi- 
pale porte  sur  les  œillades  voltigeant  autour  du  visage  des  belles  comme  des 
abeilles  autour  des  lotus.  —  I,  8  et  9.  M.  R.  avoue  avoir  vainement  cherché 
dans  les  auteurs  d'histoire  naturelle  une  mention  relative  à  un  bruit  que  ferait  le 
flamant  en  marchant.  Le  texte  ne  dit  rien  de  semblable  :  le  cliquetis  des  bra- 
celets d'une  jeune  femme  y  est  simplement  comparé  au  bruit  du  flamant,  c'est- 
à-dire  au  claquement  prolongé  et  sonore  que  certains  échassiers  produisent  avec 
le  bec.  —  I,  12.  «  le  globe  de  tes  seins  a  l'éclat  de  perles  enchâssées  »;  le  sens 
est  plutôt  :  sur  ton  sein  brille  un  collier  de  perles.  —  1,  18.  «  une  cause  de 
»  partialité  »  ne  rend  pas  mâtsarya  qui  est  l'envie.  —  I,  67,  il  s'agit  du  taureau 
et  non  du  sanglier  de  Çiva.  —  II,  72  doit  se  traduire  :  «  Les  dieux  (quand  ils 
»  entreprirent  de  baratter  l'océan)  ne  se  laissèrent  ni  charmer  par  les  joyaux 
»  inestimables  ni  effrayer  par  le  terrible  poison  (produit  par  le  barattement)  ;  ils 
'»  n'eurent  point  de  repos  avant  d'avoir  obtenu  l'ambroisie  )>.  Le  sens  de  cette 
"strophe  ne  paraît  pas  avoir  été  saisi  par  M.  R.  —  Il  en  est  de  même  pour  III, 
6 1  ;  le  sens  est  :  la  vraie  grandeur  consiste  à  servir  Çiva  ;  régner  et  recevoir  les 
hommages  intéressés  de  quelques  misérables  n'est  rien.  —  III,  82,  ce  n'est  pas 
l'acte  «  d'attacher  au  poteau  de  la  continence  un  éléphant  en  rut  «  qui  est  estimé 
un  fait  inouï,  mais  celui  d'y  attacher  «  notre  cœur,  cet  éléphant  en  rut  ».  — 
III,  93,  reposer  sa  tête  sur  des  lianes  serait  encore  un  luxe  pour  l'ascète;  ce 
sont  ses  propres  bras  qui  lui  servent  d'oreiller  :  nija  n'est  pas  traduit.  —  Supplé- 
ment ,  n°  5  «  l'homme  devient  tout  autre  en  un  clin  d'œil ,  quand  il  cesse  d'être 
»  enflammé  par  le  désir  des  richesses  » .  Le  texte  est  d'une  morale  plus  brutale  ; 
il  revient  à  dire  que,  sans  argent,  l'homme  n'est  plus  lui-même.  —  N"  6  ne  re- 
proche pas  au  nuage  de  prêter  l'oreille  aux  plaintes  du  Câtaka,  mais  de  ne  pas  les 
prévenir.  —  N°  2  5  nija  et  para  ne  signifient  pas  «  de  basse  naissance,  de  nais- 
»  sance  élevée  »,  mais  parent  et  étranger.  —  N"  35,  «  Les  hommes  d'un  grand 
»  caractère  ont  certaines  manières  d'être  extérieures  qui  les  distinguent  »  ;  le 
sens  est  :  adoptent  l'une  ou  l'autre  des  deux  conduites  suivantes.  Axamâlâ  ne 
signifie  pas  «  couronne  de  roses  »,  mais  chapelet.  M.  R.  s'est  laissé  tromper  par 
l'allemand  Rosenkranz  qui  a  les  deux  sens.  —  N°4$.  «  S'empresserait-on  d'aller 
»  voir  l'endroit  où  les  paons  déposent  leur  ordures,  si,  dans  leur  enivrement, 

»  ils  ne  dansaient  pas »  Le  sens  est  :  verrait-on  le  derrière  des  paons,  si 

les  sottes  bêtes  ne  le  découvraient  pas  elles-mêmes  quand  elles  dansent  (en 
étalant  leur  queue)  ?  Voir  le  Pancatantra  I,  fable  20.  —  N°  5  3  la  fin  de  la  stance 
signifie  :  l'homme  croit  jouir,  en  réalité  il  se  médicamente.  —  N"  64  «  quand  le 


590  REVUE    CRITIQUE 

»  naufrage  de  ses  doutes  est  complet  et  définitif  »  ;  c'est  le  contraire  :  quand  il 
s^est  débarrassé  de  tous  les  tracas  du  doute.  —  N°  6(>.  «  Quelle  est  la  pénitence 

»  dont  les  fruits  sont qu'on  possède  la  science  sacrée,  que  l'unique  consé- 

»  quence  de  la  vocation  soit  l'apaisement?  »  Il  faut  :  dont  les  fruits  sont 

que  la  science  sacrée  ne  produise  en  nous  que  l'aspiration  à  l'apaisement. 

La  plupart  de  ces  observations  portent,  on  le  voit,  sur  de  simples  lapsus  ou 
sur  des  nuances  assez  légères;  d'autres,  il  est  vrai,  en  petit  nombre,  sur  des 
erreurs  plus  graves.  Ni  les  unes  ni  les  autres  toutefois  ne  sont  de  nature  à  dépré- 
cier en  quoi  que  ce  soit  la  valeur  générale  de  la  traduction  de  M.  R.,  qui,  dans 
l'immense  majorité  des  cas,  est  absolument  digne  de  confiance.  Si  j'ai  relevé  ces 
peccadilles,  c'est  précisément  parce  que  son  travail  est  de  ceux  qui  méritent 
qu'on  les  examine  de  près,  et  aussi  parce  que  j'espère  que  M.  R.  aura  bientôt 
l'occasion  de  faire  disparaître  ces  taches  dans  une  3®  édition  que  je  lui  souhaite. 
;  A.  Barth. 

119,  —  Henri  Brugsch.  Histoire  d'Egypte,  i"  partie.  Introduction,  Histoire  des 
dynasties  I-XVII.  2"  édition.  Leipzig,  J.  C.  Hinrichs.  jSyj.  I,n-8*,  180  p.  —  Prix  : 

6  fr.  "   ^'^''[  ' 

Dans  l'état  actuel  de  la  science,  une  Histoire  d'Egypte  doit  enregistrer  exac- 
tement tous  les  faits  déjà  connus  et  décrire  les  quelques  monuments  importants 
qui  ont  survécu  à  la  ruine  de  la  civilisation  égyptienne.  La  première  édition  de 
V Histoire  de  M.  Brugsch  publiée  en  1859  contenait  à  peu  près  tout  ce  qu'on 
savait,  il  y  a  quinze  ans  :  la  seconde  est  loin  de  renfermer  tout  ce  qu'on  sait 
aujourd'hui.  Je  ne  puis  examiner  l'un  après  l'autre  les  chapitres  dont  elle  se 
compose  :  je  me  contenterai  de  prendre  dans  le  chapitre  qui  traite  de  la  XII®  dy- 
nastie, les  quelques  lignes  consacrées  au  fondateur  de  cette  dynastie,  Amenem- 
hat  I,  et  de  rapprocher  les  données  fournies  par  M.  Brugsch  des  données  fournies 
par  les  monuments  originaux. 

M.  Brugsch  identifie  le  roi  Amenemhat  I  avec  un  grand  fonctionnaire  Ame- 
nemhat  qui  vivait  en  l'an  II  de  Ranebtaoui  Mentouhotep  III'.  Je  vois  à  cette 
hypothèse  quelques  difficultés.  Si  M.  Brugsch  m.aintient  le  classement  qu'il  avait 
adopté  dans  la  première  édition  de  son  histoire  ^  et  qu'il  ne  parait  pas  avoir 
rejeté  dans  la  seconde,  il  y  a  entre  Mentouhotep  III  et  Amenemhat  I  trois  rois 
au  moins  :  Entew  IV,  Ranebkherou  Mentouhotep  IV  et  Sankhkara  [Ameni]. 
Mentouhotep  IV  a  régné  au  moins  quarante-six  ans  ?  :  en  mettant  vingt  années 
pour  le  restant  de  son  règne  et  pour  la  durée  encore  inconnue  des  règnes  de  Men- 
touhotep III,  Entew  IV  et  Sankhkara,  nous  obtenons  la  somme  de  soixante-six 
ans  pour  l'intervalle  qui  sépare  l'an  II  de  Mentouhotep  III  et  l'avènement  de  la 
XI le  dynastie.  D'autre  part  Amenemhat  I  régna  au  moins  trente  ans  dont  dix- 
neuf  et  quelques  mois  seul,  le  reste  avec  son  fils  Ousortesen  H  :  entre  l'an  H  de 
Mentouhotep  III  et  l'an  XXX  d'Amenerahat  I,  il  y  a  donc  au  bas  mot  quatre- 

I.  Brugsch,  Histoire  d'Egypte,  2'  éd.  p.  80,  84.  —  2.  Id.  i"  éd.  p.  51,  52. 
3.  Orcurte,  Catalogue  du  Musée  de  Turin,  Vcstibolo,  stèle  n°  5445. 
j.  Mariette,  Album  pliotûgraplii(jue,  pl.  54. 


d'histoire  et  de  littérature.  391 

vingt-seize  ans,  dont  soixante-seize  établis  par  le  témoignage  direct  des  monu- 
ments et  vingt  rendus  probables  par  le  témoignage  des  listes  royales.  Or,  l'Ame- 
nemhat  mentionné  dans  l'inscription  de  Mentouhotep  III  est  déjà  chef  de  nome, 
général  d'armée  et  ne  peut  en  aucune  manière  être  considéré  comme  un  enfant. 
A  moins  d'admettre  qu'Amenemhat  I  ait  vécu  cent  trente  ans  et  soit  devenu  roi 
vers  l'âge  de  cent  ans,  ce  qui  est  peut-être  un  peu  tardif  pour  un  fondateur  de 
dynastie,  je  ne  vois  guère  le  moyen  de  l'identifier  avec  l'Amenemhat  nommé  dans 
l'inscription  de  Mentouhotep  III  :  tout  au  plus  pourrait-on  admettre  que  le  général 
Amenemhat  fut  le  grand-père  du  roi  Amenemhat. 

Les  documents  relatifs  au  règne  d'Amenemhat  I  sont  assez  rares.  C'était  un 
motif  de  plus  pour  les  étudier  tous  et  avec  soin.  M.  Brugsch  n'a  pas  même  cité 
le  plus  important  et  le  plus  instructif  d'entre  eux,  les  Instructions  du  roi  Amenem- 
hat I  à  son  fils  Ousortesen  I.  C'est  une  sorte  de  pamphlet  politique,  écrit  évidem- 
ment au  temps  de  la  XIP  dynastie,  et  qui  fut  considéré  plus  tard  comme  une  des 
œuvres  classiques  de  la  littérature  égyptienne.  On  en  connaît  jusqu'à  présent  six 
manuscrits  ou  portions  de  manuscrits  différents,  le  Papyrus  Sallier  II,  pi.  I-III,  le 
Papyrus  Sallier  I,  pi.  VIII,  verso,  le  Papyrus  Millingen,  le  manuscrit  4920  du 
Louvre,  les  Ostraca  362:5  et  3638  du  British  Muséum.  L'auteur  suppose  que  le 
roi  Amenemhat  apparaît  en  songe  à  son  fils  pour  lui  donner  quelques  avis  et 
résumer  en  quelques  versets  les  principaux  événements  de  son  règne'.  On  y 
trouve  des  allusions  aux  guerres  civiles  qui  accompagnèrent  la  chute  de  la 
XI*  dynastie  et  préparèrent  l'avènement  de  la  XIP.  «  Mes  images,  dit  le  roi 
»  défunt,  vivent  au  milieu  des  hommes,  —  car  j'ai  fait  de  l'endeuillé  un  satisfait 
»  dont  les  cris  n'ont  plus  été  entendus  ;  les  grandes  batailles  on  ne  les  a  plus  vues, 
»  —  et  pourtant  on  avait  combattu  auparavant  comme  si  l'Egypte  eût  été  un 
))  taureau  oublieux  du  passé,  —  et  il  n'y  avait  eu  de  fortune  stable  ni  pour  le 
»  savant  ni  pour  l'ignorant.  ^  »  Les  conspirations  de  palais  ne  manquèrent  pas 
aux  débuts  du  nouveau  roi.  «  C'était  après  le  souper,  quand  la  nuit  fut  venue, 
))  —  je  pris  une  heure  de  plaisir  :  —  Je  me  couchai  sur  les  tapis  de  ma  maison, 
»  je  m'étendis,  —  et  je  commençai  dans  mon  âme  à  suivre  le  sommeil;  —  mais, 
»  voici,  on  avait  rassemblé  —  des  armes  pour  lutter  contre  moi  —  et  je  me 
»  trouvai  aussi  faible  que  le  ver  des  champs.  —  Alors  je  m'éveillai  pour  com- 
»  battre,  en  pleine  possession  de  mes  forces,  —  mais  je  vis  bientôt  que  je 
»  n'avais  qu'à  frapper  un  ennemi  qui  ne  tenait  pas.  —  Si  je  prenais  un  rebelle 
«  les  armes  à  la  main,  —  je  faisais  cet  assaillant  tourner  dos  et  s'enfuir  :  —  il 
))  n'était  pas  brave  [même]  dans  la  nuit,  et  personne  n'osa  combattre.  3  «  A  lire 
l'histoire  de  M.  Brugsch  on  dirait  qu'Amenemhat  I  n'eut  qu'à  se  présenter  pour 
monter  sur  le  trône.  Les  Instructions  nous  montrent  qu'il  eut  fort  à  faire  pour 
arriver  au  pouvoir  et  pour  s'y  maintenir  :  elles  nous  permettent  de  comprendre 
certaines  allusions  que  renferment  des  monuments  postérieurs,  la  grande  inscrip- 
tion de  Beni-hassan,  par  exemple,  où  il  est  dit  que  le  roi  Amenemhat  I  nomma 


1 .  La  traduction  de  ce  texte  se  trouve  dans  le  tome  II  des  Records  ofthc  Past,  p.  9-16. 

2.  Verset  5.  —  3.  V.  6-7.  ;    ■,  •"  \*;    ■'  ":       '  "^        .--.,.  • 


/ 


392  •'  REVUE   CRITIQUE 

un  grand  personnage  au  gouvernement  du  nome  de  Meh,  dans  le  temps  qu'il 
«  parcourait  le  pays  réprimant  le  mal,  se  manifestant  comme  le  dieu  Toum  lui- 
»■  même  et  restaurant  ce  qu'il  trouvait  détruit.  » 

M.  Brugsch  constate  qu'Amenemhat  I  étendait  son  autorité  jusque  sur  les 
régions  éthiopiennes  :  il  ne  parle  nulle  part  des  guerres  de  ce  prince.  Les  Instruc- 
tions disent  pourtant  :  «  Je  combattis  le  Ouaouà  (l'Éthiopien),  —  et  j'emmenai 
»  le  Matsaï  (le  Libyen)  en  prisonnier;  —  je  dirigeai  mes  efforts  contre  le  Sati 
»  (l'Asiatique),  et  il  vint  à  moi  comme  un  chien  couchant.  '  «  La  stèle  C,  i  du 
Louvre  qui  date  del'an[XX]IV  d'Amenemhat  I  parle  également  de  ces  guerres, 
et  le  nomarque  en  l'honneur  de  qui  elle  fut  élevée  y  dit  de  lui-même  :  «  J'ai 
))  frappé  les  Pettiou,  les  Mentiou,  les  Heroushâ;  j'ai  détruit  leurs  villes.  » 
Amenemhat  I  fut  donc  un  roi  conquérant,  et  ses  campagnes  vers  le  sud  prépa- 
rèrent la  colonisation  de  la  Nubie.  "*^v"Sjïï|î. 

En  énumérant  les  édifices  d'Amenemhat  I,  M.  Brugsch  mentionne  le  tombeau 
qu'il  se  fit  élever,  mais  sans  citer  une  inscription  importante  où  sont  racontées 
quelques-unes  des  opérations  préliminaires  à  la  construction  de  ce  tombeau. 
C'est  un  texte  gravé  à  la  pointe  sur  les  rochers  de  Hammamat  par  un  scribe  peu 
habitué  à  ce  genre  de  travail.  «  Le  chef  des  prêtres  de  Khem,  le  royal  délégué, 
i)  Entew,  fils  de  Sebek-nakht,  dit  :  «  Mon  seigneur  le  roi  m'envoya  à  Rohannou 
))  (Hammamat)  chercher  cette  auguste  pierre  (le  sarcophage  royal),  telle  que 

»  jamais  on  n'en  a  transporté  pareille  depuis  le  temps  du  dieu  Rà Je  restai 

))  huit  jours  à  explorer  ce  pays,  pour  faire  connaître  ce  qui  s'y  trouve,  puis  je 
»  me  prosternai  devant  Khem  [mari]  de  sa  mère,  devant  la  déesse  Oert-hakaou 
»  et  devant  tous  les  dieux  de  ce  pays,  je  leur  brûlai  des  parfums  sur  la  flamme.  ^  » 
Les  Instructions  décrivent  sommairement  le  tombeau  où  fut  placé  ce  sarcophage. 
«  Je  me  construisis  une  maison  (un  tombeau)  orné  d'or;  —  les  voûtes  en  sont 
»  peintes  en  bleu,  les  murs  —  et  les  couloirs  sont  en  blocs  scellés  de  métal  ;  — 
y>  —  les  verrous  sont  en  métal-me/2  artificiel.  Fait  pour  l'éternité,  le  temps  recule 

»  devant  lui,  — On  y  trouve  beaucoup  de  passages  compliqués;' —  moi 

))  seul  sais  dire  où  l'on  peut  me  trouver,  —  si  bien  que  nul  autre  ne  le  saura, 
.  »  excepté  toi,  —  Ousortesen;  Que  tes  jambes  aillent,  —  et  toi,  toi-même,  de 
»  tes  propres  yeux,  tu  me  verras,  —  représenté  dans  une  heure  de  joie,  —  au 
j)  milieu  des  esprits  qui  me  rendent  hommage.  5  »  Amenemhat  semble  du  reste 
avoir  été  grand  constructeur  de  temples  et  de  palais  :  on  trouve  les  traces  de  son 
activité  sur  tous  les  points  de  l'Egypte  dans  le  Fayoûm,  à  Thèbes,  à  Memphis. 
On  peut  ajouter  aux  monuments  de  son  règne  que  M.  Brugsch  cite  en  assez 
grand  nombre,  deux  tables  d'offrandes,  l'une  trouvée  à  Karnak  et  conservée 
aujourd'hui  au  Musée  de  Boulaq,  l'autre  découverte  à  Qom  el  Qalah  dans  les 
ruines  du  temple  de  Ptah  à  Memphis  et  publiée  récemment  par  M.  Mariette 4. 

Pour  le  règne  commun  d'Amenemhat  1  M.  Brugsch  a  employé  l'Histoire  de 
Sineh,  trop  modérément  à  mon  avis  :  il  y  a  dans  ce  curieux  document  plus  d'un 


I.  V.  12.  —  2.  Lepsius,  Denkm.  II,  ii8,  d.  —  5.  V.  15-14. 
4.  Monuments  divers,  t.  I,  pi.  34,  /. 


d'histoire  et  de  littérature.  393 

renseignement  à  tirer  sur  l'état  de  l'Egypte  et  de  la  Syrie  méridionale  au  temps 
de  la  XI I"  dynastie.  M.  Brugsch  n'a  pas  observé  que  la  stèle  du  musée  de  Boulaq 
qui  porte  une  date  de  l'an  XXX  d'Amenemhat  et  de  l'an  X  d'Ousortesen  I  nous 
force  à  placer  dans  ce  règne  commun  toutes  les  stèles  qui  portent  des  dates  du 
règne  d'Ousortesen  I  inférieures  à  l'an  X,  c'est-à-dire  les  stèles  C  2  et  3  du 
Louvre,  V,  5,  de  Leyden.  La  stèle  C,  3  du  Louvre  datée  de  l'an  IX  renferme 
des  détails  curieux  sur  la  construction  du  tombeau  d'Ousortesen  I  '.  En  poussant 
plus  loin  l'examen,  il  me  serait  facile  de  prouver  que  M.  Brugsch  n'a  pas  mieux 
traité  les  autres  souverains  de  la  XIP  dynastie  qu'il  n'avait  fait  de  leur  chef.  Il  avait 
pourtant  à  sa  disposition  toutes  les  stèles  inédites  du  Musée  de  Boulaq  et  tous 
les  monuments  que  les  fouilles  de  M.  Mariette  ont  mis  au  jour  pendant  ces  der- 
nières années. 

En  résumé  on  peut  dire  que  V Histoire  de  M.  Brugsch  à  côté  de  parties  bien 
faites  {les  Dynasties  Memphites,  le  Sémitisme  en  Egypte)  contient  des  parties  vieillies 
qu'il  faudrait  mettre  au  courant  des  progrès  de  la  science  et  quelques  inexacti- 
tudes matérielles  qu'il  sera  facile  de  corriger  dans  une  prochaine  édition  2, 

G.  Maspero. 


120.  —  Louis  DE  Backer.  Bidasari,  poème  malais,  précédé  des  Traditions  poétiques 
de  l'Orient  et  de  l'Occident.  Paris,  Pion.  1875.  In-8",  267  p. 

On  connaît  trop  peu  en  France  les  travaux  considérables  qu'on  doit  aux  savants 
néerlandais  sur  l'histoire,  l'ethnographie,  la  littérature  des  peuples  de  l'archipel 
indien.  Le  poème  de  Bidasari,  échantillon  extrêmement  remarquable  de  la  poésie 
malaise,  traduit  depuis  longtemps  en  hollandais  et  plus  d'une  fois  commenté, 
méritait  de  passer  dans  notre  langue,  et  il  faut  remercier  M.  de  Backer  qui,  à 
défaut  du  malais,  possède  le  néerlandais,  plus  facilement  accessible,  de  l'avoir 
rais  à  notre  portée.  Il  nous  assure  que  «  cet  idiome  du  Nord  a  pu  conserver 
))  facilement  le  sens  de  l'original.))  Nous  ne  pouvons  comme  lui  que  l'espérer. — 
Le  texte  néerlandais  est  parsemé  d'un  très-grand  nombre  d'expressions  malaises, 
que  M.  de  B.  a  conservées,  mais  qu'il  aurait  dû  expliquer,  comme  l'a  sans  doute 
fait  le  traducteur  qu'il  suit.  Le  lecteur  français  a  quelque  peine  à  comprendre 
des  phrases  comme  celle-ci  (p.  89)  :  «  Elle  avait  des  sountings  faits  d'or,  cou- 
))  verts  de  tjempakka  d'or,  rivés  à  des  fleurs  de  mendalieks;  on  regrettait  seu- 
))  lement  qu'elle  ne  portât  pas  de  pedaka  ));  ou  cette  autre  (p.  160)  :  «  L'ai- 
))  guière  circulait  au  milieu  des  mantris,  des  pahlouans  et  des  houloubalangs.  » 

La  forme  du  poème  malais  paraît  digne  de  toute  attention  :  elle  est  pénétrée 
d'une  poésie  gracieuse,  voluptueuse  et  tendre  qui  fait  honneur  au  vieux  fakir 
qui  s'en  donne  comme  l'auteur.  Le  fond  est  fort  curieux  et  prêtait  à  d'intéres- 
santes études  de  littérature  comparée.  Ce  que  M.  de  B.  a  donné  en  ce  genre, 
comme  introduction ,  est  absolument  incohérent  et  sans  valeur.  Au  reste,  on 
chercherait  en  vain  dans  ce  livre  les  renseignements  les  plus  nécessaires  :  l'auteur, 

1.  Mélanges  d'archéologie  égyptienne,  t.  II,  p.  221. 

2.  Je  tiens  à  signaler  un  passage  assez  obscur  (p.  80-82)  où  M.  Brugsch  attribue  for- 
mellement à  un  roi  de  la  XI*  dynastie,  une  inscription  qu'il  attribue  quelques  pages  plus 
loin  (p.  123-126)  à  un  roi  de  la  XIII'. 


Î94  -^^l  ►*     REVUE  CRITIQUE 

avec  un  peu  de  peine,  aurait  cependant  pu  les  tirer  des  ouvrages  néerlandais 
qu'il  avait  sous  la  main.  La  négligence  avec  laquelle  tout  ce  travail  est  exécuté 
lui  enlève  beaucoup  de  prix,  mais  ne  l'empêche  pas  d'être  encore  digne 
d'intérêt. 

121.  —  Le  livre  du  Voir  dit  par  Guillaume  de  Machaut  où  sont  contées  les  amours 
de  messire  Guillaume  de  Machaut  et  de  Péronnelle  dame  d'Armentières  avec  les  lettres 
et  les  réponses,  les  ballades,  lais  et  rondeaux  du  dit  Guillaume  et  de  la  dite  Péronnelle, 
publié  sur  trois  manuscrits  du  XIV  siècle  par  la  Société  des  bibliophiles  françois. 
Paris,  Aubry.  1875.  Vol,  gr.  in-S",  xxxv-408  p.  —  Prix  :  1 5  fr. 

Voici  une  des  œuvres  les  plus  agréables  et  les  plus  curieuses  de  tout  le  moyen- 
âge,  qui  se  présente  à  nous  dans  un  des  plus  beaux  volumes  que  l'on  ait 
imprimés,  de  notre  temps.  La  Société  des  bibliophiles  françois  a  eu  la  main 
heureuse  en  choisissant,  pour  l'ajouter  à  sa  précieuse  collection,  un  poème 
autrefois  si  célèbre  et  que  presque  personne  ne  connaît  aujourd'hui.  Cette  Société 
n'a  pas  été  moins  bien  inspirée  en  confiant  la  tâche  délicate  de  publier  le  Voir  dit 
à  celui  de  tous  nos  érudits  qui  était  le  plus  capable  de  la  remplir  :  j'ai  nommé 
M.  Paulin  Paris. 

La  grande  difficulté,  ce  n'était  point  l'établissement  du  texte.  La  Bibliothèque 
nationale  possède  trois  manuscrits  des  œuvres  complètes  de  Guillaume  de  Ma- 
chaut, exécutés  tous  les  trois  par  d'excellents  calligraphes,  sous  les  yeux  mêmes 
de  l'auteur  (Fonds  français,  n*"  1584,  9221  et  22546)'.  L'attentive  comparai- 
son de  ces  trois  manuscrits  a  permis  à  M.  P.  de  reconstituer  le  Voir  dit  avec  une 
irréprochable  fidélité.  Mais  ce  qui  demandait  plus  qu'une  longue  expérience  et 
qu'un  extrême  soin,  ce  qui  exigeait  les  meilleures  qualités  du  critique,  et  surtout 
cette  qualité  maîtresse  que  l'on  appelle  la  sagacité,  c'était  l'explication  du  poème. 
Certes  M.  P.  a  deviné,  dans  les  recherches  si  vastes  et  si  diverses  auxquelles  il 
a  consacré  sa  vie,  bon  nombre  d'énigmes  historiques  et  littéraires,  mais  peut-être 
aucune  des  victoires  de  ce  commentateur  de  tant  de  vieux  textes  n'a-t-elle  été 
plus  brillante  et  plus  décisive  que  celle  d'aujourd'hui,  et  c'est  en  toute  justice 
qu'il  a  pu  se  rendre  le  témoignage  que  voici  (p.  xxxj)  :  «  Je  crois  avoir  abordé 
»  et  résolu  toutes  les  difficultés  qui  s'opposoient  à  la  parfaite  intelligence  du 
»  Voir  dit.  » 

Je  vais  résumer  en  quelques  lignes  la  très-spirituelle  notice  dont  M.  Paris  a 
fait  précéder  ce  poème. 

Guillaume  de  Machaut,  chanoine  de  l'église  de  Reiras,  aussi  renommé  comme 
poète  que  comme  musicien,  était  arrivé  à  sa  cinquantième  année  environ,  non 
sans  quelques  fâcheuses  infirmités  —  (il  avait  des  accès  de  goutte  et  un  de  ses 
yeux  était  presque  éteint)  — ,  quand  il  reçut,  un  beau  jour,  par  l'intermédiaire 
d'un  ami,  certain  rondeau  que  lui  adressait  une  jeune  fille  qui,  à  force  de  goûter 
l'écrivain  et  le  compositeur,  avait,  de  loin,  fini  par  s'éprendre  de  l'homme 2.  Ce 
leste  et  joli  rondeau  débutait  ainsi  : 

1.  Le  no  9221  garde  la  signature  du  fils  du  roi  Jean,  de  ce  duc  de  Berry  qui  fut  un  si 
mauvais  prince  et  un  si  admirable  collectionneur.  Le  n*  1 584  est  le  meilleur  des  trois 
manuscrits,  et  c'est  d'après  cet  exemplaire  qu'ont  été  données  les  gravures  du  volume  qui 
fait  tant  d'honneur  aux  presses  de  M.  Lahure. 

2.  M.  P.  rappelle  (p.  xvj)  que  M°"  de  La  Toirr-Franqueville,  après  la  lecture  de  la 


d'histoire  et  de  littérature.  ?95 

Celle  tjui  onques  ne  vous  vit  itJfît-H>îitî*''; 

Et  qui  vous  aime  loiaument 

De  tout  son  cuer  vous  fait  présent. 

Naturellement  le  galant  chanoine,  émerveillé,  riposta  par  un  rondeau  des  plus 
flatteurs.  Aux  rondeaux  succédèrent  des  lettres,  puis  revinrent  des  rondeaux. 
D'autres  poésies  suivirent,  chansons  et  ballades,  escortées  de  lettres  de  plus  en 
plus  tendres,  de  plus  en  plus  vives,  si  bien  que  ce  qui  d'abord  ne  semblait  devoir 
être  qu'un  jeu  devint  une  belle  et  bonne  passion  réciproque.  Après  avoir  échangé 

force  vers  et  force  prose,  le  poète  et  la  jeune  fille  se  virent  et ne  s'en 

aimèrent  que  mieux.  Guillaume,  à  la  formelle  demande  de  son  amie,  raconta 
minutieusement  l'histoire  de  ses  relations  avec  elle.  Dans  plus  de  neuf  mille  vers, 
il  prodigua  les  détails,  quelquefois  les  plus  singuliers,  sur  tout  ce  qui  s'était  passé 
entre  elle  et  lui.  Rien  n'est  plus  curieux  que  ce  journal  amoureux  où  règne  d'un 
bout  à  l'autre  une  incomparable  sincérité.  L'auteur  a  reproduit  dans  son  poème 
diverses  pièces  de  vers  de  son  amie  (évidemment  retouchées,  sinon  refaites  par 
lui)  et  il  y  a  inséré  aussi  les  quarante-six  lettres,  pleines  pour  la  plupart  d'une 
riante  et  délicieuse  naïveté,  qu'ils  s'écrivirent  pendant  les  trois  années  (1362- 
1 364)  que  dura  leur  amoureux  commerce.  Tout  cela  forme  un  mélange  des  plus 
piquants  et  dont  la  saveur  est  parfois  encore  relevée  par  les  notes  de  l'éditeur. 
Sans  doute  le  poème  a  ses  défauts,  et,  au  nombre  des  plus  graves  de  ces  défauts, 
on  doit  mettre  des  longueurs  qui  nous  impatienteraient  davantage,  si  nous  n'étions 
disposés  à  beaucoup  pardonner  à  un  homme  qui  a  profondément  aimé',  et  si, 
d'ailleurs,  les  pages  incolores  et  vides  que  l'on  rencontre  cà  et  là  n'étaient  pas 
cent  fois  rachetées  par  tant  d'autres  pages  gracieuses  et  animées. 

L'éditeur  signale  ainsi  (p.  xiij)  les  problèmes  qu'il  avait  à  résoudre  :  «  Ma- 
»  chaut,  qui  a  dit  tant  de  choses,  a  pris  soin  de  taire  le  nom  de  la  jeune  dame 
»  qui  l'avoit  inspiré,  le  temps  où  le  poème  fut  écrit,  les  lieux  où  s'étoient  passées 
»  les  aventures,  enfin,  l'âge  auquel  il  étoit  alors  parvenu  lui-même.  «  En  ce 
qui  regarde  l'âge,  M.  P.  prouve,  à  l'aide  d'ingénieux  rapprochements,  que 
Guillaume  de  Machaut  a  dû  naître,  non  vers  1296,  comme  l'a  cru  M.  Tarbé, 
l'éditeur  de  quelques  extraits  de  ses  poésies  ^  encore  moins  en  1284,  comme  l'a 
pensé  M.  Fétis  (^Biographie  des  Musiciens),  mais  de  1311  à  1316,  et  que,  par 
conséquent,  lorsqu'il  reçut  le  doux  message  qui  fut  l'origine  du  Voir  dit,  il  frisait 
ou  même  dépassait  un  peu  cette  terrible  cinquantaine  à  partir  de  laquelle,  selon 
la  mélancolique  parole  de  Bassompierre,  on  peut  bien  aimer  encore,  mais  on  ne 
doit  plus  s'attendre  à  être  aimé.  M.  P.  n'établit  pas  moins  sûrement  que  le  Voir 
dit,  au  lieu  d'avoir  été  composé  en  1348,  comme  l'a  prétendu  M.  Tarbé,  fut 
écrit  en  1363  et  1364.  Enfin  —  et  c'est  là  le  plus  important  des  résultats 

Nouvelle  Hèldise,  envoya  vainement  à  Jean-Jacques  Rousseau  une  déclaration  d'amour,  et 
que  Bettina,  après  la  lecture  des  poésies  de  Gœthe,  adressa,  non  inutilement,  des  lettres 
du  ton  le  plus  chaud  à  ce  vieillard  bientôt  septuagénaire. 

1.  Machaut  s'excuse  ainsi  (p.  21)  de  sa  prolixité  :  «  et  se  je  vous  escris  trop  longue- 
«  ment,  si  me  le  pardonnes,  car  de  l'abondance  du  cuer  la  bouche  parle.  »  L'auteur 
annonce  (p.  17)  qu'il  y  aura  d'inévitables  répétitions  dans  son  livre. 

2.  Poésies  de  G.  de  Machaut,  1849.  La  publication  a  été  faite  avec  une  insigne  négli- 
gence. Voir,  par  exemple,  à  V Appendice  du  présent  volume,  p.  384  et  38$ ,  le  véritable 
texte  d'une  des  épîtres  si  mal  éditées  par  M,  Tarbé. 


^Ç)6  REVUE   CRITIQUE 

obtenus  —  il  est  incontestable  que  l'héroïne  du  chanoine  de  Reims  n'a  pas  été 
Agnès  d'Evreux,  sœur  du  roi  de  Navarre  Charles  le  Mauvais,  mariée  en  1 349  à 
Gaston  Phébus,  comte  de  Foix  ',  mais  une  «  gente,  jolie  et  joincte  »  champe- 
noise, Peronne  ou  Peronelle  d'Unchair,  dame  d'Armentières,  fille  de  messire 
Gauthier  d'Unchair,  seigneur  d'Armentières,  et  de  Peronne  de  Jouveignes  ou 
Jouveniaus^,  ladite  dame  d'Armentières  alors  orpheline,  sous  la  tutelle  de  son 
beau-père  ou  parâtre  Jean  de  Conflans,  seigneur  de  Vielmaisons  en  Brie'.  C'est 
dans  les  anagrammes  du  Voirait  que  M.  P.  a  découvert  les  noms  des  deux 
amoureux  :  Guillaume  de  Machaut,  Péronnelle  d'Armentières;  c'est  dans  les  poésies 
d'Eustache  Deschamps,  bailli  de  Valois,  le  meilleur  élève  de  l'auteur  du  Voir  dit^, 
et  dans  l'Histoire  généalogique  des  grands  officiers  de  lu  Couronne  i,  qu'il  a  trouvé 
l'éclatante  confirmation  de  sa  découverte.  Si  l'on  me  demande  ce  que  devint  la 
châtelaine  d'Armentières,  je  répondrai  que  malheureusement  l'on  n'en  sait  rien, 
et  que  M.  P.  conjecture  qu'elle  se  maria,  sans  laisser  de  postérité. 

Soit  dans  les  notes  mises  au  bas  des  pages,  soit  dans  les  Notes  et  corrections 
rejetées  à  l'Appendice  (p.  385-408),  soit  enfin  dans  le  Glossaire,  où  sont  recueillis 
plusieurs  mots  qui  manquent  à  tous  nos  autres  glossaires  (p.  383-408),  l'éditeur 
a  réuni  tous  les  éclaircissements  que  pouvait  désirer  l'homme  le  moins  familiarisé 
avec  la  langue  du  xiv^  siècle 6.  Grâce  à  tant  d'habiles  précautions,  le  Voir  dit  est 
d'une  lecture  aussi  facile  et  aussi  attrayante  que  celle  d'un  de  nos  meilleurs 
romans  contemporains.  T.  de  L. 

1.  C'est  M.  de  Caylus  (Mémoire  sur  G.  de  Machaut,  dans  le  Recueil  de  l'Académie  des 
Inscriptions,  t.  XX,  p.  417)  qui,  le  premier,  a  mis  en  circulation  cette  inadmissible  hypo- 
thèse, aveuglément  adoptée  par  M.  Tarbé. 

2.  M.  P.  croit  (p.  ij)  que  la  maison  de  Jouveignes  n'est  autre  (jue  la  maison  deJouvenel, 
et  il  appelle  l'attention  des  lecteurs,  en  une  judicieuse  note  (p.  i|  et  iij)  sur  la  nécessité 
de  soumettre  à  un  nouvel  examen  l'opinion  du  P.  Anselme  et  des  généalogistes  à  la  suite, 
touchant  l'origine  de  la  famille  de  Jouvenel,  qui  semble  bien  être  une  branche  de  la  grande 
maison  italienne  des  Ursins  ou  Orsini. 

3.  L'éditeur  ne  manque  pas  de  rappeler  (p.  xxv)  que  Charlotte  Jouvenel  des  Ursins, 
mariée  à  Eustache  de  Conflans,  vicomte  d'Ouchy  Le  Chastel,  «  amoureuse  de  la  poésie 
»  non  moins  que  sa  très  arrière  parente,  et  d'humeur  non  moins  tendre,  choisit  pour 
»  amant  favorisé  le  grand  poète  François  de  Malherbe,  ainsi  devenu  le  nouveau  Guillaume 
»■  de  cette  nouvelle  Péronnelle.  »  M.  P.  ajoute  que  plus  jeune  que  Machaut,  Malherbe 
fut  en  revanche  plus  rude  que  lui  et  que  dans  sa  jalouse  fureur,  il  alla,  le  brutal!  — (Ha- 
bemus  confitentem  reum)  —  jusqu'à  battre,  un  jour,  la  belle  vicomtesse  d'Ouchy. 

4.  E.  Deschamps,  à  la  mort  du  poète  C'377),  crut  devoir  adresser  à  Peronne,  pour  la 
consoler,  une  ballade  où  il  lui  parle  avec  une  touchante  sympathie  (édition  Crapelet,  p.  82) 
de  ce 

Machaut  qui  tant  vous  a  aimé 

Et  qui  estoit  la  fleur  de  toute  flours. 

J.T.  VI,  p.  145. 

6.  A  la  p.  110,  note  i,  sous  le  mot  Saint  Gravais,  M.  P.  met  :  a  S.  Caprais  ou  Ca- 
»  praise,  abbé  de  Lérins.  »  Ne  serait-ce  pas  S.  Caprais,  évêque  d'Agen ,  qui,  ainsi  que 
sa  contemporaine  sainte  Foy,  jouit,  au  moyen-âge,  d'une  assez  grande  popularité?  —  On 
lit  (p.  137,  note  1),  à  propos  du  mot  cabre,  chèvre  :  «  Cabri  se  dit  encore  en  Cham- 
»  pagne.  »  Cabri  se  dit  bien  ailleurs,  et  notamment  en  Gascogne,  où  l'expression  5du/«r 
comme  un  cabri  est  sans  cesse  employée  dans  la  conversation  familière.  —  Au  sujet  du 
mot  haire,  ennui  (p.  271,  note  ?),  M.  P.  s'exprime  ainsi  :  <■<  On  dit  encore  dans  un  sens 
»  analogue  en  Champagne  :  quel  haria!  »  Ce  n'est  pas  seulement  en  Champagne,  mais  un 
peu  partout  en  France,  et  même  à  Paris,  que  l'on  a  conservé  le  mot  haria.  —  Enfin,  à 
la  dernière  ligne  de  la  p.  402,  nous  trouvons  cette  assertion  qui  n'est  exacte  qu'à  demi  : 


d'histoire  et  de  littérature.  397 

122.  —  Œuvres  de  Jean  Rus,  poète  bordelais  de  la  première  moitié  du  XVI*  siècle, 

Eubliées  d'après  l'exemplaire  unique  qui  paraisse  subsister,  par  Philippe  Tamizey  de 
lARROQUE.  Paris,  Claudin.  1875.  In-S",  73  p.  {Collection  méndionale,  tome  sixième). 
—  Prix  :  5  fr. 

C'est  la  bibliothèque  d'Auch  qui  possède  le  seul  exemplaire  connu  des  poésies 
de  Jean  Rus;  c'est  un  petit  volume,  imprimé  à  Tholoze  par  Guy  on  Boudeville  en 
1540.  Il  contient  quelques  pièces  couronnées  aux  jeux  floraux  de  Toulouse  et 
un  petit  nombre  d'autres  pièces.  Les  recherches  diligentes  de  M.  Tamizey  de 
Larroque  et  d'autres  personnes  fort  compétentes  n'ont  rien  révélé  sur  ce  person- 
nage, en  dehors  de  l'estime  singulière  où  l'ont  tenu  plusieurs  de  ses  contempo- 
rains et  compatriotes.  On  le  présente  volontiers,  dans  les  pièces  faites  à  son 
honneur  et  jointes  suivant  l'usage  à  son  volume,  comme  un  émule  et  même  un 
futur  vainqueur  de  Marot.  Il  mourut  sans  doute  jeune,  peu  de  temps  après  ses 
premiers  vers,  et  ne  réalisa  pas  ce  pronostic,  mais  le  peu  qui  nous  reste  de  lui 
fait  comprendre  qu'on  ait  pu  le  porter.  Il  montre  dans  ses  quelques  vers,  à  des 
doses  plus  faibles,  l'élégance  du  poète  de  Cahors  unie  à  la  grâce  molle  et  un  peu 
délayée  de  Saint-Gelays.  Ses  épigrammes,  toujours  soigneusement  écrites,  sont 
assez  fades;  ses  blasons  ne  méritent  pas  à  mon  sens  les  éloges  que  leur  donne 
l'éditeur;  mais  une  de  ses  pièces,  le  Triste  Chant  d'une  dame  abandonnée  par 
son  amant,  est  d'un  sentiment  tendre  et  d'une  heureuse  simplicité  de  forme  qui 
la  mettent  au  premier  rang  parmi  les  petites  poésies  françaises  antérieures  à  la 
Pléiade  : 

«  Plus  tost  la  mer  seichera,  »  Or  tumbez,  les  cieux,  en  bas! 

Disois  tu,  «  que  je  vous  laisse  ;  Or  soit  la  mer  asseichée! 

Plus  tost  le  ciel  tumbera  Mon  amy  ne  m'ayme  pas, 

Que  nostre  amour  se  rabaisse.  »  Ains  aultre  dame  a  cherchée,  etc. 

M.  T.  de  L.  a  sauvé  Rus  comme  il  avait  sauvé  Imbert  (voy.  Rev.  ait.  1872, 
art.  54),  survivant  aussi  dans  un  exemplaire  unique.  Grâce  à  lui,  la  littérature 
française  saura  qu'elle  a  perdu  dans  le  jeune  lauréat  des  Jeux  floraux  en  i  $40 
sinon  un  grand  poète,  au  moins  l'espérance  d'un  vrai  poète. 

L'édition  est  la  reproduction  de  Pimprimé,  avec  des  notes  explicatives  fort 
bonnes,  et  dont  plusieurs,  qui  portent  sur  des  noms  cités  par  Rus,  ont  demandé 
des  recherches  :  on  sait  que  M.  T.  de  L.  ne  plaint  pas  sa  peine  en  semblable  occur- 
rence. —  Au  lieu  de  longis,  signifiant  «logis»,  p.  28,  je  lirais  lougis  (c'est  sans 
doute  une  forme  gasconne,  mais  les  gasconismes  sont  fréquents  dans  notre 
poète);  p.  32,  V.  9,  dicts,  1.  dict;  une  faute  d'impression  (ancienne  ou  moderne i*) 
plus  grave  est  vouldra  pour  vauldra,  p.  27,  v.  9.  Ces  trois  erreurs  se  trouvent 
précisément  dans  le  Triste  Chant.  —  Dans  une  note  envoyée  à  l'éditeur,  M.  R. 
Dezeimeris,  trouvant  obscur  ce  vers  :  Rose,  sur  l'œuvre  naturelle,  propose  de 
corriger  l'œuvre  surnaturelle  (ou  d'admettre  une  tmèse  tout  à  fait  impossible).  Ce 
n'est  pas  nécessaire;  le  vers,  si  je  ne  me  trompe,  signifie  :  au-dessus  de  ce  que 

«  La  caroie  étoit  la  ronde  aux  chansons  que  les  petits  enfants  seuls  pratiquent  encore.  » 
D'autres  que  les  petits  enfants  se  livrent  aux  joies  de  cette  danse  primitive,  et,  dans  le 
sud-ouest  de  la  France,  le  soir  des  jours  de  moisson,  des  jours  de  vendanges,  et  souvent, 
le  dimanche,  après  les  vêpres,  jeunes  gens  et  jeunes  filles  marquent  à  la  fois  de  la  voix  et 
du  pied  l'entraînante  cadence  de  la  caroie. 


398  REVUE   CRITIQUE 

produit  la  nature,  supérieure  à  toutes  les  productions  naturelles  (c'est  la  même  pensée 
que  celle  de  l'épigr.  de  la  belle  Barralis,  p.  41),  la  leçon  proposée  ne  convient 
d^ailleurs  pas  au  contexte.  G.  P. 

125.  — BoNAVENTURE  DES  Périers.  Lc  Cymbalum  mundi,  texte  de  l'édition 
princeps  de  1 537,  avec  notice,  commentaire  et  index,  par  Félix  Frank.  Paris,  Le- 
merre.  In-8',  lxxvii-ij3  p.  —  Prix  :  7  fr.  50. 

De  tous  les  pamphlets  du  xvi^  siècle,  il  en  est  peu  qui  ait  trouvé  autant  d'édi- 
teurs et  de  commentateurs  que  le  Cymbalum  mundi;  l'originalité  des  idées,  l'ex- 
cellence du  style  l'ont  toujours  fait  rechercher,  et  l'obscurité  de  certains  passages 
a  piqué  au  vif  la  curiosité  des  érudits.  L'édition,  dont  nous  rendons  compte,  est 
bien  la  quatrième  originale  de  notre  siècle ,  et  l'auteur  a  réussi  à  préciser  pluS' 
que  ses  devanciers  le  sens  énigmatique  de  ces  quatre  dialogues. 

Si  Bonaventure  est  un  des  meilleurs  écrivains  de  la  France  au  xvi''  siècle,  il 
en  est  aussi  l'un  des  plus  obscurs,  et  sa  fréquentation  a  fini  par  influer  sur  l'esprit 
de  son  éditeur,  M.  Frank,  qui  dans  son  désir  d'expliquer  certains  passages, 
est  tombé  parfois  dans  une  subtilité  encore  plus  grande  que  celle  de  l'auteur. 
C'est  là  en  effet  un  défaut  contre  lequel  il  faut  se  prémunir  dans  l'étude  de  ces 
auteurs  allégoriques;  on  finit,  en  ayant  toujours  devant  les  yeux  des  pensées  et 
des  expressions  à  double  sens,  par  voir  une  intention  là  où  il  n'y  a  que  hasard 
pur. 

Cette  réserve  faite,  nous  reconnaîtrons  bien  volontiers  qu'on  ne  peut  que 
donner  des  éloges  à  l'annotation  et  à  l'introduction  en  général  ;  l'une  et  l'autre 
sont  extrêmement  étudiées  et  donnent  à  l'ouvrage  son  véritable  sens.  C'est  bien 
là  l'écrit  de  ce  des  Périers,  aussi  ennemi  des  protestants  que  des  catholiques, 
franchement  athée,  gabeur  et  railleur,  mettant  aux  prises  tous  les  théologiens  du 
temps,  transformant  le  Christ  en  Mercure  et  lui  faisant  voler  la  Bible  au  cabaret. 
Ce  lumineux  commentaire  nous  fait  sentir  pourquoi  les  Sorbonnastres,  qui  pou- 
vaient facilement  comprendre  des  expressions  que  nous  n'interprétons  aujourd'hui 
qu'à  force  d'érudition,  ont  si  bien  poursuivi  ce  livre,  qu'aujourd'hui  il  ne  reste 
plus  qu'un  seul  exemplaire  de  l'édition  originale. 

Outre  cette  recherche  des  explications  un  peu  subtiles,  le  commentaire  de 
M.  F.  présente  encore  un  autre  léger  défaut.  Quelquefois  les  arguments  ne  sont 
pas  rangés  dans  un  ordre  bien  logique  et  ne  s'enchaînent  pas  rigoureusement. 
Signalons  par  exemple  l'histoire  de  l'exemplaire  du  cabinet  Roze  et  de  l'exemplaire 
de  Versailles.  Ce  n'est  qu'à  force  de  réflexion  qu'on  arrive  à  deviner  à  quoi 
l'auteur  veut  en  venir,  et  la  suite  du  raisonnement  laisse  fort  à  désirer.  Ailleurs 
nous  relèverons  quelques  subtilités,  comme  l'explication  de  tout  à  un  et  de  vertu 
née,  fin  de  deux  vers  de  Bonaventure.  Ailleurs  encore,  trouvant  dans  l'exemplaire 
original  la  faute  d'impression  suivante  :  Phlegon  le  cheval  pour  Phlegon  Le  cheval, 
M.  F.  y  trouve  tout  un  anagramme,  haine  ou  paine  lève  col  (p.  Ixvij).  Nous 
sommes  tout  disposé  à  reconnaître  avec  lui  que  le  Cymbalum  mundi  «  est  plein 
»  d'anagrammes  et  d'arrangements  de  mots  subtils;  »  mais  ici  il  va  réellement 
trop  loin  et  attribue  à  des  Périers  des  idées  trop  mystérieuses.  Il  ne  nous  reste 
plus  qu'à  relever  quelques  points  de  détail  sans  grande  importance. 


d'histoire  et  de  littérature.  599 

P.  V  et  suiv.  L'auteur  se  montre  trop  sévère  pour  l'édition  de  M.  Lacour, 
qui  malgré  ses  imperfections  était  certainement  en  progrès  sur  les  précédentes. 
Quelquefois  même  on  trouve  dans  ces  reproches  une  nuance  d'acrimonie  et  de 
vivacité  qu'il  faut  toujours  éviter  en  pareil  cas. 

P.  Ixv  et  suiv.  et  ioj-108.  M.  F.  se  livre  à  une  longue  dissertation  pour 
retrouver  le  sens  des  trois  mots  plus  ou  moins  grecs,  prononcés  par  Mercure,  et 
renfermant  une  adjuration  au  cheval  Phlegon  d'avoir  à  parler.  Son  explication 
est  peu  concluante,  et  il  n'y  arrive  qu'au  moyen  de  remaniements  successifs-  dans 
la  forme  de  ces  mots.  ^^m$%fi':i^ 

P.  62-3.  Dans  l'interprétation  du  nom  de  Curtalius,  M.  F.,  qui  a  prouvé 
d'une  façon  péremptoire  que  ce  personnage  et  son  acolyte  Byrphanes  sont  des 
prêtres  de  l'Église  catholique,  trafiquant  des  indulgences,  essaie  vainement  de 
lui  trouver  une  étymologie  satisfaisante  ;  il  y  voit  successivement  le  sens  de  ton- 
suré, de  élevé  dans  un  monastère,  croyant  faussement  que  le  mot  latin  curîis 
ne  s'entend  au  moyen-âge  que  d'un  domaine  ecclésiastique,  enfin  d'officier  ecclé- 
siastique. Nous  avouons  n'avoir  point  d'explication  à  proposer;  mais  aucune  de 
celles  qui  précèdent  n'est  acceptable  et  il  faudrait  chercher  ailleurs. 

Malgré  ces  petites  erreurs  ou  ces  légères  taches,  nous  ne  ferons  aucune  diffi- 
culté de  reconnaître  que  cette  édition  du  Cymbalum  peut  être  regardée  comme 
définitive,  et  que  le  commentaire  de  M.  F.  en  a  une  fois  pour  toutes  fixé  le  sens 
et  indiqué  la  portée. 

SOCIÉTÉS  SAVANTES.  ;. 

ACADÉMIE    DES    INSCRIPTIONS   ET   BELLES-LETTRES. 

Séance  du  1 1  juin  1 87  5 . 

Le  ministre  de  l'instruction  publique  transmet  divers  mémoires  des  élèves  de 
l'école  archéologique  de  Rome,  envoyés  par  M.  A.  Dumont,  savoir  :  —  Étude 
sur  quelques  distinctions  extraordinaires  en  usage  sous  l'empire,  par  M.  Bloch  ; 
—  Du  classement  des  mss.  de  la  i«  décade  de  Tite  Live,  par  M.  Riemann;  — 
Étude  sur  l'œuvre  inédite  de  Jacques  Grimaldi,  par  M,  Mùntz;  —  Description 
et  classement  des  mss.  de  Bertrand  de  Born,  et  Notice  sur  le  ms.  de  Salimbene, 
par  M.  L.  Clédat;  —  Étude  sur  la  plus  ancienne  rédaction  du  Liber  ponîificalis, 
par  M,  l'abbé  Duchesne.  .  m  i^^:-î'.mmi'î^.-ît^'. 

M.  Duruy  présente  de  la  part  de  M.  Maspero  un  vol.  hititulé  Histoire^ ancienne 
des  peuples  de  l'Orient  jusqu'à  la  conquête  d'Alexandre,  Paris,  1875. 

L'académie  se  forme  en  comité  secret.  A  la  reprise  de  la  séance  publique,  elle 
décerne  au  scrutin  le  premier  prix  Gobert  à  M.  Lecoy  de  la  Marche,  pour  son 
Histoire  du  roi  René  et  son  vol.  intitulé  Comptes  et  mémoriaux  du  roi  René,  et  le 
second  prix  à  M.  Paillard,  pour  son  Histoire  des  troubles  religieux  de  Valenciennes 
(i  560-1  $69)  et  son  Discours  sur  les  causes  des  troubles  des  Pays-Bas. 

Le  prix  du  concours  Bordin,  sur  ce  sujet  :  Étude  philologique  et  critique  du 
texte  des  œuvres  de  Sidoine  Apollinaire,  est  décerné  au  mémoire  n"  1 .  L'enve- 
loppe cachetée  qui  contient  le  nom  de  l'auteur  de  ce  mémoire  est  ouverte.  C'est 
M.  Ém.  Châtelain,  élève  de  l'école  des  hautes  études. 

M.  Renan  lit  ua  passage  d'une  lettre  de  M.  Clermont-Ganneau,  en  date  du 


400  REVUE    CRITIQUE    D'HISTOIRE    ET    DE    LITTÉRATURE. 

2  avril  1 87 1 ,  qu'il  avait  communiquée  à  l'académie  le  26  janvier  1872,  Dans 
cette  lettre  était  déjà  présentée  l'identification  de  l'ancienne  ville  d'Adoullam  avec 
la  localité  appelée  aujourd'hui  'Edelmiyé,  qui  vient  d'être  annoncée  en  Angle- 
terre comme  une  découverte  nouvelle  d'un  explorateur  anglais. 

M.  Egger  présente  de  la  part  du  traducteur  Les  plaidoyers  civils  de  Démosthène, 
trad.  etc.  par  Rod.  Dareste,  2  vol.  in-12.  Il  fait  remarquer  que  cette  traduction 
est  la  première  qui  ait  pour  auteur  une  personne  au  fait  du  droit  et  de  la  pro- 
cédure attiques,  et  signale  les  renseignements  que  M.  Dareste  a  fournis  au  lecteur 
sur  ces  matières. 

M.  de  Longpérier  continue  la  lecture  du  mémoire  de  M.  Chabas  sur  les  poids, 
monnaies  et  mesures  des  anciens  Égyptiens. 

M.  Boutaric  termine  la  lecture  de  son  mémoire  sur  les  origines  du  régime 
féodal  et  spécialement  sur  l'immunité.  Il  pense  qu'on  doit  faire  remonter  aux 
concessions  d'immunité  l'origine  du  droit  de  justice  qui  appartenait  au  moyen  âge 
à  un  grand  nombre  de  seigneuries  ecclésiastiques.  Par  ces  concessions,  les  rois 
mérovingiens  et  carolingiens  accordaient  à  de  grands  propriétaires  fonciers, 
communautés  monastiques  ou  particuliers,  pour  toutes  leurs  terres  et  pour  celles 
qu'ils  pourraient  acquérir  à  l'avenir,  non  seulement  la  franchise  d'impôt,  mais 
l'exemption  de  l'autorité  des  agents  royaux  de  justice  et  autres.  Il  était  interdit 
à  ceux-ci  de  mettre  le  pied  sur  le  territoire  de  l'immunité;  le  propriétaire  ou  le 
chef  de  la  corporation  qui  avait  reçu  la  concession  tenait  sa  cour  où  il  présidait 
à  l'administration  de  la  justice  à  leur  place  :  nous  avons  des  procès  verbaux  de 
plaids  tenus  par  des  abbés  en  vertu  de  ce  droit.  Si  l'établissement  de  la  féodalité 
et  la  nécessité  de  respecter  les  droits  des  seigneurs  ne  permirent  plus  aux  rois 
Capétiens  cie  faire  des  concessions  de  ce  genre,  celles  que  leurs  prédécesseurs 
avaient  faites  n'en  restèrent  pas  moins  en  vigueur.  Encore  à  la  fin  du  1 3^  siècle 
on  les  voit  invoquées  en  justice  avec  succès  par  des  abbayes  désireuses  d'établir 
leur  droit  de  juridiction  :  M.  Boutaric  en  cite  deux  exemples  tirés  d'un  cartulaire 
de  S.  Maur  des  Fossés.  C'est  par  cette  origine  aussi  que  s'explique  l'extrême 
morcellement  des  juridictions  ecclésiastiques  qu'on  remarque  sous  l'ancien  régime 
et  jusqu'en  1789.  Le  territoire  d'une  ville  comme  Paris,  loin  de  ressortir  tout 
entier  à  la  justice  royale,  était  partagé  entre  divers  chapitres  ou  couvents,  qui 
exerçaient  chacun  sa  juridiction,  non  sur  une  région  compacte,  mais  sur  une 
foule  de  points  dispersés  par  toute  la  ville  :  trois  maisons  contiguës,  p.  ex.,  rele- 
vaient parfois  de  trois  seigneuries  ecclésiastiques  différentes.  Cela  vient  de  ce 
que  chacune  de  ces  corporations  avait  autrefois  reçu  par  une  concession  d'im- 
munité le  droit  de  justice  dans  tous  ses  domaines  et  par  conséquent  sur  toutes 
les  pièces  de  terre  qu'elle  pouvait  posséder  de  tous  côtés,  et  avait  depuis  toujours 
conservé  ce  droit  aux  mêmes  lieux.  Quand  des  corporations  reçurent  le  droit  de 
justice  par  concession  directe  à  une  époque  postérieure  à  celle  où  les  concessions 
d'immunité  furent  en  usage,  elles  reçurent  pour  ressort  une  région  unique  et 
compacte,  et  non  plus  des  parcelles  détachées  et  isolées  les  unes  des  autres. 

Juhen  Havet. 

Le  propriétaire-gérant  :  F.  VIEWEG. 

Nogent-ie-Rotrou,  imprimerie  de  A.  Gouverneur. 


v.<x\  'ffTopta  Twv  Ku7.)vaBwv  vY)aa)v.  Athen,  TÛTcot;  'Âve^apx.  In-8",  4i6p.(^travail 
estimable).  —  Liber  cancellariae  Stanislai  Ciolek.  2.  Th.  herausg.  v.  J.  Caro. 
Wien,  Gerold's.  In-S",  273  p.  —  Teutsch,  Geschichte  der  Siebenbûrger  Sachsen 
(cf.  Rev.  crit.,  1875,  I,  p.  179).  —  Teutsch,  Die  «  Unionen  »  der  drei  stsen- 
aischen  «  Nationen  »  in  Siebenbûrgen  bis  1 542.  Hermannstadt,  Selbstverlag. 
In-B",  70  p.  (dissertation  écrite  en  connaissance  de  cause).  —  Gantrelle, 
Ueber  Entstehung,  Charakter  und  Tendenz  von  Tacitus  Agricola.  Nacii  der_2. 
Ausg.  des  Originals  ûbers.  Berlin,  Schrœder.  In-8*,  42  p.  —  Aulularia  sive 
Querolus  (cf.  Revue  critique,  187$,  n"  24).  ■: 

Jenaer  Literaturzeitung,  1875,  n"  i  j,  27  mars.  Knobel,  Commentar  zur 
Genesis,  neu  bearb.  v.  Dillmann.  Leipzig,  Hirzel.  In-8°,  xviii-495  p.  (Schra- 
der).  —  Von  Jhering,  Der  Kampf  um's  Recht.  4.  Aufl.  Wien,  Manz.  In-8°, 
viij-96  p.  (F.  D.  Sanio).  —  Rahn,  Geschichte  der  bildenden  Kûnste  in  der 
Schweiz.  2.  Abth.  Zurich,  Staub.  In-8",  p.  193-452  (Franz  Reber).  —  Schôll, 
Karl  Nipperdey  f  am  2.  Januar  1875.  Jena,  Dufft.  In-8°,  2$  p.  (Fr.  Zarncke). 

N°  14,    3    avril.  Gr^efe,    Die  70  Jarhv/ochen  des  Propheten  Daniel. 

Leipzig,  Hinrichs'sche  B.  In-8°,  vij-56  p.  (Ad.  Kamphausen).  —  Das  samari- 
tanische  Targum  zum  Pentateuch.  Herausg.  v.  Brùll.  Th.  I-IV.  Frankfurt  a. 
M.,  Erras.  In-8°,  1-204,  '8,  39  p.  (Bernhard  Stade).  —  Von  Bethmann- 
HoLLWEG,  Der  germanisch-romanischeCivilprozess  im  Mittelalter.  Bd.  3,  Abth. 
I.  Bonn,  Marcus.  In-8°,  xj-270  p.  Stintzing).  —  Rivière,  Histoire  des  insti- 
tutions de  l'Auvergne.  T.  1.2.  Paris,  Marescq.  In-8%  xxiv-518;  545  p.  (Alph. 
Rivier).  —  Pfleiderer,  Friedrich  Wilhelm  Joseph  Schelling.  Stuttgart,  Cotta. 
In-8°,  68  p.  (Erdmann).  —  Brugsch-Bey,  Histoire  d'Egypte  (cf.  le  présent 
n°  de  la  Rev.  criî.).  —  Herdegen,  Nûrnberger  Denkwûrdigkeiten  1409-1497. 
Herausg.  v.  Theodor  Von  Kern.  Erlangen,  Besold.  In-B"*,  iv-82  p.  (Kerler). 
—  Thukydides  erkl.  v.  Classen.  Bd.  5,  5.  Buch.  Berlin,  Weidmannsche  B. 
In-8°,  188  p.  (J.  M.  Stahl).  —  Bouché-Leclerq_,  Giacomo  Leopardi,  sa  vie 
et  ses  œuvres.  Paris,  Didier.  In-8°,  viij-317  p.  (Adolf  Tobler).  —  Fragments 
d'un  mystère  provençal,  p.  p.  Chabaneau.  Périgueux,  impr.  Dupont.  ln-S°, 
16  p.  (Adolf  Tobler).  —  Alemannia.  Zeitschrift  fur  Sprache,  Litteratur  und 
Volkskunde  des  Elsasses  undOberrheins,  herausg.  v.  Birlinger.  Bd.  1.2.  Bonn, 
Marcus.  In-8°,  viij-292  p.  (Steinmeyer).  —  Henning,  Ueber  die  Sanctgallischen 
Sprachdenkmseler  bis  zum  Tode  Karls  des  Grossen.  Strassburg,  Trùbner.  ln-8°, 
xiij-159  p.  (Steinmeyer). 

Philosophische  Monatshefte.  Leipzig.  1875.  4Mivraison. 

Merx,  prof,  de  langues  orientales  à  la  Fac.  de  théologie  de  Giessen.  La  Phi- 
losophie religieuse  d'Averroès  (leçon  d'ouverture).  Sa  théorie  de  l'unité  de  l'intel- 
lect, combattue  dès  1240  par  les  chrétiens,  Alexandre  de  Haies,  Guillaume 
d'Auvergne,  Thomas  d'Aquin,  etc.  — Opposition  delà  doctrine  de  Gazzali  et  de 
celle  d'Averroès;  le  premier  faisant  de  la  philosophie  la  servante,  le  second  la 
sœur  de  la  religion.  Antagonisme  des  deux  écoles. 

Histoire  critique  de  la  philosophie,  de  son  origine  jusqu'à  nos  jours,  de  Dûhring 
(2*  édit.  1 873).  La  philosophie  repose  sur  le  concours  de  deux  choses  :  le  savoir 
et  le  vouloir.  Elle  a  deux  principes  :  positivité  et  sentiment.  Il  distingue  dans  son 
histoire  trois  périodes  :  les  spéculations  grecques  ;  la  philosophie  moderne  vivi- 
fiée par  l'esprit  scientifique;  la  période  allemande. 

Nouvelles  études  sur  l'histoire  de  la  Civilisation  et  de  la  Littérature  de  Karl  Rosen- 
kranz. 

Réponse  de  Brentano  à  Horwicz  au  sujet  de  diverses  critiques  sur  la  psycho- 
logie. 

Bibliographie.  Variétés  :  La  Société  académico-philosophique  de  Leipzig. 


BULLETIN    BIBLIOGRAPHIQUE 
DES  PRINCIPALES   PUBLICATIONS   FRANÇAISES   ET    ÉTRANGÈRES. 

AVIS.  —  On  peut  se  procurer  à  la  librairie  A.  Franck  tous  les  ouvrages 
annoncés  dans  ce  bulletin ,  ainsi  que  ceux  qui  font  l'objet  d'articles  dans  la 
Revue  critique.  Elle  se  charge  en  outre  de  fournir  très-promptement  et  sans 
frais  tous  les  ouvrages  qui  lui  seront  demandés  et  qu'elle  ne  posséderait  pas  en 
magasin. 


Assier  (A.).  Napoléon  I"  à  l'école  royale 
militaire  de  Brienne^  d'après  des  docu- 
ments authentiques  et  inédits,  1779- 1784. 
In-8",  48  p.  et  portr.  Paris  (Champion). 

Baif  (J.-A.).  Poésies  choisies,  suivies  de 
poésies  inédites  ;  publiées  avec  une  notice 
sur  sa  vie  et  ses  œuvres,  des  appendices 
bibliographiques,  des  spécimens  des 
Etrennes  et  des  chansonnettes,  un  tableau 
de  la  prononciation  au  XVI*  siècle,  des 
notes  et  des  index,  par  L.  Becq  de  Feu- 
quières.  Edit.  ornée  d'un  portrait  gravé 
à  l'eauforte  par  M.  A.  Féart.  In- 1 8  jésus, 
xl-392  p.  Paris  (Charpentier).     3  fr.  50 

Boutroux  (E.).  De  veritatibus  aeternis 
apud  Cartesium.  In-8',  71  p.  Paris  (G. 
Baillière). 

Brachet  (  A .  ) .  Morceaux  choisis  des  grands 
écrivains  du  XVI'  siècle,  accompagnés 
d'une  grammaire  et  d'un  dictionnaire  de 
la  langue  du  XVI«  siècle.  In- 1 2,  cj-3  3  2  p. 
Paris  (Hachette  et  C).  3  fr. 

Carné  (de).  Étude  sur  la  vie  et  les  ouvrages 
de  M.  de  Chateaubriand.  In-8',  72  p. 
Paris  (Douniol  et  C"). 

Caverni  (K.).  Problemi  naturali  di  Gali- 
leo  Galilei  e  di  altri  autori  délia  sua  soucia. 
In-i6,xviij-268p.  Firenze(Sansoni).  3f.  50 

Claretie  (J.).  Les  derniers  Montagnards, 
Histoire  de  l'insurrection  de  Prairial  an  III 
(1795),  d'après  les  documents  originaux. 
In-8',  273  p.  Paris  (Polo).  4  fr. 

Cocheris  (H.).  Entretiens  sur  la  langue 
française.  Histoire  de  la  grammaire, 
origine  et  permutation  des  lettres,  for- 
mation des  mots ,  préfixes ,  radicaux  et 
suffixes.  In- 16,  398  p.  Paris  (lib.  de 
l'Echo  de  la  Sorbonne).  2  fr.  50 

Guarducci  (E.).  De  Pétri  in  urbem 
romam  adventu  :  disquisitio  historica. 
In- 16,  40  p.  Bononiae  (tip.  Mareg- 
giani). 

Jackson  (W.).  ThePhilosophy  ofNatural 
Theology  :  on  Essay  in  Confutation  of 
the  Scepticism  of  the  Présent  Day.  In-8°, 
cart.  London  (Hodder  et  S.).         i  $  fr. 

La  Lumia  (J.).  I  romani  e  le  guerre  ser- 


vili  in  Sicilia.  2a  ediz.  In-i6,  164  p. 
Roma-Torino-Firenze  (Lœscher).  3  f.  50 
IiC-wes  (G.  H.).  Problems  of  Life  and 
Mind.  Vol.  i.  3d  Edit.  In-8-,  482  p. 
cart.  London  (Trùbner).  1 5  ir. 

Moran.  Spicilegium  Ossoriense;  being  a 
Collection  of  original  Letters  and  Papers 
illustrative  of  the  History  of  the  Irish 
Church,  from  the  Reformation  to  the 
year  1800.  1.  séries.  In-4'',  530  p.  Half- 
bound.  London  (Simpkin).  20  fr. 

Reddition  de  la  ville  de  Lons-le-Saulnier 
en  1 595.  Enquête  contemporaine  sur  cet 
événement.  In-8",  12  p.  Lons-le-Saulnier 
(imp.  Gauthier  frères). 

Revillout  (E.).  Le  Concile  de  Nicée  et  le 
Concile  d'Alexandrie.  Étude  historique 
sur  l'assemblée  confirmatrice  et  promul- 
gatrice  présidée  par  Saint  Athanase  en 
l'année  362  d'après  les  textes  coptes. 
In-8°,  64  p.  Paris  (Palmé). 

Rolland  (E.).  Vocabulaire  du  patois  ou 
pays  messin  tel  qu'il  est  actuellement 
parlé  à  Rémilly  (ancien  département  de 
la  Moselle,  canton  de  Pange).  In-8°, 
18  p.  Paris  (lib.  Franck). 

Rosenzweig  fL.).  Recherches  historiques 
dans  les  archives  départementales,  com- 
munales et  hospitalières,  Hôtel-Dieu  de 
Vannes.  In-i8,  p.  237-292.  Vannes  (imp. 
(Galles). 

Schleicher  (A.).  A  Compendium  of  the 
Comparative  Grammar  of  the  Indo-Euro- 
pean,  Sanskrit,  Greek  and  Latin  Lan- 
guages.  Translated  from  the  3d  German 
Edition  by  H.  Bendall.  Part  i.  In-8°, 
180  p.  cart.  London  (Trûbner).  9fr.  jo 

Sutta  Nipâta;  or  Dialogues  and  Dis- 
courses of  Gotama-Buddha.  Translated 
from  the  Pâli,  with  Introduction  and 
Notes  by  Sir  M.  Coomara  Swâmy.  In-8», 
196  p.  cart.  London  (Trùbner).  7  f.  50 

Virenque  (M.).  Des  monuments  dits  cel- 
tiques et  des  légendes  populaires  du  can- 
ton de  Cormes  et  de  ses  environs.  In-S", 
18  p.  Rodez  (imp.  Ratery). 


Nogent-le-Rolrou,  Imprimerie  de  A.  Gouverneur. 


N'  26  Neuvième  année.  26  Juin  1875 

REVUE  CRITIQUE 

D'HISTOIRE   ET  DE  LITTÉRATURE 

RECUEIL  HEBDOMADAIRE  PUBLIÉ  SOUS  LA  DIRECTION 

DE  MM.  C.  DE  LA  BERGE,  M.  BRÉAL,  G.  MONOD,  G.  PARIS. 


Secrétaire  de  la  Rédaction:  M.  Stanislas  Guyard. 


Prix   d'abonnement  : 

Un  an,  Paris,  20  fr.  —  Départements,  22  fr.  —  Étranger,  le  port  en  sus 

suivant  le  pays. 


PARIS 
LIBRAIRIE    A.    FRANCK 

F.    VIEWEG,    PROPRIÉTAIRE 
67,  RUE  RICHELIEU,  67 


Adresser  toutes  les  communications  à  M.  Stanislas  G u yard,  Secrétaire  de  la 
Rédaction  (au  bureau  de  la  Revue  :  67,  rue  Richelieu). 

ANNONCES 

^mÊmmmmmmÊa^imÊa^m^ÊmÊÊimmm^^mmmÊÊmmmÊitm^Ê^ÊmmmmmmÊÊmtJÊÊamÊÊÊÊÊm^mmÊm^mmmmÊmmÊÊÊimm^m^^^mm^mÊmm^imt^^^ai^ÊmmmmmmÊm 

En  vente  à  la  librairie  A.  Franck,  F.  Vieweg  propriétaire, 
67,  rue  de  Richelieu. 

MT7  TiJt  r\  T  D  t?  C     ^^^^  Société  de  linguistique.  T.  IL  5e  fasci- 
Ej  iVl  vJ  1  rv  C<  O     cule  (complément  du  volume) .  4  fr. 

Contenu:  H.  Kern,  le  suffixe  ya  du  sanscrit  classique,  ia  de  l'arien, — L.Havet, 
Note  sur  l'article  précédent.  —  D'Arbois  de  Jubainville,  les  thèmes  celtiques  en  5. 
—  M.  Bréal,  Umbrica.  —  L.  Havet,  sur  les  palatales  sanscrites. —  A.  Bergaigne, 
du  rôle  de  la  dérivation  dans  la  déclinaison  indo-européenne.  —  Variétés  : 
M.  Bréal,  Frères  jumeaux  dans  le  vocabulaire  latin.  —  Caro,  carnis.  — Vilis.  — 
Masiicare.  —  KaXcç.  —  Latin  sus,  sur.  Ombrien  sururont,  surur.  —  Indulgere. — 
Sanscrit  sva  pour  su  «  bien  «.  —  A.  Bauer,  de  la  double  origine  de  l'article  alle- 
mand. —  L.  Havet,  sur  la  déclinaisiVi  des  thèmes  féminins  en  a.  —  Le  locatif 
ombrien.  —  F.  Baudry,  Notice  sur  k  suffixe  participial  -ant.  —  J.  Darmesteter, 
Nomen,  nâman.  —  Index. 

COLLECTION    PHILOLOGIQUE    (ANCIENNE  SÉRIE) 

5e  FASCICULE. 

A-'*      tv  1    1     1    LLi  Iv    Les  noms  de  famille.  j  fr.  50 


G.  PARIS 


Les  Contes  orientaux  dans  la  littérature  française  du 
moyen-âge.  Broch,  in-S».  i  fr. 


PÉRIODIQUES. 

Revue  de  l'Instruction  publique  (supérieure  et  moyenne)  en  Belgique,. 
XXIIP  année.  Nouv.  série.  T.  XVIII,  jMivr.  Note  sur  le  programme  des  cours 
des  athénées  royaux  (S.  X.).  —  Des  liens  qui  unissent  la  musique  à  la  philologie 
(Gevaert). —  Les  fragments  de  la  plupart  des  ouvrages  attribués  au  logographe 
Denys  de  Milet  appartiennent  à  Denys  de  Mitylène  (R.  de  Block).  —  Note  sur 
Léon  De  Pella.  —  Étude  sur  Lafontaine  (A.  Brauch).  —  Étude  sur  Marivaux. 
Le  paysan  parvenu  (Armand  Piters).  —  De  quelques  parisianismes  populaires 
et  d'autres  locutions  non  encore  ou  mal  expliquées  (Ch,  Nisard,  -jésuite).  — 
Comptes-rendus.  Egger,  Notions  élémentaires  de  grammaire  comparée  (0.  M. 
cf.  Rev.  ait.  du  3  avril).  —  Platus,  Aulularia,  p.  p.  E.  Benoist  (0.  M.).  — 
PiOT,  Les  Pagi  de  la  Belgique  et  leurs  subdivisions  pendant  le  moyen-âge  (Go- 
defroid  Kurth).  —  Bibliotheca  historica,  ou  indication  de  tous  les  ouvrages 
historiques  nouveaux  paraissant  en  Allemagne  et  à  l'étranger  (Godefroid  Kurth), 
—  Varia.  Sommaire  de  la  Revue  critique  d'histoire  et  de  littérature. 

The  Academy,  N"  161 ,  new  séries,  1 5  juin.  Merle  d'Aubigné,  History  of 
the  Reformation  in  Europe  in  the  Time  of  Calvin.  Transi,  by  W.  L.  R.  Gates. 
Vol.  VI.  London,  Longmans  and  Co.  (Nicholas  Pocock  :  l'auteur  n'est  pas  au 
courant  de  la  science,  surtout  en  ce  qui  concerne  la  Réforme  en  Ecosse).  — 
Thornton,  Indian  Public  Works,  and  Cognate  Indian  Topics.  London,  Mac- 
millan  and  Co.  (James  Innés  Minchin  :  cet  ouvrage  n'est  pas  si  complet  que 
celui  de  M,  Markham  sur  le  même  sujet).  —  Heckethorn,  The  Secret  Societies 
of  ail  Ages  and  Countries,  London,  Bentley  and  Son  (J,  M.  Ludlow  :  il  ressort 
de  l'article  que  cet  ouvrage  est  sans  valeur  scientifique).  —  Vattelet,  Der 
Konflikt  Vilhelms  des  Eroberers  mit  seinem  Sone  Robert  und  di  Nachfolge  im 
Englisch-Normaennischen  Reiche  im  iare  1087,  Zurich  (George  F.  Warner: 
excellente  contribution  à  l'histoire  anglo-normande).  —  Current  Literature  (notes 
de  l'éditeur).  —  Notes  and  News.  —  Notes  of  Travel.  —  An  Unpublished  Speech 
of  Lord  Wentworth,  —  Correspondence.  Who  was  the  Juge  who  Committed 
Prince  Henry?  (Cléments  R.  Markham).  —  The  Affinities  of  the  Gipsies  with 
the  Jats  (Paul  Bataillard  :  réclame  la  priorité  de  l'identification  des  Tsiganes 
avec  les  Djatts).  —  Pepys'  Diary  (George  Bell).  —  Fr,  Delitzsh,  Assyrian 
Studies,  Part  I,  The  Names  of  Animais  in  Assyrian,  Leipzig;  Lenormant,  Etudes 
accadiennes.  Vol,  II,  P.  I.  Paris,  Maisonneuve  (A.  H.  Sayce:  ces  deux  ouvrages 
contribuent  dans  une  large  mesure  au  progrès  des  études  assyriennes),  — 
Meetings  of  Societies  (Soc.  philologique  de  Cambridge,  institut  anthropologique). 

The  Athenseum,  N''2484,  5  juin.  Mullens,  Twelve  Months  in  Madagascar, 
Nisbet  and  Co.  —  Lonsdale,  The  Worthies  of  Cumberland.  Vol.  VI.  Routledge 
and  Sons  (n'est  pas  inférieur  aux  précédents  volumes).  —  The  Royal  Asiatic 
Society  (aperçu  du  rapport  annuel  que  le  journal  de  la  Société  va  publier  avant 
peu).  —  Literary  Gossip.  —  Geographical  N^tes  (récentes  découvertes  et  explo- 
rations), —  Societies  (Soc,  royale  de  littérature,  Association  britannique  d'ar- 
chéologie. Institut  anthropologique),  —  Miscellanea.  Is  Aetion  Shakespeare? 
(J.  W.  Hales), 

Literarisches  Centralblatt,  N"  24,  i  2  juin.  Volkmar,  Paulus  Rœmerbriefe, 
Zurich,  Schmidt.  In-8°,  xxij-164  p.  (commentaire  très-original).  —  Siebeck, 
Untersuchungen  zur  Philosophie  der  Griechen.  Halle,  Barthel.  In-8",  xiij-289  p. 
(quatre  essais  sur  Socrate  et  la  sophistique,  la  théorie  platonicienne  de  la  matière, 
la  théorie  aristotélicienne  de  l'éternité  de  l'univers,  les  rapports  de  la  philosophie 
d'Aristote  et  du  stoïcisme).  —  Mendelssohn-Bartholdy,  Geschichte  Griechen- 
lands  von  der  Eroberung  Konstantinopels  durch  die  Tiirken  im  J.  1455  ^^^  ^"^ 
unsere  Tage.  2  Th,  Leipzig,  Hirzel,  In-S",  viij-jyj  p,  (on  fait  de  cette  seconde 


REVUE  CRITIQUE 

D'HISTOIRE    ET    DE    LITTÉRATURE 

N'  26  —  26  Juin  —  1875 

Sommaire  :  124.  D'Eichthal,  Mémoire  sur  le  texte  primitif  du  premier  récit  de  la 
Création.  —  125.  Brandes,  Mémoires  sur  l'histoire  ancienne  de  l'Orient.  —  126. 
Ei-Lis,  Peruvia-Scythica.  —  127.  Davis,  Journal  d'un  voyage  en  Asie-Mineure.  — 
128.  Merwart,  Le  premier  conflit  de  la  Pologne  avec  l'Allemagne.  —  1 29.  Molière, 
Le  Misanthrope,  Les  Femmes  savantes,  Les  Précieuses  ridicules,  Le  Tartuffe,  Le  Bourgeois 
gentilhomme,  p.  p.  Laun.  —  130.  Kuhff,  Géographie  de  l'Allemagne  en  allemand. 
—  Sociétés  savantes  :  Académie  des  inscriptions. 


124.  —  Mémoire  sur  le  texte  primitif  du  1"  récit  de  la  Création  (Genèse, 
ch.  I-II,  4),  suivi  du  texte  du  2«  récit,  par  M.  Gustave  d'Eichthal.  Paris,  Sandoz  et 
Fischbacher.  1875.  ^-8",  viij-8o  p. 

I. 

La  cosmogonie  du  peuple  hébreu,  qui  ouvre  le  livre  de  la  Genèse,  nous  a 
toujours  paru  d'une  clarté  transparente  et  d'une  extrême  simplicité.  Avant  tout, 
Dieu  créa  le  ciel  et  la  terre;  la  terre  est  toute  confusion,  les  ténèbres  enveloppent 
la  masse  liquide,  et  le  vent  s'agite  sur  la  surface  des  eaux.  Soudain  la  lumière 
pénètre  dans  ce  chaos  et  l'œuvre  de  Dieu  commence.  La  voûte  du  firmament  se 
forme,  la  terre  se  dégage  du  milieu  des  flots,  elle  se  couvre  d'une  variété  immense 
d'arbres  et  de  végétaux,  les  corps  lumineux  suspendus  au-dessus  d'elle  lui 
envoient  l'éclat  et  la  vie;  les  fleuves,  la  mer  et  l'air  se  peuplent  aussitôt  d'innom- 
brables espèces  de  monstres  marins,  de  poissons  et  d'oiseaux,  la  terre  elle-même 
devient  la  demeure  bruyante  d'animaux  de  tout  genre,  et  lorsque  tout  est  classé, 
disposé,  orné,  l'homme,  fait  à  l'image  de  Dieu,  entre  en  maître  dans  son  superbe 
royaume. 

Nous  avons  tous  lu  et  raconté  à  nos  enfants  ce  récit  charmant,  écios  dans  la 
jeune  imagination  d'une  âme  naïve  et  pieuse,  saisie  un  matin,  dans  Ijas  vastes 
plaines  de  la  Mésopotamie,  du  spectacle  merveilleux  de  la  nature,  jetant  au  pre- 
mier rayon  du  soleil  le  linceul  des  ténèbres  et  du  silence,  et  renaissant  à  la 
lumière,  à  la  vie  et  au  bruit  des  mille  voix  qui  la  remplissent.  Le  poète  avait-il 
trouvé  cette  relation  dans  la  vaste  bibliothèque  de  Babylone,  et  en  verrons-nous 
un  jour  surgir  l'original  sous  les  efforts  des  savants  assyriologues,  auxquels  nous 
devons  déjà  tant  de  surprises  '  ?  En  tout  cas,  il  l'aura  débarrassée  des  fables  et 
mythes  qui  l'obscurcissaient,  il  l'aura  jetée  dans  le  moule  monothéiste  de  son 
culte,  et  terminée  par  la  sanctification  du  jour  de  repos. 

Qui  s'en  serait  douté!  ce  récit  sous  sa  surface  plane  et  unie  cachait  des  pièges 
de  toute  sorte,  et  depuis  des  siècles,  théologiens  et  exégètes,  juifs  ou  chrétiens, 
y  ont  cherché  et  découvert  des  difficultés  assez  nombreuses  pour  se  troubler  à 

1 .  On  a  déjà  trouvé  une  tablette,  relative  à  la  création  ;  mais  elle  est  fruste  de  toutes 
parts. 

XV  ;  26 


402  REVUE   CRITIQUE 

eux  et  à  d'autres  la  douce  jouissance  que  pouvait  inspirer  la  lecture  de  ce  déli- 
cieux morceau  •.  Il  y  a  là  des  beautés  si  délicates  qu'on  les  écrase  en  les  serrant 
de  trop  près.  Le  ciel  et  la  terre  ayant  été  créés  au  commencement,  se  demanda- 
t-on,  que  signifie  l'œuvre  des  autres  jours?  Comment  la  lumière  existait-elle  dès 
le  début,  si  le  soleil,  la  lune  et  les  astres  ne  sortent  que  le  quatrième  jour  de  la 
main  de  Dieu  ?  Et  pourquoi  une  bénédiction  pour  les  habitants  de  l'eau  et  de 
l'air,  puis  pour  l'homme,  et  point  de  «  foisonnez  et  multipliez-vous  »  pour  les 
animaux  de  la  terre  ?  L'approbation  sacramentale  :  «  Et  Dieu  vit  que  c'était 
»  bon,  »  qu'on  lit  à  la  fin  de  chaque  œuvre,  pourquoi  manque- t-elle  après  la 
création  de  la  voûte  du  ciel  ?  les  mots  :  «  Et  il  fut  ainsi,  »  également  habituels 
dans  notre  récit,  sont  une  fois  déplacés  ;  pourquoi  ?  Dieu  donne  leurs  noms  au 
jour,  à  la  nuit,  au  firmament,  à  la  terre,  à  la  mer,  pourquoi  n'en  fait-il  pas  autant 
pour  le  soleil  et  la  lune^  ?  Nous  ajouterons  :  pour  les  astres,  pour  les  animaux 
de  toutes  les  classes!  Nous  aurions  ainsi  obtenu  un  curieux  spécimen  d'ancienne 
nomenclature  pour  les  êtres  qui  peuplent  notre  terre,  et  comme  linguiste,  je  n'y 
aurais  pas  été  indifférent  ! 

Que  l'ancienne  et  la  moderne  orthodoxie  aient  été  préoccupées  des  différences 
que  l'observation  scientifique  de  la  nature  établissait  entre  les  résultats  de  la 
physique  et  de  la  cosmologie  et  les  assertions  des  Écritures,  qu'elle  ait  fait  des 
efforts  pénibles  pour  diminuer  ou  pallier  l'écart  qui  allait  grandissant  entre  la 
poésie  empirique  de  la  Bible  et  les  découvertes  des  Copernic,  des  Newton,  des 
Laplace,  cela  ne  surprendra  personne.  Mais  ce  qui  a  lieu  d'étonner,  c'est  de 
voir  des  esprits  éminents,  que  ne  retiennent  pas  des  considérations  aussi  étroites, 
appliquer  une  critique  minutieuse  et  subtile  à  une  matière  qui,  à  notre  sens,  ne 
la  comporte  pas. 

M.  d'Eichthal,  dans  le  Mémoire  que  nous  avons  sous  les  yeux,  marche  sur  les 
traces  de  savants  considérables,  telsqu'Ewald,  Knobel,  Schrader  et  bien  d'autres 
qui  se  sont  occupés  du  premier  récit  de  la  Genèse.  Dans  le  chapitre  II,  intitulé 
«  Objections  soulevées  par  le  texte  traditionnel  du  i"  récit  de  la  création,  »  il  a 
réuni  habilement  et  exposé  clairement  toutes  les  contradictions  qu'on  a  cru 
rencontrer  dans  notre  texte,  et  la  solution  qu'il  propose  dans  les  chapitres  IV  et 
V  est  certainement  la  plus  hardie  et  la  plus  radicale  qu'on  ait  tentée.  La  créa- 
tion du  firmament  remplace  le  fiât  lux  de  notre  rédaction,  et  sert  de  préliminaire 
à  toute  la  création.  Le  premier  jour  est  consacré  aux  luminaires;  le  second,  à 
la  séparation  de  la  terre  et  des  mers;  le  troisième,  aux  plantes;  le  quatrième, 
aux  animaux  qui  remplissent  l'eau  et  l'air;  le  cinquième,  aux  animaux  de  la 
terre;  le  sixième  enfin  à  la  création  de  l'homme.  Nous  n'en  voulons  pas  à 
M.  d'Eichthal  de  la  témérité  avec  laquelle  il  bouleverse  toute  l'ordonnance  des 
versets  dans  notre  récit  ;  nous  croyons  même  qu'il  peut  être  quelquefois  utile  que 


1 .  Voyez  Ewald,  Jahrbûcher  d.  bibl.  Wissenschaft,  I  (1849),  p.  77  et  suiv.  —  Schrader, 
Studien  zur  Kritik  und  Erklarung  d.  bibl.  UrgeschichU,  1863,  p.  i  et  suiv.  —  Knobel  et 
Dillmann,  dans  leurs  commentaires  sur  la  Genèse. 

2.  Schrader,  /.  c.  p.  24. 


d'histoire  et  de  littérature.  405 

la  critique  s'use  par  son  exagération  même,  et  qu'elle  aille  jusqu'au  bout  dans  la 
voie  où  elle  est  entrée,  lorsque  cette  voie  n'est  pas  bonne. 

Pour  nous,  nous  ne  chicanerons  pas  les  diaskeuastes  de  notre  texte  reçu  pour 
le  déplacement  des  mots  waïliy  kên  du  verset  7  au  verset  6  ;  nous  admettrons 
aussi  à  la  rigueur  un  wayaf  elohlm  kî  tôb,  au  milieu  du  v.  8.  Ce  sont  du  reste 
les  seuls  changements  que  les  Septante  se  soient  permis,  bien  que  nous  ne 
croyions  pas  que  ce  fût  sur  l'autorité  d'un  texte  différent  du  nôtre  ;  ils  ont  fait 
modestement  et  timidement  ce  qu'on  nous  propose  d'entreprendre  en  grand  et 
en  franchissant  toute  limite.  Mais  pour  tout  le  reste  nous  croyons  notre  texte 
dans  un  excellent  état  de  conservation,  toutefois  avec  deux  réserves  que  nous 
nous  hâtons  d'émettre.  Premièrement,  il  se  peut  que  les  v.  29  et  30'  soient 
ajoutés  postérieurement,  par  rapport  aux  v.  2  et  3  du  chap.  IX.  En  second  lieu, 
nous  n'oserions  pas  affirmer  que  l'original  de  notre  récit  contient  déjà  les  mots  : 
«  il  fut  soir,  il  fut  matin,  tel  jour,  »  répétés  six  fois.  Dans  ce  cas,  la  séparation 
des  eaux  supérieures  et  des  eaux  inférieures ,  et  le  dégagement  de  la  terre  ou 
du  continent  par  la  retraite  de  ces  dernières  dans  leurs  réservoirs,  auraient  été 
considérés  comme  une  seule  œuvre  approuvée  une  fois  à  la  fin  par  le  «  et 
Dieu  vit,  etc.  » 

L'œuvre  du  premier  jour  était  toute  de  préparation.  Le  mot  «  berêschît  »  qui 
a  tant  tourmenté  les  grammairiens  ^  ne  présente  aucune  obscurité.  La  préposi- 
tion bêt  sans  voyelle  se/t  en  hébreu  à  la  fixation  d'une  date  :  le  premier  du  mois 
se  dit  :  be-éhâd,  etc.  Le  premier  moment  de  la  création  est  une  date  unique  dans 
l'histoire  ;  il  ne  pouvait  être  indiqué  par  aucun  mot  impliquant  l'idée  d'ordre  et 
de  succession.  Bârischônâhj  qu'on  a  souvent  réclamé?,  aurait  eu  ce  défaut  qu'il 
fallait  éviter.  C'est  bien  une  raison  analogue  qui  a  fait  mettre  à  la  fin  du  v.  5 , 
yôm  éliâd  «  un  jour,  »  au  lieu  de  yôm  rischôn  «  premier  jour;  »  après  le  second 
jour  seulement,  on  pouvait  parler  d'un  premier.  On  a  donc  choisi  le  terme  berê- 
schît qui  ne  sert  jamais  comme  nom  de  nombre  ordinal  ou  cardinal.  —  Du  ciel, 
mentionné  dans  le  i^*"  verset,  il  n'est  plus  question;  il  est  le  séjour,  le  trône 
à'ëlôhîm,  et  il  est  impénétrable.  Le  schâmayim  des  v.  7-8,  au  contraire,  est  le 
ciel  visible  aux  humains,  la  voûte  solide  qui  porte  les  réservoirs  de  pluie,  et  à 
laquelle  seront  plus  tard  attachés  les  luminaires,  l'étendue  introduite  au  milieu  de 
la  masse  Hquide,  qui  tout  entière  faisait  partie  de  la  terre  du  premier  jour. 
Cette  terre  qui  embrassait,  en  outre  de  l'eau,  les  ténèbres  et  le  vent,  ce  chaos 
créé,  diffère  également  de  Vérés  du  v.  10,  qui  est  la  terre  proprement  dite,  dis- 
tincte du  rakîa'  et  de  la  mer.  Enfin  la  lumière  qui  traverse  le  chaos  et  doit  en 
éclairer  le  débrouillement,  n'en  fait  pas  moins  partie  du  chaos,  et  se  distingue, 

1 .  Une  fois  ces  deux  versets  écartés,  tous  les  verbes  de  notre  récit  peuvent  être  lus  au 
pluriel,  en  y  ajoutant  à  la  fin  un  waw,  lettre  que  l'orthographe  phénicienne  supprime  tou- 
jours. En  phénicien,  bdrâ  et  bâreou,  wayyômer  et  wayyômeroUj  etc.  s'écrivent  de  la  même 
façon.  On  s'expliquerait  ainsi  le  pluriel  na'asth  (vers.  26).  Le  verset  50  seul  contient  le 
singulier  ndtatti. 

2.  Ibn  Djanâh,  Kitâb  alousoul,  r.  rôsch.  —  Ibn  Ezra  et  Raschi  dans  leurs  commen- 
taires. 

3.  Voy.  particulièrement  Ibn  Ezra,  sur  ce  verset. 


404  REVUE    CRITIQUE 

dans  la  pensée  de  l'écrivain,  des  corps  lumineux,  créés  le  quatrième  jour.  Il  nous 
paraît  puéril  de  se  préoccuper  de  la  possibilité  physique  d'une  telle  distinction, 
de  même  qu'il  est  oiseux  de  se  demander,  comment  avant  la  création  du  soleil 
on  pouvait  parler  de  soir  et  de  matin. 

La  différence  que  nous  avons  établie  entre  le  ciel  et  la  terre  du  premier  verset, 
où  l'hébreu  présente  schâmayim  et  érés  avec  article ,  et  entre  le  ciel  et  la  terre 
des  versets  8  et  10,  où  l'article  ne  se  trouve  pas,  ressort  surtout  dans  le  verset 
4  du  second  chapitre,  verset  qui  a  été  tant  tourmenté  par  les  interprètes  de  la 
Bible  '.  Les  chapitres  II  et  III  nous  racontent  des  événements  qui  se  sont  passés 
çntre  Dieu  et  l'homme;  le  jardin  d'Éden,  qui  est  le  théâtre  de  ces  événements, 
tout  terrestre  qu'il  soit,  est  presqu'un  séjour  intermédiaire  entre  l'habitation  de 
Dieu  et  la  demeure  définitive  du  genre  humain.  L'histoire  (tôledôt),  qui  plus  tard 
sera  celle  de  l'homme,  est  cette  fois  encore  l'histoire  «  du  ciel  et  de  la  terre  2,  » 
et  elle  ajoute,  «  lorsque  Jâhvé  ëlôhîm  fit  «  ciel  et  terre,  »  mentionnés  dans  les 
versets  8  et  10  du  chapitre  précédent.  Cet  écrivain  continue  :  Et  aucun  produit 
des  champs  ne  poussait  encore  sur  la  terre,  etc.  Il  indique  donc  nettement  le 
moment  qui  sépare  dans  le  premier  récit  la  première  et  la  seconde  œuvre  du 
troisième  jour.  L'auteur  du  second  récit,  en  mettant  avec  intention  d'abord 
haschschâmaïm  ve-hâârés,  et  ensuite  érés  ve-schâmaïm,  vise  ouvertement  le  premier 
récit,  bien  qu'il  s'en  écarte  sur  bien  des  points  et  qu'il  poursuive  un  but  différent. 
En  effet,  la  création  des  plantes  lui  sert  de  transition  facile  à  la  description  du 
paradis,  et  à  l'histoire  du  premier  couple  jusqu'au  moment  où  ils  sont  obligés  de 
le  quitter. 

Nous  nous  abstenons  de  tout  jugement  sur  le  chapitre  III  du  mémoire  :  In- 
fluence des  doctrines  persanes  sur  les  Israélites.  —  La  création  de  la  lumière 
dans  la  Genèse.  Certes  cette  influence  sur  la  doctrine  juive  pendant  et  après  la 
captivité  est  incontestable,  et  M.  d'Eichthal  a  parfaitement  raison,  lorsqu'il  cite 
quelques  passages  du  second  Isaïe,  destinés  à  la  combattre.  D'après  ce  que  nous 
venons  de  dire,  nous  ne  pouvons  la  découvrir  nulle  part  dans  le  i"  récit  de  la 
création.  J.  Derenbourg. 

II. 

Nous  sommes  heureux  de  publier  sur  cette  importante  question  l'avis  d'un 
éminent  hébraisant  :  mais  nous  demandons  la  permission  d'ajouter  un  mot  au 
sujet  de  l'influence  perse,  qu'il  nous  serait  difficile  de  ne  pas  reconnaître  dans  le 
récit  de  la  création.  On  trouvera  naturel  que  nous  nous  rangions  sur  ce  point 
du  côté  de  M.  d'Eichthal  ,  ayant  nous-même  exprimé  en  plusieurs  occa- 
sions l'opinion  que  les  croyances  perses  ont  laissé  leur  empreinte,  non  pas 
seulement  sur  le  premier,  mais  encore  sur  le  second  chapitre  de  la  Genèse?. 

1.  Les  uns  l'ont  considéré  comme  la  souscription  du  récit;  d'autres  comme  l'en -tête 
déplacé  de  ce  récit;  d'autres  encore  l'ont  déchiré  en  deux  en  rattachant  le  premier  membre 
au  1"  récit,  et  le  second  au  second  récit  de  la  création. 

2.  Le  mot  khibbdreâm  «  lorsqu'ils  furent  créés  »  est  ajouté  par  l'auteur  monothéiste 
pour  prévenir  la  pensée  d'une  matière  incréée,  et  vise  le  1"  verset  du  chapitre  I. 

3.  Hercule  et  Cacas,  p.  124.  De  Persicis  nominibus,  p.  43. 


d'histoire  et  de  littérature.  405 

Quoique  le  Bundehesh  soit  de  rédaction  moderne,  le  fond  de  croyances  qu'il 
représente  est  le  même  que  dans  l'Avesta  :  or,  le  Bundehesh  nous  donne  un 
récit  de  la  création  qui  offre  avec  celui  de  la  Genèse  une  ressemblance  trop 
frappante  pour  que  l'un  des  deux  ne  soit  pas  imité  de  l'autre,  à  moins  que  tous 
les  deux  ne  viennent  d'une  source  commune.  Laissant  pour  le  moment  de  côté 
cette  dernière  hypothèse,  que  M.  Derenbourg  indique  comme  possible,  mais 
pour  laquelle  les  moyens  de  vérification  nous  font  défaut,  j'examine  si  le  récit 
de  la  création  est  plus  à  sa  place  dans  les  croyances  iraniennes  ou  dans  les 
croyances  du  peuple  d'Israël.  Voici,  selon  le  Bundehesh  et  selon  la  Bible,  la 
succession  des  six  créations  : 

Bundehesh.  Bible. 

!«  le  ciel  la  lumière 

2'  l'eau  le  firmament 

3^  la  terre  la  terre  avec  les  arbres 

4*  les  arbres  le  soleil  et  la  lune 

5*  les  animaux  les  poissons  et  les  oiseaux 

6*  l'homme  les  reptiles,  les  bêtes  de  la  terre  et 

l'homme. 

Non-seulement  la  disposition  du  Bundehesh  est  moins  incohérente,  mais  elle 
se  rattache  au  reste  de  la  théologie  perse,  qui  place  au-dessous  d'Ormuzd  six 
grands  génies  (les  Ameshas-çpentas)  chargés  de  veiller  sur  les  différentes  parties 
de  la  nature.  A  ces  sept  divinités  sont  opposés  autant  de  démons,  qui  se  pro- 
posent de  détruire  l'œuvre  de  la  création.  Le  plus  grand  d'entre  eux,  Ahriman, 
s'introduit  dans  le  monde  sous  la  forme  d'un  serpent  (c'est  la  forme  habituelle 
sous  laquelle  se  montre  le  démon  dans  les  livres  iraniens),  et  il  induit  en  tentation  le 
premier  couple  (Meshja  et  Meshjanê,  c'est-à-dire  l'homme  et  la  femme).  Toutes 
ces  idées  sont  à  leur  place  dans  une  conception  de  l'univers  où  deux  principes 
ennemis  sont  éternellement  aux  prises,  tandis  qu'on  ne  sait  trop  quel  sens  y 
attacher  chez  un  peuple  monothéiste.  Dans  le  reste  du  Pentateuque  il  n'est  plus 
fait  allusion  ni  aux  sept  jours  de  la  création,  ni  au  serpent,  ni  au  jardin  d'Eden. 
C'est  seulement  plus  tard  que  ce  dernier  reparaît,  et  cette  fois  sous  un  nom  perse 
(pairidaêza  «  enclos  o).  Nous  croyons  donc  qu'il  est  naturel  d'attribuer  ce  récit 
à  la  religion  où  il  fait  le  mieux  corps  avec  l'ensemble ,  et  si  l'une  et  l'autre  reli- 
gion ont  puisé  à  une  source  commune,  nous  pensons  que  la  religion  perse  est 
la  plus  rapprochée  de  cette  source. 

Mais  du  moment  que  la  narration  hébraïque  doit  être  considérée  comme  un 
emprunt,  l'idée  d'interversions  survenues  dans  le  récit  n'a  rien  d'invraisemblable. 
M.  d'Eichthal  ne  tire  pas  seulement  ses  arguments  des  fausses  idées  de  physique 
qu'on  y  peut  découvrir.  Il  montre  certaines  anomalies  qui,  même  en  se  mettant 
à  la  place  du  narrateur,  sont  difficiles  à  concevoir.  On  est  étonné,  par  exemple, 
de  voir  qu'il  n'y  ait  pas  un  jour  uniquement  pour  la  création  de  l'homme. 
«  Rappelons-nous,  dit  justement  M.  d'Eichthal,  l'origine  toute  spéciale,  la  haute 


406  REVUE   CRITIQUE 

»  mission,  la  destinée  souveraine  que  le  livre  sacré  assigne  à  l'homme;  rappe- 
»  lons-nous  le  langage  tout  particulier  qu'il  emploie  pour  annoncer  sa  création. 
»  Tandis  que,  pour  produire  les  autres  créatures.  Dieu  commande  aux  éléments 
»  d'accomplir  son  ordre,  tandis  qu'il  fait  sortir  de  la  terre  et  de  la  mer  les 
»  autres  êtres  organisés,  plantes  et  animaux  aquatiques,  aériens  ou  terrestres, 
»  quand  il  s'agit  de  l'homme,  Dieu  dit  :  Faisons  l'homme  à  notre  image,  selon 

»  notre  ressemblance A  cette  œuvre  exceptionnelle,  est-il  donc  vraisem- 

»  blable  que,  dans  le  plan  divin,  un  jour  spécial  n'ait  pas  été  consacré?  » 

Le  récit  de  la  Genèse  met  surtout  en  évidence  et  se  complaît  à  dépeindre  la 
toute-puissance  et  la  bonté  de  Dieu.  Ce  qui  appartient  en  propre  à  ce  récit, 
c'est,  par  exemple,  le  verset  :  Et  Dieu  dit  :  Que  la  lumière  soit,  et  la  lumière 
fut.  Et  encore  :  Dieu  vit  que  la  lumière  était  bonne.  L'idée  d'associer  la  création 
avec  l'institution  de  la  semaine  paraît  également  hébraïque.  Nous  voyons  ici 
comment  la  cosmogonie  polythéiste  d'une  nation  voisine  se  transforme  dans 
l'imagination  monothéiste  d'Israël.  Il  n'est  pas  moins  curieux  d'observer  comment 
la  guerre  éternelle  d'Ahriman  contre  le  genre  humain  se  cache,  à  moitié  com- 
prise, à  moitié  défigurée,  dans  les  paroles  de  Dieu  au  serpent  :  «  Parce  que  tu 
»  as  fait  cela,  tu  seras  maudit  entre  tout  le  bétail  et  entre  toutes  les  bêtes  des 
»  champs;  tu  marcheras  sur  ton  ventre,  et  tu  mangeras  la  poussière  tous  les 
»  jours  de  ta  vie  ;  et  je  mettrai  inimitié  entre  toi  et  la  femme,  et  entre  ta 
»  semence  et  la  semence  de  la  femme;  cette  semence  te  brisera  la  tête,  et  tu 
»  lui  briseras  le  talon.  »  La  théologie  iranienne  se  réduit  ici  aux  proportions 
d'un  apologue. 

Nous  ne  suivrons  d'ailleurs  pas  M.  d'Eichthal  dans  son  essai  de  restitution 
rhythmique,  qui  paraît  bien  hardi  si  l'on  songe  que  le  récit  a  pu  être  déformé  dès 
le  premier  moment  qu'il  a  pénétré  chez  les  Israélites.  Les  retranchements  qu'il 
propose  sont  assez  arbitraires.  On  vient  de  voir  que  nous  regardons  comme  ex- 
primant le  véritable  esprit  de  la  narration  juive  une  phrase  qui  paraît  interpolée 
à  M.  d'Eichthal.  Nous  songeons  encore  moins  à  constater  avec  lui  dans  le  texte 
biblique  des  traces  de  polémique  contre  le  mazdéisme.  Une  telle  intention 
répugne  au  caractère  simple  du  récit,  qui  avait  sans  doute  passé  par  bien  des 
bouches  avant  d'être  fixé ,  et  dont  la  provenance ,  comme  il  arrive  d'habitude , 
était  probablement  ignorée.  Michel  Bréal. 

125.  —  H.  Brandes.  Abhandlungen  zur  Geschichte  des  Orients  im  Alter- 
thum.  Halle  am  Saale,  Lippert'sche  Buchhandlung.  1874.  Gr.  in-8*,  151  p.  — 
Prix  :  5  fr.  3$. 

Les  trois  mémoires  que  renferme  le  livre  de  M.  Brandes  échappent  par  la 
nature  même  du  sujet  à  une  analyse  exacte.  Dans  le  premier,  sur  le  canon  des 
Eponymes  assyriens,  M.  Brandes  adoptant  l'opinion  de  tous  les  assyriologues,  sauf 
M.  Oppert,  fait  courir  la  série  des  Eponymes  assyriens  sans  interruption  de  909 
à  666  av.  J.-C.  Dans  le  second  sur  la  Chronologie  des  deux  royaumes  Hébreux, 
il  essaie  de  fixer  la  succession  des  rois  de  Juda  et  d'Israël  au  moyen  des 
monuments  assyriens  :  il  m'a    semblé  que    dans  cette  partie  de  son  travail 


d'histoire  et  de  littérature.  407 

M.  Brandes  abusait  un  peu  des  hypothèses  de  règnes  simultanés.  Il  fait  régner 
Amaziah  de  Juda,  quatre  ans  avec  son  père  Joas,  Ozziah  vingt-quatre  ans  avec 
Amaziah,  Jotham  huit  ans  avec  son  père  Ozziah,  et  huit  ans  avec  son  fils  Akhaz. 
Dans  le  troisième  mémoire  il  est  question  des  Années  apocaîastatiques  des  Egyp- 
tiens; c'est  sous  un  autre  nom  un  nouvel  essai  de  restitution  de  la  période 
sothiaque,  assez  curieux  en  théorie,  mais  assez  peu  utile  dans  la  pratique.  — 
M.  Brandes  n'est  ni  égyptologue,  ni  assyriologue  :  cela  se  voit  à  la  manière 
dont  il  accepte  sans  discussion  certaines  assertions  contestables.  Il  a  du  moins 
essayé  de  ne  puiser  qu'aux  meilleures  sources  et  a  réussi  à  traiter  d'une  façon 
intéressante  les  sujets  qu'il  s'était  imposé  d'étudier. 


126.  —  Robert  Ellis,  B.  D.  Peruvia  Scythica.  The  Quichua  language  of  Peru, 
its  dérivation  from  central  Asia  with  the  American  languages  in  gênerai,  and  with  the 
turanian  and  iberian  languages  of  the  old  world,  including  the  basque,  the  lycian,  and 
the  pre-aryan  language  of  Etruria.  London,  Trùbner.  1875.  In-S",  vij-2i9  p.  — 
Prix  :  8  fr. 

L'auteur  avait  publié  en  1 870  un  essai  «  sur  les  affinités  asiatiques  des  anciens 
»  Italiens  »  ;  en  1873  un  travail  «  sur  les  noms  de  nombre  comme  preuve  de 
rt  l'unité  originaire  du  genre  humain'.  »  Ces  deux  traités  sont  réunis  et  déve- 
loppés dans  le  présent  volume.  Les  Étrusques,  selon  M.  Ellis,  sont  un  mélange 
de  Thraces  et  d'Ibériens.  Par  leur  origine  thrace  ils  tiennent  à  la  souche  arienne; 
par  le  sang  ibérien,  ils  sont  apparentés  avec  les  peuples  de  l'Afrique  et  de  l'Amé- 
rique, qui  ne  formaient  dans  le  principe  qu'une  seule  et  même  famille,  savoir  la 
famille  scythique.  Les  noms  de  nombre,  ainsi  qu'une  certaine  quantité  de  sub- 
stantifs, fournissent  la  preuve  de  cette  parenté.  Parmi  les  auteurs  sur  lesquels 
M.  E.  s'appuie,  nous  avons  remarqué  Lopez  (les  races  aryennes  du  Pérou),  Eu- 
ropaeus  (Stammverwandschafî  der  meisten  Sprachen  der  alten  Welt)  et  Reinisch 
(Einheitlicher  Ursprung  der  Sprachen  der  alten  Welt).  Cet  ouvrage  peut  être  consi- 
déré comme  un  nouvel  exemple  des  dangers  de  l'étymologie  quand  elle  n'est  pas 
tenue  en  bride  par  la  phonétique  et  dirigée  par  l'observation  des  formes  gram- 
maticales. 

127.  —  Anatolica,  or  the  journal  of  a  visit  to  some  of  the  ancient  ruined  cities  of 
Caria,  Phrygia,  Lycia,  and  Pisidia,  by  the  Rev.  E.  J.  Davis.  Londres,  Grant  and 
Co.  In-8*.  1874.  —  Pf^'x  '■  26  fr.  25. 

L'ouvrage  de  M.  Davis,  chapelain  du  consulat  anglais  à  Alexandrie,  n'est  pas 
l'œuvre  d'un  érudit  ;  pour  s'en  apercevoir,  il  suffit  d'en  avoir  feuilleté  quelques 
pages.  De  plus,  le  voyage  a  été  fait  bien  rapidement  ;  l'auteur  n'a  guère  pu  se 
rendre  un  compte  très-exact  de  l'état  actuel  du  pays ,  en  étudier  les  races  et  les 
religions  différentes,  recueillir  des  données  précises  sur  la  statistique  et  les  pro- 
ductions des  provinces  qu'il  visitait.  Cependant,  comme  il  paraît  avoir  l'esprit 
juste,  on  peut  encore  trouver  dans  ces  pages  plus  d'une  remarque  utile;  comme 

I.  Cf.  Revue  critique,  1873,  II,  p.  313. 


4o8  REVUE    CRITIQUE 

M.  Davis  aime  POrient,  malgré  toutes  les  fatigues  qu'il  y  trouve,  comme  il  adore 
le  voyage,  il  y  a  dans  tout  son  récit  un  entrain,  une  joie  de  voir  et  d'avoir  vu, 
qui  soutient  jusqu'au  bout  l'intérêt.  Ceux-là  surtout  qui  ont  eu  le  bonheur  de 
mener  pendant  quelque  temps  cette  vie  pénible  et  charmante  retrouvent  là,  tra- 
duites avec  sincérité,  des  émotions,  des  impressions  qu'ils  ont  éprouvées  jadis; 
ils  suivent  donc  avec  plaisir  M.  D.  dans  ces  chevauchées  qui  lui  font  parcourir 
quelques-unes  des  régions  les  moins  bien  connues  de  la  péninsule  anatolique. 

Malgré  l'intérêt  que  nous  avons  trouvé  à  refaire  une  course  en  Asie-Mineure 
avec  M.  D.,  nous  ne  pouvons  nous  dispenser  de  signaler  tout  ce  qui  manque  à 
son  livre;  ce  sera  lui  prouver  avec  quelle  attention  nous  l'avons  lu.  Le  chapitre 
II,  sur  Ephèse,  est  bien  insuffisant.  Au  lieu  d'exposer,  d'après  M,  E.  Curtius 
par  exemple  ',  les  résultats  importants  qu'ont  obtenus  les  belles  fouilles  dirigées 
pendant  plusieurs  années  par  M.  Wood  aux  frais  du  British  Muséum,  l'auteur 
copie  une  longue  description  de  Chandler,  qui  remplit  tout  le  chapitre  III.  Or, 
quels  qu'aient  pu  être  les  mérites  de  Chandler,  il  est  certain  que,  depuis  les  der-^ 
nières  découvertes,  sa  description  est  tout  à  fait  arriérée. 

Pour  ce  qui  est  des  inscriptions,  M.  D.  est  d'une  indifférence  déplorable.  Il 
passe  parfois  à  côté  sans  les  copier,  et  donne  pour  prétexte  qu'il  n'a  pas  le 
temps  2. 

P.  135,  dans  le  village  de  Karaatlu,  au  sud-est  de  la  Phrygie,  entré  le  lac  de 
Saldu  et  celui  de  Yarichlu,  M.  D.  voit  deux  grandes  figures  sculptées  en  bas- 
relief  sur  la  surface  du  roc  calcaire.  Il  reconnaît  lui-même  qu'elles  ne  sont  pas 
de  travail  grec,  qu'elles  rappellent  celles  qu'Hamilton  a  découvertes  en  Ptérie, 
et  non-seulement  il  ne  s'arrête  pas  pour  les  dessiner,  quoique  capable  de  faire 
un  croquis  passable,  mais  il  ne  nous  en  donne  même  pas  une  description  qui  eût 
toujours  été  possible  quoique  la  sculpture  ait  souffert  du  temps.  «  Ce  sont  deux 
»  hautes  figures  debout,  «  voilà  tout  ce  qu'il  nous  en  dit;  mais  quelle  est  l'atti- 
tude, quel  le  costume,  quelle  la  coiffure?  Rien,  pas  un  mot.  C'est  assez  pour 
éveiller  notre  curiosité,  pas  assez  pour  la  satisfaire.  Nous  ne  pouvons  nous  em- 
pêcher de  songer  aux  «  deux  hautes  figures  debout,  «  sculptées  de  même  sur  la 
face  d'un  roc,  que  nous  avons  eu  le  bonheur  de  découvrir  à  Ghiaour-Kalè,  près 
d'Hoïadja,  à  l'ouest  d'Ancyre?.  Aurait-on,  dans  un  autre  district  de  la  Phrygie, 
une  répétition  du  même  motif,  un  monument  du  même  art  et  peut-être  de  la 
même  expédition,  de  la  même  conquête?  Quel  dommage  que  M.  D.  ne  nous 
donne  pas  les  moyens  de  répondre  à  cette  question  qu'il  nous  conduit  à  poser! 

1.  Beitrcege  zur  Geschichte  und  Topographie  Kkin-Asicns  (Ephesos,  Pergamon,  Smyrna, 
Sardes)  dans  les  Mémoires  de  l'Académie  de  Berlin,  1872,  in-4*. 

2.  P.  61 ,  il  donne  une  inscription  latine,  relative  à  la  construction  d'un  aqueduc;  il 
ajoute  que  le  texte  grec  correspondant  est  gravé  au-dessous,  et  il  ne  le  transcrit  pas. 
Texte  latin  et  texte  grec  ont  déjà  été  publiés  nombre  de  fois  (C.  I.  L.  III,  424  et  C.  I. 
Gr.  2958),  mais  il  n'en  sait  rien,  et  ce  n'est  pas  ce  qui  le  décide  à  s'abstenir.  La  longue 
inscription  de  Lacina  qu'il  publie  p.  138  a  déjà  été  reproduite,  bien  plus  exactement 
copiée;  on  la  trouvera  dans  le  Voyage  archéologique  de  Le  Bas,  partie  V,  additions, 
n"  1700.  On  y  trouve  aussi,  sous  les  n"  1361,  1370,  1369,  les  inscriptions  d'Attalia  que 
donne  M.  D.  p.  213  et  214. 

3.  Exploration  archéologique  de  la  Galatie,  t.  I,  p.  1 56-1  jj  et  t.  II,  pi.  9  et  10. 


d'histoire  et  de  littérature.  409 

p.  6$ .  Dans  les  Zeibeks  des  environs  de  Smyrne,  ces  pittoresques  montagnards 
dont  les  armes  et  le  costume  font  la  joie  des  peintres,  M.  D.  prétend  retrouver 
des  descendants  des  Cariens,  C'est  une  pure  conjecture  qui  ne  s'appuie  sur 
aucune  ombre  de  preuve.  La  population  de  l'Asie-Mineure  a,  depuis  l'antiquité, 
subi  tant  d'influences  et  de  mélanges  que  vouloir  y  distinguer  aujourd'hui 
quelques-uns  de  ces  éléments  primitifs  est  une  tentative  tout  arbitraire,  un  pur 
caprice. 

P.  n7)  01^  indique  à  M.  D.  une  statue;  mais  cela  l'aurait  dérangé  de  sa  route 
d'aller  la  voir;  il  y  renonce.  Alors  pourquoi  voyager? 

M.  D.  a  visité  quelques-unes  des  ruines  les  plus  curieuses  et  les  moins  étudiées 
jusqu'ici  que  renferme  l'Asie-Mineure  ;  ainsi  les  villes  isauriennes  de  Cremna  et 
de  Sagalassos;  mais  par  malheur  ses  descriptions  ne  nous  apprennent  qu'une 
chose ,  l'étendue  et  l'importance  des  débris  qui  en  subsistent.  Les  plans  qu'il 
nous  en  donne  sont,  il  l'avoue  lui-même,  faits  de  souvenir.  Ceux  qu'il  avait 
dressés  sur  le  terrain,  il  les  a  perdus  dans  un  accident  du  voyage;  or,  quelque 
mémoire  qu'on  veuille  bien  lui  attribuer,  on  aura  de  la  peine  à  prendre  très  au 
sérieux  des  tracés  topographiques  ainsi  établis. 

P.  232,  M.  D.  partage  une  idée  fausse,  qui,  malgré  les  observations  des 
architectes,  se  perpétue  religieusement  chez  les  voyageurs.  A  propos  du  théâtre 
de  Termessos,  il  parle  «  de  la  vue  splendide  que  commandent  d'ordinaire  les 
))  théâtres  grecs.  »  Assis  sur  les  gradins  de  ces  théâtres  dont  le  mur  de  scène  a 
disparu,  il  raisonne  comme  si  celui-ci  n'eût  jamais  existé;  mais,  lorsque  le  théâtre 
était  intact ,  ce  mur,  avec  sa  hauteur  qui  atteignait  celle  des  gradins  les  plus 
élevés,  avec  la  riche  décoration  architecturale  qui  l'ornait,  arrêtait  le  regard  des 
spectateurs,  où  qu'ils  fussent  placés,  et  bornait  leur  horizon. 

Les  planches  sont  assez  nombreuses;  mais  je  n'en  vois  pas  qui  nous  apportent 
de  documents  nouveaux.  Les  meilleures  sont  encore  les  litho-photographies  ob- 
tenues avec  les  épreuves  de  M.  Svoboda.  Quant  aux  croquis  destinés  à  nous 
faire  connaître  soit  le  relief  du  terrain  dans  certaines  parties  de  la  péninsule,  soit 
divers  motifs  d'architecture,  ils  sont  exécutés  avec  trop  de  naïveté  pour  avoir 
grand  intérêt,  d'autant  que  plusieurs  des  objets  ainsi  reproduits,  certains 
sarcophages  ou  certains  ornements,  n'ont  rien  de  curieux.  Les  seuls  dessins  qui 
aient  quelque  valeur  sont  ceux  des  pages  192,  224,  228,  qui  représentent  des 
portes  monumentales  de  Kremna  et  de  Termessus. 

Ce  qui  reste  le  plus  intéressant,  ce  sont  encore  les  observations  de  l'auteur 
sur  les  populations  de  la  péninsule.  C'est  au  galop  de  son  cheval  qu'il  les  visite; 
mais  il  profite  de  toutes  les  occasions  de  causer.  En  Asie-Mineure,  surtout  dans 
ces  districts  montagneux  de  la  Pisidie  et  de  l'Isaurie,  on  ne  se  sert  pas  de  la  tente 
pour  voyager;  chaque  nuit  on  couche  sous  un  toit,  ce  qui  met  en  contact  avec 
les  habitants.  M.  D.  éprouve  pour  le  paysan  turc  cette  estime  et  cette  sympathie, 
mêlées  d'une  profonde  compassion,  que  ces  braves  gens  ont  inspirées  à  tous 
ceux  qui  les  ont  vus  chez  eux,  qui  se  sont  assis  à  leur  foyer;  il  peint  le  laboureur 
épuisé  par  la  conscription ,  luttant  avec  une  résignation  touchante  contre  les 
duretés  d'une  administration  qui  lui  prend  beaucoup  par  l'impôt  et  ne  lui  rend 
en  échange  aucun  de  ces  services  que  chez  nous  l'État  est  tenu  d'assurer  et  de 


410  REVUE   CRITIQUE 

distribuer  aux  citoyens.  Les  résultats  de  ce  régime  sont  mis  en  lumière  dans 
l'appendice  K,  qui  contient,  d'après  des  témoins  oculaires,  des  détails  navrants 
sur  la  famine  de  1 874  en  Asie-Mineure  ;  il  paraît  avéré  que  des  milliers  de  per- 
sonnes sont  mortes  de  faim  dans  le  centre  de  la  péninsule.  Il  y  avait  bien,  à  peu 
de  distance,  des  districts  où  le  blé  surabondait;  mais  d'une  province  à  l'autre, 
les  routes  et  les  moyens  de  transport  manquaient;  y  eût-il  eu  des  routes,  que 
les  mudirs,  mutessarifs  et  autres  fonctionnaires,  à  bien  peu  d'exceptions  près,  ne 
seraient  point  sortis  de  leur  indolence  et  de  leur  routine  ou  bien  ne  se  seraient 
donné  quelque  mouvement  que  pour  spéculer  sur  la  misère  du  peuple  et  en  tirer 
quelques  profits.  P.  148,  on  remarquera  des  détails  intéressants  sur  les  efforts 
que  font  les  Grecs  de  l'intérieur  pour  apprendre  leur  ancienne  langue  et  répandre 
l'instruction  dans  leurs  rangs;  M.  D.  a  rencontré  là,  à  Adalia,  un  évêque  grec 
qui  désapprouve  et  contrarie  ces  efforts,  au  lieu  de  les  favoriser.  Je  ne  doute 
point  de  son  témoignage,  mais  le  fait  est  rare.  Je  ne  me  souviens  pas,  pour  ma 
part,  d'avoir  rencontré  un  dignitaire  de  l'église  orientale  qui  avouât  craindre 
l'instruction  et  s'en  défier;  j'en  ai  vu  de  fort  ignorant,  mais  ceux-là  même  ne 
prétendaient  pas  empêcher  les  autres  d'apprendre  et  de  cultiver  leur  esprit. 

Le  dernier  chapitre,  où  M.  D.  résume  ses  impressions  et  ses  jugements,  se  lit 
avec  plaisir.  Je  n'ai  point  vu  les  régions  de  l'Asie-Mineure  qu'il  a  parcourues; 
mais  les  choses  paraissent  se  passer  en  Caramanie  comme  dans  les  provinces  du 
centre  et  dans  celles  que  baigne  la  mer  Noire,  La  conclusion  à  laquelle  arrive 
M.  D.  est  aussi  celle  où  nous  avions  été  conduits  :  le  système  suivi  par  le  gou- 
vernement turc  —  si  cela  peut  s'appeler  un  système  —  n'est  avantageux  pour 
aucun  des  groupes  de  race  et  de  langue  diverse  que  comprend  l'empire  ;  mais 
c'est  surtout  sur  les  Musulmans,  sur  les  Turcs  osmanlis  qu'il  pèse  lourdement, 
c'est  pour  eux  surtout  qu'il  a  des  effets  oppressifs  et  vraiment  destructeurs.  Sous 
le  double  fardeau  qui  l'écrase,  la  population  turque  diminue  rapidement,  du 
moins  dans  les  campagnes.  La  dernière  famine,  d'après  tous  les  renseignements 
que  nous  avons  reçus,  a  dû  supprimer,  dans  les  sandjaks  de  Konieh,  Yuzgat, 
Césarée  et  Sivas,  plus  d'un  village  musulman  qui  ne  se  repeuplera  et  ne  se  rebâ- 
tira jamais;  les  Turcs,  une  fois  ruinés,  n'ont  pas,  pour  se  relever  et  relever 
leurs  maisons,  la  ressource  du  commerce  et  de  l'industrie.  Ceux  qui  auront  sur- 
vécu à  cette  disette  iront  dans  les  villes  grossir  la  foule  de  ces  domestiques,  de 
ces  fonctionnaires  inférieurs  qui,  mal  payés  ou  même  employés  sans  salaire  par 
un  maître  qui  les  nourrit  de  sa  desserte,  vivent  de  la  corruption,  l'entretiennent 

et  la  rendent  inguérissable, 

G.  Perrot. 

128.  —  Erster  Zusammenstoss  Polens  mit  Deutschiand,  seine  Bedeutung 
und  seine  Folgen,  von  Karl  Merwart.  Graz.  1874.  Druck  und  Verlag  von  Leykam- 
Josefsthal.  —  Prix  :  2  fr.  75. 

Cette  monographie  se  compose  de  deux  parties,  54  pages  de  texte  et  64  d'ap- 
pendice. Dans  la  première  partie,  l'auteur  raconte  la  réunion  des  tribus  polo- 
naises en  un  royaume  par  Mieczyslaw,  les  luttes  de  ce  dernier  contre  le  margrave 
de  VOstmark  Gero  et  contre  Otton  le  Grand,  sa  défaite,  sa  soumission  et  l'éta- 


d'histoire  et  de  littérature.  411 

blisseraent  du  christianisme  en  Pologne.  C'est  un  récit  sans  dates,  sans  indi- 
cations ethnographiques  ni  géographiques,  orné  de  portraits  qui  semblent 
empruntés  à  des  manuels  de  style  (p.  10,  portrait  de  Mieczyslaw  et  p.  14,  portrait 
de  Gero),  et  de  réflexions  où  se  révèle,  à  défaut  de  sens  historique,  la  géné- 
rosité d'une  âme  jeune.  C'est  ainsi  qu'après  avoir  loué  (p.  2)  l'amour  de  la 
liberté,  qui  animait  les  tribus  polonaises,  M.  M.  vante  leur  respect  de  l'indépen- 
dance d'autrui  :  «  La  pensée  de  priver  autrui  de  sa  liberté  leur  était  aussi  pénible 
»  que  celle  d'être  privées  de  la  leur.  »  M.  M.  ne  veut  pas  que  l'on  accuse  le 
margrave  Gero  de  cruauté,  à  propos  de  l'assassinat  ordonné  par  lui  de  trente 
chefs  slaves,  ses  hôtes.  D'abord,  dit-il,  les  Slaves  avaient  fait  un  complot  contre 
la  vie  de  Gero  :  «  Aussitôt  celui-ci  reconnut  l'importance  de  la  conspiration.  Il 
»  comprit  que  les  Slaves  en  voulaient  à  sa  vie ,  non  par  haine  contre  lui,  mais 
»  parce  qu'ils  avaient  tous  les  jours  devant  les  yeux,  comme  but  de  leurs  efforts, 
»  la  récupération  de  leur  ancienne  liberté,  et  leur  affranchissement  des  liens  qui 

)>  les  rattachaient  à  l'empire Un  homme  comme  Gero,  qui  avait  si  souvent 

»  regardé  la  mort  en  face,  tenait  peu  à  la  vie.  S'il  avait  été  sûr  que  les  Slaves 
»  ne  voulaient  que  sa  mort,  il  se  serait  peu  préoccupé  de  leurs  projets;  mais 
»  comme  il  était  convaincu  que  sa  mort  serait  le  signal  d'une  révolte  générale 
»  des  Slaves,....  révolte  qui  pouvait  très-mal  finir  pour  les  Allera.ands,  il  se 

»  résolut  à  étouffer  la  conspiration  dans  son  berceau »  (p.  16).  Suit  le  récit 

dramatique  de  l'assassinat.  «Il  me  semble  que  cette  unique  action,  ajoute  M.  M. 
»  (p.  15,  note  2),  ne  suffit  pas  à  prouver  que  la  cruauté  ait  été  un  trait  du 
»  caractère  de  Gero,  d'autant  plus  que  tout  ce  que  nous  savons  de  ce  caractère 
»  nous  donne  toute  raison  de  supposer  qu'il  s'est  ainsi  conduit,  non  par  ven- 
»  geance,  mais  par  politique.  Qu'est  cette  action  de  Gero,  en  comparaison  des 
»  cruautés  d'un  Robespierre.?  Et  pourtant  nous  savons  bien  que  Robespierre 

»  n'était  pas  cruel,  qu'il  avait  au  contraire  les  sentiments  les  plus  nobles » 

La  seconde  partie  de  la  monographie  de  M.  M.  contient  cinq  dissertations.  La 
première,  sur  l'origine  de  la  Pologne,  est  consacrée  en  grande  partie  à  la  réfuta- 
tion, qui  a  déjà  été  faite,  des  hypothèses,  ingénieuses,  mais  peu  solides,  de  Bie- 
lowski,  sur  les  liens  historiques  qui  rattacheraient  le  royaume  de  Pologne  à  celui 
de  Mosavie,  le  royaume  de  Moravie  à  celui  de  Dacie.  —  La  seconde  disserta- 
tion, sur  les  luttes  de  Mieczyslaw  contre  les  tribus  polonaises ,  est  un  commentaire 
de  ce  passage  du  chroniqueur  Martinus  Gallus  (1 , 5)  :  «  At  Mesco,  ducatum  adeptus, 
)>  ingenium  animi  cœpit  et  vires  corporis  exercere,  ac  nationes  per  circuitum 
»  bello  saepius  atemptare.  »  M.  M.  y  veut  voir  la  constatation  précise  de  longues 
luttes  engagées  par  Mieczyslaw  contre  les  tribus  polonaises  pour  les  soumettre  à 
sa  domination.  Il  veut  que  le  mot  nationes  désigne,  non  les  Bohémiens  ni  les 
Allemands,  contre  lesquels  Mieczyslaw  a  pourtant  combattu,  mais  seulement  les 
tribus  polonaises,  et  que  les  mots  sapius  et  atemptare  démontrent  l'existence  d'une 
série  de  tentatives  malheureuses  de  Mieczyslaw,  qui  auraient  précédé  le  succès 
définitif.  C'est  demander  beaucoup  à  un  texte,  surtout  si  l'on  pense  que  Martinus 
Gallus  écrivait  au  commencement  du  xii"  siècle,  c'est-à-dire  plus  d'un  siècle 
après  Mieczyslaw,  et  qu'aucun  témoignage  polonais  ni  allemand  n'autorise  une 
si  large  interprétation  de  son  témoignage.  Les  passages  des  Annales  Hildes- 


412  REVUE  CRITIQUE 

heimenses  (années  985  et  986)  que  cite  M.  M.  (p.  72,  note  1;  p.  73, 
note  3)  prouvent  que  Mieczyslaw  commandait  à  des  forces  considérables  et, 
par  induction ,  que  la  réunion  des  tribus  polonaises  sous  son  autorité  était  un 
fait  accompli  ;  il  n'y  est  pas  fait  allusion  à  des  luttes,  qui  sont  très-vraisemblables, 
mais  dont  on  ne  peut  par  aucun  texte  démontrer  l'existence.—  La  troisième  disser- 
tation, mr  le  combat  de  Mieczyslaw  avec  Gero,  est  employée  à  montrer  le  rôle  qu'au- 
rait joué  dans  la  lutte  entre  ces  deux  personnages  le  comte  saxon  Wichmann, 
un  ambitieux  brouillon,  qui,  mécontent  de  l'empereur  et  du  duc  de  Saxe, 
conspira  plusieurs  fois  contre  eux  avec  les  Slaves.  M.  M.  s'appuie  sur  sa  propre 
connaissance  du  cœur  humain  et  sur  un  texte  torturé  de  Widukind,  pour  essayer 
de  démontrer  qu'en  965  Wichmann  a  été  l'instrument  de  la  politique  de  Gero 
contre  Mieczyslaw  :  Gero  l'aurait  envoyé  vers  une  tribu  des  Slaves  de  l'Elbe 
avec  mission  de  mener  ceux-ci  en  guerre  contre  les  Polonais.  M.  M,  convient 
qu'il  ne  peut  citer  aucun  témoignage  à  l'appui  de  sa  thèse;  mais  il  s'en  console 
en  disant  que  si  les  contemporains  n'ont  rien  su  de  ce  pacte  entre  Wichmann  et 
Gero,  c'est  que  les  deux  complices  s'étaient  juré  le  secret  et  qu'ils  se  sont  tenu 
parole.  —  La  quatrième  dissertation  a  pour  titre  :  De  quelle  façon  la  Pologne  dé- 
pendait de  l'Empire.  M.  M.  n'a  pas  de  peine  à  démontrer  que  Widukind,  contem- 
porain de  Mieczyslaw,  ne  sait  rien  d'une  subordination  de  la  Pologne  à  l'empire; 
Thietmar  parle  d'un  tribut  imposé  à  Mieczyslaw  par  Otton  (Thietmar,  II,  19) 
et  traite  le  premier  en  vassal  de  l'empire;  mais  Thietmar  écrivait  au  siècle  sui- 
vant, et,  ce  qui  rend  son  témoignage  suspect,  en  un  temps  oii  l'Allemagne  était 
engagée  dans  une  guerre  sanglante  et  malheureuse  contre  la  Pologne.  M.  M. 
perd  beaucoup  de  temps  à  vouloir  démontrer  que  «  ce  qu'il  y  a  de  purement 
»  objectif  dans  les  nouvelles  de  Thietmar,  c'est-à-dire  les  faits,  n'est  pas  en 
»  contradiction  avec  le  récit  de  Widukind,  tandis  qu'au  contraire  l'interprétation 
»  subjective  et  la  façon  dont  le  premier  présente  les  faits  sont  tout  à  fait  arbi- 

«  traires »  (p.  94).  Thietmar  dit  par  exemple  (II,   19),  que  Mieczyslaw 

payait  tribut  à  l'empire  pour  le  pays  jusqu'à  la  Warta.  M.  M.  admet  le  fait, 
mais  ne  veut  pas  que  le  chroniqueur  s'en  autorise  pour  conclure  que  Mieczyslaw 
ait  été  subordonné  à  l'empire.  Selon  lui,  prétendre  que  le  paiement  d'un  tribut 
est  la  preuve  d'une  subordination,  reviendrait  à  dire  que  «  pendant  un  temps 
))  l'empire  d'Allemagne  a  été  subordonné  aux  hordes  hongroises.  Et  personne 
»  ne  voudrait  soutenir  cela.  »  Il  est  probable  que  les  Hongrois  du  x'  siècle 
soutenaient  cela.  M.  M.  est  bien  obligé  lui-même  de  se  faire  cette  objection 
qu'un  pays  tributaire  n'est  pas  l'égal  du  pays  auquel  il  paie  tribut;  mais  il  se  tire 
d'affaire  par  une  subtilité.  «  Par  le  fait  du  tribut,  dit-il,  le  vainqueur  est  autorisé 

»  à   imposer  de  certaines  exigences  ÇForderungen)  au  vaincu »;  mais  une 

exigence,  continue-t-il,  est  quelque  chose  de  tout-à-fait  théorique  [etwas  ganz 
idéales)]  Avoir  le  droit  d'imposer  des  exigences  ne  signifie  pas  qu'on  les 
impose  en  réalité,  ni  que,  au  cas  011  elles  sont  imposées,  elles  soient  acceptées 
par  le  vaincu!....  Il  est  inutile  d'insister  sur  cette  logomachie,  bien  que  l'auteur 
en  soit  très- satisfait,  et  se  flatte  d'avoir  clairement  démontré  qu'entre  son  appré- 
ciation et  celle  de  Thietmar,  «  la  distance  est  grande  et  la  différence  inouïe.  » 
P.  95-6.  La  meilleure  partie  de  cette  quatrième  dissertation  est  la  conclusion. 


d'histoire  et  de  littérature.  41  J 

M.  M.  montre  qu'il  y  avait  entre  l'Allemagne  et  la  Pologne  un  rapport  de 
convertisseur  à  converti,  que  le  second  pays  dépendait  ecclésiastiquement  du 
premier,  car  l'évêché  de  Posen  relevait  de  l'évêché  de  Magdebourg,  et,  par 
ce  lien,  la  Pologne  était  rattachée  à  l'Allemagne  et  à  la  civilisation  occiden- 
tale. —  La  cinquième  dissertation.  Hypothèse  de  Bielowski  sur  un  double  baptême 
de  Mieczyslaw,  est  la  réfutation  de  cette  opinion  avancée  par  Bielowski  que  Mie- 
czyslaw,  avant  de  recevoir  le  baptême  catholique,  avait  été  baptisé  selon  le  rite 
slave.  Dès  que  Bielowski  soutenait  que  les  rois  de  Pologne  continuaient  les  rois  de 
Moravie,  convertis  par  Méthode  et  Cyrille  et  baptisés  selon  le  rite  slave,  il  était 
obligé  de  produire  cette  hypothèse,  qu'il  appuie,  comme  toujours,  sur  des  inter- 
prétations ingénieuses  de  textes. 

En  somme  le  travail  de  M:  Merw9rt  ne  rendra  point  de  grands  services  :  le 
neuf  n'y  paraît  pas  vrai,  et  le  vrai  n'y  est  pas  neuf.  Il  est  mal  composé;  on  ne 
comprend  guère  ce  pâle  récit,  suivi  de  cet  apparat  de  dissertations.  Il  eût  mieux 
valu  que  les  deux  parties  fussent  fondues  l'une  dans  l'autre.  Allons  plus  loin; 
peut-être  n'élait-il  pas  nécessaire  que  cette  monographie  vît  le  jour  :  M.  M. 
avoue,  à  la  première  phrase  de  sa  préface,  qu'il  en  a  eu  le  soupçon. 

Ernest  Lavisse. 


129.  —  Moliére's  "Werke.  Mit  deutschem  Commentar,  Einieitungen  und  Excursen, 
herausgegeben  von  D'  Adolf  Laun.  (I.  Le  Misanthrope.  —  II.  Les  Femmes  savantes. 
Les  Précieuses  ridicules.  —  III.  Le  Tartuffe  ou  l'imposture.  —  IV.  Le  bourgeois 
gentilhomme).  Berlin,  G.  van  Muyden,  1873,  1874.  —  Prix  :  12  fr.  50. 

De  tous  nos  classiques  Molière  seul  a  eu  le  privilège  d'être  admiré  presque 
sans  réserves  de  l'autre  côté  du  Rhin,  et  il  n'y  a  guère  rencontré  de  détracteurs 
que  Schlegel.  Epargné  par  la  critique  de  Lessing,  loué  et  étudié  par  Gœthe,  il  a 
trouvé  des  traducteurs  comme  Baudissin,  qui  ont  fait  passer  dans  leur  langue 
toutes  les  délicatesses  de  sa  pensée  et  les  finesses  de  son  style.  Ce  n'est  pas  une 
œuvre  semblable  que  nous  annonçons  aujourd'hui,  mais  une  publication  qui,  pour 
être  plus  humble,  n'en  témoigne  pas  moins  de  la  haute  estime  oh  l'on  tient  notre 
grand  comique  en  Allemagne.  Donner  une  édition  d'un  écrivain  étranger  est 
toujours  une  entreprise  délicate,  M.  Laun  a  montré  qu'il  était  à  la  hauteur  de 
cette  tâche  difficile,  et  les  quatre  pièces  que  nous  avons  sous  les  yeux  font  hon- 
neur à  sa  connaissance  de  notre  langue,  comme  à  la  pureté  de  son  goût  et  à  la 
sûreté  et  à  l'étendue  de  son  érudition.  Rien  d'essentiel  qui  ait  été  dit  sur  le  sujet 
n'est  omis  dans  l'étude  placée  en  tête  de  chaque  comédie ,  et  il  est  intéressant 
d'y  trouver  rapprochés  et  se  confirmant  mutuellement  les  jugements  de  nos  cri- 
tiques et  les  appréciations  des  compatriotes  de  l'éditeur.  Enfin  des  notes  courtes, 
mais  substantielles,  résolvent  toutes  les  difficultés  d'interprétation,  et  donnent  tous 
les  éclaircissements  nécessaires.  Ainsi,  tout  contribue  à  rendre  cette  publication 
utile,  et  nous  ne  pouvons  qu'en  souhaiter  et  en  prédire  le  succès.  Nous  engageons 
toutefois  M.  L.  à  revoir  plus  soigneusement  le  texte  de  son  auteur;  nous 
avons  trouvé  dans  les  premières  pièces  quelques  fautes  d'impression  qu'une 


414  REVUE    CRITIQUE 

attention  plus  grande  empêchera  sans  peine  de  se  reproduire  dans  les  comédies 
qu'il  lui  reste  à  publier. 

C.  J. 


130,  —  Géographie  de  PAllemagne  en  allemand;  lectures  géographiques,  textes 
extraits  des  écrivains  allemands  avec  14  cartes  et  des  exercices,  par  Ph.  Kuhff,  pro- 
fesseur au  collège  Chaptal,  Paris,  Hachette,  1875.  In-12,  viij-392. p.  —  Prix  :  5  fr. 

Nous  croyons  heureuse  l'innovation  de  M.  Kuhff.  Aujourd'hui  que  l'on  com- 
mence de  bonne  heure  l'étude  des  langues  vivantes,  on  peut  en  profiter  pour 
mettre  entre  les  mains  des  élèves,  surtout  dans  les  classes  supérieures,  des  ou- 
vrages ou  des  recueils  qui  leur  enseignent  avec  la  langue  quelque  chose  de  plus. 
L'histoire  et  la  géographie  du  pays  dont  on  étudie  la  langue  peuvent  faire  l'objet 
d'utiles  et  intéressantes  leçons.  L'ouvrage  de  M.  K.  n'est  pas  un  traité 
méthodique  de  géographie,  mais  un  recueil  de  morceaux  où  les  faits  principaux 
se  trouvent  exposés.  Il  les  a  disposés  et  variés  de  façon  à  offrir  des  lectures  aisées 
aux  élèves  des  différentes  classes.  C'est  sans  doute  pour  éviter  une  périphrase 
{Europe  centrale  ou  autre  chose)  que  M.  K.   a  intitulé  son  livre  «  Géographie 

»  de  V Allemagne »,  mais  nous  n'admettons  pas  qu'on  fasse  entrer  dans  ce 

nom  la  Suisse,  l'Autriche  et  le  Luxembourg.  Ce  n'est  pas  exact,  et  c'est  recon- 
naître les  prétentions  annexionistes  des  Allemands.  La  géographie,  physique, 
politique,  industrielle,  la  statistique,  l'ethnographie  ont  chacune  leur  place.  Les 
morceaux  nous  ont  semblé  bien  choisis;  nous  regrettons  pourtant  que  M.  R. 
n'ait  fait  aucun  emprunt  ni  à  Wachsmuth  ni  à  Ernest  Kopp,  et  plus  encore  qu'il 
ait  pris  au  sérieux  le  celtomane  allemand  Riecke.  Riecke  lui  a  fourni  un  morceau 
intitulé  :  Die  Germanen,  ein  keltischer  Volkssîamin  (!)  (p.  308)  et  des  étymologies 
celtiques  de  Berlin  (p.  174)  et  de  Kyffhaeuser  (p.  167)!  Nous  avons  vu  avec 
plaisir  des  notices  sur  les  Wendes,  les  Kassoubes,  les  Lithuaniens,  etc.,  mais 
M.  K.  a  tort  de  mettre  les  Wendes  dans  la  province  de  Prusse  ;  le  groupe  wende 
est  partagé  par  les  divisions  administratives  entre  les  provinces  prussiennes  de 
Brandebourg  et  de  Silésie  et  le  royaume  de  Saxe.  —  L'étymologie  d'Alsace  et 
d'Alsaciens  par  la  rivière  111  (p.  29J  est  erronée  :  M.  K.  ne  la  donne  du  reste 
qu'avec  un  point  d'interrogation.  —  Ce  volume  est  accompagné  de  14  cartes 
qui  ne  brillent  ni  par  le  fini  ni  par  l'élégance;  mais  nous  pensons  qu'elles  ont 
pour  but  principal  de  familiariser  les  élèves  avec  les  noms  allemands  des  pays  et 
des  localités.  A  cet  égard,  M.  K.  fera  bien  de  faire  disparaître  de  la  prochaine 
édition  quelques  noms  français  qui  sont  restés  dans  ses  cartes,  Mulhouse,  Neuf- 
châiel,  Savoie  (p,  5),  Thionville,  Château-Salins,  Lorraine  (p.  42  et  58);  p.  58  le 
graveur  a  écrit  hohe  Vehen  pour  hohe  Veen  ou  Vehn.  Ces  fautes  légères  n'em- 
pêchent pas  le  recueil  de  M.  K.  d'être  un  ouvrage  bien  fait,  et  nous  croyons 
qu'entre  les  mains  de  maîtres  habiles,  il  rendra  service  à  l'enseignement. 

H.  Gaidoz. 


d'histoire  et  de  littérature.  415 

SOCIÉTÉS  SAVANTES. 
ACADÉMIE   DES   INSCRIPTIONS   ET   BELLES-LETTRES. 

Séance  du  1 8  juin  1 87  5 . 

M.  Leblanc,  bibliothécaire  et  conservateur  du  musée  de  Vienne  (Isère),  adresse 
à  l'académie  un  compte  rendu  des  fouilles  faites  à  Vienne  depuis  le  commence- 
ment de  l'année  1 87  5 ,  avec  le  fac  simile  d'une  inscription  dont  ces  fouilles  ont 
amené  la  découverte. 

Le  ministre  de  l'instruction  publique  transmet  à  l'académie  de  la  part  de  M.  A. 

Dumont  divers  mémoires  des  élèves  de  l'école  archéologique  de  Rome,  savoir  : 

Projet  d'un  catalogue  du  fonds  de  la  reine  Christine  et  d'un  inventaire  des  documents 
relatifs  à  l'histoire  de  France  qui  sont  conservés  en  Italie,  par  MM.  Duchesne,  Clédat  et 
Zeller;  —  Analecta  :  r  Repudium  ambitionis  de  P.  de  Brac,  14'  s.;  2'  le  serment  que 
les  fonctionnaires  prêtaient  sous  Justinien;  3*  une  rédaction  de  l'Ordo  romanus  du  8*  s;  ; 
4*  les  poèmes  de  R.  Tortarius,  du  i  r  s.  :  par  M.  l'abbé  Duchesne;  —  Les  mosaïques 
italiennes  antérieures  au  9'  s.,  par  M.  Mùntz;  —  Documents  inédits  ou  peu  connus  sur 
les  artistes  français  qui  ont  travaillé  en  Italie  au  moyen-âge  et  à  la  renaissance ,  avec  un 
appendice  pour  les  époques  suivantes,  par  M.  Mùntz;  —  Étude  sur  la  langue  de  Tite 
Live,  par  M.  Riemann. 

M.  MohI,  au  nom  de  la  commission  du  prix  Volney,  annonce  que  ce  prix  est 
décerné  cette  année  au  Dictionnaire  cambodgien-français  de  M.  Aymonier,  Saigon, 
1 874,  4".  La  commission  a  accordé  en  outre  à  titre  d'encouragement  une  somme 
de  500  fr.  à  M.  Aristide  Marre,  auteur  d'un  Mémoire  sur  le  malgache. 

M.  de  Longpérier  commence  la  lecture  d'un  mémoire  de  M.  Félix  Robiou,  sur 
quelques  questions  de  chronologie  et  d'histoire  bibliques,  que  l'auteur  cherche 
à  éclaircir  au  moyen  des  annales  assyriennes  d'Assurbanipal.  M.  Robiou  examine 
quel  est  le  roi  assyrien,  désigné  dans  le  livre  de  Judith  sous  le  nom  de  Nabucho- 
donosor,  qui  combattit  et  vainquit  un  roi  mède  appelé  Arphaxad.  —  Celui-ci 
paraît  être  le  même  dont  parle  Hérodote  sous  le  nom  de  Phraorte,  et  dans  lequel 
on  reconnaît  ordinairement  le  Phraorte  fils  de  Déiokès  et  père  de  Kyaxare'. 
Mais  sir  Henry  Rawlinson  a  émis  une  hypothèse  contraire,  que  M.  Robiou  croit 
nécessaire  d'examiner  avant  d'aller  plus  loin.  Selon  sir  H,  R.  le  roi  mède  en 
question  est,  non  pas  Phraorte,  père  de  Kyaxare  et  fils  de  Déiokès,  mais  Déiokès 
lui-même,  dont  le  père  s'appelait  aussi  Phraorte  et  dont  le  patronymique 
Phraazad  aura  pu  devenir  dans  Hérodote  <I>pa6proç  et  dans  le  livre  de  Judith 
Arphaxad.  Cette  hypothèse  peut  paraître  confirmée  par  le  synchronisme  de  la 
date  que  la  version  latine  du  livre  de  Judith  semble  attribuer  à  la  défaite  du  roi 
mède,  et  la  date  connue  de  la  mort  de  Déiokès  (vers  657-654).  Mais  M.  Robiou 
montre  que  ce  synchronisme  apparent  tient  à  une  erreur  de  la  version  latine, 
qui  a  supprimé  plusieurs  des  faits  relatés  dans  les  versions  grecque  et  syriaque  2. 
—  Ce  point  éclairci ,  M.  Robiou  indique  un  rapprochement  qui  lui  paraît  de 

1.  Je  reproduis  ces  noms  sous  la  forme  que  leur  donne  M.  Robiou. 

2.  C'est  d'après  les  3  versions  grecque,  syriaque  et  latine  que  M.  Robiou  étudie  le  livre 
de  Judith,  à  défaut  de  l'original  chaldéen  qui  ne  nous  est  pas  parvenu. 


4l6  REVUE   CRITIQUE    d'hISTOIRE    ET    DE    LITTÉRATURE. 

nature  à  fournir  un  synchronisme  pour  la  solution  de  la  question  principale.  Il 
pense  que  le  roi  des  Élamites  Arioch,  Erioch  ou  Ariuc,  dont  parle  le  livre  de 
Judith  (i.  6),  doit  être  le  même  qu'Urtaki,  mentionné  dans  les  annales  d'Assur- 
banipal  comme  l'un  des  premiers  ennemis  que  celui-ci  eut  à  combattre. 

M.  Desjardins  commence  la  seconde  lecture  de  son  mémoire  sur  les  inscrip- 
tions du  corps  de  garde  de  la  7^  cohorte  des  vigiles  de  Rome  (v.  la  séance  du 
21  mai,  p.  351).  —  Sur  un  passage  de  ce  mémoire,  où  M.  Desjardins,  parlant 
des  frumentaires  romains,  les  donnait  pour  des  agents  de  police  salariés,  dont  le 
nom  viendrait  des  distributions  de  blé  auxquels  ils  avaient  part,  M.  Naudet 
conteste  cette  opinion.  Il  croit  que  le  nom  de  frumentarius  indique,  non  celui  qui 
reçoit  du  blé,  mais  celui  qui  est  chargé  d'en  procurer  aux  autres  et  de  le  leur 
distribuer,  et  que  les  frumentaires  étaient  les  soldats  chargés  'du  service  de 
l'alimentation  des  troupes. 

Ouvrages  déposés  sur  le  bureau  :  Alessandro  Bonola,  Nuovi  canti,  2^  éd.  1874;  Buc- 
colica  di  P.  Virgilio  Marone,  recata  in  vers!  italiani,  1875  :  Bologna,  8';  —  Le  saint 
Graal  publié  par  E.  Hucher,  t.  1,  Le  Mans,  i^J,  in-12*;  —  Histoire  des  Taira,  tirée 
du  Nit-pon  Gwai-si,  trad.  du  chinois  par  Fr.  Turrettini;  extr.  de  l'Atsume  Gusa, 
Genève,  1874-75,  4*.  —  Compte  général  de  l'administration  de  la  justice  maritime  pen- 
dant les  années  1868,  1869  et  1870.  —  Présentés  de  la  part  des  auteurs  :  —  par  M.  Gar- 
cin  de  Tassy  :  Indian  wisdom,  par  M.  Monier  Williams,  gr.  8",  542  p.  2;  —par  M.  J. 
Girard  :  R.  Lallier,  De  la  condition  de  la  femme  dans  la  famille  athénienne  au  v*  et 
au  iV  siècle,  et  De  Critiae  tyranni  vita  et  scriptis,  thèses  de  doctorat,  Paris,  1875.  — 
M.  Delisle  oiîre  un  vol.  publié  par  lui  sous  ce  titre  :  Notice  sur  un  ms.  mérovingien  con- 
tenant des  fragments  d'égyptien,  appartenant  à  M.  J.  Desnoyers,  —  M.  de  Longpérier 
présente  de  la  part  de  M.  Sorlin  Dorigny  les  empreintes  de  8  inscriptions  him.yarites. 

Julien  Havet. 


1.  En  adressant  cet  ouvrage  à  l'académie  pour  le  soumettre  à  l'un  de  ses  concours, 
M.  Hucher  annonce  que  les  autres  volumes,  au  nombre  de  4,  sont  sous  presse,  et  qu'il 
compte  y  prouver  que  le  premier  auteur  du  roman  du  S.  Graal  était  un  Français  du 
Gâtinais. 

2.  «  M.  Williams,  dit  M.  Garcin  de  Tassy,  donne  dans  ce  travail,  au  moyen  d'ana- 
lyses et  d'extraits  d'ouvrages  sanscrits,  une  idée  générale  et  exacte  du  caractère  et  des 
richesses  de  la  littérature  sanscrite  et  par  conséquent  de  l'esprit,  des  manières  de  penser 
et  des  usages  des  Hindous.  La  littérature  sanscrite,  dont  M.  Williams  offre  un  excellent 
résumé,  le  meilleur,  je  crois,  qu'on  en  ait  donné  jusqu'ici,  est  la  source  des  vraies  connais- 
sances que  nous  pouvons  avoir  sur  les  Hindous.  Selon  M.  Williams  le  bouddhisme  et  les 
différentes  écoles  de  la  philosophie  brahmanique  doivent  avoir  existé  ensemble.  A  ses  yeux 
les  bouddhistes  représentent  les  libres  penseurs  et  les  brahmanistes  les  croyants,  si  l'on 
peut  donner  ce  nom  aux  sectateurs  de  la  religion  mythologique  qui  a  enfanté  celle  de  la 
Grèce  et  de  Rome.  M.  Williams  marque  en  deux  mots  la  différence  qui  existe  entre  le 
brahmanisme  et  le  bouddhisme  :  dans  le  premier  système  c'est  Dieu  qui  devient  homme, 
dans  le  second  c'est  l'homme  qui  devient  Dieu.  » 


Le  propriétaire-gérant  :  F.  VIEWEG. 


Nogent-le-Rotrou,  imprimerie  de  A.  Gouverneur. 


partie  un  éloge  sans  réserves).  —  Bernhardi,  Geschichte  Russland's  und  der 
europseischen  Politik  in  den  Jahren  1814  bis  1831.  2.  Tii.  Leipzig,  Hirzei. 
In-8°,  xij-447;  viij-845  p.  (chose  bizarre,  le  premier  volume,  paru  en  1863, 
forme  en  réalité  la  continuation  des  deux  présentes  parties;  ce  défaut  de  com- 
position n'enlève  d'ailleurs  rien  aux  solides  mérites  de  l'ouvrage).  —  Cori,  Bau 
und  Einrichtung  des  deutschen  Burgen  im  Mittelalter.  Linz,  Haslinger  in  Comm. 
In-8'',  172  p.,  104  fig.  (destiné  au  grand  public).  —  lacobi  Wimpfelingii  Ger- 
mania  ad  rempublicam  Argentinensem.  Thomae  Murneri  Ad  rempublicam  Argen- 
tinam  Germ^nia  nova.  Strassburg,  Schmidt.  In-4°,  20  p.  (en  1414,  Wimpfeling 
écrivit  un  discours  pour  démontrer  que  l'Alsace  avait  toujours  été  allemande; 
Mùrner  s'opposa  à  ses  conclusions;  le  conseil  de  la  ville  de  Strasbourg  interdit 
et  anéantit  ce  dernier  discours). —  Krûger,  Des  Ptolomaus  Lucensis  Leben  u. 
Werke.  Gœttingen,  Peppmûller.  In-8°,  84  p.  —  Collection  (nouvelle)  de  Mo- 
numents pour  servir  à  l'étude  de  la  langue  néo-hellénique,  p.  p.  Legrand. 
n"'  4  et  5.  Paris,  Maisonneuve  (ces  deux  n""  contiennent  une  troisième  édition, 
très-améliorée,  du  poème  sur  Tagiapiera,  l'interprétation  des  oracles  de  Léon  le 
Philosophe,  une  description  de  la  bataille  de  Varna  par  un  témoin  oculaire,  une 
élégie  sur  la  prise  de  Constantinople).  —  Heerdegen,  Untersuchungen  zur 
lateinischen  Semasiologie.  i.  Heft.  Erlangen,  Deichert.  In-8°,  48  p.  (cette  in- 
troduction promet  beaucoup).  —  Eckenbrecher,  Die  Lage  des  homerischen 
Troja.  Dûsseldorf,  Buddeus.  In-S",  63  p.  (reproduit  de  1842).  —  Nicanoris 
Tcepl  'Ocucasiay.rjÇ  C7xt-fij.7;<;  reliquiae  emendatiores.  Ed.  Carnuth.  Berlin,  Born- 
traeger.  In-8°,  68  p.  —  Delbruck,  Das  Sprachstudium  auf  den  deutschen  Uni- 
versitaeten.  Jena,  Dufft.  In-8",  24  p.  (Conseils  aux  jeunes  gens  sur  la  manière  dont 
ils  doivent  étudier  la  grammaire  comparative).  —  Festschrift  zu  der  dritten 
Saecularfeier  d.  berlinischen  Gymnasiums  zum  grauen  Kloster.  Berlin,  Weid- 
mann.  ln-8°,  vi-414  p.  (liste  des  travaux  que  contient  ce  volume  commémoratif). 


BULLETIN    BIBLIOGRAPHIQUE 

DES  PRINCIPALES   PUBLICATIONS   FRANÇAISES   ET    ÉTRANGÈRES. 


AVIS.  —  On  peut  se  procurer  à  la  librairie  A.  Franck  tous  les  ouvrages 
annoncés  dans  ce  bulletin ,  ainsi  que  ceux  qui  font  l'objet  d'articles  dans  la 
Revue  critique.  Elle  se  charge  en  outre  de  fournir  très-promptement  et  sans 
frais  tous  les  ouvrages  qui  lui  seront  demandés  et  qu'elle  ne  posséderait  pas  en 
magasin. 


Aubigné  (Agrippa  d').  Œuvres  complètes 
publiées  pour  la  première  fois  d'après  les 
manuscrits  originaux,  accompagnées  de 
notices  biographique,  littéraire  et  biblio- 
graphique, de  variantes,  d'un  commen- 
taire, d'une  table  de  noms  propres  et 
d'un  glossaire,  par  E.  Réaume  et  F.  de 
Caussade.  T.  3.  In-8*.  452  p.  Paris 
(Lemerre).  10  fr. 

Authenticité  (L')  des  «  historié  »  attri- 
buées à  Fernand  Colomb.  In-S",  10  p. 
Abbeville  (imp.  Briez,PaillartetRetaux). 

Baillie  (N.  B.  E).  Mohmumudun  Law 
of  Inheritance.  2d  Edit.  In-S",  cart. 
London  (Smith  et  E.).  7  fr.  50 

Blanc  (C).  Des  expressions  de  la  lumière. 


In-4°,  1 5  p.  Paris  (Firmin  Didot,  frères, 
fils  et  C«). 

Boucher  de  Molandon.  Station  pré- 
historique aux  bords  de  l'Essonne.  Silex 
taillés,  ossements  et  fragments  de  poterie 
primitive  découverts  en  quelques  grottes 
de  grès,  à  Buthiers  (Seine-et-Marne),  près 
MaTesherbes  (Loiret).  Notice.  In-8',  u  p. 
et  pi.  Orléans  (Herluison). 

Boutiot  (T.).  Histoire  de  la  ville  deTroyes 
et  de  la  Champagne  méridionale.  4"  vol. 
et  dernier.  In-8°,  66 <  p.  Paris  (Aubry). 

8  fr.  50 

Butler  (W.  F.).  The  Wild  North  Land; 
being  the  Story  of  a  Winter  Journey 
with  Dogs  across  Northern  North  Ame- 


rica.  4th  Edit.  In-8',  cart.  368  p.  Lon- 
don  (Low).  9  fr.  40 

Chardon  (H.).  Les  Noëls  de  Samson  Bé- 
douin ,  moine  de  l'abbaye  de  la  Couture 
du  Mans,  de  1526  à  1563;  précédés 
d'une  étude  sur  les  recueils  de  noëls 
manceaux  du  XVI"  siècle.  In-S",  72  p. 
Le  Mans  (imp.  Monnoyer). 

Ghénier  (A.)-  Œuvres  poétiques.  Avec 
une  notice  et  des  notes  par  M.  G.  de 
Chénier.  3  vol.  petit  in- 12,  clvij-963  p. 
Paris  (Lemerre).  18  fr. 

Coupry  (H.),  Traité  de  versification 
arabe.  In-S",  xxviij-206  p.  Leipzig 
(Brockhaus).  13  fr.  35 

Desjardins  (A.).  Charles  IX.  Deux 
années  de  règne,  1 570-1 572.  Cinq  mé- 
moires historiques  d'après  les  documents 
inédits.  I.  La  Paix  de  Saint-Germain. 
II.  L'Amiral  à  Blois.  III.  Les  Mariages. 
IV.  L'Assassinat  deCoiigny.  V.  LaSaint- 
Barthélemy.  In-S»,  124  p.  Douai  (imp. 
Crépin).  3  fr. 

Duehring  (E.).  Cursus  der  Philosophie 
alsstrengv^'issenschaftlicherWeltanschau- 
ung  u.  Lebensgestaltung.  i.  Lief.  In-8*, 
192  S.  Leipzig  (Koschny).  4  fr. 

Geschichte  d.  Wissenschaften  in  Deutsch- 

land.  NeuereZeit.i4.Bd.In-8°.  Munchen 

(Oldenbourg).  18  fr. 

Les  volumes  I  à  XIV.  144  fr.  50 

Haase  (F.).  Vorlesungen  iiber  lateinische 
Sprachwissenschaft,  hrsg.  v.  F.  A.  Eck- 
stein.  I.  Bd.  Einleitung.  Bedeutungs- 
lehre.  In-8*,  vj-220  S.  Leipzig  (Simmel 
et  C-).  8  fr. 

Havet  (L.).  Les  Poésies  populaires  de  la 
Basse-Bretagne  par  M.  de  La  Ville- 
marqué.  In-8%  42  p.  Lorient  (imp. 
Corfmat  fils). 

Hedde  (J.).  Excursion  en  Suisse.  Inscrip- 
tion cryptographique.  In-S",  12  p.  Lyon 
(imp.  Vingtrinier). 

Hirschfeld  (0.).  Epigraph.  Nachlese  zum 
Corpus  inscriptionum  latinarum.  Vol.  III 
aus  Dacien  u.  Moesien.  Gr.  in-8*,  69  S. 
mit  eingedr.  Holzschn.  Wien  (Gerold's 
Sohn).  2  fr. 

Kaufmann  (D.).  Die  Théologie  d.  Bachja 
Ibn  Pakuda.  Gr.  in-8%  102  S.  Wien 
(Gerold's  Sohn).  2  fr.  50 

Luchalre  (A.).  Notice  sur  les  origines  de 
la  maison  d'Albret  (977-1270).  In-8°, 
45  p.  Pau  (Ribaut). 


Malbranche  (F.).  Bernay  pendant  l'in- 
surrection de  mars  1792.  In-8',  22  p. 
Bernay  (imp.  V"  Lefèvre). 

Ménard  (R.).  Histoire  des  beaux-arts. 
Art  moderne,  architecture,  sculpture, 
peinture,  art  domestique.  In-i6,  400  p. 
Paris  (Lib.  de  l'Écho  de  la  Sorbonne). 

2fr. 

Molière.  Le  Bourgeois  gentilhomme.  Edi- 
tion originale,  réimpression  textuelle  par 
les  soins  de  L.  Lacour.  In- 12,  xxj-171  p. 
Paris  (Lib.  des  Bibliophiles).  10  ir. 

Molière.  Œuvres  avec  notes  et  variantes 
par  A.  Pauly.  T.  7  et  8.  Petit  in-12, 
750  p.  Paris  (Lemerre).  Chaque  vol.  5  f. 

Monbrison  (G.  de).  Un  Gascon  du  XVI' 
siècle.  In-8*,  47  p.  Paris  (imp.  Claye). 

Nisard  (D.).  Portraits  et  études  d'histoire 
littéraire.  In- 18  Jésus  iij-444  p.  Paris 
(Michel  Lévy  frères).  3  fr.  50 

Pégat  (F.).  Des  consuls  de  Montpellier 
sous  l'autorité  des  fonctionnaires  royaux, 
notamment  pendant  les  années  1640  à 
1657,  d'après  un  manuscrit  des  Archives 
de  la  Ville.  In-8*,  46  p.  Montpellier 
(imp.  Bœhm  et  fils). 

Quicherat  (J.).  Histoire  du  costume  en 
France  depuis  les  temps  les  plus  reculés 
jusqu'à  la  fin  du  XVIII*  siècle.  Ouvrage 
contenant  481  grav.  dessinées  sur  bois 
d'après  les  documents  authentiques  par 
Chevignard,  Pauquet  et  P.  Sellier.  Gr. 
in-8°,  iij-684  p.  Paris  (Hachette  et  C'). 

20  fr. 

Rochambeau  (A.  de).  Voyage  à  la 
Sainte-Larme,  de  Vendôme.  Étude  histo- 
rique et  critique  sur  cet  antique  pèleri- 
nage. In-8*,  103  p.  avec  fig.  et  4  pi. 
Vendôme  (imp.  Lemercier  et  fils). 

Tegner  (E.).  Frithiofs  Saga.  Translated 
from  the  Sw^edish,  with  Notes,  Index  and 
a  short  Abstract  of  the  Northern  My- 
thology  by  L.  Hamel.  In-8»,  280  p.  cart. 
London  (Trùbner).  9  fr.  40 

Tsiganes  (Les)  d'après  les  lettres,  les 
ouvrages  et  les  chroniques  de  MM.  Hector 
Berlioz,  Boldényi,  Oscar  Comettant , 
Gérando,  Armand  Gouzien,  F>antz  Liszt, 
Marcellin,  Mérimée,  Jean  de  Muller,  Paul 
de  Saint- Victor,  etc.  In-8»,  30  p.  Paris 
(imp.  Fiilon  et  C*). 

Zeitung  (archseologische).  Hrsg.  v.  E. 
Curtiusu.R.Schœne.  NeueFolge.  7.Bd. 
(1874).  4  Hfte.  Berlin  (G.  Reimer).  16  f. 


Nogent-le-Rotrou,  Imprimerie  de  A.  Gouverneur. 


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